Bonjour à tous,

Un grand merci pour vos nombreuses reviews !

J'ai eu besoin de prendre un peu de vacances mais je suis de retour. Voici donc l'avant dernier chapitre ! Après le dernier chapitre il restera encore un épilogue en deux parties puis ça sera vraiment fini, on y est presque...

Bonne lecture et à la semaine prochaine !


76. Un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore

Et finalement, dans l'après midi du trente octobre, tout fut prêt.

Il n'y avait rien d'oublié, de laissé au hasard, pas d'ajustements de dernière minute qui ne soit pas terminé.

À la veille de la bataille, Severus et Hermione se retrouvèrent soudain avec du temps libre devant eux.

"Je n'arrive pas à y croire," murmura Hermione, allongée sur son fauteuil favori, la tête sur les genoux de Severus. "D'une façon ou d'une autre, j'ai attendu ce jour pendant sept ans. Et demain, ça sera terminé."

Severus gloussa. "Que devrais-je dire alors ? Ça fait plus de vingt ans pour moi, mon amour."

Et leva fièrement les yeux vers lui.

"Trop long," dit-elle.

"Trop long," acquiesça-il.

Leurs mots résonnèrent dans la pièce, et si quelques fantômes du passé les rejoignirent, ils choisirent de ne pas faire de commentaire.

"Tu regrettes ?" demanda Hermione après un moment, ses mots englobant la chose complexe qu'avait été sa vie.

Même en sachant que la réponse était simple, il hésita. Il y avait eu tant de souffrance dans sa vie, tant d'amertume, mais malgré tout, ses sacrifices avaient sauvé plus de vies qu'il n'en avait prises, et son travail d'espion avait pu le mener jusqu'à ce moment.

Il pouvait le voir maintenant, grâce à elle, tout comme il pouvait voir au delà des vingt dernières années que le futur était plein d'espoir.

"Non," répondit-il doucement. "Au bout du compte, non."

Il s'attendit à ce qu'elle l'interroge sur le sens de ces mots, mais il se souvint ensuite que par ses actes elle avait fait le même choix seulement un mois auparavant. Elle aurait pu mettre de côté les souvenirs qu'elle avait récupérés, elle aurait pu devenir une personne entièrement différente de l'ancienne Hermione Granger et tourner le dos à ce monde de violence.

Au lieu de quoi elle avait assimilé sa vie passée et elle était revenue. Elle avait peut-être construit une tour séparée pour le Maître Espion, soigneusement mise à part de son palais des souvenirs, mais elle l'avait quand même laissée revenir dans sa vie.

"Et bien sûr," ajouta-il avec un sourire. "Si je n'étais pas resté traîner à Poudlard pour espionner et enseigner, je ne t'aurais jamais rencontrée."

Hermione rit, un son doux et délicieux, et le regarda avec des yeux pleins d'amour.

"Tu le caches bien, Severus Snape," le taquina-elle. "Mais au fond de toi tu es le plus grand romantique que je n'aie jamais rencontré."

Il s'étouffa d'exaspération feinte.

"Dans tout mon palmarès d'insultes, sache qu'on ne m'a jamais accusé d'une telle chose," protesta-il avant de lui rendre son sourire une seconde plus tard. "Si je le suis, c'est de ta faute, Hermione."

"Là, tu vois ?" dit-elle en pointant un doigt vers lui, satisfaite. "Romantique. Vraiment romantique. Tu ne peux même pas le cacher."

"Encore," la taquina-il en retour. "Ta faute, ma chère."

Elle rit encore, puis elle ferma les yeux et se détendit sous la caresse de ses mains dans ses cheveux.

Ils glissèrent dans le silence agréable qui accompagnait les relations faciles, chacun perdu dans ses propres pensées et souvenirs, jusqu'à ce qu'Hermione parle de nouveau, une nouvelle intonation dans la voix.

"Es-tu inquiet ?" demanda-elle, et quelque chose lui dit qu'elle ne parlait pas de la bataille mais de ce qui viendrait après, leur futur encore flou et indéfini.

"Pourquoi le serais-je ?" demanda-il. "Nous sommes tous les deux plein de ressources et qualifiés pour bon nombre d'activités. Et comme nous sommes aussi les meilleurs combattants du lot, il n'y a aucun doute sur le fait que nous survivrons et profiterons des fruits de notre travail."

Elle le fixa. "Pompeux et pas modeste pour un sou," remarqua-elle. "Ça compense le romantisme je suppose."

Il gloussa, puis se tut, sachant qu'elle n'avait pas fini.

"Je n'ai vraiment pas envie de mourir, tu sais ?" confessa-elle d'une petite voix. "J'ai envie de notre futur. Mais en même temps il m'inquiète. Demain, tout ce que j'ai connu sera terminé. Quelque chose de nouveau commencera, et je ne sais pas si je réussirai à en faire partie. Comment peut-on laisser derrière nous tout ce qu'il s'est passé ? Où irons-nous ? Que ferons-nous ?"

"Ça n'a pas d'importance," répondit Severus, sentant une vague de chaleur et de bonheur l'envahir. Hermione Granger avait envie de vivre. Avec lui. "Nous serons ensemble, après tout."

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31 octobre, Halloween

Tôt dans l'après-midi

Il n'était pas encore midi, mais déjà l'Ordre du Phoenix avait commencé à se rassembler. Tonks et Kingsley, qui coordonneraient la bataille du côté des Aurors et garderaient un œil sur Malone, avaient tenu leur dernier conseil de guerre avec le Premier Cercle peu de temps après le petit déjeuner.

Ils étaient partis une heure plus tôt, armés de miroirs communiquant avec Albus et Maugrey, et avec le même sourire déterminé que Draco avait vu sur le visage de tous les combattants au cours de la dernière semaine.

Et maintenant, bien avant l'heure prévue, les membres du Premier et du Second Cercle avaient commencé à arriver dans les salles spacieuses du quartier général, parfois seuls, parfois en en petits groupes, discutant, sirotant du thé ou du café, utilisant les cartes et les diagrammes pour se rappeler une dernière fois les plans de bataille, ou simplement assis sur l'un des nombreux fauteuils et chaises, ne voulant pas rester seuls en ce jour particulier.

Ils étaient bien plus que juste les quarante-deux sorciers et sorcières choisis pour se battre à Tintagel, et alors que Draco laissait ses yeux se balader dans la pièce, le nombre important de personnes impliqués dans leur plans le remplit de fierté.

Les gens qui étaient rassemblés ici étaient aussi différents de par leur apparence et leur comportement que leurs rôles dans le conflit qui approchait - des combattants aguerris, des guérisseurs, des chercheurs, et même des personne qui s'occuperaient des tombés au combat.

Et chacun d'entre eux était uni sous la même bannière. Chacun d'entre eux risquait sa position et son existence par le simple fait d'être là. Chacun d'entre eux avait été volontaire pour subir la pénible procédure du Fidelitas et de l'Oubliettes programmé afin de protéger leur plan.

Draco ne connaissait même pas le nom de tout le monde, bien qu'il ait encouragé Harry à avoir une conversation avec chaque homme et femme impliqué dans l'opération. Mais lui même préférait rester dans l'ombre plutôt que de d'entrer en contact avec des Gryffondor et des Poufsouffle et des gens qu'il n'aurait même pas regardé dans son ancienne vie.

Ils réagissaient toujours à son nom et à son visage, et l'expression de méfiance prudente qui voilait invariablement leur visage le blessait à chaque fois.

Mais ça, - se tenir à moitié dans l'ombre d'un rideau tiré, observant et attendant - c'était agréable. Il était un Serpentard, assez pour que personne ne puisse l'accuser de sentimentalisme, et pourtant c'était sa façon d'appartenir au groupe.

Peut-être que c'était ridicule, mais en restant ainsi, regardant Harry faire le tour de la pièce, les jumeaux Weasley titiller leur mère pour la distraire de ses inquiétudes, sa Maîtresse des Potions parler à Severus à voix basse et Hermione converser avec Maugrey, en regardant tout ça, Draco se sentait utile. Comme s'il gardait ceux qu'il aimait en sécurité.

Une demi heure passa avant que des rafraîchissements, fournis par les elfes de maison, apparaissent. Draco trouva rien que l'idée de manger écoeurante, et à l'allure intacte de la plupart de la nourriture presque tous les membres de l'Ordre ressentaient la même chose.

Il y eut une soudaine accalmie dans les conversations, un changement dans leur dynamique étrange mais bien ajustée, et Hermione se détacha du groupe auquel elle était mêlée pour marcher vers Draco.

Souriant mais ne disant rien, elle prit son bras.

Il sentit sa chaleur, sa présence stable à ses côtés et il en fut heureux. Dans les dernières semaines, leur relation avait changé une nouvelle fois, d'un façon que Draco n'aurait jamais espérée mais pour laquelle il était cependant reconnaissant.

Elle avait eu raison quand elle lui avait dit qu'elle avait finalement compris. Avant, c'était elle qui le tirait dans son monde Gryffondor, duquel elle faisait tellement partie qu'elle ne pouvait pas imaginer sa vie différemment, peu importait combien de secrets elle cachait.

Maintenant, ils avaient tous les deux été étrangers à tout ça, à regarder depuis l'extérieur en se demandant comment entrer. Et tous les deux avaient choisi d'en faire partie, malgré le fait qu'il y ait d'autres choses qui les attendaient ailleurs, d'autres choses plus tentantes.

C'était aussi ce qui les distinguait de Severus, le seul autre Serpentard de leur groupe, pensa Draco. Severus avait été forcé de prendre la même décision, peu de temps avant, et avait, sans un moment d'hésitation, choisi Hermione. Il avait rendu très clair ces dernières semaines qu'il n'était là que grâce à elle et qu'il partirait de nouveau si elle le souhaitait.

Draco se demanda s'il pourrait un jour être assez proche d'une personne pour prendre ce genre de décision. Un an auparavant, il aurait pensé que c'était impossible. Maintenant il pouvait facilement l'imaginer.

Il vit Harry marcher vers eux, tendu mais déterminé, et il sourit pour accueillir son ami.

"Tu vas bien ?" demanda-il doucement, et Harry hocha la tête.

"Je suis mort de peur," répondit-il. "Mais à part ça, je vais bien. Et vous ?" Son regard engloba à la fois Hermione et Draco, de la compréhension dans les yeux. Pour lui, cette nuit était ce pour quoi il avait travaillé pendant des années, mais il savait que c'était plus compliqué pour Draco.

Et même Draco ne savait pas ce qu'il se passait dans la tête d'Hermione quand elle pensait au combat contre ses compagnons Mangemorts. Ou à l'idée de revoir Lucius.

"Je veux que ça soit terminé," répondit Hermione à voix basse. "Pour qu'on puisse enfin avancer dans nos vies."

"Ça me semble être un bon plan," acquiesça légèrement Draco. Ils savaient tous comment les autres se sentaient. Pas besoin de le formuler à voix haute. Je les ai rendus suffisamment Serpentard pour qu'ils sachent ça, pensa-il, satisfait.

Puis ses yeux remarquèrent Dumbledore, marchant doucement mais surement dans leur direction, et il fit un signe à Harry.

"Il est temps pour le discours d'encouragement avant la bataille, je pense," commenta Draco.

"Oh non, je les déteste," chuchota Hermione. "Si personne n'a d'idées, j'ai retenu celui d'Henry V à l'école primaire."

Harry lui jeta un regard un peu incrédule.

"Parfois j'oublie à quel point tu es bizarre, Hermione," dit-il, et ils rirent tous, content de pouvoir plaisanter entre eux même face à la bataille.

Dumbledore les salua tous d'un sourire et d'un signe de tête, mais son visage était sombre, et Draco se demanda à quoi il pensait, quels souvenirs défilaient devant ses yeux.

Voyait-il son propre combat contre Grindelwald ? Le premier Ordre ? Ou se souvenait il de l'air enfantin de leur visages, leur simple admiration devant la cérémonie de la Répartition (et bien que Draco ne l'ait jamais montré, il avait été impressionné), se demandant comment il avait pu disparaître si rapidement ?

"Harry," dit doucement Dumbledore, faisant un geste vers les les hôtes des membres de l'Ordre. "Si tu veux bien ?"

"Je veux bien quoi ?" demanda Harry d'un air absolument innocent, et Draco fut très tenté de lui donner une baffe.

"T'adresser aux troupes, comme on dirait," dit Dumbledore.

Harry resta bouche bée.

"Moi ?" demanda-il, comme si c'était la chose la plus improbable du monde, et Draco fut émerveillé par le fait que Harry n'ait toujours pas saisi la teneur de son rôle. "Leur parler ? Mais vous êtes le leader de l'Ordre ! Pourquoi voudraient-ils m'écouter moi ?"

"Je suis peut-être le leader officiel de l'Ordre," lui accorda Dumbledore, souriant, les yeux pétillants. "Mais celui qu'ils suivent, c'est toi. Ils ne veulent pas des mots d'un vieil homme fatigué ce soir. Ils te veulent toi."

"Mais…" Harry avait vraiment l'air effrayé cette fois. "Je ne saurais pas quoi dire..."

"Bien sûr que si, mon pote," dit Ron, qui s'était glissé près d'eux. "Tu l'as entendu assez souvent. Répète après moi : 'Nous y voilà. Le grand jour est arrivé. Celui que nous attendions tous.'"

Quelque chose s'adoucit dans sur le visage de Harry, et Hermione gloussa d'amusement. Draco, n'ayant aucune idée de ce dont ils parlaient, supposa que c'était un truc de Gryffondor. Les mots, en tout cas, étaient assez simples et courts pour des Gryffondors.

Les yeux de Harry cherchèrent ceux d'Hermione, puis les siens. Ils hochèrent la tête, se donnant à la fois permission et encouragement. Mais ce fut le signe de tête de Severus, sec et décidé, qui sembla réveiller Harry.

"Bien," dit Harry, et malgré le contrôle qu'il avait sur son visage et sur son corps, sa nervosité se voyait clairement. "Bien."

Il passa la main dans ses cheveux, découvrant par ce fait sa cicatrice, et carra les épaules. Puis il s'avança au milieu de la pièce.

C'était comme si chaque membre de l'Ordre avait attendu ce moment, et qui sait, pensa Draco, peut-être que c'était le cas. Sur le temps qu'il fallut à Harry pour regarder toute la pièce et ses occupants, le silence se fit.

Tous les yeux étaient fixés sur l'Élu.

"Aujourd'hui," commença Harry, partant lentement, comme pour lui-même, mais d'une voix claire et portante. "Nous allons combattre Voldemort. Le sorcier le plus noir et dangereux de tous les temps.

"Il a déjà disparu une fois, quand j'étais encore un bébé, au cours de cette même nuit, il y a 17 ans. Ça n'était pas de votre fait, ni du mien, bien que l'opinion générale tende à le croire."

Il prit une grande inspiration.

"Ma mère est celle qui l'a arrêté, qui nous a tous sauvés, et elle l'a fait parce qu'il menaçait quelqu'un qu'elle aimait plus que sa propre vie. Elle n'aurait jamais dû être mise dans cette situation, tout comme nous," Ses yeux se posèrent sur Ron, Draco et Hermione, "N'aurions jamais dû être forcés de porter ce fardeau cette fois ci. Mais c'était le cas, et elle a fait un choix.

"Celui de ne pas juste abandonner et reculer, et laisser ceux qu'elle aimait mourir, mais de se battre. Même si elle y a perdu la vie. Je sais qu'elle ne regrette pas."

Une autre grande inspiration.

"La dernière fois, des sacrifices nous ont sauvé, et les célébrations n'étaient pas justifiées. Le monde sorcier était heureux que quelqu'un d'autre combatte et paye le prix. Depuis plusieurs années maintenant, ils ont préféré fermer les yeux et attendre que quelqu'un d'autre se lève, un sauveur, un élu. Ils ont cru qu'un enfant les sauverait, et s'il devait payer le prix pour ça comme sa mère, ils auraient appelé ça le destin."

Il s'arrêta, et ses yeux se posèrent sur chacun d'entre eux, demeurant peut-être un peu plus longtemps sur ses amis, mais s'assurant qu'ils comprenaient que ses mots n'étaient pas juste pour eux.

"Mais pas vous. Personne ne vous a forcé, mais vous avez pourtant fait un choix. Ça n'était pas votre destin mais vous avez quand même décidé de vous lever. Vous ne permettrez pas que d'autres fassent vos sacrifices. Vous vous battrez, avec moi, et quand nous tuerons Voldemort - et nous le tuerons - ça ne sera pas parce que c'est le destin, ou qu'une prophétie l'a dit, mais parce que vous vous serez levés et aurez refusé que d'autres se battent pour vous."

Il sourit, doucement, hésitant, et l'innocence sur son visage coupa le souffle de Draco.

"Je suis content de ne pas être seul ce soir. Je suis content que vous soyez à mes côtés, chacun d'entre vous. Mais plus que ça, plus que tout, je suis content qu'il n'y ait pas de sacrifice ce soir, qu'il n'y ait pas de mère ou d'enfant qui meurent à notre place."

"Cette fois, nous nous battrons, ensemble. Cette fois, nous mériterons notre victoire."

Le silence qui suivit fut absolu, puis des acclamations éclatèrent dans les rangs des plus jeunes membres de l'Ordre. Draco pouvait voir que Minerva souriait largement et que les yeux de Dumbledore étaient aveuglés par la fierté. Severus et Maugrey hochaient lentement la tête, comme pour donner bénédiction aux mots de Harry, et Hermione, à la droite de Draco avaient des larmes brillantes qui coulaient le long de ses joues.

Il prit sa main, et alors qu'il sentait sa pression en réponse, il comprit - pas de manière rationnelle mais émotionnelle - que pour la première fois de sa vie, il était exactement où il voulait être.

C'était son combat. Pour la première fois, Draco appartenait à quelque chose de tout son cœur - pas juste à une cause ou une idéologie, mais à une famille.

Et même si ça devait finir ce soir là, même s'il devait mourir, il ne s'en détournerait pas. C'était son choix, son chemin. Et c'était les personnes qu'il avait choisi pour marcher avec lui.

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L'air de la nuit était froid et humide et il collait à Harry comme une seconde peau. Il tenta un nouveau coup d'œil au alentours - apparemment paraître nerveux n'était pas un problème, puisque tout le monde serait nerveux à sa place et à ce moment là, mais garder ses réflexes de l'entraînement sous contrôle en était un.

Il n'était jamais allé à Tintagel alors qu'il faisait jour. Si les Dursley avaient eu ne serait-ce qu'un minuscule intérêt pour les bâtiments culturels, ils ne n'auraient de toute façon pas emmené avec eux, alors il n'avait aucune expérience avec les ruines anciennes, et de Tintagel en particulier.

Mais pour l'instant, l'endroit se classait parmi les plus terrifiants, juste derrière le cimetière de Little Hangleton.

Un autre regard à Ron lui montra son ami se tenant sinistrement dans la pénombre de l'autre côté de leur petit hôtel de fortune, ayant l'air aussi neveux et aussi déterminé que Harry.

Le souvenir de Little Hangleton remplit Harry d'horreur, et pendant un instant il revit le flash de lumière, entendant les mots 'tue l'autre'.

Mais Ron savait ce qui les attendait, et avait été entraîné pour y survivre. Il n'était pas Cedric Diggory. Il n'était même pas Sirius.

Et Harry était content de ne pas devoir faire ça seul.

Réprimant le besoin de chercher la présence chaude et invisible à ses côtés, Harry s'éclaircit la gorge.

Tiens t'en au scénario, lui avait martelé Maugrey jusqu'à ce qu'il le chuchote dans son sommeil, quoi qu'il arrive, tiens t'en au scénario.

"Tu crois qu'elle va venir ?" demanda-il, et il reçut en réponse le sourire parfait - un peu effrayé, un peu nerveux mais plein de la confiance des Gryffondors.

Malgré leur entraînement, Harry était surpris. Ron était devenu très bon à ce genre de choses. Qui l'aurait cru ?

"Bien sûr, mon pote," répondit Ron. "C'est Hermione, n'est-ce pas ? A-elle déjà été en retard pour quelque chose ? Je parie qu'elle a juste eu un problème pour s'évader la maison de ses parents."

"Oui, ça doit être ça," acquiesça Harry sans hésitation. "Elle n'a jamais été douée pour enfreindre le règlement, après tout."

C'était tellement dur de ne pas chercher les possibles oreilles qui les écoutaient, mais il n'aurait de toute façon pas été capable de les trouver, et trop d'intérêt pour son environnement aurait semblé étrange. Il n'était après tout qu'un adolescent lunatique et imbu de lui même.

Il dût retenir un sourire. Il était temps de jouer son rôle.

"J'espère vraiment qu'elle va arriver," marmonna-il. "Il caille ici."

"Ouais. Pourquoi on a pas préféré Beltrane ?" grogna Ron.

Harry frissonna, essayant fermement de se convaincre que ça n'était pas ses nerfs. Il faisait froid, et les robes de duel qu'il portait sous sa cape n'étaient pas bien épaisses.

Ça lui faisait bizarre de les porter, et pendant un instant il regretta ses robes de Quidditch.

"Peut-être qu'on devrait allumer le feu. Préparer le rituel et tout ?"

Ron haussa les épaules. "Ça me va," acquiesça-il. "Mais si on fait quelque chose de travers, ça sera de ta faute. Je ne veux pas que 'Mione me tombe dessus comme en cours de Potions."

Harry sourit. "Ça sera de ma faute de toute façon," acquiesça-il. "Tu sais comment elle est."

Et là, il fut grandement reconnaissant de ne pas devoir faire ça en sachant qu'Hermione avait disparu, présumée morte.

Une nouvelle fois, il se retint de chercher sa présence à ses côtés et il pensa sentir une réaction, comme un minuscule toucher mental, doux et encourageant.

Il alluma le feu sous le chaudron d'un mouvement de baguette. C'est parti, pensa-il.

Et alors, soudain, Voldemort fut là, ses yeux rouges luisant de triomphe.

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Le monde se pressa dans un tunnel noir et brillant et il fut là, sur les falaises de Tintagel, se tenant à la droite de son Maître, ses cheveux d'argent volant dans l'air de la nuit.

Le masque froid qui était son vrai visage caressa ses joues et protégea sa peau du vent.

Lucius Malfoy sentit les sortilèges anti-transplanage et anti-portoloin s'activer. Il aspira l'air froid de la nuit d'un sifflement triomphant et caressa le dos de sa main.

Pendant un moment, il pouvait imaginer son animal de compagnie à ses côtés, brûlante de cruauté et de noirceur, ses yeux brûlants de la soif de la bataille.

"Bientôt, Maître," murmura-il, les morts glissant de sa gorge dans les oreilles de son Maître. "Bientôt nous briserons ceux qui ont osé vous défier."

Je graverais ton nom dans la chair du monde, mon amour. Je casserais leurs os et les réduirais en poussière. Je t'érigerais un monument avec leurs crânes.

Il fallut à cet idiot de Potter plusieurs secondes avant de seulement remarquer qu'ils étaient là, et quand ce fut le cas, ses yeux s'écarquillèrent sous le choc. Il ne l'avait jamais méritée, ce soit disant héros et sa plèbe d'amis traîtres à leur sang. Avant que la nuit ne s'achève, il le saurait.

Ils avaient monté quelque chose qui ressemblait vaguement à un autel à l'aide de pierres et de bouts de bois, un pitoyable petit mausolée qui attendait un serment d'amitié qui ne viendrait jamais. Lui, il lui bâtirait un temple.

"Harry Potter," murmura le Seigneur des Ténèbres, et Potter pâlit de peur. "Nous nous retrouvons une nouvelle fois. Je dois dire que je suis un peu déçu de toi, tomber dans mon piège aussi facilement après tous ces efforts pour te garder en sécurité."

Si c'était possible, Potter devint encore plus blanc.

"Piège ?" murmura-il, "Mais comment cela peut-il être un… qu'avez-vous fait à Hermione, espèce de bâtard ?"

Lucius put sentir l'autre Mangemort s'approcher de Potter, avide de voir l'assurance du garçon s'effondrer alors qu'il approchait, et il fit un geste pour qu'ils gardent une distance de combat - on ne sous-estimait pas un ennemi, même pas Potter - mais ses yeux étaient fixés sur les deux pathétiques garçons et leur ridicule autel.

Bientôt, bientôt ils sauraient…

"Rien du tout," répondit le Seigneur des Ténèbres, clairement amusé, et c'était presque la vérité. "Je n'ai même pas eu besoin de lui demander, Potter. Elle est venue à moi, votre petite sang-de-bourbe si intelligente, pour m'offrir ta tête sur un plateau d'argent. Elle était très avide de me servir."

"Vous êtes un menteur," cria le gamin Weasley. "Hermione ne ferait jamais ça !"

"Où est elle alors, si vous dites la vérité ?" demanda Potter, essayant d'être brave sans tout à fait réussir. "N'aurait-elle pas dû être avec vous ?"

Le Seigneur des Ténèbres rit, et Lucius sentit une douleur aiguë dans sa poitrine. Le gamin Potter n'avait-il pas raison ? N'aurait-elle pas dû être là avec eux ?

"Elle a perdu son utilisé et Lucius l'a brisée," siffla son Maître. "Tout comme tu as perdu son utilité, Potter."

"En vérité, Maître, ça n'est pas tout à fait exact."

Lucius sentit son cœur s'affoler et son sang battre dans ses oreilles. Ses rêves les plus fous étaient-ils devenus réalité ? Comment pouvait-il entendre sa voix, ici et maintenant ? Était-il en train de devenir fou ?

Et puis elle apparut, dans la pénombre entre Weasley et Potter, rejetant sa cape d'invisibilité, son visage brillant dans le feu de l'autel comme s'il était en or.

Elle croisa son regard, étant tout ce qu'il avait cru perdu, belle et sauvage et gracieuse et sombre, et il crut que son cœur allait exploser.

Comment cela pouvait-il être possible ? Comment pouvait-elle vivre et ne pas être à ses côtés ? Comment pouvait-elle le regarder comme si elle ne lui appartenait pas, comme s'il ne la possédait pas de toutes les façons possibles, comme s'il ne l'avait pas marquée comme sienne ? Comment pouvait-elle se tenir aux côtés de Potter ?

"Lucius," siffla le Seigneur des Ténèbres. "Explique moi ça !"

Mais il ne pouvait pas, même si sa vie en dépendait, il ne pouvait même pas détourner ses yeux d'elle ou forcer sa bouche à parler.

Du monde, il ne restait plus qu'Hermione et lui, sa sang-de-bourbe, son amour, la femme qu'il avait perdue, la femme qui lui était finalement revenue.

Puis elle sourit.

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La pénombre était comme une chaude étreinte, accueillant Hermione comme si elle en faisait partie.

Elle était très consciente de la présence de Harry et Ron à ses côtés, très consciente des membres de l'Ordre cachés parmi les formations rocheuses et dans les fossés, consciente de l'air de la nuit et de la potion qui bouillonnait doucement sur l'autel derrière elle.

Mais tout ça ressemblait à un fin rideau, enroulé autour de la réalité plus profonde de son esprit.

Dans le monde extérieur, elle était assise sur l'herbe froide dans une position qu'elle pouvait tenir pendant des heures sans s'engourdir, sans bouger un muscle, la cape d'invisibilité la cachant aux yeux du monde.

Mais dans son esprit elle était très occupée. Des câbles, des ficelles et des ponts tombaient, déconnectés, alors qu'elle séparait le palais principal de sa tour de siège. D'un mouvement de poignet, les livres volèrent d'un endroit à l'autre, connaissances dont elle aurait besoin ce soir là, retranchée derrière les murs épais de sa personnalité de Maître Espion.

Avec quelque chose qui s'apparentait à de la douleur, elle laissa ses yeux se promener sur la splendeur du palais de son esprit. Puis, elle poussa la paume de sa main contre le sol, et son château coula sous terre, profondément enfoui, caché à la vue et protégé des attaques.

Elle n'autoriserait plus personne à toucher cette partie de son esprit. Ni Voldemort, ni Lucius, pas même ceux de son propre camp. Ce soir, elle serait le Maître Espion, cruel, violent et sans pitié, mais elle n'autoriserait pas cette nuit à teinter son futur et la paix qu'elle avait finalement trouvée.

Elle sourit et sentit ses robes se transformer sur son corps, se changeant en cuir de dragon noir et en soie. Elle sentit le poids rassurant de ses étuis à couteaux sur ses cuisses et ses bras, et la douce poignée de sa baguette-couteau dans sa main.

Elle était prête.

Un mouvement de sa main ouvrit les portes de sa tour de siège, un autre les ferma derrière elle. De lourds verrous de fer et de bois se mirent en place. L'intérieur était sombre, seulement éclairé par le halo rouge qui filtrait à travers les meurtrières étroites, et bien qu'elle eût su à quoi s'attendre, Hermione se sentit un peu submergée.

Ses livres, ces précieuses représentations de son savoir et de son expérience, s'étaient transformés en armes. Ces murs n'étaient pas recouverts d'étagères de livres et de peintures. Des haches, des épées, des couteaux et des arbalètes remplissaient l'espace du sol au plafond, toutes les armes imaginables, toutes conçues pour blesser, saigner, tuer.

Et elle ressentit deux choses à la fois - la tristesse profonde de son soi en paix, et le délice acéré du Maître Espion.

Puis, elle se débarrassa de la paix et les armes volèrent dans les airs, l'entourant de promesses de peur et de châtiment, les murmurant à ses oreilles.

Elle sourit froidement et choisit la fine et longue rapière qui représentait sa Légilimencie.

La chasse commençait.

Elle les sentit arriver bien avant Harry et Ron, la tension palpitante de son énergie magique compressée dans une tête d'épingle, et ses yeux extérieurs s'ouvrirent en grand pour entrer dans la nuit de la bataille.

Ils étaient là. Au moins une centaine d'entre eux, déployés précautionneusement sur toute la longueur des falaises pour empêcher quiconque de s'enfuir ou de se jeter dans l'océan. Le Seigneur des Ténèbres voulait tuer Harry de ses propres mains.

Une part d'elle écoutait les réactions choquées de Harry et Ron et la petite pièce qu'ils avaient montée pour tromper Voldemort, une autre part d'elle regardait les formes sombres qui se mouvaient entre les Mangemorts, faisant doucement et progressivement leur chemin jusqu'au premier rang.

Mais la plupart d'entre eux étaient concentrés sur le Premier Cercle des Mangemorts et les deux hommes qui les menaient - son ancien Maître et son ancien bourreau.

Le visage de Lucius était invisible derrière la blancheur terne de son masque, mais elle ne pouvait l'imaginer que trop bien - les surfaces douces et sophistiquées de son front et de ses joues, les yeux bleus perçants, la bouche cruelle mais pourtant si douce. Elle frissonna sous un soudain assaut de souvenirs. Même s'il arborait un visage de toute beauté, le bras droit de Voldemort était tout aussi monstrueux que son Maître.

Pendant un moment, elle sentit la panique monter en elle - était-elle folle de leur faire volontairement face dans la bataille ? Pourquoi n'était-elle pas restée à l'écart, en sécurité, où leurs yeux et leurs mains ne pourraient ni la toucher si la blesser ? Comment pouvait-elle espérer se dresser contre eux après tous ce qu'ils lui avaient fait ?

Et puis elle se souvint.

Les mains de Severus, entourant sa tête comme quelque chose de précieux, son sourire et ses yeux, sombres et indéchiffrables pour tout autre, mais une bibliothèque de pensées et d'émotions pour elle. La joie de l'Ordre après son retour et leur volonté de la laisser retrouver sa vie. La confiance de Draco en elle, la douce sincérité de son sourire. Et le discours de Harry, le merveilleux discours de Harry qui lui avait dit ce qu'elle avait toujours su mais qu'elle n'avait jamais vraiment compris.

Et elle savait.

C'était ce qu'il avait voulu dire. Pas parce que ça devait être fait, ou parce qu'elle était un sacrifice.

C'était son droit. Elle avait mérité ceci. Elle n'avait jamais été leur esclave. Elle n'avait jamais été une victime. Dans le silence et le mensonge, elle les avait conquis. Dans le jeu des esprits et du pouvoir, elle avait joué contre eux, joué pour gagner.

Ils ne pourraient pas la blesser. Ils ne pourraient jamais la blesser, pas de la façon qui importait vraiment. Elle était le chasseur, et ils étaient la proie.

Cette nuit était le point culminant de ce qu'elle avait fait, c'était son triomphe.

Ce soir, elle récolterait son dû et les verrait à genoux devant elle.

"En vérité, Maître, ça n'est pas tout à fait exact." murmura-elle, ronronna-elle, et le frisson qui traversa Lucius changea sa foi en vérité.

C'était le bon moment. Elle se leva et rejeta la cape d'invisibilité, se tenant grande et droite comme la reine qu'elle avait été parmi eux. Ses yeux croisèrent ceux de Lucius, ceux du Seigneur des Ténèbres, et la liberté qu'elle ressentit fit chanter son sang dans ses veines.

Enfin.

Puis, elle sourit.

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Soudain, les sombres falaises grouillèrent de Mangemorts.

Ils étaient plus que ce qu'ils avaient attendu, plus que ce qu'un leader non paranoïaque aurait pris en compte pour une telle opération, et Remus était une fois de plus profondément reconnaissant qu'ils aient écouté Hermione et Severus et se soient préparés pour le pire.

Il lutta contre l'envie d'étirer ses jambes alors qu'il était accroupi contre la pierre froide. C'était un instant critique. Si un seul Mangemort remarquait quelque chose sortant de l'ordinaire à cet instant, ils seraient partis avant que l'Ordre puisse bouger.

Ils dépendaient entièrement d'Hermione, Harry et Ron. Leur capacité à distraire Voldemort et ses partisans déterminerait l'issue de cette bataille. Mais il demeurait terrible de regarder les deux garçons se tenir là tous seuls, à quelque mètres du plus dangereux sorcier de leur époque.

Mais ils n'étaient pas seuls, et alors qu'Hermione apparaissait soudainement entre eux deux, un mouvement de surprise visible courut parmi les Mangemorts.

Remus vit deux ombres sombres se glisser dans la foule vêtue de noir, utilisant la diversion d'Hermione pour se retrouver dans le Premier Cercle. Remus fit un mouvement de baguette et le bouclier de dissimulation de l'Ordre s'étendit, impossible à détecter derrière les boucliers et les sorts que les Mangemorts utilisaient déjà sur le périmètre.

Un autre sort alerta les Aurors et les membres de l'Ordre caché parmi et sous la surface rocailleuse de Tintagel, et le travail de Remus fut achevé pour le moment.

Maintenant, il pouvait s'asseoir et regarder.

"Lucius, explique moi ça !" exigea Voldemort, apparemment furieux, mais Malfoy semblait incapable de répondre. Comme prévu, l'apparition d'Hermione avait semé le chaos dans les rangs des Mangemorts, et l'homme qui était le bras droit de Voldemort était trop distrait pour y remettre de l'ordre.

Remus pouvait voir que la fureur tendait le visage de Voldemort, et il ne peut s'empêcher de frissonner. Le Seigneur des Ténèbres avait l'air épouvantable dans la lumière de la lune, son visage tenant du cauchemar et son pouvoir teignant l'air autour de lui.

Les yeux de Remus filèrent vers les trois jeunes membres de l'Ordre qui se tenaient toujours sans bouger, faisant face au sorcier le plus maléfique de leur temps, et quelque chose qui ressemblait à de l'admiration grandit en lui. Il ne pouvait imaginer confronter Voldemort ainsi. Il n'était pas sûr d'avoir le courage nécessaire.

Mais Hermione, Harry et Ron l'avaient. Et quand leur Maître Espion parla finalement, il n'y avait pas de trace de peur dans sa voix.

"J'ai bien peur que la seule personne à pouvoir vous donner des réponses, Monseigneur, soit moi," dit-elle, et les yeux de Voldemort se rétrécirent de rage.

"Toi…" siffla-il.

Il leva sa baguette et soudain, Hermione fut à genoux, la tête jetée en arrière par la force de l'attaque de Legilimancie de Voldemort. Un halètement s'échappa de sa bouche et remplit le silence de la nuit. Un filet de sang coula de son nez, d'un rouge flashant sur sa peau pâle.

Remus connaissait le plan, il le connaissait par cœur, mais il ressentit quand même de la panique pour ses anciens étudiants et maintenant amis. Et si Voldemort était trop fort pour qu'Hermione résiste ? Et s'il déchirait son esprit comme un voile de coton, ne laissant rien d'autre que de la folie ? Et si leur bataille s'arrêtait là, transformant tous leurs espoirs en cendres ?

Il regarda et attendit en silence, uni avec tous les autres sur le plateau dans ce moment d'anticipation surréaliste. Le temps passait au goutte à goutte.

Il y avait les Mangemorts, un mer de capes sombres et de masques blancs, toujours inconscients de la présence de leurs ennemis autour d'eux. Il y avait les membres de l'Ordre, caché derrière des rochers transformés et dans des mirages de collines. Il y avait Lucius Malfoy, figé dans un silence choqué devant la scène qui se déroulait sous ses yeux. Il y avait Ron et Harry, se tenant immobiles aux côtés de leur amie, comme si leur présence pouvait lui donner de la force.

Et il y avait Voldemort et Hermione, connecté dans une lutte silencieuse qui tenait le reste d'entre eux en haleine, lui la surplombant, elle sur les genoux, se convulsant légèrement sous l'assaut de son attaque invisible.

Tout était calme. L'issue semblait inévitable. Et puis, quelque chose changea.

Les yeux d'Hermione se fermèrent et son visage se détendit. Quand elle les ouvrit de nouveau, il y avait une nouvelle lueur en eux, un feu de détermination qui brûlait à travers le sort de Voldemort et le pouvoir qu'il avait sur elle.

Sa tête se baissa. Les muscles de ses épaules et de la mâchoire se tendirent. Ses doigts se serrèrent en deux poings. Elle frissonna et ce fut comme si le mouvement la libérait de chaînes invisibles.

Elle baissa un peu plus la tête, comme un taureau se préparant à charger, et Remus put entendre un grondement bas et menaçant sortir de sa gorge.

La main de Voldemort se porta à son nez et quand il la leva devant ses yeux, du sang souillait le blanc de sa peau de serpent. Le choc se répandit parmi les rangs des Mangemorts.

Et Hermione se releva, les pieds fermement plantés dans le sol, non pas en résistant mais en prenant le contrôle.

"Je dois vous avouer que je suis déçue, Monseigneur," dit-elle, et incroyablement, son ton était légèrement amusé. "J'attendais de vous un peu plus que ce pitoyable effort."

"Tu…" siffla de nouveau Voldemort, mais cette fois, le mot était teinté de surprise, peut-être même de peur.

"Oui," murmura-elle, mais les sorciers et sorcières qui se tenaient sur la falaise étaient si absolument silencieux que chacun d'entre eux pouvait l'entendre. "Moi. Hermione Granger, la sang-de-bourbe dont tu t'es débarrassé comme un déchet."

Elle prit une grande inspiration, et comme pour lui répondre, la tête de Voldemort se tordit sur le côté, un sifflement de douleur sur les lèvres.

"Tu ne t'attendais pas à me voir là, n'est-ce pas ? Tu pensais que tu m'avais brisée, laissée à ton serviteur pour être tuée. Et pourtant j'ai survécu. Pourtant je suis là, revenue d'entre les morts, te surpassant sur ton propre terrain."

Elle leva le menton en signe de défi et croisa ses yeux pour la première fois, le brun brûlant dans le rouge, deux ennemis sur un pied d'égalité. L'air craquait sous leur pouvoir. Remus se rendit compte qu'il oubliait de respirer.

"Et laisse moi te dire quelque chose, Monseigneur, un message venant du royaume de la mort," dit-elle, sa voix sonnant maintenant de manière claire dans l'air froid de la nuit.

Elle sourit, et Remus sentit un profond soulagement de savoir qu'elle se battrait de leur côté ce soir là.

"Tu es vraiment foutu."