Plusieurs semaines passèrent sans que le monde magique ne fasse de nouveau irruption dans la vie de Solange, ce qui ne la dérangea pas. La Gazette du Sorcier faisait toujours son apparition sur le rebord de sa fenêtre le matin – courtoisie de Monsieur Barlow, et elle constatait que la situation s'améliorait significativement au fur et à mesure que le temps passait. Elle s'occupait de la fin de son année d'études d'assistant social à distance, et trouvait le moyen d'étudier et de finir ses devoirs à temps pendant qu'elle tenait la librairie. De temps en temps, Evan – qui ne travaillait que les week-ends en général, de par son statut d'étudiant lui aussi – passait la voir avec un café et un scone, et ils faisaient leurs devoirs ensemble.

Un jour en particulier, où il n'avait pas cours de l'après-midi, Evan était venu donner un coup de main et avait amené avec lui deux menus du Kebab du coin, qu'elle accueillit avec joie. Grimpant les escaliers du fond de la réserve pour aller chercher des couverts chez elle, elle vit qu'un hibou attendait patiemment à côté de la fenêtre, et se tourna brusquement pour vérifier qu'Evan ne l'avait pas suivie. Elle ouvrit au hibou et jeta un coup d'oeil dans la rue, puis détacha gentiment le message attaché autour de la patte de l'oiseau, qui s'en alla aussitôt libéré. Cela ne pouvait être qu'un message des notaires. Et en effet, sur le petit papier était noté un numéro de téléphone suivi du petit message :

« Veuillez nous joindre dès que vous aurez ce mot.

A. Talbott. »

Intriguée par le fait qu'un sorcier lui demande de le rappeler sur un téléphone, elle attrapa le combiné dans le salon, composa le numéro immédiatement, et attendit patiemment de voir si cela allait réellement fonctionner.

La tonalité sonna quatre fois, puis finalement quelqu'un décrocha et respira dans le combiné trois secondes, avant de siffler un « Allôôôô ? »

‒ Allô ? Bonjour, Solange Morales à l'appareil, est-ce que je parle bien à Auguste Talbott ?

‒ Oh, Miss Morales ! Vous avez enfin eu ce hibou ! Et cette chose fonctionne ! Je n'aurais jamais pensé...

‒ Je n'aurais jamais pensé que vous puissiez me passer un coup de fil non plus, Monsieur Talbott, rit-elle par politesse. Vous souhaitiez me parler de quelque chose ?

‒ Absolument ! Pourriez-vous vous trouver à Londres, plus précisément sur le Chemin de Traverse, demain aux alentours de deux heures de l'après-midi ?

Répétant la question très lentement, Solange chercha confirmation auprès du notaire, qui lui annonça qu'un acheteur avait peut-être été trouvé pour le manoir, mais qu'il était nécessaire qu'elle soit présente pour attester de la véracité de la possession du bien. Cela faisait sens, en tout cas dans l'esprit de la jeune femme, qui accepta le rendez-vous et mit fin à l'appel pour redescendre dans la librairie.

Evan l'œilla avec intérêt, attrapa la fourchette qu'elle lui tendit, et mit quelques morceau de viande dans sa bouche pour lui laisser le temps de s'asseoir.

‒ Alors ?

‒ Alors quoi ? Demanda Solange, soudain tendue.

‒ Alors, à moins que tu te parles à toi-même, tu étais au téléphone. Et tu n'as absolument aucune vie sociale, donc c'est forcément à propos de la boutique. Ou alors tu me caches des choses, à moi ?

Solange leva les yeux au ciel, piquée au vif par sa remarque sur son asociabilité. Certes, un job de libraire et des études par correspondance ne faisaient pas d'elle la personne la plus à même de lancer des soirées improvisées de plus de dix personnes, mais...

‒ C'était le notaire de la dernière fois, il veut me voir à Londres ce week-end, révéla-t-elle en mâchouillant une frite sans sauce.

‒ Quoi, les deux fashion victimes de l'autre fois ? Qu'est-ce qu'ils te veulent ?

‒ … Mon père biologique est mort il y a peu de temps, et il m'a laissé un héritage, avoua-t-elle, et la mâchoire d'Evan tomba, libérant un morceau de pain à peine mâché. Je sais, c'est difficile à encaisser.

‒ Difficile à encaisser ? Même Joanne ne parlait pas de lui - paix à son âme, se coupa-t-il lui même avec un signe de croix, et Solange sourit à la mention de sa mère. Mais là, tu me dis que ce type n'a trouvé personne d'autre pour léguer son pactole ? Juste la fille dont il ne s'est jamais occupé ?

‒ Bienvenue dans ma vie, l'ironie a élu domicile sur le canapé, par contre je n'ai jamais remis la main sur le respect, blagua-t-elle en levant le poing pour qu'Evan y cogne le sien.

‒ En tout cas, s'il y a de quoi renflouer les caisses, tu as intérêt à prendre tes billets de train tout de suite, parce qu'on ne dit pas non à un mort. Allons à la gare après !

‒ Promenade de digestion ?

Evan acquiesça tout en sirotant bruyamment son soda.


Le lendemain aux alentours de midi, Solange avait posé le pied à la gare de Saint Pancras, et avala un burger avant de se promener du côté de Charing Cross Road pour retrouver Monsieur Barlow au Chaudron Baveur. Elle était en avance, remarqua-t-elle lorsqu'elle ne vit son notaire nulle part dans le grand pub. Plusieurs têtes s'étaient tournées à son arrivée, courtoisie du bruit tintant du porte clés sur son sac à main. Sans un mot, le regard bas, elle alla se hisser sur l'un des tabourets du bar et commanda un café. Elle sortit son porte-monnaie et réalisa soudain qu'elle avait un petit problème.

‒ Excusez-moi... Vous acceptez la monnaie moldue ? Demanda-t-elle d'une petite voix.

‒ Vous en faites pas, Mademoiselle. On a de quoi faire du change, si vous v'lez ! Rassura le barman avec un sourire en coin, édenté.

‒ Merci, souffla Solange en sortant un billet. Je ne suis pas encore passée chez Gringotts...

‒ Et vous risquez d'attendre un petit peu, j'en ai peur. En pleins travaux. Tout le Chemin de Traverse l'est, mais il y a une bonne file devant la banque. En même temps, un dragon, ça se prédit pas.

Tom – dont le nom échappait à Solange – déposa le café devant la jeune femme et prit son billet, qu'il rangea dans une caisse enregistreuse, d'où il sortit quelques mornilles et noises qu'il lui rendit.

‒ Bien sûr, on s'y sent mieux qu'il y a quelques semaines. C'était pas un endroit gai, avant que Vous-Savez-Qui ne passe l'arme à gauche.

‒ J'imagine... J'aurais aimé découvrir cette rue en meilleur état, avoua-t-elle.

‒ Bientôt. Tout finit par se reconstruire, et pour ça, on est un peu plus habiles que les moldus !

Ils échangèrent un sourire, et elle sortit son exemplaire du Quidditch à travers les Âges qu'elle continua de lire tout en touillant son café. Autour d'elle, quelques sorciers papotaient des dernières nouvelles, feuilletaient leurs journaux, rigolaient bruyamment autour d'un verre, ou encore chuchotaient des rumeurs. Au fond de la salle, une liste ministérielle des personnes disparues ces deux dernières années, certains noms rayés en bleu ou en rouge.

Plusieurs personnes ne s'arrêtaient même pas pour consommer, se contentant d'esquisser un bonjour à Tom, avant de s'éclipser dans la cour pour emprunter le passage menant au Chemin de Traverse.

Elle ne pouvait pas dire qu'elle y avait jamais mis les pieds. Après tout, Londres était une nouveauté pour elle, fervente écossaise. Elle n'avait jusqu'alors jamais eu la nécessité de visiter l'Angleterre, et encore moins la face cachée de Charing Cross.

Plongée dans ses pensées sur l'utilité de trois cercles pour marquer des buts, elle n'entendit pas qu'on l'appelait, et Tom toqua sur le comptoir pour attirer son attention. Elle sursauta, et se tourna pour suivre le doigt qu'il tendait vers la sortie de la cour. John Barlow avançait vers elle à grands pas, les mains jointes en signe de prière.

‒ Mademoiselle Morales, je suis tellement confus, je ne pensais pas arriver aussi tard ! S'exclama-t-il, et elle secoua la tête et rangea son livre dans son sac à dos.

‒ Aucun problème, j'avais de quoi patienter. Devons-nous y aller ?

‒ Justement, j'ai une mauvaise nouvelle... Le client ne peut pas se libérer aujourd'hui, annonça Barlow visiblement gêné. Un problème de dernière minute dont il ne peut pas se défaire. Il vous demande si vous pourriez prolonger votre séjour chez nous jusqu'à demain après-midi pour vous rencontrer, mais vous n'êtes absolument pas obligée de...

Elle interrompit le notaire avec un sourire paisible ‒ bien qu'une petite partie d'elle ait été légèrement offusquée de ce désistement de dernière minute – et lui fit part de ses plans de visite pour le week-end. Elle avait eu en tête de rester dans tous les cas, et n'avait plus qu'à aller poser ses affaires à l'hôtel lorsqu'elle pourrait faire son check-in. Il souhaita lui offrir une chambre au Chaudron Baveur, mais elle déclina. Il l'invita à le joindre pour aller ensemble régler ses affaires bancaires chez Gringotts, et elle accepta cette idée-ci avec joie. Au fond d'elle, elle était très excitée de visiter la célèbre rue marchande, peu importe l'état dans laquelle elle se trouvait. Elle s'était souvent imaginé des flopées de sorciers et de sorcières, trimbalant balais, livres, potions, animaux merveilleux à leurs bras, et des objets flottants au-dessus des têtes, trop lourds pour être portés. Une fantastique cohue.

Barlow la conduisit jusque dans l'arrière-cour, tapa de la baguette sur une combinaison de briques rouges et dévoila à la jeune femme une typique petite ruelle étriquée, aux maisonnettes d'aspect ancien aux devantures criardes. Passant devant Fleury & Bott, Solange se demanda ce que cela ferait d'avoir sa propre librairie sur une rue si fréquentée. Elle n'aurait probablement pas eu à se défaire des biens que lui avait légué sa mère, à sa mort, pour causes financières. À la vue de Gringotts au bout du chemin, bâtiment cossu de marbre blanc, elle ressentit toute l'amertume d'avoir un héritage si imposant, et plus personne pour en profiter.


‒ Commande Numéro 45, au nom de Dubois ?

Olivier se leva du siège en osier dans le coin de la boutique de Madame Guipure et leva la main avec un petit sourire poli. L'assistante fit quelques pas sur de grands talons aiguilles violets pour aller jusqu'à lui, et lui tendit un étui de costume souple à poignées, qu'il prit avec un remerciement.

‒ C'est pour votre petite amie ? Se permit la sorcière, qu'il aurait qualifié de chétive, mais séduisante.

Mais définitivement trop curieuse. Et Olivier n'était pas du genre à cancaner ou laisser des indices sur lui pour alimenter les ragots.

‒ C'est au nom de ma mère, elle vient très souvent chez vous ? Fit-il remarquer d'un ton impassible.

‒ Oh, bien sûr, Madame Dubois, suis-je bête...

Il régla la facture et s'esquiva poliment, évitant de nouvelles questions trop personnelles. Ce n'était pas la première fois que ce genre de choses arrivait, naturellement. Il avait compris, dès sa première année en tant que recrue d'une grande équipe de Quidditch, que potins, ragots, et publicité – bonne comme mauvaise – seraient désormais son quotidien. Il n'avait juste pas pris le temps de prendre ces éléments en considération quand il avait tracé son futur autour de ce sport, bien au chaud et en sécurité entre les murs de pierre de Poudlard. Ses parents n'avaient pas particulièrement pensé que cet aspect de sa carrière pourrait lui faire du mal, voyant à quel point leur fils était terre-à-terre, et ils avaient eu raison. Olivier Dubois était la terreur des magazines, une vraie langue de plomb. La plupart des journalistes people avait arrêté d'essayer de tirer quoi que ce soit de lui, car tout ce qui sortait de la bouche du garçon était lié au Quidditch de toute manière.

Il se dirigea vers Weasley & Weasley, et constata que beaucoup de monde se promenait dans les ruelles. C'était un dimanche comme avant. Ce n'était pas du tout le cas l'année dernière. À vrai dire, depuis l'enlèvement d'Ollivander, le Chemin de Traverse avait été un endroit à éviter à tout prix, dangereux. Le fait que les sorciers décident de recommencer à vivre de façon normale à nouveau lui faisait chaud au cœur. Il n'avait jamais été fan des bains de foule, mais celui-ci ne lui déplaisait pas.

George était à l'extérieur de la boutique, une tasse de thé à la main, assis sur le rebord de sa vitrine. Il avait souvent l'air fatigué ces temps-ci, et bien que la logique voudrait que le travail l'épuise, Olivier savait qu'il avait en réalité beaucoup de mal à vivre sans son frère pour la première fois de sa vie. N'étant pas très pris par l'entraînement à cause de l'annulation de la saison, il avait décidé de fréquenter son ancien batteur le plus possible. Il habitait à Londres la plupart de l'année pour son travail de toute manière, et avait quitté le domicile familial pour retrouver son appartement non loin de la rue marchande dès la fin de la guerre.

C'était vraiment quelque chose, d'appeler cela comme ça. La guerre. Il avait vécu une guerre.

Quand George leva les yeux vers lui, il sourit et lui fit un signe de la main. Puis il pointa le sac dans la main d'Olivier.

‒ On a fait du shopping, à ce que je vois ! Une jolie jupe ? Oh, est-ce que tu as fait raccommoder ton Kilt ?

‒ Très drôle. Mon Kilt est en parfait état, merci. Je fais quelques courses pour ma mère, elle n'a pas très envie de revenir par ici en ce moment...

‒ Ah, je ne la blâme pas. Les dernières semaines n'étaient pas très drôles, pas beaucoup d'activité avant ce week-end, reconnu George en jetant un œil à la foule, les yeux plissés pour éviter le soleil de quatorze heures.

‒ Et maintenant ?

‒ Maintenant ? Pfiou...

George montra le monde grouillant à l'intérieur de la boutique et émit un petit rire. Olivier y répondit et lui donna une tape sur l'épaule pour montrer son soutien. Il s'adossa à la vitrine lui aussi et soupira. Il aurait aimé être drôle et taquin, pour pouvoir sortir son ami de ses pensées même pendant quelques minutes, mais il n'avait jamais vraiment eu la fibre humoristique. Il avait souvent été traité de « psychopathe », mais il était persuadé qu'il s'agissait seulement d'une mauvaise interprétation de sa passion pour le sport.

‒ Je sais pourquoi tu traînes ici tout le temps, Olivier, mais franchement, tu peux te détendre, finit par dire George avant de finir son thé. Je ne vais pas m'écrouler comme un château de cartes.

‒ Je sais bien. Mais tu es mon ami, et je ne voudrais pas que tu te sentes seul...

‒ Je suis un Weasley, Capitaine, plaisanta George. Je crois que je n'ai jamais été seul de toute ma vie, et ce n'est pas maintenant qu'ils me lâcheront la grappe ! Si tu savais comme Percy me harcèle, sans parler de Charlie qui essaye de me convaincre de tout plaquer pour élever des gros lézards...

‒ Et si moi, j'avais besoin d'un ami ? Argua Olivier avec un petit sourire qui fit froncer les sourcils de l'autre.

‒ Toujours des cauchemars ? Il faudrait que tu en parles, tu n'es pas le seul dans ce cas là, personne ne te jugera.

‒ Pft.

Olivier écarta les inquiétudes de George d'un geste de la main, comme on chasserait une mouche. Justement, tout le monde était sans doute dans le même état d'esprit que lui, et tout le monde s'arrangeait pour régler le problème sans avoir à être un poids pour l'autre. Beaucoup de ses amis avaient vécu de pires choses que lui, et il ne les voyait pas rechercher un traitement ou une épaule pour pleurer. Il en faisait de même. Si par hasard ses cauchemars le réveillaient la nuit, une potion de sommeil ou une demie-bouteille de Whisky Pur Feu le remettait de suite dans les bras de Morphée. Il n'avait pas besoin de parler de ces rêves. Il les avait d'ailleurs simplement abordé avec George lors d'une conversation, pour changer de sujet après une lourde discussion sur son futur sans son frère.

Bon, il fallait bien avouer que cette fois-ci, c'était lui qui avait orienté les inquiétudes de son ami sur lui, c'était une conséquence à laquelle il n'avait pas pensé à ce moment-là.

‒ Je ne disais pas que j'avais besoin d'un ami pour ça, Weasley. J'aurais surtout besoin de toi pour m'entraîner au Quidditch...

‒ Des entraînements supplémentaires ? Alors que tu ne fais déjà que ça ? Brillante idée, Dubois !

‒ Il me semblait que tu étais déjà au courant, pour mon obsession des entraînements ? Railla Olivier.

‒ Je n'ai aucun souvenir des séances de vol à cinq heure trente du matin sous la pluie, pendant deux ans, en effet... Eh, ce serait pas la fille de Rogue, là-bas ?

Dubois allait commencer un long discours sur la nécessité de ces séances de vol et comme elles avaient été décisives à leur victoire de la coupe, mais l'image de la jeune femme de la salle de Potions lui revint en mémoire, et il tourna la tête si vite qu'il se fit presque un coup-du-lapin tout seul.

George avait vu juste, elle était là, au milieu de tout le monde, jurant avec la population par le contraste de son tailleur large moldu sur une paire de jeans, et des bottes de cheville lacées rouge cerise. Alors qu'elle semblait aller dans le sens de la foule, elle s'arrêta d'un coup à une vingtaine de mètres d'eux, regarda au-dessus de sa tête, et finit par coller ses poings sur ses hanches en baissant les yeux vers ses pieds. Les sorciers autour d'elle, alarmés par sa statique, tentaient de ne pas lui rentrer dedans, et bientôt elle se transforma sans le vouloir en rond-point pour piétons. Son attitude laissait les deux jeunes hommes profondément pantois.

‒ Qu'est-ce qu'elle peut bien faire ? Se demanda Olivier tout haut.

‒ Tu crois pas qu'elle est perdue ? Ou alors c'est une nouvelle Luna..., devina George. Va lui demander !

‒ Moi ? Pourquoi ? Paniqua le joueur de Quidditch.

‒ Peut-être parce que tu es la seule personne qu'elle reconnaîtra dans toute la rue ? Ou même dans tout Londres ? Allez, après tout, c'est une de tes concitoyennes !

George poussa Olivier vers la rue d'une main puissante, montrant qu'il n'avait rien perdu de ses performances de batteur. Il évita les passants, visiblement indésirable – qui pouvait bien trottiner en perpendiculaire de la foule comme un idiot?! - et finit par atteindre la jeune femme qui entretemps avec fermé les yeux et s'était mise à marmonner pour elle-même.

‒ ...Un bon Dieu de plan quelque part, c'est quand même pas foutrement difficile pour des sorciers mais noooon, n'aidez pas les touristes à sortir de ce dédale surtout...

‒ ...Mademoiselle ?!

Olivier avait maladroitement presque crié sa question, tout en posant le bout de ses doigts sur l'épaule de Solange, qui poussa un hurlement et rentra dans deux sorciers en reculant. Il mit les mains en l'air par réflexe, le cœur dans la bouche, et fixa avec des yeux ronds le visage de la jeune femme, caché par ses deux mains, ne laissant voir que ses yeux. Au loin, George se tenait le ventre, le souffle coupé par un fou rire.

Oh mon Dieu ! J'ai eu la trouille de ma vie, s'exclama-t-elle pour laisser sortir le souffle qu'elle avait retenu.

‒ Je suis tellement désolé, articula Olivier lentement. Je ne voulais vraiment pas vous faire peur, je... On s'est vu à Poudlard, et je vous ai vu là, et je me suis dis que vous étiez perdue, peut-être, et j'étais avec mon ami et il a une boutique là, alors...

‒ Oh, Quidditch ! Le coupa-t-elle en le reconnaissant finalement. Le livre, le... Dubois, c'est ça ? Monsieur Dubois !

‒ C'est bien moi, Quidditch Dubois...

Ils échangèrent un long regard, sentant que quelque chose ne s'était pas passé comme prévu, avant de se faire rire l'un l'autre.

‒ Olivier, corrigea le jeune homme en tendant la main.

‒ Solange, enchantée de nouveau.

Elle lui serra la main, remit son sac sur son épaule et lissa ses cheveux bruns détachés.

‒ Et vous avez complètement raison, je suis perdue. Ça fait trois fois que je passe ici, et je n'ai toujours pas trouvé la librairie que je cherchais.

‒ Fleury et Bott ? Elle est au début de la ruelle...

‒ En fait, je cherchais l'autre librairie, celle qui a des livres d'occasion ?

Olivier fronça les sourcils, faisant la liste des boutiques devant lesquelles il passait régulièrement pour y trouver le Graal, puis il ouvrit la bouche, réalisant qu'il savait de quoi la jeune femme parlait.

‒ Je sais où elle est mais... Vous n'y trouverez plus rien, elle a brûlé récemment...

‒ Ah. Bon..., ça explique tout, marmonna Solange, déçue.

‒ Vous avez l'air de beaucoup aimer lire, remarqua Olivier avec un raclement de gorge. Vous en aviez amassé un paquet l'autre jour aussi.

‒ Je suis propriétaire d'une librairie, à Edimbourg. J'ai toujours vécu le nez dans les bouquins, c'était le grand truc de ma mère... Mais les livres des sorciers sont autrement plus intéressants qu'un Dickens ! Plaisanta-t-elle et au regard confus du joueur de Quidditch, elle se demanda s'ils lisaient du Charles Dickens ici. Vous disiez que votre ami avait une boutique, ici ?

Content d'être libéré de son ignorance, il hocha la tête et lui proposa de lui présenter George, qui n'avait pas cessé de les observer de l'extérieur de sa vitrine, les mains dans les poches. Il fut sur ses pieds dès qu'ils arrivèrent à distance de salutation.

‒ Bonjour, George Weasley, se présenta-t-il tout en serrant la main de la jeune femme.

‒ Ravie de vous rencontrer, Solange Morales, répondit Solange, tout en se remémorant l'avoir vu lui et à sa famille à l'hommage, sans se souvenir de qui ils faisaient le deuil.

‒ Un peu perdue là bas, alors ? Heureusement que ce bon vieux Oli s'est porté volontaire pour vous ramener par ici, taquina le roux avec un clin d'oeil vers son gardien, qui fronça les sourcils au mensonge éhonté qu'il venait d'entendre.

‒ Cet endroit est magnifique, mais bon sang, un plan ne serait pas de trop ! Pesta Solange. Bon, je suis surtout en colère contre mon sens de l'orientation, mais je ne peux pas être la seule à me perdre ici, si ?

‒ C'est la beauté du lieu, la plupart des gens aiment s'y perdre. Je vous fais un tour du proprio ?

‒ George est le gérant de cette boutique, précisa Olivier. Elle est très populaire auprès des étudiants...

‒ Parce que ça les... Aide à étudier ? Devina-t-elle.

‒ Oh, ma chère, vous découvrirez bien assez tôt qu'aider les étudiants à faire leurs devoirs n'est pas notre business plan, ricana George tout en ouvrant la porte du magasin, faisant tinter la cloche.

Si Solange pouvait montrer un seul endroit à un moldu, une fois dans sa vie, elle décida que ce serait cette boutique. La foule d'enfants à l'intérieur était justifiée, et la beauté des lieux ne faisait qu'ajouter aux merveilles sur lesquelles ses yeux ne pouvaient s'empêcher de se poser. La multitude de couleurs mélangées dans tous les coins de la boutique, les feux d'artifice permanents au plafond, les marionnettes plus qu'humaines qui jonglaient comme des funambules, et les occasionnelles explosions tandis que des clients testaient les produits plus ou moins inflammables du catalogue Weasley. Elle vit passer une petite fille visiblement très heureuse d'être recouverte de pustules et crut rêver. Un groupe d'élèves passa à côté d'elle en la bousculant, et elle faillit renverser une pile de boites de feuxfous Fuseboum. Olivier la rattrapa par le coude juste à temps, et elle ne fit que pencher dangereusement avant qu'il la remette sur ses pieds d'un geste un peu comique.

‒ Merci, souffla-t-elle avec une grimace amusante. Beaux réflexes !

‒ Déformation professionnelle, rebondit-il.

George lui fit une démonstration de poudre d'Obscurité Instantanée du Pérou, et elle crut être tombée dans une cheminée pendant une bonne minute. Il la fit passer près des philtres d'amour et elle les œilla comme s'ils allaient lui sauter dessus. Puis ils arrivèrent aux boursouflets et elle fit un vrai bond en arrière de peur qu'eux, ne lui sautent vraiment dessus.

‒ Tout le monde aime les boursouflets, pourtant !

‒ Je ne raffole pas des créatures magiques... On dirait un pompon avec des yeux, siffla Solange les dents serrées par l'insécurité.

George fit mine de ne rien avoir entendu et pris un boursouflet dans sa main, et de deux doigts instigua la jeune femme à tendre l'une des siennes. Elle plissa les yeux et pinça les lèvres, mais donna sa main gauche en pâture tout de même, bonne joueuse. Lorsqu'elle sentit les petites pattes faire des claquettes sur sa paume, elle se recroquevilla et ferma les yeux si fort qu'elle vit des étoiles, les dents serrées.

‒ Quel courage ! S'exclama George en retirant la petite bête violette pour la remettre dans son enclos. Félicitations !

‒ Je sais que j'ai l'air bête, admit-elle avec un petit rire crispé.

‒ Non, pas bête, juste... inhabituelle, contredit Olivier avec un sourire poli.

Solange adressa un regard intrigué au joueur de Quidditch. S'il y avait bien un mot que personne n'utilisait pour la décrire, c'était « inhabituel ». Dans la situation actuelle, elle pourrait même arguer qu'elle était la mieux placée pour les décrire de telle manière.

Une jeune femme blonde vêtue d'un tablier aux couleurs de la boutique apparut soudain de derrière l'escalier en colimaçon, visiblement alarmée, et appela George avec de grands signes de bras. Il fronça les sourcils et s'excusa rapidement pour trotter derrière la jeune femme en direction de la réserve.

Olivier se hâta derrière son ami, et Solange, ne souhaitant pas rester seule dans cette boutique pleine de créatures bizarres et d'explosions aléatoires, décida de suivre tout ce beau monde de loin. Quand elle vit le groupe entrer dans la réserve, elle resta au milieu du couloir, et attendit patiemment dans l'espoir que ses guides de fortune ne l'oublieront pas sur le chemin du retour ‒ C'était égoïste, admit-elle pour elle-même, mais elle ne pouvait pas se permettre de voguer seule pour son premier séjour au Chemin de Traverse, cela ne faisait plus aucun doute.

Un bruit de verre brisé retentit, et elle tendit la nuque, alarmée par habitude que quelque chose ne soit cassé dans l'arrière boutique.

‒ Perce, vraiment...

‒ Georgie, je suis désolé, la réception... a été mauvaise... Dubois ?

Olivier observa avec précaution George relever son grand frère ‒ complètement saoul ‒ de sur les cartons de marchandises, et tirer sur sa chemise pour la remettre en place.

‒ Percy, tu ne peux pas venir ici en pleine journée, tu as fait peur à Verity, expliqua George avec la même patience qu'on accorde à un enfant de cinq ans.

‒ … Pas fait attention à l'heure, parvint à marmonner Percy, avant de chanceler dangereusement.

‒ C'est peut-être parce que tu es saoul, tu ne crois pas ?

Percy émit un rire nasal qui secoua tout son corps, les yeux difficilement ouverts. George leva les yeux au ciel, puis attrapa son frère par dessous l'aisselle pour le tenir.

‒ Capitaine, j'ai un petit détail à régler, alors toi et notre nouvelle amie devriez continuer sans moi.

‒ Tu veux que je t'aide à le porter ? Proposa Olivier, les bras tendus en avant pour retenir un Percy vacillant.

‒ S'il y a bien une chose que j'ai gardé de ma carrière juvénile de Quidditch, c'est ma forme physique. Ça va aller, rassura George avec un clin d'oeil, bien qu'Olivier puisse voir qu'il était exténué d'avance.

‒ D'accord. Je repasserai dans la semaine, si mon planning le permet.

‒ Et tu me trouveras là !

Olivier rebroussa chemin, tandis que George portait Percy vers les escaliers qui menaient à l'étage. Il vit Solange, adossée au mur, attendant patiemment les yeux fixés devant elle. Si elle avait vu ou entendu quoi que ce soit, elle avait la décence de ne pas le montrer. Ce genre de discrétion n'était pas commun dans sa vie, en ce moment. Il lui fit un signe vers la porte, et elle comprit et se glissa entre les clients pour rejoindre l'extérieur, beaucoup moins bruyant. Une fois au grand air, il souffla un bon coup et secoua les épaules pour se dégourdir. La jeune femme l'observait, attendant patiemment un quelconque signal sur la suite des événements.

‒ George est occupé, je ne pense pas qu'il puisse continuer la visite..., annonça-il lentement.

‒ Oh, c'était déjà très gentil d'avoir pris du temps pour m'en montrer autant, répondit la jeune femme cordialement. Je vais continuer ma visite de mon côté...

‒ Je peux vous accompagner ? J'habite dans le coin, et... Disons que j'ai encore du temps libre devant moi. Enfin, si vous avez besoin d'un... Plan...

Olivier fronça les sourcils, se demandant quand, quand avait-il perdu la capacité de parler à quelqu'un comme un être humain normal ? Il posa ses mains sur ses hanches, quelque peu agacé.

‒ Vraiment ? Demanda Solange avec un sourcil levé. Vous vous proposez vraiment d'être mon guide du Chemin de Traverse pour cet après-midi ?

‒ ...En gros ? Répondit le jeune homme, soulagé d'avoir été suffisamment loquace pour qu'elle puisse résumer l'idée.

‒ … C'est vraiment troublant quand la personne qui propose l'idée a ce genre de réaction, vous savez ?

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre, pointant du doigt le bout de la rue avec l'autorité d'une maîtresse d'école, ponctué d'un «Commençons par là-bas !» enthousiaste.