Hello !

Voilà le chapitre de la semaine. Après celui là, il n'en restera plus que deux, on arrive vraiment à la fin de l'histoire !

Je vous avoue que je commence à avoir du mal à tenir le rythme de publication, mais je me fais violence pour m'y tenir (je sais à quel point c'est désagréable d'attendre une suite qui n'arrive jamais...). Peut-être qu'un peu plus de reviews m'aideraient à tenir le coup pour ce sprint final ? J'ai en tout cas hâte de terminer cette traduction.

Bonne lecture et à la semaine prochaine !


75. A la fin des choses

Pendant un instant, le groupe entier resta immobile, comme gelé, et Severus sentit un petit sourire moqueur étirer ses lèvres. De toutes ses entrées dramatiques, celle là avait été excellente.

Il sentit Hermione, mal à l'aise, bouger à côté de lui et il se pencha légèrement pour que leurs épaules se touchent, lui apportant chaleur et sécurité.

Il la sentit se détendre un peu, mais il pouvait toujours voir la tension qui émanait d'elle. Après tout, elle était partie dans des circonstances loin d'être idéales et elle aurait tendance à interpréter leur réaction comme autre chose que du choc.

Puis Minerva brisa ce moment de silence prolongé, s'avança vers eux à grand pas et enveloppa Severus dans une brute éteinte sans pudeur qui lui fit craquer les côtes.

"C'est bon de te revoir, espèce de chauve-souris maussade," dit-elle brutalement, puis elle se tourna vers Hermione et lui administra une autre étreinte.

"Toi aussi, ma chère," dit-elle avant de retourner à la table et aux cartes comme si rien ne s'était passé.

Severus pouvait voir les yeux écarquillés et les visages sidérés partout dans la pièce, et son rictus s'élargit en un véritable sourire. Les gens oubliaient souvent que Minerva était une vraie Gryffondor, expressive dans ses émotions, et ils avaient aussi tendance à oublier que Severus et elle étaient amis depuis près de vingt ans.

Sa réaction - courte, intense et immédiate - ne l'avait pas surpris du tout, mais le Premier Cercle ne s'était apparemment pas attendu à ce que ça soit elle qui brise la glace.

Mais maintenant qu'elle était brisée cependant, plus rien ne les arrêtait.

Severus reçut des salutations plus cordiales, évitant les accolades, même s'il dut décourager plusieurs autres membres de suivre l'exemple de Minerva avec des regards très acérés.

Minerva pouvait faire à peu près tout ce qu'elle voulait de lui - comme depuis toujours -, mais il serait damné s'il laissait n'importe qui d'autre l'étreindre.

Aussi fou amoureux qu'il pouvait l'être, personne encore en vie ne l'accuserait de sentimentalisme.

Il tenta un rapide regard vers Hermione. Elle semblait aller bien, quoi qu'un peu submergée, mais les lunatiques délirants semblaient un peu plus attentionnés avec elle, se souvenant sans doute de son état physique et mental d'il n'y avait pas si longtemps auparavant.

Molly Weasley essayait, bien sûr, de la noyer dans une de ses embrassades, mais Harry semblait être greffé au côté d'Hermione et le défendait efficacement contre les attaques les plus vigoureuses.

Le sourire de Severus s'élargit quand il salua Remus et lui accorda le privilège d'une petite tape dans le dos. Une fois encore, le changement chez Harry Potter le surprit.

Il semblait que le garçon - l'homme - avait employé sagement les semaines pendant lesquelles ils avaient été absents, sortant de l'ombre de ses amis pour de bon et devenant enfin le leader que Severus n'avait jamais été capable de voir en lui avant, bien qu'Hermione lui ait toujours soutenu qu'il était là.

Il chercha Draco dans la foule, qui avait été constamment présent aux côtés de Harry depuis la disparition d'Hermione, mais il ne le trouva pas. Il frissonna intérieurement. Il était probablement occupé à faire des potions, s'il prenait son apprentissage autant au sérieux que ce qu'espérait Severus.

Après tout, ils approchaient d'une bataille majeure et il n'y avait jamais trop de potions de soin à disposition quand il y avait des combats à venir.

Il chercha d'autres visages, les trouva, et hocha la tête avec satisfaction. Pas de victimes dans les opérations risquées qui avaient dues être exécutées au cours des dernières semaines. Excellent.

Severus se retourna une nouvelle fois et se retrouva face à Albus, dont le plaisir évident de le voir fit soupirer Severus avec une résignation patiente, bien que cela réchauffe secrètement son cœur.

"Tout va très bien, Severus," annonça-il, passant les salutations pour aller directement à ce qui intéressait Severus. "Et laisse moi te dire, c'est très agréable pour un vieil homme comme moi d'être surpris par l'inattendu."

Severus sourit.

"Ravi de te rendre service, Albus," répondit-il, laissant le 'content d'être rentré' informulé, bien qu'il sache qu'il comprendrait. "Et j'espère vraiment que tu n'a pas laissé mes yeux et mes oreilles si bien organisés se changer en ton habituel chaos créatif."

"Certainement pas," répondit Albus avec un clin d'œil éhonté, "Puisque Minerva a repris ton travail, tout devrait être parfaitement en ordre."

"Il vaudrait mieux," marmonna Severus de façon menaçante, mais il était trop occupé à regarder autour de lui pour qu'il le paraisse réellement.

Il était bon d'être rentré.

"Comment s'en sort Miss Granger, mon cher garçon ?" demanda Albus et Severus vit qu'Hermione était maintenant entourée par ses pairs enthousiastes, la nervosité et le plaisir visibles sur son visage.

"Elle s'en sort très bien, Albus, ou du moins elle s'en sortira une fois qu'on aura gagné la bataille et qu'elle pourra refermer ce chapitre de sa vie."

"Ah," remarqua doucement Dumbledore, "J'avoue que je me suis posé la question, Severus. Alors vous allez participer à la bataille ?"

"Nous allons participer tous les deux."

C'était Hermione qui avait répondu, sa voix claire et forte par dessus les bavardages et les murmures. Elle marcha vers eux, Harry calquant chacun de ses pas, et la foule se sépara devant elle.

Ses yeux tombèrent sur leurs places à Severus et elle à la table de stratégie, clairement inutilisées depuis qu'il étaient partis à en juger par la fine couche de poussière qui s'y était accumulée, et elle sourit.

"Nous nous battrons ensemble," annonça-elle. "Et nous enverrons ces bâtards en enfer."

ooooooooooooooooooooooooooooooo

Harry pouvait voir que l'annonce d'Hermione avant attiré l'attention des membres du Premier Cercle. Severus et elle marchèrent jusqu'à la table de stratégie, leurs yeux scannant les diagrammes et les cartes, et ceux qui étaient concernés par les parties les plus délicates de la bataille d'Halloween reprirent leurs places alors que Remus et Tonks prenaient sur eux-mêmes pour ramener les autres membres du Premier et du Second Cercle à l'entraînement.

"Je vois que vous avez presque terminé les préparatifs," dit Severus, les doigts fouillant déjà dans les documents qu'ils avaient accumulés. Harry dut réprimer un sourire. Il serait très surpris si tout cela n'était pas proprement dupliqué et classé selon le système de leur chef des renseignements d'ici la fin du jour. "Bonne prise en compte des détails."

Le rare compliment de Severus remplit Harry de fierté, et il pouvait voir que même Maugrey bombait le torse en réaction.

Hermione et Severus avaient été directement impliqués dans chaque étape du plan, surtout dans les concepts complexes de leur invention, et les voir satisfait de leur exécution était un peu comme si votre mère louait votre façon de préparer le dîner.

Ou du moins c'était ce que Harry imaginait, puisque ses parents n'étaient plus en vie et que Pétunia n'avait jamais complimenté le moindre de ses dîners.

"Avec votre retour, nous aurons un avantage certain en combat," dit Maugrey, les yeux remplis de la fièvre de la bataille. "Vous pouvez vous battre contre plus de Mangemorts que nous, et vous connaissez leurs faiblesses. Si nous vous plaçons ici dans le premier groupe d'attaque…"

Sa baguette toucha la carte de stratégie, mais avant qu'il puisse zoomer dessus, Hermione secoua la tête.

"Je pense qu'on peut faire beaucoup plus que ça," le contredit-elle, un sourire sauvage transformant son visage en celui d'une guerrière. "Tellement, tellement plus…"

Harry regardait en silence la réintégration d'Hermione et Severus dans les rangs de l'Ordre, reprenant leurs anciens rôles avec tant de facilité, comme s'ils n'étaient jamais partis.

Sa poitrine était si remplie de joie qu'il était certain qu'il allait exploser. Quelque part au fond de son esprit, il savait qu'il était toujours fatigué et inquiet à propos de la bataille à venir, mais tout cela semblait sans importance devant le retour d'Hermione, ou plutôt, plus facile à gérer.

Il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit inchangée par son expérience - en fait, il pouvait voir les changements en elle même maintenant, dans la façon dont elle se tenait, moins prédatrice, et dans les sourires ouverts qu'elle échangeait avec Severus.

Mais le sourire dont elle l'avait gratifié quand elle l'avait salué avait été plein d'amour, son plaisir d'être de retour évident, et son intérêt pour la bataille véritable. Qui qu'elle soit devenue au cours des dernières semaines, elle était toujours son amie, toujours sa sœur d'arme - que pouvait-il espérer de plus ?

Leur séance de stratégie impromptue dura plus longtemps que ce qui était raisonnable, considérant qu'ils venaient juste de revenir, et quand Hermione se détacha finalement de la table, la vaste salle d'entraînement était vide à l'exception de leur groupe.

Elle dit aurevoir d'un signe de tête à chacun, fondit sur Severus pour une étreinte et un baiser (cela aussi était un nouveau développement - ils n'avaient jamais montré leur affection de manière aussi ouverte), puis elle attira le regard de Harry et leva un sourcil en guise d'interrogation.

Harry acquiesça, dit également aurevoir et la suivit à travers la tapisserie qui menait au quartier général.

Pendant un moment, Hermione se tint silencieusement dans la pièce avec une expression indéchiffrable, et comme si sa présence lui avait donné de nouveaux yeux, Harry vit aussi la pièce avec tous ses souvenirs et ses changements, comme s'il n'avait pas passé la plus grande partie de son temps ici au cours des derniers mois.

Où qu'il regarde, il voyait l'efficacité, les préparations soigneuses et un sens du détail qui satisferait même Hermione ou Severus.

Il sourit fièrement. À cet instant, vu de l'extérieur, ses craintes ne semblaient plus justifiées. Ils avaient bien travaillé.

"Où est Draco ?" demanda finalement Hermione dans le silence de la pièce, et avec un sursaut Harry réalisa que son ami ne savait probablement pas qu'elle était revenue.

"Dans les cachots," répondit-il. "Il fait des potions jusqu'à ce que ses jambes ne le portent plus. Un jour j'ai carrément dû l'empêcher de tomber dans son chaudron."

Il gloussa à ce souvenir.

"Veux-tu qu'on aille le surprendre ?" demanda-il ensuite, et Hermione, un étrange petit sourire sur les lèvres, hocha la tête en signe d'acceptation.

"Prenons le long chemin, par contre," ajouta-elle alors que Harry se tournait vers la tapisserie qui menait aux cachots. "Ça fait une éternité que je n'ai pas marché dans les couloirs de Poudlard."

"C'est assez sinistre sans les élèves," lui confia Harry, et il ouvrit le chemin jusqu'à la tapisserie la plus proche du hall d'entrée. "Surtout plus silencieux. Et plus propre aussi."

"Alors," dit Hermione une fois qu'ils eurent traversé la tapisserie et qu'ils se tenaient dans l'énorme anti-chambre vide de la Grande Salle. "Il semble que je ne sois pas la seule à avoir changé, hmm ?"

Harry croisa son regard avec surprise. Parlait-elle de Severus ? Ou Draco… mais elle n'avait même pas encore vu Draco.

Elle semblait être capable de lire en lui avec autant de facilité qu'avant, et elle rit légèrement, lui pinçant la joue.

"Tu as tellement grandi," dit-elle, et son visage était éclatant de fierté et de douleur. "Un leader. Celui vers qui ils se tournent pour se donner de la force et du courage. Celui qui mène les gens à la bataille et la leur fait traverser sains et saufs. Et tu es finalement en paix avec ça, n'est-ce pas ?"

Harry la fixa, atterré et légèrement choqué. Il avait oublié ce côté d'Hermione, le franc-parler dont elle était capable quand quelque chose avait besoin d'être dit ou fait.

Tu as la capacité émotionnelle d'une cuillère à thé, Ron - je suis obligée de le dire, Harry - tu ne crois pas que tu es capable de sauver des gens ?

"J'ai… juste…" bégaya-il. Il avait été conscient de ces changements, comme les personnes autour de lui, mais personne ne l'avait pointé aussi ouvertement.

"Non, ne te justifie pas," l'interrompit-elle, sa phrase ne menant de toute façon nulle part. "C'est génial de te voir comme ça, te tenant parmi le Premier Cercle et étant respecté comme tu dois l'être. Je…" maintenant elle s'interrompit-elle même et elle prit une grande inspiration.

"Je me souviens juste du petit Harry qui est venu à Poudlard pour la première fois, qui était éperdu d'admiration devant tout et qui n'avait pas la moindre idée de son héritage. Et puis je te vois et mon cœur se gonfle de fierté."

Elle rit encore, et pris son bras alors qu'ils continuaient à marcher vers les cachots.

"Je suis contente d'être rentrée," dit-elle finalement. "Mais je suis bien plus contente de ce que tu as pu faire sans moi !"

oooooooooooooooooooooooooooooooo

"Draco ?"

Draco soupira. Il aimait vraiment quand Harry venait le voir dans les cachots, mais il y avait juste trop de choses à faire ces derniers jours et pas assez de temps pour ça.

"Oui," répondit-il d'un air absent, gardant son regard sur sa potion, comptant avec attention les tours dans le sens des aiguilles d'une montre.

"Il y a quelqu'un ici que tu as vraiment envie de voir."

La voix d'Harry était taquine, et Draco se sentit soudain mieux. On pouvait faire confiance à Harry pour alléger son humeur. Il finit de mélanger, leva le regard… et il fit tomber le bâton de cristal dans la potion.

Il ne se soucia pas que le liquide prenne une dangereuse couleur sombre ni qu'Harry le fasse disparaître hâtivement.

Il resta juste figé. Figé et figé devant ce qui devait être une hallucination, parce que comment Hermione pouvait-elle possiblement se tenir dans les cachots de Poudlard, juste devant lui ?

Il resta figé. Et puis, après un moment où elle lui rendit son regard, Hermione contourna le chaudron maintenant vide, s'approcha de lui et ouvrit les bras.

C'était comme rentrer chez soi.

"Draco," dit-elle, et sa voix était si vivante, si Hermione, que le choc initial se dissipa.

"Mais comment as-tu… quand…" murmura-il, pas certain lui même de ce qu'il voulait demander.

"Nous somme rentrés aujourd'hui." Elle était amusée. "Mais la décision a été discutée depuis quelques semaines déjà. J'avais juste besoin d'être là."

"Alors tu vas te battre."

Hermione sourit. "Définitivement."

Elle fit une pause pendant un instant, puis son visage s'éclaira. Elle eut l'air soudain très jeune.

"Mais pour l'instant je veux voir tes appartements," exigea-elle impérieusement. "Tu ne peux pas y échapper, tu sais ? Et je me souviens d'une très vieille promesse que tu as faite de nous inviter à dîner Harry et moi dans un futur proche."

Draco hésita. La moindre parcelle de son corps en avait envie, mais il ne voulait pas être un apprenti qui laissait tout tomber quand ça l'arrangeait.

"Il y a tant de potions à faire," dit-il doucement, "Et Kathryn compte sur moi…"

Hermione rit.

"Je pars pendant quelques semaines et tout le monde grandit et devient responsable ? Quel drôle de monde !"

Draco échangea un regard avec un Harry tout aussi amusé, pas certain de quoi ils parlaient. Mais avant qu'il puisse demander, elle continua.

"Au cas où tu l'aurais oublié, Severus est un Maître des Potions tout à fait qualifié, et je ne suis pas mauvaise non plus. On s'arrangera pour que tout soit prêt à temps, je te le promet."

C'était bien plus qu'une promesse de faire des potions, et ça aurait normalement dû rassurer Draco.

Mais alors qu'il menait ses deux amis Gryffondors à ses appartements et qu'il regardait Hermione examiner ses meubles, alors qu'il commandait un repas pour trois personnes à Dobby et qu'ils mangeaient et plaisantaient ensemble, Draco sentait le malaise grandir en lui.

Hermione était rentrée. Elle était de nouveau elle-même. Mais malgré tout, l'inquiétude rongeait son esprit et il ne pouvait pas s'en débarrasser, en fait il n'en avait pas envie.

Hermione était de nouveau là, et il semblait qu'elle voulait rester. Mais Draco l'avait cru une fois, et il avait été dévasté quand il s'était rendu compte qu'il avait eu tort. Il ne voulait pas que ça arrive encore.

"Alors," demanda-il, essayant de retrouver sa voix traînante et y arrivant presque. "Devrons-nous de nouveau apprendre à te connaître ?"

Elle leva le yeux de son gâteau au chocolat, et quelque chose dans ses yeux lui dit qu'elle savait ce qu'il demandait réellement. Es-tu vraiment notre Hermione ? Resteras-tu avec nous ou nous abandonneras-tu encore au milieu de la nuit ? Est-ce que je peux avoir confiance en la réalité de tout ceci ?

Avec soin, Hermione posa sa fourchette à côté du gâteau, et ses yeux semblèrent se voiler pendant un instant, comme si elle se souvenait de quelque chose de très très lointain.

"Pas complètement," dit-elle ensuite, et l'admission implicite fit se répandre une sensation de froid en lui. "Mais il y a des changements. Je suppose que tu l'as déjà remarqué."

Elle le regarda dans les yeux, et il put seulement deviner ce qu'elle voyait - l'urgence d'avoir finalement des réponses, entrelacée avec l'horreur que ces réponses apporteraient.

Elle soupira, décroisa les jambes et se leva.

"C'est comme ça," commença-elle doucement. "Quand j'ai retrouvé mes souvenirs au début, après… que je sois partie, j'étais comme une étudiante avec un livre. J'avais toutes les connaissances à portée de main, mais ça n'était pas mes connaissances. Comme nos débuts à Poudlard, Harry, quand on savait qu'on pouvait faire de la magie, qu'il n'y avait potentiellement pas de limites à ce qu'on pouvait faire, mais qu'on devait chercher chaque sortilège avant de pouvoir l'utiliser.

"J'avais ces souvenirs, mais ils n'étaient pas à moi. Et intérieurement, je savais qui j'étais, ce que j'avais fait, qui j'aimais, mais je ne pouvais pas le connecter avec ces connaissances. C'était comme… comme si j'étais deux personnes différentes, la Hermione que j'étais censée être, et la Hermione que j'étais réellement, et ça m'effrayait au delà du possible."

Elle s'arrêta, pris une grande inspiration, et sembla remarquer seulement à ce moment là qu'elle faisait les cent pas devant eux. Elle gloussa, et quelque chose dans son expression sembla s'adoucir.

"Mais ces dernières semaines avec Severus m'ont donné le temps de… d'assimiler ces souvenirs et de me réconcilier avec eux. En fait, j'ai fais ce à quoi je suis la meilleure." Elle sourit. "Apprendre des livres par cœur. Mais c'était plus facile de le faire ailleurs, et je ne regrette pas d'être partie."

Les yeux de Draco filèrent vers Harry comme souvent ces derniers jours, et il vit son ami hocher la tête doucement, de manière compréhensive. Mais le second départ d'Hermione n'avait pas été un si grand choc pour Harry.

Dans la vie de Harry, les êtres chers avaient toujours été absents d'une façon ou d'une autre, et il avait appris à gérer de telles périodes des années auparavant. Draco ne savait tout simplement pas comment faire, bien qu'il ait essayé de toutes ses forces ces dernières semaines.

Avant qu'il ne puisse se contrôler, un son fatigué s'échappa de ses lèvres, et il pinça l'arrête de son nez, irrité. Ces Gryffondors l'avaient ruiné - il ne pouvait plus rien leur cacher, même s'il l'avait voulu.

"Je suis désolée, Draco," Il y avait une véritable inquiétude dans la voix d'Hermione, et pendant un moment Draco se demanda s'il faisait autant pitié. La pensée le traversa, le faisant se détester. "Je sais que je vous ai blessés, tous, mais je n'avais pas d'autre alternative.

"Bien sûr," Sa voix s'était changée en une chose moche et rauque au cours de la dernière minute. Draco avait juste envie de fermer les yeux et d'aller dormir.

"Je ferais mieux de partir," annonça soudainement Harry, à voix basse et avec toute la discrétion qu'il avait acquise avec l'aide de Draco. "Il y a des détails à discuter avec Albus, et après j'ai vraiment besoin d'une bonne nuit de sommeil."

Il embrassa Hermione sur la joue et posa doucement la main sur l'épaule de Draco avant d'utiliser la tapisserie magique qui menait au quartier général. D'un seul coup, Draco se retrouva seul avec Hermione.

Il se comportait de manière complètement ridicule, une part de lui en était consciente. Hermione lui était finalement revenue et ses deux amis étaient en sécurité dans le château, le jour où ils seraient libres de la menace constante de Voldemort approchait, et il était là, assis comme un idiot, nourrissant une blessure insignifiante au regard de tout ce qu'ils avaient traversé.

Mais il ne pouvait pas s'en empêcher - le pardon n'avait jamais été son point fort, et le pardon mélangé avec la culpabilité qui le submergeait toujours quand il se rappelait son corps maigre et sans défense qui se convulsait sous la force du Doloris était une chose impossible à gérer.

"Je te blesse," dit finalement Hermione, brisant le silence. "Et peut-être que j'aborde ça de la mauvaise façon. Je peux considérer que maintenant je suis légèrement différente que la Hermione maître espionne. Elle, cependant, elle était si accrochée à son chemin, l'esprit si fixé sur l'idée de garder ceux qu'elle aimait en sécurité, qu'elle n'avait jamais vraiment réalisé à quel point elle les blessait par ses actions."

Il gloussa, bien que le son soit plutôt faible.

"C'est bizarre quand tu parles de toi comme ça, comme si tu étais une autre personne."

"D'une certaine façon je le suis," admit-elle doucement. "Il y a plus ou moins autant de moi que de l'ancienne Hermione. Je ne pourrais jamais vivre sa vie - je ne pense pas que je sois assez forte, mais je ne serais jamais aussi déterminée, ni si impitoyable avec les besoins et les souhaits des autres. Je suis désolée."

Il ne savait pas trop pourquoi elle s'excusait - la façon dont elle avait changé ou son ancienne façon d'être, mais ses mots firent grandir la culpabilité en lui, comme une grosse vague.

"C'est moi qui devrait m'excuser," répondit-il sèchement. "Je t'ai fais des choses terribles, Hermione. Je…"

"Je sais," l'interrompit-elle calmement. "Severus m'a dit. Ça n'était pas de ta faute."

"Tu ne peux pas savoir ça," Il voulait accepter son absolution, mais en même temps il trouvait ça trop facile. Elle ne pouvait pas le pardonner pour ce qu'il était, ce qu'il avait fait. "Tu ne te souviens pas."

"Non," confirma-elle. "Mais je me souviens ce que j'avais prévu au cas où une telle situation arriverait."

Elle fit une pause, et il se demanda quelle sensation ça faisait de ré-examiner ces pensées, si ça la blessait ou si ça la remplissait d'interrogations.

"Je suppose que tu m'as vue, et que ta première idée à été de me secourir à l'improviste, n'est-ce pas ?"

Il acquiesça silencieusement.

"Mais je suis entrée dans ton esprit et j'ai activé l'Oubliettes programmé, faisant de toi une copie de ton père, pas dérangé pour un sou par une petite séance de torture."

"J'ai aimé ça," murmura-il. "J'avais envie de le faire."

Elle secoua la tête. "Non, c'est faux," le contredit-elle, sa voix ne laissant place à aucun doute. "En fait, tu n'avais tellement pas envie de le faire que j'ai dû activer le sortilège pour t'empêcher de me secourir. Tu n'es pas plus responsable que si tu avais été sous Imperus."

"Mais la façon dont j'ai agi - et si c'était simplement une part de moi ?"

"Ça l'est," fut-elle forcée d'admettre. "Je te connais, Draco. Et je sais ce que tu as fait ces dernières années, tout ce que tu as accompli. Tu es une bonne personne, et je ne te remercierai jamais assez pour tout ce que tu as fait !"

"Me remercier ?" demanda-il, et sa vieille amertume revint à la surface. "Pour quoi ? Je n'ai rien fait comparé à toi. Je me terre dans ce château à faire des potions, n'utilisant aucune capacité que j'ai apprise pendant que tu…"

Mais Hermione, semblait-il, ne voulait pas entendre ça.

"Oui, Draco, merci," murmura-elle. "Pour prendre soin de Harry. Pour être resté à ses côtés quand je n'ai pas pu le faire. Pour avoir remis en question toutes tes croyances et avoir changé d'une façon dont peu de gens seraient capables ! Je…" Elle s'arrêta un moment, cherchant clairement ses mots, par parce qu'elle ne savait pas quoi dire, mais parce qu'elle voulait prendre son temps pour que ça sonne juste.

"Je n'ai jamais vraiment compris ce que tu pouvais ressentir avant, Draco," continua-elle finalement. "Tout a été toujours si clair pour moi, mon côté dans cette guerre, ma place, mon identité… J'étais une née-moldue et l'amie de Harry, et ça ne me laissait de toute façon aucun choix. Mais maintenant je sais ce que ça fait d'être déchirée entre deux vies, et je crois que je comprend."

"Déchiré entre deux vies…" répéta-il doucement. Oui. Peut-être que c'était une bonne description de ce qu'il avait ressenti depuis qu'il avait lié une amitié avec Hermione et commencé à espionner son père.

Sa vie avait été divisée en deux faces distinctes ce jour là, une d'avant et une d'après, une publique et une privée, et malgré le fait qu'il y ait une énorme abysse insurmontable entre les deux, leurs bords avaient toujours été sombres, indéfinis.

Il avait utilisé son éducation de Serpentard pour enseigner à Harry, et son attitude aristocratique pour aider Hermione à vendre la prophétie à Voldemort. Les sortilèges et les techniques de l'Ordre l'avaient gardé en sécurité pendant ses visites à son père, et Hermione, Harry et Severus avaient trouvé des moyens pour qu'il reste dans les bonnes grâces de son père le plus longtemps possible.

Une vie folle. Une vie déchirée.

Et dans moins d'un mois, les deux moitiés de sa vie entreraient en guerre l'une contre l'autre.

ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

Poudlard, 18 octobre

Et Malone est entré dans la place, pensa Harry avec un serrement de cœur.

Pour la première fois depuis une semaine, savoir qu'Hermione était revenue n'était pas suffisant pour alléger l'humeur de Harry. Inviter le coordinateur de la bataille du côté des Aurors dans leur centre d'entraînement était inévitable, mais alors que Malone avait tracé son chemin à travers le gymnase, insultant et exaspérant une quantité impressionnante de membres de l'Ordre, Harry s'était rendu compte qu'il regrettait réellement qu'il n'y ait pas d'alternative.

Il était tellement habitué à la paix et la confiance qui régnait habituellement dans cette pièce, la conscience que tout le monde ici était uni pour un but commun et pouvait être considéré comme un ami, même s'il ne connaissait personne aussi bien que Draco ou les Weasley.

Avoir un pourrisseur d'ambiance comme Malone qui se baladait dans la pièce, regardant de manière impolie les membres de l'Ordre et se moquant ouvertement de leurs locaux, avait le même effet que si on avait renversé un seau d'eau froide sur la tête de chaque personne présente.

C'était inévitable. Et donc ils devaient gérer Malone et son comportement. Intérieurement, Harry le savait. Mais quand les yeux de Malone tombèrent sur Draco, qui se battait avec son adversaire favorite, Minerva McGonagall, que son visage rougit, et qu'il se dirigea en fanfaronnant vers la plateforme de duel, Harry était presque certain que Malone ne survivrait pas à la première heure de la réunion.

Il ne savait juste pas exactement qui essaierait de tuer l'Auror en premier, bien qu'il ne serait pas surpris s'il s'agissait de lui-même.

"Qui avons-nous là ?" ricanna Malone, et si Harry n'avait pas été rempli d'effroi devant la confrontation à venir, il aurait levé les yeux au ciel. "Dire que je pensais que ce club était exclusif."

Harry se raidit à la double insulte, mais avant qu'il puisse réagir, Minerva avait pris la défense de Draco.

"Il l'est," dit-elle. "Limité à ceux en qui nous avons une confiance absolue." Son regard sévère rendit très clair le fait que Malone ne faisait pas partie de cette catégorie.

"Alors vous faites confiance à un Malfoy," répéta Malone, et l'amusement non dissimulé dans son regard irrita Harry. Il nota le visage rouge de l'Auror, la ligne provocante de ses épaules et la façon dont il se tenait, comme s'il était le propriétaire des lieux, et soudain il comprit que Malone cherchait la bagarre, qu'il ne les laisserait pas tant qu'il n'aurait pas eu sa confrontation. Ou qu'il soit suffisamment intimidé pour laisser tomber, mais Harry ne croyait pas vraiment en cette possibilité.

"Un Malfoy," médita Malone, puis il regarda de manière exagérée autour de lui, visant en particulier une congrégation de têtes rousses qui le regardaient silencieusement. "Je me demande si tout le monde ici lui accorde la même confiance."

Du coin de l'oeil, Harry put voir Ron s'éloigner de sa famille pour s'approcher de la plateforme de duel.

Non, Ron, pensa-il en sentant le désespoir grandir en lui. Pas aujourd'hui. Ça n'est ni le lieu ni le moment pour ça !

Avant ça, Ron semblait avoir développé à contrecœur une acceptation des Serpentards parmi eux, mais Harry ne savait pas exactement à quel point c'était dû à l'acceptation de Draco par les autres membres du Premier Cercle.

La provocation de Malone et ses implications, cependant, pouvaient être vues comme une opportunité par Ron, et quel Weasley avait déjà laissé passer une opportunité de passer ses nerfs ?

"Ronald Weasley, c'est ça ?" Malone essayait de charmer maintenant, et alors que Ron montait les marches de la plateforme dos à eux, Harry ne savait pas si ce ton fonctionnait sur son camarade. On ne pouvait jamais savoir avec Ron. "Tu as quelque chose à dire à ce propos ?"

"Ouais, j'ai quelque chose à dire," dit Ron doucement. Il se retourna et Ron vit qu'il s'était posté à la gauche de Draco, copiant la position de Minerva. Toute l'attention était maintenant tournée vers la plateforme, et Harry savait que ça anéantirait Draco si cela tournait mal.

Harry sentit tout son corps vibrer de tension, ses jambes bougeant devant l'urgence de se dresser entre Ron et Draco et arrêter tout ça avant que la situation n'échappe à tout contrôle. C'était une réaction profondément instinctive, mais rationnellement il savait que son intervention ne ferait qu'empirer les choses.

Si Draco ou l'Ordre avaient l'impression que Draco avait besoin de la protection de Harry, qu'il n'était là que parce que Harry l'avait décidé, le résultat serait catastrophique. Sans mentionner que Harry était plus qu'un simple membre de l'Ordre. Ces dernières semaines il avait dirigé le Premier Cercle avec Albus, et s'il s'impliquait là dedans, il donnerait à Malone trop de pouvoir sur l'entièreté de leur structure.

Il valait mieux garder ça le plus insignifiant possible, une escarmouche plutôt qu'une attaque à pleine puissance. Mais quand même, l'expression atone sur le visage de Draco qui devait cacher ses émotions plus profondes le démangeait de se précipiter là bas pour arrêter la confrontation.

"Draco est l'un d'entre nous," dit Ron, si calmement et sur un ton tellement factuel qu'il fallut un moment pour que Harry comprenne. "Il est peut-être un Malfoy et un Serpentard, mais c'est aussi un membre de l'Ordre du Phoenix. Et nous lui faisons confiance."

Seul l'entraînement intensif qu'il avait suivi avec Draco empêcha Harry de rester bouche bée devant Ron. Malone haussa les épaules, déçu de ne pas avoir réussi à déclencher l'explosion qu'il avait espéré, mais il était complètement inconscient de ce qu'il venait de se passer.

Ron qui faisait confiance à Malfoy ?

Harry se tourna vers le reste des Weasley (Fred et George souriaient largement, pendant que Molly hochait catégoriquement la tête, n'était-ce pas bizarre ?) puis de nouveau vers la plateforme, où Draco se tenait très droit, Minerva à ses côtés.

Son ancien Professeur souriait à Ron, et Harry aurait juré voir sa bouche articuler 'dix points pour Gryffondor'. Il croisa le regard de Ron, et son ancien meilleur ami haussa les épaules avec un demi sourire.

'Hey, même les Weasley peuvent grandir' semblait-il dire, et Harry lui sourit si fort en retour que ses lèvres lui firent mal. Ron les avait peut-être trahis une fois, mais en ce qui concernait Harry, ceci le rachetait. Soudain, les derniers vestiges des doutes à propos de leur collaboration pendant la bataille disparurent.

Sur le temps que Harry redirige son attention surMalone, il avait déjà fait la moitié du chemin vers la table de stratégie. Il avait toujours envie de se battre, mais Harry ne s'en souciait plus vraiment.

Ils étaient l'Ordre du Phoenix. Ils seraient solidaires, peut importe ce que tenterait l'Auror belliqueux.

Il pris une grande inspiration et se prépara à se joindre au groupe de stratégie, mais ils avaient à peine évité une catastrophe qu'une autre pointait à l'horizon.

Hermione entra dans la pièce, et il n'y eut plus aucun bruit.

Malone lui jeta un regard, et son visage se tordit en une affreuse grimace de satisfaction. Il semblait avoir trouvé sa nouvelle proie.

Elle salua ses amis et ses collègues avec des signes de tête et des sourires et ne marqua pas d'arrêt quand ses yeux tombèrent sur la forme corpulente de Malone. Mais ensuite, il fut certain qu'elle avait su qu'il serait là, puisqu'il n'avait jamais été dans les habitudes d'Hermione d'entrer dans une pièce sans être préparée.

"Auror Malone, je présume," dit-elle poliment alors qu'elle prenait place à la table de stratégie.

"Et vous devez être Hermione Granger," répondit Malone, et la façon dont il prononça son nom le transforma en quelque chose de déplaisant. "De retour de votre voyage fantaisiste, à ce que je vois."

Harry ferma les yeux d'exaspération. Malone était au courant pour Hermione, et Severus, et tout ce qu'ils avaient fait.

Le bureau des Aurors avait demandé une révélation complète des détails de l'affaire, et le fait qu'aucune information ne quittait le quartier général sans protection les avait énervés. Alors en représailles, ils avaient envoyé Malone, qui avait accepté l'Oubliettes programmé et le Fidelitas placés sur lui, et qui s'était préparé à apprendre tout ce qu'il y avait à savoir sur les affaires du Premier Cercle.

C'était l'une des seules choses sur lesquelles Harry n'était pas d'accord avec Dumbledore, il s'y était fièrement opposé en fait, mais à la fin il avait laissé tomber, non sans une sensation de plomb dans l'estomac.

Donc Malone en savait beaucoup. Il connaissait les membres du Premier Cercle et leurs fonctions. Il connaissait le nom de leur chef des renseignements et de leur Maître espion. Il savait qu'Hermione avait presque été tuée et qu'ils avaient simulé sa mort. Et il savait que Severus et Hermione avaient disparu au milieu du mois d'août.

Même pour quelqu'un qui n'avait pas l'entraînement d'un Auror, il n'était pas difficile de déduire les détails additionnels qu'ils ne lui avaient pas donnés.

Et maintenant il utilisait ces connaissances pour viser Hermione.

Hermione hocha légèrement la tête, ne se donnant pas la peine de répondre à sa question, et plongea dans les cartes du champ de bataille. Apparemment elle avait décidé que la non-confrontation était la meilleure façon de gérer Malone. Ou, pensa Harry, se souvenant du combat plutôt décevant entre Maugrey et elle au temps où l'Ordre avait découvert qu'elle était une espionne, peut-être qu'elle avait décidé de l'asticoter, bien qu'il ne parvienne pas à imaginer en quoi ça serait utile.

Que ça soit prévu ou imprévu, Malone mordit à l'hameçon.

En s'avançant vers la table de stratégie, il regarda Hermione de façon à la fois suggestive et offensive, et il prit un air sournois.

"Je suis surpris que vous la laissiez approcher des informations aussi sensibles."

"Je peux vous assurer, Mr. Malone," dit Albus d'un ton qui invitait au calme et à la réconciliation. "Que nous avons une confiance absolue en Miss Granger."

"Oui," murmura Malone, assez fort pour que tout le monde l'entende. "Un Malfoy et la maîtresse d'un Mangemort. Les personnes les plus dignes de confiance du monde."

Harry siffla de colère, et même Albus parut légèrement choqué. Hermione cependant, continua d'agir comme s'il ne se passait rien de spécial.

Pas la réaction qu'attendait Malone.

"De ce que vous m'avez dit, cette fille est instable mentalement," railla-il. "Elle devrait être internée à Ste. Mangouste, et pas autorisée à risquer l'issue de cette bataille très importante !"

"Je peux vous assurer qu'Hermione est tout sauf instable, Mr. Malone," le contredit Albus, toujours calme mais avec une légère irritation dans la voix. "Et elle est un ajout précieux à nos stratèges. Tout le monde autour de cette table est content de l'avoir, et vous devriez aussi."

L'Auror, maintenant en face de la table, du côté opposé aux membres de l'Ordre, ricana devant Hermione, qui l'ignorait toujours complètement. "Je ne vois pas pourquoi," dit-il. "Qu'elle se fasse prendre par Lucius Malfoy n'est pas un signe de génie de la stratégie à mes yeux."

Harry vit Hermione se raidir et les yeux de Dumbledore se plisser sous la colère, mais avant que quelqu'un puisse réagir, un pied entra violemment en contact avec la tête de Malone, l'envoyant bouler au sol.

Le bruit étouffé qu'il fit en tombant amena le silence dans la pièce. Malone n'avait pas émis un seul son, perdant immédiatement connaissance.

"Enervate," dit une voix de velours, et doucement l'Auror s'assit, clignant des yeux tel un hibou devant son attaquant.

Severus Snape, se tenant devant lui tel un ange vengeur, même pas essoufflé.

"Que diable…" murmura Malone, toujours figé par le choc.

"Mr. Malone," l'interrompit Dumbledore, les yeux pétillants. "Vous vous souvenez de Severus Snape, notre chef des renseignements ? Peut-être que je devrais également mentionner qu'il est aussi un ami proche de Miss Granger."

"Snape !" Doucement, et visiblement douloureusement, Malone parvint à se redresser sur ses genoux puis à se lever dans une position un peu précaire. "À quoi pensiez-vous donc…"

Mais bien que Severus regardait l'Auror de haut comme s'il avait soudainement découvert quelque chose de visqueux sur le sol de son laboratoire de potions, son attention était clairement fixée sur quelque chose d'autre.

"Puis-je le tuer, ma chère ?" demanda-il légèrement, comme un garçon demande un cookie à sa mère.

"Oh non, ne fait pas ça Severus, s'il te plait," répondit Hermione sur le même ton joueur. "Tu vas mettre du sang partout sur le sol."

"Mais je suis sûr que Jane nettoiera après moi," se plaignit Severus, ce qui aurait sonné comme un pleurnichement sur n'importe qui d'autre. Avec lui, cela prenait un ton étrangement menaçant.

"Non," dit Hermione, maintenant sévère. "Pas de tuerie dans la maison les jours de semaine. Tu connais les règles Severus."

Malone se remettait doucement sur ses pieds, exagérant les soupirs et les grognements d'une façon qui rappela à Harry la blessure de Draco avec Buck en troisième année. Il regarda de Severus à Hermione puis vers Albus, comme s'il attendait que le vieux sorcier défende son honneur, mais Albus le regardait juste d'un air absent, les yeux pétillants.

Le visage de Malone rougit un peu plus, et pendant un moment Harry se demanda si c'était le plan de Severus ou d'Hermione. Donner à l'homme odieux un avertissement et se débarrasser de lui pour toujours.

Mais malheureusement, Malone était fait d'un bois plus dur que ça. Et il n'avait toujours pas compris, un fait qui amusait beaucoup Harry.

"Alors la coquine a trouvé un autre protecteur," railla-il, grimaçant quand un mouvement lui rappela sa blessure. "Je ne pense pas que ça la rende plus…"

Cette fois, le pied botté ne toucha pas la tête. Il s'arrêta quelque centimètres avant que l'impact ne brise au moins le nez de Malone.

Avec une expression qui tenait presque du comique, l'Auror fixait le pied surprenamment petit touchant presque sa tête. Doucement, ses yeux remontèrent la jambe qui ne tremblait même pas malgré l'effort que demandait le mouvement, puis continua jusqu'au visage d'Hermione qui l'observait, un sourire froid sur le visage.

"Severus a appris ce coup de pied de moi, Mr. Malone," lui dit-elle. "Et le fait que je n'ai pas achevé le mouvement bien que vous m'ayez donné toutes les raisons de le faire devrait vous dire tout ce que vous avez besoin de savoir sur mon état mental."

Doucement, montrant un contrôle qui étonna Harry, elle baissa la jambe. Mais un regard à son visage était assez pour dire à tous que le danger n'était pas écarté.

"J'aimerais vraiment que vous preniez une décision, Mr. Malone. Vous pouvez soit revoir votre attitude envers moi et cette opération, ou m'accompagner dehors, où nous réglerons ce problème de la façon plus efficace et la plus durable que je connaisse." Elle eut un rictus. "Ou, si vous préférez ne pas être battu par une femme, je suis sûre que Severus sera enchanté de le faire à ma place."

"Plus qu'enchanté," acquiesça Snape à voix basse.

Harry ne savait pas ce qui avait eu cet effet - les couteaux qu'ils portaient tous les deux ouvertement, la façon implicite dont ils parlaient de le battre, ou la sensation palpable de danger qui émanait des deux personnages.

Mais l'impensable arriva. Malone se tut et s'inclina devant eux.

"Ça ne sera pas nécessaire, je l'espère," dit-il, essayant sans succès de paraître confiant.

Mais Hermione ne le laisserait pas s'en sortir aussi facilement.

"Ravie de l'entendre," dit-elle. "Cela veut-il dire que nous pouvons nous attendre à ce que vous vous comportiez en professionnel maintenant ?"

Furieux, Malone bomba le torse et se redressa, décidant apparemment de ne pas laisser passer un tel commentaire.

Mais ensuite, quelque chose changea sur le visage d'Hermione. Ses yeux semblèrent s'assombrir et elle ajusta légèrement son équilibre. Soudain, elle ne ressemblait plus du tout à la nouvelle Hermione mais au Maître espion d'autrefois, gracieuse, prédatrice et réellement dangereuse.

Elle eut un rictus, tirant ses lèvres juste assez pour découvrir ses canines, et sa main glissa vers la poignée d'un de ses couteaux comme animée de sa volonté propre. Et pourtant, l'éclat de ses yeux et l'inclinaison de sa tête semblait encourager Malone, le défiant de tenter quelque chose, lui disant à quel point elle avait aussi envie que lui de se battre.

Harry frissonna. Même aux jours où elle était une espionne active, il n'avait eu cette vision d'elle seulement une ou deux fois. Elle avait l'air de pouvoir ouvrir joyeusement la gorge de n'importe qui à la première provocation.

Et Malone recula.

"Un professionnel, oui," dit-il faiblement, apparemment incapable de croire qu'il acceptait la domination d'une fille adolescente, mais incapable de s'en empêcher à la fois.

"Et nous n'aurons plus ce genre de démonstration à l'avenir ?" demanda-elle sévèrement, l'air à présent presque maternel.

Malone reconnut l'insulte aussi clairement que n'importe qui dans la pièce, mais il semblait qu'il ne restait plus assez de feu en lui pour se rebeller une nouvelle fois.

"Certainement pas," dit-il, essayant d'être assuré mais paraissant seulement résigné.

Et Harry ne put juste pas s'en empêcher. Il avança petit à petit vers Hermione jusqu'à se tenir près d'elle, et, se penchant pour qu'elle soit la seule à entendre, il murmura à son oreille :

"Je t'aiderai à cacher le corps."