Note de l'auteurice : Bonjour à toustes, un nouveau one shot sur le Silmarillion, traduction de ma fic en anglais The treasure of the dawn is the ever lasting peace. Il s'agit ici plus d'un monologue intérieur, prétexte pour explorer un personnage qui m'a toujours fasciné'e mais sur lequel je n'avais pas écrit jusque-là : Maeglin. Le titre de cette histoire vient de la chanson For the Braves dee Nazca.
Warning : mention de torture.
Bonne lecture à vous !
Le trésor de l'aube, c'est sa paix perpétuelle
Il existe un instant, entre le sommeil et l'éveil, où l'esprit flotte entre rêve et réalité.
Maeglin trouvait ce moment parfait. Les images de ses cauchemars, emplis de souvenirs de peur, de douleur et de ténèbres infinies s'effaçaient, remplacés par le calme qui précédait le lever du soleill. Il appréciait la paix de l'instant car il n'était pas encore temps pour lui de quitter son lit et affronter un autres de ses cauchemars le cauchemar qu'étaient ses journées.
Cet instant était son seul moment de répis, loin des griffes de l'Ennemi et les regards méfiants du peuple. Chaque matin, il pouvait sentir vaciller le contrôle que Morgoth avait sur son esprit, comme s'il existait un monde entre la nuit et le jour, où l'elfe était inatteignable.
Et ce jour-là ne fit pas exception.
Maeglin se retourna dans son lit, résistant au matin. Une brise tiède entrait par les fenêtres ouvertes, couvrant sa peau de chair de poule. Le vent portait les odeurs d'un matin à Gondolin, la senteur délicate des fleurs en train d'éclore et l'air pur et frais en provenance des somets des Echoriath. Il pouvait également entendr le chant de blancs oiseaux et les eaux claires d'une fontaine toute proche. Dans une autre vie, ces sons et ces odeurs l'auraient bercé, l'invitant à rester au lit, promesse de chaleur et de sécurité. Deux choses qu'il avait depuis longtemps oublié.
Les yeux de Maeglin s'ouvrirent soudain et il sut que le moment était venu de quitter son lit. Ses quartiers étaient encore plongés dans l'obscurité, seules les premières lueurs pastels de l'aube teintaient les lieux, le mauve bleuté du matin perçant à travers les rideaux partiellement ouverts. Il jeta sa couverture sur le côté et se leva. Il frissonna lorsque ses pieds nus rencontrèrent le sol de marbre et il se pressa pour s'habiller.
Tel le vent d'une nuit d'hiver, froid, sinistre et silencieux, Maeglin parcourait les couloirs du palai du roi. Il ne rencontra personne et en fut heureux. Par un chemin désormais familier, il sortit du bâtiment par une porte secondaire afin de rallier les remparts de la Cité Cachée. Il connaissait par cœur les tours de gardes et pouvait les éviter facilement. Non que le Prince se promenant dans les couloirs le matin serait perçu comme une chose étrange, mais certaines questions seraient posées et Maeglin ne désirait pas y répondre. Ou, plutôt, il ne pourrait y répondre sincèrement.
Il arriva bientôt à destination, l'une des parties les plus élevée des remparts. C'était son lieu de prédilection depuis plusieurs mois, un endroit où il pouvait prétendre que la paix qui venait avec l'aube durait plus longtemps que l'éveil de son corps et de son esprit. Il savait que cette paix n'était qu'une illusion, car la paix, il ne la connaitrait jamais plus, mais il se prélassait dans ce sentiment fugace, même si c'était pour quelques instants seulement.
Par-delà les murs de pierre devant lui, il n'y avait que le vide. Un épais brouillard masquait la vue, donnant l'impression qu'aucun monde extérieur n'existait au-delà des murs de la cité.
Le regard de Maeglin se perdit dans la brume grise et ses pensées se mirent à vagabonder, comme elles le faisaient souvent depuis son retour à Gondolin. Autour de lui, ne se faisaient entendre que le chant des premiers oiseaux et le souffle du vent. Les habitants de la cité de son oncle n'étaient pas encore levés et il savoura le silence, une chose éphémère ce silence.
De façon plutôt inévitable, Maeglin songea à la journée qui l'attendait. Si ses nuits étaient emplies des souvenirs des temps abominables qu'il avait passé entre les griffes de Morgoth, ses journées, il les passait à supporter le regard suspicieux du peuple. Maeglin savait qu'il n'avait jamais été apprécier sauf, peut-être, par les membres de sa propre maison. Le grand public le voyait comme le neuveu désœuvré de leur roi bien aimé, un enfant qui avait perdu ses deux parents dans des circonstances malheureuses et tragiques. Mais aucun n'avait jamais fait l'effort de voir en lui leur regrettée Aredhel. Il ne percevaient que les traits du sombre elfe qui était entré dans leur cité, avec le cœur plein d'intentions malveillantes. Ils ne faisaient pas confiance à Maeglin et son absence de cette dernière année n'avait pas arrangé les choses.
Maeglin n'avait jamais réellement convoité l'amour du peuple. Peut-être l'avait-il fait, dans ses premières années à Gondolin. Il était un orphelin recueilli par son oncle, sans attache ni repère, il avait désiré l'amour et l'acceptation de ce peuple dont sa mère parlait avec tant d'affection. Celui dont il avait le plus désiré l'amour était Turgon, mais jamais le Roi de Gondolin ne lui avait offert cet amour. Si Maeglin avait eu accès à tout ce à quoi n'importe qui d'autre aurait pu rêver – un titre, un siège au Conseil du Roi et même sa propre maison – la seule chose qu'il désirait, il ne l'avait jamais obtenue. Dans son jeune cœur, être aimé de son oncle comme il l'avait été de sa mère aurait été le plus précieux des présents. Il enviait cet amour que Turgon avait pour Idril, ce lien avec un parent qu'il ne connaitrait plus jamais.
Mais Turgon ne lui avait jamais donné cet amour. Il lui avait fait des présents de richesse et de pouvoir, sûrement par culpabilité d'avoir privé Maeglin de ses deux parents ou pour la mort de sa sœur Aredhel. Mais Turgon ne l'avait jamais aimé, car dans les traits, le tempérament calme et dans les yeux d'obsidienne de Maeglin, il n'avait jamais vu que l'elfe qui lui avait pris sa sœur.
Maeglin considérait à présent le besoin d'affection de sa jeunesse avec une grande condescendance. Comme il avait été stupide ! Et dès lors qu'il avait réalisé que son oncle ne lui accorderait jamais une place dans son cœur, il s'était caché derrière une façade sombre et stoïque, certes un masque peu engageant mais qui lui avait permis de se préserver.
Depuis son retour d'Angband, les choses n'avaient fait qu'empirer. Maeglin ignorait si les autres pouvaient percevoir l'aura de l'Ennemi autour de lui. Même si la malédiction de Morgoth ne le privait pas totalement de libre arbitre, il savait qu'il y avait des choses qu'ils ne pouvaient pas faire comme prévenir les habitants de Gondolin, qu'un jour ou l'autre, proche ou lointain il n'aurait su le dire, les armées du Seigneur Sombre envahiraient la vallée, détruisant tout sur leur passage.
Même s'il l'avait voulu, il ne pouvait lancer l'alerte.
Mais Il avait promis Il lui avait promis l'amour, un amour réciproque, autre chose dont il était privé. Elle était la plus belle créature de tout Arda. Il avait entendu des rumeurs sur la beauté de Lúthien Tinuviel, fille d'elfe et de Maïa, la plus sublime parmi les Enfants d'Iluvatar. Mais même les légendes d'une telle beauté ne pouvaient rivaliser avec la sienne.
Le Seigneur Sombre avait promis. Et Maeglin pouvait l'entendre murmurer, dans ses rêves comme dans sa vie éveillée, qu'Il tiendrait sa promesse. Maeglin tcontinuait à s'en persuader . Pour s'en tenir à son rôle.
Sinon, comment justifier sa trahison ?
Puisque c'était ce moment de la journée où le contrôle de l'Ennemi sur son esprit vacillait, la conscience de Maeglin commençait à questionner ses décisions.
N'aurait-il pas mieux vallu qu'il meurt ? Comment avait-il pu trahir son oncle, sa maison, sa cité si aisément ? Comment avait-il pu croire en les promesses de Morgoth ? Pourquoi n'avait-il pu résister plus longtemps ? Comment pouvait-il blâmer le peuple de Gondolin de ne pas lui faire confiance s'ils les trahissait à la première occasion venue ? Pourquoi ressemblait-il autant à son père ?
Les question tourbillonnait dans son esprit, telles des milliers de voix qui ne voulaient se taire. Répondre à ses interrogations terrifiait Maeglin, peut-être plus encore que les menaces et les tortures du Lieutenant de Morgoth. Dans ses rares instants de lucidité, ses pensées prenaient cette direction et il ne pouvait le souffrir davantage. C'était comme un abysse qui s'ouvrait sous ses pieds, l'emportant dans un tourmant de peur, de doute et de honte.
Il tenta de dévier ses pensées, pour ne pas affronter ses questions auxquelles il ne voulait pas répondre. Il n'avait rien à prouver ! Il avait souffert au-delà de tout ce que ses elfes pitoyables pouvaient imaginer ! Il n'avait eu d'autre choix que de trahir ! Que savaient-ils des tortures,de la douleur, de son corps mutilé et de son esprit brisé ?
Le cri d'un oiseau le tira de ses pensées. Il était si plongé dans ses réflexions qu'il sursauta, manquant de passer par-dessus le mur de pierre devant lui. Maeglin leva les yeux vers le ciel et aperçut une nuée d'oiseaux noirs des corbeaux, signe d'un mauvais présage. À leur vue, un sourire, plein de dérision et d'ironie, se dessina sur les lèvres de l'elfe. Oh, si il savaient̾
Et avec leur cri, la paix de l'aube fut brisée.
Maeglin ferma les yeux et poussa un long soupir. Il pouvait déjà sentir les griffes de l'Ennemi reprendre le contrôle sur son esprit. Ses moments de lucidité étaient rares, seul le lever et le coucher d'Anor lui permettait de penser à nouveau librement.
La paix de l'aube s'en était allée et l'esprit de Maeglin tenta de résister, jusqu'à ce que les ténèbres l'envahissent et étouffent toute pensée ou acte de rébellion. Son regard se troubla un instant et le visage de Maeglin fut à nouveau dénué de toute expression. EN son fort intérieur, son esprit hurlait, agonisait, se débattait sous les assauts des sortilèges de l'Ennemi et il n'y avait rien qu'il aurait pu faire.
Le jour revint, sa lumière chassant les dernières réminances d'ombre qui s'attardaient encore dans les rues les plus étroites de la cité. Anor se leva, dans toute sa gloire, les neiges éternelles des Echoriath sintillèrent de mille feux, les oiseaux chantèrent plus fort et les habitants de Gondolin commencèrent à s'affairer sous le ciel pur et clair.
Et Maeglin disparut dans les ombres de la tour, fuyant toute cette lumière, toute cette vie. Sa place était désormais dans les ténèbres, elle l'avait été depuis que l'Ennemi l'avait capturé et il en serait de même pour le reste de son éternité, jusq'u'à la chute de GOndolin et au-delà.
Et déjà, Maeglin attendait avec impatience la prochaine aube.
