Draco n'arrivait pas à se concentrer. Depuis qu'ils étaient entré dans le laboratoire, Sara s'était assise à une table près des fenêtres et s'était plongée dans la rédaction d'un devoir. Elle avait ouvert plusieurs livres et déroulés des parchemins tout autour d'elle, lui faisant clairement comprendre qu'il devrait trouver une autre table. De toute évidence elle ne lui avait pas encore pardonné le coup de la penderie. Pourtant Olivia s'en était tirée avec une simple frayeur et avait accepté ses excuses forcées. Il soupira. Cela faisait trois jours qu'ils étaient arrivés en Italie et il lui restait encore bien plus à vivre ici. Il ne voulait pas les passer dans le silence forcé. Ce n'était qu'il appréciait particulièrement sa compagnie, mais c'était frustrant d'être à côté d'elle sans qu'elle ne desserre les dents. Draco fit rouler sa plume entre ses doigts, mâchonnant distraitement sa joue. Sara était penchée sur la table, concentrée sur sa tâche. De temps en temps, elle remettait une mèche de cheveux derrière l'oreille qui ne tenait qu'un bref instant avant de glisser le long de son visage. Quand elle se relevait pour lire un passage dans l'un des ouvrages, elle fronçait légèrement les sourcils et se mordait la lèvre inférieure. Il avait remarqué qu'elle avait ce tic quand elle se concentrait sur quelque chose. C'était … mignon. Mignon ? Il secoua la tête. Il n'était pas là pour admirer la vue, ou lui chercher des qualités physiques. Mais il devait admettre qu'il avait regardé plus que nécessaire les reflets dans ses cheveux qui apparaissaient sous les rayons de soleil. Il soupira un peu plus fort et la vit arrêter sa plume, dans un geste d'attente. Elle se mordait à nouveau la lèvre. Draco sourit. Elle était déconcentrée, c'était sa chance.

« Et donc … tu comptes rester enfermée toute la journée à nouveau ? Ce n'est pas que je m'ennuie … » continua-t-il en ne la voyant pas réagir. Elle ne s'était pas retournée vers lui mais ne s'était pas non plus remise à écrire. C'était encourageant. Draco poussa du bout du doigt le parchemin déroulé devant lui. C'était le devoir qu'elle lui avait prêté et il était frustrant de constater que l'école italienne était bien plus avcée sur le sujet abordé en classe. Il reprit de sa voix trainante « Écoute je sais que tu m'en veux mais tu ne vas quand même pas passer toutes tes vacances à lire et faire tes devoirs ?

« Personne ne t'oblige à rester avec moi. Tu peux faire ce que tu veux. » lui répondit Sara d'une voix sèche et froide. Draco plissa les yeux, piqué au vif par sa mauvaise humeur.

« Je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre que te suivre. Tu es la seule normale … » Elle se retourna vers lui en le fusillant du regard qu'il soutint sans fléchir. « La seule personne normale avec qui je peux passer du temps. » Il leva les mains en signe de paix. Il n'avait pas envie de se disputer avec la dernière personne qui lui parlait civilement. Snape passait son temps dans la bibliothèque, sortant uniquement pour manger et dormir. Et lui se retrouvait bloqué dans cette pièce chaque jour. Le jeune Malfoy sursauta au bruit d'un livre que l'on refermait d'un coup sec. Sara jeta à l'ouvrage un dernier regard triste et se tourna vers son invité. Elle ne semblait pas heureuse de s'arrêter mais pas non plus énervée contre lui. Un bon début …

« Tu veux faire quelque chose en particulier ? » Elle lui demanda cela d'une voix égale mais il la vit faire glisser l'anneau qu'elle portait à l'annulaire droit. C'était un simple fil d'argent tourné en bague mais elle ne l'enlevait jamais. Il avait pu remarquer qu'elle le faisait tourner sur son doigt très régulièrement, comme un moyen pour elle de se concentrer sur une tâche.

« Pour commencer, sortir d'ici. » lui répondit-il avec son habituel sourire en coin. Sans attendre qu'elle lui réponde, il se leva et sorti de la pièce sans un mot, les mains en poches. Elle le rejoignit très vite de l'autre côté de la tapisserie, vérifiant que la porte était bien fermée. Draco se tourna vers la grande porte d'entrée, sans savoir s'il avait vraiment envie de sortir. De ce qu'il avait compris, il n'y avait rien dehors à part un village moldu puant et perdu dans la campagne italienne. Et il avait promit à sa mère qu'il ne quitterait pas la Villa sans Snape ou Belleza. Il soupira bruyamment et secoua la tête. Il était sorti mais toujours enfermé dans cette satanée maison.

« … dans la cuisine. Oh ! »

Il se tourna au son d'une voix qu'il n'avait pas entendu depuis plusieurs jours. Olivia se tenait dans l'embrasure de la porte du grand salon. Elle portait un drôle de t-shirt, représentant l'arrière-train d'un … cerf ?

« Je pensais que tu allais étudier toute la journée ? »

« Draco voulait … » commença Sara. Elle lui jeta un bref coup d'œil avant de continuer « …on voulait se dégourdir un peu les jambes. Tu cherches quelque chose ? »

« Oh … heu oui. Papa a besoin d'un couteau pour resserrer la prise de la guirlande. »

« Un couteau ? Tu n'as pas pris un tournevis ? »

« Oh la flemme d'aller jusqu'à l'atelier. Je me suis cassé l'ongle ça me suffit. » Olivia tendit son index où l'ongle avait en effet été arraché à ras de la chair. « Tu veux nous aider ? » Elle omettait délibérément Draco de la conversation. Pas que cela le dérangeait mais si Sara acceptait alors il se retrouverait tout seul. Et il n'avait vraiment pas envie de se traîner jusqu'à la bibliothèque.

« Qui a fait la crèche ? » demanda-t-elle.

« Personne. Je sais que c'est une chasse gardée. » Olivia lui sourit avec amusement. Sara remonta ses lunettes sans répondre, semblant peser le pour et le contre.

« Marco a laissé son couteau-suisse dans le tiroir du meuble bas. Vous avez retrouvé tous les personnages ? »

« Papa vient de recoller Melchior. J'ai fait tomber le bœuf sur sa tête en voulant les sortir du sac. »

Draco les regarda sans comprendre un mot de cette conversation. Recoller la tête de quelqu'un ? Qui se trouvait dans un sac ? Les moldus avaient de drôles de passe-temps. Il n'eu pas le temps de se poser d'autres questions car Sara s'était tournée vers lui.

« Tu viens ? » Elle le regardait la tête penchée, lui cachant à moitié Olivia qui ne semblait pas ravie de le savoir dans la même pièce qu'elle. Il pensa un instant à refuser et retourner dans sa chambre mais la curiosité de voir la tête recollée de Melchior eu raison de lui et il acquiesça en silence. Oli' tiqua sans un mot et lui tourna le dos. Oh … c'était donc un renne, se dit-il en voyant l'avant de l'animal dessiné dans le dos du t-shirt de l'italienne. Il se surprit à étouffer un petit rire en retrouvant de ce choix vestimentaire le côté décalé d'Olivia.

On avait installé un énorme sapin devant les fenêtres du salon. Le sol était jonché de sac en plastiques, de papiers froissés et de caisses en cartons. Assit en tailleurs au milieu du désordre, Alonzo se débattait avec les guirlandes lumineuses. Olivia alla récupérer le couteau-suisse et le tendit à son père.

« Grazie … Sara ! Draco ! Vous venez nous aider ? » s'écria-t-il en voyant les deux jeunes sorciers à l'entrée du salon. « C'est très bien, je voulais justement venir te chercher Sara. La crèche n'attend plus que toi. » lui dit-il en désignant du menton une étable de la taille d'une maison miniature. Des personnages en bois peints étaient couchés sur de la paille, sauf un dont on voyait nettement une marque le long de son cou. Melchior … Sans un mot pour lui, Sara se dirigea vers son ouvrage et sorti un à un chaque statuette. « Draco, peux-tu m'aider avec les guirlandes s'il te plait ? J'aurai bien besoin d'une seconde paire de main pour les dérouler. » Voyant qu'il ne pourrait pas éviter cette corvée, Draco prit le bout d'une guirlande en soupirant. Alors qu'il reculait pour mieux détendre le fil torsadé par une année roulé dans une boîte devenue trop petite, le jeune garçon observait une nouvelle scène dont il ne connaissait rien.

Au manoir, les décorations de Noël se faisaient de nuit et seule sa mère s'en préoccupait. Chaque année le même sapin se dressait dans l'entrée, les mêmes guirlandes d'or et d'argents tombaient gracieusement des chandeliers de cristal. De la neige magique tombait délicatement des plafonds et l'odeur de tarte à la citrouille caramélisée flottait toujours dans l'air. Une tradition immuable, sans surprise et réconfortante. À la Villa, le désordre semblait de rigueur. Les cartons éventrés vomissaient des guirlandes roses, jaunes, bleues et rouges. Des sacs sortaient pêle-mêle des nœuds de papiers, des angelots et sapins miniatures. Olivia étalait devant elle les boules de plastiques et de verre, cherchant probablement à y trouver une quelconque inspiration. Tout en arrangeant la crèche, Sara donnait son avis sur le thème de l'année. Et s'il devait se baser sur l'expression mi-amusée mi-fatiguée d'Alonzo, cette discussion revenait à chaque fois pour revenir toujours à la même conclusion : rouge et blanc. Probablement avec des ajouts au gré des envies et de ce qui se trouvait à portée de main. Pas d'odeur de caramel ni de pain d'épice mais d'écorces d'oranges qui avaient brûlés la veille au soir. Étrange comme il trouvait cette ambiance tout aussi réconfortante, différente mais familière.

« Il faut d'abord mettre les lumières avant les boules. C'est logique ! » répéta Sara pour la nième fois.

« Mais je veux mettre la flèche ! » répliqua Olivia d'une voix geignarde. Assise les jambes croisées, elle se balançait d'avant en arrière dans une tentative d'imitation d'une enfant en crise. Malgré lui, Draco sourit en la voyant agir ainsi. Elle avait retrouvé son comportement du premier jour, insouciante et légère. Et Sara aussi semblait plus détendue, sa voix avait retrouve sa froide douceur habituelle. Elle se tourna vers lui, sourire aux lèvres et les yeux brillants. Il sentit son cœur rater un battement pour mieux s'enfoncer dans sa cage thoracique l'instant d'après. Il l'avait déjà vu sourire alors pourquoi cette fois-ci était-elle différente ? Il n'eut pas le temps de se poser plus de questions qu'elle se tourna vers la porte qui venait de s'ouvrir sur Morgana et Maria. Cette dernière tenait dans les mains un grand plateau de gâteaux à l'orange et au chocolat et fut accueillie avec des cris de ravissements de la part des deux plus jeunes représentantes de la famille. La porte se referma sur Snape qui ne semblait pas partager l'allégresse des jeunes filles. Il jeta un bref coup d'œil à Drago avant de s'installer d'autorité dans le seul fauteuil libre et se plongea ostensiblement dans la lecture d'un livre qu'il avait emporté. Maria s'approcha d'Alonzo en lui souriant.

« Pas d'achat de guirlande de dernière minute cette année ? »

Alonzo brancha fièrement la prise des lumières. Ces dernières s'illuminèrent aussitôt et il se tourna vers sa femme, un sourire aux lèvres.

« On le doit certainement à notre nouvel aide ! » dit-il en adressant un clin d'œil à Drago qui tenait toujours un morceau de la guirlande dans les mains. Ce dernier ouvrit la bouche pour se défendre, il n'avait pas utilisé de magie mais ne retint de dire quoi que ce soit. Maria avait ri doucement en prenant son mari par l'épaule. Morgana ne semblait pas faire plus attention à lui, trop occupée à se disputer avec Olivia sur la présence ou non de petits oiseaux de verre dans l'arbre. On ne faisait pas attention à lui. Il se sentit insulté. Puis sa rage se calma aussi vite qu'elle était apparue. Ces personnes qu'ils ne connaissaient pas, qu'il avait détesté sans jamais les avoir vus, ces personnes le traitaient comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Comme si seize ans de différences n'avaient pas eu lieu et qu'ils se rassemblaient ainsi chaque année. Il sursauta en sentant la guirlande lui glisser des mains. Sara s'était levée pour la lui prendre. Sans un mot elle lui montra le sapin et ils le décorent ensemble, aider par Olivia et Morgana qui continuaient à se disputer, Alonzo et Maria préférant rester en retrait en donnant leurs avis.

La journée passa sans qu'il ne s'en rendit compte. Bien entendu tout prenait plus de temps sans magie, mais il se sentait étrangement heureux de l'avoir passé dans cette atmosphère si particulière. Assit par terre à côté de Sara, il regardait avec fierté le sapin qui croulait sous de l'ouate, censée donner l'illusion de neige fraiche. Selon Olivia, cela lui donnait plutôt l'impression qu'un ours en peluche géant avait explosé juste à côté. Elle avait eu juste le temps de se cacher derrière son père car Morgana lui avait lancé une boule de Noël qu'elle tenait en main. Maintenant elles étaient en pleine conversation avec Maria. Le jeune Malfoy ne comprenait pas grand-chose mais cela portait sur l'université où elle comptait faire ses études. Une histoire d'appartement et de vie estudiantine. À côté de lui, Sara grignotait un biscuit tout en regardant d'un air absent par la fenêtre. C'était la première fois qu'il se tenait aussi près d'elle, au point qu'il pouvait le grain de beauté qu'elle avait juste à l'arrière de son oreille. Et une cicatrice. Très fine et blanche, elle partait de l'arrière de son oreille pour se perdre dans se cheveux et descendre vers sa nuque. Sara bougea et une mèche de cheveux couvrit sa peau. Drago sentit comme une urgence à tendre la main pour la remettre à sa place. Étrange comme il se maitrisait avec difficulté depuis quelques jours. Il ne se sentait pas toujours maître de lui depuis son arrivée à la Villa.

« Laisse-le Maria. Tu vois bien qu'il est occupé. »

Morgana retenait sa sœur par la manche alors que cette dernière s'était penchée vers le professeur de Poudlard. Elle lui souriait alors que ce dernier gardait les yeux baissés ostensiblement sur le livre ouvert.

« Que lis-tu avec autant d'intérêt ? Tu ne l'as pas lâché depuis que je t'ai trouvé dans la bibliothèque. »

Severus releva lentement la tête et plongea son regard froid dans celui de son hôte. Il la dévisagea un instant avant de répondre d'une voix glacée :

« Contre-Poison d'Asie du Sud-Est. Je possède le même ouvrage mais ce dernier est la version corrigée. »

Morgana s'étouffa derrière Maria. Elle se cacha derrière un mouchoir avant de reprendre son souffle, les joues rouges. Severus ne s'en formalisa pas et se replongea dans sa lecture. De son côté, Alonzo aurait mis sa main au feu que Morgana souriait derrière son mouchoir.