70. Ne t'enorgueillis point, ô Mort

Au moins, elle ne souffrait plus.

C'étaient les mots que se répétait Severus encore et encore au cours de cette terrible heure dans sa chambre de malade, ce qu'il se martelait intérieurement jusqu'à ce que même son cœur en soit persuadé.

Quoi qu'il soit arrivé, elle ne souffrait plus. Et même si ce corps, cette coquille vide, avait peu de choses en commun avec la Hermione qu'il aimait et dont l'absence le déchirait à chaque seconde, au moins il avait cela maintenant, il pouvait la toucher, la voir.

Il pouvait la protéger de nouvelles blessures. Il pouvait tenir Lucius Malfoy à distance d'elle.

Il avait su que quelque chose n'allait pas dès le moment où il l'avait vue, il avait su avant même de toucher son visage, avant que ses yeux ne s'ouvrent. Il manquait quelque chose… une étincelle peut-être, cette flamme qui la rendait unique.

Il avait dû s'en assurer, bien sûr, c'était pourquoi il avait demandé à la guérisseuse de la réveiller, mais tout ce qu'il avait vu, tout ce qu'il avait observé depuis sa cachette dans l'ombre n'avait fait que confirmer ses doutes initiaux.

Cette… cette chose rampante, hurlante et gémissante n'était pas sa Hermione. Elle était vide, comme une maison inhabitée, vidée de tout ce qui la rendait attractive. Cela ne le concernait pas.

Et pourtant… pourtant son être entier s'était langui de la toucher, ses mains et ses bras l'avaient démangé tant il avait eu envie de la serrer dans ses bras, de faire partir la douleur, et son cœur avait été meurtri à la vue de ses beaux yeux, ses beaux cheveux, ses lèvres… mais ça n'était pas sa Hermione.

Tu es un scientifique, s'était-il fermement sermonné. C'est un cas d'étude, pas l'amour de ta vie, un cas intéressant que tu dois étudier attentivement.

Mais tout ce qu'il avait eu envie de faire était la prendre dans ses bras et la ramener dans ses appartement, la maison d'Hermione, de quitter cette pièce et de fuir la présence de cette coquille qui la lui rappelait tant…

Il avait été fort. Un bon scientifique. Un chef des renseignements. Et il avait réprimé ses pensées et ses émotions jusqu'à ce qu'il regagne ses appartements, où personne ne pourrait l'entendre.

Et il s'était mis au travail.

Il avait retrouvé ses notes sur la potion expérimentale, ces informations qu'il avait commencé à collecter quand Voldemort avait retrouvé son corps trois ans auparavant, parce qu'il s'était attendu à sa trahison et à sa torture. Avec le temps, il avait cessé de travailler dessus, tout comme il avait arrêté de travailler sur de nombreux projets pour lesquels il n'avait pas trouvé le temps et la force.

Seule l'arrivée d'Hermione dans sa vie avait rendu à ce projet sa nécessité. Alors qu'il avait accepté sa propre mort ou son emprisonnement dans les cachots de son esprit il y a des années, la pensée d'Hermione coincée sous sa trappe l'avait peiné bien avant qu'ils deviennent amis ou amants.

Ces dernières semaines, il avait passé chaque heure de libre dessus, avait consacré ses nuits d'insomnies à expérimenter et ses jours sans repos à faire des recherches. Il avait concocté et testé et concocté, et voilà qu'il semblait que son travail ait été plus qu'un vain effort pour garder une petite étincelle d'espoir en lui.

Voilà qu'il semblait que cela pourrait sauver la vie d'Hermione.

Mais il y avait aussi ses doutes, des doutes qui n'avaient fait qu'augmenter pendant la fabrication de sa potion, qui avaient montré leur vilaine tête et été nourris par la discussion avec Harry.

Au moins elle ne souffrait plus. Il ne pouvait pas supporter de changer ce fait, d'éloigner cette dernière pensée réconfortante de lui, d'eux tous.

Mais pourrait-il vivre en sachant qu'il lui restait une dernière chance, un espoir de guérison qu'il aurait écarté sans même l'essayer ? Pourrait il continuer à vivre en sachant que son corps était recroquevillé sur lui même dans ce lit froid, son âme et son essence cachées dans ce trou qu'elle ne pouvait pas trouver elle-même ?

Pouvait-il la laisser là, dans les ténèbres, attendant que sa chair meure, juste parce qu'il avait été trop effrayé pour risquer quoi que ce soit ?

Les autres pensaient qu'il devrait lui donner le traitement. En fait, ils semblaient incapables de voir le problème. À la manière typique des Gryffondor, ils voyaient une ouverture et y fonçaient tête baissée.

Mais ils ne prenaient en compte que ce qu'ils voulaient, ce dont ils avaient besoin. Severus par contre, malgré ses propres envies et ses propres peurs, se préoccupait de choses bien plus complexes.

Que voudrait-elle ?

Elle avait voulu la paix. Pour le silence et la tranquillité, pour reposer son corps et son esprit et pour explorer les possibilités de la vie.

Comment pouvait-il espérer lui offrir cela ?

Brusquement, Severus se libéra de ces pensées dépressives. Il était pathétique !

Il était là, à se cacher sans ses appartements et à tergiverser devant une potion achevée qu'il n'arrivait pas à se décider à utiliser, alors qu'Hermione reposait à quelques pas de lui seulement.

Il murmura une incantation, tourbillonna dans la pièce, descendit les escaliers et passa à travers la tapisserie avant qu'il n'ait eu le temps de se poser plus de questions ou de continuer à s'inquiéter.

Le quartier général était éteint, et dans la chambre d'Hermione seule une bougie magique était allumée à son chevet. Severus ferma la porte de la chambre de Harry, en face de celle d'Hermione, prenant garde à ne pas le réveiller. Apparemment le Garçon-Qui-se-Pose-Des-Questions l'avait laissée ouverte pour garder un œil sur son amie, mais le bruit de ses ronflements indiquait qu'il était peu probable qu'il réagisse à quelque chose qui aurait une ampleur inférieure à celle d'un séisme.

Il ferma la porte de la chambre d'Hermione derrière lui également, et se tint en silence pendant un instant, comme il l'avait fait le matin même. Hermione était de nouveau endormie; après leur efforts infructueux pour réussir à l'atteindre, la guérisseuse Jones l'avait plongée dans un coma magique qui aiderait à soigner ses blessures et qui lui permettrait de reprendre des forces. Elle avait réellement l'espoir que cela ferait revenir quelques souvenirs et capacités mentales qu'elle avait perdus, mais Severus savait que c'était un espoir vain. Il avait, après tout, étudié de près le processus qu'elle avait utilisé, de plus près que n'importe quel autre membre de l'Ordre.

Il pouffa, un son qui s'évanouit dans la pénombre. Et une fois de plus, son passé faisait de lui un complice des actions d'Hermione, et leur ennemi commun faisait de lui le seul qui avait la capacité de comprendre, celui qui pouvait espérer faire une différence.

Elle avait l'air paisible alors qu'elle reposait là, habillée d'un pyjama blanc et recouverte d'une couverture rouge - Severus se souvenait l'avoir vue dans sa chambre de Préfète-en-Chef - mais même avec son visage apaisé par le sommeil et ses yeux clos, Severus voyait qu'il manquait quelque chose, quelque chose qui l'avait rendue vivante avant. La Hermione qu'il avait connue était toujours en train de réfléchir, même dans son sommeil.

Une chaise était placée à côté du lit. Il semblait que quelqu'un s'était assit à côté d'elle - probablement Harry, puisque Draco n'avait toujours pas digéré sa culpabilité et sa douleur.

Il s'assit et pris sa main, son pouce caressant automatiquement sa paume de la façon apaisante qu'elle appréciait tant. Peut-être qu'il pourrait finalement trouver du repos ici, dans sa chambre sombre et silencieuse, à ses côtés, un peu de repos et les réponses qu'il recherchait désespérément.

Leurs conversations lui manquaient. La façon dont elle allait toujours droit au cœur du problème lui manquait, la façon dont elle l'avait compris mieux que lui-même.

Il manquait de quelqu'un qui partageait ses souvenirs et son passé. Elle lui manquait en tant qu'amante, quelqu'un qui le serrait dans ses bras et l'embrassait, mais il manquait de bien plus que ça.

Elle lui manquait en tant que partenaire, quelqu'un avec qui il pouvait se battre, tant physiquement que verbalement. Elle lui manquait en tant que la part de lui même qui pouvait lire ses pensées et finir ses phrases, qui pouvait ajouter des petits détails à un plan pour le rendre unique.

Sa meilleure amie lui manquait.

"Te souviens-tu," murmura-il dans la pénombre qui les entourait, bien ancré par la sensation de sa petite main dans la sienne. "Quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois ? Je ne pouvais pas te supporter, toi et ta droiture et tes questions sans fin et tes dents trop longues ?"

Il rit doucement, trouvant toujours difficile à croire que sa Hermione ait été un jour si petite, anxieuse et effrayée.

"Et te souviens-tu," continua-il, son visage s'adoucissant et sa voix se faisant plus hachée. "Après que j'aie su ce que tu avais fait - ces premières semaines, quand je t'ai haie et que tu étais si seule et si effrayée… Et pourtant tu n'as jamais abandonné. Tu m'as combattu de toutes tes forces, et tu as tracé ton chemin à travers tout ce que je t'ai fais subir.

"Et notre trêve… notre pacte," dit-il, serrant sa main pendant un moment, presque capable d'imaginer qu'elle le serrait en retour. "Le petit mur de livres que tu avait dressé autour de ton fauteuil. Ta prudence et ton indépendance…"

Il rit encore, mais son rire se transforma presque en sanglot alors qu'il se souvenait de leur Noël ensemble, où elle s'était endormie sur son épaule pour la première fois et où cette petite chose qu'il avait classée comme peu importante quelques mois avant était devenue soudainement capitale pour lui.

"Te souviens-tu comment nous avons comploté et comment nous avons combattu ? Comment nous nous sommes débarrassé de McNair et comment nous avons manipulé l'esprit de Dougall ensemble ? Nous avons combattu tout ce qui s'est dressé devant nous, même l'Ordre."

Il sourit de nouveau. "Nous avons toujours vaincu. À chaque fois. Ne change pas ce fait Hermione. Ne change jamais ça."

Alors qu'il était assis au chevet de son corps inanimé, les restes en lambeaux que son âme avait abandonnés, il vit son visage une nouvelle fois, dansant dans la pénombre, caressant sa main de son pouce. "Je ne sais pas comment. Tu m'as appris tellement plus que ce que je n'aie jamais pu t'enseigner. Mais ça n'a plus d'importance maintenant. Cette victoire ne voudrait rien dire sans toi."

La chaleur d'Hermione contre sa peau, son souffle dans ses oreilles, il réalisa soudain qu'il ne se posait pas la bonne question depuis le début.

Il n'était pas question de la guerre et de la volonté d'Hermione de la gagner. Il n'était pas question de ses amis et leur espoir, ou le futur brillant qui l'attendait dans le monde sorcier.

Il n'était même pas question de ce dont elle avait envie ou besoin, ou de ce qu'elle aurait voulu pour elle-même, bien qu'il ne puisse le perdre de vue à aucun moment.

S'il était juste honnête avec lui même, honnête comme il pouvait l'être ici, seul avec elle dans la pénombre, il n'était question que de lui, et de lui seul.

Pour la première fois dans sa vie, il y avait quelque chose qu'il voulait, dont il avait besoin autant que de respirer.

Il voulait Hermione. Il avait besoin d'Hermione.

Et bien qu'il se soit refusé le plaisir et la joie pendant une période bien plus longue que ce qu'elle n'avait vécu, bien qu'il se soit pensé habitué à cette semi-existence dans l'ombre, il ne voulait plus de ça à présent.

Il la voulait. Il voulait une vie avec elle.

"Tu m'as dit une fois que ta vie m'appartenait." Les mots de sa lettre lui revinrent en mémoire. "Je la réclame maintenant. Vis-la."

Mais il ne pouvait pas la vivre sans elle. Et peut-être que, quand tout le reste lui avait été arraché, quand il ne restait plus que son cœur et les ténèbres, la chose qui restait était cet égoïsme Serpentard et son amour pour elle, et la conscience qu'elle ne voudrait pas qu'il mette fin à ses jours.

Elle avait été prête à mourir pour lui afin de mettre fin à ses souffrances, et à l'époque il n'avait pas voulu de son sacrifice. Mais cette fois, pensa-il dans la pénombre, cette fois il le voulait, cette fois il en avait besoin. Cette fois il demanderait son sacrifice. Cette fois elle devrait vivre pour mettre fin à ses souffrances.

"Te souviens-tu Hermione," murmura-il, les larmes brûlant ses yeux et sa gorge, " Ce que je t'ai dit une nuit ? Que nous dormirions ensemble en paix et en sécurité, et que nous écouterions les oiseaux chanter le matin ? Qu'il n'y aurait plus besoin de se cacher, plus de douleur, plus de peur, plus de guerre pour se dresser entre nous ? Cela peut toujours arriver, Hermione. Cela peut encore devenir réel. Tout ce que tu as à faire c'est te battre, être forte et te réveiller."

Lentement, il se pencha vers elle et déposa un baiser sur son front. Elle avait le même goût que dans ses souvenirs, de douceur et de piment et de sommeil paisible, et il ferma les yeux un instant, s'autorisant le luxe d'imaginer que tout allait bien.

"Ne me laisse pas. Et j'espère que tu me pardonnera pour ce que je m'apprête à faire."

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Le hibou de Severus trouva Harry à la table du petit déjeuner, où il lorgnait sont porridge avec peu d'enthousiasme.

C'était tellement frustrant. Elle était de retour et en vie, chose qu'il n'avait jamais osé espérer, et pourtant elle n'était pas vraiment de retour, Severus était toujours malheureux, et Draco se punissait en restant enfermé dans les cachots.

Mais le message fit s'envoler sa frustration pour laisser place à une excitation à couper le souffle.

J'ai décidé de prendre le risque, disait l'écriture pointue du chef des renseignements. Rassemblez Albus et Draco et retrouvez-moi dans sa chambre dans dix minutes.

Harry courut dans les couloirs de Poudlard, content qu'il n'y ait pas de première année dans le château qu'il aurait pu bousculer.

Il arriva comme une tempête dans les appartements de Draco et ensemble ils filèrent jusqu'au bureau du Directeur. Moins de dix minutes étaient passées quand ils arrivèrent à la chambre d'Hermione mais Severus était déjà là, debout près d'une petite table sur laquelle trônait un chaudron, réchauffant doucement la potion qui déciderait du sort d'Hermione.

Là encore, le chef des renseignements avait l'air différent de la nuit précédente, comme s'il avait franchi une nouvelle étape du long procédé du retour de sa personnalité. Harry se demanda ce qui l'avait décidé à prendre le risque, et il se souvint que la chambre de la porte d'Hermione, qu'il avait laissée ouverte la nuit dernière, était fermée au matin.

Severus leva les yeux de la potion, puis, bien que son visage ne changea pas quand il regarda Hermione, Harry crut voir un léger adoucissement dans ses yeux noirs.

"La potion est prête," dit-il doucement.

Silencieusement ils se rassemblèrent autour du lit alors que Severus versait la potion dans une bouteille.

"Ne vous approchez pas trop," les avertit-il, la tension qu'il devait ressentir totalement absente de sa voix. "Elle pourrait se réveiller, et si elle se sent acculée elle pourrait de nouveau paniquer."

Avec précaution, il porta le goulot à ses lèvres et versa le contenu dans sa bouche. Hestia Jones la fit avaler à l'aide d'un sort et le liquide vert foncé disparut.

"Ne me dérangez pas pendant les prochaines minutes, peu importe ce qu'il se passe," murmura Severus, les yeux fixés sur son visage comme si le monde n'existait plus.

Harry pouvait voir que sa mâchoire était serrée et que ses lèvres étaient tendues par la concentration, mais sa respiration était profonde et régulière et ses mains ne tremblaient pas alors qu'il prenait son visage entre elles et le gardait dans cette position.

"À tout moment maintenant…" murmura-il comme pour lui même, mais malgré cet avertissement, Harry sursauta presque quand Hermione ouvrit les yeux, les pupilles si dilatées que ses yeux apparaissaient noirs.

Elle gémit, une réaction au choc de soudain être touchée, et ses bras se débattirent contre le couvre-lit. Pourtant, Severus garda son visage dans une prise solide et se baissa plus près d'elle jusqu'à ce que son nez touche presque le sien.

Alors, toute expression quitta son visage et les lèvres se relâchèrent. Hermione cessa de se battre contre sa proximité et sa bouche s'ouvrit dans un son doux et étouffé.

Une expression proche de la douleur passa sur le visage de Severus pendant un instant, et Harry se demanda ce qu'il voyait. Severus avait été tellement plus habitué aux paysages de l'esprit d'Hermione que Harry, mais même pour lui l'idée de voir ce jardin parfait et ces belles constructions détruits était douloureuse. Il se demanda s'il restait quelque chose pour attester de ce qui était arrivé, des ruines ou des arbres morts, ou si Hermione avait érigé des bâtiments pour héberger sa folie à la place, pour tromper un Legilimens qui entrerait dans son esprit.

Harry se souvint de ce que Severus lui avait dit à propos du procédé qu'il avait mis au point pour aider Hermione, et alors qu'il se remémorait cela, il essaya d'imaginer ce que Severus faisait, comment il manipulait avec adresse les mécanismes de son esprit.

Bien qu'il n'ait aucune idée de la façon dont elle fonctionnait, la potion faciliterait l'entrée de Severus dans son esprit et l'ouverture de la trappe. Elle agirait comme un fertilisant sur son esprit, avait-il expliqué à Harry, encourageant la croissance de nouvelles structures et la reconstruction des anciennes, comme de l'eau chaude versée sur la glace aidait à la faire fondre et mettait la terre à nu, prête à être cultivée.

Mais même si la potion - si elle marchait correctement, mais connaissant les capacités de Severus il n'avait pas de doute là dessus - se chargerait de contourner les mesures de sécurité qu'Hermione avait mises en place, elle manquerait toujours des capacités et des connaissances requises pour rétablir ce qui avait été détruit.

Peut-être qu'elle manquerait même du courage nécessaire à quitter sa cachette, et il reviendrait à Severus de l'attirer à l'extérieur et de l'aider à construire les fondements de son nouvel esprit.

Harry avait demandé comment cela pourrait aider à faire revenir leur Hermione, puisque construire un nouvel esprit ne ferait pas revenir sa mémoire et ses connaissances, mais Severus avait juste répondu qu'il avaient pris leurs précautions, et il avait ajouté d'une voix proche de celle de son ancienne personnalité, que Harry ne pouvait pas comprendre de toute façon et qu'il ne devrait pas perdre son temps à poser des questions.

Donc Harry n'avait plus posé de questions, réduit à l'espoir que Severus savait ce qu'il faisait.

Comme il espérait maintenant. En silence et avec ferveur, avec la présence ancienne et puissante de Dumbledore à sa gauche et la chaleur de Draco à sa droite. Il échangea un bref regard avec son ami et vit les mêmes espoirs et les mêmes peurs se refléter sur son visage.

Peut-être que tout irait bien, mais Harry avait vu assez de leur monde pour savoir que les chances étaient faibles. Et donc il attendit silencieusement, alors que même la présence de ses amis et de ses camarades ne pouvait pas le réconforter.

Finalement, Severus se redressa, le visage blanc et fatigué. Ses mains restèrent sur ses joues un instant, comme s'il n'avait pas envie de la lâcher, puis il soupira et se détourna d'elle, pour faire face à Dumbledore, Harry et Draco.

"La trappe est ouverte et les nouveaux fondements de son esprit sont construits," dit-il. "Il n'y a rien de plus que je puisse faire depuis l'intérieur de son esprit. Le reste repose sur elle."

"Et maintenant ?" demanda Harry, ses yeux inquiets fixés sur la forme d'Hermione, de nouveau immobile et plongée dans le sommeil.

"Maintenant, " répondit Severus avec un rictus, ses yeux posés également sur la femme qu'il aimait. "Nous lui lisons L'Histoire de Poudlard."

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Il faisait nuit quand elle revint, fatiguée et ayant mal partout. Lucius Malfoy avait été un vrai bâtard ces derniers jours, apparemment plus ébranlé par la mort d'Hermione que ce à quoi elle s'attendait, même après l'étrange scène dont elle avait été témoin.

Il avait eu beaucoup de satisfaction à la malmener, et seule la magie des elfes de maison l'avait épargnée de se casser plusieurs os.

En définitive, elle était plus de ravie que sa courte incursion dans le monde de l'esclavage soit terminée. Elle n'avait jamais été du genre nostalgique, mais cette expérience l'aiderait certainement à se souvenir à quel point son ancienne vie la dégoûtait.

Un claquement de doigts l'amena dans les quartiers de Severus.

Elle n'était pas surprise de voir les changements, mais ils lui indiquèrent tout ce qu'elle voulait savoir. Apparemment, Hermione avait survécu et était en voie de guérison. Et Severus également.

Les livres et les papiers qui jonchaient le sol de la bibliothèque était retournés à leur place légitime, tout comme le bureau d'Hermione et son fauteuil favori. Jane ne peut s'empêcher de sourire quand elle vit la théière noire, de nouveau entière, trôner sur le manteau de la cheminée comme un héritage de famille chéri.

Elle pris une grande inspiration, regarda autour d'elle et hocha la tête.

C'était mieux comme ça.

Il était temps d'aller voir ce que cet amoureux fou avait fait à sa cuisine.

Elle s'était agitée pendant une heure et avait réorganisé entièrement leur collection d'épices, contente d'être de retour chez elle et maître des lieux, quand elle entendit du mouvement dans la pièce voisine. D'un claquement de doigts elle réchauffa le thé qu'elle avait déjà préparé, et quand elle entra dans la bibliothèque, un plateau flottait devant elle.

"Severus," le salua-elle de sa voix piquante et brusque d'enseignante, et il se retourna, ses robes tourbillonnant autour de lui comme les jours d'avant la disparition d'Hermione.

La pièce était plongée dans l'ombre, mais elle distingua quand même son visage et sourit, encore plus satisfaite.

"Alors elle va mieux," dit-elle, et il réussit à hocher la tête, si inquiet et choqué par sa soudaine apparition qu'elle eut envie de le prendre dans ses bras. Severus ne perdait pas souvent sa composition, il avait été froid et contrôlé depuis sa plus petite enfance, mais quand quelque chose le submergeait vraiment, il avait la vulnérabilité et l'impuissance d'un nouveau né.

"S'est-elle déjà réveillée ? As-tu pu l'aider avec son problème mental ?"

Il hocha de nouveau la tête, apparemment toujours sans voix, et elle se détourna pour déposer le thé sur la table, cachant par ce biais son sourire attendri. Ça n'aiderait pas de lui montrer à quel point il était adorable dans cet état, et à quel point il avait l'air bête.

"Peut-être que je devais te faire un compte rendu," annonça-elle ensuite. "Je dois avouer que j'ai peu appris des plans de Lucius Malfoy, puisque ma préoccupation principale était d'apparaître comme innocente, mais je sais quelques petites choses sur sa routine quotidienne et quelques commentaires qu'il a fait ci et là…"

Elle fut réduite au silence, brusquement, par des bras masculins qui l'entouraient fermement et l'étrange sensation d'un sorcier tremblant la pressant contre son torse.

"Tu aurais pu être tuée, espèce de femme stupide," murmura intensément Severus, à genoux devant elle et tremblant toujours comme un elfe de maison devant son maître. "Il aurait pu te démasquer !"

"Voyons, Severus," le réprimanda-elle, mais sa voix n'avait pas la dureté appropriée pour une telle remarque. "N'oublie pas que tu as tout appris de moi."

"Mais tu refuses toujours de t'impliquer dans les affaires humaines : Tu as fais le serment de ne plus jamais servir un maître humain," murmura-il alors qu'elle remarquait avec approbation qu'il avait pris une douche et qu'il s'était lavé correctement depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu.

"Et pourquoi n'as-tu pas dit ce que tu prévoyais de faire avant de partir pour cette mission suicide ?! J'ai cru que je l'allais devenir fou quand tu as disparu toi aussi…"

"Tu étais déjà fou, Severus," l'interrompit-elle gentiment en reculant hors de sa féroce étreinte. "Et peut-être que je l'étais aussi un peu - bien que nous, les elfes de maison, soyons dotés d'une telle santé qu'elle peut en être douloureuse de temps en temps."

"Mais tu aurais pu…"

"Elle fait partie de notre famille, Severus," dit-elle. "Tu m'a sauvée pour cette raison, il y a des années. Elle t'a sauvé, tu l'as sauvé. Il était temps que je boucle la boucle."

Elle sourit et ébouriffa ses cheveux, chose qu'elle n'avait pas eu la chance de faire bien souvent depuis qu'il était parti à Poudlard et qu'il en était revenu l'été suivant, bien plus grand qu'elle.

"Et ta tristesse me rendait malade. Tes appartements étaient un chaos, ton hygiène était déplorable, et j'étais tellement habituée à ces petits dîners que tu organisais pour tes amis. Donc soit un bon garçon et ne me reproche pas d'être une petite femme égoïste et d'avoir ramené notre lionne, d'accord ?"

Il ouvrit la bouche comme pour protester et commencer une autre de ses litanie mélodramatique (une habitude récente; elle devrait en discuter avec Hermione une fois qu'elle serait remise), mais finalement son visage se détendit et ses yeux se fermèrent à moitié comme toujours quand il était d'humeur taquine, et il se releva, la surplombant une fois de plus.

"Vieille sorcière rusée," dit-il, gloussant, et il commença à leur verser du thé à tous les deux.

Elle secoua la tête d'une désapprobation lasse.

"Insupportable chauve-souris déprimée," rétorqua-elle.

Et sur ce, ils burent leur thé.