72. Le rêve d'une ombre

Mais tout n'allait pas bien.

Draco se souvenait à peine du jour du retour d'Hermione à la conscience, rempli à ras bord d'inquiétude, de culpabilité et de soulagement comme il l'avait été. Il avait une image claire d'Hermione le pardonnant à l'esprit, mais il avait fallu une nuit d'insomnie et une longue conversation avec Harry pour se convaincre que c'était la réalité.

Quand il l'avait réalisé, la joie et l'espoir l'avaient submergé d'une façon inattendue, suffisants pour complètement balayer les doutes de Harry et ses propres peurs.

Tout ce qu'il avait cru perdu, leur amitié, leur futur, ces soirées passées ensemble, était redevenu possible.

Il passait des heures à son chevet, la nourrissant de tout ce qu'il s'était passé depuis sa disparition. Et elle hochait la tête, l'écoutait et posait les bonnes questions.

Elle jouait si bien le jeu qu'il fallut presque une semaine à Draco pour remarquer que quelque chose n'allait pas.

Il n'était pas surprenant qu'elle soit fatiguée tout le temps et légèrement perdue - les blessures non soignées et la malnutrition avaient ces effets sur les gens.

Il ne se souciait pas non plus du fait qu'elle évitait tout contact et frémissait quand survenait un contact involontaire. Elle avait été torturée, après tout, et même plus, et par dessus tout Draco était soulagé qu'elle ne semble pas craindre sa présence physique plus que celle de Harry ou d'Hestia Jones.

Tout le reste semblait également facilement explicable - les réponses monosyllabiques, les longues périodes de repos, le refus de quitter sa chambre.

Rien d'inattendu, bien qu'il peinait Harry et Draco de la voir ainsi. Mais il y avait d'autres choses, des choses qu'il ne pouvait pas ignorer même en se forçant.

Son désintérêt total pour leur entraînement et leurs plans de bataille, par exemple. Même blessée et à moitié morte, le premier intérêt d'Hermione avait toujours été la guerre. Elle avait voulu connaître chaque petit détail, avait voulu être impliquée dans le plus de projets possible. Maintenant, quand la guerre était mentionnée, elle hochait simplement la tête et laissait le sujet dériver dès que possible.

Les longs silences avant qu'elle ne réponde à ses questions, comme si la communication était devenue une corvée pour elle. Elle avait été si intuitive avant, sautant aux conclusions avait que d'autres ne comprennent l'objet de la discussion, ayant toujours un temps d'avance, toujours ouverte à la discussion sur tout et rien.

La façon dont son humour, autrefois si piquant et plein d'esprit, semblait s'être complètement évaporé. Il avait plaisanté lors du jour suivant son retour, et elle l'avait juste regardé, regardé pendant un temps absurdement long et avait ensuite demandé, d'une voix clairement incertaine : "C'est une blague, n'est ce pas?"

La distance entre Severus et elle, une chose que Draco ne pouvait pas comprendre, peu importe quel mal il se donnait ou combien de temps il en débattait avec Harry. Ils avaient traversé tellement de choses ensemble que leur relation semblait impossible à remettre en question pour Draco, un fait indubitable qui ne pourrait être changé par rien au monde.

Et après qu'elle se soit réveillée et qu'elle ait explosé son armure de détachement scientifique et de discipline surhumaine avec une telle facilité - une fois que leur confrontation avait été terminée, Draco avait été embarrassé d'avoir été témoin d'une telle démonstration de sentiments de la part de ces deux personnes aussi secrètes -, après qu'elle soit redevenue lucide, Draco était certain qu'ils surmonteraient leurs problèmes en un rien de temps.

Il s'était même attendu à ce qu'elle retourne vivre avec lui dès le lendemain.

Et pourtant, ils étaient encore là, Severus l'observant avec quelque chose comme de la curiosité détachée, et elle qui le regardait en retour, aucun d'entre eux ne semblant atteindre l'autre ni en ressentir le besoin.

Comme s'ils étaient des étrangers. Comme s'ils n'étaient rien l'un pour l'autre malgré tout ce qu'ils avaient partagé, et peu importe à quel point Draco essayait de leur en parler, Severus lui disait seulement qu'un Serpentard observait et attendait le bon moment. Hermione changeait juste de sujet.

Finalement, ses yeux la trahirent. Elle pouvait écouter Draco pendant des heures, son visage simulant l'intérêt de manière si convaincante qu'elle aurait trompé le meilleur, mais ses yeux demeuraient voilés, distants. Derrière ses cils à demi fermés qui semblaient former un rideau entre le monde et elle, ils étaient effroyablement vides.

Ils pouvaient quand même être intelligents, projetant chaque émotion appropriée avec la perfection d'un Maître Espion. Mais ils n'étaient pas les yeux d'Hermione.

Non, tout n'allait pas bien, commençait à penser Draco alors qu'il babillait, tout en sachant que sa présence était une plaie pour elle, et rien d'autre.

Il comprenait maintenant pourquoi Severus avait choisi de garder ses distances. Ça n'était pas la même Hermione, et bien que tout le monde prétende être joyeux et soulagé, ils le savaient tous. Les sourires commençaient à devenir crispés, les voix stridentes, et le flot avide des visiteurs commençait à se tarir.

Quelque chose allait très mal.

ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

Elle se souvenait. Dans un brouillard de rêves, de pensées et d'images son passé lui était revenu dans son demi sommeil, induit par les voix de ses êtres aimés et nourri par un esprit qui avait toujours absorbé les connaissances comme une éponge.

Elle se souvenait. Ça faisait mal, plus que ce à quoi elle s'était attendue quand elle avait travaillé sur cette technique, plus que ce qu'elle avait craint avant d'abandonner et de se cacher sous sa trappe. Mais il n'y avait pas de façon d'y échapper, elle consommait les images qui la consumaient, victime de cette vie folle qui était forcée en elle (ta propre vie, Hermione), spectatrice impuissante de ce tourbillon d'actions et de réactions.

Elle se souvenait.

De la première fois qu'elle avait fait de la magie accidentelle - et elle avait été si heureuse, si soulagée, parce qu'elle avait su que tout irait bien, que maintenant il y avait une explication à son étrangeté, il y aurait finalement une place pour elle dans ce monde.

D'avoir rêvé de Poudlard quand elle avait eu sa lettre, un château plein de garçons et de filles comme elle, des enfants à qui parler, avec qui rire, tout comme elle avait vu les autres enfants rire et parler à l'école.

Du visage de ses parents, fiers et effrayés à l'idée que leur fille allait pénétrer dans un monde qu'ils ne pourraient jamais partager, des petites rides sur le visage de sa mère et de la façon dont son père avait cuisiné des pancakes, juste pour elle. De la façon dont ils avaient regardé le Poudlard Express et elle, quand elle avait embarqué dans le train pour les laisser derrière elle.

Elle se souvenait.

D'être entrée dans la Grande Salle pour la première fois, si terriblement effrayée de faire un faux pas, de déraper et que les gens se rendent compte qu'elle n'appartenait pas à ce monde.

De son admiration pour tout, de sa volonté naïve d'appartenance et de sa déception quand les autres enfants s'étaient moqués d'elle comme ceux de son ancienne école, quand ils l'avaient appelée rat de bibliothèque ou miss je sais tout.

De la façon dont elle s'était sentie quand Ron et Harry étaient venus la secourir, de la fière chaleur qui avait rempli sa poitrine, pas parce qu'elle avait voulu qu'ils la secourent mais parce que ces deux là avaient pensé qu'elle en valait le coup et avaient envie d'être ses amis.

Elle se souvenait.

De la façon dont les Détraqueurs avaient fondu sur elle, Harry et Sirius qui était encore un étranger, et de comment, alors que le froid griffait son esprit et que la peur le disputait au désespoir, elle s'était rendue compte avec surprise qu'elle était contente. Ses yeux avaient cherché ceux de Harry et elle s'était sentie soulagée que, bien qu'ils soient en train de mourir, elle ne l'aie pas laissé seul. Elle ne se retournerait pas sur son passé en sachant qu'elle l'avait laissé tomber.

Du visage de Harry après que la Coupe de Feu l'ait fait revenir à Poudlard, enfantin dans sa douleur et trop vieux en même temps, alors qu'il serrait le corps de Cédric contre lui et pleurait encore et encore, et elle, assise en sécurité dans les gradins une sensation lourde dans l'estomac, sachant que tout changerait maintenant, que plus rien ne serait comme avant, et sachant aussi que c'était finalement arrivé - il avait été blessé, effrayé, et seul, et elle n'avait pas été là pour l'aider.

D'avoir courru dans le Département des Mystères, combattant des Mangemorts infiniment plus puissants qu'elle - et d'avoir réalisé soudainement que c'était ce que sa vie était devenue, que c'était plus que de l'amitié et des aventures, plus que du courage. Elle avait compris que ce combat pourrait lui coûter la vie, en même temps qu'elle comprenait pourquoi cela devait être fait.

Elle se souvenait.

De Draco assis seul près du grand lac, les épaules basses et tout arrogance ayant disparu de son visage. Et de comment son corps entier lui avait fait mal, lui hurlant de retourner à l'Infirmerie et de laisser les autres gérer les retombées, mais elle avait continué, avait touché sa coquille froide et ravalé sa propre peur d'être rejetée.

Du visage de ses parents quand elle était rentrée à la maison cet été là, fatiguée, effrayée et sous traitement médical. De sa mère, assise à la table de la cuisine, l'expression la plus vulnérable qu'Hermione ne lui ait jamais vue, essayant de dire quelque chose sans l'oser, pas certaine de comment parler à sa fille qui était devenue une étrangère.

De la première réunion de l'Ordre à laquelle Harry, Ron et elle avaient été invités. De comment elle s'était assise parmi les légendes, parmi des personnes qu'elle avait admiré toute sa vie. D'avoir vu leur peur et leur confusion. Et d'avoir réalisé, avec la gorge froide et serrée qu'ils n'étaient que des humains. Qu'ils n'étaient pas mieux qu'elle, juste plus âgés. Qu'ils ne feraient pas de miracle en les débarrassant de leurs problèmes, qu'ils étaient juste aussi effrayés qu'elle.

Elle se souvenait.

D'avoir été assise dans la pénombre des appartements de son Maître des Potions, pleurant désespérément sur son corps mutilé et humilié, sentant quelque chose changer en elle. Il est temps, Hermione, lui avait murmuré quelque chose dans sa tête. Tu dois grandir maintenant. Tu dois prendre ta place. C'est ton chemin.

Alors qu'elle se souvenait, elle se sentait fière de la chose courageuse et complexe qu'était Hermione Granger, fière et incrédule que cela puisse être elle-même alors qu'elle n'était rien qu'une chose tremblante et apeurée se cachant derrière une cape de chair et d'os.

Comment la porter de nouveau ? Comment retourner à son ancienne vie et à ces visages qu'elle connaissait mais dont elle se sentait déconnectée, comme s'ils faisaient partie d'une autre vie, d'un autre monde ?

Elle ne pouvait pas prétendre qu'elle avait le courage et la détermination de cette autre Hermione, bien qu'elle ait la mémoire de ses actions. Elle ne pouvait pas partager son amour et sa peur, bien qu'elle se souvienne de ces sentiments et des personne qu'Hermione chérissait.

Elle n'avait pas le droit à cette vie, pas le droit à ces soins et cette attention qui lui étaient accordés jour et nuit.

Elle se sentait comme un imposteur, et à chaque fois qu'elle devait réagir à leur présence, chaque fois qu'elle devait feindre l'affection ou l'attention lui faisait mal au fond d'elle. Elle avait envie de s'enfuir et de se cacher, de leur crier qu'elle se foutait de ce qu'il était arrivé au monde sorcier et à leur guerre, qu'elle n'était pas l'amie, l'amante ou l'espionne qu'ils cherchaient en elle.

Mais c'était sans espoir. Peu importait comment elle se sentait, peu importait ce qu'elle pensait, elle était Hermione, et les autres ne comprendraient pas. Par l'enfer, elle ne comprenait pas elle même.

oooooooooooooooooooooooooo

Elle se réveilla tôt, bien avant l'aube, tremblante et transpirante face aux images de ses cauchemars. Tout était silencieux, et le soulagement qu'elle ressentit en réalisant que tout le monde était endormi, qu'elle ne serait pas forcée à interagir avec ses amis avant quelques autres précieuses heures la fit soudainement réaliser à quel point tout ça n'était pas normal.

Elle devait y mettre fin. Elle ne pouvait pas leur donner ce qu'ils voulaient, ne pouvait pas leur offrir ce dont ils avaient tellement besoin, et leur profonde confiance en Hermione Granger, cette image divine de l'étudiante et l'amie parfaite, de l'espionne rusée, de la brillante stratège et fière guerrière, ne faisait rien pour atténuer sa solitude.

Elle n'était pas cette Hermione Granger. Et elle était fatiguée de se cacher dans sa peau.

Elle devait partir.

Faire son sac ne prit que quelques minutes - elle n'avait pas besoin de grand chose après tout. Quelques habits, sa baguette et ses couteaux. Tout le reste pouvait être acheté, et comme elle avait l'intention de vider l'un des comptes moldu intraçables qu'elle avait mis en place un an auparavant, l'argent ne serait pas un problème.

Quand ses yeux tombèrent sur la rangée de photos qu'un membre de l'Ordre bien pensant avait placé sur le manteau de la cheminée, elle hésita. Il n'existait pas de photo d'Hermione et Severus ensemble, bien sûr, puisque les preuves matérielles pouvaient tomber entre de mauvaises mains, mais il y avait des photos de l'Ordre complet, de Draco et de Harry…

Mais ça n'était pas ses souvenirs, et à moins qu'elle réussisse à en faire de nouveau une part d'elle, les photos seraient sans intérêt. Si cette vie restait seulement près d'elle, ils ne seraient rien d'autre que des rappels sans valeur, des échos de rire dans une pièce vide.

Elle écrit une lettre, douloureusement consciente d'à quel point tout ce qu'elle disait devait être inadéquat, mais incapable de s'en empêcher ou de partir sans un mot.

Elle se souvenait encore du soulagement qu'elle avait vu sur ces visages étrangement familiers, avant que le soulagement en question ne se change en inquiétude et en doute.

Enfin, il ne lui resta plus qu'à jeter un dernier regard sur cette pièce, cette chambre qu'elle n'avait jamais vraiment habitée.

Ça avait probablement facilité les choses. Elle ne pouvait pas imaginer s'être réveillée dans un environnement plus familier, comme le Terrier ou sa chambre de Préfète-en-chef ou surtout les appartements de Severus, où les souvenirs de son ancienne vie se seraient superposés à toutes les pensées et expériences du présent.

Ça avait été une chose en moins pour la faire se sentir chez elle. Ce qui facilitait sa fuite, bien sûr, mais pourtant le sentiment de perte lui serrait la gorge comme un étrange petite douleur, comme un hocquet.

Aussi sombre et douloureuse qu'avait été la vie d'Hermione, personne ne pourrait nier qu'elle avait été pleine d'amis, de merveilles. Pleine d'amour.

Elle secoua la tête comme pour nier ses pensées et ferma silencieusement la porte derrière elle. Elle ne croisa personne en sortant du quartier général à travers l'une des tapisseries magiques et en marchant doucement vers la sortie, mais même si les autres avaient été réveillés, la cape sombre qu'elle portait et le charme tissé dans sa trame lui aurait évité les regards.

Poudlard… Alors qu'elle fermait l'entrée secrète du château, la nostalgie et le mal du pays grandit en elle. Elle toucha les pierres froides et anciennes, et après un moment d'hésitation, posa le front sur les fondements de sa maison. Cela aussi, elle l'abandonnerait. Mais il n'y avait pas d'autre moyens.

Alors qu'elle se retournait finalement, marchant vers les limites du domaine, un fort sentiment de déjà-vu la pris. Elle avait ressenti cette sensation maintes et maintes fois ces derniers jours à alors que les souvenirs de son ancienne vie l'avaient assaillie sans prévenir, se superposant au présent en une fine couche, voilant son expérience.

Elle avait marché ici avec Severus après qu'il lui ait offert un partenariat, et il s'était tenu ici…

Il lui fallut un moment pour réaliser que la grande et sombre silhouette qui se tenait dans l'ombre des arbres n'était pas juste une part de ses souvenirs, et quand elle comprit qu'elle n'était pas seule dans le noir, elle fut soudain terrorisée. Un halètement s'échappa de ses lèvres, et alors qu'elle pensait avec colère que l'autre Hermione ne se serait jamais enfuie sous l'effet de la peur, elle chercha frénétiquement un échappatoire.

C'est alors que la silhouette enleva sa capuche, révélant le visage de Severus Snape.

Son halètement se transforma en sifflement, et avant que son esprit saisisse pleinement ce qu'elle avait vu, son corps s'était détourné, cherchant à s'échapper. Mais sa voix la stoppa.

"Hermione," appela-il, doucement et sans une once de commandement dans la voix, mais ses pieds refusèrent de l'éloigner d'avantage de lui. Elle sentit une nouvelle fois la peur monter en elle, bien qu'elle ne comprenne pas pourquoi, et pendant un moment elle considéra l'idée de juste s'éloigner de lui, simplement partir et espérer qu'elle atteindrait la limite du domaine avant qu'il ne puisse l'atteindre.

Mais elle n'était pas si lâche. Ou du moins elle ne voulait pas l'être.

"Pourquoi es-tu là ?" demanda-elle en réponse, et si sa voix tremblait légèrement, il ne sembla pas le remarquer. Il se tenait simplement là, les mains ouvertes et détendues à ses côtés pour montrer qu'il n'était pas une menace. Il la connaissait vraiment bien, pensa-elle une fois le choc passé. Un seul mouvement et elle aurait pris la fuite.

"Je t'ai attendue," répondit-il, si doucement qu'elle avança involontairement pour mieux l'entendre. Oui, un homme intelligent. Et dangereux.

Elle se sentait idiote, de sentir ses genoux trembler et son coeur battre plus fort devant cette réponse, mais elle ne pouvait pas le contrôler, comme si son corps avait été programmé pour réagir ainsi à lui.

"Pourquoi ?" murmura-elle.

"Je t'ai observée cette semaine," dit-il simplement. "Et honnêtement je suis surpris que tu aies supporté ça si longtemps."

Elle voulait protester ou feindre de ne pas comprendre. Un regard sur ses yeux noirs lui apprit qu'il savait tout, et elle tressaillit, sentant ses yeux brûlants sur sa peau.

"J'ai placé des boucliers sur ta porte et ta fenêtre quand tu es revenue," devança-il sa question. "Pour assurer ta sécurité. Ils m'ont alerté quand tu as quitté ta chambre ce matin."

Pendant un court instant, ses yeux tombèrent sur le sac dans sa main, s'attardant juste assez pour montrer son absence de surprise. Donc il savait que ça n'était pas juste une promenade matinale, il avait probablement su ce qu'elle ferait avant même qu'elle ne quitte sa chambre. Et ils voulait qu'elle sache qu'il savait.

"Pourquoi t'en soucier ?" murmura-elle.

Il sourit. "Je prendrais toujours soin de toi, mon amour."

Elle tressaillit. Le voilà, le mot qui résumait tout dans les sombres heures de la nuit. Il aimait Hermione. Tout le monde dans ce château aimait Hermione.

Et elle ne pouvait pas répondre à ces sentiments. Elle se souvenait de ce que ça faisait, la chaleur et le contentement quand Hermione s'asseyait entre Draco et Harry, l'affection qu'Hermione avait pour McGonagall et Lupin, la tendre admiration qu'Hermione avait pour le Directeur. Les frissons d'envie quand ses yeux croisaient ceux de Severus Snape. Mais c'était comme regarder un après-midi d'été à travers la fenêtre - on pouvait voir, mais ni sentir ni entendre ni ressentir. C'était juste une image, un monde à part.

Et, tout comme elle savait qu'elle n'appartenait pas au cercle de ces personnes, elle savait que qu'ils ressentaient tout cela pour Hermione, pas pour ce qu'elle était devenue.

"Tu l'aimais elle," pointa-elle, essayant de toutes ses forces de ne pas montrer à quel point cela la blessait. "Celle qui contrôlait tout, celle que tu comparais à la soie et l'acier. Ce n'est pas moi."

Elle pris une profonde inspiration. "Je ne sais même pas qui je suis," confessa-elle dans un murmure, se demandant en même temps pourquoi elle faisait confiance en cet homme sombre, cet homme qui provoquait en elle un tourbillon d'émotions - des émotions dont elle se souvenait mais aussi de nouvelles émotions. "Je ne sais rien, si ce n'est que j'ai tout le temps peur. Et je ne pense pas qu'elle avait peur.'

"Elle avait peur," répondit-il doucement, et le fait qu'il accepte sa distinction entre Hermione et elle l'attrista et la soulagea en même temps. "Elle était effrayée et en colère, et humaine, comme tout le monde dans ce château. Mais peut-être que la plupart des gens ne le remarquaient pas."

"Mais toi oui," dit-elle. "Tout comme tu as remarqué que je ne suis pas elle. Que je suis… différente."

"Je ne sais pas qui tu es devenue," acquieça-il doucement. "Mais je ne suis pas certain non plus de qui je suis maintenant. Les dernières semaines nous ont tous les deux changé de manière irréversible, je pense."

Elle se sentit coupable, alors, car elle avait imaginé ses espoirs et ses peurs et le souhait désespéré de voir revenir son amour, seulement pour la trouver à la place d'Hermione, une copie imparfaite qui pataugeait au lieu d'avancer.

"Alors tu comprends pourquoi je dois le faire. Pourquoi je dois partir," murmura-elle, espérant à moitié qu'il ne soit pas d'accord. Bien qu'elle n'en ait aucun droit, elle voulait la chaleur de ses yeux. Elle voulait que sa loyauté lui appartienne.

"Oui."

"Donc, tu n'es pas là pour m'arrêter ?"

"Non," répondit-il, un minuscule sourire jouant avec le coin de ses lèvres. "Je suis là pour t'accompagner."

Toute pensée, toute machination s'évanouirent, ne laissant rien d'autre qu'un vif étonnement. Il attendit, espérant peut-être une réaction, mais tout ce qu'elle pouvait faire était le fixer, encore et encore. Donc il soupira légèrement, comme on le ferait devant un enfant têtu et poursuivit :

"Je ne te jugerai pas, ni ne te demanderai ce que tu n'es pas prête à donner. Tout ce que je demande c'est le droit de rester avec toi, de t'assister et d'apprendre à te connaître à nouveau."

"Mais," murmura-elle, n'en croyant toujours pas ses oreilles. "Tu es leur chef des renseignements ! Tu as des responsabilités… ils auront besoin de toi dans les jours qui arrivent…"

"Mon travail ici est achevé," l'interrompit-il fermement. "J'ai fait tout ce que j'ai pu en tant que chef des renseignements, et ils ont assez de combattants pour que la perte de l'un d'entre eux n'importe peu. Quant à mes responsabilités…"

Il lui sourit. "J'ai un jour démissionné de mon poste de Maître des Potions parce qu'il entrait en conflit avec mon amour. Et j'ai un jour dit à mon autre Hermione…" Quelque chose dans la façon dont il la regarda avec tant de confiance et d'amour lui donna des frissons chauds et froids le long de sa colonne vertébrale.

"... c'était la décision la plus facile de ma vie. C'est toujours vrai."

"Et si je ne veux pas que tu viennes avec moi ?" demanda-elle, remarquant à quel point elle semblait à bout de souffle.

Son sourire s'estompa, et elle fut blessée d'avoir provoqué sa déception.

"Alors j'accepterais ton choix," répondit-il doucement. "Mais je te suivrais quand même à distance, au moins pour s'assurer que tu vas bien. Tu sais à quel point je suis têtu."

Oui, elle le savait, et c'était exactement ça qui lui donnait envie de fuir sa présence. Dans le chaos qui faisait rage dans son esprit, le souvenir de cet homme ressortait comme une flamme. Comme un feu qui la réchauffait et qui illuminait le labyrinthe dans lequel elle s'était perdue.

Elle avait peur de se brûler si elle le touchait.

C'était une tentation qui allait bien au delà de ce qu'elle pouvait supporter, un besoin qu'elle ne pouvait pas rejeter.

"Il semble que mes choix soient limités," remarqua-elle finalement d'une voix sèche. Qu'y avait-il avec Severus Snape pour qu'elle n'arrive pas à garder ses distances ?

Il eut un petit sourire satisfait, mais derrière son amusement elle pouvait sentir son enchantement absolu d'avoir été accepté. La pensée que cet homme tellement brillant puisse ressentir une telle envie de sa compagnie l'humilia.

"Ça pourrait être le cas," répondit-il. "Mais si ça peut te réconforter, je devrais peut-être mentionner que j'ai dans mes bagages ma théière et deux livres de thé aux épices."

Soudain, son esprit fut de retour dans le parc de Poudlard, son dos et sa tête la faisant souffrir, écoutant en grognant de confusion sa promesse d'un partenariat. Ecoutant et acceptant.

Le souvenir fut un choc, plus clair et plus émouvant que tout ce dont elle s'était souvenue jusque là. Elle pouvait sentir l'herbe humide autour d'eux, la texture de sa peau alors qu'il se penchait vers elle pour lui offrir d'entrer dans son esprit.

Pendant un instant, elle fut cette autre Hermione, et l'attraction de son sourire devint insupportable.

Elle prit une longue inspiration en frissonnant.

"Je n'ai jamais pu résister à ton thé aux épices," murmura-elle, et elle vit le délice dans ses yeux profonds.

"Non," murmura-il en réponse, la voix riche et sombre. "Tu n'as jamais pu."

oooooooooooooooooooooooooooooooooo

Quand Harry entra dans la chambre d'Hermione et la trouva vide, sa première réaction fut la panique.

Non, pensa-il, pas encore, pas si vite ! Nous avons à peine eu le temps de réaliser qu'elle était revenue !

Mais ensuite il remarqua l'armoire ouverte et vide, le lit bien fait et quelque chose en lui se relâcha. Ça n'était pas la scène d'un kidnapping ou d'une fuite désespérée. Où qu'elle soit allée, elle y était allée de sa propre volonté.

Il traversa la pièce, pas certain de ce qu'il cherchait. Il remarqua un rouleau de parchemin posé sur le bureau vide près de la fenêtre, et il sentit les derniers vestiges de sa peur s'évanouir, se changer en amers échos de manque.

C'était Hermione tout craché. Elle ne partirait jamais comme ça. Elle prenait toujours le temps de s'expliquer.

Les mains pas très assurées, Harry brisa le sceau et déroula le parchemin.

À qui trouvera ce mot,

Je suis désolée. J'ai l'impression de le répéter, je sais, mais c'est la seule chose que je peux vous donner qui soit réellement authentique. J'ai essayé de me reprendre et d'être la personne dont vous avez besoin et qui vous manque tant, mais la vérité est que ça n'est pas moi.

Je ne suis pas sûre de qui je suis, mais il y a des choses dans ma tête qui n'ont pas de sens, qui me font très peur, et je ne serais d'aucune aide tant que je ne les aurais pas comprises.

S'il vous plait, ne soyez pas fâchés contre moi. Je ne sais pas combien de temps cela prendra, mais je vous promet que je reviendrai un jour.

Bonne chance pour votre combat,

Hermione

Harry pris une grande inspiration et laissa le parchemin glisser sur le bureau. "Votre combat" - cette petite phrase recelait tout ce qu'ils avaient besoin de savoir. Les petits indices qui avaient nourri les doutes de Harry cette semaine, toutes ces petites choses qui n'avaient pas fait sens, quand on les assemblait, l'image qui se construisait dans son esprit reflétaient les mots d'Hermione.

Que ça soit à cause de ce qu'il lui était arrivé ou à cause du procédé pour qu'elle retrouve la mémoire, Hermione avait changé.

Et bien qu'il soit dur pour Harry de l'admettre, elle n'avait aucune chance de gérer ces changements entre les murs de Poudlard. Il y avait juste trop de son ancienne personnalité ici, trop de souvenirs et d'attentes.

"Tu es une fille intelligente," murmura-il, étrangement fier du courage dont elle avait fait preuve. "J'espère que tu trouveras ce que tu cherches."

Sa main toucha le rouleau de parchemin avec hésitation, son pouce traçant les contours du sceau. Il pouvait assez bien comprendre sa décision au regard de toutes les fois où il avait lui même rêvé d'échapper à son futur d'Elu. Mais ça ne serait pas facile pour les autres - Draco serait dévasté. Et Severus...

Harry frissonna légèrement et saisit le rouleau plus fermement. Il n'était pas impatient d'avoir cette conversation. Il était vrai que Severus avait pris ses distances avec elle après ces premières heures intenses. Mais Harry ne se souvenait que trop bien à quel point Severus avait souffert pendant la capture d'Hermione. La perdre de nouveau si tôt après son retour…

Il secoua la tête, chassant ces pensées. Il faudrait lui dire, et il n'y avait pas de raison d'attendre.

Harry empocha le rouleau, inspectant une nouvelle fois la pièce familière, et descendit des quartiers privés jusqu'à la salle de réunion du quartier général, qui était vide à l'exception d'Albus. Le Directeur était assis à la grande table ovale, silencieux, et lisait un autre rouleau de parchemin.

"Hermione est partie," déclara Harry sans préambule, seulement pour être confronté à des yeux bleu pétillants et à un sourire tordu et très amusé.

"Et Severus également," répondit Albus, levant le rouleau qu'il lisait comme si c'était une preuve.

Ils échangèrent leurs lettres en silence, et Harry vit que bien que Severus ait ajouté tout un tas de papiers qui ressemblaient à des codes, des emplois du temps et des diagrammes tactiques, le message en lui même était aussi court et succinct que celui d'Hermione.

Albus,

Quand tu liras ceci, je serai parti, soit pour accompagner Hermione, soit à sa poursuite. Je suis certain que vous avez remarqué les mêmes signes que moi au cours de la semaine passé et que vous saurez pourquoi elle est partie.

Je ne sais pas quels sont ses plans. Nous pourrions être rentrés pour Halloween ou être partis plus longtemps que ça.

S'il s'agit du second cas (j'imagine qu'Hermione aura laissé une lettre qui pourrait contenir plus de détails), je m'excuse de vous laisser à la veille de la bataille. Mais ma tâche est remplie, et je ne regretterai jamais de l'avoir suivie, où que cela doive nous mener.

Avec mes sincères salutations,

Severus

Harry et Albus achevèrent la lecture de leurs lettres en même temps, et alors que les deux rouleaux glissaient sur la table, leurs regards se trouvèrent, silencieusement perplexes.

Harry ne savait pas vraiment quoi dire. Ils n'attendaient pas d'Hermione qu'elle participe à la bataille bien que les plans initiaux avant qu'elle soit capturée l'avaient inclue.

Mais s'en sortiraient-ils sans Severus ? Les derniers mois avaient montré non seulement ses formidables capacités en duel mais également sa maîtrise de la tactique et de la stratégie, et Harry avait peur que son absence puisse faire pencher la balance en faveur de leurs ennemis.

Comme s'il lisait dans les pensées de Harry, Albus soupira et caressa le sceau du parchemin comme Harry l'avait fait quelque minutes avant.

"Il s'est préparé pour cette éventualité," dit Albus. "Je me demandais pourquoi il avait développé une stratégie qui prenait garde à ce que chaque personne puisse être remplacée par une autre. Je pensais qu'il avait pris en compte d'éventuelles victimes avant la bataille, mais je ne m'attendais pas à ce que Severus lui-même se retire de l'équation. C'est le Serpentard le plus ambitieux que je n'ai jamais vu."

Albus avait l'air si perpexe, si surpris, qu'Harry ne put s'empêcher de sourire.

"Il semble qu'il ait trouvé quelque chose de plus digne de ses ambitions," suggéra-il, et il fut récompensé par un large sourire satisfait.

"Oui," acquieça Albus comme si c'était la meilleure nouvelle qu'il ait eu depuis un long moment.

Un instant, Harry s'émerveilla du fait qu'ils puissent partager ça, comme deux égaux, deux leaders qui estimaient les opinions de l'autre.

Puis il se souvint des autres partenariats qu'il avait partagé et perdu, l'amitié facile mais néanmoins profonde d'Hermione, la tutelle respectueuse de Severus, et il ressentit sévèrement qu'ils lui manquaient.

"Ils ne reviendront pas, n'est-ce pas ?" dit-il, et le visage d'Albus s'adoucit, compréhensif.

"Nous ne pouvons jamais être sûrs de ce que nous réserve le futur, bien sûr," répondit calmement le vieux Directeur. "Mais ils ont fait leur part. Et je serais surpris de les revoir avant qu'un très, très long moment soit passé."

Harry hocha la tête, les épaules baissées alors qu'il prenait la mesure de cette réponse.

Puis il se redressa, se souvenant de tout ce qu'Hermione et Severus lui avaient appris, et sentit s'affermir en lui la résolution de suivre son propre chemin.

"Alors nous ferons en sorte d'y arriver sans eux." dit-il.

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Ils choisirent un hôtel et s'y installèrent presque sans un mot d'Hermione. Il pouvait voir à quel point elle était fatiguée, désespérée de devoir rester sur pied, mais elle tenait son dos droit et sa lèvre supérieure raide, et quelque chose dans sa posture le garda de lui proposer son bras en soutien.

Malgré les derniers mois et tout ce qu'il s'était passé entre eux, ils étaient de retour à la première trêve provisoire qu'il lui avait offerte après l'un de ses rassemblements, de retour à cette confiance fragile qui pouvait se briser à tout moment.

Cela donnait à Severus l'envie de hurler.

Mais il avait su que ça ne serait pas facile, il l'avait su au moment de son réveil, et même avant, mais au moins elle l'avait autorisée à l'accompagner, elle ne s'était pas éclipsée vers son propre grand inconnu en le laissant derrière une nouvelle fois.

Bien qu'il ne soit pas vraiment certain qu'elle ne l'ait pas pris avec elle parce qu'elle avait eu pitié de lui.

Leurs chambres étaient agréables, bien qu'elles manquaient du confort habituel des hôtels du monde sorcier, apportant à la place une télévision et un téléphone. Severus avait proposé un hôtel moldu, à la fois pour l'éloigner le plus possible du monde magique et pour réduire les chances d'être remarqués. Il avait placé des charmes sur leurs cheveux et leurs yeux, bien sûr, mais il avait décidé après un moment qu'elle n'était pas suffisamment à l'aise avec son identité pour supporter un changement de visage et de corps.

Pas de Polynectar donc. Et comme elle était officiellement morte et lui l'un des opposants les plus féroces à Voldemort, un hôtel moldu offrait plus de sécurité que le meilleur hôtel sorcier.

S'attendant à ce qu'Hermione veuille une chambre pour elle, il avait choisi deux chambres avec salle de bain séparée, reliées par un salon, et alors qu'il rendait aux bagages d'Hermione leur taille normale dans la plus grande chambre, il vit que sa vue sur la grande forêt était spectaculaire.

Content d'être finalement arrivé quelque part, Severus se retira dans sa propre chambre, prenant soin de laisser toutes les portes ouvertes pour qu'elle puisse aller venir comme elle le souhaitait, et s'allongea sur le lit tout habillé, les bras en croix dans une posture silencieuse de lassitude.

Il n'avait jamais voyagé autant, puisqu'il avait manqué de ressources au début, et plus tard de temps, mais si c'était à ça que ça ressemblait, profondément épuisant et donnant l'impression d'être dépouillé de quelque chose d'important, il pourrait très bien s'en passer.

Dans l'intimité de sa chambre, il admit intérieurement qu'il était seul. Hermione était avec lui bien sûr, et de savoir qu'elle n'était qu'à trois portes de là le faisait sourire encore maintenant, mais la distance entre eux ne faisait que lui rappeler ce qu'ils avaient autrefois partagé.

Cela lui rappelait qu'il ne le retrouverait peut-être jamais. Seul son espoir lui disait qu'elle pouvait redevenir comme avant, et il frissonna à l'idée qu'elle garderait ses distances avec lui et qu'il lui courrait après comme un chiot fou d'amour pour le reste de sa vie.

Mais ça valait mieux que vivre sans elle.

Et qui savait ? Hermione avait réalisé l'impossible plus d'une fois. S'il y avait quelqu'un capable de percer, de creuser son chemin jusqu'à lui, c'était son amour. Elle était, après tout, encore plus têtue que lui.

Il se réveilla à la sensation du contact de la peau contre la sienne. Il ne se tendit pas, ne modifia même pas le rythme de sa respiration, mais il était extrêmement conscient que quelque chose se déplaçait sur son lit, quelqu'un qui s'approchait de sa forme étendue et paraissant toujours endormie.

Puis il sentit l'odeur d'Hermione, et son étonnement dû montrer l'un des signe subtils d'un corps trahissant son propriétaire, et il put la sentir se figer à ses côtés.

"Ne bouge pas," murmura-elle dans le noir, la voix plein d'émotions qu'il n'avait pas entendues depuis longtemps. "Je n'arriverai pas à faire ça si tu bouges."

Soigneusement, il détendit ses muscles et resta allongé sur les douces couvertures. Il ne comprenait pas ce qu'il était en train de se passer, mais son coeur battait fort et l'envie de la toucher était presque irrésistible. Si proche, si réelle…

"Que…" murmura-il, effrayé de briser le sort, de se réveiller et se de retrouver seul, mais poussé par le besoin d'entendre encore sa voix, d'être rassuré.

"Je suis une étrangère à moi-même," murmura-elle. "Complètement perdue. Mais je me souviens de ça. Je me souviens de la sensation d'être dans tes bras. C'était un peu comme la paix, je pense."

Dans le silence, un silence de cristal comme le moment infini où une vague reste en suspens avant de s'abattre pour vous noyer dans sa froide pureté, dans ce moment de silence, Severus sentit un frisson parcourir son corps.

Il ne savait pas si c'était du désir, de la peur ou de l'espoir. Ça n'avait pas d'importance.

"Plutôt comme l'oeil d'un cyclone" murmura-il en réponse, et sa voix trouva le doux ton de l'intimité si facilement, si naturellement.

Et il était de nouveau là, son rire, le doux clapotis de la pluie qui le lavait de toute son amertume, qui adoucissait ses tranchants sans effort.

Il sentit ses yeux brûler et le frisson s'intensifia, et avant qu'il ne puisse réfléchir à ce qu'il faisait, si c'était sage ou si ça pouvait mal tourner, il se tourna vers elle et enfouit son visage dans son cou.

"Tu m'as tant manqué," confessa-il dans le noir. "J'ai cru que j'allais mourir du manque de toi."

Il pouvait sentir sa main, hésitante, voltigeant comme un petit oiseau avant de se poser sur sa tête, passant ses doigts dans ses cheveux.

Balayant le froid et la solitude.

"Je sais," murmura-elle, les larmes et la pluie adoucissant sa voix. "Mais je suis de retour Severus. Je suis de retour."

Il se sentit se détendre dans son étreinte, sentit tous les coins sombres de son corps et de son esprit se réchauffer.

"Je suis de retour," murmura-elle encore.

Cette fois, c'était la vérité.


Le titre fait référence à un poème de l'auteur grec ancien Pindar.