Hello !

Désolée pour le retard (mais on est encore mercredi, techniquement), j'ai eu une semaine difficile et ce chapitre est deux fois plus long que les autres. J'espère qu'il vous plaira.

Bonne lecture !


71. Parce que, Mort, tu mourras

La chose la plus terrible à propos de tout ça, pensait souvent Harry alors que les jours passaient et qu'Hermione ne donnait aucun signe d'éveil, était le fait que le monde continuait de tourner.

Ils ne pouvaient pas arrêter les horloges, ni faire une pause dans leur entraînement, et bien que Harry puisse voir la volonté silencieuse de se précipiter au chevet d'Hermione dans plus d'une paire d'yeux, les heures passées dans la salle de gym étaient de plus en plus longues.

Le Premier Premier Cercle, comme Maugrey les avait une fois nommés suspicieusement, avait tendance à migrer dans la chambre d'Hermione et à passer autant de temps que possible là-bas. On pouvait souvent trouver Severus dans un fauteuil près de la fenêtre, penché sur des rouleaux de parchemin ou des livres, et les Professeurs McGonagall et Dumbledore (Minerva et Albus, Harry, tu n'est plus un élève) trouvaient des prétextes pour rendre visite à Hermione bien plus souvent que sa condition immuable ne le nécessitait, mais Harry, Ron et les autres anciens élèves n'avaient pas ces excuses, pas de travail qu'ils pourraient emmener et faire dans sa chambre.

Ils passaient leurs journées à suer, jeter des sorts, esquiver, et éviter des attaques sous la tutelle sévère de Remus et Maugrey, et ça n'était que lorsqu'ils étaient si fatigués qu'il pouvaient à peine traîner leurs corps meurtris hors de la salle de gym qu'ils étaient autorisés à partir.

Mais ils étaient autorisés à prendre des tours de garde. Chaque jour à douze heures, après un rapide déjeuner, Harry pénétrait dans sa chambre au quartier général et la trouvait allongée dans un lit trop grand pour sa frêle silhouette, parfois si silencieuse, et immobile qu'il s'approchait rapidement de peur qu'elle soit morte dans la nuit, parfois remuant vaguement, mais toujours profondément endormie.

Il la saluait, étendant la main pour atteindre sa main ou son bras, doucement et très précautionneusement, parce que parfois elle réagissait mal aux contacts, et lui racontait sa journée, ce qu'il s'était passé pendant l'entraînement ou ce qui lui passait par la tête.

Et puis il commençait à lire pour elle, heure après heure, comme chaque autre membre de l'Ordre qui veillait à son chevet.

Ça n'était pas juste sentimental, leur avait dit Severus après qu'il lui ait administré la potion et fouillé dans son esprit. Hermione avait su que si elle était un jour forcée de détruire son esprit, elle ne serait pas capable d'emmener ses pensées et ses connaissances avec elle sous la trappe. Elle avait su qu'elle perdrait tout, et étant Hermione, elle s'était soigneusement préparée à cette éventualité.

Il y avait une technique, leur avait dit Severus, très ancienne et inventée par les Moldus qui permettait à quelqu'un d'expérimenté dans les arts de l'esprit de lier des connaissances à des séquences d'images, de son, ou même de texte, comme les souvenirs étaient liés aux livres dans le palais de son esprit.

Pour ses propres souvenirs, Hermione avait choisi son livre favori, celui qu'elle avait lu plus souvent que tous les autres. Elle avait passé des jours à connecter son savoir, ses expériences et ses souvenirs avec les phrases et les chapitres de ce manuel de leur enfance.

Et donc, elle avait finalement trouvé un moyen de faire lire à Harry et Ron L'Histoire de Poudlard. Cette pensée donna à Harry l'envie de pleurer.

Alors qu'il lisait le passage sur le long défilé des Directeurs et Directrices de Poudlard, les enchantements de la Grande Porte ou le rôle de Poudlard pendant la guerre des Géants, il se demandait de quelles informations il la nourrissait, ce qui se réveillait dans son esprit, répondant à l'appel de ces mots et chapitres familiers.

Peut-être qu'il lui lisait son enfance, se dit-il alors qu'il lisait la partie sur la Répartition. Ou leur amitié. Peut-être que ses connaissances en Sortilèges pour les ASPIC étaient cachées dans les mots qui décrivaient l'architecture de la serre. Peut-être que son amour pour Severus s'insinuait dans son esprit à travers la longue description des cachots.

Quoi qu'il soit en train de lui rendre, il prenait grand soin de prononcer chaque mot, de ne rien oublier, par peur que sa mémoire soit incomplète s'ils passaient même un seul chapitre, oubliaient un seul paragraphe.

Et même ainsi, il n'y avait aucune garantie qu'elle soit de nouveau la même. Il n'y avait certainement pas la notion du changement, ou de la conscience dans ce corps trop immobile.

Harry soupira, tourna une page et se repongea dans la longue description de l'évacuation des eaux usées et du système de tuyauterie qu'un Directeur apparemment dément du dix-huitième siècle avait pensé essentiel à l'éducation de ses lecteurs. Bien que ça ait probablement aidé Hermione à comprendre comment le Basilic se déplaçait dans l'école en deuxième année, songea Harry. Mais même, c'est ennuyeux à mourir.

"De façon à assurer l'évacuation correcte des sept types d'eaux usées, c'est à dire l'eau sanitaire, les restes de potions, l'eau de nettoyage, l'eau des bains magiques…" lit-il lentement et précautionneusement en se demandant si Hermione ne sautait pas ce genre de passages quand elle dévorait son livre préféré.

Une nouvelle fois, ses yeux scrutèrent son visage, et le calendrier qu'un membre de l'Ordre bien intentionné avait suspendu au dessus de sa table de chevet.

"Les restes de potions posèrent des difficultés spécifiques étant donné que ce type de déchet n'est pas seulement activement magique, mais contient également des substances corrosives qui pourraient endommager les tuyaux, voire les détruire sur le long terme. Après de longues discussions, le conseil d'administration décida d'installer un système de tuyauterie doté de protections magiques supplémentaires de façon à ce que…"

Ce calendrier avait été probablement pensé comme un encouragement pour eux tous, comme un signe que le temps passait et que les choses s'amélioreraient bientôt. Les images désespérément fades de champs ensoleillés et de collines vertes proclamaient à tous ceux qui se souciaient de regarder que l'été anglais était toujours beau et que tout allait pour le mieux dans le monde.

Pour Harry ça n'était rien qu'un rappel de ces affreux étés chez les Dursley, quand il restait assit du matin au soir dans sa chambre, attendant que quelque chose change, ou juste que quelque chose arrive, ne serait-ce que la chance de barrer un nouveau jour sur son calendrier de fortune. Tout comme il attendait maintenant. Il se souvenait que ces étés lui avaient parus sans fin, et bien qu'il sache qu'ils finiraient par une nouvelle année à Poudlard, il avait parfois presque perdu espoir. Comme maintenant.

"La tuyauterie créée pour évacuer l'eau des bains à bulles magiques comme celle de la salle de bain des Préfets et les sanitaires des enseignants ont posé une gamme de problèmes entièrement différents. Quand le nouveau système a été mis en place, les elfes de maison travaillant dans les cuisines sont signalé pléthore d'effets nuisibles causés par les tuyaux qui passaient sous le sol de leur lieu de travail, certains étant frappés par des hallucinations ou remplis d'une maniaquerie euphorique. Après une étude minutieuse de ces effets, le Maître des Potions Rider A. Slenderhorn démontra que certaines substances des bains à bulles avaient l'effet de drogues hallucinogènes quand elles étaient respirées par des elfes de maison, ceci expliquant de manière satisfaisante l'incident incluant sept elfes de maison déguisés en poulet dont les professeurs et les élèves parlent encore…"

Ce jour là plus que les autres, ce calendrier le rendait fou. Il avait envie de l'arracher et de le piétiner jusqu'à ce qu'il fasse repartir le temps qui s'était arrêté dans cette pièce. Il avait envie de…

Quelqu'un derrière lui se racla la gorge et sans réfléchir, Harry sauta du fauteuil en se retournant, baguette en main, alors que L'Histoire de Poudlard tombait au sol dans un bruit étouffé.

"Il semble que tu aies atteint la fin du chapitre," commenta doucement Draco sans quitter Hermione du regard. "Je pense qu'on devrait faire une pause maintenant."

"Oui."

Même Harry pouvait entendre le manque d'enthousiasme dans sa propre voix, et pourtant lui essayait de le masquer.

Draco sourit juste, un sourire hésitant et entendu qui dit à Harry qu'il le comprenait et qu'il partageait ses réserves.

"J'ai bien peur qu'il n'y ait pas d'autres solutions," dit-il sèchement, faisant semblant de trembler, jusqu'à ce que ses yeux glissent sur la silhouette endormie d'Hermione.

"Nous avons assez de temps pour que tu t'assoies à côté d'elle un moment, offrit Harry, connaissant la réponse de Draco avant que son son ami arrache ses yeux d'Hermione et ne secoue la tête.

"Ça ne serait pas une bonne idée," refusa-il calmement, et Harry sut qu'il était censé ne pas insister. Pourtant...

"Je pense que si."

Draco tenta de lui jeter un regard renfrogné, mais échoua lamentablement devant l'air de compréhension triste de son ami.

"Harry… Je…"

"Ecoute," l'interrompit Harry, ne voulant pas entendre le ton défaitiste ou la culpabilité sous-jacente dans la voix de Draco. "Je comprend ce que tu ressens. J'ai de l'expérience en matière de culpabilité. Mais elle est en vie et c'est toujours ton amie, et si elle était réveillée elle serait la première à te le dire. Donc je pense qu'il est temps de surmonter ça et de prendre part à cette affaire. Elle aura besoin de toi quand elle se réveillera. Tu as besoin d'elle. Tu es une épave depuis que tu es revenu de chez tes parents."

Draco soupira, une des ses mains s'élevant jusqu'à son visage pour se frotter les yeux dans un geste qui était devenu trop familier au cours des dernières semaines, bien qu'il aurait été inimaginable pour l'héritier Malfoy de s'oublier ainsi en public il n'y a pas si longtemps.

"Je sais tout ça," murmura-il. "Mais…"

"Mais quoi ?" demanda Harry, à présent irrité. "Mais tu te sens mal à cause de ce que tu as fait ? Je ne pourrais pas te dire combien de fois j'ai pensé que le monde s'arrêterait parce que j'ai foiré, que plus personne ne m'apprécierait. Mais ça ne marche pas comme ça, Draco. C'est…"

"Mais je l'ai torturée," l'interrompit violemment Draco. "Et ce n'est pas seulement que je me sens coupable, Harry. La chose dont j'ai peur, qui me terrifie, c'est que quand je vais entrer dans la pièce et m'asseoir sur son lit, elle aura peur de moi. Elle pourrait se réveiller en ma présence et hurler, encore et encore parce qu'elle ne peut plus voir son ami. Même si elle pouvait me pardonner pour ce que j'ai fait, je ressemble trop à mon père. À l'homme qui lui a fait ça."

Il s'arrêta, se frottant de nouveau les yeux, toute détermination ayant quitté sa voix.

"Je ne pourrais pas supporter cette expression sur son visage," confessa-il doucement.

Harry secoua la tête, comme pour les réveiller tous les deux d'un cauchemar persistant.

"Hermione sait faire la distinction entre ton père et toi, Draco," dit-il, bien que le doute envahisse son esprit. Personne ne savait ce qu'Hermione pouvait ou ne pouvait pas faire à présent, après tout. Peut-être qu'elle ne se souviendrait d'aucun d'entre eux. Peut-être qu'elle ne se souviendrait pas d'elle-même. "Elle a toujours su."

Draco sourit, bien que ses yeux affichent le même doute que celui que Harry essayait de cacher.

"Je commence à voir les avantages de la façon de penser des Gryffondors," dit-il sèchement. "Optimistes jusqu'au bout, n'est-ce pas ?"

Et Harry sourit en retour, et toucha l'épaule de son ami dans un soutien silencieux, sentant en réponse la pression du corps de Draco se reposant contre lui un moment.

Mais Draco ne pénétra pas dans la chambre d'Hermione, et quand Harry jeta un dernier regard au calendrier innocemment suspendu au dessus de la table de chevet, il eut envie de jeter un sort à la chose maudite jusqu'à ce qu'elle soit réduite en miettes. Ça n'était pas ainsi qu'il avait imaginé cette journée, et pourtant les chiffres noirs sur blanc refusaient de s'en aller, le rappel de tout ce qui allait de travers : on était le trente et un juillet, et rien n'allait bien.

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Ils avaient commencé à fêter l'anniversaire de Harry au Terrier au cours de cet affreux été après la mort de Cedric Diggory et la résurrection de Voldemort. À l'origine, c'était censé être une consolation pour Harry, un rappel qu'il y avait des gens qui tenaient à lui peu importe ce que le Ministère disait ou ce que le futur réservait, mais pour Remus c'était devenu depuis longtemps et plus que tout autre chose un pied de nez à tous ceux qui voulaient les détruire.

Oui, il y avait une guerre qui faisait rage, avait-il pensé tout le temps où ils s'étaient réunis et avaient célébré le fait que Harry ait survécu une année de plus, et oui, le futur semblait plus que sombre, mais il restait des chose pour lequelles se réjouir, des chose à fêter, et sans ces moments il deviendrait plus que difficile de se souvenir de pourquoi ils se battaient.

Harry avait demandé à annuler la fête cette année, avançant qu'il ne serait pas correct de célébrer sans Hermione, mais Molly avait insisté. La vie continuait, avait-elle dit avec la sagesse de celle qui avait survécu à la première guerre pour voir ses enfants impliqué dans la seconde, et Hermione aurait été la première à le rappeler à Harry.

Mais quand même, pensa Remus alors qu'il regardait son honorable filleul pénétrer dans le jardin des Weasley sous les cris de bienvenue, quand même Harry n'avait pas l'air très joyeux.

C'était une belle journée d'été ensoleillée et les feuilles des arbres et des buissons brillaient comme si elles avaient été fraîchement polies, mais Harry regardait ses pieds au lieu de son environnement, ayant l'air aux yeux du monde d'un adolescent embarrassé gêné d'être le centre de l'attention.

Remus mit quelques secondes à réaliser que Harry utilisait ce moment où il était apparemment embêté pour vérifier subrepticement que les boucliers étaient correctement ancrés dans le sol du Terrier. L'expertise avec laquelle Harry savait ce qu'il fallait regarder et sa discrétion rendit Remus douloureusement conscient d'à quel point il avait changé au cours de l'année passée.

Pourquoi malgré leurs efforts, tous les gâteaux d'anniversaire et tous les bons voeux du monde, Harry avait quand même grandi trop tôt, grandi pour devenir un guerrier ?

Au lieu d'attendre avec impatience ses cadeaux ou d'essayer d'apercevoir le gâteau que Molly avait préparé, Harry se tourna vers les membres adultes de l'Ordre, Draco - c'était devenu une habitude ces derniers jours - se tenant et marchant à ses côtés comme un garde du corps.

Gravement, le Survivant inclina la tête vers Kingsley et jeta un petit salut bourru dans la direction de Maugrey qui répondit avec une reconnaissance toute aussi bourrue.

Il reçut l'habituel "'lut" de Tonks et réussit à glisser une question sur les affaires en cours chez les Aurors avant que Molly ne l'engloutisse dans son étreinte et ne les réprimande pour mélanger le travail et le plaisir.

Harry sourit à Remus puis salua de la tête ses anciens Directeur et Responsable de Maison avec un respect confiant.

"Albus, Minerva," les salua-il calmement, et rien ne trahit le fait qu'il était le garçon qui avait été tout excité lors de son introduction dans l'Ordre pas si longtemps auparavant.

Puis, Harry se tourna vers les invités plus proches de son âge, et Remus ne put cacher un sourire. Voilà qu'il voyait ce qu'il avait cherché en vain sur le visage de Harry : toute l'excitation contenue, les corps dégingandés des adolescents et l'enthousiasme nerveux de la jeunesse.

Juste un an auparavant, Harry avait été comme ça, il avait partagé le malaise de Ron pour les contacts physiques, la timidité de Neville et l'admiration à peine dissimulée de Ginny devant la présence de tant d'adultes qu'elle considérait comme ses héros.

Cette année, il enlaça sans réserve Ginny, Neville et Luna avant de taper Ron dans le dos. Cette année, il alla sans hésitation d'un groupe à l'autre.

Cete année, il était l'un des adultes, un des héros, et il réagit à l'expression frappée d'admiration de Ginny avec l'aisance d'un homme bien plus âgé.

Il avait grandi. Il avait franchi la ligne invisible sur laquelle il s'était balancé pendant des années, et ses pieds se tenaient fermement dans ce nouveau territoire.

Remus n'était pas certain d'aimer ce qu'il voyait.

Cette pensée ne le quitta pas tout à fait, pas tant qu'il prenait le thé et mangeait du gâteau assit entre Tonks et Kingsley, partageant leur dégoût pour les nouvelles procédures de sécurité du Ministère avec toute l'indignation qu'il put rassembler.

Elle refit surface quand il regarda Harry ouvrir ses cadeaux, doucement, méthodiquement, sans l'excitation émerveillée d'un enfant mais avec l'acceptation d'un homme, et il remarqua que presque tous les cadeaux étaient des accessoires pour la bataille à venir, des bottes en cuir de dragon magiques que les Weasley avaient achetées pour lui au cadeau de Luna, une amulette de protection faite avec les cheveux de tous ses amis.

La pensée ressortit et se teinta de curiosité quand Draco attira sans effort l'attention de Harry, le menant à l'écart près d'un bosquet d'arbres à l'autre bout du jardin. Remus ne put entendre ce qu'ils disaient, mais il vit Draco ouvrir une petite boîte et présenter quelque chose à Harry, et il vit la forte étreinte, presque brutale, dans laquelle Harry pressa Draco contre lui, corps contre corps, faisant se demander à Remus une fois de plus ce qu'il y avait entre ces deux là.

La pensée ne quitta pas Remus alors que l'après-midi progressait, et quand il se retrouva près d'Albus Dumbledore, sirotant tous les deux leur thé en regardant les invités, il vit son écho sur le visage de son aîné.

"Il est presque prêt," dit Albus calmement, mi content, mi résigné. "Ils le regardent, bientôt il sera capable de les mener."

Remus se tourna vers son mentor avec surprise, puis suivit le regard d'Albus vers les membres de l'Ordre répartis dans le jardin. Il n'était pas certain qu'ils en soient eux même conscients, mais quoi qu'ils fassent, quel que soit leur sujet de conversation,, une petite part d'eux était concentrée sur Harry, suivant le moindre de ses gestes, gravitant autour de lui comme des planètes autour du soleil.

Remus avait souvent remarqué cette dynamique autour de Dumbledore, et dans son passé jeune et innocent à moitié oublié, autour de James Potter après un match de Quidditch particulièrement réussi. Mais voir des hommes et des femmes adultes se tourner ainsi vers un adolescent, le regarder avec cet étrange appétit qui semblait attendre la salvation et la catastrophe en même temps… cela rendait Remus nerveux et profondément malheureux.

"Ça ne devrait pas être ainsi," murmura-il, recherchant inconsciemment son soleil en Albus comme les autres membres de l'Ordre le faisaient avec Harry. "Il est à peine sorti de l'enfance."

"Ça a toujours été comme ça," le contredit doucement Albus, mais ses yeux, eux aussi, montraient un bonne dose de tristesse. "Un leader succède à un autre, et les gens se tournent vers lui sans même s'en rendre compte. Il y a toujours eu des âmes libres - comme Severus et Hermione, comme Minerva - mais c'est ce dont la plupart des humains ont besoin. Quelqu'un à regarder. Quelqu'un en qui faire confiance. C'est un lourd fardeau, mais quelqu'un doit le porter. Et ils sont peu dans cette génération à pouvoir le porter aussi bien que Harry."

Remus voulait le contredire et argumenter, mais il vit du coin de l'oeil le visage triste et fatigué d'Albus et il comprit que le Directeur ne parlait pas seulement de Harry. Il parlait aussi de lui même.

Ils étaient arrivés à un tournant, réalisa Remus à ce moment là. Pendant de longues et sombres décades c'était Albus qui avait porté ce fardeau, et Albus qui avait été autrefois aussi jeune et inquiet et plein d'espoir que Harry l'était il n'y avait pas si longtemps.

Et sa tâche lui était revenue, avait choisi sa voie pour lui et détruit tous les autres choix. Cela avait été sa responsabilité pour une période plus longue que la vie entière de Remus. Et maintenant, enfin, il était temps que la nouvelle génération prenne le relais.

Le temps pour un nouvel Elu de battre un nouveau Seigneur des Ténèbres et de modeler un nouveau futur à sa volonté.

Le temps pour un autre sacrifice de l'innocence, celle de Harry et de ceux qui étaient proches de lui, pour assurer la sécurité du monde sorcier pour les années à venir.

Et une part de Remus voulait s'interposer et arrêter tout ça, empêcher Harry de faire un autre pas sur cette route qui le laisserait, qui les laisserait tous changés pour toujours. Il était le dernier des Maraudeurs, l'ancien ami de Lily et James, et il doutait fortement que c'était la destinée qu'ils avaient imaginé pour leur fils unique.

L'autre part de lui savait qu'il était déjà trop tard, un écho des mots de Dumbledore dans son esprit.

Et puis Severus sortit de la maison pour pénétrer dans le jardin.

La surprise fit oublier à Remus sa longue considération sur le sujet. Avec presque tout le monde au Terrier, Remus ne s'était pas attendu à ce que Severus vienne ou même qu'il quitte le chevet d'Hermione. Il avait été obsédé par la sécurité depuis qu'elle était revenue, chose que Remus ne comprenait que trop bien. La laisser seule avec Hestia Jones était plutôt inattendu de sa part.

Mais quand Remus vit les yeux de son collègue scanner la foule pour trouver Harry, il comprit que Severus n'était pas venu pour s'attarder ou faire la fête.

Discrètement, il commença à se rapprocher de Harry et sentit Albus faire la même chose à ses côtés. Ce qui était risible, vraiment, puisque Severus avait probablement noté la position de tout le monde et leurs trajectoires au moment où il avait quitté la maison. Il remarquerait immédiatement leur curiosité - mais il n'y avait vraiment aucune raison de l'annoncer au reste de l'Ordre, pensa Remus honteusement en se rapprochant encore d'un pas.

Severus marcha jusqu'à Harry d'un pas rapide et assuré qu'il n'avaient pas vu chez lui depuis bien trop longtemps. Devant le Gryffondor, il sembla hésiter un moment avant d'incliner la tête dans un geste de respect et de sortir quelque chose de la poche de sa robe.

"Harry," dit-il sans intonation, et il lui offrit l'objet.

C'était un cadeau d'anniversaire. Il n'était pas emballé, bien sûr - la simple pensée de Severus emballant un cadeau aurait provoqué des crises cardiaques chez la plupart des invités - mais c'était néanmoins un cadeau, et Remus se rappelait très bien des mots que Severus avait répété à chaque fois qu'il en avait eu l'occasion : "Je ne fais pas de cadeaux."

Qu'il en offre un maintenant, au jeune homme qu'il avait détesté pendant six longues années et demie surprit Remus autant que les autres invités. Ça le toucha aussi, d'une manière à laquelle il ne s'était pas attendue.

Mais Harry, au centre de ce développement plutôt déroutant, resta calme, répondant juste au salut de Severus d'une petite révérence à sa façon.

"Severus," répondit-il, puis il attendit que son ainé continue.

"Vous avez parcouru un long chemin," dit le chef des renseignements, à voix basse mais tout le monde pouvait l'entendre. "Ne quittez pas cette voie."

Et Harry sourit, un sourire éclatant, fier et ravi qui ne cachait pas à quel point ce moment comptait pour lui, et prit le livre.

"Merci, Severus," dit-il, et au grand étonnement de Remus, Severus répondit par un sourire.

"Avec grand plaisir, Harry."

Une fois de plus, il inclina la tête et envoya à Draco un regard de profonde exaspération, comme s'il savait plus de choses sur ce qu'il se passait que le reste d'entre eux.

Puis, il se retourna, ses robes tourbillonnant autour de lui comme elles l'avaient fait dans des jours meilleurs, et il retourna dans la maison, laissant le jardin plein d'excitation, d'invités sidérés et d'un jeune homme qui serrait un livre entre ses mains comme si c'était une chose précieuse.

ooooooooooooooooooooooooooo

"Quel…"

La voix était douce, à peine audible, et pourtant Harry se retourna comme si quelqu'un avait crié dans ses oreilles, faisant presque tomber le gobelet d'eau qu'il venait de se servir.

"Quel… jour sommes-nous ?'

Hermione. Et pendant le moment qu'Harry eut besoin pour comprendre ce qu'il se passait, qu'elle s'était finalement, finalement réveillée, il réalisa qu'il avait presque oublié le son de sa voix.

"Quel jour…"

"Nous sommes le cinq août, et tu es à Poudlard, au quartier général de l'Ordre du Phoenix." répondit doucement Harry.

Articulez doucement, leur avait-elle dit. PAS de mouvements brusques ou de contacts. Essayez d'en savoir le plus possible sur son état mental. Et appelez-moi immédiatement.

Il appuya sur le bouton enchanté après de la porte qui alerterait Hestia, Dumbledore et Severus d'un changement dans sa condition, puis il marcha doucement vers le lit, prenant garde à garder ses bras très immobiles et ses mains contre lui.

"Hermione," dit-il, essayant de masquer l'excitation dans sa voix. "Sais-tu...sais-tu qui je suis ?"

Il était terrifié, ses mains moites de transpiration et sa respiration rapide et hachée, comme s'il avait couru des kilomètres. Elle irait bien. Elle devait aller bien, mais il se souvenait quand même de ses conversations avec Severus et des risques dont il avait parlé.

"Oui…" La réponse était laborieuse et troublée, comme si elle avait été la chercher au fond de l'océan, mais Harry se relâcha avec soulagement.

"Harry…" Ses yeux semblèrent se voiler, son visage grimaça soudainement de douleur, et elle gémit, un son léger et désespéré qui fit s'évanouir son soulagement. "...Pourquoi...suis-je là ?"

Il y avait tellement de perplexité dans sa question, tant de confusion, que Harry oublia les conseils d'Hestia et la toucha, seulement pour qu'elle se dérobe violemment à son contact.

"Je suis désolé Hermione," dit-il rapidement, se maudissant. "Je ne te ferais pas de mal, je te le promet. Je vais juste rester là-bas."

Et il battit en retraite, ne se souvenant que trop bien de l'animal paniqué qu'elle avait été avant que Severus lui administre sa potion.

Elle prit une grande inspiration, comme pour se préparer, et essaya de lever sa tête, seulement pour retomber dans l'oreiller avec un autre de ces terribles gémissements.

"Qu'est ce qu'il m'est arrivé ?" demanda-elle avec une exaspération grandissante, et il ne put déterminer si elle référait à la faiblesse de son corps ou aux trous dans sa mémoire.

Harry ne savait pas comment répondre à la question.

"Tu…" commença-il, pas sûr de comment continuer, mais ensuite la porte s'ouvrit, doucement, et il vit le visage d'Hestia Jones regarder à travers l'ouverture d'un air interrogateur.

"Elle est réveillée," articula-il silencieusement, et la porte s'ouvrit complètement.

Hestia Jones était manifestement à bout de souffle, mais elle bougea quand même aussi calmement et assurément que si elle avait été présente tout ce temps, et son professionnalisme confiant transforma la pièce en un endroit plus léger, plus sécurisé.

"C'est bon de vous revoir, Miss Granger," commença-elle d'une voix réconfortante. "Vous souvenez-vous de moi ?"

Hermione fronça les sourcils et plissa les yeux, comme si elle avait du mal à voir, puis elle hocha doucement la tête.

"Hestia Jones…" murmura-elle, et la guérisseuse lui fit un sourire radieux pour approuver.

"Très bien ! Maintenant, Miss Granger, je vais juste faire quelques tests pour être sûre que vous êtes en bonne santé. Je vais rester ici et vous pourrez clairement voir ma baguette tout le long. D'accord ?"

Elle attendit un nouveau hochement de tête, puis leva doucement sa baguette, comme si elle attendait une réaction violente, mais Hermione resta immobile, les regardant juste tous les deux dans la lumière tamisée qui filtrait à travers les rideaux.

"Excellent," murmura la guérisseuse. "Excellent… maintenant ma chère, vous sentez-vous d'attaque pour répondre à quelques questions ? Nous vous dirons tout ce que vous voulez savoir à un autre moment."

Encore un petit hochement de tête, à peine visible mais clairement présent pour les yeux qui l'avaient vue si immobile, dormant pendant si longtemps.

"Bien, alors," commença Hestia, remuant sa baguette, et un bloc-notes apparut dans sa main. "Savez-vous en quelle année nous sommes ?"

"1998," répondit Hermione après un moment de réflexion. "À moins que…"

Encore ce moment d'égarement, et Harry acquiesça rapidement pour lui dire que tout allait bien, qu'elle n'avait pas perdu un an de sa vie.

"Très bien," dit Hestia Jones, toujours avec ce ton réconfortant qui se voulait apaisant et gratifiant pour ses patients, mais pour Harry aucune moquerie ne pourrait être aussi amère.

Elle parlait à Hermione, la sorcière la plus brillante de sa génération, la fille qui avait conçu ses premiers sortilèges en cinquième année, qui pouvait rabattre le caquet de Maugrey Fol-Oeil et dont les conseils étaient mêmes recherchés par Albus Dumbledore. Elle ne devrait pas parler comme si connaître la date était une victoire majeure !

Mais malgré les protestations intérieures d'Harry, le catalogue de questions de la guérisseuse continua. On demanda à Hermione son lieu de naissance et le nom de son école primaire, les options qu'elle avait choisies en troisième année et les trois tâches du Tournoi des Trois Sorciers. Quels étaient les noms de ses amis ? Ses parents ? Qui dirigeait l'Ordre du Phoenix ? Et qui - celle là fut posée après un léger moment d'hésitation - qui était Voldemort ?

Et Hermione répondit à toutes les questions, mais il y avait quelque chose dans la façon dont elle réfléchissait, se concentrait, parlait doucement, prononçait chaque syllabe, qui inquiétait énormément Harry.

Elle ne parlait pas comme quelqu'un qui se souvient des choses parce qu'elles lui sont arrivées, réalisa-il après l'avoir entendue réciter la liste de leurs camarades de classe. Elle parlait comme si elle l'avait lu dans un livre.

C'est seulement quand elle le regardait qu'il voyait quelque chose comme de la reconnaissance, comme une étincelle de vie dans ses yeux, mais elle ne croisa son regard qu'un instant avant de détourner la tête et de regarder dans le vide.

Elle ne réagit pas non plus à Dumbledore, qui était entré silencieusement dans la pièce pendant l'examen de la guérisseuse et avait attendu patiemment qu'elle termine avant d'accueillir Hermione, ses yeux pétillants joyeusement.

"C'est bon de vous voir de nouveau éveillée, ma chère," la salua-il et elle hocha la tête en remerciement sans émotion ou soulagement visible dans ses yeux. Harry eut un petit coup au coeur en voyant ça, et pendant un moment il craignit que le moment où des trous dans sa mémoire commenceraient à apparaître était arrivé.

"Merci… Directeur," répondit-elle finalement, après un silence trop long pour être naturel, et Harry se détendit de nouveau. Il se demanda combien de temps ça lui arriverait, combien de temps il ressentirait ces drôles de moments de peur avant de commencer à croire que c'était sérieux, puis il décida que ça n'avait pas d'importance, tant qu'elle était de retour et réveillée.

Mais Hermione ne semblait pas partager leur joie de la revoir. Au contraire, son expression se faisait de plus en plus nerveuse.

"Que m'est-il arrivé ?" demanda-elle de nouveau, et Dumbledore hésita un moment, échangeant un regard avec Hestia Jones, avant de s'asseoir dans le fauteuil à son chevet.

"Hé bien, ma chère," commença-il. "Si vous nous disiez la dernière chose dont vous vous souvenez…"

La porte s'ouvrit violemment et Severus jaillit dans la pièce, le visage plus expressif que ce que Harry avait vu depuis un long moment. Il vit Hermione, et ses pas hésitèrent, se brisèrent, vinrent à s'arrêter, déséquilibrés.

Harry vit ses yeux se rétrécir et ses mains bouger compulsivement, se tendre vers elle et retomber mollement à ses côtés.

Pendant un long moment, Severus ne fit que la fixer, les yeux écarquillés et sa bouche comme une fissure dans la terre sèche et dure, puis quelque chose changea sur son visage.

Et il se détourna.

"Ses constantes ?" demanda-il d'un voix plus que sèche.

Sans trahir ce qu'elle pensait de la situation, Hestia Jones commença à lui énumérer fait après fait et Severus hocha la tête calmement, comme si ces chiffres dénués de sens avaient une importance alors qu'Hermione était réveillée et de nouveau saine d'esprit !

Harry détourna les yeux de Severus et laissa une fois de plus ses yeux reposer sur son amie. Pendant un instant il pensa avoir vu… quelque chose, une émotion plus profonde et plus claire que tout ce qu'il avait vu sur son visage depuis son réveil, devenant plus fort et plus prononcé alors qu'elle regardait silencieusement le chef des renseignements. Puis elle s'évanouit encore, et elle sembla rétrécir dans son corps, redevenant une fois de plus cette Hermione confuse qu'il ne pouvait pas comprendre.

"Que s'est-il passé ?" Son désespoir était audible cette fois, et sa voix s'éleva dans un semblant d'émotion. Harry réalisa que personne n'avait encore répondu à sa question, et décida qu'elle avait le droit de savoir, peu importe si l'information pouvait la choquer.

Il ouvrit la bouche pour expliquer, mais Severus le devança.

"Tu as executé le plan d'urgence delta B," dit-il froidement, calmement. "Puis Jane a effectué une 'Julia' sur toi."

Surpris et plus qu'un peu irrité, Harry leva les yeux vers ceux de son chef des renseignements. Alors qu'il regardait ses yeux appréciateurs et analytiques, Harry réalisa que Snape, lui aussi, la testait, inspectait ses connaissances dans les domaines que Hestia Jones ne pouvait juger. Il présuma que cela faisait partie du système élaboré de codes qu'ils avaient développé tous les deux pendant leur partenariat, et que Severus espérait découvrir si elle se souvenait de plus que les faits basiques et son historique personnel, si elle était toujours versée dans les arts de l'espionnage et politiques de l'Ordre.

Mais quand même… la femme qu'il aimait était de retour, était finalement revenue parmi les vivants, et la première chose qu'il faisait était la tester ? Harry n'était pas certain de la façon dont réagirait Severus dans cette situation, mais il ne s'était pas attendu à ça.

Il se retourna à temps pour voir Hermione froncer les sourcils dans sa confusion, puis pâlir, ses yeux s'écarquillant sous le choc et l'horreur. Donc elle avait compris. Mais encore une fois elle avait eu cette étrange hésitation, comme si elle avait dû se remémorer un fait historique ou scientifique et pas une part de sa propre vie.

"Combien de temps ?" murmura-elle, l'horreur visible sur son visage. "Combien de temps suis-je partie ?"

"Deux mois," répondit-il quand Severus ne montra pas d'intention de le faire, au lieu de quoi il la regardait comme un faucon en quête de faiblesse. "Tu… es partie le six juin et Jane t'as ramenée i peu près trois semaines. Tu as été dans le coma depuis," ajouta-il, décidant de ne pas mentionner la Hermione sauvage qu'ils avaient réveillée pendant un court moment.

"Deux mois…" répéta Hermione d'un ton que Harry ne put interprêter. "Comment m'en suis-je sortie ?"

"J'ai terminé la potion expérimentale sur laquelle je travaillais. Puis j'ai reconstruit les fondations de ton palais des souvenirs," répondit Severus, toujours sur ce ton inconfortablement factuel.

Une nouvelle fois, il fallut un moment à Hermione pour comprendre, mais ensuite elle hocha la tête.

"Qui me gardait ?" demanda-elle, un léger tremblement dans la voix.

"Lucius Malfoy." La voix de Severus était froide, contrôlée, mais Harry put voir la façon dont ses lèvres s'amincirent dans l'attente de sa réaction.

Hermione ferma les yeux, ses cils paraissant trop sombres sur sa peau pâle. Ses lèvres s'ouvrirent légèrement, et un autre de ces gémissements qui serraient le coeur échappa à sa maîtrise d'elle-même.

Et Harry vit comment le corps entier de Severus se raidit, comment il s'avança légèrement, comme si tout son être brûlait d'être à ses côtés. Les yeux du chef des renseignements s'assombrirent et ses poings se serrèrent fermement contre le tissu noir de sa robe.

Puis, Severus se reprit dans un effort visible, retournant à la froide distance que Harry avait trouvée si incroyable quelques instants auparavant.

Mais cette fois, il comprit. Severus se retenait. Il se contrôlait avec plus de discipline que ce que Harry considérait possible, sur le point d'abandonner et de perdre le précieux détachement dont il avait besoin pour l'aider, pour évaluer les dommages possibles qu'Hermione avait subi.

Une fois de plus, il contrôlait ses propres souhaits pour son bien à elle. Et comme si cette réalisation avait enlevé un voile des yeux de Harry, il vit alors les sentiments cachés dans la profondeur du regard de son chef des renseignements, il vit la tension qui vibrait dans tout son corps et la façon dont ses poings s'ouvraient et se fermaient comme s'ils ne voulaient rien d'autre que la saisir et la serrer contre lui.

Et une fois de plus, Harry était admiratif, de la discipline de Severus et de la profondeur de ses sentiments.

"C'est nécessaire," disait à présent le chef des renseignements, comme pour répondre aux pensées de Harry, et il fallut un moment à Harry pour comprendre que ces mots étaient une explication à Hermione, un prélude à ce qui allait suivre.

"Récite les étapes du protocole de contact des trois Midgard," dit Severus, non, ordonna Severus, et bien que le visage d'Hermione soit toujours pâle et ses yeux clos, elle lui répondit dans une séquence rapide de chiffres et de noms qui n'avaient absolument aucun sens pour Harry.

"Correct," dit Severus. "Nomme les Mangemorts du Premier Cercle et leurs principales faiblesses."

Alors que Harry écoutait et regardait ce second tour de questions réponses, les yeux toujours fixés sur Hermione, il remarqua qu'Albus s'était eclipsé de la salle, probablement pour alerter les autres du réveil d'Hermione.

"Récite les différentes étapes de l'Oubliettes Programmé."

L'arrivée de Minerva et Remus quelques minutes plus tard prouva qu'il avait eu raison. Il fronça les sourcils un instant, se demandant où était Draco, mais il saisit un éclair des cheveux platine de son ami dans le cadre de la porte. Harry fronça les sourcils en signe d'irritation. Les peurs de Draco aurait pu être raisonnables avant, mais maintenant qu'Hermione était si visiblement elle-même, il serait damné s'il acceptait qu'il reste caché dans les coins et derrière les portes.

Doucement, se souvenant de la réaction d'Hermione aux mouvement brusques, il traversa la pièce jusqu'à la porte ou l'ouvrit en grand, donnant à tous dans la pièce une vue dégagée sur Draco.

"C'est ridicule, Draco," murmura-il et il prit le bras de son ami. "Viens avec moi à l'intérieur tout de suite."

Pendant un instant, il s'attendit à ce que Draco refuse, mais son ami soupira, murmura quelque chose qui ressemblait à 'Gryffondors' et laissa Harry le tirer jusqu'au mur opposé au lit.

Pendant ce temps, Severus continuait son test plus que détaillé. Ils en étaient aux formules d'Arithmancie maintenant, ou du moins c'était ce que Harry devinait de haut de ses maigres connaissances en la matière. Même Albus avait l'air légérement sonné par ces questions continuelles, mais c'est Minera qui finit par s'interposer.

"Je pense qu'on peut sans peine affirmer que les capacités mentales d'Hermione n'ont pas souffert," annonça elle de sa voix claire et piquante, interrompant Severus au milieu d'une phrase. "Et laisse moi te dire que je suis extrêmement heureuse de te voir en bonne santé et de nouveau réveillée, ma chère."

Elle lui fit un des ses rares sourires mais ne fit pas de mouvement vers Hermione, se souvenant probablement des instructions d'Hestia Jones.

"C'est bon de te voir de retour, Hermione," ajouta Remus, lui souriant radieusement avec toute la gentillesse qu'Harry avait aimée lors de leur première rencontre.

Hermione essaya de sourire en retour, on voyait aux rides sur son visage qu'elle essayait vraiment, mais le geste manquait d'animation et semblait seulement souligner à quel point elle était épuisée.

"Remus, Minerva," annonça-elle avec précaution, prononçant chaque syllabe comme si c'était aussi un test. Ses yeux traversèrent la pièce pour se poser sur le Serpentard à côté de Harry.

"Draco," murmura-elle, et une nouvelle fois Harry put voir une émotion dans le chocolat de ses yeux.

Draco se raidit - Harry reconnut l'une des position de sang-pur que Draco lui avait enseigné quelques mois auparavant -, marcha doucement vers le lit et s'arrêta soudainement, comme s'il n'était pas sûr d'être autorisé à s'approcher plus.

"Hermione," murmura-il, les lèvres blanches de tension. "Je suis tellement, tellement désolé. S'il te plait, dis-moi si ma présence te dérange - je partirais immédiatement."

À la place de la peur et de la haine que Draco attendait, seule la confusion fut visible sur le visage d'Hermione.

"Pourquoi ?" murmura-elle, clairement inquiète, mais plus vivante qu'il ne l'avait vu auparavant. "Es-tu en colère contre moi ?"

Draco siffla de surprise et avança involontairement vers le lit, les mains à moitié levées comme pour cacher son visage.

"Tu ne te souviens pas ?" demanda-il, douloureusement vulnérable devant son regard. "Ne sais-tu pas ce que j'ai fait ?"

Elle hésita un moment, ses yeux allant de Hestia Jones à Severus, à Albus, comme si elle s'attendait à ce qu'ils comblent ce trou dans ses souvenirs.

"Non," répondit-elle. "Que s'est-il passé ?"

Draco pâlit et ouvrit la bouche pour se confesser, mais Severus l'interrompit.

"C'était après ta capture," expliqua-il, toujours froid et distant.

"Ah," souffla Hermione, et on ne pouvait pas manquer le soulagement dans sa voix. "Dans ce cas il est impossible que je m'en souvienne, Draco."

"Mais tu m'as vu, tu m'as reconnu," dit Draco, ne souhaitant clairement pas laisser partir sa culpabilité si facilement.

"C'était probablement un peu avant qu'elle disloque son palais des souvenirs," dit Severus, ses yeux une fois de plus sur Hermione, testant et évaluant.

"C'est comme un crash d'ordinateur," expliqua Hermione, la voix toujours fatiguée et rauque, mais elle se sentait apparemment plus en sécurité maintenant qu'elle pouvait passer en mode leçon. "Tu peux redémarrer mais les fichiers que tu n'as pas sauvegardé seront perdus, certains seront irréparables et d'autres reconstructibles."

Sans surprise, cette explication n'avait pas de sens pour Draco, bien qu'Hermione s'attende à ce que ça l'aide. Draco est un sang-pur, pensa Harry avec un sentiment d'inquiétude grandissant. Il ne comprend pas les ordinateurs. Et l'ancienne Hermione n'aurait jamais oublié ça !

"Ils sont perdus," dit-il rapidement, avant qu'Hermione ne doive se plonger plus profondément dans la métaphore moldue. "Parce qu'Hermione ne pouvait pas les lier à L'Histoire de Poudlard. Et je ne pense pas que ces souvenirs nous manqueront, non ?"

"Ça dépend," dit froidement Severus. Était-ce un nouveau ton dans sa voix ? Harry n'en était pas certain, mais son esprit était trop occupé à encaisser le surréalisme de la situation de toute façon.

Que faisaient-ils là ? Hermione était réveillée et en bonne santé, et au lieu de célébrer la nouvelle, ou lui dire à quel point elle leur avait manqué, ils perdaient leur temps avec des tests et des jeux mentaux ! Draco était pétrifié par sa propre culpabilité et Severus se comportait comme s'il n'avait rien à voir avec la femme couchée dans ce lit !

Et maintenant il y avait cet étrange ton dans sa voix, cette agression que Harry ne pouvait nommer ou comprendre mais elle était clairement visible dans la façon dont leur chef des renseignements se tenait, les mains jointes derrière son dos, les pieds écartés comme s'il se préparait à souffler.

"Ça dépend," continua-il, "si Hermione a réussi à jouer son rôle de manière convaincante jusqu'au bout. Il serait surement gratifiant de savoir si son sacrifice a valu le coup."

Harry ne put s'en empêcher. Il le fixa. Que diable se passait-il ?

"Croyez-vous vraiment que c'est le bon moment pour parler de ça ?" demanda-il, ne se souciant pas de cacher son irritation.

"Pourquoi pas ?" répondit Severus, maintenant ouvertement hargneux. "Après tout, le plan est la chose la plus importante au monde, n'est-ce pas ?"

Severus Snape, renfrogné et hargneux ? Harry se souvint des leçons de Draco juste à temps pour retenir sa mâchoire qui cherchait à tomber et ses yeux qui voulaient s'écarquiller. Il échangea un regard avec Albus, dont les yeux étaient vieux et indéchiffrables.

"Je ne pense pas avoir fait de faux pas," répondit Hermione, fatiguée. Il semblait qu'elle était la seule à ne pas avoir remarqué l'étrange tension qui rendait l'atmosphère de la pièce froide et nerveuse. "J'ai exécuté la procédure correctement, après tout, et je ne serais certainement pas restée avec… Lucius… si Voldemort avait appris nos plans."

La hargne s'était approfondie en un sourire moqueur sur le visage de Severus, et sa voix s'était refroidie pour devenir offensive et traînante, comme Harry ne l'avait pas entendue depuis un long moment.

"Tu as l'air plutôt sûre pour quelqu'un qui ne se souvient pas des derniers mois," objecta-il, et cette fois la mâchoire de Harry tomba.

Les lèvres de Minerva s'étaient amincies et elle regardait Severus comme si elle allait le réprimander sévèrement, alors que Remus avait juste l'air aussi confus que Harry.

Mais personne ne sembla vouloir intervenir. La confusion donna le vertige à Harry.

"Perdre ces souvenirs n'impacte pas ma logique, pas plus que la mémoire d'avant." Toujours pas d'irritation dans la voix d'Hermione, toujours pas de signe qu'elle ait remarqué que quelque chose n'allait pas.

"Si ta logique est si impeccable alors, pourquoi ne m'expliques-tu pas le raisonnement qui a mené à ta décision insensée en juin, Hermione ? Comment justifies-tu le fait de nous avoir menti à tous ?"

C'est assez, avait envie de dire Harry, nourri par l'étrange comportement de Severus et l'absence de réaction de chacun dans la pièce, mais une main, vieille et surprenamment forte, l'arrêta dans son élan.

"Regarde-le, Harry," lui murmura Albus, que Harry n'avait pas vu approcher, à l'oreille. "Severus est proche de la rupture. Parfois, il faut laisser les émotions suivre leur chemin. Il a besoin de purger sa colère, ou il ne sera jamais capable de la ou se pardonner."

Oui, il y avait de la colère dans les yeux de Severus, reconnut Harry, une fureur grandissante qui avait rapidement remplacé toute la discipline et le détachement scientifique.

Et avec ses derniers mots, Hermione le remarqua elle aussi. La surprise ouverte sur son visage, sa confusion blessée fit mal au cœur de Harry, mais son respect pour le jugement d'Albus et l'étrangeté brûlant dans les yeux de Severus lui firent garder le silence.

"Je n'ai fais que ce qui était nécessaire," murmura-elle, sans l'esprit qu'une telle situation aurait normalement éveillé en elle. "Je n'ai fait que faire en sorte que le plan fonctionne !"

"Nécessaire," répéta Severus, un grognement maintenant distinct dans sa voix.

Ses bras se levèrent comme s'il voulait la secouer et ses lèvres se retroussèrent dans un grondement, montrant ses dents. Harry se tendit, se préparant à s'interposer entre eux et arrêter la confrontation qui semblait inévitable maintenant, mais au lieu d'avancer vers Hermione, Severus se retourna brusquement, faisant face à la fenêtre.

La ligne rigide de ses épaules criait sa colère à toute la pièce, et Harry se rendit compte qu'il pouvait entendre sa respiration saccadée et rapide.

Impuissante, les yeux d'Hermione sautèrent dans la pièce, recherchant une explication, ou peut-être une protection. Harry remarqua que Draco se tendait à ses côtés, mais une nouvelle fois Albus intervint avant que l'étrange intimité de la situation ne soit brisée par quelqu'un d'autre.

On ne devrait pas lui demander de régler ça, pensa Harry. Pas aussi tôt après son réveil.

Mais quand serait le bon moment, alors ? Severus avait gardé tout ça en lui pendant des semaines, l'emplissant et l'étouffant. Qu'arriverait-il s'ils l'arrêtaient maintenant, s'ils le forcaient à ravaler tout ça ? Si cette possibilité existait encore.

Et qu'arriverait-il à Hermione ? Peut-être que c'était exactement ce dont elle avait besoin maintenant - une confrontation assez forte pour la sortir de cette horrible apathie, pour allumer le feu qui la ferait revenir vers eux, de corps et d'esprit.

Hermione semblait sentir l'importance de ce moment autant que chacun dans la pièce, parce qu'elle demeura silencieuse pendant un moment excessivement long. Harry put voir sa bouche s'ouvrir une fois, deux fois, sa mâchoire se serrer et se desserrer comme si l'effort de parler la submergeait.

"Severus," murmura-elle finalement, à peine audiblement. Mais aussi faible qu'avait été son murmure, il l'entendit assez bien.

"Comment oses-tu !" cria-il, se retournant soudain et le regardant avec une telle rage que Harry en sursauta de surprise. "Comment oses-tu m'appeler Severus comme ça, comme si rien n'était arrivé !"

Des yeux plein de chagrin le fixèrent depuis un visage blanc, mais il demeurait plus de confusion que d'empathie en eux, plus de surprise que de compréhension.

"As-tu la moindre idée de ce que tu m'as fait, Hermione ? À nous tous ?" hurlait à présent Severus, marchant vers elle avec ses robes tourbillonnantes. "Tu m'as drogué ! Tu m'as mis sous Imperius, tu as brisé toutes les promesses que tu m'avais faites, trahis toute la confiance que j'avais en toi ! Tu as pris ma vie avec toi quand tu es partie, et tu as eu l'audace de me dire que je devais continuer sans toi ! Tu me l'as dit dans une lettre !'

Elle se secoua, comme si un éclair l'avait frappée. Les yeux trop écarquillés, les poings fermés sur les draps, elle ne fit aucun son mais ses lèvres s'ouvrirent doucement, formant un petit 'o' de réalisation et de choc.

Soudain, elle était de nouveau Hermione, et son visage était si plein d'émotions que Harry trouva difficile de se remémorer le visage vide et sans vie comme celui d'une poupée qu'elle avait quelques instants auparavant.

"Nous étions partenaires, Hermione, partenaires !" gronda Severus, si proche de son lit maintenant qu'il n'avait qu'à tendre la main pour la toucher, mais elle ne se déroba pas comme elle l'avait fait avec Harry. "Je pensais que tu me faisais confiance ! Je pensais que j'étais plus pour toi qu'un simple arrangement de convenance jusqu'à ce que tes vrais plans soient mis à execution ! Je pensais que tu m'aimais !"

Incapable de regarder la douleur sur le visage de Severus plus longtemps, Harry détourna la tête de lui, vers Hermione, dont les yeux luisaient de larmes retenues.

"Je sais," murmura-elle. Des mots d'Hermione avec une voix d'Hermione, glorieusement vivante dans sa douleur. "Je comprend, Severus."

"Comment pourrais-tu possiblement comprendre ?" hurla Severus. Il tremblait maintenant sous la force de sa colère. Son visage était une blessure ouverte. "Tu as emporté tous mes masques, tous mes faux semblants et ma colère, et quand tu es partie, je n'avais plus rien ! Comment étais-je censé vivre, tu peux me le dire ? Tu peux me le dire, Hermione ?"

"Je sais. Mais je suis revenue, maintenant," murmura-elle encore, et c'était vrai. Elle était revenue, comme il était revenu, malgré la fureur et la douleur, il était finalement le Severus qu'ils avaient attendu toutes ces semaines.

Comme ils l'avaient fait par le passé, ils s'étaient trouvés l'un l'autre. Tous les deux perdus dans le désespoir comme ils l'avaient été avant, ils avaient une nouvelle fois trouvé une manière de construire un pont qui les mènerait l'un à l'autre. Et alors que sa douleur, sombre et brûlante, l'avait atteinte et fait sortir d'où elle se cachait, sa main trouva la sienne, l'agrippant avec toute la force qu'elle possédait.

Le contact sembla l'encrer, le tirer de la mer de rage et de peur dans laquelle il avait été perdu pendant si longtemps. Toute combativité le déserta. Ses épaules s'affaissèrent et ses yeux s'accrochèrent aux seins.

Ils s'absorbèrent l'un l'autre, s'abreuvant l'un l'autre, se nourrissant l'un l'autre.

"Je suis devenu fou de chagrin pendant un moment," confessa-il dans le silence soudain. "Ça n'a pas marché sans toi. Rien n'allait."

"Je sais, Severus."

Et soudain, alors qu'elle lui souriait, ce fut comme si le nuage qui était resté au dessus de leurs têtes pendant des mois avait disparu, les laissant libres de respirer de nouveau l'air de l'été.

"Mais je suis revenue maintenant. Tout va bien, Severus. Tout va bien."