Bonsoir,
Je vous souhaite un très joyeux Noël !
Juste pour s'y retrouver :
Ron et Melanie Weasley : Rose 17 ans, Albus 15 ans, Fabian and Hermione 12 ans
Neville et Luna : Anastasia 13 ans, Peppermint 11 ans, Augustus 8 ans
Remus et Tonks : Lily 17 ans, Sirius 15 ans, Ted 12 ans
Ginny et Dean : Eugene 13 ans
Epilogue : 19 ans plus tard
(bon, c'est plutôt 20 pour être exact, mais restons sur 19 pour coller à la tradition)
L'automne traînait en longueur cette année là. Le matin d'Halloween était frais et aussi doré qu'une pomme, et l'eau du Grand Lac luisait dans la lumière du soleil comme une feuille de bronze, s'étendant jusqu'à l'horizon.
Avec un soupir, Minerva McGonagall s'appuya contre les portes d'entrée de Poudlard, épuisée avant que la journée n'ait réellement commencé. Alors qu'elle se tenait là en silence, le visage baignant dans la chaleur des derniers rayons de soleil, elle pouvait sentir chacune de ses années dans le poids de ses os.
Elle était directrice depuis maintenant quinze ans, et membre du Magenmagot depuis que Dumbledore les avait quittés huit ans auparavant.
Elle soupira de nouveau, et resserra sa cape aux motifs écossais autour de ses épaules. Peut-être qu'il était temps de penser à la retraite.
Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, elle célébrerait l'anniversaire de leur victoire à Tintagel, et bien qu'elle ne l'aurait jamais avoué à quiconque, Minerva était excitée à l'idée de tous ses anciens collègues et amis réunis à l'école.
Ils étaient restés un groupe soudé au fil des années - surtout l'ancien premier cercle de l'Ordre - mais ils trouvaient rarement le temps de rassembler tous ensemble du fait qu'ils étaient tous très occupés chacun de leur côté. Mais ce soir ils viendraient, chacun d'entre eux, pour honorer les morts et rappeler à la nouvelle génération ce qu'ils avaient été autrefois.
Minerva avait fait son maximum pour étouffer le plus possible l'habituelle couverture médiatique et politique, et elle espérait que la présence des élèves de Poudlard - même si ça n'était que ceux de la cinquième à la septième année à quelques exceptions près - faciliterait les choses.
Elle espérait aussi que Fred et George Weasley se retiendraient de trafiquer le punch cette fois. Elle pouvait très bien se passer de la vue d'un Maugrey Fol Oeil en train de danser, merci beaucoup.
"Professeur McGonagall ?" La voix de son professeur de Défense contre les forces du mal et Directeur adjoint semblait bien trop craintive à son goût. Elle s'était énervée sur William Gopman une fois, au début, s'attendant à ce qu'il en fasse de même et que cela détende l'atmosphère, mais il était juste devenu encore plus nerveux et serviable après ça. Elle s'était donc résignée à être traitée comme une légende pour le reste de sa carrière.
"Je suis là, William," l'appela-elle, se demandant quand était la dernière fois qu'elle avait été contredite par un professeur ou un élève. Trop longtemps auparavant, c'était certain. Mais les élèves n'avaient tout simplement plus aucun cran de nos jours, et quand Albus était parti…
Merlin, ce vieux fou lui manquait.
"Professeur McGonagall, les Aurors sont arrivés." William semblait légèrement essoufflé, comme s'il avait couru dans le château pour la trouver. Ce qu'il avait probablement fait. Il semblait croire que des catastrophes arriveraient si les choses prenaient un peu plus de temps que prévu, et la pensée même de rater une deadline le faisait frémir.
Mais il n'avait jamais eu l'expérience de réelles catastrophes, pensa Minera avec la pointe d'arrogance que l'autorisait son grand âge. Si seulement elle avait pu convaincre Remus de rester et de prendre le poste.
Elle soupira encore. "Je suppose qu'ils veulent que le château soit fouillé et les sortilèges de protection de la Grande Salle renouvelés ?" demanda-elle, pas décidée à se détourner du beau paysage.
Elle ne pouvait pas imaginer quitter cet endroit. Poudlard avait été sa maison pendant plus d'années qu'elle ne pouvait compter. Tout ce qui lui était arrivé de marquant avait eu lieu ici.
"Oui, Directrice," approuva avidement William. "Ils ont aussi demandé quand les autres invités d'honneur arriveront…"
Il laissa sa phrase en suspens, soucieux de ne pas montrer son excitation. La pensée de partager une table avec ses héros l'avait rendu nerveux toute la semaine, jusqu'à ce que Minerva lui dise de façon détournée que Harry Potter n'avait rien été d'autre qu'un petit garçon trop maigre quand elle l'avait rencontré, et que Draco Malfoy avait été un pire fauteur de trouble que la plupart des Gryffondor. Ça l'avait calmé mais il était toujours sous le coup de l'excitation au fond de lui.
"La plupart doivent arriver pour le dîner, mais ceux qui ont des enfants dans l'école arriveront plus tôt pour passer du temps avec eux. Quant à Hermione et Severus, je ne sais jamais ce qu'ils prévoient jusqu'à ce qu'ils le fassent."
En fait, ces deux là avaient été absents depuis plusieurs anniversaires maintenant, préférant le célébrer en privé ou étant occupés par des choses qu'ils avaient choisi de ne pas partager avec Minerva. Mais leur dernière lettre semblait prometteuse, et Minerva avait l'espoir que ce vingtième anniversaire ferait venir même ces deux là.
Son élève favorite et son professeur préféré. Minerva avait vraiment très envie de les revoir. Elle laissa ses yeux caresser le lac une dernière fois avant de repousser William à l'intérieur et de le suivre rapidement. Il était temps de laisser le passé à sa place et d'endosser à nouveau le rôle de Directrice.
Après tout, elle aurait toute la soirée pour les voir.
oooo
Remus sourit quand la silhouette de Poudlard apparut devant eux, et quand il passa les grilles pour entrer en collision avec trois assaillants têtus et de différentes tailles, son sourire ne fit que s'agrandir.
Il lâcha la main de Dora et attira ses enfants dans une étreinte d'ours, ne voulant pas les lâcher même après que leur enthousiasme initial se fut transformé en gémissement embarrassé.
"Papa, tu n'es pas possible !" se plaignit son fils ainé, et Remus put entendre Dora glousser alors qu'elle aussi rejoignait le groupe enlacé.
"Je m'en fiche, Sirius James Lupin," déclara-il pompeusement. "Et ça serait bien pour toi que tu respectes tes parents. Après tout, nous sommes des héros de guerre décorés et des modèles pour vous trois !"
"Modèles, mon cul," murmura Sirius et il reçut en réponse un regard consterné de son père et un gloussement plus fort de sa mère.
"Vous ne savez juste pas à quel point vous êtes chanceux," déclara dramatiquement Remus mais il autorisa Dora à libérer ses enfants de ses bras, seulement pour la soumettre à une longue étreinte.
Lily, Sirius et Ted se résignèrent de meilleur grâce au câlin de leur mère, mais ils étaient néanmoins avides d'en finir et de retourner dans la Grande Salle avec leurs parents.
"Vous n'avez pas idée d'à quel point les professeurs nous ont briefés pour ce soir," se plaignit Sirius, essayant d'avoir un air de condescendance irrité sans tout à fait y arriver. Il avait juste quinze ans, et peu importe à quel point il avait envie de paraître adulte, il n'arrivait pas à cacher son excitation.
"Hé bien, c'est compréhensible, non ?" répondit Lily, d'un ton beaucoup plus convainquant. "C'est le vingtième anniversaire, et ils ne veulent pas que les élèves se comportent mal devant toutes ces célébrités."
Ted, douze ans et pas encore préoccupé par les apparences, renifla. "Des célébrités," répéta-il. "C'est juste oncle Neville et oncle Harry, et Draco."
Remus était fier que ses enfants voient les choses ainsi. Ils avaient été en contact avec les sus-nommés héros toute leur vie, et ils avaient partagé des repas, des vacances et des fêtes avec eux bien avant de savoir à quel point leurs "oncles" étaient célèbres. Harry avait dû gérer suffisamment d'admirateurs sans avoir besoin de rajouter les enfants de ses amis à la liste.
"Mais il y aura la presse aussi," répliqua Lily. "Et la Directrice McGonagall ne veut certainement pas d'articles sur le mauvais comportement des élèves dans la Gazette du Sorcier."
"En effet, nous ne pouvons pas nous le permettre," marmonna Dora, échangeant un regard avec Remus et souriant alors qu'ils se souvenaient de tous les articles tapageurs sur les méfaits et les exploits de Harry que la Gazette avait publié au cours des années. Il n'y avait plus eu d'élèves de son genre et Remus était assez certain que Minerva en était contente.
C'était étrange, pensa Remus. Toutes ces années passées, et pourtant les souvenirs restaient si proches de la surface, attendant juste d'être rappelés.
Mais peut-être que c'était ce jour parmi les autres qui leur rappelait le passé et tout ce qui avait changé. Peut-être que c'était bien de se repasser ces souvenirs une fois par an. Pas étonnant qu'Hermione et Severus aient rarement voulu se rendre à ces célébrations.
"Alors, qui est déjà là ?" demanda-il pour détourner son esprit de ce chemin familier. "Est-ce que Harry et Draco ont déjà fait leur entrée ?"
Sirius haussa les épaules et Lily eut un rictus. Elle avait toujours été la plus proche de son parrain, le tout puissant Harry Potter, et les remous que provoquait son apparition l'amusaient beaucoup. Surtout quand Draco était dans le coin, toujours prêt à rediriger l'attention sur lui.
"Pas encore," répondit-elle. "Mais la moitié des élèves est déjà en train de devenir folle. C'est ridicule, n'est-ce pas ?"
"Oui, ridicule," murmura Remus, puis il passa un bras autour de son aînée et entra dans la Grande Salle avec elle.
Pour ce jour spécial, le fond de la salle où la table des professeurs se trouvait habituellement avait été agrandi, faisant de la place pour plusieurs tables de diverses tailles. Chacune était proprement étiquetée, et Remus eut un rictus en reconnaissant la patte de Minerva dans toute cette préparation méticuleuse.
La table la plus grande tout à gauche serait pour les journalistes, et Minerva avait pris soin de placer les professeurs et les autres invités comme un tampon entre eux et les invités d'honneur de la soirée. Il y avait des places supplémentaires réservées aux enfants des invités, remarqua Remus avec approbation, mais pour le moment il s'assurerait de s'asseoir avec ses enfants et de profiter de leur compagnie.
"Qu'est-ce que ça fait ? Ta dernière année à Poudlard ?" demanda-il à sa fille aînée avec quelque chose qui se rapprochait dangereusement de la mélancolie.
Lily haussa les épaules. "C'est beaucoup de travail, préparer les ASPICs," dit-elle. "Mais à part ça c'est plutôt ennuyant. Pas de temps pour faire la fête, et tout le monde est occupé à préparer son avenir."
Remus sourit, ouvrant la bouche pour lui dire que ça n'avait pas l'air si mal, mais quelqu'un d'autre le devança.
"Et bien, ça ne ressemble pas du tout à notre septième année," remarqua Ron Weasley, s'avançant vers eux et saluant Remus d'une étreinte rapide et virile. "Je me souviens de bien plus de trucs en lien avec la fin du monde en approche, pas toi ?"
Quelqu'un derrière Ron grogna, mais c'était un grognement sympathique. Remus se retourna à moitié pour voir la femme de Ron, Melanie, se tenant quelques mètres derrière avec leurs quatre enfants.
"Honnêtement Ron", se plaignit-elle. "Je sais que vous allez partager vos souvenirs toute la soirée, mais ne peux-tu pas t'en empêcher un peu plus longtemps ? On vient à peine d'arriver."
"Bien sûr, Chérie," Ron sourit de ce large sourire naturel qu'il avait conservé au fil des ans. "Je vais retourner embarrasser les enfants du coup."
Cette fois, le grognement fut plus prononcé et vint des enfants.
Remus bougea pour accueillir les autres arrivants, faisant signe à Kingsley et Maugrey, saluant Hestia Jones, Bill et Fleur Weasley et leurs enfants et gratifiant Minerva d'une rapide étreinte alors qu'elle passait en coup de vent.
Il s'installa avec sa femme et ses enfants, content de partager du temps avec eux sur leurs propres plates bandes pour une fois, et le temps passa vite alors qu'ils discutaient. Des élèves entraient et sortaient pour le dîner, pour la plupart des plus jeunes qui ne partageraient pas le festin avec eux.
Et avant qu'ils n'aient eu le temps de s'en rendre compte, sept heure arrivèrent, les portes de la Grande Salle furent ouvertes en grand et les invités commencèrent à se déverser dans la salle.
ooo
Ted (ou Teddy, comme ses frères et sœurs et ses parents l'appelaient malgré ses furieuses protestations) ne put s'empêcher de jubiler un peu. Ses amis mourraient d'envie quand il leur raconterait ce moment. En tant que deuxième année, leur Directeur de Maison les avaient condamnés à rester dans leur salle commune sans aucune chance d'apercevoir le moindre orteil de leurs invités.
Chanceux, Ted n'était pas impatient de voir oncle Neville et tante Luna, ou n'importe quel membre de l'Ordre - ils les voyaient assez souvent en dehors de l'école. Il était toujours sympathique de voir Harry et Draco (qui refusaient tous les deux de se faire appeler "oncle"), mais une soirée de discours rasants était cher payé pour ça.
Mais ça, être assis à une table avec ses parents et ses frères et soeurs, avec la Directrice McGonagall, tante Ginny et oncle Ron, le grisonnant Maugrey et une poignée d'autre membres de l'Ordre qu'il connaissait depuis qu'il était tout petit, c'était plutôt bien.
"Penses-tu qu'Hermione et le Professeur vont venir ?" murmura une voix à sa gauche. Ted se détourna de la porte d'entrée qu'il regardait - la nourriture n'apparaitrait pas tant que tous les invités n'étaient pas arrivés et il avait bougrement faim - et haussa les épaules.
"Papa ne nous l'a pas dit," répondit-il à Hermione, qui s'était tournée vers son frère jumeau Fabian pour poser la question. Hermione avait une légère obsession pour son homonyme et Severus Snape, que toute la famille Weasley appelait seulement "le Professeur" (son père lui avait dit une fois que c'était parce que oncle Ron était encore sacrément terrifié par lui, et Ted le comprenait parfaitement).
Le nom avait été repris par les enfants et le Professeur en question n'avait pas l'air de s'en soucier.
"J'espère qu'ils viendront," murmura Hermione. "Ils racontent toujours des histoires tellement intéressantes !"
"Ils sont ennuyeux," la contredit son jumeau Fabian. "Tout ce qu'ils font c'est lire des livres et des trucs du genre. Et le Professeur me fait toujours me laver les mains avant de me laisser rentrer dans la bibliothèque."
"Je ne pense pas qu'ils soient ennuyeux," grincha Hermione. "Je pense qu'ils sont mystérieux."
Papa, qui était assis à la droite de Ted, gloussa. "Je t'avais dit de ne pas lui offrir les Hauts de Hurlevent à Noël, Dora," dit-il à leur mère. "Ça ne fait que glorifier Severus et il est assez mélodramatique comme ça."
Lily ricana, et Ted souffla d'exaspération. Ses parents utilisaient toujours des mots compliqués quand il ne voulaient pas que les plus petits comprennent. Il irait s'acheter un dictionnaire dès le prochain weekend à Pré au Lard.
"Je pense que c'est un livre approprié," dit la mère d'Hermione. "Avec leur petit cottage isolé et lui qui est si hautain et toujours en noir…"
Oncle Ron grogna et fit semblant de se taper la tête sur la table. Ted ricanna. Il aimait son oncle Ron, qui n'utilisait jamais de mots trop longs et qui semblait toujours comprendre ce que ressentait Ted.
"N'encourage pas…" commença oncle Ron, mais les portes de la Grande Salle s'ouvrirent et toute l'attention de Ted s'y concentra.
Les premiers à entrer furent oncle Neville et tante Luna, ensemble avec leurs enfants Anastasia, Peppermint et Augustus, qui avait selon les mots de Papa, 'hérité du meilleur des deux mondes'. Maman lui avait donné un coup dans les côtes pour ça, mais comme d'habitude seule Lily les avait compris.
Ted aimait beaucoup tante Luna et les autres, mais c'était absolument ennuyeux de les voir en dehors de leur propre maison à cause des Aurors qui grouillaient autour d'eux.
Peppermint, qui était presque du même âge que Ted, lui avait dit une fois que ça ne l'embêtait pas parce que les Aurors étaient toujours gentils avec eux et qu'ils leurs apprenaient des sortilèges, mais Ted était heureux que son père ne soit pas Ministre de la Magie, vraiment.
Il y eut une grande agitation autour d'oncle Neville comme d'habitude, et il sembla soulagé de s'asseoir avec eux après avoir répondu aux questions des journalistes et serré un bon nombre de mains.
Il était toujours marrant de le voir dans son rôle de Ministre, sérieux et adulte, étant le centre de l'attention alors que Ted savait que ce que Neville aimait vraiment était de s'asseoir dans le fond de la pièce et écouter les autres.
"Bien fait pour toi, mon pote," lui dit oncle Ron après l'avoir embrassé et tapé dans le dos. "Tu aurais pu être botaniste, tu sais."
Neville soupira, comme toujours quand on lui disait ça, comme s'il avait réellement envie d'être botaniste.
Ted avait demandé une fois pourquoi oncle Neville n'arrêtait pas d'être Ministre s'il n'aimait pas ça, mais Papa et Maman lui avaient expliqué que la politique était importante et que Neville était très doué pour ça, et que parfois il fallait faire ce qu'il fallait, même si on avait envie de faire autre chose.
Ted était content de ne pas devoir être Ministre. Parfois, être adulte était vraiment nul.
"Non, il n'aurait pas pu." le contredit tante Luna de son habituelle voix rêveuse. "Les Grobleys auraient envahi la Grande Bretagne sans lui."
Ted voulut demander ce qu'était un Grobley - pas qu'il supposait qu'ils existent vraiment, mais les explications de tante Luna étaient toujours très drôles - mais à ce moment là les portes s'ouvrirent de nouveau et le camarade de Ted, Eugene, et ses parents, tante Ginny et oncle Dean entrèrent.
Ted fit un signe de la main et pointa la place vide à sa droite mais avant qu'Eugène n'ait pu arriver jusqu'à la table, d'autres invités commencèrent à arriver. Ted salua et fit des signes de la main et fut embrassé plus de fois qu'il ne put le compter - mais Molly Weasley embrassa littéralement tout le monde, peu importe leur âge, et tante Hestia, oncle Bill et tante Fleur en firent de même.
Des murmures puis des acclamations s'élevèrent des tables des étudiants et Ted sourit, devinant que Harry et Draco venaient probablement d'arriver. Il se tourna de nouveau vers les portes d'entrée et il les vit, Harry vêtu de sa robe d'Auror et un peu embarrassé par toute cette attention, Draco portant une luxueuse robe de soirée argentée (Papa le qualifia de flamboyant, un autre de ces mots) et s'amusant comme toujours.
"Vingt ans ont passé et il aime toujours autant ça", soupira Papa.
"Et Harry aussi," pointa Maman juste au moment où Harry donna un coup de coude à Draco pour l'empêcher de distribuer des autographes. Ils ne pouvaient pas les entendre parler de là où ils étaient, mais Ted connaissait ses oncles préférés depuis assez longtemps pour savoir qu'Harry était actuellement en train de jurer à voix basse alors que Draco incriminait son éducation, ses parents et ses origines moldues. Ils le faisaient souvent mais ça n'était jamais redondant.
"Et qui avons nous là ?" s'exclama Draco alors qu'ils atteignaient finalement la table.
Il se redressa avec un air autosuffisant de la façon qui faisait toujours rire Ted et les autres enfants et les adultes levèrent les yeux au ciel, et Harry se pencha et lui donna un petit coup à l'arrière de la tête.
"Aie !" dit Draco, scandalisé, et il le tapa en retour.
"Aie !" Harry eût l'air sincèrement surpris, même s'ils jouaient à ce petit jeu depuis aussi longtemps que Ted puisse se souvenir. "Tiens toi bien ou je lâche les jumeaux sur toi !"
"Les jumeaux m'apprécient plus que toi !" déclara Draco, et comme s'ils avaient entendu, les célèbres fondateurs de Farces pour sorciers facétieux entrèrent dans la salle. Si c'était possible, les acclamations à leur encontre furent encore plus bruyantes que pour Harry et Draco, et eux distribuèrent des autographes. Probablement avec une substance explosive incluse, tel que Ted les connaissait.
"Je suis leur investisseur," contra Harry. "Donc ils doivent faire ce que je veux."
Il avait fallu du temps à Ted pour réaliser que le héros de ses livres d'histoire, le légendaire élu, auror de renom et leader politique des réformes, et que son oncle Harry légèrement maladroit et de qui Draco se moquait tout le temps, n'étaient qu'une seule et même personne.
Mais plus il grandissait, plus il réalisait que toutes les personnes assises autour de leur table, plaisantant et partageant des anecdotes, étaient soit célèbres, riches ou brillantes. Ou les trois. Mais ça ne les empêchait pas de s'amuser, et Ted se rassit sur sa chaise avec l'espoir d'une soirée folle.
Et ensuite une chose étrange arriva. Leur table, la table qui rassemblait tous les anciens membres de l'Ordre et les héros de guerre, fut soudain très silencieuse, bien que la salle autour d'eux soit toujours pleine de murmures et de conversations. Doucement, un par un, les adultes autour de Ted se levèrent, les mains le long du corps comme Ted l'avait appris pendant ses cours d'étiquette.
Ils se tenaient très droits et solennels comme s'ils attendaient un membre du Magenmagot ou le Ministre lui même (ce qui était stupide puisqu'oncle Neville se tenait parmi eux, l'air aussi formel que les autres).
Ted se tourna vers les portes et vit que tante Hermione et oncle Severus etaient arrivés. Ils ne portaient pas de vêtement luxueux comme ceux que le reste d'entre eux avait choisi (ou été forcé de porter), juste de simples robes, pantalon et chaussures noires, et ils avaient l'air presque banal dans l'atmosphère pailletée et joyeuse de la grande salle.
Rien qui n'attire l'œil, rien qui ne vaille la peine d'être remarqué, ainsi les journalistes et la plupart des invités ne les remarquèrent pas.
Mais les membres de l'Ordre si. Et il s'étaient levés pour attirer l'attention.
C'était toujours ainsi dans les réunions officielles. Ils se respectaient tous, Neville avait des compliments sur sa dernière action politique, Draco sur la nouvelle potion qu'il avait concoctée et Harry sur les malfrats qu'il avait arrêté dans la semaine, mais quand le Professeur et tante Hermione arrivaient, tout semblait suspendu.
Ted avait une fois questionné son père à ce propos.
"Nous honorons leurs sacrifices, et tout ce qu'ils ont fait pour mettre fin à cette guerre," avait dit Papa, mais cela n'avait pas de sens pour Ted. Après tout, Harry avait mis fin à la guerre en tuant Voldemort, n'est ce pas ?
Bien sûr les autres avaient aidé, mais pourquoi ces deux là en particulier ?
Papa avait juste souri et lui avait dit qu'on avait le droit de garder certains secrets, et Ted avait demandé si ça voulait dire qu'il n'avait pas à lui parler de sa note au dernier contrôle de Potions, et Papa avait ri. Mais Ted ne savait toujours pas pourquoi le Professeur et tante Hermione étaient traités avec tant de déférence (c'était un des longs mots dont il avait cherché la signification, et il convenait bien à la situation).
Puis tante Hermione et le Professeur atteignirent la table, et comme ils le faisaient à chaque fois que ces deux là assistaient à un anniversaire officiel, tous les adultes de la table s'inclinèrent devant eux.
Le Professeur fronça les sourcils et tante Hermione rougit, mais aucun mot ne fut prononcé et une fois qu'ils se furent assis et eurent choisi leurs boissons, tout redevint normal, comme si rien ne s'était passé.
Ted ne comprendrait jamais les adultes, ça, jamais.
ooo
Harry pensa que son sourire allait lui fendre la tête en deux à tout moment maintenant tellement il était large. Draco à ses côtés avait l'air calme et absolument pas impressionné comme à son habitude, mais il y avait une chaleur dans ses yeux qu'Harry pouvait, avec ses nombreuses années d'expérience, identifier facilement comme de la nostalgie.
Ils étaient des hommes adultes, ils avaient près de quarante ans tous les deux, avec des vies rangées et des carrières brillantes, et le simple fait qu'ils revisitent leur ancienne école les rendait aussi étourdis que des enfants.
Mais c'était la première fois qu'ils seraient là, chacun d'entre eux, ensemble, célébrant l'anniversaire du commencement de leur vie de sorciers et sorcières libres. Et dire qu'il avait autrefois associé Halloween à la mort de ses parents.
Et Merlin, comme ses parents et Sirius auraient été heureux d'être là ce soir, pensa-il avec une once de regret. Plus de douleur ou d'envie maintenant - il avait sa propre famille à présent, et il ne changerait sa vie pour rien au monde, mais parfois il se demandait seulement…
Il intercepta le regard de Draco et y vit le reflet de ses propres sentiments. Après tout, ils avaient tous les deux perdu leur père un soir d'Halloween, même si dans des circonstances très différentes.
Sous la table, leurs mains se trouvèrent et se touchèrent, juste pour un moment rassurant, puis Draco retourna au rôle du morveux arrogant qu'il aimait tant et Harry se recula pour mieux voir.
Ils avaient tellement changé, Maugrey avec ses cheveux blancs comme neige et ses mains noueuses, Ginny qui était devenue une vraie beauté, Neville avec son sérieux discret d'homme qui accomplissait un travail important.
Mais là encore, pensa-il alors qu'il regardait Ron plaisanter avec Dean, Minerva ayant l'air aussi sévère que d'habitude et Molly admonester ses petits enfants, peut-être qu'ils n'avaient pas tant changé que ça après tout.
Mais ils avaient grandi, chacun d'entre eux, et au cours de ces vingt années ils avaient habité, protégé et changé ce monde pour lequel ils avaient tellement eu peur tant d'années auparavant. Ils avaient tous trouvé leurs places, aussi surprenants et inattendus qu'ils aient été.
Qui aurait pensé, il y a vingt ans, que Neville serait Ministre de la Magie un jour et Luna à,la tête du Département des Mystères (et sa femme ! ) ? Que Draco serait l'un des plus éminents Maître des Potions du pays et à la tête des Aurors ? Que Ron épouserait une américaine et mènerait les Canons de Chudley avec son unique sœur ?
Et, peut-être la chose la plus choquante de toutes pour leur promotion : qui se serait un jour attendu à ce qu'Hermione Granger fonde une firme de développement de sortilèges en freelance avec leur redouté Maître des Potions ?
Ils avaient assez de succès et étaient prisés par différents gouvernements, mais la nature de leur relation était toujours une énigme pour la plupart de la société sorcière, et à la manière dont il étaient maintenant assis l'un à côté de l'autre, proche mais sans se toucher, parlant à des amis chacun de leur côté, le public n'aurait qu'à continuer de se poser la question.
Soudain, Hermione sourit sans aucune raison et Harry tendit le pied pour lui donner un coup dans la jambe.
"Pas de conversation silencieuse à table", dit-il sévèrement, faisant écho à une règle que Molly Weasley avait mise en place quelques années avant, et le sourire d'Hermione s'élargit.
"Alors tu n'as toujours pas atteint ce niveau ?" demanda-elle sèchement, et Harry grogna.
"Ne remet pas ce sujet sur la table, s'il te plaît," fit-il semblant de chuchoter, mais Draco avait entendu et était même déjà en train de se lancer dans une tirade sur le manque total de talent de Harry en matière d'Occlumencie.
"J'estime que c'est déjà bien assez que j'arrive à protéger mon propre esprit," se défendit Harry.
"Oh, mais tu ne sais pas ce que tu manques," ronronna Draco, et cette fois ce fut Hermione qui lui donna un coup de pied.
"Pas de ça non plus à table, merci," dit-elle d'un ton guindé, mais elle ne prit pas la peine de cacher son sourire.
"Dis, Hermione," dit Draco avec une lueur maligne dans les yeux. "Tu ne saurais pas par hasard quelque chose à propos de cette étrange affaire en amérique du sud la semaine dernière ?"
"En amérique du sud ?" Hermione écarquilla innocemment les yeux dans son visage bronzé (inhabituellement bronzé pour la Grande Bretagne au mois d'Octobre). "Quelle affaire en Amérique du Sud ?"
"Celle avec le mage sorcier qui a pris cinquante otages pour faire pression sur le Brésil pour qu'il relâche son acolyte et qui a été mystérieusement défait par une paire d'agents venant d'une institution inconnue ?" dit doucement Severus. "Non. Pourquoi aurions-nous entendu parler d'une telle affaire ?"
"Tu ferais mieux de demander à Luna de toute façon," lui conseilla Hermione, l'air toujours naturellement innocent. "C'est elle la spécialiste en ce qui concerne les mystères ici."
"C'est ça", dit Harry, souriant. "Bon boulot, en tout cas."
"Oui", répondit songeusement Severus. "Ces agents sont des génies, qui qu'ils soient. J'admet que même moi j'étais impressionné."
Hermione lui donna un coup de coude et reçut un rictus en réponse, mais avant que Harry puisse poser une question à propos de l'artefact magique mystérieusement retrouvé à Glasgow trois semaines auparavant, Minerva s'était avancé jusqu'au pupitre et avait commencé à introduire le discours de Neville.
Neville déglutit, ajusta ses robes et se leva avec un soupir qui faisait presque partie de la tradition maintenant. Aussi incroyable que cela avait pu sembler au départ, Neville était très bon dans ce domaine, et aussi Harry le suspectait d'aimer secrètement faire des discours. Il était bien trop bon politicien pour ne pas le faire de gaité de cœur, mais il était aussi trop bon pour ne pas montrer qu'il aimait ça.
Le pupitre était positionné au bord de la plateforme sur laquelle était située leur table, de manière à ce que les élèves et le public puisse voir et entendre clairement les orateurs. Neville traça son chemin vers le coin à pas assurés et réguliers et attendit que les applaudissements et les acclamations se calment.
Il était un Ministre inhabituellement populaire.
Quand tout fut redevenu silencieux, il tourna à moitié la tête vers ses amis puis reporta son attention sur le reste de la salle.
"Ce soir," commença-il. "Je ne suis pas là en tant que Ministre, ni en tant que politicien ou héros de guerre. Ce soir, je suis avec vous en tant que membre de la famille, membre d'un groupe qui a refusé que d'autres se battent pour lui."
Ses yeux filèrent vers Harry, qui reconnut les mots et sourit. Neville lui rendit son sourire.
"C'était tout sauf héroique à l'époque. C'était bouleversant et terrifiant, et nous avons tous dû faire des choses pour lesquelles nous n'étions pas prêts, certains plus que d'autres. Certains d'entre nous sont tombés dedans, ou ont été attirés par leur pairs ou par pur entêtement."
Ginny rit doucement, se souvenant probablement comment elle avait valsé dans la Forêt Interdite toutes ces années sans aucune idée de ce qui était en jeu.
"Certains d'entre nous ont fait des choix difficiles, incroyablement difficiles pour notre âge, et certains ont fait preuve d'un courage qui encore aujourd'hui me coupe le souffle."
Harry remarqua plus d'une paire d'yeux posées sur Hermione à ces mots, mais elle ne montra pas signe de reconnaissance ni de réaction, l'attention revint donc sur Neville.
"Je me souviens encore de ce que ça fait, s'entraîner pour la bataille et le cacher à son entourage. J'étais encore un gamin à l'époque, à peine plus agé que beaucoup d'entre vous ici, et je m'entrainais avec des hommes et des femmes qui sont depuis devenus des légendes, ou qui l'étaient déjà même à ce moment là…"
Alors que Neville relatait les événements de ces semaines et ces mois, Harry se replongea dans ses propres souvenirs. C'était une de leurs traditions : chaque année lors de la commémoration, un membre de l'Ordre différent faisait un discours, racontant ses souvenirs, son vécu et ses peurs.
Dix-neuf ans plus tôt, quand fut venu le temps de célébrer le premier anniversaire en grande pompe, ils avaient décidé qu'ils ne laisseraient pas cette bataille devenir un page de l'Histoire tant qu'au moins l'un d'entre eux vivrait.
Ils ne l'embelliraient pas ni ne l'adouciraient. Ils ne la laisseraient pas être utilisée par les pouvoirs politiques ou pour une idéologie. Ils s'en tiendraient à la vérité, leur vérité, pas ce que les yeux du public en avait fait.
Et chaque année, dans chaque nouvelle histoire, ils montreraient ce qu'ils avaient été et ce qu'ils deviendraient, ce qu'ils chérissaient le plus dans leur vie.
Avec Neville, c'était de réaliser qu'il avait compté, qu'il pouvait faire partie des choses et changer le monde malgré sa maladresse et ses notes moyennes. Pour Ginny, c'était de savoir que derrière chaque héros se cachait un homme ou une femme, d'abord et avant tout, que tout le monde éprouvait de la peur, et que tout le monde pouvait la vaincre. Pour Draco, c'était le fait que personne d'autre que soi même, et seulement soi même, décidait de son destin, et que c'était simplement une décision à prendre.
Pour Maugrey, c'était la nécessité de garder une vigilance constante.
Et pour Harry, c'était de savoir que les amis et la famille pouvaient se trouver dans les endroits les plus improbables, que peu importait l'éducation ou le rang social, tout le monde pouvait trouver quelqu'un de loyal, honnête et que l'on pouvait aimer.
Seule Hermione n'avait jamais fait de discours - il y avait bien trop de choses qu'elle n'aurait pas pu dire, ou voulu dire, et la forcer à les omettre aurait transformé le tout en mensonge, ce qu'ils cherchaient absolument à éviter.
Mais Harry avait raconté son histoire, plus d'une fois, ainsi que Draco et Severus. C'était toujours un choc, d'entendre parler de ce jour du point de vue d'un autre ami, de se souvenir qu'il n'avait pas été le seul à avoir peur et à espérer, et pourtant de découvrir, dans leurs yeux, que ce jour avait été complètement différent pour eux.
Neville leur parla des derniers instants de Tom Jedusor, cet enfant perdu maintenant connu sous le nom de Lord Voldemort, et comme toujours, l'auditoire fut absolument silencieux.
Mais Harry se souvenait des relents et du bruit de la bataille, les éclairs de lumière et les hurlements primaires, il se souvenait du visage d'Hermione, déformé par la haine, la main de Draco dans la sienne et Lucius Malefoy brûlant à mort.
Ces choses ne seraient jamais racontées, mais elles ne seraient jamais oubliées non plus, pas tant que l'un d'entre eux vivrait.
"C'était une nuit de feu et de mort," continua doucement Neville. "Et aucun d'entre nous s'étant battu ne vous dira que c'était noble, ou grandiose, ou une bonne bagarre. Mais c'était la seule issue que nous pouvions voir, la seule chance de mettre fin à la nuit qui était tombée sur notre monde depuis tant d'années. Certains d'entre nous ne pouvaient pas croire que c'était terminé, même quand ils ont vu le corps de Voldemort, même quand les Mangemorts ont été arrêtés. Même quand la bataille s'est achevée, nous ne pouvions pas croire que c'était enfin fini."
Il fit une pause, ses yeux balayant lentement la Grande Salle, parmi les élèves et les invités, le regardant avec un mélange de peur et d'admiration, certains se souvenant, d'autres imaginant.
"Mais pour citer une amie de longue date," dit-il ensuite, et cette fois il se tourna vers Hermione et inclina la tête en signe de respect. "'Aujourd'hui nous sommes ici. Peu importe ce que nous avons redouté dans nos heures les plus sombres, nous avons réussi. Et aujourd'hui tout ce que nous avons fait sera honoré et reconnu.' Aujourd'hui nous nous souvenons du passé, et nous nous assurons de veiller sur notre futur et de le protéger. Je vous souhaite à tous un joyeux Halloween."
Le silence perdura, puis ensuite les invités applaudirent et les élèves l'acclamèrent et des plats contenant des apéritifs apparurent sur les tables. Neville ouvrit la bouche pour leur souhaiter un bon appétit quand soudain, toutes les bougies de la salle s'éteignirent.
Les laissant dans le noir complet.
La panique se répandit parmi les invités et les élèves, mais la table de l'Ordre s'était mise à l'action, et les années de pratique de Harry refirent surface.
"Lumières?" demanda-il.
"J'y travaille," répondirent de concert Remus, Bill et Dora. Draco avait déjà conjuré de petites sphères lumineuses bleues pour les faire flotter au-dessus des tables, leur donnant assez de lumière pour voir, et Harry se lança lui-même dans une série de sorts de détection qui devraient leur indiquer ce qui au juste allait de travers.
Hermione, cependant, était toujours assise à table, très immobile, la tête penchée sur le côté comme si elle écoutait quelque chose. Severus n'était plus à ses côtés.
"Je vais calmer les élèves," annonça Minerva, son accent écossais plus prononcé comme à chaque fois qu'elle était sous le coup du stress. Son professeur de Défense contre les forces du mal et sous-directeur se leva précipitamment de sa chaise pour l'accompagner alors qu'elle descendait de l'estrade, sa baguette brillant dans le noir.
Les chandelles revinrent à la vie, mais l'atmosphère festive s'était changée en quelque chose de bien plus sinistre, et leur lumière semblait en quelque sorte moins vive, projetant des ombres sur les murs et les fenêtres.
"Je vous demanderais de tous rester à vos places," héla sévèrement Minerva, et les élèves affolés se calmèrent immédiatement. Elle menait de toute évidence cette école d'une main de fer, pensa Harry avec admiration. "Ce n'était rien d'autre qu'un petit intermède, sans aucun danger. Nous allons reprendre le festin immédiatement, et je…"
"Je ne pense pas non, McGonagall." La voix résonnant dans la salle était froide, magiquement amplifiée, et par-dessus tout, désincarnée.
Harry échangea un regard sombre avec Draco. Ça n'annonçait rien de bon.
"Je pense qu'à la place vous allez découvrir que tout ne va pas bien, que vos défenses ont cédé et que le château est assiégé. Le réseau de Cheminette et les Portauloin sont désactivés, et à moins que vous n'accédiez à notre demande, le seul festin que Poudlard verra ce soir sera de sang et de mort."
"Génial," murmura Hermione en roulant des yeux. "Un mélodramatique. Pourquoi les méchants ne peuvent-ils pas être pragmatiques et les pieds sur terre pour une fois ?"
Mais elle aussi écoutait gravement ce que la voix avait à dire, et elle aussi avait l'air inquiet. Harry savait qu'il y avait assez de combattants à cette table pour défaire une petite armée, mais il y avait aussi beaucoup d'enfants dans la salle, et un champ de bataille n'était pas un endroit fait pour les enfants.
Minerva était, sans surprise, parvenue aux mêmes conclusions, et bien que sa voix soit ferme, on voyait aussi de l'inquiétude sur son visage, et ses mains tremblaient légèrement.
"Qui êtes-vous ?" demanda-elle dans le silence de la Grande Salle. "Et quelles sont vos exigences ?"
"Nous sommes un groupe qui s'est uni pour corriger les erreurs commises dans le passé," répondit la voix, et Hermione roula de nouveau des yeux.
"Et ce que nous voulons ? Harry Potter bien sûr, seul et désarmé."
Et Harry grogna, toute cette plaisante nostalgie à présent remplacée par ce sentiment familier et irritant d'avoir quelqu'un après lui.
"Pourquoi ne puis-je jamais avoir un Halloween normal ?" se plaignit-il.
ooo
Lily Lupin ne l'admettrait jamais mais elle se sentait plutôt secouée. Poudlard était une forteresse, ça avait toujours été un des endroits les plus sûrs sur Terre, et les choses comme ça n'arrivaient pas dans la vraie vie, seulement dans les contes et les livres d'Histoire. Soudain, toutes ces anecdotes sur les batailles et les dangers prirent un autre relief.
Elle croisa le regard de ses frères et vit la peur sur leur visage aussi, vit la peur chez tous les enfants qui partageaient avec elle le bout de cette table. Mais contrairement aux élèves occupant les tables des Maisons, aucun d'entre eux n'émit un son.
Ils avaient tous été entraînés par leurs parents quelque peu paranoïaques (sans doute l'influence de Maugrey), et alors qu'ils auraient crié et se seraient agité dans des circonstances ordinaires, ce genre de problème signifiait qu'ils devaient rester absolument silencieux et laisser leurs parents gérer les choses. Chacun d'entre eux le savait.
Mais ils avaient quand même peur.
Leurs parents, oncles et tantes s'étaient rassemblés autour de l'autre bout de la table, déjà profondément plongés dans leurs plans et leurs conversations.
"Etat des défenses ?" demandait Harry, qui avait apparemment pris le commandement.
Professeur McGonagall ferma les yeux, accédant probablement aux nœuds compliqués des défenses de Poudlard avec son esprit, à propos desquelles Lily avait lu les informations dans l'Histoire de Poudlard. Quand elle les ouvrit de nouveau elle avait pâli.
"Les défenses sont tombées," confirma-elle ce qu'avait dit la voix. "Toutes. Il n'en reste qu'une protégeant cette pièce de l'invasion, une défense étrangère…"
Assez étrangement, tous les yeux tombèrent sur tante Hermione, qui leva un sourcil et dit sèchement : "J'ai pris la liberté d'apporter un peu plus de sécurité, Minerva. C'est une protection plutôt brute, liée seulement aux invités du château, mais ça les tiendra éloignés pendant au moins une heure… ou plus, selon les capacités de leur briseur de défenses."
Oncle Bill - après tout un conjureur de sorts professionnel - ferma les yeux et hocha la tête en signe d'approbation un moment après, mais tout le monde semblait enclin à croire Hermione sur parole.
"William, vérifiez le réseau de Cheminette," ordonna Professeur McGonagall et le Professeur Gopman, professeur de Défense contre les Forces du mal un peu gringalet, hocha la tête et se hâta vers la cheminée la plus proche.
"Fermeture", dit-il.
"Et le château est en effet assiégé," ajouta tante Hermione, sans expliquer comment elle le savait mais une fois encore tout le monde sembla la croire sur parole.
Harry soupira et passa la main dans ses cheveux dans ce qui était devenu un geste de notoriété publique. Les garçons qui voulaient ressembler à leur idole l'imitaient, mais à ce moment-là ça n'avait pas l'air héroïque du tout. Plutôt frustré.
"Que faisons-nous, alors?" demanda-il et, à l'irritation grandissante de Lily, il se tourna lui aussi vers tante Hermione, comme si il s'attendait à ce qu'elle lui réponde.
"Nous devrions évacuer les enfants et ceux qui ne se battront pas," répondit-elle immédiatement. "La salle sous la Grande Salle devrait être assez grande pour qu'ils y tiennent tous, n'est ce pas, Minerva ?"
La Directrice McGonagall, se tenant toujours parmi les élèves, hocha la tête.
"Bill, Luna et toi, Minerva, devriez aller avec eux. Ensemble vous trois devriez être capables de déployer des défenses et les garder actives aussi longtemps que nécessaire. Nous devrions aussi barricader toutes les entrées de la Grande Salle. Pas de raison de leur faciliter le travail."
Lily la fixa. Elle savait que sa marraine était une jeteuse de sortilèges à succès, une brillante businesswoman et un génie - comme le savait probablement toute la Grande Bretagne -, et elle savait aussi que tante Hermione avait pris part à la bataille d'Halloween.
Mais ceci était une toute nouvelle facette pour elle. Elle parlait calmement, mais avec tant d'expérience et d'assurance que lui obéir semblait naturel. Et chacun de ses oncles et tantes présents sur place hochèrent simplement la tête en signe d'accord et se préparèrent à faire ce qu'elle disait - même la Directrice McGonagall, qui ne se pliait jamais aux ordres, jamais !
"Et après ?" demanda le père de Lily, calme mais l'esprit du loup brillant dans les yeux. Personne ne menace mes enfants et s'en sort indemne, lui avait-il dit une fois. Personne !
Assez étrangement, les lèvres de tante Hermione tressaillirent d'amusement à cette question.
"Nous leur donnons Harry bien sûr," répondit-elle d'un ton léger. "Il a des années d'expérience en tant qu'appât, n'est-ce pas ?"
La tête de Harry tressaillit, et ses mains bougèrent étrangement de haut en bas. Quelque chose d'autre était en train de se passer autour de la table, remarqua soudain Lily, quelque chose d'imperceptible pour tout autre yeux que ceux des membres de l'Ordre.
"Bien sûr," dit Harry, ayant presque l'air de s'ennuyer. "Utilisons ce vieux bon plan, encore. Jetons Harry dans la fosse aux lions et voyons ce qu'il se passe."
Tout autour de la table, les doigts avaient commencé à bouger et les positions avaient changé. Ils se préparaient à quelque chose, mais Lily n'avait aucune idée de quoi, ou de pourquoi. Pourquoi garder secret ce qu'ils préparaient ? L'ennemi était à l'extérieur et n'avait aucun moyen de les entendre ! Ou était-ce possible ?
"Très bien alors," annonça son père d'une voix forte. "Évacuons les potentiels otages. Élèves, journalistes, tous ceux qui ne se sont pas battus en duel depuis plus de trois ans sans gagner, passez par cette porte sur la droite ! Suivez Bill Weasley, c'est le grand jeune homme avec la jolie boucle d'oreille là bas !"
Dociles, les élèves commencèrent à se déplacer vers la porte qui menait à une grande pièce sous la Grande Salle. Ils avaient l'habitude de faire ce qu'on leur disait de faire, mais les hommes et femmes des autres tables étaient déjà en train de protester et de se bousculer.
Lily partagea un regard irrité avec son plus jeune frère Ted. Les adultes ! Ils ne discuteraient jamais les ordres de leurs parents dans une telle situation.
"Stop!" La voix était froide et très menaçante, et il fallut un moment à Lily pour reconnaître que c'était celle de son professeur de Défense contre les forces du mal, ce petit homme toujours un peu nerveux que personne ne prenait vraiment au sérieux. Il était très sérieux à présent.
"Un geste, un sort et votre Directrice bien aimée est morte."
Lily - et apparemment tous les autres invités - se retournèrent vers l'endroit où le Professeur McGonagall se tenait un moment auparavant. Mais elle n'était plus parmi les élèves.
A la place, elle était pressée contre Gopman, proche de la fenêtre de la salle, sa baguette gisant abandonnée à quelques pieds de là, une autre baguette contre sa gorge. L'angle de sa tête semblait douloureusement contre nature alors qu'elle essayait d'éviter le contact entre Gopman et sa peau.
"Vous n'êtes pas trop âgé pour recevoir une fessée, William !" Malgré la menace à l'encontre de sa vie, le Professeur McGonagall avait toujours le parfait contrôle de sa voix.
"Ca ne me posera pas de problème de vous tuer, vieille femme," siffla Gopman. "J'en ai envie depuis des mois."
Quelque part au fond de Lily, la conviction profonde et instinctive qu'elle s'en sortirait, que rien de mal ne pourrait lui arriver disparut à ce moment-là. La vue de sa directrice bien aimée, menacée et utilisée comme un otage par l'un de ses professeurs, la vue de centaines d'enfants à demi morts de peur, cela laissa une marque qui ne partirait jamais vraiment.
Et Harry avait onze ans quand il s'est battu pour la première fois contre Voldemort, pensa-elle d'un air hébété.
"Vous allez cesser toute tentative de nous combattre, et vous allez nous livrer Harry Potter, stupefixé et désarmé, maintenant ! " Gopman criait à présent, mais son regard était toujours froid et posé. Il avait l'air vraiment dangereux.
A sa droite, Ron Weasley poussa un soupir exagéré.
"Je te l'avais dit, ma chérie," fit-il remarquer à sa femme. "C'est toujours le professeur de Défense contre les forces du mal. Toujours."
"Hé," répondit son père, taquin. "Ce sont des préjugés ! Je suis indigné !"
Lily, ainsi que la plupart des invités dans la Grande Salle, les fixaient avec incrédulité. Comment pouvaient-ils plaisanter dans un moment pareil ?
Et Harry Potter, Auror extraordinaire, se tenant bien trop loin pour pouvoir intervenir, secouait juste la tête tristement.
"Vous n'auriez vraiment pas dû faire ça, Gopman," répondit-il. "Nous aurions pu résoudre tout ça de manière pacifique, mais si vous menacez l'un d'entre nous, ça ne pourra que se finir dans le sang et les larmes pour vous."
"J'ai votre Directrice," cria de nouveau Gopman, toujours maître de lui-même, mais avec la conscience grandissante que les choses ne suivaient pas tout à fait le plan. "Et j'ai l'ordre de la tuer !"
"L'ordre de qui ?" demanda Draco d'une voix traînante, l'air absolument pas troublé par la tension. Il avait tout du Sang-pur, curieux et même légèrement amusé. "Entendez-vous des voix Gopman ? Ou sont-ce les licornes qui vous disent de faire ça ?"
"Draco," le houspilla calmement Harry. "On ne doit pas se mettre les assassins à dos. N'as tu donc rien appris de moi ?"
"Vous feriez mieux de me prendre au sérieux, Potter ! Si vous ne venez pas ici immédiatement et ne jetez pas votre baguette, je lui coupe la gorge, je vous le jure !" Quelque chose ressemblant à de la panique transparaissait dans la voix de Gopman.
"Tu vois ?" Harry parlait toujours à Draco comme si rien d'autre ne comptait. Lily se demanda si elle était la seule personne restée saine d'esprit dans la pièce. "Il veut être pris au sérieux. Et c'est légitime qu'il le veuille, étant un professeur et tout ça."
"C'est aussi un traître. Et un fou," offrit Draco comme si c'était des arguments valides devant être pris en compte dans la discussion. "Et son visage est d'une teinte de rouge particulièrement repoussante."
Harry soupira. "Dans ce cas, il vaudrait mieux l'arrêter, hmm ?" demanda-il comme s'il le regrettait vraiment.
La panique sur les traits de Gopman s'était progressivement changée en rage, et la façon dont il regardait Harry et Draco aurait été comique s'il ne pressait pas sa baguette contre la gorge de la Directrice.
"JE VAIS LA TUER, et vous ne pouvez rien faire pour m'en empêcher ! Vous êtes bien trop l…" hurla-il, quand soudain il eut un étrange gargouillement et lâcha la Directrice. Doucement, il pencha sur le côté et tomba. Un poignard brillant saillait de son cou.
"J'imagine qu'il faisait référence à moi." Tante Hermione sortit de l'ombre et récupéra son couteau avec un sortilège d'attraction en un tour de poignet.
Un autre mouvement, et deux invités de la table des journalistes furent immobilisés et flottèrent jusqu'à l'endroit où elle se tenait, à côté du corps de William Gopman, ancien professeur de Défense contre les forces du mal.
"Ces deux là surveillaient Gopman avant même qu'il ne lève sa baguette, et ils n'ont pas réagi à ses menaces," dit-elle calmement à personne en particulier. "Tu as du Veritaserum sur toi, Draco ?"
"Pour toi, toujours, ma chérie," sourit fièrement Draco et il envoya flotter une petite fiole vers elle. Ses yeux passèrent de tante Hermione à Harry.
"Ça me fascine toujours même après toutes ces années," remarqua-il. "Avec vous deux dans la même pièce, les choses ne sont jamais ennuyantes."
Quelqu'un derrière Lily s'écroula sur le sol avec un bruit sourd et étouffé, s'évanouissant probablement. Quelqu'un à sa droite déglutit bruyamment. Lily fixa juste sa marraine des yeux, la voyant réellement pour la première fois.
Tante Hermione avait toujours été anormalement musclée (à cause de tous les chaudrons qu'elle devait soulever, parce que Severus était trop paresseux), et était intelligente (défaut de naissance, chérie), et avait des réflexes foudroyants (as-tu déjà vu une potion exploser ? Il n'y a que très peu de temps pour enlever ses mains). Tante Hermione s'était battue pendant la guerre (principalement en faisant de la recherche, mon coeur. Ces hommes sont incapables d'ouvrir un livre même quand leur vie est en jeu), et elle avait reçu un Ordre de Merlin, première classe (ils les distribuent comme des petits pains aujourd'hui).
Mais elle avait jeté un poignard à une distance de douze pieds, et il avait parfaitement atteint sa cible.
Lentement, tous ces petits faits à propos du passé que personne n'avait réellement expliqué dansèrent dans l'esprit de Lily et se reformèrent, se fondant dans une vérité qui changea tout.
"Elle était la clé de tout ça," murmura-elle, et à ce moment, tous ces documents du tribunal, tous les livres et les rapports criblés de trous firent sens, la mention d'agents doubles, d'attaques d'Occlumencie contre Voldemort, et le fait que l'Ordre la traite comme une reine. "Elle n'a pas fait que de la recherche, elle a orchestré toute la chose !"
Une main se posa doucement sur son épaule et un instant après elle était lovée dans les bras de sa mère, dans la chaleur de son étreinte.
"Tu es une fille intelligente," murmura Maman à son oreille. "Mais pour l'instant laissons Hermione faire son travail. On en parlera plus tard."
Laisser Hermione faire son travail… Merlin ! Pas étonnant que tout le monde la respecte ! Elle était probablement la personne la plus dangereuse dans la pièce !
Sa marraine sourit alors qu'elle s'accroupissait au-dessus de leurs attaquants ligotés et pétrifiés, un sourire froid, dangereux, qui éveillait d'étranges instincts chez Lily. Apparemment, elle devait avoir été un petit animal effrayé dans une autre vie.
"Alors, êtes-vous réellement là pour jouer ou n'était-ce que des fables ?" demanda aimablement tante Hermione, ouvrant la fiole et laissant tomber trois gouttes d'un liquide clair sur la langue d'un des prisonniers. Lily ne pouvait pas croire qu'elle l'avait un jour prise pour une chercheuse inoffensive. "Parce que je ne suis pas contre un peu d'exercice après tous ces discours."
Et Harry, se tenant toujours au bord de l'estrade et regardant son amie administrer du veritaserum illégal après avoir tué le professeur de Défense, rejeta soudain la tête en arrière en riant, à gorge déployée et sans se soucier du monde.
"Merlin, Hermione, ça m'avait vraiment manqué !"
La suite (et fin) arrive très bientôt !
