Halloween approchait en apportant avec lui son lot de citrouilles et de feuilles mortes. Les plus jeunes élèves s'amusaient à grimper sur les énormes citrouilles que Hagrid avait fait pousser et il avait fallut plusieurs fois courir après les plus anciens qui faisaient planer les courges pour les exploser à grands fracas. Morgana avait aidé à mettre en place des guirlandes sanguinolentes un peu partout dans les couloirs à la grande désapprobation de Flich qui devait nettoyer. Elle n'aimait pas particulièrement cette fête mais la joie des élèves étaient contagieuses. Ils l'avaient acceptées et même les Serpentards lui montraient une respectueuse politesse.

Elle resserra son écharpe contre elle tout en remontant l'allée. Il ne faisait pas particulièrement froid mais le contact de la laine sur ses joues lui procurait un sentiment de douce nostalgie. Maria la lui avait tricotée lors des dernières vacances quand elle lui avait fait part de son voyage en Ecosse. Elle avait passé plusieurs jours à chercher de la laine, comparer les différentes couleurs, faire et défaire les mailles jusqu'à obtenir ce qu'elle voulait. Et quand Morgana l'avait enfilé pour la première fois, elle avait versé une larme. Comme une mère qui voit son enfant partir … Elle sourit en plongeant le nez encore plus dans l'écharpe et ne remarqua pas une ombre noire devant elle.

« Aïe ! » s'écria-t-elle après avoir prit de plein fouet ce qu'elle prit pour un arbre mal placé.

Elle releva la tête et avala de travers en accrochant le regard froid de Snape. Avec sa longue cape noire serrée contre lui, on aurait pu le prendre pour une chauve-souris géante. Batman, en moins sexy … Elle se mordit la lèvre en détournant le regard pour qu'il ne puisse pas voir son sourire.

« Pardon je ne t'avais pas vu. » lui dit-elle en voulant faire un pas de côté pour le contourner. Mais il fit un pas dans la même direction qu'elle, l'empêchant de partir. Elle refit un pas de côté et il refit la même chose. Elle releva la tête vers lui, énervée.

« Tu as quelque chose à me dire ou bien tu comptes faire l'enfant encore longtemps ? »

« J'ai effectivement quelque chose à te transmettre. Sinon je ne serais pas … ici. » lui répondit-il d'un ton sec.

Charmant. Il sortit de sa cape une lettre décachetée et la lui tendit du bout des doigts, visiblement peu heureux de jouer le rôle du messager. Morgana la lui prit et la déplia pour en lire le contenu. Quelques lignes seulement, deux petites signatures sur le bas, mais elle ne put contenir un sourire franc. Elle sentit une douce chaleur lui envahir la poitrine et lui serrer le cœur. Elle était bien rentrée. Elle était à la maison. Morgana releva la tête vers Severus qui la regardait de haut, un sourcil froncé.

« Je vais pouvoir rentrer ! Elles sont là ! » s'écria-t-elle heureuse. En disant cela elle agrippa le bras de son collègue, comme pour être certaine qu'il comprenne sa joie. Elle n'attendit pas qu'il réponde et voulu le dépasser pour rentrer en courant vers le château mais elle s'arrêta aussitôt. Severus lui tenait le bras pour la retenir d'aller plus loin. Elle le regarda, posa un instant les yeux sur la main aux longs doigts osseux puis retourna sur planter dans les deux puits sans fond qui la fixaient, puits qui auraient regelé un glacier en été.

« Lâche-moi. » lui dit-elle froidement. Elle secoua le bras pour se dégager mais il la tenait fermement. « Lâche-moi ! ». Cette fois elle cria, en fixant son bras accroché au sien. Ses yeux s'étaient voilés de dégout et sa lèvre inférieur tremblait. De peur ? D'écœurement ? Peut-être tout cela à la fois. L'avait-il vu ? De toute manière il la lâcha et son bras gauche disparu sous sa cape. Morgana s'était figée et il lui fallu quelques instants pour se recomposer. Illusion. Elle ravala sa salive et lui fit face, le visage fermé.

« Dumbledore est à Londres. Tu pars après le banquet de ce soir. » lâcha-t-il d'une voix monocorde. Il hocha la tête en signe de congé et n'attendit pas qu'elle réponde pour repartir vers le château. Morgana le regarda remonter la pente, la mâchoire serrée. La chaleur qu'elle avait ressentie, la joie, tout était parti dans un déferlement glacé. Elle avait l'impression que mille épingles lui transperçaient le cœur. Elle avait le souffle court, et le sang martelait ses tempes. Oh Marissa … pardonnes-moi. Elle poussa un gémissement guttural, tel un animal blessé mortellement. Elle pleura longuement, les bras croisés contre sa poitrine, hoquetant et gémissant, jusqu'à en perdre haleine.


Les élèves entraient et sortaient de la Grande Salle, les poches pleines de bonbons. Certains se couraient après en lançant des boules-sorts qui explosaient dans l'air et projetaient des sorts comme celui de Fumerolle, qui consistaient à faire fumer les oreilles et le nez. Morgana était posté à l'entrée de la salle et veillait à ne pas être victime des mauvais tours de ses élèves. McGonagall lui avait demandé de vérifier les poches de chaque élève, entrant ou sortant, mais à moins qu'il ne soit affublé d'une baguette sauteuse, elle préférait ne rien voir. De toute manière, ce n'était pas elle qui allait devoir réclamer le calme dans les différents dortoirs. Elle sourit à Luna Lovegood qui sortait de la Grande Salle et qui la regardait gravement. La jeune Serdaigle s'arrêta juste avant les escaliers tout en gardant les yeux rivés sur Morgana.

« Vous savez, vous ne devez pas toujours sourire. » lui dit-elle doucement.

Morgana cilla. Luna était connue pour sortir des phrases sans queue ni tête et vivre dans son propre monde, mais entre entendre les professeurs en parler entre eux et en devenir la cible, c'était bien différent.

« Vous pouvez pleurer. » continua-t-elle. « Ou bien ne rien faire du tout. Si vous continuez à sourire tout le temps, votre propre reflet sera avalé par l'Ombre. »

Et sans rien ajouter de plus, elle descendit les marches en chantonnant un vieil air, laissant Morgana stupéfaite, la bouche légèrement entrouverte. Qu'est-ce qui c'était passé ? Elle battit des cils deux, trois fois avant de reprendre pieds dans le monde réel. Cette étudiante avait le don pour vous déstabiliser exactement quand vous ne vous y attendiez pas. Des chuchotements montèrent dans les escaliers et s'arrêtèrent juste derrière elle.

« Tu crois que c'est une bonne idée ? » dit la première voix.

« On n'a pas vraiment le choix. Ou tu préfères t'en occuper ? » lui répondit la deuxième.

« Hum … professeur ? » reprit la première voix.

Morgana se retourna pour voir deux jeunes élèves de troisième année figés dans une attitude de mal être. Un bref coup d'œil lui apprit qu'elles étaient toutes deux de Serpentard. Illusion. Elle leur sourit en se penchant légèrement sur le parapet de l'escalier.

« Que puis-je faire pour vous aider ? » demanda-t-elle.

« Heu … en fait … » commença celle qui avait des tâches de rousseurs, qui était la propriétaire de la première voix.

« Je … nous pensions … » continua celle aux deux nattes brunes.

« Oui ? » incita Morgana.

Nattes Brunes donna un coup de coude à Tâches de Rousseurs qui laissa échapper un son de désapprobation. Mais quand elle comprit que sa compagne ne l'aiderait pas plus, elle prit son courage à deux mains et parla vite et haut.

« Vous devriez venir au dortoir des Serpentards avant qu'il n'y ai un mort madame. »

Morgana ouvrit grands les yeux. Un mort ? Qui ? Severus n'aurait quand même pas poussé le châtiment trop loin ? Non il ne touchait pas ses précieux élèves.

« Un mort ? » répéta-t-elle. « N'est-ce pas un peu exagéré ? »

« Malfoy est déchaîné. Personne n'ose l'approcher. On ne l'a jamais vu comme ça. »

Malfoy. Morgana tiqua. Si c'était lui le problème, elle ferait mieux de ne pas s'en mêler.

« Pourquoi venir me voir ? Et le professeur Slughorn ? »

« Il est occupé dans son bureau et refuse d'en sortir. »

Typique. Probablement en pleine conversation inter-cheminée avec une quelconque célébrité.

« Et le professeur Snape ? Certainement qu'il devrait pouvoir s'en occuper. » proposa-t-elle.

« C'est que … nous ne l'avons pas trouvé. Il n'est pas dans son bureau et les autres professeurs ne l'ont pas vu non plus … on se disait que puisque vous étiez une ancienne Serpentard, le passage s'ouvrirait pour vous … »

Ah oui … ce satané passage qui ne s'ouvrait que pour ce qu'il pensait être digne de le traverser. Morgana ferma les yeux en soupirant. Elle qui avait voulu passer une soirée tranquille, ça serait pour une autre fois. Elle se massa l'arête du nez, lissa le foulard noir sur son front et descendit les escaliers avec les deux élèves sur ses talons.

Elle descendit les escaliers menant au donjon, enjambant par réflexe la marche défectueuse. Elle entendit les deux filles murmurer quelque chose dans son dos, probablement une remarque sur cette vieille habitude qui ne s'était pas perdue avec le temps. Elle accéléra le pas en entendant des élèves dans le couloir et tomba sur un rassemblent vert et argent visiblement effrayé. Même le Baron Sanglant se trouvait sur place, cherchant visiblement à rassurer tout ce petit monde en proposant une attaque frontale. Il se tourna vers Morgana dès qu'il entendit ses talons claquer sur les pierres froides.

« Ah, professeur Belleza ! Enfin quelqu'un avec un peu de bon sens ! » lui cria-t-il en glissant vers elle.

« Je ne pense pas être celle qui faut dans ce genre de moment, Baron. » répondit-elle en s'inclinant légèrement en marque de respect. Baron un jour, Baron toujours. Il grisonna légèrement sur les joues, rougissait-il ?

« Vous êtes parfaite. Vous avez toujours été celle sur qui on pouvait compter pour enlever la bouse de Dragon de la tête des ces imbéciles. Vous êtes celle qui nous faut. Haut les cœurs ! » dit-il en haussant le ton pour que tous l'entendent. Sa technique fonctionna puisque plus personne ne parlait et elle pouvait sentir des dizaines de paires d'yeux la regarder avec effroi.

« Certes si vous le dites … » répondit-elle en soupirant. « Que se passe-t-il ? Malfoy veut tuer quelqu'un ? »

« Quand il est rentré dans le dortoir il ne semblait pas très bien. Pansy a voulu lui parler mais il a commencé à jeter des sorts sur les coussins ou les tables. Certains élèves sont sortis mais d'autres ont voulu calmer Malfoy et il a alors visés les élèves. » dit Montague en s'avançant hors du groupe.

Morgana se mordit la langue, pensive. Les Malfoy étaient connus pour leur impulsivité mais ils se contrôlaient, surtout Narcissa qui n'aurait jamais permis à son fils de se retourner ainsi sur autrui. Entre les mots et les gestes il y avait un monde, elle était la première à le savoir. Elle posa sa main sur sa hanche pour sentir sous le tissu sa baguette. Non elle ne voulait pas s'en servir, pas sur un élève et encore moins sur Draco. Si jamais Lucius l'apprenait elle pourrait dire adieu à la paix qu'elle avait connu jusque-là.

« Bon, tout le monde dans la Grande Salle. Le festin n'est pas terminé loin de là et le couvre-feu ne débute que dans trois heures. Je ne veux personne dans le couloir durant tout ce temps. » dit-elle d'une voix douce mais stricte. « Si jamais vous entendez un gros BOM, vous saurez que la voie est libre et qu'il sera l'heure de mes obsèques. » ajouta-t-elle en essayant de faire un peu d'humour. Certains élèves ricanèrent mais la plupart étaient mal à l'aise. Serpentard mais innocent au fond d'eux. Ils se dispersèrent tous dans un grand bruit et elle attendit que le couloir soit totalement vide pour se planter face au passage secret qui s'ouvrit dès qu'elle prononça le mot de passe.

Malgré les années le dortoir n'avait pas changé. Sur les murs étaient tendus toujours les mêmes tapisseries vertes et argents, les fioles étaient rangées près du plafond et diffusaient de faibles lueurs de couleurs. Elle avança jusqu'aux marches qui donnaient sur la salle du dortoir. Des coussins éventrés se trouvaient par terre et une table avait été projetée contre le mur, laissant des morceaux de bois sur son passage. Du coin de l'œil elle vit quelques élèves qui se tenaient dans les escaliers menant aux chambres. Elle reconnu Pansy et probablement Crabbe, ou Goyle ? Elle n'arrivait jamais à les différencier ces deux-là. Elle vit du mouvement sur sa gauche et vi enfin Draco.

Il était debout face à la cheminée et tenait sa baguette le long de sa jambe. Ses cheveux toujours bien peignés tombaient sur son front lui donnant un air hagard. Sa robe était ouverte et sa cravate défaite. Si sa mère le voyait … Elle lui fit face du haut des escaliers les mains croisées devant elle. Ainsi elle espérait qu'il réfléchirait à deux fois avant de lui envoyer quelque chose à la figure.

« Dio mio, si ta mère te voyait. » dit-elle le plus calmement possible. Draco releva la tête et quand ses yeux le virent ils prirent une teinte encore plus glacée. Le même regard que Lucius lui envoyait à l'époque.

« Vous venez vous pavaner ? » lui cracha-t-il avec rage.

« Je ne suis pas certaine de comprendre le sens profond mais si je suis ici c'est parce qu'il semblerait que tu tiennes à … assassiner des meubles. » répondit-elle en descendant lentement les marches pour se trouver face à lui. Elle cru voir une once d'amusement quand il entendit la fin de sa phrase mais elle disparut très vite.

« Ce ne sont que des meubles. Mais si vous voulez je peux me tourner vers une autre cible. » et il fit un léger mouvement de la main pour lui montrer que sa baguette était toujours là.

« Meuble ou non, ta mère n'apprécierait pas de te voir agir ainsi … de manière si peu civilisée. »

« Laissez ma mère en dehors de ça. Et disparaissez de ma vue. »

Morgana serra les dents. Draco avait toujours été à la limite de l'impolitesse avec elle, mais cette fois elle sentait glisser le dégoût qu'il gardait précautionneusement enfermé. Ce dégoût qui ne lui était pas destiné mais qui passait par elle lui faisait l'effet d'une gifle programmée. Elle savait qu'elle la recevrait tôt ou tard, mais elle avait tant espéré ne pas la sentir. Elle le toisa, bronze contre l'acier froid. Il ne baissa pas les yeux et elle pu voir de la colère, du dégoût, de l'incompréhension et … de la peur ? Peur de quoi ? Elle en oublia la tension entre eux et fit un pas vers lui. Prit par surprise, Drago hurla « Diffindo ! » en pointant sa baguette vers Morgana qui eu le réflexe de le contrer par un mouvement de la main. Le sort partit sur sa gauche et fit exploser une fiole verte. Au même moment, Pansy hurla.

Elle sentait l'herbe humide sur ses genoux à travers sa robe. C'était une nuit d'été mais elle avait froid. Des gouttes de sueurs glissaient le long de ses tempes, de son menton pour se perdre dans son col ouvert. Elle voulait se relever, courir l'aider, mais ses membres ne lui obéissaient plus. Elle respirait avec difficulté, la poitrine oppressée. Elle la vit descendre les escaliers de l'entrée, la tête haute, habillée d'une simple chemise de nuit. Elle croisa son regard et elle la vit sourire. Un sourire doux, apaisant et semblait lui dire « Tout va bien. ». Un éclair vert déchira le ciel noir et ses yeux s'arrondir de surprise. Son corps s'effondra dans l'herbe comme une poupée de chiffon. Morgana hurla « Marissa ! ». Et elle s'effondra à son tour, un voile noir l'enveloppant entièrement.