Severus s'était glissé hors de table aussitôt que les lumières s'étaient éteintes. Il y avait toujours une explication inoffensive pour ce genre de choses - bien qu'il n'ait jamais réellement rencontré une situation à laquelle l'explication inoffensive était la bonne, mais on se devait de rester ouvert d'esprit - , mais ça ne faisait pas de mal d'être prêt.

Alors il avait pressé la main d'Hermione pour la prévenir, s'était éloigné de la table dans le noir jusqu'à une petite porte latérale qui menait à une terrasse rarement utilisée et de là était sorti dans le parc.

Les protections de Poudlard n'étaient pas faites pour arrêter quelqu'un qui voulait sortir et les boucliers d'urgence d'Hermione le reconnurent facilement, mais même si les protections d'urgence devaient se mettre en place, il n'avait pas travaillé là pendant vingt ans sans apprendre quelques astuces.

Il exploita le fait d'être proche du château pour envoyer un sort de détection générale vers l'endroit où les élèves vivaient et dormaient. Quand le sort revint sans rien signaler, il activa les protections supplémentaires autour des dortoirs - elles n'avaient pas été actives quand les autres boucliers étaient tombés, et se mirent en place sans obstacle. C'était une bonne chose qu'il ait enseigné ici pendant si longtemps - il connaissait toutes les procédures et était confiant dans le fait que les élèves seraient en sécurité jusqu'au matin.

S'assurant d'être hors de portée des oreilles de tous et bien enfoncé dans la forêt, il activa le lien vers Hermione. C'était une ingénieuse technologie magique, bien que les procédures nécessaires pour la mettre en place aient été 'dégueu', pour citer les mots d'Hermione. Mais si on se réfère aux règles de la magie, l'Occlumencie nécessite un contact peau à peau, et si cette règle ne pouvait être contournée qu'en implantant cette peau dans l'oreille de l'autre, hé bien, il valait le coup de faire le sacrifice.

Que se passe-t-il ? demanda-il silencieusement. Au lieu de lui répondre, elle partagea simplement ses yeux et ses oreilles avec lui, un autre tour qu'ils avaient appris avec les années.

Écoutant la voix désincarnée débiter des âneries, il n'arrivait pas à se décider entre rire ou partager l'irritation d'Hermione. Même les méchants ne sont plus les mêmes, pensa-il à travers elle, et il sentit en réponse son éclat de rire.

Mais ils ont réussi à défaire les défenses, et c'est le travail d'un professionnel, même si la sécurité s'est relâchée après Voldemort, répondit-elle. Nous n'avons pas une vue d'ensemble là.

Un infiltré ? Ça n'était pas vraiment une question, mais ces petits échanges leur donnaient à tous les deux le temps de réfléchir et de développer leurs théories, et il les chérissait juste pour ça.

Au moins un, pensa Hermione. Mais voyons si je peux les débusquer avec un peu de comédie…

Souviens-toi qu'aucun d'entre eux n'est encore habitué au combat, excepté les aurors, l'avertit Severus, mais une part de lui était déçu de rater ce spectacle. Harry et elle faisaient une bonne équipe, se donnant la réplique avec l'aisance que seules les nombreuses années d'expérience permettent d'acquérir.

Il se demanda si aucun des aurors travaillant sous les ordres de Harry savaient qui leur tête de Département choisissait comme partenaire pour ses plus dangereuses missions. Probablement pas. Les aurors étaient encore plus idiots aujourd'hui que vingt ans en arrière.

Comme si tu avais besoin de me le rappeler, vu comment tu te plains toujours d'eux quand on les voit, la voix amusée d'Hermione interrompit ses pensées. Maintenant, prêt à faire un peu de repérage pour moi ?

Je m'en occupe.

Loin de la Grande Salle et des dortoirs, il put utiliser une série de sorts pour déterminer le nombre et la position de leurs opposants. Le résultat n'était pas rassurant.

Trente-six dans les environs, l'informa-il. Positionnés autour de la Grande Salle. Il n'y a pas de passage sûr pour faire sortir les élèves, et pas de façon simple pour les renforts d'entrer.

Alors nous allons devoir garder les élèves en sécurité dans le château. Mes boucliers tiennent jusqu'à maintenant, alors nous devrions avoir un peu de temps pour se préparer. Les autorités ?

Je vais m'en occuper, promit Severus. La meilleure façon pour cela était d'envoyer un message à un Langue de Plomb qui avait leur confiance, afin que quelqu'un au Ministère soit informé tout en évitant que les aurors arrivent et compliquent tout. Les situations incluant des otages étaient toujours mieux gérées par des petites équipes, et Hermione et lui auraient été appelés pour ce genre de choses de toute façon.

D'un mouvement de la main, son Patronus s'évanouit dans la nuit, portant un message pour l'un des agents de Luna. Une nouvelle fois, il scanna les environs, confirmant les premiers résultats mais ajoutant deux opposants supplémentaires positionnés plus près du lac.

Trente-huit maintenant, informa-il Hermione.

Merci. Essaie d'en réduire un peu le nombre, Severus? Elle avait l'air excitée et fière, comme toujours lorsqu'elle laissait le Maître espion s'exprimer.

Il sourit, ses yeux brillants et ses dents nues assorties à la fierté dans sa voix. Il aimait jouer aussi.

Tout ce que tu voudras, mon amour, promit-il. Bonne chasse.

ooo

Après que le corps ait été évacué, les élèves calmés par la Directrice et les prisonniers interrogés par Harry et tante Hermione, ils décidèrent de s'en tenir au plan d'origine.

Les élèves et les civils seraient évacués, Bill, Minerva et Luna érigeraient des boucliers qui, ils l'espéraient, seraient assez forts pour maintenir les attaquants au loin, et le reste d'entre eux utiliserait le temps restant pour préparer la Grande Salle pour le combat.

Cela semblait complètement irréaliste pour Lily, qui ne pouvait même pas imaginer une bataille ayant lieu dans Poudlard, mais les deux prisonniers, maintenant assommés et placés hors du chemin, lui rappelaient douloureusement la réalité à chaque fois qu'elle les regardait.

C'était réellement en train de se passer. Elle était au milieu d'une des histoires que ses parents avaient l'habitude de leur raconter. Et elle était déterminée à se battre.

Elle aida à ordonner les élèves et à les escorter jusqu'à la salle sécurisée sous la Grande Salle. Elle fit léviter les tables sur le côté et empila les bancs pour former des obstacles près de la porte d'entrée.

Et pendant qu'elle faisait tout ça, elle regardait Hermione, ce vieux Maugrey, Draco et Harry se déplacer dans la Grande Salle, donnant des ordres et se criant des questions les un aux autres, étant de manière assez évidente dans leur élément.

Ils attendaient un peu plus de trente envahisseurs, et Hermione avait pu leur préciser des spécificités sur leur armement et leur technique d'attaque, bien que Lily n'ait pas la moindre idée d'où venaient les informations.

Une nouvelle fois elle se demanda où avait disparu le Professeur, et comment il avait pu savoir ce qu'il allait se passer une fois les lumières éteintes.

De penser qu'elle avait grandi avec ces personnes sans jamais savoir ce dont elles étaient capables…

De penser qu'elle avait considéré tante Hermione ennuyeuse même si brillante…

"Qu'est-ce que tu fais encore là, Lily ?" Harry était soudainement apparu de nulle part, et elle fut très proche de sursauter.

"Hey," dit-elle, tentant misérablement de feindre d'être détendue. "C'est ici qu'aura lieu la bataille, non ?"

"En effet," acquiesca-il calmement. "Et c'est pour ça que tu devrais être dans la salle sécurisée en ce moment."

"Avec les autres enfants ?" Malgré la situation, elle sentit la colère monter en elle. "Je ne suis plus une enfant, Harry. J'ai dix-sept ans. Je sais ce que toi et les autres ont fait quand vous aviez mon âge, et je n'ai pas besoin d'être protégée !"

"Je sais," dit Harry. Une des choses qu'elle aimait le plus à propos de son parrain était qu'il la prenait toujours au sérieux, peu importe la situation. Il lui avait expliqué des choses pour lesquelles ses parents la trouvaient trop jeune, il lui avait raconté des histoires que ses parents voulaient lui cacher. Et maintenant il la regardait comme une égale, peu importe son âge.

"Tu es une femme très douée, Lily," continua-il. "Mais il ne s'agit pas de toi. Il s'agit de tes parents et de tous ceux qui t'aiment. Il y a vingt ans, nous avons juré que nous ne laisserions plus jamais nos enfants se battre pour nous. Tu penses que c'est ton droit de risquer ta vie, et tu as raison. Mais c'est le droit de tes parents de te protéger. Veux-tu vraiment le leur ôter ?"

Ses épaules s'affaissèrent. Une des choses qu'elle aimait le moins avec son parrain était le fait qu'il avait presque toujours raison. Et qu'il pouvait le lui dire d'une façon qui la rendait d'accord avec lui, peu importe ce qu'elle désirait.

"Ok," abdiqua-elle après un court instant. "Je vais descendre alors…"

Et à ce moment-là, les portes explosèrent, remplissant la pièce d'éclats de bois et de poussière.

Leurs ennemis avaient brisé leur protection.

ooo

Les yeux d'Hermione filèrent vers les portes de la Grande Salle aussitôt que l'avertissement de Severus apparut dans sa tête.

"Accrochez-vous !" cria-elle, mais déjà l'explosion soufflait les vieilles portes de chêne, et des éclats de bois et de la poussière saturèrent l'air.

Ils avaient brisé son bouclier plus rapidement que ce qu'elle avait anticipé, une autre chose qui confirmait le professionnalisme de ce groupe. Une petite partie d'elle s'interrogea sur leurs motivations et leur financement, alors qu'une autre partie informait Severus et son regard filait çà et là dans la salle, s'assurant que tout le monde était sauf et les enfants hors de portée.

Elle vit Lily, à moitié cachée derrière Harry, et Ron et Ginny, qui avaient été déterminés à rester même s'ils ne s'étaient pas battus en duel depuis longtemps. Mais à part eux, tous ceux qui ne pouvaient se défendre eux-même étaient hors de portée.

Elle n'avait pas remarqué le couteau dans sa main jusqu'à ce que le premier attaquant masqué fasse son apparition et qu'il vole vers lui, trouvant sa cible comme toujours. Elle le rappela sans même y penser, coordonnant la double image, celle de Severus et la sienne, dans son esprit et déterminant l'exact pattern de leur attaque.

Ils étaient conservateurs mais très agressifs. Professionnels, depuis leurs robes de combat jusqu'à leur posture tenant plus du mercenaire que du fanatique. Elle commençait vraiment à se poser des questions sur ce groupe.

Elle fit signe d'agir à Harry, qui avait mis Lily en sécurité et avançait maintenant vers elle à travers la salle, utilisant les tables et les bancs pour se protéger. Un mouvement de baguette et sa voix résonna dans la pièce presque vide à présent.

"Qui que vous soyez, nous vous donnons un seul avertissement. Battez en retraite, ou nous ne nous embarrasserons pas avec des sorts de désarmement !"

Soit ce fut leur camarade poignardé, soit les mots de Harry qui les firent reculer, mais plus personne ne passa à travers les ruines de la porte pendant un moment. Une fois de plus, les yeux d'Hermione balayèrent la salle, évaluant leur position. Ils étaient treize en tout, Hary, Draco, la garde rapprochée de trois aurors de Neville, Remus, Tonks, Maugrey, Kingsley, Ginny, Ron, Minerva et elle.

Il y avait longtemps qu'elle ne s'était pas battue au sein d'un si grand groupe, mais la plupart d'entre eux suivait un entraînement intensif, et leur positionnement dans la pièce était bon. Non pas qu'elle prévoyait de laisser leurs attaquants avancer bien loin derrière la première ligne de défense, qui était tenue par Harry, Draco et elle.

"Vous vous souvenez ?" murmura alors Harry, souriant largement. Il s'amusait bien trop de tout ceci. "Il y a vingt ans ? Nous cinq contre Voldemort ?"

"J'imagine que tu veux que l'un d'entre nous dise quelque chose de stupide comme 'c'était le bon vieux temps', n'est-ce pas ?" commenta doucement Draco. "Hé bien laisse moi te dire que je préfère largement aujourd'hui."

"Moi aussi," répondit Harry après un moment, mais il souriait toujours. "C'est juste que la paperasse ne fait pas le poids par rapport à ça !"

"On ne sait toujours pas ce qu'est 'ça'," les avertit Hermione, ses yeux fixés sur la porte, pendant que ceux de Severus surveillaient ceux de la porte latérale que les attaquants avaient choisi comme entrée. Il acquiesqua dans son esprit. "Et tant qu'on ne sait pas, c'est une situation dangereuse."

"Tu deviens bien trop sérieuse en vieillissant, Hermione", la taquina Harry. "Et je parie que Severus les a déjà décimés."

"Il s'amuse aussi", admit-elle après un moment, mais ensuite elle se raidit légèrement quand les informations données par les sens de Severus changèrent.

"Voilà leur leader," murmura-elle, et ses amis redevinrent attentifs.

Une personne portant des robes noires et une cape vert foncé entra par la porte, scintillant légèrement sous la lumière de l'épais bouclier qui l'entourait. L'étranger - à en juger par sa taille et sa carrure, probablement une femme, relevait ses robes avec précaution pour éviter les déchirures sur les bords des débris. Oui, définitivement une femme.

Harry, toujours désigné comme meneur lors des négociations, invoqua un bouclier de force égale autour de lui et se leva.

"Dites-nous ce que vous voulez réellement, et peut-être que nous pouvons toujours résoudre tout ça de manière pacifique," offrit-il, la voix calme et posée.

"Pacifique ?" la voix de la femme était toujours magiquement déformée, mais elle semblait plus perçante qu'avant, légèrement déséquilibrée, pensa Hermione avec un malaise grandissant. Rien n'était pire qu'un terroriste fou, à son humble avis.

"Tu as jeté la paix aux orties, Harry Potter, quand tu as tué notre Maître et détruit sa vision des choses il y a vingt ans !"

Oh, pensa Hermione, partageant un regard frustré avec Draco. Un de ceux-là.

Ils avaient eu des problèmes avec des fous qui auraient aimé suivre Voldemort avant, ceux qui ne pouvaient pas oublier le passé ou, peut-être pire, pensaient que défaire Harry Potter pourrait d'une façon ou d'une autre faire reprendre les choses là où Voldemort les avaient arrêtées.

Mais ce genre de 'méchant' était habituellement désorganisé, mal informé, encore plus mal équipé, et légèrement pathétique au final. Certainement incapable de mettre à mal les défenses de Poudlard et les attaquer avec une équipe de vingt mercenaires.

"C'était il y a des décennies", dit Harry. "Pourquoi gâcher votre vie pour quelque chose qui est terminé depuis longtemps ?"

"Ce n'est pas terminé," cassa la femme. Oui, définitivement dérangée. "J'étais là quand vous les avez attaqué et fait de leur vie un enfer ! J'ai dû vivre avec chaque jour !"

"Je n'ai jamais attaqué personne", répondit Harry, calmement, raisonnablement. "Voldemort était après moi, et je…"

"N'ESSAIE PAS DE DISCUTER", cria la femme. "Je te ferai avouer d'ici la fin, Potter, je te ferai tout avouer ! Attaquez-les !"

Les mercenaires obéirent sans hésitation, et l'esprit d'Hermione passa aisément en mode bataille. Elle fit signe au reste de leur groupe impromptu de s'occuper des adversaires qui s'avançaient sur les flancs, pendant que Harry, Draco et elle se concentreraient sur le bloc central, puis les premiers hommes furent sur elle.

Elle lança une rapide série de sorts assommants, puis pivota sur sa jambe gauche et enfonça le talon de sa botte dans le front de son adversaire. Il tomba au sol et elle para un vicieux sort de découpe et y répondit avec un sectumsempra. Un couteau trouva sa cible, un autre tourbillonna dans les airs et épingla un bras levé contre le mur qui se trouvait derrière.

Et de quatre.

Un autre sort assommant s'occupa d'un homme qui essayait de se glisser derrière Draco, et alors qu'elle en aveuglait deux de plus avec un sort de flash bien placé, un autre eut un accident regrettable avec une boule de feu.

Et de huit.

Son côté se débrouillait plutôt bien jusqu'à maintenant, avec près de vingt adversaires à terre et quelques autres blessés. Ron avait l'air un peu contrarié parce qu'aucun ennemi n'était encore parvenu jusqu'à lui, mais il était assez intelligent pour ne pas quitter la position qui lui était assignée. Ses enfants se cachaient derrière cette porte après tout.

Quatre hommes se battaient contre Harry et elle décida de l'aider. Ses couteaux tranchèrent et des sorts sifflèrent dans l'air. Elle bloqua le sort d'éventrement d'un autre attaquant et répondit par le feu, et elle remarqua que leur mystérieuse leader n'avait pas rejoint le combat. Elle se tenait toujours proche de la porte, protégée par deux mercenaires et la bulle bleue brillante de son très puissant sort de protection, regardant calmement la bataille. Jaugeant leurs réactions et leurs abilités.

Son comportement commençait à irriter Hermione, et alors qu'elle se contortionnait hors de la trajectoire d'un sort brûlant, fauchait les jambes d'un ennemi au loin et conjurait des cordes autour de lui avant qu'il ne touche le sol, elle envisagea de demander à Severus de s'occuper d'elle.

Mais cette bulle protectrice avait l'air plutôt résistante, et elle ne voulait pas dévoiler cet atout, pas tant que ça ne serait pas nécessaire. Avoir un partenaire caché dans l'ombre lui avait sauvé la vie à plus d'une occasion.

Et de quinze. Et la bataille était presque terminée.

Il semblait que leur mystérieuse attaquante l'avait réalisé également, parce qu'elle leva la main à sa gorge, et quand elle parla, sa voix résonna durement à travers la salle.

"Regroupez-vous !"

Un pitoyable groupe de mercenaires rampa vers leur employeur, et ceux qui le firent n'étaient plus en état de la défendre. Pour autant, pas une raison pour baisser sa garde. Elle fit signe aux autres de reprendre leurs positions initiales, et fit un demi-sourire à Maugrey, qui hocha la tête en signe d'approbation.

Une nouvelle fois, Harry fut le fer de lance.

"Ne pensez-vous pas qu'il est trop tard pour négocier ?" demanda-il, moins en colère que curieux de voir ce qu'elle allait faire maintenant. Il n'y avait, après tout, pas eu de relâchement de leur côté, et l'attaque entière était quelque peu boiteuse.

Mais la femme avait juste levé la main, demandant le silence de ses mercenaires, et quelque chose dans la ligne de ses épaules indiquait à Hermione qu'elle était satisfaite.

"Au contraire", dit-elle froidement. "C'est juste le bon moment, maintenant que mes sortilèges ont bien eu le temps de prendre."

"Vos sortilèges ?" Les yeux de Harry ne quittèrent pas leur attaquant des yeux une seule seconde, mais Hermione était déjà sur l'affaire, utilisant des sorts de détection et de diagnostic si rapidement que les images et les lumières revinrent floues.

Le résultat la rendit confuse, mais elle l'envoya à Harry et Draco d'un geste de la main, et vit sa confusion reflétée.

"Un charme de mouvement d'air ?" demanda sceptiquement Harry à la femme. "Quel bien vous apporterait une brise fraîche ?"

Une idée ? demanda Hermione à Severus dans son esprit, et elle trouva l'écho de son inquiétude indéfinie en retour.

Supposons que c'est un sort combiné, murmura la voix chaude de Severus dans ses pensées. Il y a plusieurs centaines de combinaisons possibles, la plupart d'entre elles sans danger. Mais d'autres…

Silencieusement, Hermione approuva. Cela avait été bien trop organisé, trop minutieusement préparé pour se finir sur une erreur stupide. Qui que soit cette femme, elle avait la signature de quelqu'un de dangereux.

Comme pour confirmer ses pensées, leur attaquante inconnue se mit à rire, froidement, doucement, et de façon définitivement menaçante.

"Je pense que vous réaliserez que l'air est déplacé en s'éloignant de moi, pas vers moi," commenta-elle. "Et le bien que ça peut faire… hé bien, ça dépend de ce qu'il se passera quand j'ouvrirai ceci…"

Elle atteignit sa poche, et quand sa main en émergea elle tenait…

Hermione fixa la fiole dans un silence choqué. Ce n'était pas possible.

Mais elle n'avait entendu parler que d'une seule potion qui étincelait d'un bleu perle comme celui là, et ça n'était qu'une rumeur, rien d'autre qu'un murmure qu'ils avaient rencontré pendant leurs recherches. Le choc de Severus se mêla au sien, courant dans ses veines, ne laissant qu'une froide clarté.

Ce n'était pas possible, mais si c'était réel… alors ils étaient en danger mortel.

Harry avait remarqué la soudaine tension en elle, mais ils ne pouvaient pas communiquer sans interrompre les négociations, et ils avaient besoin de savoir ce que cette femme prévoyait de faire immédiatement.

Elle lui fit signe de continuer, et ajouta un petit signe sur lequel ils s'étaient mis d'accord des années auparavant. Abruptement, ses yeux s'écarquillèrent. Il savait maintenant que cela pouvait être une question de vie ou de mort.

"Ce qu'il y a dans la fiole", ordonna-il, se drapant de l'autorité de sa position et de son expérience comme une cape sur ses épaules. "Vous feriez mieux de ne pas jouer avec nous."

"Je ne vous aime pas assez pour jouer avec vous," siffla-elle en réponse. "Et ce n'est certainement pas un jouet. Dis-moi, Harry Potter, as-tu déjà entendu parler du Mangeur de Magie ?"

Hermione sentit la bile lui monter dans la bouche. Draco à sa droite était devenu mortellement pâle, et Severus s'était changé en une sinistre pierre froide dans son esprit. Mais ça n'était pas possible !

"Non," dit Harry, légèrement enroué. Il savait à quel point ils étaient effrayés, et ça l'effrayait.

"Tout ce temps passé parmi les serpents, et tu ne sais toujours rien des poisons," se moqua la femme. "Vas-y, Malefoy. Soit un bon petit traître à ton sang et explique à ton auror de compagnie à quoi il a affaire."

Elle jubilait maintenant, se réjouissant de sa connaissance supérieure et de l'assurance qu'ils étaient à ses pieds. Elle n'avait aucune idée de l'échange rapide entre Severus et Hermione, avant tout Maître des Potions et brillante ensorceleuse, ayant lieu juste sous son nez, ou elle n'aurait pas été aussi sûre d'elle.

Elle a ancré le flux d'air à la fois à son bouclier et à Poudlard lui même, Severus. Il va falloir du temps pour défaire ça.

Je peux arrêter le flux d'air au niveau des dortoirs…

Elle les a liés aussi ? L'horreur d'Hermione satura leur connexion le temps d'un battement de cœur. C'était un massacre !

Elle n'est rien d'autre que minutieuse.

Hermione prit une grande inspiration pour se ressaisir, et elle vit que Draco s'était levé. Il était toujours blanc à cause de la tension, mais son visage et sa voix ne montraient aucune émotion.

"Le Mangeur de Magie est une légende parmi les Maîtres des Potions", dit-il doucement, les yeux fixés sur le liquide bleu étincelant. "La rumeur dit qu'il a été créé par un Maître du dix-neuvième siècle, mais ses notes n'ont jamais été retrouvées, seulement les effets de la potion - un village, rempli de cadavres."

Il prit une grande inspiration, et Hermione utilisa cette pause pour continuer son dialogue intérieur.

Nous pourrions sauver les élèves des dortoirs, mais nous serons infectés et morts d'ici une minute. Et je doute que les protections de fortune autour des autres tiendront… ils sont plus de deux-cent personnes là dessous, pour la plupart des enfants, Severus…

Nous pourrions briser son bouclier, si on a assez de temps…

Mais nous n'aurons pas ce genre de temps, à moins que nous arrivions à continuer de la faire parler.

"Les ingrédients actifs de la potion deviennent immédiatement volatils, et sont incroyablement rapides", continua Draco, sa voix gagnant en puissance. "Une inspiration suffit, et une fois infecté il n'y a plus rien à faire. La potion retourne votre propre magie contre vous. D'abord vous devenez un Cracmol, puis vous mourrez. À en juger par les visages des victimes, c'est une mort douloureuse."

Draco leur faisait déjà gagner du temps avec cette description plus que détaillée, mais ça ne serait pas assez. Severus et Hermione le savaient tous les deux.

Informe nos contacts à l'extérieur, Severus. Si ça tourne mal, Poudlard devra être immédiatement isolé.

Ça ne tournera pas mal, mon amour.

Quand même.

"Et vous espérez que je vais croire que vous avez trouvé un moyen de produire cette potion ?" demanda alors Harry.

La femme sembla amusée.

"J'ai passé des années à préparer ce moment, Potter. Mais si tu doutes de moi, je peux faire une démonstration", dit-elle, la main bougeant lentement vers le bouchon de la fiole.

"Non !" Le cri de Draco résonna dans la Grande Salle inhabituellement silencieuse, fort et immédiat afin qu'Harry n'ait pas à perdre la face en se rétractant.

La femme gloussa.

"Alors je suppose que vous me prenez finalement au sérieux ?" s'enquit-elle.

"Que voulez-vous ? " demanda Harry, trop furieux et frustré pour cacher complètement ses émotions. Tout le monde dans cette pièce était un expert, et pourtant ils étaient coincés dans une situation impossible, comme des idiots.

Quelque chose changea dans la posture de la femme. Elle se grandit légèrement, et sa main se serra autour de la fiole mortelle.

"Je veux savoir", murmura-elle, son avidité, son désespoir et sa folie se combinant dans un affreux mélange. "Je veux savoir ce qu'il s'est réellement passé il y a toutes ces années, quand vous avez défait le Seigneur des Ténèbres."

Les yeux de Harry s'écarquillèrent sous l'incrédulité.

"Tous ces efforts et ces morts, juste pour satisfaire votre curiosité ?"

"Ce n'est pas de la curiosité," siffla-elle. "C'est la seule chose qui ait un jour compté pour moi ! Alors dites-moi - que s'est il réellement passé ? Pas la gentille petite histoire que votre Ministre de compagnie a raconté ce soir, mais la vérité. Je veux savoir qui a détruit ma vie il y a vingt ans, et comment."

Les muscles du visage de Harry se tendirent presque imperceptiblement.

"Vous ne devriez pas croire les théories du complot", dit-il, très calme et maître de lui-même à présent.

"Je ne les crois pas," répondit sèchement la femme. "Mais je sais que les choses n'ont pas été aussi propres et faciles que ce que votre gentil petit Ordre a voulu montrer. Je sais que vous aviez quelqu'un chez les Mangemort, et je sais qu'elle a piégé le Seigneur des Ténèbres avec l'attaque de Tintagel. C'était une embuscade, mise en scène et préparée, et je veux savoir comment et par qui !"

"Ce n'est pas ce qu'il s'est passé", essaya de nouveau Harry, mais la patience de la femme s'était épuisée.

"Dites moi MAINTENANT," ordonna-elle stridemment. "Ou cette potion pourrait bien glisser de mes doigts !"

Alors que Harry s'efforcait d'éviter l'inévitable, les pensées d'Hermione filaient au côté de celles de Severus.

Qui pouvait être cette femme ? Peu de personnes en dehors de l'Ordre connaissaient ces détails, et elle s'était assurée de garder un œil sur chacune d'entre elles. La seule connexion possible serait un Mangemort du second cercle - elle avait fait son apparition à quelques bals et festivités, même si toujours déguisée. Mais tous les personnages clés avaient été arrêtés, et leur famille et eux interrogés. Elle ne pouvait pas imaginer avoir raté quelqu'un.

Peut-être qu'elle avait juste entendu de mauvaises choses au mauvais moment ? Les théories du complot avaient été incontrôlables après la bataille, et pour une fois le Chicaneur avait été d'une influence modérée. Peut-être qu'elle avait pris les faits et les avait compris de la bonne façon ?

Elle avait eu tort tout à l'heure. Ce n'était pas une autre tentative égarée de ressusciter Voldemort ou de construire un nouvel empire en son nom. Cette femme était personnellement affectée, et elle avait apparemment dédié sa vie à enfin trouver des réponses à ses questions.

Elle pouvait essayer d'utiliser ce fait à leur avantage, la manipuler correctement, jouer sur le fait qu'elle voulait des réponses et pas leur mort…

Mais il y avait trop d'inconnues à déterminer. Elle ne pouvait pas risquer la vie de tous ces enfants sur un préssentiment, si la situation se dégradait, tout cela finirait en catastrophe.

Suis cette voie, mon amour, et essaie de rassembler autant d'informations que tu peux. Joue la sécurité cette fois.

Je dois lui dire. Elle pourrait remarquer le moindre mensonge.

Je sais. Mais tu dois juste la maintenir occupée. Et quand tu verras une ouverture, j'attendrais dans l'ombre.

Plans et calculs coulèrent d'un esprit à l'autre, enrichis, écartés et paufinés jusqu'à ce qu'ils aient mis au point une stratégie parfaite, n'attendant que d'être mise en application. Severus était juste devant la Grande Salle maintenant, prêt à faire sa part du travail en un battement de cœur, mais elle devait préparer le terrain pour ça.

Elle ouvrit leur lien en grand, prête pour les informations qui passeraient entre eux, et cacha sa baguette dans les plis de sa robe de combat. Parler et viser en même temps ne serait pas la chose la plus facile qu'elle ait déjà faite.

Je t'aime, murmura-elle dans leurs lien secret. Je t'aimerai toujours, Severus.

Je t'aime chaque jour un peu plus, ma Hermione.

Elle prit une grande inspiration et se prépara, se détacha de ce qu'elle allait devoir dire. Elle n'aimait pas ça du tout, mais au moins elle était entourée principalement d'amis. Et cette femme n'aurait pas vraiment l'oportunité de répandre son histoire après cette soirée.

Faisant signe à Harry et Draco de rester calme et à tout le monde d'attendre son commandement, elle se leva, et son cœur battait follement dans sa poitrine.

"Si vous voulez que je raconte mon histoire, vous feriez mieux de d'abord montrer votre visage," exigea-elle sèchement. "Je n'aime pas parler aux inconnus."

ooo

Harry lui avait dit de se protéger et de rester hors du chemin, et donc Lily avait rampé le long d'une ligne de tables et de bancs inutilisés jusqu'à atteindre un des coins de la Grande Salle. Elle s'était cachée entre une vieille table et un fauteuil à bras, les genoux repliés sous son menton, baguette prête sans sa main aux phalanges blanchies. Elle pouvait voir entièrement la Grande Salle et était assez proche pour tout entendre, mais elle aurait échangé sa place sans hésiter contre une place en sécurité avec les autres enfants.

Le combat était incroyable, rien à voir avec ce qu'elle avait déjà vu dans son club de duel ou avec les duels amicaux entre certains de ses oncles et tantes qui avaient eu lieu au fil des années. Sa mère et son père étaient excellent à tout ça, et Harry botta autant de fesses que ce à quoi elle s'attendait, mais ce fut tante Hermione qui l'époustoufla réellement.

Elle sautait, pivotait, frappait, se tordait, et d'une façon ou d'une autre il y avait toujours un couteau sans sa main et elle l'utilisait en fait pour jeter des sorts.

Cela ressemblait à un drôle de mélange entre un duel de sorciers, Star Wars et les films de kung-fu qu'elle n'avait pas été autorisée à voir avant récemment, sauf que là c'était vrai, et que c'était sa marraine qui se battait !

Elle frappait réellement un homme en pleine face, puis en éviscérait un autre ( et Lily se sentait légèrement nauséeuse alors qu'elle voyait ça, mais trahir sa position en vomissant n'était vraiment pas la façon dont elle espérait mourir), et avait l'air si fier, si sauvage qu'elle était simplement terrifiante.

Et une autre chose très différente des films ? Ses parents, oncles et tantes bougeaient si vite, se battant avec tant de précision et d'agressivité que ce fut terminé avant d'avoir réellement commencé, et Lily eut l'impression d'en avoir manqué la plus grande partie (probablement un fait dont elle devrait être reconnaissante).

Mais ensuite, leur ennemie leva une fiole de liquide, et Hermione et les autres se figèrent de peur. Quelque chose venait de tourner mal, très mal.

Lily trembla à la pensée de tous ces élèves, ses frères, cousins et amis, mourant d'une potion qui mangerait leur magie et consumerait leur corps, elle trembla violemment, et elle comprit alors finalement ce que les membres de l'Ordre lui avaient toujours raconté, ce qu'oncle Neville leur avait dit ce soir.

C'était tout sauf héroïque à l'époque. C'était bouleversant et terrifiant, et nous avons tous fait des choses auxquelles nous n'étions pas prêts…

Oh, comme elle voulait que tout ça ne soit pas réel à présent, se réveiller dans son dortoir en sécurité et n'avoir en tête que ses cours ennuyeux et ses devoirs.

Mais c'était douloureusement réel, et alors que tante Hermione se levait, cédant aux ordres de l'attaquante, Lily se rendit compte qu'elle avait envie de se tourner et de se boucher les oreilles, pour respecter l'intimité de sa marraine.

Seul le fait que c'était une très mauvaise idée de tourner le dos à une potentielle attaque retint Lily de s'exécuter.

"Si vous voulez que je raconte mon histoire, vous feriez mieux de d'abord montrer votre visage, je n'aime pas parler aux inconnus." disait maintenant Hermione, sa voix plus froide que ce que Lily n'avait jamais entendu. Si elle avait eu l'air dangereux avant, maintenant elle l'était.

Lily vit la femme inconnue tressaillir, comme si elle était surprise, puis elle hésita visiblement. Même Lily comprit pourquoi. Si elle montrait son visage, elle se condamnait soit à tous les tuer soit à devenir une criminelle recherchée.

Lily se demanda pourquoi tante Hermione s'était levée comme ça. Est-ce qu'elle avait un plan en tête ? Mais que pouvait-elle espérer faire contre un tel poison ?

Lily supposait qu'un charme de Têtenbulle pourrait la protéger un moment, mais même elle ne pouvait le garder actif que pendant à peu près cinq minutes, et elle était première en cours de Sortilèges ! Et si la potion se répandait trop vite, les élèves et les invités seraient morts avant même de savoir ce qu'il était en train de se passer.

Donc il n'y avait aucune raison pour leur attaquante d'exhausser le souhait d'Hermione. Mais quand même, sa main libre se leva vers sa capuche, attrapa fermement le tissu… et l'abaissa.

Pendant un instant, le silence dans la Grande Salle fut absolu, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle.

Puis, la voix de tante Hermione se brisa sous la tension, incrédule et légèrement plus haut perchée que d'habitude.

"Pansy…" murmura-elle.

La femme acquiesqua, son visage se tordant sous une affreuse grimace.

"Pansy Parkinson," confima-elle tristement. "J'imagine que vous attendiez à quelqu'un d'un peu plus éloigné de la famille ? Mais vous, les héros de guerre, vous ne remarquez jamais personne d'autre, même pas ceux qui sont juste sous votre nez."

"Mais… ton père n'était qu'un membre du second cercle, à peine impliqué dans ce qu'il se passait…" dit tante Hermione, la confusion faisant une apparition inhabituelle sur son visage.

La femme - Pansy - renifla amèrement. "Assez impliqué pour se voir confisquer son domaine et être évité par les gens", contra-elle, puis un changement survint en elle, et elle se redressa silencieusement.

"Mère nous a quittés", dit elle. "Et soudain nous étions pauvres, et plus personne ne nous adressait la parole. Mon père n'a pas pu le supporter. Tout ce en quoi il avait cru avait disparu, et le nom de notre maison était en ruine. Il s'est suicidé, et ma mère, la traître à son sang, a épousé un Moldu, bien que ça ne l'ait pas aidée du tout. Alors vous voyez ? Vous avez détruit ma vie, vous tous, et vous ne l'aviez même pas remarqué !"

Lily vit des larmes briller dans ses yeux, et elle se demanda comment elle ferait face à une telle situation - son père mort, sa mère partie…

Hé bien, certainement pas en devenant une terroriste et une meurtrière de masse, de ça elle était certaine.

La voix de tante Hermione s'était en quelque sorte adoucie quand elle reprit la parole. Peut-être qu'elle avait pensé la même chose.

"Toutes mes condoléances, Pansy", dit-elle. "Il y a eu tellement de morts même après la chute de Voldemort, et j'admets que certaines d'entre elles ont été causées par notre camp. Mais ton père et ta mère ont pris leurs décisions librement, et leurs mains n'étaient pas guidées par nous."

"Je t'interdis de me consoler, Granger", hurla Pansy Parkinson. "Toi, avec ton parcours de première de classe et ta carrière parfaite ! Je ne veux pas de ta pitié, je veux savoir ce qu'il s'est passé ! Qu'as-tu fait ? Tu ferais mieux de me le dire rapidement, ou je ne réponds plus de mes actes…"

Elle secoua la fiole de potion, et Lily retint son souffle de peur.

Le visage de tante Hermione se tordit, puis elle hocha la tête, se résignant à le faire.

"Par où commencer ?" pensa-elle tout haut, mais Pansy répondit immédiatement.

"Quel était le plan ?" demanda-elle. "Comment avez-vous fait ? Comment avez vous pu tromper le Seigneur des Ténèbres ?"

Tante Hermione gloussa.

"C'était surprenament simple," répondit-elle, mais le timbre creux de sa voix disait tout autre chose. "Une fois que nous avions infiltré le Premier Cercle, nous avons donné à notre agent double une fausse prophétie, une prophétie qui a fait croire à Voldemort qu'il pourrait détruire Harry pour toujours seulement s'il le tuait dans "un lieu antique, une nuit antique". Il a mordu à l'hameçon, le fil et le plomb avec. Ensuite, nous lui avons donné une fausse raison expliquant pourquoi Harry, Ron et moi passerions la nuit d'Halloween à Tintagel, il l'a cru également. Nous n'avons eu qu'à tendre l'embuscade et le forcer à un rituel qui a détruit son âme pour toujours. Facile."

Elle avait parlé doucement, le visage impassible alors qu'elle racontait l'histoire que Lily avait entendu tant de fois - à une exception.

Dans l'histoire que ses parents, oncles et tantes racontaient, il n'y avait jamais eu d'agent double, jamais un infiltré qui avait trompé Voldemort lui-même. Les yeux de Lily s'écarquillèrent quand elle fit d'autres liens.

Pansy avait mentionné une femme, et à moins qu'un membre de l'Ordre ait disparu et n'ait plus jamais été mentionné, cela signifiait…

Les yeux de Lily s'écarquillèrent encore plus. Impossible !

"Qui ?" demanda Pansy Parkinson, durement et rapidement. "Qui a organisé ça et qui était l'agent double ?"

Pendant une seconde, tante Hermione hésita, et une expression de douleur traversa son visage.

"Moi," admit-elle ensuite. "Pour les deux."

La rage inonda le visage de leur attaquante.

"Impossible," cria-elle, faisant écho aux pensées de Lily. "Tu étais une Sang-de-Bourbe et une simple écolière ! Le Seigneur des Ténèbres n'aurait jamais…"

"Le Seigneur des Ténèbres m'a appelé son animal de compagnie et a fait mes louanges devant tous les autres", l'interrompit Hermione, le visage inexpressif. "Il m'a donné plus de pouvoirs qu'aux Sang-pur du Premier Cercle, et à la fin, je l'ai battu dans un combat d'esprit. Ton précieux Seigneur des Ténèbres n'était rien d'autre qu'un fou de sang mêlé, et il est tombé sous les machinations d'une gamine. C'est la vérité Pansy. Je suis désolée."

"Non", murmura l'autre femme, les mains tremblantes. Lily ne savait pas ce qui la choquait le plus dans l'explication de tante Hermione, le fait qu'une Sang-de-Bourbe ait réussi un tel exploit ou que Voldemort lui-même était un sang mêlé.

"Non ! Mon père me l'a décrite ! Elle était comme une reine des ténèbres, a-t-il dit, et tout le monde la craignait…"

Quelque chose changea chez tante Hermione, alors. Elle sembla grandir, ses yeux étincelèrent sombrement et ses lèvres formèrent un sourire qui semblait à la fois dangereux et étrangement sensuel.

Lily frissonna. Malgré tout ce qu'elle avait appris ce soir, sa tante était restée sa tante. Mais maintenant elle ressemblait à une étrangère pour elle, comme une Hermione qu'elle n'avait jamais rencontré et qu'elle n'avait pas vraiment envie de rencontrer d'ailleurs.

Elle ressemblait à une reine des ténèbres, en effet.

"Ils étaient à mes pieds, tous ces vaillants hommes Sang-pur, et j'aurais pu les écraser n'importe quand," murmura-elle, la voix rauque et pleine de triomphe. "Ils m'aimaient, et me craignaient, et me faisaient confiance malgré mon sang. Tant de pouvoir, tant de magie, et pourtant leur victoire dépendait de moi. Et je les ai trahis. J'ai défait Voldemort, j'ai tué Lucius Malefoy, qui m'aimait comme il n'avait jamais aimé personne, et j'ai ri en le faisant !"

"Malefoy…" murmura Pansy Parkinson, ses yeux faisant l'aller retour de Draco à tante Hermione. Toute son arrogance et sa colère semblaient parties, lavées par une révélation à laquelle elle ne s'attendait pas.

"Il était mon amant," siffla l'étrangère avec le visage de sa tante. "Je l'ai séduit, et il a tout fait pour moi. Il m'a présentée à Voldemort, il a appuyé mon inclusion dans le Premier Cercle, et même quand il me torturait, il m'aimait désespérément."

Elle rit, et tout le plan de Pansy Parkinson sembla un jeu d'enfant en comparaison à ce rire.

"Tu pensais que tu savais tout, n'est-ce pas, Pansy ? En sécurité parmi les serpents, ton père Sang-Pur, et tu pensais avoir compris ce monde. Mais tu ne savais rien de sa noirceur, sa grandeur, son attrait. Le mal a sa propre beauté, sa propre morale, mais vous ne l'avez même jamais aperçue, toi, ta famille et vos pathétiques histoires. Ils étaient les rois parmi les sorciers, et moi leur reine, et ils ne l'auraient jamais vu venir."

"Mais comment ont-il pu ? murmura l'autre femme. Elle sanglotait maintenant, le visage rouge et enflé, ressemblant étrangement à un enfant à qui on a refusé un jouet. "Comment ont-il pu t'autoriser à entrer alors que mon père n'a jamais réussi à n'avoir ne serait-ce qu'une audience ? Comment ont-il pu oublier tout ce en quoi ils croyaient ?"

Les yeux d'Hermione et sa voix devinrent durs. Elle leva la tête, et ses yeux fixèrent ceux de Pansy avec un air qui ne laissait plus de place aux questions.

"Ils étaient idiots," dit-elle. "Et ils l'ont payé cher. TOUT LE MONDE A TERRE !"

ooo

Le corps de Draco réagit automatiquement à l'ordre d'Hermione. Un instant il était sur ses pieds aux côtés de Harry, regardant Pansy avec incrédulité et une horreur grandissante, et le suivant il était à plat ventre, la baguette prête à protéger sa famille et lui-même.

Une déflagration de lumière parcourut la Grande Salle à hauteur d'épaule, pulvérisant tout sur son passage. Elle aurait coupé Draco en deux sur place, et pourtant elle fut juste assez puissante pour percer la bulle de bouclier de Pansy et la détruire.

Elle cria de surprise et de peur, et ses mains filèrent vers le bouchon pour libérer la potion et les tuer tous.

Elle ne fut pas assez rapide.

Un corbeau descendit en piqué, ses plumes noires luisant dans la lumière des bougies, et Pansy cria une nouvelle fois.

Avant qu'elle ou que n'importe qui d'autre ne réalise ce qu'il se passait, les mains de Pansy étaient vides, le corbeau reposait sur l'épaule d'Hermione, et la potion passait en sécurité de son bec à ses mains.

Hermione sourit à l'oiseau.

"Merci Severus", dit-elle. Elle était la seule debout dans la pièce à présent, et sa baguette était fermement pointée sur une Pansy sanglotante, qui était tombée à genoux. "Veux-tu rester sous cette forme ou peux-tu prendre la peine de te retransformer ?"

L'oiseau banda la tête, puis sauta sur le sol et redevint Severus Snape, ses robes noires tourbillonnant autour de lui comme un écho de ses ailes d'Animagus.

"Au final, elle n'était qu'un amateur", remarqua-il doucement, la voix chaude et douce.

Hermione sourit doucement, et pendant un instant, sa tête trouva sa place contre son épaule, les capes noires se mêlant dans une autre entière confiance. Il iraient bien, pensa Draco, tout comme c'était toujours le cas quand ils étaient ensemble.

Harry sauta sur ses pieds et commença à assommer et ligoter le peu de mercenaires survivant. Ils étaient désorientés par la déflagration et n'opposèrent aucune résistance, trop bouleversés par le renversement soudain de situation.

Draco suivit doucement l'exemple de Harry. Il y avait une raison pour laquelle il avait préféré la Maîtrise des Potions à cette façon de vivre, et bien qu'il puisse toujours se battre en duel contre les meilleurs d'entre eux, la mort, le bruit et la confusion de tout cela le rendait malade.

Après des années d'inquiétude au sujet de sa ressemblance avec son père, il avait vite trouvé cette paix qui l'avait changé en une toute autre personne. Une vie de recherche, de travail utile et de confort modéré était ce qu'il voulait.

Ceci le rendait juste triste et fatigué, et le gâchis de la vie d'un autre Serpentard, passée dans la vengeance et la folie au lieu de quelque chose d'utile lui serrait le cœur.

Pansy gisait sur le sol maintenant, les genoux presque remontés jusqu'à son menton, sanglotant doucement. Elle avait probablement passé les vingt dernières années de sa vie à organiser tout ça, se préparant pour ce qu'elle avait imaginé être son ultime triomphe - quelque chose de très Serpentard.

Mais cela ne lui avait pas apporté de satisfaction. À la place, cela avait détruit les dernières choses qu'elle chérissait dans sa vie, la mémoire de ses parents et sa foi en Voldemort.

Doucement, il fouilla ses poches et lui prit sa baguette. Elle ne résista pas - il ne lui restait plus rien pour quoi se battre.

Une autre de la génération perdue, pensa-il tristement. Vingt ans et ça empoisonne toujours des vies.

"Viens", dit-il doucement. "Lève-toi Pansy, Les aurors seront là d'une minute à l'autre, et ils ne devraient pas te voir comme ça."

Ils pourraient s'entretuer sur un champ de bataille, mais au final les Serpentard se serraient toujours les coudes.

Elle se dégagea de son emprise.

"Ne me touche pas, traître à ton sang," siffla-elle, mais il n'y avait plus de venin dans sa voix.

"Je sais", murmura-il. Il n'y avait rien d'autre à dire, pas de façon de la consoler ou de soulager la douleur de son passé et de son futur, mais ceci il pouvait le dire sans mentir. "Je comprends."

"Toi", cracha-t-elle. "Comment pourrais-tu seulement comprendre ? Après avoir changé de camp juste au bon moment, le prince de Serpentard abandonnant ses suiveurs. Tu as toujours été du bon côté de la vie, n'est-ce pas ? Toujours insouciant !"

Draco gloussa doucement et tendit de nouveau la main. "J'imagine que ce n'est pas une mauvaise façon de rester dans les mémoires," dit-il, et cette fois elle ne rejeta pas son aide.

Elle était avachie dans ses bras alors qu'il l'aidait à se relever, et Harry lui jeta un regard interrogatif, lui demandant silencieusement s'il avait besoin d'aide.

Draco secoua la tête. C'était son travail, et ça l'avait été depuis des années. Les Gryffondor avaient peut-être reconstruit ce monde et l'avait rendu plus sûr, mais quelqu'un devait ramasser les Serpentard perdus et s'occuper d'eux, et le seul qui restait pour le faire était Draco.

"Je vais m'occuper d'elle", dit-il, et la compréhension qu'il vit dans le sourire de Harry dégela un peu la glace qui entourait son cœur.

ooo

Ça n'avait pas été très passionnant dans la pièce sous la Grande Salle. La plupart des élèves et des invités n'avait pas vraiment compris ce qu'il se passait, bien que Ted pensait qu'il en avait une assez bonne idée - écouter sa famille raconter les histoires de la guerre lui avait enseigné quelques petites choses.

Quelques journalistes avaient exigé de sortir pour investiguer (les longs mots, pourquoi les adultes en avaient tant besoin ?), mais la Directrice, tante Luna et oncle Bill avaient été fermes. Personne ne devait quitter la pièce tant que le danger était encore présent.

Avant qu'ils commencent à dresser le bouclier, la Directrice avait rassemblé les enfants de l'Ordre et les avait placés un peu à l'écart.

"Vous savez ce qu'il se passe ?" avait-elle demandé, les regardant un par un.

Tout le monde avait hoché la tête.

"Alors j'ai besoin de votre aide", avait-elle dit, et Ted n'avait pas pu s'empêcher de se sentir un peu fier. La Directrice McGonagall qui avait besoin de lui !

"Les autres élèves ne sont pas préparés pour ce genre de choses. Ils ont besoin d'être divertis. Choisissez des jeux qui ne sont pas trop bruyants et qui n'impliquent pas trop de courir partout. Vous avez ma permission pour utiliser un peu de magie. Je vous fait confiance pour savoir ce qui n'interférera pas avec les protections."

"Oui, Directrice", avaient-ils tous acquiescé, se comportant toujours avec exemplarité.

Et donc ils avaient joué à vingt questions (un jeu moldu qui était à la mode à ce moment là), et à

Fait-Hurler-Ombrage, et même au loup dans la partie de la pièce la plus éloignée des portes.

Parfois, ils entendaient un bruit étouffé en provenance de la Grande Salle, et à un moment il y eut un gros fracas et un cri, mais la plupart du temps a été passée à attendre et garder les autres élèves calmes.

Ted aimait rester debout tard, et il aimait en savoir plus que ses camarades plus âgés aussi, mais après un certain moment même ça devenait ennuyeux. Donc il fut assez soulagé quand finalement ils entendirent la voix d'oncle Ron à travers la porte.

"C'est fini," cria-il. "Vous pouvez ouvrir maintenant."

Mais la Directrice n'était pas stupide, elle posa donc la question de sécurité que Ted avait apprise pendant la leçon sur son portoloin d'urgence. Bien qu'il n'ai jamais compris ce qu'elle signifiait, au final.

"Qui est notre espion ?"

La réponse revint avec la voix grave et décontractée d'oncle Ron, assortie d'un gloussement.

"Mata Hari. Ouvrez !"

Le bouclier était à peine baissé que les portes s'ouvrirent en grand et leurs parents entrèrent dans la pièce, ignorant tous les autres au profit de leurs enfants.

Ted fut beaucoup embrassé - encore ! - et ensuite son père prit fermement sa main, comme s'il ne la lâcherait plus jamais.

Ted avait envie de demander ce qu'il s'était passé, mais il savait qu'on ne lui dirait pas devant tous ces étrangers, et donc il supposait qu'il devrait attendre jusqu'à ce qu'ils soient seuls. Il était juste heureux que personne ne semble blessé et que les attaquants aient été emmenés par les aurors.

Dans l'ensemble, la soirée ne s'était pas trop mal passée, pensa-il plus tard alors qu'il était couché dans son lit dans son dortoir. Le repas avait été abrégé, mais les discours aussi, et il avait récupéré des choses aux cuisines avant que ses parents ne le couchent.

Ses parents avaient eu encore ce regard, et Ted s'inquiétait qu'ils ne le surveille plus attentivement au cours des prochains mois, mais ils l'avaient aussi félicité d'avoir été aussi intelligent et de s'être comporté de la bonne façon, et Harry lui avait serré la main et dit qu'il ferait un très bon auror devant tous les autres élèves.

La seule chose qui le rendait un peu jaloux était que Lily ait été autorisée à rester là haut avec les adultes, ait vu toute la scène et ait refusé de lui raconter.

Comme c'était injuste ! La seule fois où l'un d'entre eux ait vu l'Ordre du Phoenix à l'œuvre et pas un mot à ses frères ? Hé bien, il réfléchirait à coup sûr à une farce ou deux pour les vacances d'hiver. Ça lui apprendrait !

ooo

Remus se força à attendre jusqu'à ce que le dernier de leurs attaquants soit ligoté et assommé, mais au moment où le dernier d'entre eux s'affala sur le sol, il traversa la pièce et prit sa fille dans ses bras.

Elle faisait bonne figure même maintenant, mais il pouvait la sentir trembler, et il raffermit son étreinte.

"Ça va aller maintenant", murmura-il, maudissant Pansy Parkinson, lui-même et les dieux qu'elle ait dû assister à ça, qu'elle ait perdu une part de son innocence. "Tu es saine et sauve. C'est fini."

Elle lui rendit son câlin pendant un moment, les mains surprenamment fortes et assurées, mais ensuite elle recula et il la lâcha à regret.

"Ça va, Papa", dit-elle, et elle trouva même un sourire à lui faire. Tout sa mère. "Je vais bien."

Remus prit une grande inspiration, et il sentit Dora les rejoindre avant de la voir. L'embrassade fut répétée ainsi que la réassurance des deux côtés. Doucement, il sentit sa peur disparaître, pour être remplacée par un énorme sentiment de soulagement.

Dora garda une main sur l'épaule de Lily, comme pour s'assurer qu'elle était toujours là, et ses yeux scrutaient attentivement le visage de leur fille, mais son sourire était chaud et naturel.

"C'était quelque chose cette commémoration, hein ?" demanda-elle d'un ton léger, et Lily hocha la tête.

"On peut le dire", dit-elle, puis elle déglutit. "Cette Pansy… Qui-est-ce ?"

"Une camarade de la promotion de Harry et des autres", répondit Remus. "Serpentard. Nous avons apparemment sous-estimé ses liens avec les Mangemorts, mais qui aurait pu imaginer - après toutes ces années…"

Lily hocha la tête d'un air absent, quelque chose en tête. Ses yeux étaient fixés sur le petit groupe autour de Pansy, plus spécifiquement sur Hermione. Oui. Ils devraient discuter à ce propos.

"Pourquoi ne me l'avez-vous jamais dit ?" demanda Lily, et il y avait beaucoup de choses cachées derrière cette question, déception et colère, curiosité et peur. "Vous nous avez tous fait croire qu'elle n'était qu'une chercheuse inoffensive, alors qu'en réalité…"

Elle fit un geste impuissant, incapable de mettre des mots sur la révélation de la soirée.

Remus soupira. Il était fatigué et avait envie de rien d'autre que s'asseoir et enlacer sa femme et ses enfants, mais Lily était remplie à ras-bord de ce qu'elle avait vu et entendu. Elle méritait une réponse, surtout qu'ils allaient devoir lui demander de garder tout ça secret.

"Nous en avons discuté", répondit-il, échangeant un autre regard avec Dora. "Ce n'est pas une histoire facile. Hermione en est presque morte, et nous avons tous fait des choses dont nous ne sommes pas fiers. Mais au final ça a été sa décision, et elle ne voulait pas que ça se sache. Nous respectons sa volonté."

Lily frisonna. "Avait-elle vraiment une liaison avec Lucius Malefoy ?"

Draco avait parlé aux enfants de son père (bien que sa version ait été strictement censurée), et le dégoût et l'horreur dans la voix de Lily lui disait que l'histoire avait été impressionnante.

"Nous respectons sa volonté", répondit Remus d'un ton égal, bien qu'il sente l'inquiétude monter en lui.

"Oui, je peux comprendre ça", répondit Lily. "Surtout au vu de comment la presse harcèle Harry. Mais pourquoi ne pas nous l'avoir dit à nous, la famille ? Pourquoi avons-nous dû vivre avec un mensonge ?"

Alors Dora soupira, et sa main se raffermit sur l'épaule de Lily.

"Ce n'est pas facile d'assumer de savoir que quelqu'un était un espion, que quelqu'un a blessé et tué des gens pour obtenir des informations. Il y a eu des incompréhensions et des difficultés. Et imagine juste comment Ted réagirait en sachant ce que tu sais."

Lily hocha la tête, les yeux toujours fixés sur Hermione. Elle ne posa plus de questions.

Ensemble, ils regardèrent silencieusement les aurors arriver et arrêter Pansy et ses combattants, alors que Minerva et Harry s'occupaient des procédures et Hermione se fondit dans le décor avec Severus, dressant des protections temporaires pour garder Poudlard en sécurité pour la nuit.

Ensemble, ils entrèrent dans la grande pièce sous la Grande Salle, récupérèrent Ted et Sirius, qui s'ennuyaient tous les deux et n'avaient aucune idée du danger qu'ils avaient couru, et les envoyèrent au lit après un repas rapide. Ensemble, ils aidèrent Minerva à répondre aux questions des invités et se débarassèrent des journalistes en leur promettant une conférence de presse le lendemain.

Il était passé minuit depuis longtemps quand tout fut terminé, et Remus vit son propre épuisement reflété sur les visages de sa femme et de sa fille.

Mais il y avait quelque chose qu'il avait besoin de dire avant de se séparer pour la nuit.

Prenant la main de Lily dans les siennes, il la pressa doucement.

"Je suis si fier de toi, ma petite fleur", lui dit-il. "Tu as fait le travail d'une femme ce soir."

Lily rougit, et Remus put voir que ça lui faisait plaisir.

"Je vous aime, maman, papa", murmura-elle, puis elle sourit méchamment. "Et vous avez vraiment déchiré !"

Dora sourit et Remus sentit ses joues brûler en réaction.

"Nous ne sommes pas juste tes vieux parents, nous sommes des héros de guerre, tu sais ? Des modèles pour vous tous", la taquina-il.

Lily roula des yeux.

"Bonne nuit, oh mes modèles," dit-elle sèchement, et elle passa les portes.

Un peu plus loin, Hermione et Severus s'étaient approprié un des bancs de bois, toujours occupés avec les protections de Poudlard. Lily hésita en passant devant eux, s'arrêta et se tourna vers eux.

"Tante Hermione ?" demanda-elle doucement, la voix pas très assurée.

"Oui ma chérie ?"

Hermione leva les yeux, plein d'émotions s'y reflétant. Remus frissonna en voyant la peur d'être rejetée dominant les autres de loin.

Hermione était heureuse, de ce qu'il savait, toujours très amoureuse de Severus et faisant un travail utile, vivant exactement le genre de vie qu'elle avait toujours voulu vivre. Elle avait été acceptée par sa famille, et joué la multitude de rôles qu'elle avait choisi de jouer avec une gracieuse facilité.

Mais il y avait quand même cette ombre dans son âme, et parfois elle émergeait et la hantait.

Remus espéra que sa fille ne blesserait pas Hermione, ne commettrait pas la même erreur que beaucoup d'entre eux avait faite vingt ans plus tôt.

Mais n'avait-il pas toujours clamé que sa fille avait hérité de sa marraine pour ce qui était de l'intelligence ?

"J'ai des difficultés avec mon projet spécial de Sortilèges", dit rapidement Lily. "Et je me demandais si tu pouvais m'aider à les résoudre ?"

Hermione sourit, son visage entier rayonnant de soulagement et de joie. Severus eut un rictus triomphant à ses côtés. Il avait toujours dit que Lily était une Serpentard au fond d'elle - le plus grand compliment de ceux qu'il avait fait à tous les enfants.

"Bien sûr que je t'aiderai", répondit chaudement Hermione. "Écrit tes problèmes, je t'enverrai une liste de livres à lire. Peut-être que tu voudras venir passer un jour ou deux pendant les vacances ? On pourra travailler les aspects pratiques."

"Ça serait génial" sourit Lily, en disant beaucoup plus.

Une nouvelle fois elle hésita, puis se pencha et donna une accolade à sa marraine surprise.

"Tu es la meilleure, tante Hermione", murmura-elle, puis fit un signe de la main à ses parents et quitta la Grande Salle à pas rapides.

Remus la regarda partir avec des larmes de fierté dans les yeux.

ooo

Pendant la nuit, l'hiver s'était faufilé et avait pris possession du parc de Poudlard. Le ciel le surplombait, gris, et rien de la chaleur de la fin de l'automne ne subsistait dans l'air.

Minerva fit un mouvement de baguette et un châle chaud s'enroula autour de ses épaules. Elle avait trop peu dormi la nuit dernière, avec la surveillance des élèves, la remise en place des protections et la régularisation de tout ça avec les aurors.

Les autres avaient été d'une grande aide, bien sûr, mais il y avait des choses que seule la Directrice pouvait faire, et maintenant qu'elle était privée d'un sous directeur, les tâches semblaient avoir triplé.

Minerva soupira. William Gopman. S'était-elle plus lourdement trompée dans sa vie ?

Harry l'avait réconfortée, et lui avait dit que tous les grands Directeurs de Poudlard devaient avoir tort à propos de leur professeur de Défense contre les Forces du Mal, mais elle s'en voulait quand même.

Elle soupira. Inutile de pleurer sur le lait renversé. Si la nuit dernière avait prouvé quelque chose, c'était qu'elle pouvait être reconnaissante de beaucoup de choses. Cela contrebalancait sûrement l'embarras qu'était William Gopman.

Minerva sourit alors qu'elle regardait le petit groupe de membres de l'Ordre qu'elle avait vu sortir quelques minutes auparavant traverser le parc de Poudlard en direction des grilles.

Cela avait été leur commémoration la plus étrange, mais d'une certaine façon la plus appropriée.

Elle n'avait jamais vraiment oublié les ressentis de cette époque, la peur, la colère et l'inquiétude constante, mais ils s'étaient adoucis avec les années, et elle avait cru cette part d'elle disparue pour toujours. Mais le couteau de Gopman sur sa gorge avait ramené tout ça en un instant, et une nouvelle fois elle était émerveillée par la force de ses amis et de sa famille, et la détermination et la puissance qui les avaient portés à travers les événements du passé.

Elle avait vu cette même force aussi la nuit dernière, et les hommes et les femmes que ses élèves étaient devenus faisaient gonfler son cœur de fierté.

Si courageux et intelligents, si beaux et fiers.

Ils étaient ses enfants dans un sens, chacun d'entre eux, et elle n'aurait pas été plus fière d'eux si elle les avait mis au monde.

Ils ne changeraient jamais, réalisa-elle alors qu'elle les regardait atteindre les grilles et transplaner, seuls ou en groupe. Ils se lèveraient à la moindre occasion, maîtriseraient toutes les situations et en sortiraient entiers, parce qu'ils étaient une famille dans tous les sens du terme.

Si la nuit dernière l'avait convaincue d'une chose, c'était que le prix de leur victoire n'avait pas été trop élevé. Ils avaient trouvé leur liberté, et ils l'avaient méritée. Il la mériteraient à chaque instant, peu importe ce que le futur apporterait.

"Ils ne changeront jamais," murmura-elle, elle rit et rentra à l'intérieur pour commencer sa journée de travail.

Le monde ne s'arrêterait jamais de changer, et leur travail ne s'achèverait jamais. Elle en était heureuse.

La fin.