Bonjour,
Voici venu le tant attendu dernier chapitre !
Je profite de ce petit prologue pour vous remercier d'avoir suivi et reviewé cette histoire, j'ai été contente de traduire cette fiction et de voir qu'elle était appréciée à sa juste valeur.
Il existe un long épilogue en deux partie pour cette histoire que je n'ai pas tellement le courage de traduire. D'une part parce que je trouve que ce chapitre se suffit à lui même pour clore cette histoire, et d'autre part parce que je ne suis pas fan des épilogues "vingt ans plus tard". Je vais donc m'arrêter là mais si ça vous intéresse je vous invite à aller visiter le profil de Kayly Silverstone ( u/291348/kayly-silverstorm ) où vous trouverez l'épilogue et en bonus toute une série de one shot sur cette histoire rassemblés sous le nom de "What Doesn't Kill You Makes You Granger".
Bonne lecture, et bonne continuation !
SoleneSwann
77. Maintenant et pour les temps à venir
Un sacrifice trop long
Peut faire d'un cœur une pierre.
Oh ! quand cela pourra-t-il suffire ?
C'est le rôle du Ciel, notre rôle
De murmurer nom après nom
Comme une mère nomme son enfant
Quand le sommeil est venu enfin,
Sur des membres qui ont couru violemment.
Qu'est-ce d'autre que la tombée de la nuit ?
Non, non, pas la nuit mais la mort ;
Etait-ce une mort inutile après tout ?
Car l'Angleterre peut garder la foi
En tout ce qui est fait et dit.
Nous connaissons leur rêve ; suffisamment
Pour savoir qu'ils ont rêvé et sont morts ;
Et si un excès d'amour
Les avait déroutés jusqu'à ce qu'ils meurent ?
Je le note en vers -
McDonagh et MacBride
Et Connolly et Pearse
Maintenant et dans les jours à venir,
Partout où le vert est défraîchi.
Ils ont changé, changé complètement ;
Une beauté terrible est née.
William Butler Yeats, Easter 1916.
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Elle sentit son toucher dans son esprit, froid comme la glace et pourtant étrangement hésitant. C'était une situation qu'il ne pouvait pas comprendre - et Voldemort craignait ce qu'il ne connaissait pas.
En sécurité dans sa tour de siège, le Maître Espion découvrit ses dents dans un rictus rieur. Elle devrait le faire plonger plus profondément, l'attirer avec un challenge qu'il ne pourrait pas refuser.
Comme si elle venait seulement de remarquer son contact mental, elle fit frissonner son corps et rejeta la tête en arrière. Intérieurement, elle érigea hâtivement une barrière de défense, juste devant le panel de fausses images qui protégait réellement son esprit, si fine et pleine de trous qu'elle était de manière évidente le travail d'une débutante. Mais après tout, Voldemort n'avait jamais su qu'elle était une Occlumens.
La barrière, grossière et loin d'être discrète, attira son attention exactement comme elle l'avait espéré, et la pure impertinence de ses efforts changea sa prudence en rage.
Plus de précautions, plus de suspicion. Il plongea en elle, ses griffes d'acier déchirant sa défense factice, et elle cria, tomba à genoux et laissa pendre sa tête mollement sous l'attaque.
Elle sentit du sang couler de son nez et de ses lèvres, sentit le regard des Mangemorts sur elle et la présence de Harry et Ron à ses côtés, puis elle abandonna son corps physique, sachant qu'elle aurait besoin chaque once de sa force et de son esprit pour gagner cette bataille.
L'écho de son propre cri encore dans les oreilles, elle plongea en elle, plongea au delà de la présence glacée de Voldemort, passa ses barrières et ses pièges jusqu'aux fondations même de son esprit, où sa magie demeurait cachée comme une bête en sommeil. Elle la réveilla, et alors qu'elle rugissait de colère devant cette intrusion, elle sourit. Il était temps de montrer à Voldemort contre qui il se battait réellement.
Alors qu'elle se fondait dans son noyau, devenait qu'un avec les boucliers qui protégeaient son esprit et ses secrets, elle fut pour la première fois reconnaissante pour ce qu'il lui était arrivé. Elle n'aurait pas pu tenir contre lui avec ses anciens boucliers. Aucun Occlumens normal ne pouvait se mesurer au Seigneur des Ténèbres et gagner.
Mais elle était différente maintenant. Son esprit s'était effondré et avait été reconstruit par un maître. Sans défaut. Entier. Sans faiblesse ou inconsistance. Personne n'avait jamais possédé de tels boucliers. Elle lui montrerait ce qu'elle pouvait faire.
Du bout des doigts, elle sélectionna des images de son esprit, des conversations secrètes avec Severus, des chuchotements intimes avec Lucius, des choses que même le Seigneur des Ténèbres ignorait à propos de ses partisans. Elle les rendit fins et transparents, comme des fantômes dans le vent, et les envoya en quête de lui, pour le trouver, danser autour de lui et dérouter ses sens.
Elle ne faisait maintenant qu'un avec ses boucliers, elle put donc traquer son esprit à travers l'étendue plate de sa première couche, put le voir se raidir devant l'image innocente d'une lycéenne, cherchant en vain une explication à sa présence.
Puis, ses messagers le trouvèrent, l'atteignirent, et il essaya de les attraper seulement pour les voir s'évanouir, sombrer dans fonds sans fin de son esprit. Elle ouvrit ses défenses pour lui, le laissa suivre les images de plus en plus profondément, au delà de son jardin de l'esprit, au delà de ses secrets et de ses pensées, bien protégés par des barrières invisibles.
Il ne les remarqua même pas. Toute son attention était fixée sur les images qui pourraient tout lui expliquer. Il était impitoyable, obsédé par sa poursuite de la connaissance et du pouvoir, et c'est cette faiblesse qu'elle exploitait maintenant.
Il la pensait vaincue, pensait que la fine barrière qu'elle avait érigée était la seule chose qu'elle dresserait contre lui.
Dans sa tour, elle sourit. Dans sa tour, elle prépara ses vraies armes.
Dans un geste de la main, elle sonda dans son esprit tous ces moments de douleur, de peur, de panique, l'humiliation qu'elle avait subie à ses pieds, le désespoir qu'elle avait ressenti en sa présence.
Elle les rassembla.
Jadis, seule une fraction de son passé avait été suffisante pour enseigner la haine à Ron. Aujourd'hui, elle utiliserait sa globalité contre Voldemort.
Il se hâtait toujours plus bas, fendant les souvenirs et les pensées, tombant plus profondément dans la noirceur de son esprit, et pendant tout ce temps elle forgea ses souvenirs, les transformant en piques, acérés, froids, impitoyables et plus dur que ce que tout ce que les hommes ou les sorciers pouvaient faire.
Avec précautions, elle posa son piège, le borda de lames, de crochets et de piques, l'entoura d'acier et l'habilla de noir pour masquer son vrai but.
Mais elle ne pouvait pas se fier à sa cécité. Aussi puissante qu'elle était, il était le Seigneur des Ténèbres, et elle ne laisserait pas l'issue de la bataille reposer sur son ignorance. Elle devait le distraire.
Laissant un fragment d'elle sans ses protections pour donner l'illusion, elle remonta aux frontières de son esprit d'un mouvement simple et fluide, s'élevant alors qu'elle sentait l'esprit de Voldemort poursuivre les images perfides, de plus en plus profondément dans les tréfonds de son esprit.
Elle releva la tête, et alors que ses yeux restaient fixés dans le regard brûlant de Voldemort, elle n'eut besoin que de sa vision périphérique pour garder un oeil sur les Mangemorts, pour les voir choqués et pourtant fascinés par son geste inattendu, pour voir Lucius s'éloigner doucement d'eux en reculant, son visage tiquant comme une horloge cassée, et pour voir deux autres formes sombres avancer vers elle et le Seigneur des Ténèbres.
Elle vit aussi de la conscience dans ses yeux. Il avait remarqué son retour à la surface, et sans même y penser, une part de lui l'avait suivie. Sans même y penser, sa méfiance habituelle avait fait revenir une fraction de son esprit dans son corps, juste assez pour se protéger.
Juste assez pour affaiblir sa présence sans son esprit.
Et pourtant une grande part de lui était toujours en elle, courant après les souvenirs, essayant de voir qui l'avait trahi, essayant de savoir pourquoi son plan si bien préparé avait été interrompu.
Ses griffes d'acier déchiraient son esprit, des mains de feu écartait tout ce qui se trouvait sur son chemin.
Elle savait qu'elle ne serait pas capable de continuer comme ça bien longtemps, mais elle n'en aurait bientôt plus besoin. Tout ce dont elle avait besoin était d'une minute, juste celle là, ce moment précieux...
De plus en plus près, de plus en plus près, de plus en plus profond, de plus en plus profond… Là !
Le corps physique de Voldemort se raidit alors qu'elle referma le piège, et dans ses yeux elle put lire qu'il eut soudain conscience de ce qu'elle était en train de faire.
C'était trop tard. Les piques blindés de ses souvenirs se refermèrent sur lui, criblant son esprit de blessures douloureuses, l'attrapant avec des crochets faits de peur et de panique alors que tout autour de lui les murs d'acier se refermaient sans traces, ne laissant pas de coins ou de fente par où s'échapper.
Elle grogna tout en renforçant ses défenses, et alors qu'elle mettait la cage en mouvement, son corps se leva sur ses pieds comme s'il était en auto pilote, seulement à moitié consciente ce qu'elle faisait ou disait mais déterminée à donner aux Mangemorts le spectacle qui les distrairaient pendant les quelques instants dont les autres avaient besoin.
Dans sa cage, l'esprit de Voldemort hurlait de colère. À l'extérieur, un filet rouge apparut sur le blanc de sa peau. Elle avait fait jaillir le premier sang.
Elle le tira plus profondément avec elle, à travers les eaux noires de son désespoir, vers les monstres errants, et aucune de ses griffes, ni sa magie ni son pouvoir n'étaient assez forts pour résister aux milliers de crochets qui l'avaient attrapé.
Il avait renforcé les pointes qui le tenaient maintenant. Il les avait forgé avec sa cruauté et sa folie, et il n'y avait rien dans son esprit qui pouvait se dresser contre sa propre terreur.
Quand les eaux atteignirent son visage, il convulsa, tenta de résister dans un dernier refus d'abandonner, et elle claqua sa détermination sur lui, un choc d'acier et de lumière, et elle poussa, poussa… jusqu'à ce que les vagues se referment au dessus de sa tête.
Elle fila vers le haut, se reconnectant avec son nez, ses oreilles et sa langue, et elle ne put empêcher un sourire de danser sur ses lèvres alors que ses yeux se posaient sur le corps de Lord Voldemort, vide pour l'instant comme une maison abandonnée.
"Tu es tellement foutu," murmura-elle, donnant ainsi le mot de passe qu'elle avait établi, et tout autour d'elle, les falaises explosèrent les unes après les autres.
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D'un autre mouvement de baguette, Remus envoya un message aux Auros qui auraient besoin de quelques minutes pour se joindre au combat. Il sentit chaque muscle de son corps vibrer de tension alors qu'il regardait deux Mangemorts pas très loin derrière Voldemort se précipiter en avant en sortant leurs baguettes. L'un d'entre eux commença à jeter des sorts vers son compagnon Mangemort, alors que le second commençait à murmurer une incantation.
Soudain, une barrière lumineuse se déploya autour des Gryffondors, Voldemort et une petite portion des Mangemorts, les entourant comme une cloche en verre et ne laissant aucune échappatoire. Elle avait l'air magnifique, bien plus impressionnante que quand Filius et Minerva leur en avait décrit les effets, et les cristaux qui l'ancraient détenaient tant de puissance que même Voldemort ne pourrait l'abattre rapidement ou facilement.
Bien joué, pensa Remus, et comme s'ils l'avaient entendu, les deux Mangemorts enlevèrent leurs masques et leurs capuches, révélant les visages de Draco, qui décimait toujours leurs ennemis avec une efficacité de sang froid, et Severus, traversant l'aire de la cloche magique à grand pas, des Mangemorts s'écroulant à sa droite et à sa gauche sous ses sortilèges.
Les yeux de Remus filèrent une nouvelle fois vers Harry et Ron, qui avaient maintenant laissé tomber toute feinte de surprise ou de terreur et qui à la place s'étaient joints au combat. Draco et eux s'étaient positionnés autour d'Hermione pour la protéger de tout sort qui aurait pu voler vers elle et briser sa concentration.
Parce qu'Hermione, silencieuse alors qu'elle se tenait là, se battait plus dur que n'importe lequel d'entre eux, s'assurant que Voldemort soit hors d'état de nuire pour le moment.
Un autre regard lui assura que Severus avait presque atteint la forme figée de son ancien Maître et il hocha la tête, convaincu que les jeunes membres de l'Ordre s'en sortiraient.
Puis, Remus sauta sur ses pieds et annula le sort de dissimulation présent sur leur cachette. Kingsley, Maugrey et Tonks à ses côtés, il courut à la rencontre de ses ennemis, une dernière fois.
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Derrière le halo doré de leur barrière, Harry pouvait voir les membres de l'Ordre et les Mangemorts engager le combat. Il vit Remus passer en courant et il aperçut un fragment d'Albus et Minerva, se battant dos à dos, mais la plupart de son attention était fixée sur Voldemort et les Mangemorts qu'ils avaient enfermé avec eux.
Ça avait été la seule façon de faire, et bien que ça soit la part du plan que Harry aimait le moins, il voyait maintenant qu'il n'aurait pas dû s'inquiéter. Avec Draco et Severus se battant parmi eux, la douzaine de Mangemort ne faisait pas le poids.
Mais ils avaient été surpris, pensa-il alors qu'il en abattait un avec un Petrificus et qu'il le ligotait d'un autre mouvement de baguette, et ils n'avaient aucune idée de ce qui était en train d'arriver à leur Maître.
Harry exécuta un sort de découpe parfait et s'agenouilla pour éviter l'Avada Kedavra qui vint en réponse. Même pour lui, qui savait exactement ce qu'il était en train de se passer, Voldemort avait l'air étrangement effrayant, à juste se tenir là, figé comme une marionnette.
Mais ça ne durerait pas, pensa Harry avec un sourire sombre en pointant un autre Mangemort. Voldemort ne resterait pas debout très longtemps.
Les Mangemorts à l'intérieur de la cloche magique étaient réduits à quatre quand Harry sentit Hermione frissonner à sa gauche.
"Maintenant !" cria-elle d'une voix rauque, et soudain, Severus était au côté de Voldemort, tuant ses deux gardes sans sourciller.
Tout sembla se ralentir, chaque mouvement amorcé en fond de la bataille, alors que Severus faisait décrire un large arc de cercle à sa baguette, tranchant à travers la peau et les os, du sang jaillant de la soudaine blessure comme une fontaine.
Là où s'était trouvée la main droite du Seigneur des Ténèbres, seul un moignon dépassait, pointé vers Hermione. Severus l'avait coupée comme un roseau.
La bile monta dans la gorge de Harry alors qu'il regardait la main tressaillir, la baguette toujours serrée dans ses doigts maintenant inutiles, et il se souvint soudain de la main de Pettigrow, tant d'années auparavant, sombrant dans le chaudron comme un chose morte.
Voldemort hurla, de la rage et de la douleur dans la voix, et Hermione cria en même temps que lui. Son corps tremblait violemment, du sang coulant de ses narines et rougissant ses lèvres.
"Harry," murmura-elle. "Je ne peux pas…"
"Severus !" mugit Harry, et l'homme à la cape noire virevolta, visa et lança la main.
Harry l'attrapa facilement, son estomac se soulevant au contact de la texture visqueuse de la peau de Voldemort, et atteignit leur petit autel en trois pas hâtifs.
Il jeta la main dans le chaudron et regarda le liquide qui était dedans devenir rouge profond.
"Bien," murmura-il pour lui même. "Allons-y."
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Severus vit Hermione tomber à genoux sous la douleur, vit Harry laisser tomber la main dans la potion d'ancrage et commencer l'incantation, et il se retourna à temps pour voir la lueur de conscience revenir dans les yeux de Voldemort.
Il leva la baguette du Seigneur des Ténèbres, 33,75cm, if, coeur en plume de phénix. Une baguette autrefois belle, mais maintenant tordue et corrompue comme son propriétaire.
Il vit les yeux de Voldemort s'écarquiller, vit le moignon de son bras bouger comme s'il essayait de l'attraper.
Et Severus la brisa en deux.
Le son fut étrangement fort, et pendant un moment, le chaos autour d'eux s'arrêta, ne laissant que son ancien Maître et lui, et les restes de son pouvoir brisé.
Puis Voldemort hurla de douleur et de colère, un son tenant plus de la bête que du sorcier, et pour la dernière fois, Severus sentit la douleur de ce qui aurait pu être faire écho en lui.
"Severus !" rugit le Seigneur des Ténèbres. "Je te tuerai pour ça !"
"Non, Monseigneur," répondit calmement Severus, se sentant étrangement triste. "Je ne pense pas que vous le ferez."
Il frappa et son poing atteignit le nez de Voldemort avec un craquement des plus satisfaisant. Voldemort recula en trébuchant, sa main restante se levant en signe d'incrédulité.
Il envoya une vague de froid et de vent vers Severus, mais il bloqua son sort facilement. Voldemort était encore désorienté de son combat mental, aveuglé par la douleur et l'incrédulité, et affaibli par le sang qui coulait toujours de sa blessure.
Il n'était pas de taille contre Severus.
"Regarde autour de toi," dit Severus, presque tendrement, et comme un enfant coincé dans un cauchemar, le Seigneur des Ténèbres suivit son ordre.
Ses yeux voyagèrent le long de la cloche magique, trouvant ses partisans à l'extérieur en train de se battre contre les membres de l'Ordre et les Aurors, et il réalisa seulement à ce moment là que le vent avait tourné et qu'il était seul et sans baguette, enfermé avec ses pires ennemis.
Pour la première fois, Severus vit la peur sur son visage de serpent.
"Bienvenue dans la bataille, Monseigneur," murmura-il. "Ça sera votre dernière."
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"Cinq secondes," cria Harry, juste au moment où Ron ligotait et bâillonnait son dernier Mangemort.
Il se retourna, ses yeux filant encore une fois vers leur cristal d'ancrage pour s'assurer qu'ils étaient en sécurité. Leur plan reposait sur la barrière magique que Minerva avait appelé leur cloche de sécurité, et pendant que Severus et Draco avaient placé les cristaux d'activation parmi les Mangemort peu de temps auparavant, seul celui là, caché derrière l'autel, pouvait être utilisé pour désactiver la barrière. Il revenait à Ron de le surveiller, le garder isolé du reste de la bataille assez longtemps pour en finir avec Voldemort.
Ron réprima un autre frisson à la pensée qu'il se tenait vraiment devant Voldemort. Il avait entendu les récits de Harry, bien sûr, et il avait vu les souvenirs d'Hermione, mais c'était quelque chose d'entièrement différent.
Il pouvait sentir le pouvoir de Voldemort tournoyer autour d'eux, il pouvait sentir sa magie se glisser dans leurs âmes même maintenant, alors qu'il était blessé et confus.
Pendant un moment, Ron se sentit fier à la pensée que ses amis, Harry, Hermione, et même Snape, aient résisté contre ce sorcier à maintes reprises, et il perdit l'espoir qu'il ne puissent jamais le défaire. Mais pour l'instant, leur plan avait parfaitement fonctionné, et pourtant Ron ne pouvait toujours pas croire que Voldemort soit tombé aussi facilement dans le piège d'Hermione.
Ils avaient dupé le sorcier le plus sombre de tous les temps et lui, Ron Weasley, avait participé. Ron se souvint des frères de sa mère, du père de sa mère, des cicatrices sur l'âme de sa soeur. Trois générations de Weasley s'étaient battues contre ce mal, s'étaient battues et étaient mortes, et lui aiderait finalement à y mettre fin.
"Maintenant ! Tous ensemble !" beugla Harry, qu'on aurait pu confondre avec Maugrey pendant un instant, et Ron pris une grande inspiration.
Sa baguette sembla dessiner l'affreux signe dans les airs de sa propre volonté.
"Avada Kedavra," siffla-il, concentrant sa colère, toute sa haine devant leur monde en souffrance, et vit un épais faisceau de lumière verte quitter sa baguette et heurter le torse du Seigneur des Ténèbres, imité par les sorts de Harry, Hermione, Draco et Severus.
Voldemort trébucha, un halètement de douleur sur les lèvres. Mais il resta debout.
"Encore !" cria Harry. "Concentrez-vous ! Avada Kedavra !"
Une nouvelle fois, les affreuses lumières vertes sortirent de leurs baguettes, mais cette fois elles semblèrent se fondre ensemble, devenant plus sombres et à la fois plus brillantes, et elles frappèrent Voldemort avec le bruit de mille voix criant leur colère.
Dans son dernier instant, le Seigneur des Ténèbres leva les yeux vers eux, vers le front uni de ses ennemis. Ron Weasley, traître à son sang. Le fils de son bras droit et son ancien Maïtre des Potions, leurs capes noires volant dans le vent. Hermione, la fille qui l'avait trahi jusqu'à la fatalité. Et Harry Potter, le Survivant, l'Elu, le garçon qu'il avait craint comme aucun autre.
Se tenant tous ensemble, joignant leur conviction, et peut-être que Voldemort réalisa à ce moment là qu'il n'avait eu aucune chance, qu'un tel pouvoir ne pouvait être vaincu par la terreur, qu'il ne serait jamais abattu par la peur.
Peut-être qu'il réalisa qu'il n'avait jamais pleinement compris pour quoi il se battait.
Puis il s'écroula au sol, le moignon de sa main droite serré contre son torse, un air inquiet sur le visage.
Le Seigneur des Ténèbres était mort.
Ron se sentait sur le point de s'évanouir.
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Draco sentait son coeur battre sauvagement dans sa poitrine alors qu'il regardait le Seigneur des Ténèbres tomber à genoux, puis basculer doucement en arrière, jusqu'à ce qu'il repose sur le sol, silencieux et très immobile.
Le moment qu'ils avaient attendu et pour lequel ils avaient tant travaillé depuis qu'Hermione s'était assise à côté de lui au bord du Grand Lac, tant de mois auparavant, était arrivé.
Voldemort était mort, et pendant un moment, Draco sentit la pulsion complètement irrationnelle de baisser sa baguette en signe de respect, pour honorer ce moment qui allait tout changer.
Mais bien que la lueur dans ses yeux était éteinte ils n'avaient pas encore fini, et un temps précieux s'était déjà écoulé entre leurs doigts, perdu pour toujours.
"Harry !" cria-il. "Commence le rituel, vite !"
Harry leva les yeux du chaudron, et par dessus l'autel, leurs regards se croisèrent.
Draco pouvait voir la peur de Harry, sa panique que quelque chose se passe mal à la dernière seconde. Draco ne l'enviait pas. Jusqu'à cet instant, leur plan avait été un travail d'équipe, mais maintenant la responsabilité reposait seulement sur les épaules de Harry. Il était le seul à pouvoir le faire. Et Harry avait peur de se tromper.
Mais après une seconde interminable, il hocha la tête, la main serrée autour de sa baguette, les lèvres blanches de tension.
"Élevé depuis la tombe et les cendres, élevé depuis le sang et les os," commença-il à psalmodier, sa voix s'élevant de plus en plus jusqu'à crier par dessus les bruits du combat. "Ton corps et ton âme déconnectés, je t'appelle dans ta demeure."
"Ça a commencé," hurla Weasley, et Draco se retourna, baguette levée, pour voir une sorte de fumée blanche se former au dessus du corps du Seigneur des Ténèbres. Elle tourbillonnait sur elle même, comme du brouillard en hiver, et Draco dut retenir un frisson.
C'était terrifiant. Les artefacts de magie noire, les sorciers un peu fous, les sortilèges impardonnables, il avait grandi avec ça, mais un mort, même sorcier, devait rester mort. Cette fumée amorphe, se rassemblant doucement en forme humaine, ce brouillard d'âme était une erreur au niveau existentiel.
Draco sentait son horreur jusque dans ses os, et la pensée que Harry ait affronté ça à juste onze ans força son admiration pour le Gryffondor à augmenter encore.
"Maintenant !" cria Hermione, son visage, lui aussi, rempli d'horreur. "Il est presque prêt à se lever !"
Et Harry, seul devant l'autel, hocha la tête, leva un couteau d'argent et s'entailla le bras, très près de l'endroit où la lame de Pettigrow l'avait percé autrefois. Il laissa le sang couler dans le chaudron.
"Le sang de ton ennemi, le sang de ton sang, la magie de la foi et de l'amour," cria-il d'une voix rauque, la magie tourbillonnant autour de lui comme une cape. "Je t'ancre, je t'ancre, je t'ancre avec la magie et le sang !"
La fumée commença à frémir, essayant de s'éloigner de Harry et du chaudron, mais des mains invisibles semblaient la traîner plus près. Le blanc s'assombrit vers le vert du sort de mort, et le brouillard forma un visage, des trous noirs en guise d'yeux, la bouche grande ouverte en parodie de cri.
Soudain, le sol sous les pieds de Draco commença à vibrer, et un son perçant pénétra l'air, de plus en plus fort jusqu'à ce qu'il remplisse sa tête, rendant impossible de penser à quoique ce soit d'autre. Draco vit Weasley à sa gauche tomber à genoux et protéger ses oreilles de ses deux mains, il vit la bataille à l'extérieur de leur cloche cesser, tous les yeux se tourner vers eux.
Il vit le monstre vert grandir et devenir plus sombre, se remplir alors qu'il se dessinait devant eux, ayant maintenant plus un crâne qu'un visage. Même la terre semblait grogner de douleur. L'air avait le goût de magie et de sang.
Harry psalmodiait toujours, bien que son visage soit horriblement blanc, psalmodiait les mots du rituel sans faiblir, sa baguette fermement tenue dans sa main.
Et doucement, centimètre par centimètre, l'esprit de Voldemort fut tiré jusqu'au chaudron.
Il s'agrippa à la poignée, sa bouche blanche ouverte dans un rugissement silencieux, la forme contre-nature frissonnant et se convulsant.
Mais il était sans recours contre la magie de Harry, contre le sang qui avait coulé dans ses propres veines. Trois ans auparavant, le dernier soir du Tournois des Trois Sorciers, Voldemort s'était élevé à l'aide du sang de Harry. Il l'avait marqué comme son égal, comme un ennemi assez valeureux pour défaire le rituel.
Et égaux, ils l'étaient maintenant, la volonté de Harry égalant la sienne, sa détermination à mettre fin au règne de Voldemort aussi forte que la peur de mourir désespérée de Voldemort.
Mais Harry avait ses amis, se tenant à ses côtés, lui donnant de la force. Il avait l'amour de ceux qui l'entouraient, et de ceux qui étaient morts pour le protéger, et aux traits de son visage, à la droiture de son dos, Draco vit la volonté d'honorer cet amour.
Harry n'échouerait pas.
Et finalement, même la force d'un être presque immortel, du plus puissant et malfaisant sorcier que leur monde avait jamais vu, ne put défier cette volonté.
Avec une lamentation de profonde tristesse, le brouillard d'âme perdit sa forme. Il fut aspiré dans le chaudron, aspiré dans la main qui lui avait jadis appartenu, et dans un dernier effort, Harry les scella ensemble, le corps et l'âme, la magie et la volonté.
Des flammes apparurent subitement dans le chaudron, blanches et chaudes, se consumant trop rapidement pour être naturelles, faisant bouillir la potion, fondre l'argent, mangeant la main jusqu'à ce que rien ne subsiste, même pas des cendres.
Le Seigneur des Ténèbres était détruit. Il ne marcherait plus jamais sur cette terre.
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Pendant un moment, Harry ferma les yeux. Il prit une grande inspiration pour se calmer, l'esprit et le coeur trop remplis qu'il ne savait pas quoi penser.
Il avait envie de rire et pleurer, d'étreindre tout le monde autour de lui et de dormir pendant une semaine.
Mais ensuite il pris conscience que la bataille faisait de nouveau rage à l'extérieur de leur cloche de protection.
Certains membres de l'Ordre avaient avancé que les Mangemorts se rendraient un fois que leur Maître serait mort, mais il semblait qu'Hermione et Severus avaient encore une fois eu raison - les Mangemorts ne se jetaient que de plus belle dans le combat, plus fièrement qu'avant, sachant qu'il ne restait plus rien pour les protéger à présent.
La plupart étaient des hommes recherchés, et peu avaient les ressources de se racheter, pas publiquement. Comme les boucliers étaient toujours en place, leur seule chance était de les vaincre et de fuir le pays. Il ne s'agissait plus de simplement suivre les ordres de leur Seigneur, la bataille était devenue un combat pour la survie, et Harry n'avait pas besoin de voir la tension sur le visage de certains Aurors pour savoir que les Mangemorts avaient encore une chance de gagner.
Harry ne pouvait pas encore se permettre d'être soulagé.
Il rencontra tout à tour les regards de ses amis, vit l'inquiétude de Ron, la fierté absolue qu'avait Draco envers lui, la fière concentration de Severus et la fièvre de la bataille qui consumait toujours Hermione.
"Prêts ?" demanda-il doucement, et ils hochèrent la tête. "Prêts."
Ses mains ne tremblaient pas quand il atteignit le cristal et qu'il commença à abattre leur protection.
D'une certaine façon, ça ressemblait au début d'un match de Quidditch - tout semblant plus fort, les couleurs plus vives, l'adrénaline remplissant son corps de vie.
Il fit un mouvement de baguette pour achever le sort et plongea sur la gauche en même temps, sentant plus qu'il ne vit la barrière disparaître. Leur petit groupe s'était dispersé en un battement de coeur, utilisant les rochers et les monticules pour se dissimuler comme ils l'avaient appris.
Il vit Hermione danser devant lui, du feu vrombissant sans ses paumes, engloutissant sa première victime, il vit les Mangemorts tomber comme des poupées de chiffon sous les sorts de Severus, et soudain, il sentit un fier sourire fleurir sur son visage.
Oui. C'était comme du Quidditch. Sauf qu'il avait déjà attrapé le Vif d'or. Le reste ne serait que du nettoyage.
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Remus ne savait pas depuis combien de temps durait la bataille quand les Aurors les rejoignirent.
Un moment, l'Ordre tenait à peine sa position, le suivant des hommes et des femmes en tenue de combat se déversaient des grottes, complétant leurs rangs et renversant la vapeur.
Remus attaqua et se défendit, esquiva et chargea, tout le temps conscient du petit groupe sous la cloche magique. Il vit la douleur sur le visage d'Hermione, la fier triomphe sur celui de Severus, la peur sur celui de Harry.
Il vit le Seigneur des Ténèbres détruit, et pendant une seconde, moment infini, il fut de nouveau jeune, au mariage de Lily et James, son meilleur ami Sirius à ses côtés. Le monde s'ouvrit devant lui, toutes ces possibilités et ces chances qu'il avait oubliées depuis longtemps, sa malédiction facile à supporter dans la perspective d'une vie avec ses amis devant lui.
Peut-être que c'était de nouveau possible.
"C'est fini," murmura-il, voyant le sourire contagieux de Sirius, les cheveux toujours en bataille de James, le sourire chaleureux de Lily. "Vous pouvez reposer en paix maintenant."
Mais il restait une dernière chose à faire ce soir là, pensa-il alors qu'il abattait et ligotait un autre Mangemort et que la barrière disparaissait dans un sifflement.
Une dernière chose avant qu'il puisse vivre sa vie.
"Je protégerais votre fils ce soir," jura-il aux visages dans son esprit. "Je ne vous décevrais pas."
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Finalement, la guerre n'était rien d'autre qu'une potion compliquée. Une gamme d'actions et de contre actions variées, et chaque faux pas serait toxique.
Mais si vous possédiez le talent, si vous aviez la capacité - après tout, tout ce que ça demandait était de la concentration et de la précision. Avancer, trancher et esquiver- Severus ne bougea pas d'un poil alors que le sang éclaboussait son visage.
Un pas sur le côté pour éviter un Avada, un autre vers l'avant pour mettre son prochain ennemi à portée.
Un mouvement de baguette latéral et un Mangemort attaquant Tonks fut immobilisé. Elle cria un remerciement, trop occupée pour se retourner. Il se baissa sur un genou et envoya un sort au ras du sol pour passer sous le bouclier humain d'un autre homme en cape noire.
Précision. Concentration. La guerre n'était pas le lieu pour les émotions, ni l'endroit où être dramatique.
Et ne jamais hésiter. Couper un foie de dragon, tuer un homme. Mélanger la potion, protéger les arrières d'un ami. Couper et maudire, ensorceler et trancher. Ne jamais hésiter, ou vous seriez mort avant de toucher le sol.
Celui là visait Harry - l'attraper avant qu'il ne te remarque. Celui là essaie d'attaquer Minerva par derrière. Découpe le.
Sa baguette était dans sa main droite, son couteau dans la gauche, et il les utilisait tous les deux, ne se souciant pas duquel tâtait chaque ennemi, tant qu'ils ne se relevaient pas.
Ses yeux trouvèrent Hermione, un sourire sur les lèvres, éviscérant un Mangemort et découpant son partenaire d'un même sort.
Il n'avait jamais vécu ça - la luxure de la bataille et la rage, bien qu'il ait été un homme fâché la plupart de sa vie. Mais sur le champ de bataille, il était aussi froid qu'un chirurgien.
Pas le temps pour la satisfaction alors qu'il croisait le regard de Yaxley, juste assez longtemps pour le faire hésiter. Ne jamais hésiter.
Jamais.
Il avait oublié Yaxley juste avant que sa tête ne heurte le sol.
Esquiver. Attaquer. Brûler. Déchirer.
Hermione traçait à travers les rangs de ses ennemis comme une force de la nature. Maugrey tombait au milieu d'eux et les retenait par la seule force de sa volonté. Albus laissait le feu et les vagues les écraser au sol.
Mais lui préférait les prendre un par un.
Méthodiquement. Précisément. Comme préparer une potion, la mélanger, la laisser infuser, l'ammener au point d'ébullition. Garder le contrôle absolu.
Mais personne ne l'avait encore accusé d'avoir de la pitié.
ooo
Je peux le faire, pensa Draco, les mâchoires serrées si fort qu'il en aurait mal le lendemain matin. J'ai été entraîné pour ça. Je suis né pour ça !
Des cris, des explosions, du sang tout autour de lui, des flashs de lumière illuminant la nuit. Les Mangemorts perdaient du terrain, mais ils se battaient toujours, et tous les corps qui jonchaient le sol ne portaient pas les robes noires de leurs ennemis.
Ils se battaient toujours, et juste un sort était suffisant pour tuer ses amis, juste un sort pouvait vous ralentir et faire de vous une cible facile.
Il restait aussi proche de Harry que possible, sachant qu'Hermione comptait sur lui pour ce faire. Elle était quelque part dans la masse, trop sujette à la haine pour protéger efficacement Harry, mais dans ses robes noires et avec ses cheveux argentés, il passait inaperçu. Beaucoup de Mangemorts ne le reconnaissaient pas comme un ennemi avant qu'il ne soit trop tard. Et il faisait bon usage de ce fait.
Puis soudain, trois d'entre eux lui tombèrent dessus, de la fureur dans les yeux, les baguettes faisant pleuvoir des sorts sur lui.
Met toi à l'abri, s'ordonna Draco, mais il n'y avait pas d'abri. Juste des sortilèges.
L'un le toucha à l'épaule, un autre écorcha sa cuisse et il tomba à genoux, son bouclier tenant à peine.
Je suis désolé, pensa-il. Je suis tellement désolé Harry. Je t'ai promis que nous nous en sortirions tous. Mais il semble que j'aie menti.
Il vit la lumière froide du sort de mort se former sur le bout d'une baguette, sut qu'il ne pourrait pas le manquer. Mais il refusa de détourner le regard.
Si c'était sa fin, il voulait aller à sa rencontre les yeux ouverts.
Il mourrait comme un Gryffondor.
Le sort quitta la baguette et fila vers lui, atteignit le sommet de sa courbe et redescendit vers lui…
… seulement pour finir sur une planche de bois qui fut conjurée entre le sort et lui au dernier moment.
Draco leva les yeux vers le double visage de Fred et George Weasley, qui étaient à présent en train de pétrifier et entraver ses assaillants.
"Attention, jeune Draco," dit l'un d'entre eux. "Nous ne pouvons pas laisser…
"Le seul Weasley blond…"
"Être blessé..."
"N'est-ce pas ?"
"Merci," murmura Draco d'une voix rauque, mais ils étaient déjà partis, traçant à travers le champ de bataille, l'un couvrant l'autre, des explosions illuminant la nuit sur leur passage.
"Merci," murmura-il encore, puis il se retourna pour reprendre le combat.
Juste pour rencontrer le regard froid de Lucius Malfoy.
"Père," déglutit-il, sentant sa présence comme un coup de poing dans le ventre.
"Draco." C'était un miracle pour Draco de voir que son père, au milieu de tout ce chaos, avec son Maître mort et son futur réduit en lambeaux, puisse paraître si maître de lui, si incroyablement arrogant.
"Je ne pense pas t'avoir invité ici," dit Lucius d'une voix traînante, bloquant son chemin comme si c'était la chose plus naturelle du monde de se croiser ainsi sur le champ de bataille, ses robes en lambeaux et ses cheveux décoiffés, mais se tenant toujours comme un roi.
"En effet," répondit Draco, ne se souciant pas d'être plein de sang et de sueur ou que son visage montre plus d'émotions que ce que son père tolérait. "Mais je suis venu quand même."
Et il leva sa baguette pour la pointer pile entre les deux yeux de son père.
"Je vois," répondit Lucius, il y avait une myriade de choses implicites dans ces mots. "Je vois."
Pendant un instant, son visage perdit sa façade de désintérêt travaillé, trahissant à quel point son père était las, à quel point il était vieux. Pendant un instant, Draco se souvint de son enfance et de comment son père avait été son héros, incapable de se tromper.
Pendant un moment, il voulut baisser sa baguette. Puis il se souvint d'Hermione, se tordant sous le Doloris et comment Lucius avait ri. Comment Draco s'était joint à lui.
"Alors, mon fils. Vas-tu me tuer maintenant, ou es-tu trop faible pour ne pas aller jusqu'au bout de ta trahison ?"
"Je ne suis pas faible," siffla Draco, la fureur voilant son esprit, un sort de mort déjà prêt à franchir ses lèvres. "Et j'ai attendu ça pendant longtemps."
Lucius était toujours plus amusé qu'effrayé.
"Alors fais-le," murmura-il. "Assassine ton propre père, Draco. Fais-le."
Il remarqua immédiatement sa présence de Harry à ses côtés, sans avoir à regarder. Son ami sentait le sang et les flammes, mais il était là à sa gauche, et sa voix perça le voile rouge de sa colère.
"Ne le fais pas." dit-il doucement, et Draco put de nouveau respirer.
ooo
Harry vit les Mangemorts fondre sur Draco et eut envie de crier de rage et d'impuissance. Il était trop loin pour atteindre son ami, trop loin pour faire quelque chose, et il ne pouvait pas regarder ça !
Mais ensuite les jumeaux furent là, sauvant Draco avec leur facilité coutumière et s'enfuyant avant qu'il ne soit remis. Où ils passaient, les Mangemorts changeaient de couleur, des morceaux de leur corps se métamorphosaient ou des explosions éclairaient les alentours. Severus avait été bien avisé de demander à ce qu'ils soient membres de l'Ordre, pensa Harry, ébloui.
Il s'assura que Draco était hors de danger, puis se retourna en quête d'autres situations dangereuses. Mais la bataille se calmait où qu'il regarde, et certains Aurors avaient déjà commencé à rassembler leurs prisonniers.
C'était seulement aux alentours d'Hermione et Severus que le combat continuait, et c'était une chose fière et moche, sans doute alimentée par la haine que les Mangemorts devaient ressentir pour les traîtres de leur milieu.
Ils devaient savoir à présent que la défaite serait inévitable, mais ils semblait qu'ils étaient déterminés à emporter les responsables de leur chute avec eux.
Harry se serait inquiété si l'inhumaine efficacité de Severus et Hermione n'avait pas été en train de décimer leurs ennemis. Tous les deux ne semblaient pas se soucier de s'il blessaient ou tuaient, mais là où Severus n'était que froide précision, Hermione incarnait la folie de la bataille.
Severus essayait apparemment de rester proche d'Hermione, plus concentré sur cet objectif que sur l'incapacitation de ses anciens collègues, mais Hermione riait et tuait avec un appétit aussi grand, une femme folle sur le terrain de jeu de la mort.
Pendant un instant, elle rappela Bellatrix à Harry, se tenant là à crier des défis dans le vent, tuant et mutilant sans s'en soucier, et Harry frissonna.
Mais ça n'était pas Hermione, se rappela-il, c'était la personnalité qu'elle appelait le Maître Espion, et comme elle l'avait fait il y avait tant de temps auparavant, quand elle avait tué Theodore Nott, elle s'en débarrasserait à la fin.
Elle redeviendrait Hermione, comme Draco le lui avait assuré alors.
Sans le vouloir, Harry regarda une nouvelle fois Draco, peut-être pour accentuer le souvenir, peut-être pour se rassurer sur le fait que son ami était toujours hors de danger. Ses yeux le trouvèrent au milieu du champ de bataille, se tenant toujours où les jumeaux l'avaient laissé.
Et devant lui, comme un cruel miroir déformant montrant ce qu'il aurait pu être, se tenait son père.
Avant d'y penser, Harry s'était mis à courir à travers les plaines de Tintagel, s'arrêtant à peine pour vérifier que la voie était libre, jetant des sorts à droite à gauche pour abattre des Mangemorts en fuite.
Il ne savait pas s'il avait plus peur que Lucius tue son fils ou le contraire, mais il savait au plus profond de lui que ça ne devait pas arriver, que Draco ne sortirait pas entier de la bataille s'il faisait quelque chose à son père.
La baguette de Draco était pointée sur Lucius quand ils les atteignit, et il n'avait pas besoin de voir le visage de Draco pour savoir qu'il était proche du point de rupture. Juste voir le visage de Lucius pour la première fois depuis qu'Hermione avait disparu était assez pour que Harry perdre le contrôle de lui même, et seule l'inquiétude pour son ami empêcha sa propre baguette de rejoindre celle de Draco.
À la place, il semblait qu'il était une fois de plus de son devoir de calmer son ami furieux.
"Draco, dit-il doucement. "Ne fais pas ça. Ça n'en vaut pas la peine."
Les yeux de Lucius se rétrécirent de rage et de haine, mais un sourire froid était toujours sur son visage.
"Je dois dire que je suis plutôt déçu, Draco," railla-il. "J'aurais compris l'argent ou le pouvoir, mais me trahir pour ça…"
Ses yeux voyagèrent lentement sur le corps de Harry. Ils le firent se sentir sale, mais ils renforcèrent également sa fureur. Il ouvrit sa bouche pour répliquer mais quelqu'un d'autre le devança.
"Pas tout à fait, Lucius," ronronna la voix d'Hermione, et le masque de Lucius vacilla. "Draco ne t'a pas trahi seulement pour Harry."
ooo
Dans le brouillard de sang et de combat, Hermione dansait.
Oui ! Elle se battrait jusqu'à ce qu'il n'en reste aucun, elle enverrait chacun d'entre eux en enfer, tous ces bâtards qui l'avaient torturée en riant ! Elle arracherait leurs gorges, couperait leurs têtes et les donneraient à manger aux chiens, elle trancherait, couperait et brûlerait jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne à tuer.
Autour d'elle, des membres de l'Ordre et des Aurors se battaient en gagnaient, certains avec fierté, d'autres avec de l'inquiétude dans les yeux, mais chacun prenant garde à faire le moins de mal possible, préférant désarmer et ligoter leurs victimes.
Pas Hermione.
Avec sa vraie personnalité réfugiée en sécurité dans son esprit, elle ne se souciait pas que des Mangemorts survivent à cette nuit. Où était l'amusement du combat si vous ne pouviez pas asséner le coup de grâce ? Pourquoi chasser une proie si c'était pour la laisser survivre au dernier moment ?
Son chemin croisa celui de Minerva et pendant un moment elles se battirent dos à dos, son ancienne Directrice de Maison aussi gracieuse et létale que sa forme d'animagus. Ses cheveux poivre et sel s'étaient échappés de son chignon serré et ses robes étaient déchirées et ensanglantées, mais elle était aussi fière qu'Hermione, et presque aussi téméraire.
Elles se séparèrent avec à peine un regard et un sourire et Hermione était de nouveau partie, dansant entre les falaises, semant la mort et la dévastation dans son sillage.
La bataille était presque terminée mais elle ne l'avait pas remarqué. Il y avait suffisamment d'ennemis autour d'elle, et peu importait combien tombaient, il y en avait toujours plus.
Elle les tuerait tout !
Elle jeta la tête en arrière et rugit de rire, sentit comme si la vie brûlait dans ses veines et elle vit ses ennemis reculer.
Il y avait de la peur dans leurs yeux.
Elle fit un mouvement de baguette et envoya un flash de lumière parmi eux. Par dessus le tonnerre de ses sortilèges, elle les défia en hurlant, leur cria de s'approcher et de venir la prendre, de monter à la sang-de-bourbe ce qu'ils savaient faire.
Mais il s'enfuyaient en courant.
Elle pencha la tête sur le côté, déçue et légèrement confuse. Elle n'était pas d'accord. Comment pouvait elle les tuer s'ils s'échappaient ?
Pendant un moment, elle réfléchit à la meilleure façon de les réunir sans que les Aurors se mettent en travers de son chemin.
Mais ensuite elle le vit, et tout le reste perdit son intérêt.
Elle se rua à travers le champ de bataille sans se soucier d'engager le combat contre les Mangemorts en fuite. Les tuer était une pâle satisfaction en comparaison de ce qu'il lui avait promis.
Il l'avait blessée. Il l'avait brisée. Et maintenant elle allait le réduire en pièces pour ça.
Le temps qu'elle l'atteigne, Harry était là, se tenant aux côtés de Draco, vibrant de colère mais se retenant encore. Pour le mieux. Ça voulait dire plus de Lucius pour elle.
"Pas tout à fait, Lucius," ronronna-elle, et elle vit une délicieuse douleur tordre son visage. Elle allait adorer ça. "Draco ne t'a pas trahi seulement pour Harry."
Elle fit un pas en avant, bloquant la ligne de tir de Draco et envahissant l'espace personnel de Lucius comme s'ils se rencontraient sur une piste de danse.
"Pour moi aussi, tu sais ?"
ooo
Severus venait juste d'éviter un sortilège de matraquage et de répondre avec un Sectumembra quand il vit un changement soudain traverser Hermione.
Comme un chat perdant l'intérêt pour sa proie en faveur d'un autre plus grande, elle se détourna et se mis à courir à travers le champ de bataille, les cheveux et les robes tourbillonnant derrière elle. Cherchant l'objet de sa profonde concentration, ses yeux tombèrent sur deux têtes aux cheveux argentés se faisant face dans un silence haineux.
Il envoya son Patronus porter un message à Albus puis il courut après elle. Il inventoriait les blessés et les morts alors qu'il passait devant eux, remarquant avec soulagement que leurs pertes avaient été très faibles, mais la plus grosse partie de son attention était tournée vers Hermione qui courait devant lui.
Il sentit l'inquiétude le mordre, pas à cause de ce qu'elle allait faire - elle en avait le droit, en ce qui le concernait - mais parce qu'elle était trop téméraire quand la fièvre de la bataille la prenait.
La bataille était apparemment terminée, et si les Aurors n'oseraient pas les embêter pour quelques Impardonnables employés avec parcimonie, torturer un prisonnier après que la bataille soit finie ne passerait pas aussi bien.
Mais il s'était préparé pour ça, merci Merlin pour sa paranoïa. Il la protégerait et la laisserait faire ce qui devait être fait. Ils enterreraient ses démons, ici, ce soir, pour la laisser vivre en paix le reste de sa vie.
Il les atteignit à temps pour entendre ses mots et voir leur effet sur Lucius.
Son estomac se tordit de dégoût, et il put entendre un grognement sourd dans le vent. Il lui fallut un moment pour réaliser qu'il venait de sa propre gorge, et encore plus pour réaliser que sa baguette était pointée sur Lucius. Un peu plus bas que son visage.
"Non," siffla Hermione, sans lacher Lucius de son regard brûlant. "Il est à moi. Tu ne me retireras pas ça."
"Hermione," commença Harry, ayant apparemment pour objectif de la calmer, mais Severus secoua la tête en guise d'avertissement.
"Non," siffla-elle encore. Et puis : "Je te manque, Lucius ?"
"Hermione," murmura Lucius, sa voix brisée et douloureuse à entendre. "Je pensais…"
"Tu pensais que je t'aimais ?" rit-elle, dure et froide. "Hé bien, tu avais tort. Tout ce temps, Lucius, tous les secrets que tu murmurais à mes oreilles, je n'ai fait que t'utiliser. Au final, c'est toi qui a réellement trahi le Seigneur des Ténèbres. Est-ce que ça fait mal de savoir ça ?"
Il leva les yeux pour rencontrer son regard, sans compréhension sur son visage, ni dignité, ni fierté.
"Je vois que oui," murmura-elle. "Bien. Doloris !"
Ses cris de douleur résonnèrent contre les falaises et se noyèrent dans les vagues de la mer du Nord.
Hermione ne remarqua pas quand Draco, Harry et Severus formèrent un groupe serré autour d'elle, protégeant ses arrières.
Elle ne vit pas les membres de l'Ordre qui, marqués et sales de la bataille récente, bougèrent pour la masquer de la vue. Pas un Auror du Ministère ne verrait ça. Seuls ses amis sauraient.
"Vous auriez dû nous laisser voir ce qu'il se passait !" protesteraient-ils plus tard, mais l'Ordre jurerait qu'il n'y avait rien eu à voir.
"Elle a trouvé Malfoy mort sur le sol. Ça a dû arriver pendant la bataille," rétorquerait doucement Dumbledore. Ils seraient tous d'accord sur ce point, et quelque chose dans leurs yeux garderait les Aurors de poser d'autres questions.
Mais pour le moment, ils tournaient le dos aux gens du Ministère, et leurs yeux étaient détournées de ce que faisait leur Maître Espion. Seul Severus la regardait, les yeux brûlants d'inquiétude.
Et Hermione regardait Lucius, ses yeux buvant sa douleur. Elle semblait grandir, quelque chose ayant cassé en elle étant en train de repoussanter, retrouvant quelque chose qu'elle avait perdu.
"Tu es une créature misérable, Lucius Malfoy," siffla-elle, arrêtant soudainement le flot de sorts qui faisait se tordre son corps. "Mais ton emprise sur moi est terminée. Tu sais ce qu'il va se passer, Lucius ? Mon très cher ?"
Elle sourit, découvrant ses dents comme un animal menaçant. Elle faisait peur, et Severus entendit un gémissement s'échapper des lèvres du Mangemort prisonnier.
Elle l'entendit aussi et rit, un son bas et grondant qui donna la chair de poule à Severus.
"Voilà ce qu'il va se passer," continua-elle, s'approchant de Malfoy pour qu'elle puisse voir ses yeux, énormes sur son visage très pâle. Il y avait du sang dans ses cheveux argentés. "Je vais te tuer Lucius, et je vais beaucoup aimer ça. Et puis…" Sa baguette dessinait des petits cercles sur son torse. Il essayait de ramper pour s'échapper, haletant de peur, mais une des bottes d'Hermione l'arrêta. "Ensuite, je vais rentrer chez moi. Et t'oublier."
Elle s'éloigna de lui et leva la main. Une boule de feu se formait dans sa paume, devenant de plus en plus grosse, jusqu'à avoir la taille d'une des citrouilles géantes de Hagrid.
"Dors bien, Lucius," murmura-elle. "Et pour ta gouverne : tu étais un misérable amant."
Elle jeta la boule de feu. Un cri, long et interminable résonna dans les falaises. Puis le silence.
Elle se tient silencieusement pendant un moment, se balançant légèrement dans le vent froid du nord. Jusqu'à ce moment, Severus n'avait pas remarqué à quel point la nuit était froide, le ciel clair et le soleil levant brillant.
L'aurore était là, et pour la première fois depuis trop d'année, ça serait un jour sans peur.
Soudain, son coeur fut douloureux devant toutes les possibilités qui s'ouvrait devant eux. Il était si soulagé qu'il en avait le vertige.
"C'est fini," dit-elle, et Severus put voir sa transformation devant ses yeux. La fierté s'effaçait, laissant place à la femme qu'elle était devenue. Le Maître Espion retournait dans sa tour. Il espérait qu'elle y resterait pour toujours.
Il croisa les regards de Harry et de Draco par delà le champ de bataille, prenant la mesure de ce qu'ils avaient traversé et de tout ce qu'ils avaient fait. Il passa en revue leurs alliés et leurs amis, soulagé de voir tant d'yeux familiers lui rendre son regard.
Certains manquaient, mais il y aurait un autre jour pour les pleurer.
Pour l'instant, tout n'était que ceci : du soulagement, de la liberté et Hermione.
Il l'attira dans ses bras et elle s'ancra à lui, leurs corps vêtus de noir se fondant ensemble aux yeux des autres.
Ils s'éloignèrent en marchant, vers les falaises qui se dressaient contre le soleil du petit matin. Personne ne fit un geste pour les arrêter.
La bataille était terminée et ils avaient survécu, leur Maître Espion et leur chef des renseignements. Ils rentreraient à la maison.
Et ils s'endormiraient ensemble et se réveilleraient ensemble. Et il y aurait des oiseaux chantant dans la campagne.
Il y aurait la paix.
