Draco suivit Sara alors qu'elle sortait du laboratoire. Elle se tenait légèrement voutée sur ses mains qu'elle gardait près de sa poitrine, paumes vers le haut. Il pouvait sentir l'odeur forte de l'huile rougeâtre qui recouvrait sa peau brûlée, une odeur un peu forte mais qui lui rappelait les forêts de Poudlard. Il crut qu'elle allait tourner à gauche pour rentrer dans le salon d'où il entendait la voix d'Olivia passer à travers la porte mais elle grimpa les premières marches en sautillant, comme le ferait un enfant. Malfoy l'envia un instant, lui a qui on avait toujours exigé une attitude exemplaire, une composition digne de son rang. Il ne pouvait pas courir dans les couloirs, grimper les marches deux par deux ou -comble du courage- trois par trois. Il la suivit, quelques marches en arrière, se surprenant à fixer ses cheveux bruns rebondir dans son dos. Était-ce des reflets blancs qu'il voyait ? Sara entra dans le couloir de leurs chambres et s'arrêta devant sa porte. Les mains en poches, il s'approcha d'elle et se tourna pour rentrer dans la sienne quand elle lui demanda :

« Est-ce que je peux te demander de m'aider encore une fois, s'il te plait ? »

Il s'arrêta net, la main tendue vers la poignée de porte. Se retournant à moitié, il leva un sourcil dans une question silencieuse. Elle leva vers lui ses mains toujours ouvertes et d'un mouvement d'épaule lui montra sa porte. Vraiment ? Draco leva les yeux au ciel mais se plia à la demande muette de la jeune fille. Il tourna le bouton de la porte et entra dans la chambre pour la laisser passer. Elle était construite sur le même plan que sa propre chambre mais l'atmosphère y était totalement différente. Alors que la sienne était propre mais impersonnelle, avec quelques objets pour la décorer, la chambre de Sara ne ressemblait à rien. Un grand lit sur roulettes aux draps bleus et blancs se tenait de travers contre un mur rouge. Des livres et des magazines trainaient par terre et un fauteuil, enfin ce qu'il pensait être un fauteuil, était recouvert d'une pile de vêtements. Sur le mur en face, un meuble haut de style indien bleu turquoise avait un lampion rouge pendu sur un coin. Les murs étaient recouverts de différents posters et cadres : des affiches de films moldus -les personnages ne bougeant pas-, une carte du monde ou encore des reproductions de gravures de botanique anciennes. Des rideaux et des voilages rouges et verts se partageaient la grande fenêtre. Si sa mère avait été présente, nul doute qu'elle en aurait eu une attaque. Même lui ne savait pas où poser les yeux sans se sentir agressé.

Sara ne semblait pas outre mesure dérangée par l'aspect de sa chambre et s'assit sur son lit, qui roula sur quelques centimètres. En se tortillant, elle réussit à se mettre en tailleur et posa les poignets sur ses genoux. Elle lui offrit un sourire auquel il répondit par un hochement de tête et se retourna pour fermer la porte derrière lui.

« Attends ! » s'écria-t-elle et il s'arrêta net, la main posée sur la poignée de porte et les pieds déjà dans le couloir. Il rouvrit légèrement et passa la tête dans l'entrebâillement.

« Qu'est-ce que tu veux encore ? » lui demanda-t-il de sa voix trainante où son agacement d'être pris pour un valet de chambre transparaissait.

« Je … je … » Elle bafouilla, baissant les yeux au sol. Ses cheveux tombèrent sur son front, cachant ses joues qu'il aurait juré avoir vu rougir. Poussant un soupir sonore, il rouvrit la porte et se tint dans l'encadrement. Elle marmonna quelque chose qu'il ne comprit pas. De toute évidence elle attendait une réaction de sa part parce qu'elle releva la tête et quand elle vit son regard interrogateur, se mordit la lèvre inférieure, ses joues devenant presque cramoisies.

« Je suis désolée pour tout à l'heure. » Elle rentra la tête dans les épaules et fixa le mur à sa droite, manifestement mal à l'aise. Draco la fixa, ne sachant pas comment répondre. Il ne s'excusait jamais, mais cette fois il ne se sentait pas particulièrement à l'aise de recevoir ses excuses. Était-ce parce qu'elle semblait sincère ? Ou bien parce qu'il sentait au fond de lui qu'il était à moitié fautif au sujet de l'explosion ? Il n'en était pas certain et cela, plus que tout le reste, l'énervait.

« Tu fais souvent ce genre de chose ? » demanda-t-il en changeant de sujet. Elle lui répondit sans se retourner, visiblement toujours un peu honteuse de lui faire face.

« Je fais des expériences oui, mais c'est rare qu'elles explosent. »

Un silence s'installa entre eux et Draco ne savait pas quoi faire. Normalement il serait retourné dans sa chambre mais sans bien comprendre pourquoi, il sentait qu'il serait mieux ici avec Sara. À parler. Mais de quoi ? Elle gardait la tête penchée, paumes en l'air. Malfoy retint un nouveau soupir. Il balaya la chambre à la recherche d'un sujet de conversation, d'une question à poser. Il vit au coin de la pièce une grosse malle noire qui déversaient des robes de sorcières. Sur le flanc de la valise il put voir un blason qu'il ne connaissait pas : un serpent possédant une tête à chaque extrémité et une paire de griffes écailleuses. Pointant de son menton la valise, il demanda :

« Tu vas dans quelle école ? »

« Amphisbaena. C'est une école privée et assez secrète. » lui précisa-t-elle en voyant que le nom ne lui disait rien. « Maman ne voulait pas que j'aille à Poudlard comme elle. Elle préférait que je reste en Italie. »

« Je connais ça. » Draco eu un petit rire étouffé. Il se souvenait des longues discussions entre ses parents au sujet de l'école pour leur fils unique. C'était sa mère qui avait finalement eu le dernier mot, après des litres de larmes versées. Le jeune Malfoy entra dans la chambre, laissant la porte entrebâillée et se dirigea vers les livres posés à terre. Il en prit un au hasard, Mythes et légendes : entre réalité et fiction, et l'ouvrit au hasard des pages.

« Et donc, tu n'es douée qu'en potion et botanique ? » lança-t-il avant de se mordre la joue. Super Draco, vraiment subtil ! Parler de l'école et lui rappeler qu'elle n'est pas douée. Très galant.

« Ce sont mes deux matières préférées, mais je me débrouille en Métamorphose et en Magia Ombra. »

« En … quoi ? »

« Magia Ombra. Tu peux le traduire en Magie de l'Ombre. On y étudie les loups-garous, les sortilèges interdits. » lui expliqua-t-elle en comprenant qu'il n'avait pas les mêmes cours. »

« Oh Défense contre les Forces du mal. Votre nom est vachement plus cool. » Draco fit une moue d'appréciation. « Vous faites de la pratique ? »

« Bien sûr. » Il se retourna et Sara fronça des sourcils. Quelle question bizarre.

« Sérieusement ? Vous apprenez les sortilèges interdits ? » Draco était à la fois impressionné et envieux. À Poudlard on ne leur permettait que d'en apprendre les noms et les effets.

« Heu … oui d'une certaine façon. On nous enseigne à les formuler et à tenter de les contrer du mieux de nos capacités. Selon madame Strozi, notre professeur, il vaut mieux les connaitre pour ne pas les craindre. »

Elle s'arrêta un instant de parler voyant Draco la regarder avec un demi-sourire, les yeux grands ouverts. Il semblait fasciné. Il se rapprocha et s'assit d'autorité à côté d'elle, faisant rouler le lit sur quelques centimètres.

« Tu pourrais m'apprendre ? Ou me donner tes cours ? On ne nous apprend rien d'intéressant à Poudlard dans cette matière, c'est frustrant ! »

Il s'était penché sur elle sans s'en rendre compte. Sara se tortilla pour reculer légèrement et avoir un peu plus d'espace entre eux deux. Il était si proche d'elle qu'elle pouvait voir la couleur de ses yeux : gris comme ceux de sa mère, à la différence qu'ils étaient exempts de la chaleur maternelle. Ils étaient brillants d'excitation mais restaient froids comme l'eau des rivières en hiver.

« Je … je ne sais pas. Oui tu peux prendre mes cours pour les lire pendant les vacances. Mais … je ne sais pas si c'est une bonne idée. Maman n'aime pas que je fasse ce genre de magie dans la maison. »

« Tsk. Toujours la même rengaine. Mon père lui serait très heureux de me voir pratiquer. » Draco fronça le nez.

« Je te donnerai mes notes demain matin, il faut que je les retrouve. » Elle pointa du menton les piles de livres qui jonchaient le sol. Le jeune Malfoy laissa son regard trainer dans la pièce avec une moue dégoutée et renifla avec dédain devant ce manque flagrant de décorum.

« Pourquoi personne ne fait de magie dans cette maison ? » demanda abruptement Draco. Il avait remarqué que tout le monde se comportait comme des moldus. Même dans le laboratoire, Sara n'avait pas utilisé la magie. Et ici, il lui suffirait d'un Accio et il aurait les notes dans les mains en deux secondes. Ne serait-elle pas, elle aussi … ? Sara planta ses yeux dans ceux du jeune garçon et il lui sembla qu'elle cherchait à le sonder. À comprendre ce qu'il pensait. Sans un mot, elle le fixa pendant plusieurs longues secondes. Puis un bruit de feuilles froissées, de livres tombant sur le sol et deux rouleaux de parchemins parfaitement roulés et serrés d'une bandelette noire se déposa doucement sur ses genoux.

« Par habitude. Et parce que la magie peut te rendre fainéant si tu l'utilises à tort et à travers. » La voix de Sara était glaciale, elle avait perdu le peu de chaleur qu'elle avait eu en parlant de ses cours. Il l'avait vexée et elle l'avait remis à sa place. Il appréciait cette facette de son caractère. Peu docile. Il n'avait pas l'habitude qu'on lui tienne tête de cette manière. Elle n'avait pas peur de lui ou de son nom, se mettant à son niveau. Courageuse petite fille. Mais ce qui l'étonnait le plus, c'était qu'elle avait fait un sort informulé sans faire un geste. C'était quelque chose de difficile pour une fille de son âge. Il était impressionné par cette maîtrise de la magie alors qu'elle avait montrait une apathie peu commune depuis qu'il l'avait rencontrée la première fois.

« Oï ! Qu'est-ce que tu as encore fait ? Nos mères … » s'interrompit Olivia. Les deux sorciers ne l'avaient pas entendu monter les escaliers et cette dernière avait ouvert la porte pensant trouver uniquement sa cousine. Au lieu de cela, elle la trouva sur le lit, légèrement penchée en arrière avec Draco à ses côtés par-dessus d'elle dans un mouvement plutôt intime. Draco lui adressa un regard froid et ennuyé. Sara de son côté avait les joues rouges et les yeux brillants.

« Pardon pardon. Je ne pensais pas vous interrompre. Continuez, ne faites pas attention à moi. » reprit la jeune italienne blonde en refermant la porte derrière elle. Puis elle l'a rouvrit, suffisamment pour passer sa tête par l'ouverture. « Mais la prochaine fois, mets une chaussette sur la poignée. » ajouta-t-elle avec un petit sourire en coin.

« Olivia ! » hurla Sara en ouvrant grand les yeux. « Je lui passais mes cours. » Elle désigna les fameux rouleaux de la tête. « Et il allait partir. » Elle donna un léger coup de pied à Draco qui s'appuya sur le lit.

« En fait je suis bien ici. Tu peux refermer la porte derrière toi, Olivia. » Il lui sourit d'un air goguenard. Les filles se regardèrent, ne sachant pas comment réagir. Ce fut Sara qui reprit le plus vite ses esprits. Elle poussa du pied Draco plus franchement.

« Retourne dans ta chambre. Merci de m'avoir aidée. De rien pour les cours. Bonne nuit ! »

Draco émit une protestation et laissa échapper un petit rire. Il se leva en prenant d'une main les cours de Sara. Olivia le laissa passer et la vit lui sourire. Un petit sourire entendu, malicieux. Rien de méchant. Du coin de l'œil il vit Sara regarder le sol, embarrassée de quelque chose dont ils n'étaient pas coupables. Et cela l'énerva, sans qu'il ne sache vraiment pourquoi. De sa main libre, il attrapa sa baguette qui se trouvait dans la poche de sa robe de sorcier et, la pointant vers le grand meuble indien, murmura un sortilège. Un craquement se fit entendre derrière Olivia qui se retourna pour voir d'où venait le bruit. L'armoire lui tombait dessus de tout son poids, cherchant à l'avaler. Olivia hurla et Sara se joignit à elle en comprenant trop tard ce qu'il se passait. Draco, lui, sortait de la chambre avec un petit sourire au coin des lèvres.