ODYSSEE D'UN CHEVALIER-DRAGON

PARTIE 1

Keizaal ahrk faal Dovah – Bordeciel et les Dragons


CHAPITRE 1

Le Chevalier Dragon respirait bruyamment, le souffle court après cette longue bataille. Les corps inanimés de dizaines de squelettes et de défenseurs du temple reposaient, définitivement sans vie, sur le sol de pierre du caveau. Épuisée, elle s'appuya contre le mur, en sueur. Elle avait beau être un être surhumain, doté de pouvoirs et de capacités défiant l'imagination du commun des mortels, elle n'en restait pas moins sensible à la fatigue. Et après cette longue bataille, elle ne rêvait que d'une chose : aller s'asseoir à l'Auberge du Phénix et commander une pinte de bière. Mais au lieu de ça...

-Relève-toi, Dragon. C'est le dernier artefact, après tu pourras me libérer, chuchota Behrlihn dans son esprit.

-Laisse-moi souffler, tu veux ? Bon sang, c'est pas possible d'être tout seul dans sa tête cinq minutes ? Entre Igraine et toi, j'en peux plus des voix qui susurrent des choses...

Le fantôme ricana d'une voix métallique, mais accepta de lui laisser un peu de répit. A tous les coups, Bellegar les attendrait à la sortie du temple, alors elle entendait bien prendre un peu de repos avant de sortir affronter sa prochaine bataille. Sans parler du fait qu'elle avait été blessée, qu'elle saignait en plusieurs endroits, et que sa Créature n'était pas encore prête à être réinvoquée. Elle souffla longuement, plusieurs longues minutes, tout en observant distraitement ses plaies se refermer, ses capacités de régénération démultipliées par son statut de Chevalier Dragon. Les paupières lourdes, elle ferma les yeux un instant, qui se transforma en une sieste d'une vingtaine de minutes.

Elle se réveilla en sursaut, sans savoir ce qui l'avait tirée du sommeil. Péniblement, elle se releva et palpa ses blessures pour s'assurer qu'elles étaient bien résorbées. Elle serait encore fragile pendant quelques heures, mais d'ici demain il n'y paraîtrait plus. Avec lassitude, elle s'approcha des deux coffres dorés qui l'attendaient au fond de la quadruple intersection. Se laissant guider par son instinct, elle ouvrit le coffre de droite et récupéra le dernier artefact nécessaire à la libération de Behrlihn, comme il l'avait dit. Le deuxième coffre, comme tous les autres qu'elle avait vus, disparut par magie, emportant son contenu dans un autre plan. Elle soupira et rangea le bracelet de Maxos dans son sac, avant de se diriger lentement vers la sortie du temple, peu pressée de se retrouver face au sorcier.

Lorsqu'elle atteignit l'échelle montant vers l'extérieur du caveau, elle lâcha un nouveau soupir et posa une main sur le premier barreau à sa portée. Sans prévenir, mais sans non plus la surprendre, un vent de magie l'enveloppa et la transporta ailleurs.

Le plan de l'Hypnerotomachie. La Salle des Échos. Elle y avait fait bien plus de séjours que n'importe qui. A part peut-être Bellegar lui-même, qui semblait s'y trouver comme un coq en pâte. Elle attrapa son arc dans son dos, Behrlihn se matérialisant à côté d'elle, tous deux prêts à se battre pour sortir de ce piège. Face à eux, se trouvait le rimailleur fou et puissant sorcier Bellegar. Vêtu de sa sempiternelle robe rouge à capuche, il avait l'air également inhabituellement calme. Pas de discours lyrique, pas de grands gestes théâtraux, pas d'invocations de gobelins et de démons sitôt qu'ils sortaient du portail de téléportation. Intriguée, le Chevalier Dragon baissa légèrement son arc, sa flèche pourtant déjà encochée par précaution.

-Tu m'as déjà causé trop d'ennuis, Dragon, alors aujourd'hui je vais en finir pour de bon.

Avant que Nova puisse faire une remarque sur la pauvreté inhabituelle de sa rime, il brandit une sorte de sphère irisée qui paraissait ne pas être faite de matière mais plutôt de lumière, récita une formule en latin à laquelle le Chevalier ne comprit rien du tout, et l'instant d'après, tout ce qu'elle savait, c'est qu'il faisait un froid de canard, qu'elle tombait, et qu'elle ne ressentait plus l'oppression qu'elle ressentait à Aleroth.

Sa chute fut de courte durée. Une fraction de seconde plus tard, elle atterrissait le nez dans la neige, transie jusqu'aux os. Péniblement et en râlant beaucoup, elle poussa sur ses bras pour se redresser, leva la tête... et se figea dans une immobilité tellement parfaite qu'elle en devenait effrayante.

Un dragon.

Un foutu dragon, devant elle. Genre un vrai, de la taille d'un bâtiment de trois étages, avec une gueule pleine de crocs, et...

Mais qu'est-ce que je fous encore là, moi ?! Casse-toi !

Sans plus réfléchir, ni tenter d'établir le contact avec le dragon inconnu, elle attrapa sa Pierre de Transformation dans sa poche et l'activa. Le flash de lumière rouge l'enveloppa, et l'instant suivant, c'était une dragonne couverte d'une armure rutilante qui se tenait à sa place. Elle s'envola immédiatement et s'éloigna à tire d'ailes, souhaitant mettre le plus de distance possible entre elle et celui qu'elle identifiait maintenant comme un vieux mâle. Ses cornes brisées, ses innombrables cicatrices et ses ailes de cuir déchirées la mettaient sur la voie d'un guerrier infiniment plus âgé, sage et puissant qu'elle, et la poussaient d'autant plus à s'enfuir le plus vite possible. Il ne manquerait plus qu'il pense qu'elle ait empiété sur son territoire...

Alors elle donnait tout ce qu'elle avait, volant plus vite qu'elle n'avait jamais volé, tout en savourant en arrière-plan de sa panique première son premier vol depuis sa 'résurrection'. Mine de rien, songea-t-elle, ces boucliers anti-dragons autour d'Aleroth étaient de vraies saloperies salutaires pour la ville, qu'ils défendaient contre les démons de Damian, mais atrocement oppressants pour elle. Elle prit une profonde inspiration, qu'elle relâcha ensuite brusquement tout en bandant ses muscles, lui permettant de faire un bond en avant dans le ciel. Utilisant son long cou, elle se contorsionna pour jeter un coup d'œil derrière elle. L'autre dragon perdait du terrain.

Pour autant, elle ne se relâcha pas et continua à forcer sur ses muscles brûlants et endoloris par l'exercice auquel elle n'était plus habituée. Jusqu'à ce que quelque chose se passe. Elle avait comme l'impression d'évoluer dans de la mélasse, comme si ses ailes battaient au ralenti, entravées par quelque chose. Et puis la sensation prit fin comme elle était venue. Sauf que derrière elle, le dragon avait rattrapé son retard, sans qu'elle s'en soit aperçue. Quand elle retourna la tête, deux minutes plus tard, elle sursauta violemment, perdant quelques mètres d'altitude et favorisant encore l'avancée de son poursuivant. Une dizaine de minutes encore après, il l'avait quasiment rattrapée sans qu'elle comprenne comment il s'y était pris. Elle décida de jouer le tout pour le tout et plongea en piqué en direction de la steppe semi-enneigée. Arrivée à quelques mètres du sol, elle redressa brusquement et réactiva sa Pierre de Transformation, reprenant forme humaine. Elle se réceptionna dans une roulade parfaite et pris ses jambes à son cou, escomptant perdre le dragon dans la forêt qu'elle voyait non loin.

Le vieux reptile se posa brutalement juste devant elle en étendant les ailes, occupant tout le champ de vision de la jeune femme, qui pila net. Ils s'observèrent en silence un bref instant d'éternité. Et puis le Chevalier Dragon esquissa un mouvement pour prendre la fuite.

-Assez ! gronda le dragon, l'empêchant de bouger par le seul ton de sa voix. Assez, répéta-t-il avec lassitude. Je ne te veux aucun mal, je suis simplement curieux. Qui es-tu ?

-Vous aussi vous savez parler... bafouilla-t-elle avec incrédulité. Où... Où est-ce qu'on est ?

-Faisons un marché, Vahdin. J'accepte de répondre à ta question, et toi tu réponds aux miennes. Marché conclu ?

Le Chevalier Dragon n'hésita qu'une fraction de seconde. Son expérience avec les dragons était exclusivement limitée à sa brève entrevue avec Talana, puis à ses discussions avec le Patriarche, mais elle en avait retenu que les dragons étaient souvent des êtres incompris et qu'ils gagnaient à être écoutés.

-Entendu.

-Très bien, fit le dragon en repliant ses ailes autour de lui confortablement. Qu'est-ce que tu entends précisément par 'où sommes-nous' ?

Le cœur du Chevalier Dragon parut se glacer un instant sous l'effet de la frayeur.

-Comment ça ? demanda-t-elle d'un ton hésitant.

-Très bien. La réponse longue, alors... gronda le dragon de sa voix puissante. Nous sommes sur le plan de Mundus, sur la planète Nirn, sur le continent de Tamriel, au sein de l'Empire Cyrodiilien, actuellement remis en cause par les joor, les peuples mortels. Nous sommes dans le pays de Keizaal, Bordeciel, la patrie des Nordiques, une race d'humains, et nous avons volé quelques minutes vers le nord ouest. Par conséquent, nous devons nous trouver entre Morthal et Blancherive, deux capitales des neuf châtelleries de Bordeciel. Veux-tu connaître le contexte géopolitique, également ?

Face à lui, le Chevalier Dragon ne bougeait plus d'un cheveu, comme frappée par la foudre. Il étouffa un ricanement caverneux et ajusta sa position, s'installant plus confortablement encore qu'auparavant, étendant sa queue et étirant ses pattes aux articulations endolories.

-J'en déduis que la situation politique du pays ne t'importe guère, s'amusa-t-il. Tant mieux, nous autres dragons n'avons que faire de la politique humaine. Tu as déjà de la chance que je me sois souvenu d'autant de détails... Il me semble qu'une guerre civile fait rage, en ce moment, mais je n'en sais pas plus.

Il se pencha légèrement en avant, étendant son long cou vers son interlocutrice avec un sourire draconien, qui laissait voir ses crocs jaunes.

-A ton tour, Vahdin. Qui es-tu ?

Ses jambes ne la portaient plus, aussi la jeune femme se laissa-t-elle tomber à genoux, complètement abattue. Qu'est-ce qu'elle foutait là ? D'abord la Salle des Échos, et maintenant ça ? La colère monta en elle, comme un torrent de lave indomptable, reléguant son angoisse et sa terreur au second plan. Elle serra les poings et les mâchoires, faisant grincer l'émail de ses dents dans sa fureur.

-Salopard de fils de pute de rimailleur de merde... ça te suffisait plus d'essayer de m'emprisonner dans la Salle des Échos ? Fallait que tu m'envoies dans une autre dimension ? Si je te retrouve, Bellegar, je te jure que je te ferai bouffer ta propre langue... persifla-t-elle d'une voix emplie de venin.

Face à elle, le dragon haussa un sourcil écailleux, surpris par ces paroles qui n'avaient ni queue ni tête.

-Je m'appelle Nova, et je suis le dernier Chevalier Dragon, finit-elle par expliquer d'un ton abattu.

-Ravi de te rencontrer, Nova. Je suis Paarthurnax. Qu'est-ce que tu entends par dernier Chevalier Dragon ? Je ressens l'esprit d'un dovah chez toi, mais tu n'es pas Dovahkiin...

-Un quoi ? bafouilla la jeune femme, perdue par tous les termes étrangers qu'elle entendait depuis le début de la conversation.

-Et tu ne parles manifestement pas la langue draconique... Un dovah, un dragon. Et Dovahkiin, l'Enfant de Dragon.

-Et vous m'avez appelée Vahdin, plus tôt. Qu'est-ce que ça veut dire ? s'enquit Nova, curieuse de tout, et son esprit draconique assimilant rapidement les nouvelles connaissances.

-Vahdin est le mot draconique pour 'jeune fille'.

Nova prit le temps d'intégrer les différents mots avant de reprendre la parole, lentement.

-Donc ici aussi, il y a une langue draconique ?

Paarthurnax inclina sa tête massive sur le côté, véritablement intrigué.

-Nous ne parlons pas la même langue, d'un monde à l'autre ?

-Eh bien... Je suis certaine de ne jamais avoir entendu parler de dovah ou de Dovahkiin. Et même si j'ai déjà rencontré un dragon... dans mon monde... fit-elle, laissant traîner ses mots, comme pour repousser la réalité de sa situation désastreuse, il ne me parlait pas en dragon. La langue draconique était trop dangereuse pour être parlée.

-Ah ! jubila le vieux mâle. Enfin quelque chose que je reconnais. Ici aussi, le Thu'um est puissant et la dovahzul dangereuse...

Alors que le Chevalier Dragon allait poser d'autres questions, commençant à se sentir véritablement à l'aise avec cet énorme dragon, un glapissement de terreur attira son attention. Un jeune chasseur affublé d'étranges oreilles pointues et d'yeux oranges en amande lui jeta un regard terrifié avant de prendre la fuite en courant, particulièrement vif et agile par rapport aux gens ordinaires.

-Il y a des elfes, dans ton monde ? demanda le dragon d'un ton pensif.

-Oui, à Teneb Tiriel, le pays au sud du mien. Là d'où j'arrive, cependant, j'ai trouvé un vieux journal racontant comment un clan rescapé s'était fait massacrer par une tribu de gobelins. Je n'en ai personnellement jamais rencontré. C'était un elfe ?

-Geh. Oui, reprit-il dans la langue commune. La variante sylvestre, les Bosmers. Ce sont d'excellents chasseurs, mais aucun ne se risquerait à attaquer un dovah. Nous sommes bien trop intimidants, et, il faut l'admettre, dangereux, plaisanta-t-il avec le Chevalier.

Alors qu'elle partageait son rire, tentant par tous les moyens de tenir à distance sa peur, une exclamation retentit de là d'où le chasseur était parti. Ils se tournèrent de concert vers la source du bruit. Un homme en armure lourde et équipé d'une épée dorée scintillante s'approchait d'eux d'un pas déterminé, en courant presque.

-Attaque-toi à quelqu'un de ta taille, dragon ! beugla-t-il en attrapant l'arc d'or suspendu à son dos.

Sachant qu'il ne faisait pas bon s'attarder, Paarthurnax déploya ses ailes et prit son envol immédiatement, avant de s'éloigner en direction de la montagne d'où ils étaient partis. L'homme en armure se précipita derrière l'énorme saurien en l'interpellant, comme si cela pouvait lui faire faire demi-tour.

-Reviens ! Espèce de lâche ! Bats-toi, dragon !

Quand il fut sûr que le dragon ne planifiait pas d'attaque surprise en feintant une fuite, il se rapprocha de la jeune femme qui s'était relevée à son arrivée.

-Vous allez bien ?

-Oui, pas de problème. Pourquoi vous l'avez attaqué ? Les gens tuent les dragons, ici aussi ? demanda-t-elle avec une réelle curiosité.

Paarthurnax n'avait pas encore eu le temps de lui expliquer tout ce dont elle aurait besoin pour survivre ici, aussi devait-elle poser des questions potentiellement dangereuses pour elle. Bien que déstabilisé, le jeune homme devant elle répondit avec décontraction.

-Je suis l'Enfant de Dragon, c'est ma mission divine de combattre et d'exterminer les dragons, expliqua-t-il comme à une demeurée.

Immédiatement, Nova s'écarta de lui comme si sa seule proximité la brûlait. La mâchoire serrée et les yeux froids, elle fit volte-face et commença à s'éloigner.

-J'ai pas besoin de votre aide. Et vous feriez mieux de ne pas recroiser ma route, Dovahkiin, l'avertit-elle.

Le jeune homme paraissait encore plus désarçonné qu'à l'instant. Peu de gens connaissaient l'appellation draconique de l'Enfant de Dragon, et cette femme, qui pourtant ne paraissait pas savoir que les dragons étaient un danger cataclysmique, connaissait ce terme. Il y avait quelque chose d'étrange et d'incohérent autour d'elle. Il essaya de la suivre alors qu'elle s'éloignait à petites foulées en direction de la forêt, mais elle exécuta un saut périlleux avant incroyable par-dessus un rocher imposant, la plaçant hors de portée. Il voulait continuer la poursuite, quand un flash rouge illumina les frondaisons, suivi par l'ombre massive d'un dragon le survolant. Deux dragons ? Au même endroit ? Par les Huit, c'était n'importe quoi... Inquiet pour la jeune femme, qui avait pu déranger le dragon et se faire déchiqueter, il se précipita là où elle se trouvait, mais ne trouva rien. Il se tourna ensuite en direction de la Gorge du Monde, direction dans laquelle volait l'immense créature, et l'observa alors que les rayons du soleil scintillaient sur ses écailles.

Volant loin devant, Nova se dirigeait vers la grande montagne où se trouvait Paarthurnax. A l'aide de puissants battements d'ailes, elle couvrait la distance aisément, et parvint au sommet en peu de temps, mais plus lentement toutefois qu'à l'aller. Inclinant son corps en arrière d'un coup d'ailes, elle s'équilibra de façon à atterrir proprement. Ce n'est qu'en s'écrasant maladroitement le museau en premier qu'elle réalisa qu'elle n'avait encore jamais atterri de sa vie. Elle avait toujours réactivé sa pierre plutôt que de se poser, et maintenant, cela se faisait ressentir. C'était assez honteux, d'ailleurs. En bougonnant, elle se retransforma et se releva, de la neige la couvrant de la tête aux pieds. Posé sur une sorte de grand mur gravé de symboles cryptiques qui pouvaient s'apparenter à des mots, Paarthurnax l'observait en émettant une sorte de ricanement rocailleux.

-Tu n'es pas exactement très douée pour l'atterrissage, Vahdin. Depuis combien de temps n'as-tu pas pratiqué ?

Elle grogna en s'époussetant, et se rapprocha de l'énorme dragon vert, passablement énervée qu'il l'ait vue dans une telle situation.

-Jamais... maugréa-t-elle. J'ai toujours utilisé ma Pierre de Transformation pour redevenir humaine avant de toucher terre.

Le dragon se moqua encore quelques secondes d'elle avant de descendre de son promontoire. Il agita la queue et se lécha les babines, sa langue évitant précautionneusement les pointes usées de son menton.

-Peut-être pourrais-je t'apprendre à atterrir convenablement ? proposa-t-il. Ce n'est rien de très compliqué, c'est avant tout une question de ro, d'équilibre. Je suis sûr que tu en es capable, Vahdin.

-Ou je peux faire comme d'habitude et utiliser ma pierre, répondit-elle en haussant les sourcils d'un air agacé.

-Tu peux faire cela, oui. Mais tu pourrais également apprendre à te fondre dans le décor. Ici, les dovs savent atterrir, et ils sont pourchassés par les joors, dont le Dovahkiin. Si tu utilises ta pierre magique, tu seras immédiatement identifiée comme une anomalie, et facilement abattue sous forme humaine.

Nova soupira, mais admit qu'il n'avait pas tort.

-Très bien. Apprenez-moi, finit-elle par demander au dragon.

Il eut un nouveau sourire draconien, puis étendit largement ses ailes.

-Commençons.

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De son côté, Fenreir avait entrepris l'escalade du Haut Hrothgar. Cela faisait bien longtemps que les Grises Barbes l'avaient appelé, mais il n'avait décidé d'honorer leur convocation que maintenant. Pour quelle raison ? Parce que deux dragons siégeaient au sommet de la montagne, et qu'il escomptait bien aller leur faire tâter de son épée. Également parce qu'il ne pouvait pas laisser ces vieillards à la merci de ces monstres, bien sûr, mais sa première pensée avait tout de même été d'éliminer les dangereuses créatures.

Le froid était terrible, et il avait beau s'être préparé, et bénéficier de la génétique solide des Nordiques, il ne faisait pas le fier et tremblait comme une feuille. La lourde cape en peau d'ours qu'il s'était confectionnée pour l'occasion n'était pas de trop, mais même ainsi il se gelait. Gagner la montagne lui avait pris plusieurs jours, et l'ascension toute une journée de plus, mais il refusait de laisser passer plus de temps, craignant de perdre la piste de ses proies, ou de trouver les maîtres de la Voix dévorés. Après tout, il avait encore beaucoup à apprendre, et ça l'emmerderait quand même salement si ses seuls professeurs venaient à mourir d'un accident de dragon...

En arrivant au sommet, il déposa le sac de provisions que lui avait demandé de porter ici un villageois de Fort-Ivar, et passa les hautes portes de pierre du monastère. Le bâtiment tout entier était imposant et impressionnant, mais quand il mit les pieds à l'intérieur, l'ambiance fut tout de suite plus chaleureuse, bien que particulièrement religieuse. Il se sentait tout petit entre ces murs, comme un petit enfant découvrant pour la première fois un temple à la gloire d'Akatosh, le premier des dieux.

-Enfant de Dragon, vous voilà enfin, le salua un vieil homme en robe de bure grise, d'un ton un peu amer. Nous ne vous attendions plus.

-Navré d'avoir pris autant de temps, je... j'étais particulièrement occupé, s'expliqua-t-il maladroitement. Je suis à la recherche de deux dragons, ils se sont posés au sommet de la montagne. Faites attention en sortant, ce sont des créatures féroces, et même si je me suis mal comporté avec vous, je ne veux pas perdre mes seuls instructeurs.

S'aplatir comme ça devant le vieil homme lui arrachait la gorge et les lèvres, mais il ne voulait pas s'attirer leur colère. Après tout, c'étaient des hommes dotés de pouvoirs extraordinaires et d'une sagesse incomparable parmi le commun des mortels. De plus, s'ils lui en voulaient, ils pourraient facilement lui interdire de poursuivre un apprentissage auprès d'eux quand il aurait décidé qu'il voulait bien apprendre.

Cependant, et à l'opposé de tout ce à quoi s'était attendu le jeune homme, le vieil homme eut un sourire carnassier amusé.

-Nous sommes au courant, Dovahkiin. Mais vous ne pouvez pas aller les trouver. D'abord parce que le chemin jusqu'à la Gorge du Monde est trop périlleux pour vous, mais également parce que mes confrères et moi-même ne sommes pas prêts à vous laisser y aller.

-Comment cela ? s'énerva le jeune homme en serrant les poings, faisant saillir les veines de ses bras.

-Vous n'êtes pas assez avancé dans l'Art de la Voix pour que nous vous autorisions à monter. Quand vous aurez progressé, aussi bien en terme de savoir que de sagesse, nous vous apprendrons le Cri permettant de vous ouvrir la voie vers le sommet.

Les mâchoires serrées par la colère, le Dovahkiin ne put que regarder, impuissant, le vieillard aux cheveux blancs s'éloigner et le laisser seul dans le hall d'entrée. Il faisait nuit, et beaucoup trop froid dehors pour ressortir et redescendre à Fort-Ivar maintenant, aussi décida-t-il qu'il passerait la nuit au Haut Hrothgar, n'en déplaise à ses locataires habituels. Il dénicha un coin isolé dans une grande salle à manger dotée d'une table ronde, déplia son sac de couchage devant la cheminée, et s'allongea pour la nuit. Ses cheveux bruns en bataille lui tombant sur ses yeux bleus, il regarda les flammes danser sous son regard furieux jusqu'à ce que le sommeil l'emporte.