Bonjour!
J'ai fini de traduire ce chapitre un peu en avance alors le voilà ! Un grand merci pour vos reviews, comme toujours elles me motivent beaucoup !
On commence à arriver à la fin de l'histoire, après ce chapitre il n'en restera plus que 10, dont deux épilogues.
Bonne lecture et à mercredi pour la suite.
69. De Profundis
Harry rêvait, un rêve plutôt plaisant incluant Draco, le calamar géant et lui-même assis dans un bateau au milieu du grand lac, buvant du thé et mangeant des petits fours, quand soudain des coups bruyants interrompirent leur discussion polie sur les tactiques de Quidditch.
Il fronça les sourcils, se pencha en avant pour approcher son oreille du bois du bateau, et attendit. Les coups recommencèrent. Harry se demanda si c'était les sirènes qui demandaient à faire partie de leur petite réunion, mais quand les coups continuèrent, devenant encore plus insistants qu'avant, il décida qu'il devait se tromper, les sirènes ne lui paraissaient pas être le genre à toquer.
"Harry Potter, réveille-toi et ouvre cette foutue porte ou je vais l'arracher !"
Une voix criait maintenant, et Harry regarda autour de lui en quête d'une porte, à présent complètement dérouté.
Puis, il se réveilla. Il trébucha en direction de la porte de sa chambre, puis fit demi-tour en quête d'un pantalon, puis trébucha de nouveau vers la porte et manqua de se cogner la tête sur la poignée.
Avec précautions, il ouvrit la porte et vit un pâté sombre et flou devant lui. Cela lui fit réaliser qu'il avait oublié de mettre ses lunettes, et donc il se replia pour les trouver sur la table de chevet. En retournant vers la porte, il se rendit compte qu'il était maintenant presque assez réveillé pour marcher sans trébucher.
Il remarqua immédiatement deux choses. Le pâté sur le pas de sa porte pouvait avec l'aide de ses lunettes être identifié comme Jane, l'elfe de maison de Severus. Cela l'intrigua parce qu'il avait entendu qu'elle avait disparu, et aussi parce qu'il n'arrivait pas à imaginer pourquoi elle taperait à sa porte à ce qui paraissait être - et c'est la seconde chose qu'il avait remarquée - le milieu de la nuit.
"Oui," réussit-il finalement à dire après un silence inconfortable. Pas la plus éloquente des salutations, mais il n'avait que deux heure de sommeil derrière lui alors qu'il en aurait eu besoin de douze, chose qui était presque devenue normale à présent. Les jours semblaient ne jamais être assez longs pour faire tout ce qu'il y avait à faire.
Jane ne souriait pas, malgré la maladresse digne de Chaplin dont il avait fait montre devant elle. Elle levait juste un sourcil, comme si elle attendait que son cerveau se réveille.
"Viens avec moi," dit-elle ensuite. "Nous n'avons pas beaucoup de temps."
"Que…" marmonna Harry, se demandant s'il avait raté quelque chose.
"Etant donné l'état dans lequel est Severus en ce moment, il ne me laissera probablement pas repartir, du moins pas sans beaucoup d'agitation," continua Jane, comme si ce qu'elle disait avait un sens. "Par conséquent, c'est à toi de le faire. Appelle cette guérisseuse de l'Ordre, je crois que son nom est Jones. Et va chercher Severus, mais essaie de lui annoncer sans brusquerie, d'accord ?"
"Que…" commença de nouveau Harry, finalement assez réveillé pour participer à la conversation qu'ils étaient visiblement en train d'avoir. Mais avant qu'il puisse finir sa question, ils avaient atteint la salle principale du quartier général.
Et là, allongée sur le canapé, il y avait…
"Hermione ?" murmura-il, n'en croyant pas ses yeux. Il leva la main pour se pincer mais Jane lui donna une tape avec un mélange d'amusement et d'irritation.
"Oui, Hermione," répondit-elle sèchement. "J'ai fait un peu d'espionnage et je l'ai secourue. Maintenant, écoute attentivement, Potter : Lucius Malfoy croit qu'elle est morte et bientôt tous les autres Mangemorts le croieront aussi. J'ai infiltré son manoir en tant qu'elfe de maison, je lui ai donné la Goutte du mort vivant et je l'ai laissé la trouver. C'est pour ça que je dois y retourner dans une minute, pour ne pas qu'il devienne soupçonneux. Pourras-tu te souvenir de ça ?"
Doucement, comme s'il était dans un rêve, Harry hocha la tête.
Il ne pouvait toujours pas croire qu'Hermione était sur le canapé.
"Elle est vivante ?" demanda-il toujours en murmurant. Sa main bougea, comme s'il voulait la toucher pour se prouver qu'elle était réelle, mais elle retomba inerte contre sa cuisse.
"Oui," répondit Jane avec une impatience grandissante. "Et elle le restera si tu alertes cette guérisseuse. Pour le moment elle est en stase magique, mais elle aura rapidement besoin de soins."
"Elle est toute sale," dit Harry. Quelque part au fond de lui, il savait qu'il était en état de choc, que la sensation froide et dure dans son estomac qui l'empêchait de se concentrer sur autre chose que les feuilles et la saleté qui recouvraient le corps d'Hermione n'était pas normael, mais il lui semblait étrangement important qu'elle redevienne propre, plus important que le simple fait qu'elle soit là.
"J'ai d'abord dû l'enterrer," expliqua Jane, ce qui n'avait aucun sens. Puis, son visage guindé et impatient se radoucit un peu, et elle toucha son épaule d'une main compréhensive.
"Elle est vivante, Harry," murmura elle doucement. "Et bien que je ne puisse rien promettre sur son état mental, je peux te promettre qu'elle ne partira plus."
Cette fois, il leva réellement la main pour toucher son visage, doucement, sans trop savoir à quoi s'attendre. Sa peau était froide comme la glace et elle ne réagit pas quand il entra en contact avec elle, mais elle était assurément tangible.
Lentement, il sentit le nœud froid de son estomac se dissoudre et faire place à quelque chose d'autre, une joie incrédule qui emplit chaque partie de son corps. Il avait envie de sauter, il avait envie de danser et de chanter. Il avait envie de retomber dans le profond sommeil imperturbable qui l'avait fui depuis qu'elle était partie.
Hermione était en vie !
"Maintenant je dois repartir et nettoyer le marbre de cette maison de fou pendant quelques jours, sinon Malfoy aura des soupçons. Donne ça à la guérisseuse une fois que tu l'auras contactée, mais ne t'inquiète pas, Hermione n'est plus en danger."
Des plis de ton torchon blanc, elle sortit un petit rouleau de parchemin recouvert d'une écriture pointue qui n'était pas sans rappeler celle de Severus.
Harry acquiesça. "Merci," murmura-il, posant le rouleau précautionneusement sur la table à côté d'Hermione.
"De rien," dit Jane d'une voix piquante. "Bien que je ne puisse pas dire que ça a été une partie de plaisir. Et dit à Severus de ne pas s'inquiéter. J'ai agi comme si j'étais une véritable elfe de maison." Elle sourit sèchement, puis fit de nouveau un geste de la tête vers la cheminée pour lui rappeler la guérisseuse, leva la main dans un remerciement silencieux, et disparut.
Harry pris une longue inspiration.
Ne tombe pas dans les pommes maintenant, se sermonna-il sévèrement alors qu'il marchait vers la cheminée d'un pas un peu tremblant. Tu as des choses à faire.
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Son martèlement contre la tapisserie magique manquait de dignité, et quand Severus ouvrit après un moment d'attente infini, ses sourcils levés indiquaient à Harry ce qu'il devait pensait de lui - le visage rouge, les cheveux en bataille, les yeux écarquillés sous le choc et la surprise.
Harry ne s'en souciait pas. Pas le moindre du monde.
"Severus," cria-il, mais cela apparut plutôt comme un murmure à bout de souffle, "Severus… elle est en vie ! Jane est rentrée et nous a dit… elle s'est infiltrée dans ce manoir incartable et a agi comme une elfe de maison… Je veux dire, elle est une elfe de maison, bien sûr, mais…"
"De quoi diable êtes-vous en train de parler, Potter," gronda Severus, l'irritation transparaissant dans sa voix, teintant pour une fois ses mots d'une émotion. "Essayez d'être cohérent pour une fois !"
Harry pris une grande inspiration, rejeta ses épaules en arrière, et chercha des mots sensés dans la tempête chaotique qui soufflait sur sa raison. Enfin, il les trouva.
"Hermione," dit-il, et il vit Severus pâlir. "Elle est de retour ! Jane l'a secourue de Malfoy. Et… elle est en vie !
Sans une once de sa grâce ou de son étiquette habituelle, Severus le poussa sur le côté et se rua dans le quartier général, ses robes froissées tourbillonnant à la manière usuelle de leur chef des renseignements.
Mais l'écarquillement de ses yeux quand il se tourna vers Harry, n'ayant trouvé aucun signe d'Hermione, démentissait cette impression de maîtrise de soi.
"Où est-elle ?" siffla-il et Harry pointa silencieusement le doigt vers les escaliers qui menaient à diverses chambres privées, la sienne parmi elles. Et celle qu'ils avaient originellement désignée comme celle d'Hermione.
Severus se précipita dans les escaliers, montant les marches quatre à quatre. La porte vola contre le mur avant qu'il ne l'atteigne alors que sa magie échappait à son contrôle, chose qui ne lui ressemblait pas.
Harry atteignit la porte une seconde après lui et il vit que Severus n'était pas allé plus loin, il avait juste fait un pas ou deux dans la pièce.
Il fixait la vue devant lui, Hestia Jones, s'activant dans la pièce pour la transformer en chambre d'hôpital, le lit à baldaquin avec les tentures qu'Hermione avait choisies avant de disparaître, et Hermione elle-même, reposant au milieu des draps blancs comme un petit bateau sur l'océan, presque aussi pâle que le tissu qui l'entourait.
Pendant une seconde ou deux, Harry pensa que Severus se briserait et pleurerait. Il cligna rapidement des yeux, et une main s'éleva aveuglément vers son visage, comme pour frotter ses yeux. Son visage vacilla et se transforma d'une façon que Harry n'arrivait pas bien à décrire et ses lèvres s'amincirent. Son corps s'affaissa et il sembla qu'il allait tomber d'un moment à l'autre.
Harry s'était rapproché de lui pour le retenir quand Severus se reprit et se tint soudainement plus droit, les yeux toujours fixés sur Hermione.
Il but la scène comme un homme mourant de soif, but, et but, et pendant qu'il examinait chaque détail, ses yeux allaient doucement des cheveux d'Hermione à ses yeux, à sa bouche son nez et ses lèvres, sur ses mains et sur sa forme générale bien trop maigre, sans aller vers elle mais ayant toujours l'air de venir de recevoir le plus beau cadeau du monde. Alors que Harry le regardait la regarder et tirer de la force de sa simple présence, il se rendit compte qu'il pleurait silencieusement de soulagement devant ce fait.
Lentement, les mains de Severus se détendirent et ses poings se desserrèrent de la position dans laquelle ils étaient bloqués depuis des semaines. Le noir vide de ses yeux regagna en couleur et en richesse.
Hermione était de retour, réalisa finalement Harry dans ce moment de silence qui semblait rediriger le temps vers un endroit qu'il avait pensé perdu depuis longtemps.
Hermione était de retour, et il semblait que Severus aussi.
Quand Severus avança vers le lit, ce fut avec des pas mesurés et contrôlés, et il ne la serra pas dans ses bras comme Harry l'avait fait après qu'Hestia Jones lui avait assuré que c'était sans danger. Il ne sourit pas ni ne parla. Mais la tendresse avec laquelle il tendit le bras pour toucher sa joue pâle avec le dos de sa main droite, juste pendant un instant et si doucement que ça avait dû être comme un souffle d'air pour elle, ce simple geste cria à tous ceux qui avaient des yeux pour voir à quel point cela - elle - comptait pour lui.
"Comment va-elle ?" demanda leur chef des renseignements, et bien que sa voix soit toujours rauque et rouillée, c'était de nouveau la sienne et Harry vit Hestia Jones lever les yeux de surprise.
"Je ne sais pas encore, pas exactement du moins," répondit-elle après un moment. "Elle souffle de malnutrition à l'évidence, et a été largement malmenée, bien qu'il apparaisse que les pires blessures aient été soignées peu après qu'elles aient été infligées, ce qui veut heureusement dire qu'elle ne subira pas de dommages à long terme. Mais je ne peux pas vous dire grand chose sur son état mental avant qu'elle sorte de l'inconscience. Pour l'instant elle est toujours sous la stase induite par la Goutte du mort vivant, et je conseillerais de la laisser comme ça au moins jusqu'à ce que ses blessures physiques soient…"
"Réveillez-la," l'interrompit Severus. "Maintenant."
Hestia Jones blanchit. "Mais… Professeur Snape," protesta-elle. Elle n'avait jamais appelé Severus par son prénom, et l'appeler Monsieur semblait impossible pour elle. "Il serait extrêmement déraisonnable de la réveiller avant que nous ayons terminé de…"
"J'ai dit réveillez-la," répéta fermement Severus.
"Mais…"
"Je pourrais le faire moi-même, vous savez," dit-il doucement, presque sur le ton de la conversation. "Je suis un Maître des Potions."
Harry retint son souffle. Il n'était pas certain de ce qui était en train de se passer, et quelque chose lui dit qu'il serait mieux d'informer Albus Dumbledore de la situation, mais il connaissait ce ton. Severus ne l'utilisait que quand il avait le contrôle de la situation, quand il savait quelque chose de vital que les autres ignoraient, ou quand quelque chose était d'urgente nécessité.
S'il devait faire confiance à quelque chose, c'était au jugement de Severus. Même pendant les dernières semaines, quand ils étaient tous à moitié fous de chagrin, Severus n'avait jamais failli dans son évaluation de la situation, et il ne s'était jamais trompé.
"Faites-le," dit Harry tout aussi doucement. "Il a ses raisons."
Ou du moins je l'espère, ajouta-il silencieusement quand Severus ne réagit pas à ses mots, ne se souciant même pas de se tourner vers lui. Mais il agissait toujours ainsi quand Hermione était en danger ou blessée, ne se concentrant que sur elle, ne remarquant rien d'autre autour de lui. Harry se souvenait de la façon dont il avait jeté Remus contre le mur quand il avait essayé de s'interposer, et il décida qu'être ignoré n'était pas le pire qui pouvait arriver.
"Je pense que nous devrions au moins informer Albus." Hestia Jones semblait apparemment déterminée à défendre ce qu'elle pensait être les besoins de sa patiente.
"Faites-le." Bien qu'il ait souvent joué le rôle de leader ces dernières semaines, Harry était toujours surpris quand ses ordres étaient suivis. Il s'était à moitié attendu à ce qu'elle proteste, mais à la place, Hestia Jones regarda une fois de plus le visage de Severus, puis celui de Harry et acquiesça, marchant jusqu'à une petite table qu'elle avait déjà recouverte de potions et elle en sélectionna une.
"Il lui faudra quelques minutes pour se réveiller," dit-elle doucement en ouvrant la bouche d'Hermione, tapotant précautionneusement le flacon pour le faire couler dans la gorge de sa patiente dans un petit bruit de ruissellement pendant que de l'autre main elle lançait un sort pour faire avaler Hermione.
"Mais je ne sais pas combien de temps il va lui falloir pour être consciente de son environnement. Après les choses qu'elle a vécues…"
"Nous savons parfaitement ce qu'il lui est arrivé," l'interrompit Harry, surpris d'entendre sa voix si posée, un peu comme celle de Dumbledore. "Merci."
La guérisseuse souffla, secoua la tête pour montrer son agacement, et retourna à ses charmes de diagnostic.
Pendant quelque minutes rien ne se passa. Silencieusement, Severus s'éloigna du lit jusqu'à se tenir dans l'ombre de ses rideaux, invisible à quiconque n'examinerait pas attentivement la pièce. Harry se demanda pourquoi pendant un instant, puisqu'il avait imaginé que Severus voudrait être près d'Hermione quand elle se réveillerait, mais l'excitation et l'inquiétude qu'il ressentait l'empêchèrent de se concentrer sur la question bien longtemps.
Il ressentait un étrange mélange d'horreur et d'espoir, une tension qui lui donnait envie de se balancer d'une jambe à l'autre ou de sauter sur place. Il n'avait pas été aussi excité depuis son premier vrai Noël où il savait que des cadeaux l'attendaient, ni aussi effrayé depuis qu'il avait été confronté à Voldemort en cinquième année.
Se réveillerait-elle ? Le reconnaîtrait-elle ? Serait-elle capable de leur parler ? Ou serait-elle… Mais non, ça n'était pas une pensée à avoir pour l'instant. Hermione était forte, elle s'en tirerait comme elle s'en était toujours tirée dans les épreuves que la vie avait placées devant elle. Il l'avait vu se relever et se battre comme si rien n'était arrivé seulement quelques heures après qu'elle ait été presque morte. Elle s'en sortirait et passerait à autre chose, il en était certain…
Il y eut un bruit, trop faible pour être entendu, et un minuscule mouvement des cils sur sa peau, et les yeux d'Hermione furent ouverts.
Le souffle d'Harry se coupa alors qu'il fixait l'amie qu'il avait cru perdue pour toujours, l'amie qu'il savait maintenant être de retour près de lui, en sécurité dans son lit et finalement réveillée.
Ses yeux volèrent vers Severus, qui resta caché dans l'ombre, le visage figé et indéchiffrable, puis revinrent sur l'objet de leur attention.
"Hermione ?" murmura-il, se sentant stupide et maladroit, et pas certain de ce qu'il fallait faire. "Est-ce que tu m'entends ?"
Il n'y eut pas de réaction. Elle ne cligna même pas des yeux, qui regardaient fixement la canopée de son lit sans la voir, elle ne fit aucun geste dans sa direction.
"Hermione ?"
Rien. Et dans le silence qui envahit la pièce et les pris tous en otage, la terrible horreur d'Harry s'intensifia, encore et encore, et surpassa tous les autres sentiments.
"Miss Granger," tenta Hestia Jones. "Vous êtes de retour à Poudlard, saine et sauve. J'ai soigné vos blessures les plus graves et je suis confiante sur le fait que vous vous rétablirez complètement. Savez-vous qui nous sommes ?"
Rien. Et Harry eut envie de hurler alors que son espoir se changeait en cendre s'éparpillant dans la pièce. Ça ne pouvait pas arriver. Ce corps figé et silencieux ne pouvait pas être sa belle et fière amie. Elle ne pouvait pas être perdue. Pas comme ça. Pas quand ils venaient de la retrouver.
"Hermione," murmura-il, marchant doucement vers le lit en prenant garde à être dans son champ de vision avant de se baisser pour se retrouver à son chevet. "C'est moi, Harry. Peux-tu m'entendre ? Si tu peux, fais moi un signe, s'il te plait."
Doucement, il tendit la main pour toucher son bras, pour montrer qu'il était à ses côtés, et parce qu'il ne savait pas quoi faire d'autre devant cette Hermione catatonique. Sa peau était froide et sèche au toucher, si différente du toucher doux et sain dont il se souvenait, et il eut un petit gémissement de tristesse qui cessa brutalement quand il sentit ses muscle bouger sous sa main.
Avait-elle frissonné ? Ses yeux s'étaient-ils tournés vers lui ?
Puis, plus vite que ce à quoi il s'était attendu, plus vite que ce qu'il avait imaginé, la réaction vint.
Mais ça n'était pas celle qu'il attendait.
Ses yeux s'écarquillant soudain et son visage se tordant dans une grimace d'horreur, Hermione hurla, le cri aigü et désespéré d'un animal en souffrance.
Elle fuit son contact comme s'il l'avait brûlée, et en atteignant le bord du lit elle se jeta par dessus et se retrouva par terre. Sa fuite paniquée, à moitié en rampant, à moitié en courant, continua jusqu'à ce qu'elle atteigne un des coins de la pièce, où elle se recroquevilla en boule, des cris de peur et de douleur s'échappant toujours de sa gorge.
"Hermione !" Harry était assez choqué pour oublier toute prudence, et seule la main ferme d'Hestia Jones l'empêcha de se précipiter vers elle. "C'est moi ! Harry ! Il ne faut pas avoir peur !"
Hermione ne fit que gémir et cacher son visage derrière un rideau de mèches sales. Doucement, il avança lentement vers elle, accroupi pour ne pas qu'elle le perçoive comme une menace.
Je la traite comme un animal, pensa-il, horrifié du tournant que la situation avait prise. Elle est la sorcière la plus brillante que je connaisse et je la traite comme un chien blessé !
Mais la façon font elle se débattit violemment, la façon dont elle hurla quand il se trouva trop proche, de façon perçante et bien trop forte, ne laissait voir aucune trace de son intelligence ou de sa maîtrise d'elle-même.
Après quelques minutes de panique et de cris qui les déchirèrent, Harry abandonna l'idée de s'approcher d'elle. Il recula sur ses genoux et essaya de la calmer avec le son de sa voix, lui racontant des histoires sur le temps où ils étaient ensemble, répétant le nom de ceux qu'elle aimait et chérissait.
Rien n'aida. Rien ne provoqua une réaction autre que de la peur ou de la violence. Et alors qu'Harry s'asseyait en face d'elle, lui racontant des histoires à propos de trolls des montagnes dans les toilettes ou de chiens à trois têtes, les derniers vestiges de son espoir s'évaporèrent.
Elle ne se comportait plus comme un être humain. Elle ne se comportait même plus comme si elle se souvenait qu'elle avait été humaine, capable de parler et de faire de la magie. Tout ce qu'elle pouvait faire était se défendre de la manière la plus primaire, emprisonnée dans sa peur qui semblait éternelle, loin de leur atteinte.
Ils essayèrent tout ce qu'ils purent les heures suivantes. Harry avait quitté la pièce pendant un court instant pour aller prévenir les autres du retour d'Hermione, mais ni Dumbledore ni Draco ne purent provoquer une réaction autre que la panique sauvage dont Hermione faisait montre.
Elle gémissait pour elle même comme un animal blessé. Les efforts pour se rapprocher d'elle menaient seulement à des cris effrayés qui semblaient être son seul moyen de communication, ou, dans le cas de Draco, un grondement très bas et menaçant qui ne semblait pas venir d'une gorge humaine.
À la fin de l'heure, Harry et Draco étaient tous les deux au bord des larmes, et Severus avait toujours pas bougé de l'endroit où il s'était posté, comme s'il n'avait rien à voir avec cette affaire.
"C'est inutile, Mr Potter," lui dit finalement Hestia Jones. "Elle ne vous reconnaîtra pas. J'ai bien peur qu'elle ne puisse reconnaître personne pour le moment."
"Qu'est ce que ça veut dire ?" s'exclama Harry, mais ce fut Severus qui répondit à cette question. S'éloignant finalement du mur, il avança vers Hermione, ses yeux froids et indéchiffrables balayant son corps et son visage tordu avant de se détourner et de rencontrer le regard désespéré de Harry.
"C'est exactement ce à quoi je m'attendais," dit-il d'une voix neutre. "Il ne reste rien de son esprit."
Et il tourna les talons et quitta la pièce sans se retourner.
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"Que voulez-vous dire par il ne reste rien de son esprit ?" demanda Harry, mi énervé, mi désespéré, quand il réussit à coincer le chef des renseignements cinq heures plus tard.
Severus leva à peine les yeux du chaudron devant lui, ses mains bougeant la cuillère dans une danse intrigante et le visage figé dans le masque de pierre qu'il portait toujours quand il était concentré.
"Comment pouvez-vous dire ça d'elle ? Nous n'avons aucune idée de ce dont elle a souffert pendant les derniers mois. Peut-être qu'elle a juste besoin de temps, ou…"
"Ce n'est pas à propos de son état mental, Harry," aboya Severus, ses yeux quittant finalement le chaudron. "Et j'apprécierais que vous me laissiez travailler. C'est plus important que les bavardages larmoyants de notre Garçon-Qui-Se-Demande."
Quelque mois auparavant, ce commentaire aurait piqué Harry au vif et il serait parti avec colère. Mais ils n'avaient pas traversé tout ça ensemble à l'époque. Il n'avait pas vu Severus se tenir impuissant au milieu du quartier général comme un enfant perdu. Il n'avait pas contribué à envoyer sa meilleure amie à la mort.
"Oh non, vous n'y pensez pas," grogna-il. "Je veux savoir de quoi vous parliez, et je veux que vous me l'expliquiez avec autant de détails que nécessaire. Sinon je vais amener tout l'Ordre ici et laisser Molly Weasley vous tirer les vers du nez."
Severus le regarda comme il ne l'avait pas regardé depuis près d'un an. Il ouvrit la bouche, probablement pour s'embarquer dans une suite d'insultes des plus créatives, mais Harry leva un sourcil dans un challenge silencieux, et la bouche de Severus se referma avec un claquement.
Harry se souvint trop tard d'où il avait copié cette expression. Ça avait été la façon silencieuse d'Hermione de dire à Severus qu'il agissait comme un idiot.
"J'ai besoin de cinq minutes pour terminer ça," annonça-il finalement d'une voix plate. "Et j'ai besoin de me concentrer."
Harry acquiesça, acceptant les mots du chef des renseignements comme un compromis, et il marcha jusqu'au fond du laboratoire en prenant garde à ne rien toucher.
C'est seulement maintenant qu'il en était réduit à regarder silencieusement qu'il remarqua réellement les changements chez Severus. Alors que son dos était aussi raide d'un balai et que ses épaules étaient tendues d'une façon qui devait lui provoquer de perpétuelles migraines, alors que son visage affichait toujours l'expression menaçante qui était sa seconde nature en ce moment, il y avait quelque chose de nouveau - ou plutôt d'ancien - dans sa façon de bouger.
Il a l'air de nouveau vivant, remarqua Harry avec un sursaut, et cette pensée lui donna la force de rester silencieux pendant l'éternité que représentait cinq minutes de fabrication de potion.
"Ça doit reposer pendant 20h maintenant," annonça finalement Severus et Harry sauta sur ses pieds. Il restèrent cependant silencieux jusqu'à ce qu'ils soient redescendus à la bibliothèque, où Severus leur versa à tous les deux un thé, avec une quantité généreuse de sucre dedans.
Alors il vit sur ses dernières réserves autant que moi, pensa Harry, se souvenant que Severus ne mettait jamais de sucre dans son thé en temps normal. Je me demande quand il a dormi pour la dernière fois.
"Vous vous souvenez de la première leçon d'Occlumencie que nous avions eu avec Hermione," commença Severus, formulant ses mots non pas comme une question mais comme un simple fait. Harry hocha néanmoins la tête.
"Dans l'optique de simplifier la visualisation technique pour vous, Hermione vous a montré son esprit, ainsi que ses quelques niveaux de sécurité."
Une autre déclaration de Severus, un autre hochement de tête de Harry.
"Vous souvenez-vous de la trappe qu'elle vous a montré ?"
Harry fronça les sourcils. "Oui," répondit-il doucement. "Je pense que oui. Elle était sous la pièce principale de son palais des souvenirs. Elle l'avait appelée sa "dernière retraite" ou quelque chose comme ça, je crois."
Cette fois le hochement de tête vint de Severus. "Et c'est exactement ce que c'est. Un endroit où rien de l'extérieur ne peut l'atteindre, une fois que la porte est scellée de l'intérieur. Vous voyez, chaque espion se prépare à la possibilité d'être attrapé vivant." Il avala sa salive, et son visage se figea comme une pierre le temps d'un battement de cils.
"Hermione ne pouvait pas utiliser l'Oubliettes programmé qui protège tes secrets pour des raisons évidentes," continua-il ensuite. "Et aussi fortifié que son esprit l'était, elle a toujours su qu'elle ne serait pas capable de faire face à une combinaison d'attaque physique et mentale pendant très longtemps."
Il avala une nouvelle fois sa salive puis il tendit une main assurée pour attraper sa tasse de thé. "Personne ne le peut. C'est pourquoi elle s'est entraînée à développer la capacité de détruire son propre esprit."
Les mains de Harry se mirent à trembler, et du thé se renversa sur ses doigts, les brûlant légèrement. Quelque part, la sensation de chaleur l'encra dans le monde réel, gardant une distance de sécurité entre lui et le concept de la destruction une oeuvre d'art telle que l'esprit d'Hermione.
"Alors c'est cela dont vous voulez parler quand vous dires qu'il ne reste rien d'elle. Elle… s'est détruite ? Complètement ?"
"Non. Pas complètement," dit Severus, une sinistre satisfaction dans la voix. "Ou du moins c'est ce que j'espère. Le procédé dont je parle détruit tout ce que vous avez vu dans son esprit, les fortifications, les jardins, la maison. Mais une étincelle de son être, le simple concept de la personne qu'est Hermione, devrait être caché en sécurité derrière la trappe. Si elle a eu le temps de faire ça correctement, c'est le cas."
"Mais elle nous a vu et nous lui avons parlé," protesta Harry. "Pourquoi n'est elle pas sortie s'il reste quelque chose d'elle ?"
"Non, elle ne sortirait pas. Parce qu'elle ne peut pas sortir. La décision, une fois prise, est irréversible. Une fois scellée, la trappe ne peut pas être repérée ou trouvée depuis l'extérieur, mais elle ne peut pas non plus être ouverte de l'intérieur. Et même si c'était possible, il n'y aurait nulle par pour elle où aller. Le reste de son esprit est parti. Hermione, excepté ce petit reste d'elle caché, est moins qu'un animal, réagissant par pur instinct incapable de retrouver les souvenir, les capacités ou les émotions qu'elle avait avant, parce que même ça pouvait mettre sa mission en danger. D'habitude, les espions préfèrent se tuer plutôt que d'opter pour cette solution, mais cette possibilité ne lui a surement pas été offerte, ce pour quoi je suis infiniment reconnaissant."
"Vous êtes reconnaissant ?" murmura Harry, pas sûr de comment formuler les pensées qui tourbillonnaient dans son esprit. "Mais que… Je veux dire… Si elle n'est rien de plus que ce que nous avons vu tout à l'heure, ne serait-ce pas mieux si…" Il ne pouvait pas se résoudre à céder au cliché de la mort qui est une bénédiction, mais l'expression de Severus lui indiqua qu'il avait compris.
Le chef des renseignements ne répondit pas avant un long moment, son pouce traçant silencieusement le contour du motif de sa tasse de thé et les yeux perdus dans le vague.
"Normalement ça serait mieux," dit-il ensuite, absolument neutre. "Mais normalement, personne n'aurait développé une potion qui pourrait inverser le procédé."
Le thé laissa une trace sombre sur la table alors que Harry posait sa tasse avec force. Il ne s'en soucia guère.
"Vous pouvez la ramener ?" murmura-il, puis, alors qu'il prenait l'entière mesure de ce que Severus avait dit : "Mais dans ce cas pourquoi ne l'avez-vous pas dit tout de suite ? Il y a des gens qui pleurent pour elle à cet instant, et vous restez là assis à boire du thé en gardant le secret ?"
Severus soupira, ferma les yeux un instant et pinça l'arrête de son nez. Il avait l'air exténué.
"Je ne sais pas." Lui aussi murmurait. "J'espère que je peux la ramener, mais la potion est expérimentale, et ça n'a jamais été fait auparavant. Même si ça peut déverrouiller sa trappe, nous ne pouvons pas être certains qu'elle retrouvera complètement sa personnalité. Ça devait être possible, mais les chances sont aussi grandes que je ne fasse qu'empirer les choses."
Harry fit un bruit amer avec l'arrière de sa gorge. "Comment ça pourrait être pire ?" demanda-il, se souvenant de la chose sauvage piégée dans le corps de son amie, folle de peur et de douleur.
"Elle pourrait mourir," répondit Severus sans ménagement, les yeux plongés dans les profondeurs de sa tasse de thé. "Ou elle pourrait retrouver ce qu'elle avait avant, mais seulement une petite partie, pas assez pour de nouveau contrôler son corps et son esprit, mais assez pour savoir ce qu'il lui est arrivé, ou ce qu'elle a perdu."
Avec précaution, il posa sa tasse et leva les yeux vers Harry, rencontrant son regard. Un frisson courut le long de la colonne vertébrale de Harry alors qu'il regardait dans ces sombres abîmes, pour une fois pas voilés ou cachés derrière des myriades de masques, mais ouverts et terriblement sincères.
"Pour l'instant elle est inconsciente. La part d'elle qui est Hermione ne ressent aucune douleur, aucun chagrin," murmura Severus, dont la douleur était trop profonde pour être traduite en paroles, et Harry eut envie de pleurer devant ce qu'il vit dans ses yeux, de prêter ses propres larmes à une âme qui était partie trop loin pour ce genre de peine. "Et je ne sais pas si j'ai le droit de lui prendre cette unique consolation. Je ne sais pas si j'ai le droit."
