ODYSSEE D'UN CHEVALIER-DRAGON

PARTIE 1

Keizaal ahrk faal Dovah – Bordeciel et les Dragons


CHAPITRE 7

La soirée avait bien débuté, le barde Mikael avait commencé à chanter tôt, et Hulda faisait couler l'hydromel à flots. Elle était toujours un peu froide et distante avec Nova, incertaine. Elle ne savait trop si elle devait se montrer hostile au Chevalier pour lui avoir fait perdre son employée Saadia, ou si elle devait lui pardonner, pour avoir éventé la ruse de la jeune femme et exposé sa traîtrise. Néanmoins, elle avait accepté de recevoir son courrier et de lui transmettre tout message qu'elle recevrait. Mine de rien, c'était un progrès.

Assise au fond de la salle, à la table face à celle d'Uthgerd, Nova finissait son assiette, sauçant le délicieux jus de viande avec un morceau de pain, et arrosant le tout d'une rasade d'hydromel. Elle avait quitté Paarthurnax le matin même, et s'était rendue à Blancherive immédiatement, avec l'objectif de chercher du travail auprès du Jarl et de s'informer auprès de Hulda des dernières nouvelles. Elle avait récupéré une prime sur un camp de bandits à l'ouest, non loin de Rorikbourg, et le Jarl lui avait promis un titre si elle parvenait à vider un repaire de vampires dans la campagne. Sur cette dernière tâche, elle était un peu plus dubitative. Elle ne s'était jamais frottée à un vampire avant, à part Sybille Stentor (et ça ne comptait pas vraiment), et encore moins à tout un nid, et elle n'était pas sûre d'avoir envie de risquer une maladie en descendant dans ce piège. Elle se savait capable de les tuer, surtout s'ils étaient sensibles au feu, mais elle doutait de pouvoir se transformer dans leur caverne, et si elle en croyait les histoires, ils étaient rapides et forts. Si l'un d'eux parvenait à se glisser sous sa garde et à la mordre, elle ignorait comment son organisme réagirait.

Elle attrapa sa chope d'hydromel et l'écarta de la trajectoire d'un client un peu trop imbibé qui s'écroula sur sa table, la termina, et en commanda une nouvelle à Hulda. Une chose était sûre, quand elle rentrerait chez elle, elle veillerait à rapporter la recette de ce nectar au miel, et en ferait préparer tous les soirs à la Tour de Guerre.

Lorsque l'aubergiste vint déposer une autre chope devant elle et rapporter la première en cuisine, Nova remarqua la silhouette menaçante qui s'approchait de sa table. Sans lever les yeux, elle porta son hydromel à ses lèvres et en but une gorgée.

-Tiens, Dovahkiin, comme on se retrouve, le railla-t-elle alors qu'il s'asseyait agressivement face à elle.

-Tu as ruiné ma réputation ! gronda le Nordique en frappant du poing sur le plateau de la table.

-Comme c'est triste, répliqua Nova d'un ton moqueur sarcastique tout en portant la chope à ses lèvres une nouvelle fois.

L'Enfant de Dragon balaya le récipient d'un revers de la main, l'envoyant voler et en renversant le contenu partout sur le sol. Nova, l'esprit léger à cause de l'alcool, protesta faiblement.

-La Guilde m'a foutu à la porte ! Je ne suis plus Maître, et je ne reste Rossignol que par la grâce de Nocturne, mais Maven ne veut plus entendre parler de moi, et si je remets les pieds à Faillaise, je suis un homme mort ! s'empêcha-t-il de rugir, conscient qu'il valait mieux ne pas se vanter d'appartenir à la Guilde trop fort.

-Et ? J'ai pas trop bien compris en quoi c'était mon problème, rétorqua Nova en redressant sa chope, agacée d'avoir payé pour rien.

-Et c'est ton problème parce que c'est ta faute, tout ça !

-Ma faute ? Môssieur fricote avec des criminels et se plaint quand ça lui pète au nez ? Ah il est beau le Dovahkiin, le prétendu Sauveur de Nirn ! Rien de plus qu'un voleur et un pleurnichard ! persifla-t-elle avec tant de venin qu'il eut un mouvement de recul.

Il se leva brusquement en poussant de ses poings fermés contre la table, et la désigna d'un doigt agressif.

-Je te défie. Là tout de suite, ici et maintenant. Combat sans arme ni magie, la provoqua-t-il.

-Et le gagnant remporte quoi ? demanda Nova en jetant un œil au fond de sa chope dans l'espoir d'y trouver une dernière goutte d'hydromel.

-Tsss, et c'est moi le voleur cupide ?

Le regard glacé et réprobateur qu'elle lui adressa le figea un instant alors qu'elle considérait sa proposition de combat.

-Je peux me battre sans avoir rien à gagner, j'ai un minimum d''honneur, quand même. Mais affronter un homme à l'orgueil blessé, ça ne rentre pas dans ma définition de l'honneur. Alors je demande s'il y a une récompense valable pour laquelle je devrais accéder à ta requête puérile.

-Le perdant sert le gagnant pendant deux mois.

Nova ouvrit de grands yeux incrédules. Ça, c'était un pari bizarre comme elle en avait rarement vu. Et l'Enfant de Dragon paraissait conscient de la bizarrerie de l'enjeu qu'il avait fixé, lui aussi, si bien qu'il s'empourpra légèrement. Néanmoins, le Chevalier se leva, se préparant mentalement au combat, et s'avança au milieu de la pièce, à côté de l'âtre, puis fit signe au Dovahkiin de s'approcher.

-Allez, amène-toi, le provoqua-t-elle.

-Pas d'armes, ni de magie, rappela l'Enfant de Dragon en s'approchant et se mettant en garde. Le premier qui s'écroule a perdu.

Nova souffla profondément, vidant ses poumons pour se vider l'esprit. Et puis elle se mit en garde à son tour et planta son regard argenté dans celui du Nordique. En un instant, tout son entraînement avec les Draconis lui revint en mémoire, de même que ceux dispensés par Hermosa. Elle esquissa un sourire de loup et pivota les épaules pour plonger sous son poing, évitant le direct du droit que l'homme tenta de lui porter. Ses prochaines attaques ne l'atteignirent pas non plus, et son agacement s'accrut à chaque échec. Nova était dans sa tête, il le savait, elle écoutait chacun de ses choix d'attaques avant même qu'il les mette à exécution, et se contentait donc en conséquence de les éviter souplement, comptant l'essouffler. Elle aurait pu enchaîner les attaques rapidement et miser sur son agilité supérieure, mais elle s'amusait bien assez à simplement regarder le Dovahkiin peiner à la toucher, et s'énerver plus de seconde en seconde.

-Pas de magie !

-T'es jaloux ? le railla-t-elle.

Tout autour d'eux, les autres clients s'étaient rassemblés en cercles pour observer la rixe, ébahis de voir la jeune femme esquiver si aisément les attaques pourtant vives et puissantes de son adversaire. Distraitement, Nova remarqua que certains pariaient sur l'issue du combat, tandis que d'autres les encourageaient.

-Lire dans les pensées c'est tricher ! fulminait l'Enfant de Dragon alors qu'il manquait une nouvelle fois son attaque.

Elle lâcha un éclat de rire moqueur et décida de riposter. Passant sous sa garde au moment où il tentait de lui asséner un crochet, elle lui porta deux directs dans les côtes avant de se dégager et d'enchaîner avec un coup de pied retourné. Surpris par le coup qui l'avait atteint au menton et fait tituber, il poussa un grognement de colère menaçant et serra les poings.

-Très bien, tu veux jouer à ça ? Alors jouons, menaça-t-il en prenant une grande inspiration que Nova ne put interrompre. Tiid !

Nova n'eut que le temps de penser qu'elle allait le regretter que déjà, elle avait la sensation d'évoluer dans de la mélasse, ses mouvements complètement ralentis et rendus beaucoup plus difficiles par le Cri. Elle vit le Dovahkiin se ruer sur elle à une vitesse incroyable, et bien qu'elle sache intrinsèquement qu'elle n'avait aucune chance de réagir à temps, maintenant que Paarthurnax lui avait expliqué le Cri Ralenti, elle tenta de bloquer le coup qui se rapprochait d'elle à vitesse grand V. Sauf qu'elle était trop lente. Beaucoup trop lente. Les poings fermés du Nordique s'écrasèrent contre son ventre, la forçant à accuser le choc et la projetant lentement en arrière, puis un uppercut ultra violent porté à la mâchoire l'envoya instantanément au tapis.

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Le temps revint rapidement à la normale, et Fenreir observa son adversaire s'écrouler en arrière, terrassée par la puissance de son attaque. C'était la deuxième fois qu'il la vainquait, mais cela ne le rassurait pas pour autant sur sa capacité réelle à l'emporter dans un combat loyal... Il l'avait vaincue les deux fois parce qu'elle n'avait jamais vraiment essayé de le tuer. Elle jouait. Il avait beau avoir gagné, il ne jubilait pas, et adoptait une attitude prudente vis-à-vis de la jeune femme inconsciente au sol. Elle était détentrice d'un redoutable pouvoir, tout comme lui, et elle n'avait encore jamais réellement voulu lui faire de mal, en dépit de ses piques et de son mépris envers lui. Probablement à cause de son statut d'Enfant de Dragon, censé sauver Bordeciel du retour des dragons : elle ne pouvait risquer de compromettre le futur de toute une nation.

Sa colère et son indignation étaient retombées aussi vite qu'elles étaient montées, et maintenant qu'il se retrouvait avec elle sur les bras, il ne savait plus trop quoi faire. Autour de lui, les autres clients retournaient s'asseoir à leurs tables en échangeant l'argent de leurs paris et en discutant du combat. Certains trouvaient inadmissible l'usage du Cri, et d'autres affirmaient que selon les règles du duel Nordique, c'était parfaitement acceptable, puisque Talos était Enfant de Dragon et héros Nordique.

Fenreir soupira, s'agenouilla à côté de la jeune femme inanimée et plaça une main au-dessus de sa bouche, s'assurant qu'elle respirait toujours. Quand il fut rassuré, il se redressa et s'approcha du comptoir, derrière lequel Hulda séchait une chope, et attira son attention.

-Je vais prendre une chambre.

L'aubergiste lui jeta un coup d'œil suspicieux, son regard volant de lui à la femme étendue par terre. Elle avait entendu, comme tout le monde, la récompense de la victoire à cette rixe, et se méfiait de ce qu'il pourrait faire dans l'intimité de cette chambre.

-Vous faites rien de suspect, hein ? Je vous ai à l'œil, et si j'entends quoi que ce soit, j'appelle la garde, le mit-elle en garde.

Fenreir roula des yeux avec agacement en soupirant.

-Vous auriez une chambre avec deux lits ?

-Non.

-Et une avec un lit double ?

-Une seule. Ce sera vingt septims.

-Tenez, fit-il en lui tendant une petite bourse de cuir.

Il retourna auprès de son adversaire vaincue, dont il réalisa qu'il ne connaissait même pas le nom, et la souleva précautionneusement, puis la monta à l'étage jusqu'à la chambre double. Il l'étendit sur le lit et la borda sous la couverture après avoir enlevé ses bottes. Extrêmement mal à l'aise, comme s'il était en train de faire quelque chose de honteux, alors qu'il n'y avait aucun mal, il se hâta de terminer et alla s'asseoir à la table installée dans le coin de la pièce pour résumer sa journée dans son journal. C'était une habitude qu'il avait prise quand il avait commencé à explorer le monde et accepter des missions. Pour éviter de perdre le fil de ses promesses et des tâches confiées par les personnes qu'il rencontrait, il avait résolu de noter tout ça.

Depuis quelques temps, il avait commencé à écrire au sujet de cette femme, qu'il avait d'abord rencontrée dans la campagne, menacée par un dragon, puis qui avait débarqué à la Cruche Percée et avait chamboulé son monde. Mais maintenant qu'il tenait sa revanche, il ne parvenait pas pour autant à s'en sentir fier, ni ne ressentait de satisfaction.

Tard dans la nuit, elle ne s'était toujours pas réveillée, aussi Fenreir rangea-t-il son journal et décida d'aller se coucher. Il considéra un instant la possibilité de dormir par terre, puis trouva cela stupide. Il avait payé pour une chambre double, et du moment qu'il poussait la jeune femme à l'autre bout du lit, tout devrait bien se passer. Toujours autant embarrassé, il retira ses bottes et s'allongea, tendu à l'extrême, et ne parvint à s'endormir qu'une bonne heure plus tard.

Il se réveilla le lendemain vers huit heures, son subconscient le poussant à ne pas dormir trop longtemps pour éviter que la jeune femme se réveille avant lui et s'aperçoive de sa situation. Il s'apprêtait à sortir du lit quand il se rendit compte qu'il avait roulé au milieu du matelas et qu'un bras était enroulé autour de sa taille. S'empourprant immédiatement, il se dégagea aussi délicatement que possible pour ne pas réveiller la rouquine aux yeux d'argent, et s'empressa de remettre ses bottes en se levant. A cet instant, la porte s'ouvrit brutalement, claquant contre le mur et laissant entrer Vilkas avec fracas.

-Alors, Frère ! Hulda m'a dit que tu étais avec une femme ! rugit-il.

Terrorisé, Fenreir jeta un coup d'œil paniqué à la fille assoupie, craignant que les vociférations du Compagnon ne la tire de son sommeil. Il agrippa Vilkas par le bras et le traîna dehors sans ménagement tout en fermant la porte derrière lui.

-Chhht ! Silence, elle dort ! chuchota-t-il furieusement.

-Alors, tu te l'es faite ?

-Bien sûr que non, t'es malade ? Je lui ai juste mis une raclée, et j'attends encore qu'elle se réveille.

Vilkas partit d'un rire gras inhabituel. Fenreir le connaissait comme un homme sérieux et professionnel, et le voir sous un jour plus léger et limite grivois était étrange. Le Compagnon bouscula l'autre Nordique d'un coup de coude amical avec un sourire en coin, lui faisant rouler de gros yeux avec agacement.

-Alors, c'est qui cette fille ? Pour une fois que tu te décoinces...

-Une véritable calamité. Elle ne me cause que des emmerdes depuis que je l'ai rencontrée. Si je pouvais la faire disparaître de l'existence, le monde s'en porterait sans doute mieux...

-Alors t'es salement entiché, hein ? railla Vilkas.

-Mais t'as pris du skooma ou quoi ? Je viens de te dire que...

-Ouais, ouais, on connaît tous ce refrain, Frère, le rassura le Nordique aux peintures de guerre en posant une main compatissante sur l'épaule de son ami.

Fenreir se dégagea vivement, les joues écarlates, embarrassé et extrêmement agacé que Vilkas se fasse de fausses idées sur la fille.

XXXXXXXXXX

Nova ouvrit les yeux, et fit immédiatement la grimace quand un mal de crâne abominable l'assaillit. En geignant et crispant une main sur sa tempe, elle tenta de comprendre sa situation. Elle n'avait aucun souvenir de la veille, tout se perdant dans une bouillie incompréhensible. Jusqu'à ce qu'un éclair de lucidité la frappe et que tout lui revienne. Le défi, le duel, le Cri, et le K.O que le Dovahkiin lui avait infligé. En grognant de dépit, elle réalisa que cela faisait deux fois qu'il l'emportait dans un combat, et se fit la promesse que leur prochain affrontement se solderait par sa victoire à elle.

Elle se redressa et s'assit, réalisant enfin où elle se trouvait. Un bref instant de panique la traversa quand elle songea que peut-être le Dovahkiin avait interprété bizarrement la notion de « service », puis se rassura. Il avait beau être un voleur, elle ne le voyait pas en agresseur sexuel. Elle se leva du lit, enfila rapidement ses bottes et entreprit de gagner la porte, qui s'ouvrit sur l'Enfant de Dragon et un autre homme à demi mort de rire, qu'elle eut l'impression de reconnaître.

-Alors, c'est un bon coup ? demanda-t-il à Nova.

Elle fronça les sourcils avec incompréhension, tentant encore de sortir totalement du sommeil.

-Fenreir, c'est un bon coup ? répéta le Nordique aux yeux couverts de peintures de guerre.

Un bloc de glace gela l'estomac du Chevalier alors qu'elle se sentait pâlir vertigineusement, la peur faisant battre la chamade à son cœur. Partagée entre la terreur et une haine si glaciale qu'elle en devenait paradoxalement bouillonnante, elle tourna un regard meurtrier vers l'Enfant de Dragon qui se ratatina en secouant la tête en signe de dénégation. Faisant irruption dans sa tête sans précaution, Nova écouta ses pensées tout aussi embarrassées et paniquées que les siennes. Il ne mentait pas dans ses dénégations. Il ne l'avait pas touchée. Elle laissa échapper un discret soupir rassuré et afficha un masque ennuyé.

-Alors ?

-J'en sais rien. Il m'a juste tabassée, j'ai perdu un pari, et maintenant je dois bosser pour lui pendant deux mois, maugréa-t-elle en fixant le Dovahkiin d'un œil mauvais et méfiant.

-On devrait aller à Jorrvaskr. Kodlak a demandé à me voir, ce dernier finit par dire pour briser le silence, tout en évitant soigneusement le regard de Nova.

-Tu as raison, Frère. Je vous retrouve dehors, répondit l'autre homme en se dirigeant vers la porte. Au fait, je m'appelle Vilkas, le plus malin des jumeaux, ajouta-t-il à l'intention du Chevalier alors qu'il sortait, avec un sourire goguenard.

Une fois seuls, ni Nova ni l'Enfant de Dragon n'osa rompre le silence. L'une parce qu'elle était toujours de mauvaise humeur, et l'autre parce qu'il était légèrement intimidé. Il n'avait plus rien à voir avec l'homme furieux de la veille.

-Bon... puisqu'on va passer pas mal de temps ensemble prochainement... Je m'appelle Fenreir, se présenta officiellement l'Enfant de Dragon d'un ton mal assuré.

-Et moi Nova, répondit-elle en soufflant. C'était qui, ce gars ? J'ai l'impression de l'avoir déjà vu...

-C'est Vilkas, un Compagnon et un frère d'armes.

Elle se fendit d'un rictus sournois à la limite de la malveillance.

-Et les Compagnons sont au courant de tes liens avec les Voleurs ? Ça ne ressemble pas vraiment à leur doctrine d'honneur... fit-elle remarquer d'une voix de miel qui cachait un venin mortel.

A nouveau furieux et sur la défensive, il l'empoigna par le col et la souleva à hauteur d'yeux.

-T'en as déjà assez fait avec la Guilde. Je te laisserai pas ruiner mes relations avec les Compagnons en plus, la mit-il en garde d'un ton menaçant.

Elle leva les mains en signe de reddition, pas le moins du monde impressionnée par sa capacité à la porter d'une seule main.

-Pas de souci. Ça fait parti du pari, j'imagine. A ton service, railla-t-elle.

En grommelant, il la déposa à terre et rassembla ses affaires pendant qu'elle ajustait son armure et s'assurait qu'aucune bourse dissimulée n'avait été volée pendant qu'elle était inconsciente. Toujours aussi peu enthousiasmée par la perspective de devoir coller au Dovahkiin pendant le prochain mois, Nova soupira en descendant les marches menant à la salle principale de l'auberge. Elle s'approcha du comptoir, où Hulda servait des repas chauds à ses clients du matin, et attira son attention.

-Il me semble que je n'ai pas payé pour ma consommation d'hier soir, fit-elle remarquer à l'aubergiste.

-En effet. Vous me devez vingt septims.

Nova sortit la somme requise de ses poches tandis que l'Enfant de Dragon sortait de l'auberge, attirant l'attention de Hulda.

-Alors c'est vrai ? Vous allez le suivre partout pendant deux mois ?

-Ouaip. J'ai perdu ce pari débile, mais j'ai ma fierté, et je ne me défilerai pas. En revanche, sitôt que ce sera terminé, il va voir de quel bois je me chauffe... C'est la dernière fois que je lui laisse l'occasion de gagner...

-Avec un tel enjeu, vous l'avez laissé gagner ? répéta Hulda d'un ton incrédule. Vous savez, il n'y a pas de mal à admettre que vous avez trouvé plus fort que vous. C'est l'Enfant de Dragon, après tout.

-Justement, je peux pas me permettre de le tuer ou de le mutiler, sinon vous êtes tous dans la merde. Même si j'admets qu'il n'est pas mauvais combattant... ajouta-t-elle à mi-voix et à contrecœur. Mais ça m'empêchera pas de lui péter le nez. Enfin bon. Je dois y aller, portez-vous bien.

Elle quitta à son tour la Jument Pavoisée et rejoignit les deux Nordiques, avant de prendre la tête du groupe quand ils restèrent légèrement en retrait, pour mener la marche jusqu'à Jorrvaskr. De mauvaise humeur, elle ne fit pas attention à Braith qui tentait de l'intimider, agaçant la fillette par son manque de réaction, et monta les marches de l'escalier menant au Quartier du Vent. Derrière elle, cependant, elle entendait le Compagnon et l'ancien chef des Voleurs discuter, se pensant hors de portée d'ouïe.

-Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? C'est quoi cette histoire de pari ? demanda Vilkas, qui semblait être redevenu sérieux et responsable, comme son ton le trahissait.

-Elle a ruiné ma réputation auprès d'un certain groupe, qui m'a expulsé, et j'ai voulu prendre ma revanche. Je l'ai étalée, mais la prochaine fois ça se passera moins bien... répondit Fenreir à mi-voix.

-Pourquoi ?

-Elle se battait pas sérieusement. Elle ne me voulait pas de mal, elle s'est contentée d'esquiver, sauf pour quelques coups de poing gentillets. C'était une tueuse de dragons, avant, apparemment, et je sais d'expérience que ce genre d'activité demande une condition physique impressionnante. Elle jouait. Maintenant qu'elle sait ce dont je suis capable, et maintenant que je l'ai humiliée, la prochaine fois elle va tout donner. Et je te garantis que je vais en avoir pour mon argent... expliqua l'ancien chef de Guilde d'un ton las.

-A ce point ? s'intrigua l'autre homme. Je connais très peu de personnes aussi redoutables que toi, mon Frère, et tu es en train de me dire qu'elle pourrait te mettre en difficulté ?

-Sans problème. Je ne l'ai jamais vue se battre pour de vrai, mais même en faisant semblant ou en retenant ses coups, elle sait se défendre. Et puis... hésita-t-il. Elle lit dans les pensées.

-Quoi ?! s'étrangla son camarade.

-Ouaip.

-Non, pour de vrai ?

-Sans déconner. Demande-lui si tu me crois pas.

Nova dissimula un rictus narquois en entendant le début de panique dans l'esprit de Vilkas. Il était étrange d'ailleurs, très... pas désordonné, mais plus sauvage que l'esprit des autres humains. C'était surprenant. Elle sortit de sa rêverie cependant, car elle était arrivée devant l'immense coque de bateau retournée qui abritait le repaire des Compagnons. Elle attendit que les autres la rattrapent, et ils franchirent les portes ensemble.

Nova n'était jamais entrée à Jorrvaskr, se contentant de passer devant quand elle avait à faire à Blancherive. Quand elle y pénétra pour la première fois, elle fut agréablement surprise par l'atmosphère conviviale qui y régnait. Dans la plus pure tradition Nordique, les tables étaient disposées en U autour du feu, et tous les Compagnons s'y étaient rassemblés pour partager le petit déjeuner ensemble. Lorsque la porte s'ouvrit, toutes les têtes se tournèrent vers les nouveaux venus, et Nova adopta immédiatement une posture défensive, se sentant observée par beaucoup trop de gens. Parmi eux d'ailleurs, elle repéra la tête blonde de Britte, qui paraissait d'une humeur massacrante. Après une rapide incursion dans sa tête, Nova découvrit qu'elle avait été réveillée à cinq heures du matin pour participer à l'entraînement collectif, et qu'elle n'avait pas vraiment apprécié.

-Vilkas, Fenreir, vous êtes de retour. Kodlak souhaitait te parler, Fenreir, lui annonça une femme aux cheveux roux et portant une armure d'acier antique qui offrait somme toute une protection très relative, et des peintures de guerre en travers du visage, lui donnant un air menaçant.

Elle fronça les sourcils en avisant Nova, qui observait l'intérieur de Jorrvaskr, et vint se présenter devant elle dans une posture dominante et intimidante.

-Tu nous ramènes une recrue, Vilkas ?

-Non, elle est avec moi, intervint l'Enfant de Dragon avant d'attirer l'attention des autres Compagnons. Vous tous, je vous présente Nova, elle a perdu un pari, alors elle va m'accompagner partout pendant deux mois, expliqua-t-il succinctement.

-Ha ! rit la femme. Quel genre de pari ?

-Un combat sans arme ni magie.

-T'es vraiment un connard. Elle avait aucune chance contre l'Enfant de Dragon !

-Ça c'est ce que tu crois ! Elle pourrait vous foutre une branlée à tous, et si j'avais pas utilisé un Cri pour ralentir le temps, elle m'aurait probablement pété, défendit-il Nova, à la surprise de l'intéressée.

-C'est pas de la triche, ça, par hasard ?

-C'est elle qui avait commencé... maugréa Fenreir. Et puis selon les règles du duel Nordique, le Cri c'est valide, ajouta-t-il en faisant la moue, vexé qu'on doute de son honneur.

-Mais c'est quoi cette fille ? Le champion d'un Daedra ? fit un homme plus âgé, borgne et au crâne rasé que Nova eut l'impression de reconnaître également.

-Non. Elle a dit qu'elle était Draconis, une chasseuse de dragons.

-Jamais entendu parler.

-Ouais, moi non plus, et pourtant c'est mon travail de tuer des lézards volants... marmonna l'Enfant de Dragon. Bon, je vais voir Kodlak, je vous laisse faire connaissance.

Il s'éloigna et disparut au sous-sol quelques instants plus tard. Les autres Compagnons s'approchèrent avec curiosité de Nova, désirant manifestement entamer la conversation, mais sans pour autant savoir par quoi commencer. Jusqu'à ce que la dernière membre des Compagnons ne s'approche d'elle.

-Je vous reconnais. Vous êtes venue dans mon village. Vous avez parlé à la sœur avant que...

Elle se tut subitement, et dans ses yeux, Nova put voir la réminiscence de son kidnapping par un dragon. Elle aurait aimé attendre un peu plus avant de se retrouver confrontée à la fillette, craignant qu'elle ne se souvienne du bref moment où elle avait repris forme humaine pour lier le message autour de son cou, mais il fallait croire qu'elle n'avait pas le choix.

-Avant que quoi ? demanda-t-elle avec une fausse curiosité.

Elle devait préserver les apparences, et subséquemment, devait feindre de ne pas savoir ce qui s'était passé « après ». Mais Britte ne répondit pas, probablement encore secouée de s'en être tirée vivante, et déboussolée parce qu'elle n'avait aucune idée de comment cela se faisait. A la place, ce fut la femme aux peintures de guerre qui répondit.

-Un dragon les a enlevées, elle et sa sœur, et l'a déposée ici. En revanche...

Elle baissa la voix, soucieuse de ne pas être entendue de la petite.

-En revanche... nous n'avons aucune idée de ce qui a pu arriver à sa sœur. Skjor pense que le dragon l'a dévorée, dit-elle en désignant le borgne que Nova reconnut enfin comme l'un des Compagnons qu'elle avait vus ce fameux soir où elle avait abandonné Britte devant leur porte. Je ne suis pas d'accord. Il n'a pas dévoré Britte, elle avait même un message nous demandant de prendre soin d'elle et de lui apprendre à se battre attaché autour du cou. J'ignore si c'est lui qui a écrit ce message, et si oui, comment, et j'ignore ce qu'il a fait de sa sœur, mais je ne veux pas croire qu'il l'a mangée.

-C'est étrange, en effet...

-Fenreir dit que vous étiez chasseuse de dragons. Comment cela se fait-il, ils avaient disparu depuis des centaines d'années ? s'enquit un elfe noir.

-Une minute, je pense que nous devrions au moins nous présenter, l'interrompit le Nordique au crâne rasé. Je suis Skjor, membre du Cercle.

-Aela, dite la chasseresse.

-Farkas, le frère jumeau de Vilkas.

-Athis, dit l'elfe qui lui avait posé la question sur les dragons.

-Njada Bras-de-Pierre, grogna une Nordique à la mine revêche.

-Ria, fit une impériale enjouée.

-Torvar.

-Kodlak Blancrin est le Héraut des Compagnons, il est en bas. Et là-bas, c'est Vignar Grisetoison, le frère d'Eorlund, notre forgeron, termina Skjor.

-Alors, comment ça se fait que vous vous disiez chasseuse de dragons ? insista Athis.

-Je vais faire simple. Je ne suis pas de Bordeciel, ni même de Tamriel. Je viens d'un très lointain pays, et là-bas, il reste des dragons. Très rares parce que l'ordre de guerriers auquel j'appartenais a bien fait son travail et les a exterminés.

-« Appartenais » ? demanda Ria.

-Disons que j'ai pu passer du temps avec un dragon, et que j'ai découvert que leur mauvaise réputation était issue d'un malentendu terrible qui avait mené au génocide de leur espèce. J'ai quitté les Draconis.

Elle reçut des regards abasourdis et ébahis à ces mots, mais ne s'en formalisa pas. Après tout, ici les dragons massacraient des gens à tours de bras.

-J'ai remarqué qu'ici en revanche, ils semblent assez clairs sur leurs intentions de dévorer des villages entiers, Nova nuança-t-elle ses paroles.

-Donc de ce que j'ai compris, vous seriez une guerrière redoutable, pour avoir été formée à tuer des dragons... fit Aela en haussant un sourcil et croisant les bras.

-Disons que j'ai déjà fait mes preuves à de multiples reprises, rétorqua Nova, entendant dans la tête de l'autre femme qu'elle rêvait d'un combat.

Elle se fendit d'un rictus sournois, se préparant déjà à s'amuser.

-Sans parler du fait que je sais lire dans les pensées.

-Quoi ?! Non, ça je le gobe pas. C'est impossible, ça n'existe pas ce genre de pouvoir, refusa Aela.

-Je sais que vous êtes en train de penser à me défier en duel pour voir si Fenreir disait vrai quant à mes compétences, je sais que Skjor désapprouve mon choix d'armure intermédiaire, je sais que Farkas pense aux travers de bœuf que vous avez mangés hier soir, et je sais que Njada ne peut absolument pas me sacquer.

-J'y crois pas... murmura Torvar.

-Déjà en train de frimer ? entendit-elle le Dovahkiin se moquer alors qu'il revenait de son entrevue avec le Héraut.

-C'est pas parce que je suis obligée de te suivre partout que je ne peux pas en profiter pour m'amuser avec d'autres personnes, ne sois pas jaloux, railla-t-elle. J'accepte le duel, d'ailleurs. Maintenant ou plus tard ?

-Tout de suite. Je veux voir de quoi tu es capable, Nova la tueuse de dragon, déclara Aela en montrant les crocs dans un sourire de prédateur, frémissant d'excitation par anticipation. Allons dehors. Combat libre, tous les coups sont permis, sauf à risquer de tuer.

Nova répondit par un sourire identique, appréciant déjà la Nordique, et fit rouler ses épaules pour les délier. Elle venait techniquement à peine de se réveiller, n'avait pas encore mangé, mais elle était prête à en découdre. Ce ne serait pas la première fois qu'elle devrait aller croiser le fer avant le petit-déjeuner, et si elle en croyait la table chargée de victuailles, Aela avait mangé, elle, ce qui signifiait qu'elle serait probablement plus lourde et moins agile, même si à en juger par sa musculature et sa condition physique, le changement serait sûrement moindre.

-Je suis désolé, Aela, mais je ne parierai pas contre elle, s'excusa l'Enfant de Dragon. Elle va te bouffer toute crue.

-J'ai hâte de voir ça ! s'enthousiasmèrent Vilkas et Skjor.

Ils sortirent dans la cour extérieure se trouvant derrière Jorrvaskr, et se placèrent en cercle autour de la zone d'entraînement. Trois Compagnons poussèrent les mannequins de paille hors de portée pour libérer le plus de place possible, et offrir un espace confortable pour les deux adversaires.

Nova s'étira longuement. Contrairement à Aela, elle n'avait pas participé à un échauffement dès cinq heures du matin, et ne tenait pas à risquer de se blesser dans l'affrontement. Face à elle, Aela faisait également jouer ses épaules et pliait et dépliait les doigts pour se préparer. Lorsqu'elle eurent toutes deux terminé leur rapide échauffement, elles se placèrent l'une en face de l'autre à deux mètres d'écart.

-Tu ne prends pas d'arme ?

-Pas besoin. Et toi ? Je ne t'en voudrais pas si tu prenais une épée, ou un arc, chasseresse, railla Nova.

-Elle me plaît, Fenreir ! lança la Nordique d'une voix amusée à l'Enfant de Dragon. Elle a du répondant !

-On commence quand tu veux, Aela, la provoqua le Chevalier.

-Tu l'auras voulu, grogna le Compagnon en se jetant sur son adversaire.

Sans hésiter, ni se fatiguer, Nova commença à esquiver chaque attaque, pivotant sur ses hanches ou se décalant d'un pas pour éviter les coups. De temps en temps, elle était obligée de bloquer, et même de répliquer, mais dans l'ensemble, elle se fatiguait bien moins qu'Aela.

Le cercle de Compagnons rassemblés autour d'elles s'amusait énormément, à voir l'aisance avec laquelle la nouvelle venue mettait Aela en échec, même s'ils semblaient désapprouver sa méthode « de lâche ». En revanche, un tonnerre d'acclamations la salua quand elle effectua un salto pour éviter un plaquage d'Aela. Ce n'était pas une méthode de combat véritablement homologuée, car elle dépensait trop d'énergie normalement, et utilisait des mouvements trop superflus, mais elle s'en fichait. Elle était déjà extrêmement compétente avant de quitter Rivellon, mais elle avait passé plusieurs mois ici, et s'était encore améliorée. Savoir lire dans les pensées jouait également beaucoup dans sa gestion de l'énergie. Elle savait comment Aela allait l'attaquer, et pouvait donc se contenter de bouger à la dernière seconde.

Elles continuèrent à se battre pendant longtemps, tant et si bien que les Compagnons d'abord amusés commencèrent à trouver l'affrontement ennuyeux. Cela n'empêcha pas Nova de s'amuser comme une gamine, tandis qu'Aela perdait rapidement son calme et lançait des assauts moins disciplinés et plus sauvages. Son esprit grondait et rugissait de dépit, à deux doigts de se laisser aller à... passer une sorte de frontière encore plus sauvage. Elle grogna plus fort, montrant les crocs à Nova, qui trouva ce comportement étrange.

-Vous avez fini vos conneries, ça y est ? s'enquit le Dovahkiin. Aela, tu abandonnes ?

-Jamais !

-T'as pas le choix. Soit tu abandonnes, soit on continue jusqu'à ce que tu t'écroules d'épuisement, fit remarquer Nova d'un ton blasé.

-Alors qu'il en soit ainsi !

-Je vais chercher à manger et à boire à la Jument Pavoisée. Avec un peu de chance, elles auront fini avant que je revienne, soupira Fenreir.

Aela se jeta à nouveau à l'assaut, uniquement pour trébucher sur la jambe tendue de Nova, qui fut surprise que sa ruse ait fonctionné. C'était une traîtrise par laquelle seuls les novices se laissaient avoir, et à voir le visage rouge de colère et d'embarras de l'autre femme, elle n'avait pas apprécié d'être tombée dans le piège. Elle redoubla de violence et de rapidité, forçant Nova à bloquer et contre-attaquer plus souvent qu'auparavant, mais elle garda l'avantage.

Deux heures plus tard, Aela s'effondra, incapable de tenir plus longtemps. Nova se laissa tomber sur le banc de la table extérieure, les paupières lourdes d'épuisement et le souffle court. Fenreir était revenu avec des tartes aux pommes et des tourtes à la viande dont l'odeur lui firent tourner la tête. Elle descendit d'une traite une chope de bière et se fit la remarque qu'elle aurait préféré de l'eau juste après l'effort. Néanmoins, la qualité de l'eau dans ce pays était inférieure à celle de Rivellon et Aleroth, alors elle se contenterait de ce qui était le plus sûr, même si cela incluait de l'alcool avec. Elle dévora une tourte à elle seule, et s'immobilisa sur le banc, somnolente. Sur le terrain d'entraînement, Aela était toujours immobile, la respiration laborieuse et manifestement incapable de faire le moindre geste. Les autres Compagnons étaient tous à la fois impressionnés et très amusés par le combat auquel ils avaient assisté.

Il était à peine midi, et Nova comme Aela étaient trop fatiguées pour participer aux entraînements de l'après-midi. La première se portait tout de même un peu mieux que la seconde, qui n'avait toujours pas bougé depuis la fin du combat, mais elle se sentait incapable de faire autre chose que simplement rester assise et regarder le temps passer. Alors c'est ce qu'elle fit. Elle ne pouvait pas réviser ses mots de pouvoirs, parce que l'Enfant de Dragon l'entendrait et lui poserait des questions, elle ne pouvait pas se transformer et aller faire un vol digestif, alors elle resta simplement assise dans la cour, à regarder les Compagnons quand ils commencèrent leur entraînement après avoir fait rouler Aela hors de la zone.

Le soir venu, elle participa au banquet des Compagnons, discutant avec eux de sa performance de la matinée et expliquant vaguement d'où elle venait. Elle resta très évasive, profitant de l'alcool qui coulait à flots pour éviter de donner trop de détails. Seule Britte avait interdiction de toucher à la bière et à l'hydromel, mais elle était assise trop loin de Nova pour pouvoir l'interroger. Aela avait fini par se remettre de l'affrontement du matin et discutait avec enthousiasme avec le Chevalier, et réclamait déjà une revanche. Peu intéressée, Nova se débrouilla pour éluder la question, jusqu'à ce qu'à la fin du repas, elle accompagne les autres dans les dortoirs pour la nuit. Il restait un unique lit libre, qu'elle revendiqua instantanément, avant de déposer ses armes et son armure contre le mur. Elle n'avait pas l'habitude de dormir en compagnie d'autres personnes c'était une chose de dormir sous l'aile d'un dragon, et une autre de dormir dans les dortoirs d'une guilde de guerriers en compagnie desdits guerriers.

Allongée sous les couvertures, elle passa en revue son vocabulaire draconique dans sa tête, rituel qu'elle essayait d'effectuer tous les soirs pour ne pas perdre la main. Et comme souvent, elle s'assoupit avant d'avoir terminé, épuisée.

Elle fut tirée du sommeil comme les autres Compagnons à cinq heures du matin, et grogna de mécontentement. Elle n'appartenait pas à leur guilde, pourquoi ne lui fichaient-ils pas la paix ? Surtout qu'elle leur avait fait une démonstration de son entraînement la veille, elle n'avait nullement besoin de se joindre au leur ce matin.

-Réveille-toi, on part à l'aventure, fit la voix de l'Enfant de Dragon, qu'elle se mit à soudainement détester avec force.

Elle avait toujours eu horreur des réveils matinaux, chez les Draconis, et avait été ravie d'en être débarrassée quand elle avait quitté l'académie. Le fait que l'Enfant de Dragon la tire du sommeil si tôt n'allait pas l'aider à se faire apprécier de sa compagne de voyage.

-Pourquoi si tôt ? grommela-t-elle en réponse, peinant à ouvrir les yeux en grand, et uniquement pour découvrir que lui était déjà habillé et prêt à partir.

-Parce que c'est loin, et parce que t'as pas de cheval. Allez, lève-toi.

Elle poussa un râle de dépit mais obtempéra néanmoins. Elle lissa ses vêtements et enfila son armure en maugréant, les cheveux en bataille et les yeux collés de sommeil. Elle démêla rapidement sa crinière et s'équipa de ses armes, avant de suivre l'Enfant de Dragon en traînant des pieds jusqu'à la salle de banquet. Elle avala un verre de lait et une pâtisserie, et suivit Fenreir à l'extérieur.

Il faisait encore nuit, et il faisait un froid de canard. En rouspétant et ronchonnant après lui, elle le suivit dans les rues silencieuses de Blancherive. Ils gagnèrent rapidement les portes de la ville, et passèrent devant le soldat de garde qui somnolait, appuyé contre le mur des remparts. Ils empruntèrent le chemin qui descendait jusqu'aux écuries, où ils se trouvèrent face aux chevaux. L'Enfant de Dragon se dirigea vers l'unique cheval gris pommelé du groupe et lui flatta l'encolure. L'animal, qui l'avait senti approcher, s'était réveillé et le saluait avec enthousiasme. Derrière lui, Nova bâilla ostensiblement, fermement décidée à montrer qu'elle aurait préféré partir plus tard. Et dire que si elle n'avait pas ce secret à garder, ils auraient pu être à leur destination en moins d'une heure...

-Tu as deux possibilités : soit tu cours derrière le cheval, soit tu montes avec moi, lui annonça le Dovahkiin.

-Tu te fous de moi ? Tu m'as fait lever à cinq heures du mat' pour me dire que je dois monter derrière toi sur un canasson ?

-Puisque tu n'en as pas, on va devoir monter à deux, oui. Et donc on ne pourra pas galoper, et le trot sera plus difficile pour lui, et donc on mettra plus longtemps à arriver. A moins que tu ne coures derrière, mais à mon avis tu préféreras monter à cheval.

-Et ça t'es pas venu à l'esprit que je pouvais en acheter un ? s'énerva Nova en haussant la voix, effrayant l'animal, qui renâcla.

-Ça coûte une blinde, un cheval, tu sais ?

-Surprenant, tiens, ça me serait pas venu à l'esprit ! persifla-t-elle d'un ton sarcastique venimeux.

-C'est quoi ce bordel ? grogna un homme en sortant de l'étable en se frottant les yeux.

Il sortait clairement du lit, ses vêtements fripés et marchant sans bottes.

-Les écuries ne sont pas encore ouvertes, revenez tout à l'heure.

-AH ! Parfait ! Je vous prends un cheval, n'importe lequel, lança Nova en fouillant ses poches pour en sortir une bourse garnie.

-C'est quel mot que vous comprenez pas dans « les écuries sont fermées » ? maugréa l'homme.

-Je vous en offre deux mille si vous me laissez juste le prendre et je me débrouille avec, enchérit Nova.

La mauvaise humeur de l'éleveur laissa place à une étincelle de cupidité dans ses yeux.

-Trois mille.

-Deux mille cinq cents, j'ai pas plus, mentit-elle en implantant subtilement la suggestion dans la tête du palefrenier.

-Vendu. Vous n'avez qu'à prendre celle-là, mais je vous préviens, elle est pas du matin, fit l'homme en empochant les bourses qu'elle lui tendit après avoir compté.

-Ça tombe bien, moi non plus... grogna-t-elle alors qu'il retournait dans sa maison et qu'elle s'approchait de la jument.

-Tu te rends compte que tu viens de payer deux fois et demi le prix d'un cheval pour ne pas avoir à monter derrière moi ? fit remarquer Fenreir, assis sur son cheval, d'un ton limite condescendant.

-Je vois pas le problème. Je suis peut-être obligée de te suivre partout, mais c'est pas une raison pour littéralement me coller à toi.

Elle s'approcha de la jument à la robe noire, et réalisa qu'elle n'était encore jamais montée à cheval. Elle avait volé dans un zeppelin, elle avait littéralement volé de ses propres ailes, mais jamais encore elle n'était montée sur un cheval. Et les chevaux de Bordeciel étaient épais et robustes, taillés pour résister aux températures et aux lourdes charges. L'animal renâcla en remarquant sa présence, sentant instinctivement qu'elle n'était pas en confiance, et ne se sentant incidemment pas non plus en confiance. La jument souffla et hennit de protestation, refusant de la laisser s'approcher d'elle.

-Bon, tu grimpes, ou... ?

-Ta gueule ! rétorqua-t-elle du tac au tac et probablement plus agressivement que nécessaire, incroyablement vexée de se retrouver paralysée de crainte à l'idée de monter sur ce foutu canasson.

Ce truc est énorme... Comment je vais tenir dessus ? s'inquiétait-elle en attrapant le matériel pour équiper le cheval.

Évidemment, l'animal n'était pas coopératif du tout, et râlait dès qu'elle essayait de jeter une couverture sur son dos. Il lui fallut plusieurs minutes avant de réussir à seller la jument, et plus encore pour la convaincre de se laisser passer la bride sans se faire mordre les doigts. Enfin, elle se retrouva face à l'équidé, qui refusait toujours de se laisser approcher sans grogner et claquer des dents.

-J'ai l'impression qu'elle ne t'aime pas beaucoup.

-Sans déconner ? Je suis pas très enthousiaste non plus, tu vois... marmonna-t-elle.

-Elle sent ta peur. Elle n'a pas confiance. T'es jamais montée à cheval ?

-Qu'est-ce que ça peut faire ? grogna Nova, sur la défensive.

-C'est probablement pas une bonne idée de commencer avec une jument aussi rétive.

-Et comment tu veux que je fasse ? Je l'ai achetée, et il est hors de question que je monte derrière toi.

Elle tira une pomme de sa sacoche et la tendit à la jument avec hésitation.

-Tu veux bien me donner une chance ? demanda-t-elle à l'animal, qui renâcla, mais accepta l'offrande de mauvaise grâce.

Précautionneusement, et surtout tendue comme un arc, Nova cala un pied dans un étrier et se hissa d'une traite sur le dos de la jument, qui fit un écart et manqua de jeter sa cavalière à terre sous le regard goguenard de l'Enfant de Dragon.

-Arrête de te foutre de moi ! Là d'où je viens on utilise des zeppelins pour voyager... Pays de merde, je te jure... marmonna-t-elle dans sa barbe.

-Des zeppelins ? Qu'est-ce que c'est ?

-Des machines volantes... Comment je fais pour avancer ?

-Des machines volantes ? On verra ça plus tard... marmonna-t-il. Tu lui donnes un coup de talon. Gentil, le coup, tu veux pas te faire désarçonner. On va aller lentement. Tu la guides avec les rênes. T'inquiète pas, tu vas vite prendre le pli, la rassura-t-il, ce qui surprit le Chevalier.

Suivant son conseil, Nova talonna doucement sa monture, qui renâcla de protestation, mais obtempéra néanmoins et emboîta le pas au cheval de Fenreir. Elle le suivit lentement, le temps de s'habituer au roulement des muscles de l'animal sous ses fesses, alors qu'ils se dirigeaient vers le sud, jusqu'à la ferme Pélagia, avant de se diriger vers l'est pour traverser la rivière. Il ouvrait la voie, et la jument de Nova se contentait de le suivre à petites foulées, ce qui convenait très bien à sa cavalière, très inconfortable sur la selle.

Ils durent s'arrêter aux alentours de midi pour déjeuner, mais ils avaient fait le plus gros du chemin. Le voyage aller-retour devait durer environ huit heures au trot, et bien que Nova ne démontre aucun enthousiasme à l'idée de rester en selle aussi longtemps, elle réalisait pourquoi Fenreir avait insisté pour partir si tôt. S'ils étaient partis plus tard, ils n'auraient plus eu de temps pour continuer à explorer.

Il leur fallut un peu moins de trois heures de plus après leur pause restauration pour arriver en vue de deux tours jumelles surplombant la rivière blanche, et Nova était déjà percluse de douleurs. Elle grimaçait à chaque mouvement du cheval et regrettait ses ailes avec une ferveur qu'elle n'aurait jamais cru possible. Piégée sous le bouclier d'Aleroth, elles lui avaient manqué, certes, mais pas à ce point.

En arrivant en vue des tours, elle remarqua de l'agitation devant l'entrée de l'une d'elles, et sur le pont qui les reliait. A peine quelques secondes plus tard, une flèche vola dans leur direction. Sa jument paniqua et se cabra, l'éjectant de sa selle. Son atterrissage ne fut pas agréable, mais au moins, l'aspect positif de la chose était qu'elle était descendue de selle. Sans même se relever, un genou à terre, elle attrapa son arc et encocha une flèche qu'elle créa de toutes pièces par magie, trait de lumière immaculée qu'il était difficile d'esquiver. Elle visa le bandit sur le pont et relâcha la corde, libérant l'éclair blanc qu'était son projectile. La flèche se ficha entre les deux yeux de l'archer et le fit tomber de son perchoir, s'écrasant contre les rochers en contrebas.

De son côté, Fenreir était descendu de cheval également, et balançait un lourd marteau d'ébonite en direction de la femme en armure de fourrure qui se ruait sur lui, hache à la main. Il manqua son premier coup, son adversaire étant suffisamment agile pour esquiver la lente arme à deux mains, mais réussit à lui briser le bras lors du revers de sa première attaque. La femme hurla de douleur et tomba à genoux, où l'Enfant de Dragon l'acheva sans pitié.

Ses autres cibles étant hors d'atteinte, Nova courut vers la tour et monta les escaliers quatre à quatre, Fenreir sur ses talons, jusqu'à ce qu'ils arrivent au premier étage et se retrouvent face à deux autres hors-la-loi. Sans ralentir, Nova frappa le premier du bois de son arc et bondit par-dessus le deuxième, permettant de les prendre en tenaille entre elle et Fenreir. Elle décocha une flèche empoisonnée dans le dos du second, roula pour esquiver son attaque et lui tira une boule de feu en pleine poitrine, qui le consuma en quelques secondes. Le Dovahkiin, pour sa part, écrasa son marteau contre les côtes du deuxième malfrat, les lui brisant dans un craquement abominable. Quand il releva son arme dégoulinante de sang et se prépara à venir en aide à Nova, il découvrit qu'elle était à l'intérieur de la tour, occupée à massacrer un autre bandit.

Il s'engagea donc sur le pont, se décalant sur le côté in extremis pour éviter une flèche tirée par un ennemi de l'autre côté. Il prit une profonde inspiration et Cria.

-Fus !

Le bandit fut déstabilisé, et la flèche qu'il allait décocher se perdit dans le ciel, permettant à Fenreir de se ruer en avant et de l'exécuter d'un revers de marteau qui le projeta également par-dessus le rebord du pont dans un hurlement de terreur. Il fut rejoint un instant plus tard par Nova, un rictus féroce sur les lèvres alors qu'elle l'accompagnait dans l'escalade de la seconde tour et à la rencontre des ennemis restants. Il n'y avait plus que deux hors-la-loi, qui périrent rapidement sous les attaques fulgurantes des deux alliés, l'un percuté par l'extrémité du marteau de Fenreir, et l'autre proprement vaporisé par une flèche explosive.

-Et voilà ! triompha l'Enfant de Dragon. Un repaire de malfrats de moins !

Nova lui lança un regard sarcastique qu'il ne manqua pas de relever.

-Quoi ? Cette fois ça te plaît pas que je tue des bandits ?

-C'est l'hôpital qui se fout la charité, railla-t-elle.

-L'hôpital ?

-Comme les temples d'ici, mais dédié uniquement à la guérison, et la religion n'a pas grand chose à y voir, infirmerie géante.

-Quoi qu'il en soit, on en a terminé ici. On peut rentrer à Blancherive et dire à Skjor que c'est fait.

-Tu te fous de moi ? C'est tout ? Tu m'as fait lever à cinq heures du mat' pour si peu ?! explosa une nouvelle fois Nova.

-Tu comptes rester bloquée combien de temps sur ça ? rétorqua Fenreir d'un ton blasé.

-Aussi longtemps qu'il le faudra... maugréa-t-elle en fouillant les corps.

Son humeur s'améliora grandement quand elle s'approcha de ce qui restait du chef des bandits et le trouva en possession d'une superbe épée à deux mains en ébonite sculptée.

-Je prends ça.

-Pourquoi toi ?

-C'est pour offrir. Tu peux prendre tout le reste, si tu veux, moi je garde ça.

-Offrir à qui ? Un petit-ami, qui t'attend dans ton pays ?

Elle le foudroya du regard tout en suspendant l'imposante arme dans son dos en attendant de pouvoir l'accrocher à la selle de sa jument.

-C'est pour Ri'saad, le marchand khajiit itinérant. J'ai promis de lui rapporter un cadeau la prochaine fois que je le verrai.

-Pas d'homme qui t'attende, alors. Tu sais quoi, ça me surprend même pas ! railla Fenreir en raflant une sacoche pleine de potions.

-Tu sais que je garde une liste de toutes les raisons pour lesquelles je te tabasserai une fois cette servitude terminée, n'est-ce pas ? renvoya-t-elle avec venin.

-Servitude, tout de suite les grands mots ! T'as perdu un pari auquel t'avais accepté de te soumettre. Quoi qu'il en soit, si tu veux repartir à l'aventure, ça me va. On va simplement repasser à Blancherive faire un rapport. Ensuite on repart, si tu veux.

-Parfait.

-J'ai une prime sur la tête d'un dragon. Trois mille septims en récompense, on partagera. Le Jarl de Vendeaume me l'a donnée il y a quelques temps déjà, mais je doute que quiconque ait eu le courage d'y aller avant moi.

Nova s'immobilisa, peu enthousiasmée par l'idée d'aller combattre un dragon. Des dizaines de pensées se bousculaient dans sa tête alors qu'elle se figeait en pleine action. Elle ne voulait pas tuer de dragon, mais ne savait pas trop comment amener le sujet sur la table. Elle aurait aimé tenté de discuter avec lui, comprendre ses raisons, mais savait également que ce dragon serait probablement hostile aux humains et tenterait de la tuer puisqu'elle n'était pas sous forme draconique. D'un autre côté, Paarthurnax pouvait sentir son esprit draconique même sous forme humaine, et elle pouvait espérer que ce dragon aussi le sentirait. Mais à ce moment-là, il risquait de trahir son secret devant l'Enfant de Dragon, ce qu'elle ne pouvait absolument pas se permettre.

Fenreir se retourna, réalisant qu'elle avait arrêté de le suivre. Il fronça les sourcils, intrigué, et s'approcha lentement.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Ne me dis pas que tu as peur d'aller affronter ce dragon. Après tout ce que tu as raconté sur ton historique de chasseuse de dragons, tu vas me dire que tu as peur ?

-Je n'ai pas peur ! Je n'ai juste pas envie de tuer un dragon.

-Pas envie ? s'étrangla Fenreir, définitivement abasourdi cette fois.

-Là d'où je viens, les dragons ont presque tous disparu. Je n'en connais qu'un qui a échappé au massacre, répondit-elle d'un ton plat teinté de mélancolie.

Elle ne se comptait pas elle-même dans l'effectif restant, parce qu'elle n'avait pas fait face aux massacres. Talana, si. Et elle y avait succombé, et lui avait transmis son pouvoir. Et elle écartait volontairement les dragons corrompus devenus larbins de Damian. Ils étaient vivants, mais c'était comme s'ils étaient morts.

-Je n'ai pas envie de contribuer à l'extermination d'une espèce douée de conscience et aussi ancienne que les dragons.

-Ce sont des créatures impitoyables et incapables de compassion et d'empathie. Si au cours de notre voyage l'un d'eux nous survole, tu peux être certaine qu'il va essayer de nous tuer, et là tu verras qu'il est nécessaire de les tuer.

-Je sais que vos dragons sont plus agressifs que les miens, là n'est pas mon problème. Mon problème, c'est que je n'aime pas l'idée d'en tuer un. Si je n'ai pas le choix, je le ferai. Mais si tu as une autre prime sur des bandits, ou des géants, ou des vampires, ou quelque autre saloperie bizarre qui traîne dans la campagne, ça me va !

Le Nordique soupira bruyamment, baissant la tête avec agacement, les mains sur les hanches.

-Le Jarl Balgruuf m'a proposé de m'occuper d'un nid de vampires, d'ailleurs. J'ai refusé, pour éviter les maladies, mais à deux ça doit être faisable. Surtout si j'invoque ma Créature en plus.

-On va commencer par rentrer à Blancherive, décida Fenreir. Et sur le chemin, tu vas me faire un résumé de tes compétences. Ensuite on décidera de la marche à suivre. Je ne me suis encore jamais attaqué à un vampire, et encore moins à un nid.

Elle acquiesça, et lui emboîta le pas quand il retraversa le pont et redescendit la première tour pour retrouver leurs chevaux. Le sien était sagement resté à côté de l'entrée de la tour, mais la jument de Nova s'était enfuie, agaçant prodigieusement le Chevalier Dragon. Sans s'inquiéter, l'Enfant de Dragon porta ses doigts à ses lèvres et siffla puissamment, appelant l'animal. Ils n'eurent à attendre que quelques instants avant que la robe noire de la jument ne se profile au coin de la falaise. En renâclant beaucoup et hennissant de mécontentement, elle s'approcha de Nova, qui lui caressa l'encolure dans un geste qui se voulait rassurant, mais que sa propre appréhension rendait maladroit.

-Ça va aller. Les bandits sont morts. Personne ne va te faire de mal, lui dit-elle à voix basse avec douceur.

La jument secoua la tête en ronflant, ébouriffant sa crinière et se mettant hors d'atteinte de Nova.

-Tu ne m'aimes toujours pas, hein ? Je verrai si je pourrai te trouver des friandises en rentrant à Blancherive. En attendant, tu vas devoir faire avec, cocotte.

D'un mouvement à peine plus assuré que le matin même, elle se hissa en selle et se cramponna quand la jument s'agita, manifestement mécontente de la situation.

-Mais t'avais qu'à ne pas revenir, si tu voulais pas que je te monte ! lui fit remarquer l'ancienne Draconis.

-Tu sais qu'elle ne comprend pas ce que tu dis, au moins ?

-Oh si, je suis sûre qu'elle comprend. Au moins l'intonation. Les animaux sont plus intelligents que les humains le croient... Attends une seconde... Pourquoi j'ai pas pensé à faire ça avant ? se demanda-t-elle alors qu'elle repensait à Kevin en se frappant le front du plat de la main.

Kevin était le cochon préféré de Folo, le porcher du Vallon Brisé. Et elle avait pu lire dans sa tête. Rien de passionnant, à part un amour inconditionnel pour son maître et la peur d'être abattu par le Nouvel Ordre pour sa viande, mais elle avait pu le lire ! Précautionneusement, avec douceur, elle tendit sa conscience vers sa jument, dans l'espoir d'intercepter ses pensées. L'équidé hennit de protestation, mais cela n'avait rien à voir avec l'incursion de Nova dans son esprit, elle était simplement opposée à l'idée d'avoir le Chevalier pour cavalière. Elle n'aimait pas la selle, elle n'aimait pas le poids sur son dos, elle n'aimait pas la nature sauvage qui l'entourait, et par-dessus tout, elle détestait le caillou coincé entre son sabot et son fer.

Réalisant que la mauvaise humeur de sa monture pouvait être améliorée tout simplement, Nova descendit de son dos et s'attela à déloger le morceau de gravier honni. La pauvre jument n'avait rien dit de tout le trajet aller, obéissant comme une bête dressée en dépit de sa douleur. Peut-être qu'elle avait été maltraitée et avait appris à garder ses malheurs pour elle.

-Qu'est-ce que tu fais ? Je croyais que tu voulais repartir au plus vite ?

-Elle a un caillou coincé, expliqua-t-elle rapidement à Fenreir en caressant le flanc de la jument, à qui elle s'adressa ensuite : ça va aller. Je vais enlever cette saleté, et tu n'auras plus mal.

Elle parvint laborieusement à retirer le gravier, et la jument la remercia d'un hennissement plus doux, puis la laissa monter sur son dos sans essayer de la faire tomber. Nova se laissa aller à un sourire satisfait et flatta l'encolure de l'animal.

-Bonne fille. Je vais devoir te trouver un nom, aussi, je vais pas t'appeler 'Bonne fille' toute ta vie.

-Donner un nom à un cheval... et puis quoi encore ?

-T'es pas sentimental ? s'enquit Nova en talonnant sa jument pour qu'elle s'approche de la monture de Fenreir.

-Nope. C'est un cheval, il fera pas long feu. Je te rappelle que je chasse des dragons, et les dragons ça mange beaucoup. Un cheval c'est un bon appât, même si j'admets que ça fait cher l'appât.

-T'es une sacrée brutasse, dis-moi, fit remarquer Nova.

Fenreir avait chargé sa propre monture d'armes et d'armures qu'il avait pu récupérer, mais la pauvre bête ne broncha pas et avança sagement. Il talonna l'animal, et ils se mirent en route vers l'ouest, en direction de Blancherive. Cette fois-ci, la jument de Nova fut plus encline à suivre sans renâcler, et ils purent repartir rapidement. Le soleil était haut dans le ciel, cette fois, et la température était clémente.

-Alors, Nova la tueuse de dragon, de quoi es-tu capable ? finit par demander Fenreir sur un ton sarcastique.

-Je suis capable de te botter le cul même depuis ce cheval, alors si t'arrêtes pas tout de suite de te foutre de moi, tu sais à quoi t'attendre, répliqua-t-elle d'un ton cinglant.

Quand elle fut sûre qu'il ne se moquerait plus, elle reprit la parole.

-Techniquement, je n'ai jamais tué de dragon. Je n'ai pas eu le temps. Quand j'ai fini mon apprentissage chez les Draconis, il n'en restait qu'un à notre connaissance, une femm... femelle, se corrigea-t-elle, souhaitant éviter de révéler trop vite l'existence des Chevaliers Dragon. A la fin de mon entraînement, j'ai reçu des souvenirs draconiques, qui m'ont grandement affaiblie. Il était impensable pour moi d'affronter un dragon, il m'aurait détruite en quelques secondes. Mon esprit et mon corps étaient trop faibles. J'ai dû affronter un fantôme pour contrer les effets des souvenirs et retrouver le contrôle de mon esprit. Le temps que je fasse cela, mes camarades et mon commandant avaient déjà vaincu le dragon. Elle a réussi à s'enfuir, mais est morte rapidement après des suites de ses blessures. C'est elle qui a changé ma vision des choses.

Elle se tut longuement, attendant une réaction de la part de Fenreir. Il garda le silence également, réfléchissant à ses paroles.

-Qu'est-ce qu'elle t'a dit qui t'a fait changer d'avis ? s'enquit-il enfin.

-Avant de mourir, elle est tombée sur moi. Elle m'a montré l'ennemi qu'elle combattait, qui était responsable de la déchéance des dragons. Une figure divine dans mon pays a été assassinée, et les dragons ont été accusés, mais ils étaient innocents. Suite à cela, ils ont été méthodiquement exterminés par les Draconis. Après cette rencontre, je ne pouvais simplement plus me ranger du mauvais côté.

» Quant à mes compétences... Je sais tirer à l'arc, et je pense pouvoir dire que je suis l'un des meilleurs tireurs de mon pays. Je sais me battre à une ou deux armes, avec un bouclier, une claymore ou à mains nues, même si je ne suis pas incroyable. Je suis meilleure à l'arc et à l'épée. Je sais lire dans les pensées et crocheter des serrures. Je sais faire de la magie de combat : boule de feu, explosion magique, projectile magique, je sais invoquer un démon, quoique je n'ai pas encore essayé à Bordeciel, me rendre invisible pour quelques secondes, me soigner. Je sais empoisonner magiquement mes flèches, ou encore les faire exploser. Ah, et je crée mes flèches par magie. Elles ne manquent que très rarement leur cible, de ce fait. Je sais invoquer ma Créature, que tu as déjà vue, et j'ai quelques rudiments d'alchimie, d'enchantement et de nécromancie. Je crois que j'ai à peu près fait le tour.

Elle reprit son souffle après sa longue tirade et profita du silence pour caresser l'encolure de sa jument, qui accueillit le geste d'affection de bonne grâce.

-Ça fait beaucoup de cordes à ton arc, remarqua Fenreir sans la regarder.

-J'ai beaucoup bourlingué. J'ai eu le temps d'apprendre. Ou plutôt, j'ai été forcée d'apprendre, sans quoi je me serais faite tuer il y a longtemps...

-Tu parles la langue draconique, également, il me semble...

Nova se raidit sur le dos de sa monture, mais tenta de dissimuler son malaise.

-Pas vraiment, non... répondit-elle précautionneusement.

-Pourtant, le jour où on s'est rencontrés, tu m'as appelé Dovahkiin. Si la plupart des gens connaissent l'appellation Enfant de Dragon, tous ne connaissent pas son équivalent draconique. Et toi, l'étrangère qui débarque tout juste d'un pays si lointain que personne n'en a entendu parler, tu connais ce mot.

Le cœur battant à tout rompre, la respiration saccadée et le cerveau tournant à toute vitesse, elle chercha une explication qui pourrait tenir la route. La gorge sèche, elle tenta quelque chose.

-Le dragon. Celui avec lequel j'étais quand on s'est rencontrés. Il t'a appelé Dovahkiin.

-Et ce dragon, d'ailleurs. J'ai cru qu'il essayait de te dévorer, mais quand j'y réfléchis, j'ai mis plusieurs minutes à arriver après que le chasseur elfe m'a dit qu'il était en train d'attaquer quelqu'un. Et quand je suis arrivé, vous n'aviez pas l'air de vous battre.

-Probablement parce qu'il n'essayait pas de me tuer, décida d'avouer Nova. On discutait. Au départ, je crois bien qu'il a voulu me becqueter, mais quand j'ai essayé de lire dans sa tête, il s'est calmé et est devenu curieux, mentit-elle pour protéger son secret.

Ils ne parlèrent plus pendant un moment après cela, se contentant de chevaucher en silence. Le soleil se coucha lentement à l'horizon alors que les deux cavaliers poursuivaient leur route. Ils ne s'arrêtèrent pas pour manger, se contentant cette fois de grignoter un morceau de pain et de fromage en selle en réduisant l'allure.

Ce ne fut que lorsqu'ils arrivèrent en vue du pont traversant la Rivière Blanche et menant à Blancherive que Fenreir reprit la parole.

-Est-ce que tu as remarqué la présence d'un dragon étrange, récemment ?

-Étrange dans quel sens ? demanda Nova, curieuse.

Elle avait arrêté de toujours fouiner dans sa tête, trouvant cela fatiguant à la longue, et considérant cela comme assez superflu la plupart du temps. Quand elle devrait parler de choses importantes, ou devrait négocier avec lui, elle pourrait aisément retourner y fouiller, mais dans l'immédiat, c'était inutile.

-C'est la raison pour laquelle Kodlak a demandé à me voir. Il y a quatre jours, un dragon a déposé Britte, la fillette que nous avons vue, à Jorrvaskr. Il ne l'a pas dévorée, ni même blessée. Il l'a juste déposée, avec un message autour du cou, demandant à ce qu'on s'occupe bien d'elle. Kodlak m'a demandé, puisque je suis l'Enfant de Dragon, de mener l'enquête à ce sujet. Il aimerait savoir d'où sort cette bête, et comment cela se fait qu'il n'ait pas mangé Britte. Et la question la plus importante, à mon sens... Comment est-ce qu'il a pu laisser un message ? Soit il a réussi à l'écrire lui-même, ce qui serait particulièrement invraisemblable, soit un humain l'a écrit pour lui, mais dans ce cas, ça veut dire que ce dragon est différent des autres. Il ne tue pas aveuglément. Je pense qu'on va avoir besoin de tes talents pour lire dans la tête de cette créature.

Nova déglutit difficilement, réalisant que ses actes avaient des conséquences plus imprévues que ce qu'elle avait imaginé.

-Peut-être bien, oui... Si on le croise.

-Je suis l'Enfant de Dragon, littéralement l'élu des dieux. Je pense qu'on va le croiser, t'inquiète pas, rétorqua Fenreir avec sarcasme.

Nova, pour sa part, étouffa un ricanement et le fit passer pour une quinte de toux.

Si tu savais... pensa-t-elle avec amusement.

Ils traversèrent le pont, les sabots de leurs chevaux claquant sur les pavés de pierre, et accélérèrent la cadence pour regagner la ville plus vite. En arrivant aux écuries, Nova descendit précautionneusement de sa jument et paya le palefrenier pour qu'il s'occupe bien d'elle tandis qu'il la maudissait silencieusement pour l'avoir réveillé si tôt ce matin, et si tard maintenant. En effet, ayant chevauché toute la journée et une grande partie de la nuit, l'Enfant de Dragon et elle étaient revenus en ville passé deux heures du matin.

Il se rendirent sans traîner à Jorrvaskr, où ils gagnèrent leurs lits et s'endormirent en quelques secondes, épuisés par leur journée.