Bonjour,

Je vous souhaite à tous un très joyeux Noël ! À cette occasion, je poste ce chapitre un peu plus tôt, j'espère que ce petit cadeau vous fera plaisir !

Je vous remercie pour vos reviews, je n'ai pas encore eu le temps d'y répondre (quand j'ai du temps je préfère le consacrer à la traduction, je crois que vous préférez aussi avoir la suite !) mais ça me fait très plaisir et ça me motive.

Bonne lecture et à mercredi !


74. Ce n'est qu'un au revoir

Parfois, il était rassurant de savoir que certaines choses ne changeaient jamais, peu importait comment vous changiez.

Dans ce cas, ça n'était pas rassurant. C'était vraiment frustrant.

"Concentre toi, Potter !" aboya Maugrey.

Et dire que Maugrey n'avait même pas été Maugrey quand il l'avait traité comme ça la première fois ! Barty Croupton Junior avait vraiment bien joué son rôle, pensa Harry alors qu'il sautaut, roulait et se jetait à plat ventre, le tout dans l'effort vain d'éviter les flashs de lumière rouge que Maugrey lui lançait.

"Ça pourrait être des Avada Kedavra, Potter ! Bouge toi !"

C'est vrai. J'ai déjà fais ça une fois avec une jambe blessée et Voldemort sur le dos. Pourtant la finale du Tournois des Trois Sorciers n'est pas très haut dans la liste de mes moments préférés. Oh, mais en fait, celui là non plus.

Mais il continua quand même à sauter de plus en plus haut et à plonger encore plus bas. Pas que ça satisferait Maugrey, mais peut-être que ça réduirait un peu son embarras quand il devrait faire face aux autres membres de l'équipe attaquante. C'était assez dur de mener des gens qui avaient vingt ans de plus que lui sans devoir être en plus obligé de s'humilier devant eux, après tout.

Content de croiser même le plus petit rocher ou les ruines qui étaient éparpillés à travers le paysage artificiel de leur terrain d'entraînement, Harry s'accroupit derrière l'un d'entre eux pour reprendre sa respiration. Ce terrain avait été façonné sur le modèle du paysage réel de Tintagel - pas d'arbres, pas de murs plus hauts que ses genoux, assez de trous et d'irrégularités sur le sol pour se casser les deux chevilles si vous n'aviez pas un œil vigilant sur votre environnement. Pas les conditions idéales de combat, mais, comme Maugrey l'avait fait remarquer, les Mangemorts devraient faire face à la même chose, et avec un peu de chance ils n'auraient pas pris le temps de suivre un entraînement intensif.

Après avoir repris un peu son souffle et qu'un flash rouge soit passé beaucoup trop proche de sa tête pour qu'il se sente en sécurité, Harry roula des épaules pour réduire la tension dans son corps et plonger vers la prochaine cachette.

Ils faisaient ça depuis trente minutes maintenant, et bien qu'il soit gratifiant de savoir qu'il pouvait s'en sortir avec un tel stress physique, il se demanda quel était le but de cet exercice. Après tout, ils espéraient tous que la bataille serait terminée en moins de temps que ça.

Il roula à moitié, sauta à moitié au dessus d'un rocher, zigzagant vers la droite quand il sentit la chaleur d'un sortilège le ratant de peu, et il grimaça alors que son pied se coinçait dans un autre de ces satanés trous.

Il ne pourrait pas continuer comme ça longtemps.

Un rapide coup d'œil vers Maugrey révéla un large sourire sur son visage érodé et une baguette tendue prête à lancer la prochaine attaque.

Harry le maudit. Le vieil Auror prenait bien trop de plaisir à faire ça, et il n'avait pas l'air d'être prêt à s'arrêter. Sans mentionner le groupe de membres de l'Ordre groupé au bord du terrain, essayant d'avoir l'air discret sans y arriver du tout. Harry ne savait pas si c'était le besoin d'être rassuré ou la simple recherche du sensationnel qui avait changé ses sessions d'entraînement en affaire publique, mais ça rendait l'exercice beaucoup plus difficile.

Pas étonnant qu'Albus ait fini par porter des chaussettes violettes et par avoir l'air fou après un siècle de ce traitement - essayant d'en sortir avec toutes ces attentes pouvait vous rendre zinzin.

Mais comment arrêter Maurey sans abandonner - c'était hors de question, Harry n'avait jamais abandonné de sa vie et il n'allait pas commencer maintenant.

Force et faiblesses, Harry, vite, murmura une voix analytique dans son esprit alors qu'il évitait une autre attaque, et cette voix ressemblait étrangement à celle de Severus.

Paranoïa, pensa-il. Maugrey ne peut pas distinguer ce qui est dangereux de ce qui ne l'est pas, parce qu'il voit tout comme une menace.

Il risqua un regard vers le nombre croissant de spectateurs et grogna quand il vit les jumeaux proches de Maugrey, l'un d'entre eux chuchotant à l'oreille du vieil Auror. Ça n'était pas drôle.

Quoi d'autre ? Cette fois c'était celle de Draco, chaude et encourageante. Draco lui-même ne prenait pas part à l'entraînement - avec le départ de Severus, il était devenu l'expert en Potions du Premier Cercle et était occupé à travailler avec Minerva sur les derniers détails de leurs défenses - mais après des mois passés avec lui, Harry pouvait assez bien s'imaginer sa préoccupation, son soutien silencieux.

Il est plus lent que les autres, à cause de sa jambe. Les mouvements de côté sont les plus problématiques, c'est pourquoi il est toujours dans l'offensive, gardant le combat aussi loin que possible de lui.

Et ? Hermione, et l'humour sec dans sa voix lui rappela le dernier duel que Maugrey avait engagé contre un autre membre du Premier Cercle - un duel qu'il avait perdu avant même d'avoir levé la baguette.

Facile à provoquer, se dit Harry, souriant à ce souvenir. Et une fois qu'il est assez en colère, il perd toute notion de prudence.

Mais il n'était pas Hermione, pas un Maître espion qui pouvait rivaliser avec le meilleur d'entre eux et gagner. Il était juste Harry, qui…

Oh, allez, se dit-il avec irritation.Tu es toujours le Harry qui a battu un troll des montagnes en première année. Qui a défié Voldemort et survécu. Et ça n'est pas parce que cette année tu es resté au chaud que tu dois laisser les initiatives aux autres !

Alors qu'il jetait un autre regard à Maugrey et à ses 'assistants', un plan commença à prendre forme dans son esprit, et alors qu'il continuait à éviter les attaques en courant comme un lapin, ses mouvements le menaient maintenant vers une formation rocheuse spécifique, en plein milieu du terrain d'entraînement, qui serait un parfait point de départ.

Il prit soin de zigzager un peu autour au début - il ne voulait pas que Maugrey comprenne ce qu'il faisait avant qu'il ne soit prêt. Personne ne remarqua qu'il avait sorti sa baguette dans l'ombre d'une dalle de pierre spécialement courbée, et personne ne remarqua les petits coups silencieux qu'il donnait en visant les cailloux et les rochers qu'il dépassait.

Ensuite, toujours sur le chemin de la formation rocheuse centrale, il commença à commettre des erreurs. Des petites choses au début - un trébuchement ici, là un bras bougé de manière imprudente, pas assez pour que ça soit trop évident, mais suffisamment pour montrer à Maugrey et à ceux qui savaient quoi regarder qu'il fatiguait.

Un autre regard à Maugrey du coin de l'œil - le vieil Auror avait avancé, son œil restant scintillant de la chaleur de la bataille.

Viens me chercher, pensa Harry, ajoutant un faux pas et un manquement de chute à la liste grandissante de gaffes, je suis un lapin adolescent loin de chez lui… une proie facile pour toi…

Puis, juste à quelques pas du gros rocher qu'il visait, il prétendit perdre son équilibre pour de bon, basculant sur le côté et roulant loin du flash de lumière bien calculé que Maugrey lui avait envoyé, en sécurité derrière les rochers.

Soudain, le gymnase fut très silencieux. Harry resta complètement immobile, n'osant pas bouger un muscle.

Si l'ennemi est plus fort que toi, ou dans une meilleure position, attire le, se remémora-il l'une des leçons de Remus. Laisse le venir à toi. Laisse le perdre sa position avantageuse.

Ralentissant sa respiration, Harry prépara sa baguette. Il força ses muscles à se relâcher, étirant prudemment ceux qui étaient sujets aux crampes après les exercices intenses. Il donna à Maugrey une minute supplémentaire, puis un minuscule mouvement de sa baguette activa le sortilège de télévision qu'Hermione lui avait appris. La magie utilisée était trop insignifiante pour être détectée par Maugrey, surtout avec tous les boucliers et les sorts de métamorphose qui vibraient autour de lui.

Un petit sort, mais il lui laissa voir le groupe des autres membres de l'Ordre, toujours massé au bord du terrain d'entraînement, ayant l'air maintenant plutôt anxieux, et Maugrey lui-même, avançant doucement vers la position de Harry.

Maintenant qu'il avait repris son souffle, Harry était bien trop conscient de l'adrénaline qui parcourait son corps, et tous les souvenirs évoqués par cette situation lui revinrent - de sa deuxième année et l'attente à bout de souffle derrière une colonne que le Basilic le trouve, à la troisième tâche où il s'était retranché derrière une tombe, se cachant du Seigneur des Ténèbres - mais c'était différent. Là c'était seulement un exercice d'entraînement, et il savait ce qu'il était en train de faire.

Une autre minute passa , et à présent Harry pouvait entendre Maugrey aussi bien qu'il pouvait le voir à travers le sortilège. L'auror ne l'avait pas encore appelé, il s'attendait toujours à un piège. Mais sa baguette était clairement pointée vers le groupe de rochers derrière lequel se cachait Harry, sans surveiller le reste du terrain.

Ça allait changer.

Harry donna une nouvelle série de coups de baguette, activant les sorts qu'il avait jetés plus tôt. Soudain, des pierres de toutes les tailles s'élevèrent depuis le sol, partout dans la pièce. Maugrey eut un grognement de surprise, mais avant qu'il ne puisse se retrancher dans l'aire sécurisée de la salle de gym, Harry fit un nouveau mouvement, et les pierres furent projetées vers Maugrey comme par des mains invisibles.

Avec une grimace de dégoût, Maugrey érigea un bouclier. Il était maintenant visiblement irrité - pas seulement parce que Harry essayait de le piéger, mais aussi parce qu'il pensait clairement que ces efforts étaient inutiles - après tout, n'importe quel sorcier pouvait arrêter une pierre d'un petit sort.

Cette estimation changea quand le premier caillou traversa le bouclier de Maugrey comme s'il n'était qu'un rideau d'eau.

Harry sourit quand il vit l'irritation se transformer en fureur. Un sortilège tellement utile, développé et enseigné par Hermione. Il accélérait les objets au point de les rendre pratiquement instopables - Maugrey n'aurait pas d'autre choix que de les exploser un par un pour se protéger. Et maintenant il était assez en colère pour perdre de vue le reste de la situation.

Sans s'en rendre compte, Harry dévoila ses dents, son sourire se transformant en un rictus de victoire.

Puis, il chargea.

Maugrey le vit venir, il n'y avait pas de moyen d'y couper, mais avec les cailloux, les pierres, et même les rochers projetés dans sa direction de tous les côtés et Harry zigzagant comme un lapin à travers le terrain d'entraînement, il n'y avait pas grand chose que l'Auror pouvait faire pour l'arrêter.

Il essaya, néanmoins. Les coups de sa baguette la rendait floue, et les Reducto explosaient les pierres en fine poussière, mais à chaque fois que le périmètre autour de Maugrey semblait dégagé et qu'il se tournait pour attaquer Harry, une autre pierre traversait les airs et le forçait à se retourner à la défensive.

Harry évita un caillou, puis encore un autre, remerciant ses années de Quidditch qui avaient fait de l'esquive de petits objets une seconde nature chez lui. Malgré le bombardement, Maugrey arrivait toujours à lui lancer des sortilèges incroyablement dangereux et Harry les évitait également alors que son admiration pour le vieil auror augmentait de quelques degrés. Lui-même aurait été incapable de seulement y penser sous une telle pluie de pierres.

Mais les pierres ne le prenaient pas pour cible, et il évita facilement celles qui croisaient son chemin. Après tout, il n'avait fait qu'esquiver, sauter et rouler ces dernières semaines. Il sourit encore et accéléra ses pas pour traverser les derniers mètres rapidement.

Il était temps de mettre son entraînement offensif en pratique.

Il bloqua deux autres sorts de Maugrey, sauta sur le côté quand il reconnut un Doloris arrivant sur lui - Maugey devait être vraiment en colère - et attendit le bon moment.

Là ! Deux pierres, toutes les deux assez grandes pour que Maugrey doive les exploser s'il voulait garder sa tête intacte, toutes les deux fonçant sur lui depuis des côtés opposés. Harry esquiva, attendit, et quand il vit Maugrey les réduire en poussière avec un Reducto, il attaqua.

"Expelliarmus," cria-il, pas parce qu'il en avait besoin mais parce qu'il s'était rendu compte que prononcer les sorts leur donnait un peu plus de puissance, ce dont il avait besoin maintenant.

Et aussi incroyable que ça puisse paraître, son plan fonctionna.

Maugrey se retourna, un bouclier en attente sur le bout de sa baguette, mais c'était une fraction de seconde trop tard. Le sortilège de Harry le frappa de plein fouet.

Et quand la poussière de l'explosion des pierres retomba, Maugrey était étendu sur le sol, et Harry tenait la baguette de l'Auror d'une prise transpirante et triomphante.

Pendant un moment, le silence fut complet. Harry souriait largement, le coeur battant sauvagement dans sa poitrine. Ses yeux croisèrent ceux d'Albus et il y vit briller la fierté. Il se tourna vers Remus, son premier vrai professeur de défense, et il le vit hocher légèrement la tête, comme si Harry lui avait prouvé quelque chose.

Et puis Ron fut à ses côtés, criant de joie et lui tapant le dos comme après un match de Quidditch, et Ginny, Fred et George les entouraient, le félicitant les pouces levés.

Harry leur sourit à tous. Pendant un instant, la douceur du triomphe le fit tout oublier à l'exception de cette victoire et il rit avec eux, un pur instant de joie.

Mais le commandement n'était pas seulement la victoire, comme Draco le lui avait appris si longtemps auparavant, et donc il s'éloigna de ses camarades et marcha jusqu'à Maugrey, qui s'était maladroitement relevé et observait maintenant le groupe d'anciens élèves avec un regard indéchiffrable.

Harry prit une grande inspiration, inclina la tête et offrit à Maugrey sa baguette les mains tendues. C'était un très vieux geste sang-pur, signifiant le respect et l'admiration pour l'ennemi défait, un geste qui avait été utilisé par les guerriers sorciers pendant les siècles, et Harry put sentir la pièce s'agiter sous la surprise que son choix avait provoquée.

Les manières sang-pur n'étaient pas souvent utilisées au sein de l'Ordre, mais Harry pouvait voir le sourire approbateur d'Albus du coin de l'œil, et il pouvait imaginer la satisfaction de Draco et Severus.

Maugrey grogna alors qu'il prenait sa baguette et inclina la tête à son tour, la réponse traditionnelle à ce geste qui acceptait à la fois la victoire de son adversaire et qui lui renvoyait son respect.

"Tu t'es bien battu," dit-il, et Harry put voir un de ses rares véritables sourires se dessiner au coin de sa boucle pleine de cicatrices. "Alors, on dirait que nous avons finalement fait de toi un guerrier, hein ?"

Harry sourit.

"Ça vous aura pris du temps," répondit-il, et il rit quand Maugrey grogna une nouvelle fois, feignant d'être irrité.

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5 octobre

Berlin était gris et froid, mais vibrant de vie. Ils quittèrent leur loft après du Hackescher Markt aux alentours de midi, après une intense séance d'entraînement qui les avait tous les deux laissés haletants, et se promenèrent dans le parc encore vert, main dans la main, comme un couple amoureux qui n'avait rien de mieux à faire de sa pause déjeuner.

Ils gardaient le silence alors qu'ils s'atteignaient le Spree et laissaient leur yeux reposer sur les bâtiments majestueux du Museumsinsel. Chaque jour ils prenaient ce chemin, et chaque jour ils restaient silencieux alors qu'Hermione admirait cette île artificielle de pierre, de savoir et de mémoire.

Elle n'avait parlé que le premier jour, d'une voix rendue petite par l'admiration.

"Comme Poudlard, mais sans magie," avait-elle dit, et il avait ressenti son envie pour cet endroit, ce havre des musées, des universités et des bibliothèques qui avait la même matière utopique que leur vieille école mais qui était exempt de tout les souvenirs douloureux que Poudlard portait pour tous les deux.

Parfois, elle se reposait contre lui dans le cercle de ses bras, parfois elle prenait sa main et parfois ils restaient juste côte à côte, les bras appuyés sur la balustrade qui bordait le Spree, se rejoignant par leurs pensées tranquilles, deux petits mondes connectés à travers l'amour et les expériences.

Puis il reprenaient leur marche, toujours en silence, passaient devant les Vieilles Galeries Nationales et les ruines du Nouveau Musée, passaient devant les étudiants, les touristes et les petits stands de vente de livres, jusqu'à ce qu'ils atteignent la grande entrée du musée Pergamon.

Silence alors qu'ils traversaient le hall d'entrée et donnaient leur tickets aux gardiens. Silence jusqu'à ce qu'ils aient traversé l'antichambre.

Quand ils pénétraient dans la salle de l'autel, chaque jour, Hermione soupirait et se détendait, comme si quelque chose à l'intérieur d'elle se relâchait, comme si toutes les questions et les peurs en elle se taisaient soudain. Chaque jour, elle se tournait vers l'autel comme s'il lui donnait des réponses.

Et chaque jour, Severus se demandait ce qu'elle voyait dans ces vieilles frises à moitié détruites qui montraient les combats entre les dieux et les titans, le bien et le mal, capturés pour l'éternité par les mains de l'artiste.

C'était des images puissantes, certainement, et la lutte de dieux contre un serpent, de déesses contre un titan trouvaient un écho en lui comme c'était surement le cas chez tous ceux qui avaient été sur un champ de bataille et survécu, la sauvagerie et le chaos de la chose, la beauté sauvage du combat et de la victoire, du pouvoir et de la mort.

C'était la rage de la bataille, astucieusement gravée sur le visage d'une déesse, le grondement de fureur alors qu'elle fonçait vers son ennemi pour le dévorer ou se faire dévorer, c'était la froideur du massacre impitoyable sur le visage d'un dieu triomphant, et la colère impuissante de celui qui voit sa propre fin arriver, l'attendant sur la pointe d'une lance.

C'était la terreur pure et la beauté de la guerre, capturée sur la pierre blanche des milliers d'années auparavant, l'utime triomphe de la vie alors qu'elle dansait au bord du chaos, au bord de la mort.

Hermione et lui s'étaient battus comme ça, tellement de fois, et ainsi le feraient leurs amis et leur famille restés à Poudlard, dans moins d'un mois.

Le fait que les titans soient dessinés en forme de serpent n'aidait pas.

Mais il y avait plus que ça dans la fascination d'Hermione pour cet autel, il en était certain. Il était devenu le point de focalisation de quelque chose de plus grand que juste son passé, une question assez délicate pour qu'elle ne puisse la résoudre par elle même.

Il soupira. Hermione n'avait jamais été satisfaite en abordant les questions auxquelles elle avait les réponses. Elle se concentrait sur les plus grosses questions, et d'habitude elles lui causaient des tourments.

Il pouvait voir les souvenirs défiler sur son visage alors qu'elle marchait le long de la frise de l'autel, perdue dans son propre monde de pensée, oubliant complètement les touristes. La regarder être si calme au milieu d'étrangers ne faisait que mettre en évidence à quel point ses récentes expériences l'avaient changée. Avant qu'elle perde et retrouve ses souvenirs, elle n'aurait jamais toléré que des menaces inconnues marchent dans son dos.

Ça le démangeait de défendre sa position, ses yeux voyageant ici et là bien qu'il sache pertinemment qu'ils étaient suffisamment bien cachés. Mais il l'avait perdue une fois. Il n'y aurait plus jamais de négligence dans son regard.

Quand un nouveau groupe de touristes entra dans le hall du musée, il décida que c'en était assez pour aujourd'hui. Attirant son regard, il lui fit silencieusement signe et elle hocha la tête, tournant une fois de plus les yeux vers le visage d'une déesse particulièrement frappante comme pour dire aurevoir, puis elle le rejoignit dans le coin de la pièce où il était, aussi éloigné que possible de la foule.

"Il y a beaucoup de monde, aujourd'hui," commenta-elle, l'air ravi, comme si une pièce pleine de touristes transpirants et surexcités avec des appareils photos était exactement ce dont elle avait envie.

Severus jeta un regard dédaigneux aux touristes et à leur bavardage inepte.

"C'est du gâchis de leur montrer ça, de toute façon," jugea-il, et il fut surpris qu'Hermione secoue fermement la tête.

"Non," dit-elle. "Ce n'est pas vrai. C'est exactement ce qu'il leur faut."

La surprise dut se lire sur son visage.

"Te souviens-tu de l'histoire d'Achille ?" demanda-elle en guise d'explication. "Il pouvait choisir entre deux destinées. Soit rester inconnu et vivre sa vie en paix jusqu'à un âge avancé, soit devenir le plus grand héros de tous les temps mais mourir très jeune. Je n'ai jamais réussi à comprendre pourquoi il avait choisi la deuxième."

Elle frissonna. "Je ne peux toujours pas. Peut-être que c'est pour ça que je suis devenue une espionne. Je ne me suis jamais souciée d'être reconnue avant. Je voulais juste finir cette guerre aussi vite et aussi proprement que possible."

Il sourit. "Et tu as réussi. Ça n'a pas d'importance que tu sois présente ou pas à Tintagel, c'est ton plan qui vaincra Voldemort. Ça devait te satisfaire, je pense."

Elle acquiesça, mais elle n'avait pas l'air satisfait.

"Je le pensais aussi avant," confessa-elle à voix basse. "Quand j'avais décidé d'aller jusqu'au bout. Mais maintenant que je suis de retour et que je suis devenue quelqu'un d'autre…"

Severus resta silencieux, se rapprochant juste un peu plus d'elle pour que leurs épaules se touchent. Sa décision de le trahir et de suivre son plan jusqu'au bout malgré lui lui faisait toujours mal, et il n'avait jamais essayé de lui cacher cette douleur. C'était une nouvelle cicatrice, une en plus de toutes les autres avec lesquelles il avait appris à vivre, tout comme la perte d'elle même était devenue une nouvelle cicatrice encore douloureuse pour Hermione.

Mais ils avaient un jour complètement accepté l'autre, cicatrices comprises, et chaque jour du mois qui venait de s'écouler le persuadait qu'ils pouvaient à nouveau le faire.

"Qu'est ce que ça signifie pour toi ?" formula-il finalement la question qui l'avait taraudé depuis plusieurs jours. "Pourquoi cette guerre ? Pourquoi cette oeuvre d'art ?"

"Parce qu'ils ont gagné," murmura-elle. "Ils se battent, et meurent, et gagnent malgré les terribles pertes. Et puis quelqu'un a pris leur histoire et l'a transformée en une belle chose en marbre blanc, une merveille d'art. Qui a traversé les siècles, et qui nous fait toujours nous demander qui nous sommes aujourd'hui, ce que nous voulons pour notre vie."

Elle fit une pause, pas pour réfléchir à ce qu'elle lui dirait de plus mais pour mettre de l'ordre dans ses pensées.

"C'est ce que je veux aussi," confessa-elle ensuite. "Je veux ma bataille. Je veux ma victoire. Je veux cracher au visage de ceux qui m'ont blessée, et je veux transformer tout ça en souvenir et demeurer dans la mémoire de ceux que j'aime."

Il sourit alors que ses mots trouvaient leur écho au plus profond de lui, trouvant des réponses et réveillant de vieilles pensées. Il ne savait pas qu'il souriait fièrement, mais il vit ses propres sentiments se refléter dans les yeux de son amour.

"Il est temps alors ?"

Elle hocha la tête, doucement, et il vit qu'elle avait finalement trouvé sa réponse.

"Oui. Il est temps.

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Poudlard, 10 octobre

"Donc, qu'est ce qu'on a ?" demanda Harry, essayant en vain de chasser la fatigue. Il ne se souvenait pas de quand il avait dormi pour la dernière fois, et sa langue avait un goût amer à cause des innombrables tasses de café qu'il avait bues ces derniers jours.

Ils étaient bien préparés. Il savait qu'ils étaient bien préparés, même en avance sur le planning, mais il y avait quand même encore une dernière chose à faire, juste une petite chose avant qu'il puisse ramper jusqu'à sa chambre et aller dormir.

Après tout, la moindre chose pouvait ruiner l'opération. Hermione le lui avait dit à de nombreuses reprises, à chaque fois pour justifier ses activités frénétiques, et il ne l'avait jamais aussi bien comprise.

Là, assis à la table de stratégie entre Maugrey et Albus, il savait exactement ce qu'elle avait voulu dire. Peu importait à quel point on travaillait dur, il y aurait toujours quelques lambeaux d'insécurité qui demeuraient dans son esprit, lui demandant s'il avait vraiment fait tout ce qui était en son pouvoir pour garantir que la bataille se déroule sans anicroches.

Il échangea un regard avec Ron, qui se tenait au côté opposé de la table. Ils avaient fait leur part du travail. Aussi incroyable que l'idée lui aurait parue deux mois auparavant, ils avaient développé une vraie relation d'équipe de combat. Heure après heure, l'entraînement intensif les avait transformés en une machine de combat bien huilée, et si Ron n'avait pas réussi à maîtriser les aspects les plus délicats de certains sorts, il compensait avec l'excellent bouclier que Draco lui avait fait rentrer dans le crâne.

Oui, Draco. C'était une des choses qui avait le plus surpris Harry au cours de ces trois derniers mois, la trêve incertaine que Ron et Draco avaient développée. Tous les deux s'insultaient toujours, et auraient été outrés à la mention de choses qu'ils auraient en commun, mais Draco avait finalement arrêté de suinter d'arrogance en présence de Ron, et Ron avait accepté qu'il y avait des choses qu'un Serpentard pouvait lui apprendre.

Harry soupira et se frotta les yeux dans l'espoir que ça le ramènerait au problème en cours. Peut-être qu'un autre café serait le bienvenu…

"Les sorts de Métamorphose sont prêts, et, oui Maugrey, ils sont absolument fiables," répondit Minerva, son accent écossais plus prononcé à cause de l'épuisement. Flitwick et elle étaient à la tête du groupe chargé du camouflage magique et de la défense, et leur travail avait fait tenir Harry en plus haute opinion les enseignements à Poudlard.

Il n'avait jamais vraiment réalisé qu'Albus Dumbledore n'était pas le seul sorcier célèbre travaillant dans l'école. Avec Minerva et Filius, Poudlard pouvait se vanter d'employer les meilleurs, et Severus avait été au moins aussi bon. Harry doutait vraiment que les pensionnats moldus fassent montre d'autant d'expertise.

Nous avons fait de la place pour une centaine de combattants," continua Minerva, et si ses yeux volèrent nerveusement vers le groupe d'anciens élèves qui s'entraînait avec Remus, seul Harry sembla le remarquer. "Seulement trente d'entre eux auront de la place à la surface, par contre. Les autres seront cachés dans les grottes."

"La matrice de sorts que nous avons développée fonctionnera main dans la main avec les gemmes de dissimulation que Severus et Miss Granger ont placé à Tintagel." poursuivit Filius Flitwich. Il ne serait jamais aussi engagé envers l'Ordre que Minerva, mais lui aussi avait travaillé sans répit. "Personne ne nous détectera avant que nous ne voulions l'être, et les cachettes se confondent parfaitement avec l'environnement."

"C'est une bonne chose que Tintagel soit aussi rocailleux que ma grand-mère, ou plutôt que ses…" grogna Maugrey avant de s'interrompre quand il vit le regard sévère de Minerva. Diplômés ou non, elle ne tolérerait pas un tel langage en présence de ses étudiants.

"En effet," acquiesça-elle froidement.

"Hestia Jones m'a dit que les préparations des guérisseurs sont dans les délais," ajouta Albus, les yeux pétillants. "Elle a enrôlé notre nouvelle Maîtresse des Potions et son apprenti, et nos stocks de Potions sont presque adéquats."

"L'entraînement se passe bien," ajouta Maugrey. "À part ces cas désespérés qui n'arriveront jamais à tenir la baguette droite, tous nos combattants sont dans les meilleurs conditions. Ça vaut pour les jeunes aussi."

Son regard se dirigea vers Harry et Ron et il hocha la tête de façon appréciative. Harry vit Ron rougir jusqu'aux oreilles, mais lui ne fit que hocher la tête calmement, acceptant le compliment et le retournant silencieusement à son professeur.

"On dirait que nous sommes prêts," commenta-il ensuite, sentant l'excitation monter, chaude et bourdonnante sensation dans son estomac. "Je n'arrive pas à croire que nous ayons réussi."

Le pétillement des yeux d'Albus s'intensifia, et son sourire les engloba tous.

"Je n'en ai jamais douté, mon garçon," dit-il.

Harry prit une grande inspiration et laissa ses yeux vagabonder autour de la table, sur les visages de ses compagnons d'armes. Draco était absent, concoctant des Potions dans les cachots, et il y avait deux autres visages absents, mais il ressentit quand même cette sensation d'être chez lui, à sa place.

C'était ici qu'il devait être. C'était ce qu'il devait faire. Avec des amis et des alliés autour de lui, être l'Élu n'était plus si terrible.

"Ce qui ne laisse plus que le déploiement à discuter, je pense," dit-il, sachant que les personnes autour de cette table le comprendrait, "Est-ce que Malone a déjà donné des informations sur les Aurors ?"

La mention de Malone apporta une soudaine irritation au groupe. Malone était l'épine dans leurs chaussures, le seul homme dont Harry se serait débarrassé en un clin d'œil. Harry n'avait aucune idée de comment l'Auror s'y prenait, mais il se mettait les gens à dos au moment où il pénétrait dans une pièce.

Il était content que Malone ne soit pas encore rentré dans cette pièce là, leur épargnant à tous sa présence, mais ça serait inévitable, tôt ou tard. Harry espérait sincèrement que ça serait tard.

"Le département des Aurors nous envoient cinquante de leurs meilleurs éléments. Je les ai choisis moi-même," dit Maugey, et son apparente fierté des hommes et des femmes qu'il avait entraîné fit de nouveau sourire Harry. "Ils auraient donné plus de renforts mais nous n'avons juste pas la place pour eux."

"Combien de l'Ordre ?" demanda Harry, se concentrant sur la carte devant lui. Ils déploieraient la plupart des Aurors dans les grottes, d'où ils pourraient rejoindre le combat quand ça serait nécessaire. Ils avaient tous trouvé moins dangereux de les garder le plus loin possible des yeux et des oreilles des Mangemorts. Après tout, un seul murmure pouvait ruiner leur plan.

"Quarante," dit-Dumbledore, quand le bourdonnement d'une des tapisseries les fit se retourner.

"Quarante-deux," annonça une voix profonde, et dans le halo doré, ils purent distinguer les visages de Severus Snape et Hermione Granger.

"Bien," dit leur ancien Maître espion, s'éloignant de la tapisserie en lissant ses robes. Elle était toujours trop maigre, et son visage montrait toujours un regard un peu hagard, mais c'était son ancienne détermination qui brillait dans ses yeux. "Nous sommes de retour."