ODYSSEE D'UN CHEVALIER-DRAGON
PARTIE 1
Keizaal ahrk faal Dovah – Bordeciel et les Dragons
CHAPITRE 3
-Réessaie. Encore une fois, ordonna Paarthurnax à son élève.
Agacée et passablement énervée par son incapacité à produire un Cri, Nova se concentra et articula le premier mot du Thu'um.
-Fus ! gronda-t-elle sous sa forme draconique.
Paarthurnax et elle pensaient tous deux que si elle tentait d'utiliser la Voix comme un dragon, elle y parviendrait mieux que comme une humaine. Néanmoins, depuis son arrivée en Bordeciel, elle n'avait jamais réussi à produire le moindre Cri. Frustrée au plus haut point lorsqu'elle n'obtint cette fois encore aucun résultat, elle poussa un rugissement terrifiant qui fit prendre la fuite à toutes les créatures à des lieues à la ronde. Cela faisait des heures qu'elle essayait d'utiliser ce Thu'um, sans aucun succès. Elle travaillait depuis des semaines avec Paarthurnax, et si elle comprenait la Dovahzul presque parfaitement, certaines nuances lui manquant encore, elle n'arrivait toujours pas à maîtriser l'Art de la Voix.
Elle se retransforma et shoota dans un caillou avec colère. Les poings serrés, elle faisait de son mieux pour calmer la rage bouillonnante qui lui obscurcissait l'esprit, sans grand succès. L'énorme dragon vert descendit de son perchoir, au-dessus du mur de mots, et vint se planter juste devant elle. Toujours fulminante de frustration et de fureur, elle lui renvoya un regard brûlant, à un cheveu de le frapper. A tête reposée, elle se dirait que c'était stupide, que se défouler sur son mentor ne servait à rien, mais à cet instant, elle n'avait qu'une seule envie, c'était de lui mettre une patate dans le museau et aller tabasser des bandits pour passer ses nerfs.
-Kaan Drem Ov, souffla le dragon face à elle, le Cri résonnant jusque dans ses os.
Nova sentit sa mauvaise humeur passer, et un calme appréciable descendit sur elle. Elle réalisa dans le même temps la stupidité de sa colère et poussa un long soupir alors qu'elle se laissait tomber au sol, s'asseyant lourdement devant le dragon.
-Je suis désolée. Je suis quelqu'un de calme, d'ordinaire, mais me heurter à autant d'échecs me met hors de moi. J'ai dû travailler très dur pour devenir Draconis, là d'où je viens, mais jamais je n'ai autant eu de difficultés pour apprendre une nouvelle technique, j'arrivais toujours à faire des progrès au bout de quelques jours ou semaines. Là, que dalle. C'est incroyablement frustrant, et vexant. J'ai l'impression d'être une incapable.
Paarthurnax émit une sorte de ronronnement apaisant avant de remonter sur son perchoir, tout en portant un regard bienveillant sur son élève.
-L'apprentissage du Thu'um est complexe et long, Vahdin. La seule raison pour laquelle tu es en mesure de comprendre et de retenir tout ce que tu as appris jusqu'ici, c'est grâce à ton esprit draconique. Tu es Dov, en un sens. Tu connais la valeur de l'effort. De ce que tu m'as raconté sur ton entraînement de Dovahkriid, ce que tu appelles Draconis, tu as dû traverser de grosses difficultés. Celles qu'il te reste à surmonter pour maîtriser le Thu'um seront terribles, mais après les avoir vaincues, tu seras un dov redoutable.
Nova soupira longuement et profondément, rabattant la tête en arrière et se laissant tomber dans la neige. Elle ne sentait plus autant le froid qu'à son arrivée et s'était plutôt bien habituée aux températures froides de Bordeciel. Elles n'étaient pas bien différentes de chez elle à Rivellon, où le climat rude des fjords n'était pas sans lui rappeler celui de la patrie des Nordiques.
-Je vais faire une pause. J'ai besoin de retourner passer un peu de temps du côté des humains.
Paarthurnax inclina la tête, équilibrant sa position en agitant la queue et écartant les ailes.
-Ro laan, je comprends. Ressource-toi, Vahdin, et reviens prête à apprendre.
Nova acquiesça à son tour et activa sa pierre sitôt qu'elle se fut relevée. Son corps de dragon prit forme autour d'elle et l'instant suivant, ce fut une dragonne couleur de bronze à la silhouette fuselée qui la remplaçait. Se dressant sur ses pattes arrières, elle étendit ses larges ailes de cuir et poussa sur ses muscles pour se propulser dans les airs. Rapidement, elle atteignit son altitude de croisière et dut décider de quel côté du monde elle irait se promener cette fois-ci. Elle avait visité Blancherive d'innombrables fois, s'était aventurée quelques fois dans les petits villages alentours, mais elle n'avait jamais vraiment exploré les capitales des autres châtelleries. Elle porta son regard sur l'est et avisa les deux lacs la séparant de Faillaise. Elle irait là-bas, c'était décidé.
Elle inclina les ailes sur le côté, obliquant sa trajectoire en direction du sud-est. Tout en survolant le pays, elle tâchait de se rappeler des noms des lieux qu'elle traversait. Plein sud se trouvaient les montagnes de Jerall, scellant la frontière avec Cyrodiil. Elle passait actuellement au-dessus du premier lac, dont il lui semblait qu'il se nommait Lac Geir. Il était relié par un cours d'eau vive qui montait vers le nord pour se jeter dans la Mer des Fantômes, de l'autre côté du pays. Nova n'était pas encore allée explorer cette zone de Bordeciel, trop accaparée par ses leçons avec Paarthurnax, et par la tranquillité de Blancherive, mais elle commençait à vouloir aller voir ce qui l'y attendait. Elle poursuivit son vol placidement, jusqu'à ce qu'elle doive remonter vers le nord à tire-d'ailes. En effet, non loin au sud elle avait entendu le rugissement d'un dragon, et craignait qu'il cherche à la chasser de son territoire. Elle décrivit un large arc de cercle qui la fit passer au-dessus d'une cascade donnant sur une vaste cuvette trouée de sources chaudes. Elle survola un autre pic montagneux au sommet duquel sommeillait un dragon blanc, qu'elle se dépêcha de dépasser.
Elle redescendit vers le sud rapidement, voyant la ville se dessiner à encore une dizaine de kilomètres, et décrivit quelques cercles autour de la capitale de la Brèche à la recherche d'un endroit dégagé où se poser. Là, une clairière ! Nova ralentit progressivement son allure jusqu'à faire du surplace au-dessus de son point d'atterrissage.
Alors qu'elle se posait précautionneusement, elle fut agressée par une demi-douzaine d'arbres vivants particulièrement énervés et au moins le double de créatures sylvestres tout aussi furieuses. Les longs doigts pointus des arbres parvenaient difficilement à percer son manteau d'écailles, et les crocs des ours ne faisaient que se briser contre l'armure naturelle rutilante qui couvrait ses pattes, mais elle commença à paniquer. Elle déploya ses ailes haut au-dessus d'elle pour les mettre hors de portée des crocs des ours et des bois des cerfs qui l'attaquaient, et en donna un puissant battement, faisant rouler dans l'herbe les cerfs et les arbres vivants. Les ours résistèrent mieux et continuèrent à s'acharner sur ses pattes pourtant trop bien protégées. Rugissant de colère et de frustration, Nova balaya deux des plantigrades massés à ses pattes d'un revers de l'aile, avant d'en fouetter deux autres de la queue, leur brisant l'échine à tous les deux d'un seul coup. Elle gonfla ses poumons et cracha un torrent de flammes blanches liquides qui s'accrochèrent à la fourrure des cerfs et des ours, les consumant en quelques secondes dans un mélange terrifiant de crépitements et de hurlements de douleur et d'agonie.
Les arbres vivants restant regardèrent avec effroi leurs serviteurs s'écrouler sous le feu du dragon, avant de redoubler d'effort pour abattre l'intruse. Ils invoquèrent des essaims d'abeilles, appelèrent de nouvelles créatures de la forêt, mais en vain. Le Chevalier, toujours vexée de ne pas avoir réussi à Crier avec Paarthurnax, avait besoin d'évacuer sa colère. L'antique dragon vert avait beau l'avoir apaisée un temps au moyen du Cri Paix de Kyne, ces stupides bonzaïs l'avaient ravivée. Grondant de rage et de fureur, la dragonne aux yeux argentés montra les dents, abandonnant quasiment toute logique et rationalité humaine pour ne plus ressentir que de la colère animale. Nova attrapa un esprit sylvain entre ses crocs et le broya sans pitié, avant de le recracher sous forme de petit bois pour se tourner ensuite vers le prochain.
Les cinq arbres survivants échangèrent des coups d'œil paniqués, comprenant qu'ils s'étaient attaqués à bien plus puissant qu'eux. D'ordinaire, ils ne combattaient, ou plutôt ne massacraient, que des chasseurs assez inconscients pour s'aventurer dans la forêt profonde, ou des enfants perdus. Ils n'auraient jamais cru devoir un jour faire face à une telle menace. Devant eux, l'énorme saurien écumant de rage ne paraissait pas prêt de s'arrêter. L'un des spriggans s'éloigna de ses frères pour aller presser la paume de sa main de bois contre l'écorce d'un arbre au tronc massif. Quelques secondes passèrent pendant lesquelles il entendit ses pairs se faire carboniser et détruire les uns après les autres, mais il ne relâcha pas sa concentration. Et lorsque son tour vint de périr entre les mâchoires de la dragonne furieuse, il ne regrettait rien.
Nova referma ses mâchoires sur le dernier esprit sylvestre et le détruisit proprement. Elle recracha les débris de bois restant du corps de la créature et s'apprêtait à se retransformer, sa colère légèrement apaisée, lorsqu'une nouvelle nuée d'insectes vint se former autour de sa tête. Elle tourna son regard en direction du grand arbre auquel elle avait arraché le dernier arbre vivant et se retrouva face à un immense esprit sylvain. Plus grand que les autres d'au moins deux têtes, ses cornes étaient également plus développées, et une aura sombre en émanait. Les autres êtres avaient, eux, une aura verte ou orange qui s'était éteinte à leur mort, mais celui-ci paraissait plus puissant et plus maléfique. Ses longs doigts de bois concentraient une boule de ténèbres relativement menaçante qui attisa la méfiance de Nova.
Le Chevalier libéra une onde d'énergie magique tout autour d'elle dans une sphère de pouvoir létal qui tua tous les insectes sans exception. L'instant suivant, elle activait également le bouclier magique dont elle disposait, pressentant que cet esprit était autrement plus puissant que ceux qu'elle avait décimés à l'instant. La créature ne pouvait sourire, son visage étant figé dans l'écorce, mais elle pouvait néanmoins la sentir esquisser un rictus narquois malsain et malfaisant. Cette chose n'avait rien à voir avec les précédentes. Cette chose pourrait l'aider à exorciser sa rage.
Nova gonfla ses poumons et libéra un déluge de flammes sur l'esprit sylvain, qui se protégea derrière un bouclier luisant. Sans ralentir, le Chevalier se rua sur la chose, son long corps reptilien sinuant entre les arbres avec maladresse alors que l'esprit battait légèrement en retraite. Nova rugit de rage et cracha une nouvelle langue de feu en direction du spriggan, qui l'encaissa presque sans broncher. Quelques unes de ses feuilles s'embrasèrent, mais il se soigna instantanément. Décidée à en finir rapidement, le Chevalier gonfla une nouvelle fois sa poitrine, arrondissant le dos et faisant briller d'un feu intérieur les écailles de son poitrail, puis relâcha une nouvelle salve de flammes sur la créature. Cette fois, la chose fut un peu plus amochée, et dut utiliser une magie d'invisibilité pour échapper au regard du dragon, le temps de se soigner.
Refusant que sa proie lui échappe, Nova relâcha un peu du contrôle qu'elle avait sur sa forme de dragon, sans même s'en apercevoir. Elle n'avait jamais remarqué cette limite entre son elle humain, et son elle dragon. Ses yeux scintillèrent plus fort alors qu'elle montrait les dents, le feu du dragon rougeoyant au fond de sa gorge. Elle opéra un tour complet sur elle-même tout en crachant les flammes, causant l'embrasement des branches de la créature et dévoilant sa présence malgré son invisibilité. La chose poussa un cri strident et grinçant semblable au gémissement d'un arbre millénaire abattu par la foudre, avant d'utiliser un nouveau sort de soin. Folle de rage, Nova bondit en avant, refusant de laisser cette plante résister au feu du dragon.
Elle rencontra une certaine résistance chez l'esprit sylvain lorsqu'elle l'entoura de ses crocs. Ses longues mains vinrent bloquer la fermeture de sa mâchoire, l'empêchant de broyer l'impudente créature. Décidant d'essayer quelque chose d'encore inédit, elle déploya sa conscience autour d'elle, à la recherche de l'esprit de l'arbre vivant. Et elle le trouva. Avec un sourire mental draconien, elle enroula sa conscience autour de celle du spriggan, et commença à presser. L'esprit d'un dragon était déjà tortueux et potentiellement mortel en temps normal, mais avec la rage qui bouillait en Nova, son esprit était maintenant tel une mer de flammes déchaînée, et la plante vivante venait d'y être entraînée.
Le spriggan crissa à nouveau, sa voix chorale traduisant cette fois la pure détresse qu'il ressentait alors que les crocs immaculés du Chevalier se refermaient sur sa taille en dépit de tous ses efforts. Le sentiment de supériorité et de puissance qu'elle ressentait accroissait encore la force de ses mâchoires, qu'elle claqua finalement autour du corps du spriggan dans un grand bruit de bois broyé alors que la créature hurlait de douleur.
Et puis soudainement, le son s'éteignit et la clairière retrouva son calme. Nova, soufflant bruyamment sa colère, refusait de lâcher son trophée. Cette saloperie lui avait donné du fil à retordre, malgré sa faiblesse, et cela l'avait agacée. Après avoir échoué à Crier, elle avait fait face à des esprits des bois particulièrement obstinés, et l'un d'eux avait réussi à invoquer un esprit-mère encore plus puissant et obstiné. Furieuse après elle-même, Nova entendait donc passer ses nerfs sur quelque chose avant d'aller s'aventurer dans la ville.
Elle déchiqueta consciencieusement le tronc d'arbre inanimé qui lui avait manqué de respect en une multitude de petites brindilles et y mit le feu d'un souffle. Elle observa le corps de son adversaire déchu brûler jusqu'à ce que la colère de son esprit s'apaise, et ne remarqua alors qu'à cet instant l'aveuglement de son esprit. Elle cligna des paupières quelques fois, incrédule, incapable d'appréhender l'idée d'une telle perte de contrôle. Ce combat avait au moins eu le mérite de l'aider à évacuer sa rage, se dit-elle alors qu'elle se retransformait. Lorsqu'elle retrouva forme humaine, les dernières brumes de son esprit s'évaporèrent, lui permettant de retrouver toute lucidité.
Elle regarda autour d'elle et constata l'étendue du massacre qu'elle avait perpétré. Les cadavres à demi calcinés des ours et des cerfs reposaient, encore fumants, à quelques mètres d'elle, tandis que les esprits de bois demeuraient figés dans la mort qui les avait frappés si brutalement. Nova sentait subitement que la clairière dans laquelle elle avait atterri était devenue silencieuse, bien plus silencieuse qu'elle n'était censée l'être. Sentant le poids d'une culpabilité inattendue, l'ancienne Draconis se hâta de quitter la clairière et de sortir de la forêt. Quand elle passa la lisière des arbres, elle jeta un coup d'œil panoramique et avisa le relief des remparts de la ville. Soulagée, elle se mit en route en direction de Faillaise, dont elle atteignit les portes assez rapidement.
A l'entrée, elle fut arrêtée par deux gardes portant les armes de la ville. Leurs esprits étaient glissants et visqueux, comme des crapauds un brin répugnants, et ils étaient particulièrement faciles à lire. Nova soupira et s'immobilisa devant les deux gardes, se préparant déjà à de la résistance.
-Halte là. Si vous voulez entrer dans la ville, vous devrez payer la taxe, annonça le premier homme.
-Une modeste contribution à l'entretien de la ville, ajouta le second, son esprit focalisé sur la bière et les femmes qu'il s'offrirait avec l'argent de Nova.
-Je pense que je vais plutôt passer sans payer cette escroquerie.
-Escroquerie ? Comment osez-vous mettre en doute la parole d'un garde assermenté ? Et de quel droit osez-vous refuser de payer une taxe fixée par le Jarl ? s'offensa le premier.
-Arrêtez cette mascarade. Je sais que tout ceci n'est qu'un moyen de soutirer de l'argent aux visiteurs. Laissez-moi passer ou ça va mal se terminer pour vous deux, menaça Nova d'un ton agressif en fichant ses yeux argentés dans ceux des deux Nordiques.
Ils se dévisagèrent un instant l'un l'autre, avant de décider d'obtempérer et d'ouvrir la grand porte pour le Chevalier. Elle entra dans la ville d'un pas conquérant sans écouter les deux gardes se plaindre de leur perte de revenus, et passa devant un jeune homme qui tentait de raisonner une guerrière blonde. Apparemment, une guilde de voleurs sévissait dans les sous-sols de la ville, et posait problème à la population. En déambulant dans les rues, elle interrogea les habitants qu'elle croisa au sujet de ces voleurs. Sur la place du marché, elle échangea des nouvelles du monde extérieur avec une marchande d'armures revêche, tout en considérant la possibilité de faire acquisition d'une nouvelle paire de bottes.
-En venant ici, je suis tombée sur une clairière infestée d'esprits des forêts. Ces salopards ont bien failli avoir ma peau, raconta-t-elle en enjolivant un peu l'histoire.
-Et comment avez-vous réussi à vous débarrasser des spriggans ? demanda un homme qui tenait un étal de potions de l'autre côté du puits central de la place.
Nova dissimula son sourire féroce et répondit innocemment.
-Ce sont des arbres. Ils peuvent bien être puissants, ils ne peuvent rien contre une bonne tempête de flammes.
-Vous êtes mage ?
-Disons que je me débrouille pas trop mal avec une boule de feu, éluda-t-elle en se penchant sur l'étal de Grelka, la marchande d'armures.
Elle présentait en particulier une armure d'écailles ornée d'un crâne de chèvre sur l'épaule, qui attirait l'attention de Nova. Son armure de cuir était efficace, mais elle avait commencé à s'abîmer, et elle songeait à en changer. Alors qu'elle évaluait la qualité de l'armure, elle sentit un frémissement à la lisière de son esprit, juste derrière elle, ainsi qu'un frôlement dans son dos. Sa nuque se hérissa, comme un sixième sens d'alerte la mettant en garde contre un danger. Elle se retourna vivement et vit l'homme avec lequel elle avait discuté retourner à son étal d'une démarche tranquille. Les sourcils froncés de suspicion, elle fouilla ses poches et s'aperçut qu'il lui manquait une bourse sur toutes celles qu'elle avait dissimulées dans les plis de ses vêtements.
Contenant la colère qui menaçait de resurgir en elle, elle inscrivit le visage de l'homme dans sa mémoire, se jurant de se souvenir de lui. C'était un Nordique qui lui rendait une bonne tête de plus, avec une barbe et des cheveux roux et drus, et il portait des vêtements relativement luxueux, en comparaison avec les atours des autres habitants de la ville. Espionnant l'esprit de l'homme, elle découvrit qu'il était affilié à la Guilde des Voleurs dont tout le monde se plaignait, et qu'il en était même l'un des piliers majeurs. Serrant les poings, Nova résolut d'attendre un peu avant de prendre sa vengeance contre ce vaurien.
-Je pense que je vais vous prendre cette armure, et cette paire de bottes, annonça Nova à Grelka en désignant les pièces qu'elle souhaitait acheter.
-Je vous les fais pour...
-Trois-cent septims, murmura une voix inconnue dans son esprit.
-Trois-cent septims.
-Vendu, répondit Nova avec un sourire confiant.
Elle échangea l'argent contre les nouvelles pièces d'armure et se dirigea vers l'auberge du Dard de l'Abeille, qu'elle avait repérée en explorant la ville. Elle demanda une chambre, qui lui coûta dix pièces supplémentaires, et monta s'y changer. Elle retira son ancienne armure de cuir élimée, révélant un immense tatouage s'étendant de son omoplate jusqu'à son poignet gauche et représentant un dragon (une mode entrée dans la tradition des aspirants Draconis), et la remplaça par la nouvelle armure d'écailles, appréciant le confort relatif qu'elle offrait par rapport à la précédente. Elle effectua quelques mouvements d'épaules pour ajuster la position de l'armure, puis équipa les nouvelles bottes assorties à l'armure. L'ensemble était légèrement plus lourd que l'autre, mais restait tout de même plus léger que son équipement Rivellonien, ce qui était tout à son avantage. Elle se rappelait encore de la sensation de lourdeur qu'elle éprouvait à chaque fois qu'elle devait faire une roulade ou un salto avec sa lourde cuirasse Fléau-du-dragon et les jambières favorites de Rhode.
Une fois totalement équipée, elle fit quelques pas pour étrenner ses nouvelles bottes, puis récupéra l'ancienne armure et ses vieilles bottes. Elle quitta l'auberge et alla s'adresser au forgeron, auquel elle fit don de son ancien équipement, au cas il aurait l'utilité de vieux cuir et de boucles métalliques. Le soleil était encore haut dans le ciel, il devait être aux alentours de quinze heures, il lui restait du temps avant que la nuit tombe.
Elle fit plusieurs fois le tour de la ville pour s'imprégner de son atmosphère, et décréta assez rapidement qu'elle n'aimait pas Faillaise. C'était une ville portuaire construite au-dessus du Lac Honrich, les moustiques pullulaient en dépit du climat froid de Bordeciel, et les remparts empêchaient le vent des montagnes de balayer les odeurs de poisson qui venaient des quais. La seule attraction agréable qu'elle avait découverte était l'hydromellerie. Et par agréable, elle voulait dire qu'il était possible de goûter des échantillons d'hydromel et de repartir avec une bouteille de breuvage ambré. Sinon, les employés étaient tous paralysés de terreur envers leur employeur, Maven Roncenoir, et les membres de cette puissante famille de Nordiques étaient tous arrogants et désagréables. Sauf peut-être Ingun, la jeune alchimiste. Celle-ci était plus sympathique que les autres. Enfin, elle était surtout plus insouciante et plus intéressée par l'alchimie que par les jeux de pouvoir.
Nova soupira longuement, assise sur un des tonneaux entreposés sur la coursive faisant le tour de la ville, à quelques centimètres au-dessus du niveau de l'eau. Elle termina sa tarte aux pommes et se lécha les doigts, se préparant mentalement à aller rencontrer le Jarl. En discutant avec les habitants, elle avait appris le nom de celui-ci, Laila Juste-Loi, et de ce qu'elle avait compris, c'était une femme intègre, qui avait tenté à plusieurs reprises de déraciner la Guilde des Voleurs qui infestait le sous-sol de la ville.
Elle se leva de son tonneau et entreprit de remonter les escaliers menant au fronton de l'orphelinat Honorem. Le bâtiment se trouvait juste à côté du château d'Embruine, résidence du Jarl, aussi il ne fallut pas longtemps à Nova pour atteindre sa destination d'origine. Elle se présenta devant les gardes du château, qui l'observèrent avec méfiance.
-Qu'est-ce que vous voulez ?
-Je viens rencontrer le Jarl. Je cherche du travail, répondit-elle simplement.
-Mouais... Je vous ai à l'œil.
Ils ouvrirent les portes et la laissèrent entrer. Elle déboucha immédiatement dans une grande salle à manger, occupée par une immense table en forme de U au milieu de laquelle se trouvait un âtre fumant. De l'autre côté de la table, inoccupée à cette heure, se trouvait le trône du Jarl. La femme se tenait appuyée contre l'accoudoir de son fauteuil de bois tendu de velours. Elle était vêtue d'une longue robe de tissu précieux bleu et d'un tablier rouge à motifs dorés. Elle portait également une ceinture de cuir brune et deux pièces de fourrure blanches fixées sur ses épaules. Une tiare d'argent sertie de pierres de lune cerclait son front et retenait ses cheveux blond-roux tressés en arrière.
Nova s'avança d'un pas mesuré, prenant garde à ne pas paraître agressive pour ne pas énerver le huscarl armé qui montait une garde vigilante, et s'inclina respectueusement devant le Jarl.
-Bonjour étrangère. En quoi puis-je vous aider ? demanda Laila en se redressant sur son siège.
-Je suis une mercenaire itinérante, et j'ai entendu dire que vous pourriez avoir un travail de dératisation pour moi. Vos citoyens vivent dans la crainte de la Guilde des Voleurs sous leurs pieds, et je pensais pouvoir vous aider, expliqua le Chevalier d'un ton posé.
-Mercenaire, hein ? Vous pensez pouvoir déloger les rats de la Souricière ? Ils ne sont pas si dangereux que cela, vous savez, les rapports de mon Chambellan et de Maven sont très clairs. Ils sont sur le déclin et ne posent pas tant de problèmes que cela.
Immédiatement, Nova focalisa son attention sur le chambellan en question, une Altmer du nom d'Anuriel. Elle était assise sur le siège voisin de celui du Jarl, et l'observait de ses yeux orangés avec circonspection. Étendant sa conscience jusqu'à entrer en contact avec celle de l'elfe, Nova se prépara à fouiller ses pensées. Les elfes avaient un esprit plus ordonné et calme que les humains, mais celle-ci était agitée. C'était la mention de la Guilde qui l'avait inquiétée. En cherchant brièvement, n'ayant pas le temps d'approfondir son Anticipation, Nova découvrit la connivence qui liait Anuriel et Maven. Maven était liée à la Guilde et elle se servait de son influence auprès du Jarl pour réduire les mesures prises par le pouvoir à l'encontre des Voleurs. Et Anuriel, elle, tant qu'elle collaborait, voyait ses intérêts préservés au même titre.
Nova retint un grognement de dégoût et tourna son regard sur le Jarl à nouveau. Cette femme en revanche, était d'une naïveté impressionnante. Elle était un peu plus âgée qu'elle, mais elle croyait aveuglément à ce que lui racontaient ses deux conseillères. Elle tenait son surnom, Juste-Loi, de sa volonté d'équité, mais elle se laissait trop facilement abuser par les paroles de miel de Maven et Anuriel.
-Je viens d'arriver à Faillaise, mais j'ai déjà été volée par l'un de leurs membres. Même si vous ne me donnez pas de contrat, je descendrai dans la Souricière pour récupérer mon bien. Cependant, je tiens à être honnête : sans contrat, je ne récupère que ma propriété, et je laisse les Voleurs. En revanche, si vous m'engagez, je vous débarrasserai de tous les rats qui grouillent sous votre ville.
-Nous n'avons pas besoin d'une mercenaire étrangère pour nous défendre, se récria Anuriel en s'immisçant dans la conversation.
-Je ne dis pas le contraire, je vous propose simplement mon aide pour un problème de poids.
Laila la considéra un long moment avant de hocher la tête.
-Très bien. Si vous arrivez à déloger cette vermine de mon sous-sol, je vous paierai. Cinq cent septims sonnants et trébuchants.
A l'affût de la moindre pensée sortant du lot chez l'une des deux femmes, Nova entendit immédiatement l'esprit elfique d'Anuriel s'agiter à ces mots.
-Maven ne laissera jamais passer ça... pensa-t-elle.
-Marché conclu. Je descends dans la Souricière dans dix minutes. Si vous avez des conseils ou des recommandations, faites m'en part, sinon, je vais terminer mes préparatifs.
Quand personne ne prit la parole, elle s'inclina légèrement devant le Jarl, avec respect, mais sans la considérer néanmoins comme une égale, et fit demi-tour. Elle quitta le château d'Embruine sans un regard en arrière et fit rapidement l'inventaire de ses possessions. Son Crâne de Cristal était toujours suspendu à sa ceinture, sa Pierre de Transformation était rangée au fond de sa poche, et les multiples bourses dans lesquelles elle avait dispatché son argent avaient été dissimulées entre les différentes couches de vêtements qu'elle portait.
Une fois prête, elle descendit les escaliers menant au niveau de l'eau et trouva la grille verrouillée menant à la Souricière. Elle n'avait pas la clef, mais elle était loin d'être une ignare en matière de crochetage. Avec un petit sourire narquois, elle sortit son attirail et s'agenouilla devant la serrure. En quelques secondes, elle avait terminé et la porte à barreaux bâillait devant elle. Elle rangea son nécessaire à crochetage et poussa la porte menant aux souterrains de la ville.
Dès les premiers pas, elle se rendit compte de deux choses : il faisait frais, et l'air était humide et sentait la moisissure et la mousse. Avançant à pas prudents, elle s'enfonça dans les galeries parcourant le sous-sol de la ville. Elle remonta le premier couloir, aux murs suintants et collants de mousses et de lichens odorants, la main sur le pommeau de son épée, prête à dégainer au moindre signe de danger. A pas de velours, Nova passa devant les cadavres de deux hors-la-loi rongés jusqu'à l'os, probablement par des ragnards, ces affreux rats surdimensionnés. Les deux corps avaient été abandonnés, et cela devait faire un certain temps qu'ils traînaient ici, puisque l'habituelle puanteur des corps en décomposition était presque indétectable sous celle de l'humus et de l'eau croupie qui courait entre ces murs.
Passant cette première pièce, elle arriva dans une plus grande chambre, où deux voies s'ouvraient à elle. Descendre la volée de marches qui la menait plus profondément dans les égouts, ou continuer tout droit. Dans son monde, lorsqu'elle explorait des cavernes, des temples, ou une Tour de Guerre occupée par un imposteur, elle veillait toujours à explorer toutes les pistes pour s'assurer qu'elle ne manquait rien. Et elle commençait toujours par explorer les couloirs les plus élevés, et descendait ensuite plus profondément dans les sous-sols. Elle procéderait de la même manière ici.
Elle s'engagea donc sur le pont de planches menant au niveau le plus élevé et déboucha dans une antichambre meublée d'une table, de quelques chaises, de deux étagères et de quelques coffres grand ouverts. Ils avaient été vidés, et dans un coin de la pièce, elle repéra le corps déchiqueté d'un autre bandit. Tous des criminels se cachant sous la ville. Elle ne ressentait pas la moindre empathie pour eux. Sans y faire plus attention, elle avisa une porte bardée de métal dans une alcôve. Le bois était usé, le métal terni par le temps et l'atmosphère humide des égouts, mais la serrure était parfaitement entretenue, de même que les gonds. Nova laissa un sourire se dessiner sur ses lèvres. Elle avait trouvé la Souricière, la vraie, pas juste le réseau de souterrains parcourant le sous-sol de la ville pourrie qu'était Faillaise.
Elle prit un instant pour respirer profondément. Son cœur avait commencé à battre à tout rompre, et elle tremblait d'excitation à l'idée de mener un combat avec d'autres personnes. Surtout de sales voleurs. Elle avait hâte de récupérer la bourse que lui avait volé l'homme sur le marché, et elle avait hâte d'éradiquer ce groupe de malfrats qui osait se donner le nom de « Guilde ». Elle fit quelques mouvements pour s'assouplir les doigts, les poignets et les épaules, sautilla sur place pour évacuer le trop-plein d'enthousiasme et mit la main sur son arc. C'était un bête arc composite comme elle en avait utilisé en quittant Brilleloin, à l'issue de son apprentissage de Draconis, mais il ferait l'affaire. Elle vérifia également que son épée d'acier coulissait bien dans son fourreau, posa la main sur son Crâne de Cristal... et se ravisa. Elle avait un compte personnel à régler avec ces Voleurs, elle n'entraînerait pas sa Créature dans ce combat.
Sur une nouvelle expiration profonde et sereine, elle actionna la poignée de la porte et entra dans une immense salle qui ressemblait à une citerne, au milieu de laquelle stagnait une eau vaseuse à la couleur trouble. En un éclair, Nova jeta un coup d'œil panoramique et établit rapidement une marche à suivre. Il y avait plusieurs personnes dans la citerne, trois femmes, une Impériale, une Rougegarde et une Altmer vêtue comme une mage, et trois hommes, dont un vêtu comme un tavernier. Le plus grand, un Impérial blond à la mine patibulaire taillé comme une armoire à glace et lourdement armé, la vit entrer et carra les épaules dans une posture intimidante pour faire reculer l'intruse.
Sauf que Nova n'avait pas peur de lui. Ni d'aucun des Voleurs.
Elle encocha une flèche à son arc, et dans un mouvement fluide et puissant, elle tendit la corde puis la relâcha, libérant le projectile, qui fila droit sur sa cible en sifflant. La pointe se ficha dans la poitrine de l'homme et le traversa de part en part. Nova avait passé des jours à travailler sur ce bête arc de bois en observant les améliorations apportées par la poissonnière armurière d'Aleroth à son arc Rivellonien. Elle avait renforcé les branches pour qu'elles supportent une plus forte traction et résistent à sa force de Chevalier Dragon, et avait échangé la corde originale pour une corde à torsion inversée, plus solide et conférant plus de puissance à sa flèche que la corde simple que l'arc avait à l'origine.
Foudroyé sur place, il tomba à genoux, une rivière de sang s'écoulant du trou dans sa poitrine, puis s'écroula face contre terre, inanimé. Sans attendre une seconde de plus, Nova arma une nouvelle flèche, mais ne toucha pas sa deuxième cible. Les Voleurs avaient plongé à couvert sitôt qu'ils avaient compris qu'elle n'avait pas de bonnes intentions.
-Funeste ! Funeste, réponds ! lança une des femmes depuis sa cachette.
-Il est mort, laisse tomber, la rabroua une autre.
Le Chevalier rangea son arc et empoigna le manche de son épée, quand elle se rendit compte qu'un des Voleurs n'avait pas plongé à l'abri. L'Altmer habillée comme une mage n'avait pas bougé, paralysée de terreur, même si elle avait levé les mains en signe de reddition.
-Vous là, si vous n'appartenez pas à cette engeance, allez vous-en. Je ne ferai pas de quartier.
-Je suis Sculpteuse de visage, pas un Voleur... Je vous le promets, bafouilla-t-elle d'une voix qui laissait transparaître quelques accents méprisants, noyés sous la terreur elle devait avoir l'habitude de parler d'un ton condescendant, et seule la terreur l'avait fait changer d'avis.
-Tirez-vous, allez, répéta Nova en lui indiquant la sortie derrière elle d'un mouvement de tête.
Sans se faire prier, la magicienne passa à toute vitesse devant le Chevalier sans demander son reste et s'enfuit. Concentrée sur les quatre adversaires planqués derrière les barrières qui bloquaient son champ de vision, Nova put entendre les pensées de l'un d'eux, qui préparait un lancer de couteau. Elle esquiva la lame silencieuse qui vola dans sa direction sans effort et répliqua par une boule de feu de belle taille. L'autre s'aplatit par terre par pur réflexe, évitant la déflagration quand la boule s'écrasa contre le mur du fond de la citerne.
-Nocturne ait pitié de nous, c'est une mage ! s'exclama un des hommes.
-On avait remarqué, Delvin, commenta la voix traînante de la deuxième femme, celle qui était si vite passée outre la mort de son camarade.
-On peut se passer de ton sarcasme, Vex, gronda la première femme.
-Vous n'avez aucune idée de ce que vous êtes en train de faire ! cria Vex depuis sa cachette. Vous venez de vous mettre dans une merde noire !
-Épargnez-moi les menaces creuses que vous servez habituellement à vos victimes. Je n'ai pas peur de vous. Vous n'êtes qu'une bande de pathétiques Voleurs qui vous faites passer pour une Guilde. J'ai combattu des armées à moi seule, c'est pas quatre trouillards qui vont réussir à me faire croire qu'ils représentent un danger, cracha Nova en cherchant un angle de percée, son épée dégainée et prête à bondir en avant.
-Je sais bien qu'on n'est que des voleurs, on n'est pas des combattants, mais je parlais pas de nous. Vous allez réveiller la colère de personnes extrêmement haut placées ! menaça la Voleuse.
Nova étouffa un ricanement carnassier qui trahit un instant sa double nature draconique, ce qui coupa la chique à Vex, désarçonnée par sa désinvolture.
-Maven ? Je connais tous les squelettes dans son placard. Si elle bouge le petit doigt, elle tombe, expliqua-t-elle d'une voix sombre et intimidante.
Elle put presque entendre les quatre planqués se regarder avec panique, et savoura cette sensation. Elle savait que c'était mal de ressentir ce frisson parcourir son échine alors qu'elle dominait l'affrontement, mais elle ne pouvait s'en empêcher. Son statut de Chevalier Dragon était encore relativement récent, comparé à d'autres comme elle, elle n'avait ses ailes et son esprit draconique que depuis quelques mois et n'avait pas encore eu le temps de bien comprendre ce qu'elle pourrait ressentir et éprouver. De plus, personne ne lui avait expliqué, comptant sur elle pour toutes sortes de tâches complexes. Peut-être que c'était un truc d'humain de ressentir ce genre de supériorité envers les autres, auquel cas c'était un problème qu'elle devrait régler elle-même. Il était également possible que ce soit un truc de dragon, auquel cas elle ignorait comment le gérer, l'enrayer, ou même l'arrêter, et elle n'avait personne pour l'aider à comprendre.
Nova assura sa prise sur son épée et effectua un puissant bond en avant qui lui donna une vue dominante sur la scène. Elle atterrit de l'autre côté de la barricade dans une roulade souple, tout en balayant l'espace autour d'elle d'un coup de lame précis. L'un des Voleurs cria de douleur quand l'épée mordit son mollet, avant de se relever et de répliquer avec vivacité. A quatre contre une, ils pensaient avoir une chance, mais se trouvèrent néanmoins rapidement en position de faiblesse. Ils combattirent avec fierté, mus par l'énergie du désespoir, mais durent reculer petit à petit.
Alors que le Chevalier allait asséner un puissant coup d'estoc et ainsi achever la Rougegarde qu'elle venait de désarmer, un sifflement la força à se jeter au sol. Elle roula sur le côté pour s'éloigner du combat et se redressa une fois à une distance de sécurité suffisante. L'homme qui lui avait volé sa bourse au marché venait d'entrer en scène. Il avait tiré une flèche en direction de Nova, la forçant à lâcher sa proie, et se tenait maintenant entre la Rougegarde et l'ancienne Draconis, lame au clair.
-Je vous reconnais... Vous étiez au marché, à l'étal de Grelka ! fit l'homme en fronçant les sourcils de stupeur.
-Oui. Et vous avez pris quelque chose qui m'appartient, Voleur, répliqua Nova avec un sourire de loup, ses yeux argentés fichés dans ceux du Nordique.
-Si je vous le rends, nous laisserez-vous en paix ? demanda-t-il, plein d'espoir, la main tremblant légèrement sur son arme.
-Hors de question. Vous m'avez dépouillée, et je compte bien abattre ma vengeance. Sans parler de la récompense offerte par le Jarl si je vous éjecte de ce trou d'eau croupie, et sans évoquer non plus l'aspect purement honorable de déraciner une soi-disant guilde de hors-la-loi.
-Alors vous devrez nous passer sur le corps à tous, gronda le Nordique en assurant sa posture de combat.
-Non, Brynjolf ! C'est trop dangereux, il faut qu'on parte ! intervint la Rougegarde en se tenant le flanc, là où la lame de Nova l'avait blessée.
-Je ne vous laisserai pas vous enfuir, avertit le Chevalier en préparant une boule de feu dans sa main gauche, la droite faisant tournoyer habilement son épée. Mais si vous voulez une mort rapide, je ne saurais trop vous conseiller que de me rendre cette bourse dont vous m'avez délestée. Et si vous voulez vous rendre, je peux vous garantir une cellule au donjon d'Embruine.
Elle put voir ses cinq adversaires serrer les mâchoires de colère et d'angoisse, mais aucun ne s'avança ni ne rendit les armes. Un nouveau sourire narquois étira ses lèvres.
-Personne ne veut se rendre ? Très bien. Alors continuons.
Elle relâcha sa boule de feu, qui rasa de très près le dos de Brynjolf, qui s'était jeté au sol dans un pur réflexe de survie. Sans ralentir, Nova donna une puissante impulsion qui la propulsa en avant, droit sur l'homme habillé comme un aubergiste. Elle lui donna un coup d'épaule à assommer un bœuf qui le fit s'écrouler en tremblant, inconscient. Alors qu'elle se détournait de lui pour le moment, l'ayant éliminé de la catégorie des menaces immédiates, elle recula souplement d'un pas pour esquiver la dague de l'Impériale blonde. Dans le même mouvement, Nova ramena son arme proche d'elle et désarma la Voleuse dans un fracas de métal satisfaisant avant de lui caler un coup de pommeau dans le sternum qui l'envoya au tapis dans un cri étouffé. Le Chevalier se baissa souplement et évita le coup d'épée de Brynjolf, auquel elle répliqua par un coup circulaire qui lui entailla profondément la cuisse, le forçant à boiter en retrait.
Le Bréton chauve et la Rougegarde se postèrent devant leurs camarades, démontrant un certain esprit d'équipe en dépit de leur nature de Voleurs sans foi ni loi. Ensemble, ils brandirent leurs armes, prêts à défendre leurs confrères contre l'impitoyable machine à tuer qu'ils avaient devant eux. La blonde et Brynjolf parvinrent à récupérer l'aubergiste, le chargèrent sur les épaules du Nordique et parvinrent à se retrancher dans l'arrière salle de la taverne-citerne, hors de portée de Nova.
Le Chevalier resta dans la première salle, faisant le tour de la pièce et fouillant les boîtes qu'elle trouvait, espérant trouver quelques babioles intéressantes. Après tout, c'étaient des Voleurs, ils étaient naturellement attirés par les objets rares et précieux, et elle avait toutes les chances du monde de trouver des artefacts pouvant potentiellement l'aider à rentrer chez elle.
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De l'autre côté de la porte de la Cruche Percée, dans le quartier général de la Guilde, Brynjolf déposait Vekel sur un des lits avec précaution. Il n'était pas un membre de la Guilde à proprement parler, mais il était l'un des leurs. Tonilia bandait ses blessures avec précaution, les mains tremblantes à cause de la peur. Vex boitait, les mâchoires serrées pour ne pas laisser échapper de geignement de douleur, ses côtes malmenées se rappelant à son bon souvenir à chaque esquisse de mouvement. Et pour terminer, Delvin pressait une main contre son visage, un épais filet de sang rouge sombre coulant de son œil gauche, qu'un coup d'épée avait quasiment crevé entièrement.
-Qu'est-ce que c'est que ce monstre ? souffla Vex, la respiration sifflante et les traits contractés de douleur.
-Aucune idée, répondit Delvin sur le même ton. Prions les Divins et Dame Nocturne pour que le Chef revienne, sinon à ce rythme, nous serons tous morts avant ce soir...
-C'est pas possible... gémit Vex, complètement abattue. Maven ne laisserait jamais ça arriver... Ce qu'on lui reverse est trop juteux pour qu'elle nous ait trahis...
-De toutes façons, cette femme est trop puissante pour se laisser dicter quoi que ce soit par qui que ce soit... intervint Tonilia en fouillant les tiroirs de toutes les tables de chevet à la recherche de potions de soins. Si elle est venue nous détruire, rien ne pourra l'arrêter...
Tout autour de la salle, les Voleurs se tournaient vers la scène, curieux et inquiets, et se rapprochaient des blessés. Même Saphir et sa légendaire mauvaise humeur s'étaient adoucies, et la jeune femme observait la scène, les sourcils froncés par l'anxiété.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle en même temps que Rune qui s'était approché également.
-On a été attaqués... répondit Vex d'un ton grave. On est foutus, cette folle veut notre mort...
-C'est une femme qui vous a mis cette branlée ? fit-elle, incrédule. Vous étiez cinq et elle vous a mis la misère ?
-Silence, Saphir ! la réprimanda Delvin. On n'a pas le temps de se prendre la tête, il faut qu'on se casse d'ici. Vite.
Brynjolf fixait le sol entre ses pieds d'un air absent, comme si ce combat l'avait privé de son âme. Et puis il commença à marmonner tout seul. Tonilia posa une main sur son épaule, inquiète pour l'ancien chef de Guilde.
-Brynjolf ? Ça va ?
-Lui, il pourrait l'arrêter. C'est l'Enfant de Dragon, après tout. Si quelqu'un peut tenir tête à ce monstre, c'est lui... souffla le Nordique, au bord de la crise de nerfs.
-Et comment on l'appelle, hein ? pesta Delvin, furieux de se retrouver dans une telle position de faiblesse. Il doit être à l'autre bout du pays, en train de faire les Divins seuls savent quoi... La Guilde est finie...
Brynjolf se redressa, une nouvelle lueur de détermination dans son regard sombre. Il se tourna vers les autres Voleurs et prit la parole d'une voix forte.
-Non, je refuse. Delvin, fais sortir les autres, je la retiens ici...
-Brynjolf... intervint Vex, sa voix tremblant légèrement, surprenant les autres hors-la-loi, elle qui restait sarcastique et cynique en toutes circonstances.
-Pourquoi est-ce qu'elle n'est pas déjà là ? fit remarquer Tonilia en terminant d'administrer la potion de soins à Vekel, qui manqua de s'étouffer avec. Il n'y a qu'une porte entre elle et nous... Pourquoi est-ce qu'on n'est pas déjà morts ?
Un lourd silence sépara les Voleurs, qui observaient la porte menant à la Cruche Percée avec angoisse, dans une immobilité quasiment parfaite, uniquement rompue par leur respiration.
-Peut-être que la chance revient vers nous... suggéra le Bréton en bandant sa blessure à l'œil.
-Dame Nocturne... Entendez-nous. Envoyez-nous votre émissaire, envoyez-nous l'Enfant de Dragon... Lui seul peut nous venir en aide... murmura le Nordique brun.
De l'autre côté de la citerne qui abritait les quartiers des Voleurs, une silhouette musclée descendit l'échelle menant au cimetière de Faillaise.
-C'est quoi ce bordel ?! rugit l'Enfant de Dragon en sautant de l'échelle à quelques barreaux du sol.
-Putain Brynjolf, té un géni ¤_¤ bafouilla Vex, les yeux écarquillés de stupeur.
-Quelqu'un va m'expliquer ce que c'est que ce bordel ?
-Une femme, intervint Tonilia en venant à la rencontre de son Chef de Guilde. Elle est arrivée et elle nous a botté le cul.
-Et Maven ? s'enquit le Dovahkiin en remuant les épaules et en sautillant sur place pour s'échauffer et se préparer au combat imminent.
-Apparemment, cette femme est capable de la tenir en respect... lâcha Brynjolf avec amertume.
-Maven ? Impossible. Elle tient le pays tout entier, comment cette femme peut-elle...
La porte s'ouvrit soudain avec fracas, et toutes les têtes se tournèrent dans cette direction alors que les Voleurs tiraient leurs armes de leurs fourreaux.
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-Reprenons ! gronda Nova avec un sourire carnassier, qui se figea quand elle avisa l'Enfant de Dragon protégeant les Voleurs. Dovahkiin ! Quelle surprise.
Les Voleurs regardèrent leur Chef et le Chevalier tour à tour, tentant de deviner d'où est-ce qu'ils se connaissaient, et entreprirent de déplacer Vekel, qui reprenait lentement conscience.
-Pourquoi fais-tu cela ? grogna l'Enfant de Dragon en attrapant un lourd marteau de guerre en ébonite aux sublimes motifs gravés.
-Parce que le Jarl de cette ville pourrie en a assez des serpents qu'elle nourrit en son sein. Et parce qu'il faut bien gagner sa croûte, non ? Elle m'a promis cinq cent septims si je vous dégage de son sous-sol.
-Je ne te laisserai pas faire ! s'exclama le Nordique en raffermissant sa prise sur son marteau.
-J'attendais mieux de la part de l'Enfant de Dragon, du sauveur dont tout le monde me rebat les oreilles depuis que je suis arrivée... S'associer avec des voleurs... Tsss ! Je veux bien qu'on m'accuse d'être mal placée pour critiquer, mais moi, j'ai infiltré une bande de bandits, dans l'intention de les détruire, pas pour en devenir le chef ! persifla le Chevalier en se rappelant l'évasion orchestrée du voleur emprisonné au Vallon Brisé.
La stratégie du Commandant Louis était de faire libérer Martis afin d'obtenir le mot de passe du camp de bandits, pour finalement pouvoir le prendre d'assaut avec les Chercheurs. Finalement, Nova avait d'abord infiltré le camp, tiré tout ce qu'elle pouvait des bandits en leur donnant un coup de main ici et là, puis avait donné l'emplacement et le mot de passe du camp au Commandant avant de les aider à attaquer. Elle se souvenait encore très bien des épreuves du temple de Jagon et des brûlures dont elle avait écopé après avoir tenté de passer un peu trop près des rives enflammées de la rivière. Machinalement, elle massa son avant-bras, là où elle avait encore une trace de brûlure qui refusait de cicatriser complètement.
-En étant Chef de Guilde, je peux m'opposer à Maven Roncenoir ! Je peux redresser la barre ! se défendit l'Enfant de Dragon.
Tous les autres Voleurs se tournèrent vers lui avec incrédulité et stupeur, choqués qu'il pense à doubler la femme qui tenait Faillaise, et peut-être même Bordeciel, dans le creux de sa main.
-Crois-moi, rien ne pourrait redresser une bande de voleurs. C'est ancré trop profondément dans leur nature. Et étant quelqu'un qui a été dépossédée de ce qui m'appartient et me revient à plusieurs reprises, je peux t'assurer qu'il y a peu de choses que je méprise plus que les sales voleurs, cracha-t-elle.
L'Enfant de Dragon tourna légèrement la tête en arrière, s'adressant aux Voleurs pendant qu'il gardait un œil vigilant sur le Chevalier et son épée.
-Allez-vous en, sauvez-vous. Je m'occupe d'elle. Réfugiez-vous où vous savez, dit-il en sachant que Brynjolf comprendrait.
En revanche, il ne s'attendait pas à voir la jeune femme face à lui sourire plus largement encore.
-Le Siège des Rossignols ne vous sera d'aucune utilité ! ronronna-t-elle d'un ton triomphant.
Nova savoura l'expression choquée du Dovahkiin tout en se rapprochant précautionneusement afin d'avoir plus d'espace pour manœuvrer en entrant à son tour dans la grande citerne. Derrière lui, et bien qu'ils soient toujours terrifiés et pris de court, les Voleurs s'enfuirent ensemble, portant leur ami aubergiste sur leurs épaules.
-Comment sais-tu pour le Siège ? gronda l'Enfant de Dragon en redressant son marteau. Seuls Brynjolf, Karliah et moi sommes au courant.
-Là d'où je viens, j'étais un Draconis, un chasseur de dragons, tout comme toi, et dans ce but, on m'a conféré l'une de leurs capacités les plus terrifiantes : je peux lire dans les pensées. Et je sais exactement où se trouve ce refuge, Dovahkiin, termina-t-elle dans un murmure féroce qui porta parfaitement à travers l'immense salle.
Le Nordique n'attendit pas qu'elle soit prête et lui balança un puissant coup de marteau qui la força à reculer pour l'esquiver. Elle enchaîna sur une roulade qui la mit hors de portée d'attaque, rangea son épée et saisit l'arc suspendu entre ses épaules. Dans les pensées de l'Enfant de Dragon, elle entendit de l'inquiétude : il avait pressenti que cette arme était particulièrement dangereuse. Ce qu'il ignorait en revanche, c'était qu'elle n'avait aucune intention de le tuer. Paarthurnax lui avait expliqué, au cours d'une de leurs innombrables leçons sur ce monde, qu'un fléau immémorial avait refait surface depuis quelques années. Alduin, le Dévoreur de Mondes. Ce dragon, premier fils d'Akatosh, premier des dieux et maître du temps, avait pour mission sacrée de détruire le monde. Tout simplement. Et la mission sacrée du Dovahkiin, annoncée depuis des milliers d'années par une antique Prophétie, était de tuer ce dragon en utilisant son pouvoir d'Enfant de Dragon, qui lui permettait de donner la vraie mort à un dragon, en dévorant son âme.
Elle décocha une flèche explosive qui frôla le Nordique et alla détoner contre le mur du fond, tirant à l'homme une grimace de stupeur et d'effroi. Elle ne voulait pas le tuer, certes, mais elle refusait de le laisser penser qu'elle ne se battait pas pour de bon. Elle enchaîna les tirs précis jusqu'à le toucher à l'épaule, et jusqu'à ce qu'il ait pris ses marques. Il avait lancé le combat, elle avait renchéri avec brio, et il avait décidé de le clore rapidement.
-Fus Ro Dah ! Cria soudain le Nordique.
Nova écarquilla les yeux et parvint à esquiver l'onde de choc, qui lui arrivait dessus sous la forme d'une vague d'énergie bleutée, en effectuant un saut périlleux qui l'amena juste devant le Dovahkiin, à qui elle tira un coup de pied dans l'estomac, le repoussant en arrière d'un pas. Il attrapa le manche de son marteau avec une main à chaque bout et vint au contact de Nova, qui le bloqua avec le bois de son arc. Chacun poussant dans un sens, ils se retrouvèrent rapidement à lutter à armes égales. Le Nordique était particulièrement musclé par ses aventures, et étant un homme, il avait un avantage biologique sur les femmes. Cependant, Nova était un Chevalier Dragon, ancien Draconis, elle avait suivi un entraînement intensif en vue de recevoir les souvenirs draconique, et depuis, elle avait encore progressé. Ce qui faisait que leur lutte restait parfaitement égale et inutile.
-Fus ! souffla l'Enfant de Dragon au visage de Nova, qui tituba en arrière, et dut encaisser un coup de pommeau du marteau d'ébonite.
Elle roula au sol, lâchant son arc et pressant les mains contre son ventre, où il l'avait frappée. Elle grogna de douleur avec une grimace, sauta à quatre pattes hors de la trajectoire du nouveau coup de marteau que lui balança le Nordique aux yeux bleus. Désarmée, elle ne pouvait plus attaquer l'Enfant de Dragon, et n'envisageait même pas la possibilité de se battre à mains nues, bien qu'elle ne soit pas novice en la matière. A la place, elle mordit violemment son pouce jusqu'au sang, à la grande surprise du Dovahkiin qui eut un moment d'hésitation. Elle traça le trait nécessaire sur le front de son Crâne de Cristal, invoquant sa Créature. L'abomination jaillit hors du portail créé par le Crâne et regarda autour d'elle, puis avisa sa cible. La chose grogna, affûta ses lames l'une contre l'autre dans un bruit strident qui fit grincer des dents les deux combattants.
-Qu'est-ce que c'est que ce... commença l'Enfant de Dragon. De la nécromancie ?
-Ouaip, et c'est pas fini ! renchérit Nova en bondissant pour récupérer son arc dans une roulade experte.
Elle décocha une nouvelle flèche sur le Nordique, qui la prit en pleine poitrine, son armure le protégeant en grande partie. Elle avait retenu son bras toutefois, refusant de massacrer le dernier espoir de ce pays. Elle n'avait rien à faire de ce monde, mais elle ne tenait pas pour autant à le condamner à mort. Sa Créature se jeta en avant sur l'Enfant de Dragon, qui la repoussa au dernier moment, une mine légèrement inquiète sur ses traits carrés.
-Assez ! s'exclama-t-il soudain après avoir esquivé une nouvelle attaque de l'abomination nécromantique. J'en ai assez de jouer avec toi et ton larbin mort-vivant ! Tiid !
En une fraction de seconde, Nova reconnut la sensation qu'il l'enveloppa. C'était la même impression que lorsqu'elle avait rencontré Paarthurnax pour la première fois, et qu'elle s'était enfuie en volant. Il lui semblait qu'elle n'évoluait plus dans l'air, mais dans une espèce de gelée épaisse l'empêchant de bouger à sa guise. Son temps de réaction avait été allongé à l'extrême magiquement, et l'Enfant de Dragon paraissait avancer à une vitesse impossible. Elle ne put se défendre et fut forcée d'encaisser l'attaque lourde du Nordique, qui la souffla en arrière. Ou plutôt, son corps commença à ressentir les effets du coup, mais au ralenti, ce qui fit qu'elle reçut de plein fouet la seconde attaque, un instant à peine avant que la magie du Cri s'éteigne et que le temps reprenne son cours normal. Les poumons vidés par l'attaque du Dovahkiin, elle ne put même pas crier quand la douleur l'envahit, ni quand elle fut envoyée percuter le mur.
Affalée contre la paroi humide de la citerne, elle tentait par tous les moyens de retrouver son souffle, pliée en deux et les bras et jambes ramenés contre elle. De l'autre côté de la salle, sa Créature poussa un cri grinçant terrifiant et se jeta sur son adversaire avec fureur. Les lames longues et acérées qui remplaçaient ses avant-bras frappaient avec fracas contre le marteau d'ébonite du guerrier brun, qui reculait lentement, légèrement dépassé par la déferlante d'attaques de l'abomination.
Nova parvint enfin à reprendre son souffle, laborieusement, en toussant et crachant ses poumons, et réussit à se remettre sur pieds. Elle titubait et voyait trouble, mais un sort de soin plus tard, elle se sentait déjà mieux. Cependant, elle ne pouvait rivaliser contre ce Cri, et quand l'Enfant de Dragon le réutiliserait, elle ferait beaucoup moins la maligne. Sachant que sa Créature ne lui en voudrait pas, et surtout qu'elle était ravie de se sacrifier pour sa maîtresse, Nova profita de la diversion qu'elle lui offrait pour s'enfuir. Elle n'avait jamais vraiment fui de combat avant, préférant les retraites stratégiques dans l'objectif de revenir à la charge, mais cette fois, elle devait véritablement s'échapper.
Elle passa son arc en travers de ses épaules et prit ses jambes à son cou. L'Enfant de Dragon poussa un grognement de dépit et de frustration en la voyant s'enfuir, mais était toujours occupé avec la Créature. Il avait beau la repousser, elle revenait à chaque fois à la charge.
De son côté, Nova avait atteint la sortie secrète qu'avaient empruntée les Voleurs. Elle attrapa les barreaux de l'échelle menant à l'extérieur et les monta rapidement, les côtes toujours douloureuses après la raclée que lui avait collée le Dovahkiin. Une fois arrivée au sommet de l'échelle, elle actionna la chaîne avec anneau sur le mur à sa droite, ce qui activa le passage secret. En grimaçant de douleur, elle gravit les escaliers et déboucha dans le cimetière de Faillaise. Il lui fallut quelques instants pour se repérer, mais quand elle eut pris ses marques, elle se dirigea vers la place du marché, avec dans l'idée de quitter la ville et de revenir plus tard pour toucher la récompense pour avoir fait fuir les Voleurs.
Elle avait réussi à atteindre la coursive de bois qui faisait le tour de la ville au-dessus de l'eau quand une flèche se ficha juste devant elle. Sans y prêter attention, elle poursuivit sa course alors que les gardes dégainaient leurs armes en tentant de comprendre ce qui se passait. La corde de l'arc de l'Enfant de Dragon vibra à nouveau, et cette fois, elle s'écroula en criant, une flèche lui traversant la cuisse. Elle roula au sol, les gardes la tenant à la merci de leurs épées, et crispa les mains autour de sa plaie. Sa régénération de Chevalier commençait déjà à s'opérer autour du bois de la flèche, dont elle cassa fébrilement l'empenne, sans avoir le temps de retirer la pointe, avant de se relever rapidement. Elle poussa deux gardes, mais fut plaquée au sol par un troisième, avant que le Dovahkiin ne se joigne à eux et lui attache les mains dans le dos.
Elle contint un cri de douleur lorsque le bois fouailla sa chair quand elle fut remise sur pieds, et la souffrance n'alla pas en s'amenuisant puisque les gardes et l'Enfant de Dragon la traînèrent jusqu'au donjon d'Embruine. Le temps qu'ils arrivent dans les geôles, la douleur et le saignement l'avaient assommée, et toute puissante qu'elle soit, elle avait ses limites. A demi inconsciente, elle reconnut la jubilation des pensées de Maven alors qu'elle passait devant elle pour être jetée en cellule. Le morceau de bois toujours fiché dans la jambe, elle roula mollement dans la geôle, et ferma les yeux définitivement.
Quand elle se réveilla, elle s'aperçut que sa Pierre de Transformation et son Crâne de Cristal lui avaient été pris. Elle jura entre ses dents, folle de rage, mais parvint à retrouver son calme rapidement. Elle respira calmement, appelant à elle le calme du centre serein de son être. La douleur de sa jambe semblait s'être atténuée, mais dès qu'elle essaya de bouger, elle se réveilla brusquement, la clouant au sol. Personne n'avait retiré le reste de l'empenne toujours fichée dans sa cuisse, estimant qu'une prisonnière n'avait pas à recevoir de soins. En grimaçant, elle referma le poing sur le bois de la flèche et tira avec toute sa force dessus, forçant la chair qui s'était reformée autour à se déchirer à nouveau. Dans un hurlement strident, elle réussit à arracher le reste de la flèche de sa jambe, son sang commençant à couler avec ardeur. Elle pressa la main de chaque côté de sa cuisse pour enrayer l'hémorragie, et se concentra sur sa magie. Elle invoqua la magie de soin qu'elle avait apprise au fil de ses aventures et serra les dents le temps que les fibres de ses muscles se reforment et se ressoudent entre elles. Cela ne dura qu'une trentaine de secondes, même si elle avait eu l'impression que cela avait pris bien plus longtemps.
Elle se releva prudemment, prit appui tout aussi précautionneusement sur sa jambe blessée, et effectua quelques pas hésitants en direction des grilles de la prison. Dans la cellule voisine se trouvait un elfe noir à la mine abattue et aux pensées assombries par le désespoir, et dans celle à l'étage, elle entendait l'esprit agité et violent d'un rejeton Roncenoir. Deux autres prisonniers occupaient les cellules restantes, mais elle ne leur prêta pas attention. Elle referma les mains sur les barreaux de sa cage et imprima une poussée puissante, en vain. Les barreaux étaient trop épais et résistants, même pour sa force de dragon. En poussant un grognement de dépit, elle se repoussa en arrière et commença à tourner en rond dans sa cellule, serrant et desserrant les poings pour évacuer son agacement.
Peut-être que si j'essaie ça...
Elle s'approcha lentement de la grille et attrapa la serrure à deux mains, sauf que cette fois, elle se concentra pour que la boule de feu qu'elle invoquait reste circonscrite à ses paumes. Le feu qu'elle créait ne la brûlait pas, en revanche, le métal qui commençait à fondre menaçait à chaque seconde qui passait de lui griller la peau. Elle finit par lâcher la serrure et étala ses mains à plat sur le sol de pierre glacé pour essayer d'apaiser ses brûlures en sifflant de douleur. Elle avait beau avoir l'esprit d'un dragon, sous forme humaine, elle n'avait qu'une résistance très moyenne à la chaleur, contrairement à sa forme draconique, beaucoup plus solide. Après avoir lancé un nouveau sort de soin qui finit de guérir ses paumes, elle se glissa hors de sa cellule sous les regards ahuris des autres prisonniers.
A pas de loup, elle se glissa dans la salle des scellés, évitant habilement les gardes, et se rapprocha du coffre dans lequel étaient entreposées les possessions des prisonniers. Elle trouva le sien après en avoir fouillé trois, et entreprit de faire main basse sur ses affaires le plus vite possible pour s'échapper avant que...
-Ne bougez plus, ordonna une voix menaçante et autoritaire.
Elle se retourna lentement, les mains en l'air, se préparant à bondir dans le feu de l'action. Un garde la tenait à la pointe de son épée, son regard froid lui déconseillant de tenter tout geste brusque. Au lieu de cela, Nova entra dans sa tête. En quelques secondes, elle entendit tout ce dont elle avait besoin.
-Frognar, c'est ça ? Je n'ai pas envie de faire de votre fille une orpheline. Elle est déjà suffisamment triste de la disparition de sa mère, je ne veux pas la priver de son père également, dit Nova en regardant le garde droit dans les yeux, le visage fermé et froid.
L'homme frémit légèrement, pressentant instinctivement que la jeune femme était plus dangereuse qu'elle ne le paraissait.
-Comment...
-Je lis dans les pensées. Je sais où vous habitez, vous et votre fille. Laissez-moi passer et tout ira bien.
-Je ne peux pas faire ça... Maven, elle...
-C'est pourtant simple. Soit je dois me battre, et votre fille deviendra une nouvelle orpheline à Honorem, soit vous me laissez passer et vous direz que vous n'avez rien pu faire.
Le garde serra les mâchoires derrière son casque à visière et raffermit sa prise sur son épée, mais n'esquissa pas le moindre geste, que ce soit en direction de Nova, ou laissant entendre qu'il la laisserait partir.
-Si... Si je vous laisse passer... Vous me jurez que vous ne lui ferez rien ?
-Je suis Chevalier, quelque chose que vous les Nordiques pourriez assimiler à un huscarl indépendant, et j'ai un code d'honneur. Je ne ferai aucun mal à une enfant, et si vous me laissez sortir, je n'aurai aucune raison de vous tuer vous. Allez-vous-en, et dites que je suis en train de m'échapper. Mais avant...
Elle dégagea la pointe de l'épée que le garde agitait dans sa direction dans un mouvement souple, se rapprocha vivement de lui et lui colla un crochet du droit suffisamment violent pour lui briser l'arcade sourcilière. Il tituba en arrière, et releva sa lame, mais elle leva à nouveau les mains et ne tenta plus le moindre geste.
-Là, vous aurez l'air crédible en disant que je suis sortie de cellule et que vous n'y pouviez rien, s'expliqua-t-elle en désignant le filet de sang qui coulait sur la tempe de l'homme.
Il la regarda longuement, son épée toujours pointée sur elle, son hésitation visible sur ses traits. Et puis finalement, il baissa son arme puis la rengaina.
-Entendu, déclara-t-il en hochant la tête.
Il fit volte-face, et pendant que Nova finissait de se harnacher, elle l'entendit partir en courant et en appelant à l'aide. Avec un demi sourire, elle vérifia les attaches de son Crâne de Cristal, s'assura que sa Pierre de Transformation se trouvait bien dans sa poche, et se mit en route.
Au moment où elle s'apprêtait à sortir des geôles, elle se tourna et se retrouva nez à nez avec l'Enfant de Dragon.
Oups.
Elle se mit immédiatement en garde, épée au clair, et se prépara au combat. Fou furieux, il se jeta sur elle, son marteau d'ébonite volant déjà en direction de ses côtes. Elle roula de côté pour se mettre hors d'atteinte et avisa les poutres transversales qui soutenaient la coursive de l'étage supérieur. Sans ralentir, dans la continuité du mouvement qui lui avait permis de se relever, elle bondit dans un salto arrière impressionnant et se réceptionna sur l'une des poutres avec un équilibre parfait. Il leva la tête vers elle, bouche bée, choqué par la hauteur du saut qu'elle venait d'effectuer et en laissa tomber son arme, qui cogna contre les pavés dans un bruit de métal.
-A une prochaine fois, Dovahkiin ! lui lança-t-elle depuis son perchoir.
Elle lui adressa un clin d'œil provocateur et moqueur et se hâta de gagner la porte menant à l'extérieur. Elle savait qu'il se ressaisirait vite et ne tenait pas à se retrouver une nouvelle fois bloquée par ce Cri qui ralentissait le temps. En y réfléchissant, ce devait être ainsi que Paarthurnax l'avait rattrapée, lors de leur rencontre. Elle défonça la porte du donjon et déboula dans la cour du château d'Embruine. Une patrouille de gardes la vit sortir de nulle part et resta un instant figée, avant de sortir leurs armes. Sans pitié, Nova carra les épaules et leur rentra dedans, les repoussant au bas des escaliers menant au château.
Elle jeta un regard panoramique tout autour d'elle et croisa rapidement le regard de Maven Roncenoir. Ses lèvres s'étirèrent en un rictus carnassier alors qu'elle se ramassait, prête à décamper. Elle ficha son regard argenté dans celui de la Nordique comme une promesse de revanche, et prit la fuite. En quelques sauts acrobatiques calculés, elle réussit à se mettre hors d'atteinte de l'Enfant de Dragon, qu'elle observa parcourir la ville frénétiquement alors qu'il la cherchait.
Pour la première fois depuis longtemps, elle affrontait un véritable ennemi, à la mesure de son pouvoir. Elle avait combattu d'autres adversaires surpuissants, mais aucun ne lui avait donné autant de fil à retordre que cet Enfant de Dragon. Bellegar ne se battait jamais lui-même, et quelque part elle lui en était reconnaissante parce qu'elle avait ressenti le pouvoir brut qui émanait de lui. Il invoquait des légions de créatures, mais même quand il lui lançait des démons et des trolls à la figure, elle s'en débarrassait rapidement. Le seul ennemi qui lui avait véritablement résisté dans sa vie, c'était Zagan, le démon du puits de Haute Salle. Cette saloperie avait failli avoir sa peau en combat à distance, en combat rapproché, et même sous sa forme draconique, il lui avait infligé d'énormes dégâts et elle conservait de lui encore quelques cicatrices indélébiles. Même Razakel et Laïken, pourtant redoutables en théorie, n'avaient pas été aussi problématiques à gérer une fois qu'elle les avait séparés et qu'elle avait concentré la puissance de ses attaques sur un seul des deux. Ce Nordique au sang de dragon en revanche, lui posait de sacrés difficultés.
Elle escalada les remparts par petits sauts et s'enfuit dans les bois au sud-ouest de la ville. Elle s'éloigna d'abord en courant, son cœur et sa respiration s'habituant rapidement à son rythme, puis ralentit une fois sûre que personne ne la suivait. Elle chercha une clairière tranquille pour se transformer, actionna sa Pierre de Transformation et déploya ses ailes. Elle poussa sur ses pattes arrières et décolla souplement, son long corps serpentin ondulant dans le ciel. Elle s'éleva haut au-dessus de la forêt, jusqu'à avoir du mal à respirer, ses énormes poumons de dragon peinant à absorber l'oxygène dont elle avait besoin. Elle était si haut dans les airs que des nuages passaient silencieusement au-dessous d'elle, généreuses et placides balles de coton.
En vol stationnaire au-dessus de Bordeciel, elle observait la mer de nuages en silence, à la recherche d'un instant de calme. Seul le bruit de ses ailes de cuir qui claquaient brisait le silence de la haute altitude. Elle n'avait jamais eu l'occasion de voler pour s'amuser, là d'où elle venait. Quand elle avait obtenu ses ailes, Damian avait pris d'assaut la Tour de Guerre et elle avait dû apprendre à s'en servir très vite pour repousser ses troupes. Et après ça, une fois dans les Fjords d'Orobas, elle avait dû continuellement affronter des wyvernes, des gobelins volants, éviter les boucliers tueurs de dragons, et détruire des forteresses volantes où elle devait esquiver des tirs de balistes, de tours de la foudre et de tours de sorcier qui pouvaient parfaitement la tuer. Se retrouver dans cet autre monde n'était peut-être pas tant une malédiction que cela... Les yeux fermés, elle huma profondément l'air froid autour d'elle, savourant cette quiétude. Son monde avait besoin d'elle, mais ici elle pouvait souffler... Du moins jusqu'à ce qu'elle rencontre le Dovahkiin et qu'il s'avère être un voyou fricotant avec des Voleurs.
Quand elle rouvrit les yeux, sa méditation terminée, elle s'aperçut que le soleil avait beaucoup décru et qu'il commençait à faire nuit. Ses épaules la tirait après ces longues heures de vol, et elle avait vraiment besoin de se poser. Elle redescendit sous les nuages, croisant au passage un autre dragon qui lui jeta un regard surpris et incrédule, sentant bien qu'elle était différente des dragons de ce monde. Elle infléchit son vol, inclinant les ailes pour se diriger vers la Gorge du Monde, et se posa au sommet de la montagne, devant Paarthurnax.
-Drem Yol Lok, Vahdin, la salua le vénérable dragon. Alors, as-tu réussi à retrouver ton calme ?
-Plus ou moins. J'ai dû évacuer ma rage, plutôt que la laisser s'apaiser... J'ai combattu une petite armée d'esprits sylvestres. Les gens de Faillaise les ont appelés Spriggans, je crois... J'étais furieuse que l'un d'entre eux me résiste alors... Je n'avais jamais fait ça avant... Je suis rentrée dans sa tête et l'ai détruit, aussi bien mentalement que physiquement. Je l'ai broyé entre mes mâchoires, et en l'entraînant dans mon esprit draconique, et tout ce que j'arrivais à ressentir, c'était cette fureur et cette sensation de domination sur cette connerie d'arbre vivant... Et puis plus tard, à Faillaise, je me suis engagée dans une opération de dératisation, je devais exterminer la Guilde des Voleurs. Je n'ai jamais ressenti une telle jubilation en dominant totalement mes ennemis au combat. Est-ce que vous pourriez m'aider à comprendre ce qui m'arrive ? Est-ce que c'est un trait draconique ? Ou est-ce humain, auquel cas je devrai me débrouiller seule ?
Paarthurnax s'installa confortablement sur son perchoir, observant longuement Nova alors qu'elle paraissait légèrement perdue et inquiète. Ce conflit d'émotions la dépassait, elle n'avait pas eu le temps d'apprendre à gérer convenablement le changement qui s'était opéré sur son esprit et son corps. Il poussa un profond soupir et inclina son long cou de façon à se retrouver face au Chevalier.
-Les dovahs de ce monde possèdent des noms en fonction de leur sil, leur nature. Le mien est Paarthurnax, composé de trois mots : Paar, Thur et Nax, qui signifient ensemble Suzerain d'Ambition Cruelle. Il est ainsi dans ma sil d'être mauvais et cruel. Cependant, au terme d'une krif, une lutte, sans fin contre moi-même, je peux dominer ma sil profonde et devenir pruzah, bon. Peut-être est-il dans ta dovah sil de ressentir de la supériorité vis à vis des joors. Ou peut-être est-ce un trait de caractère humain.
Nova se laissa tomber assise devant le museau du dragon, la tête dans les mains et ignorant la froideur de la neige sous ses fesses. Elle releva le regard vers le vénérable saurien volant, venant de se rappeler quelque chose.
-J'ai vu le Dovahkiin.
Paarthurnax haussa un sourcil écailleux intéressé et redressa la tête sur son long cou, sa position précédente lui étant devenue inconfortable. Les dragons avaient beau être immortels, ils encaissaient tout de même certains désavantages dus à la vieillesse.
-Que faisait-il là-bas ?
-Figurez-vous que ce tas de muscles est devenu le chef d'une Guilde de Voleurs, fit Nova sur le ton de la plaisanterie. Et on s'est battus. J'ai évité de le blesser autant que possible, mais il a pris une flèche quand même.
Le dragon laissa échapper un bruit étrange ressemblant à un grondement menaçant, mais que Nova identifia avec l'habitude comme un éclat de rire.
-Il ne doit plus beaucoup t'apprécier maintenant, Vahdin, répondit-il avec amusement.
-Non, surtout que je me suis échappée de la cellule où il m'avait enfermée... Enfin bref, ce n'est pas là que je voulais en venir. Il a utilisé un Cri contre moi, un que je ne connaissais pas. Tiid. Si je me souviens bien de vos leçons, ce mot signifie « temps ».
-En effet.
-Et... je crois que vous l'avez utilisé, lorsque nous nous sommes rencontrés. Pour me rattraper, termina-t-elle.
-Encore une fois, tu as raison, Vahdin. C'est le Thu'um de Ralenti, qui comme tu l'as compris, ralentit le temps. J'imagine que c'est au moyen de ce Thu'um que le Dovahkiin t'as vaincue.
-Oui. Je ne pouvais rien contre lui, il allait trop vite, et moi j'étais figée, comme une mouche dans du miel.
Paarthurnax descendit de son perchoir, ses immenses ailes déchirées obscurcissant un instant le champ de vision de Nova, qui resta assise devant lui alors qu'il venait s'allonger devant elle, les ailes repliées contre le corps.
-Je pense que tu devrais effectuer le pèlerinage des Sept-Mille Marches. Cela pourrait t'aider à en apprendre plus sur toi-même.
Nova inclina la tête, acceptant sa prochaine leçon avec grâce. Elle n'était pas à Bordeciel depuis longtemps, mais elle avait déjà compris que le vieux dragon était sa meilleure chance de comprendre son esprit draconique et les changements qui s'opéraient en elle. Il lui enseignait en plus de cela une magie unique qu'elle ne retrouverait pas chez elle, si elle parvenait un jour à y retourner. Et pour terminer, ce dragon était l'un des tout premiers, il était infiniment vieux et infiniment sage, elle avait beaucoup à apprendre de lui, outre l'Art de la Voix.
Elle passa ce qui restait de sa journée à vider ses poches de toutes les bourses rebondies qu'elle avait amassées, et les entassa dans un recoin de la Gorge du Monde, cachées derrières un gros rocher. Dans son dos, elle entendit à nouveau le rire si particulier de son mentor.
-Tu ressembles plus à un dovah que tu ne l'imagines, Vahdin, à t'asseoir sur un trésor d'or et de pierres, fit-il remarquer.
-J'imagine que c'était livré avec l'esprit et les ailes, répliqua-t-elle du tac au tac avec le sourire.
La tête lucide et l'esprit clair, juste avant de s'endormir, roulée en boule dans son sac de couchage, à l'abri sous l'aile de Paarthurnax, elle décida qu'elle n'avait rien à perdre à réessayer.
-Fus ! chuchota-t-elle, tout son esprit draconique tendu vers un seul but.
Son murmure déclencha une petite onde d'énergie bleue qui souleva de la neige sur le sol givré. Ce n'était pas grand chose, mais c'était un début. Nova sourit d'un air apaisé et ferma les yeux, inconsciente du regard que Paarthurnax portait sur elle avec fierté depuis l'extérieur de sa cachette de cuir.
