La plume
Une petite plume posée sur ta paume tournée vers le haut, sa teinte jaune vif contraste avec ta peau mate. " Une plume?" Dis-tu à toi-même, mais juste assez fort pour que les oreilles sensibles d'Alfred t'entendent.
" Qui a mis une plume dans le chapeau?" S'enquit-il, jetant un coup d'œil dans la pièce pour trouver le propriétaire de la plume. Du coin de l'œil, tu voyais Gilbert se lever, son petit poussin gazouillant de plaisir. Tu aurais dû vraiment t'y attendre, pensas-tu.
En poussant les autres invités, Gilbert arriva à l'endroit où tu te tenais, complètement rigide, à côté d'Alfred. D'un coup, sa main prit la tienne, ses doigts fins s'emmêlant aux tiens, écrasant la plume entre vos paumes. Sa main était chaude et douce, et la sensation même qu'elle te touchait, te caressait, et berçait la tienne, apportait un doux rougissement à tes joues et un soupir satisfait à tes lèvres.
" Allez, viens, _." Beugla-t-il avec un sourire en coin. " Je ne laisse pas n'importe qui être avec le génial moi, alors c'est ton jour de chance!"
Tu roulas des yeux en plaisantant, espérant qu'il ne verrait pas à travers ta charade à peine voilée et qu'il réaliserait tes vrais sentiments. Oui, donc tu le connaissais depuis toujours, et peut-être que tu l'aimais depuis le premier jour de votre rencontre, mais ce n'était pas le genre de chose que tu lui diras en face. Il avait cet air sûr de lui, et malgré le peu de douceur qu'il avait, tu hésitais à avouer tes sentiments de peur que ce ne soit pas réciproque. Il y a eu des moments où tu avais eu assez de courage pour le lui dire, mais ta confiance s'évapora à l'idée qu'Elizabeta et lui soient ensemble. Ils étaient amis depuis longtemps avant même que tu le rencontres, même s'ils ne le montraient guère, mais à ton avis, les ravages de la poêle d'Elizabeta semblaient plus être un effort pour attirer l'attention de Gilbert que pour l'effrayer. Mais tu devais l'admettre que Gilbert aimait bien parler de toutes les fois où Elizabeta l'avait frappé, sa tactique avait donc parfaitement fonctionné.
Tu n'avais pas réalisé que tu avais déjà été traînée dans le placard jusqu'à ce que tu entendes Alfred t'appeler de derrière la porte fermée, " Seulement sept minutes, les deux amoureux des oiseaux ! Tu n'as pas pu t'empêcher de secouer la tête face à son jeu de mots horrible. Tes doigts étaient toujours entrelacés à ceux de Gil, tu le sentis te tirer dans ses bras musclés, jusqu'à ce que tu sois assez proche pour pouvoir humer son odeur familière de pâtisseries. À chaque fois que tu lui posais la question, il te répondait que cette odeur lui rappelait l'époque où il était un grand pays producteur de blé.
"_..." Ronronna-t-il dans tes cheveux, posant son nez sur le dessus de ta tête, cette soudaine tendresse te surpris. Après sa frime " Je suis si génial " à l'extérieur du placard, tu ne t'attendais pas à voir ce côté-là de lui. C'était très rare qu'il agisse ainsi et tu n'y étais pas du tout préparé.
À court de mots, tu t'es mise à bafouiller, "Gil, je-". Mais il te coupa avec deux doigts posés délicatement sur tes lèvres suivies d'un doux "chut". Il se retira de l'étreinte pour pouvoir mieux te regarder, pencha sa tête sur le côté et sourit.
" Tu sais, j'ai toujours aimé la façon dont tu es quand tu es confuse." chuchota-t-il, son haleine mentholée se répandant autour de toi et te fit rougir. Il ria chaudement. " Et ta façon de me regarder quand tu es énervée, ça me tue, tu sais?"
Il leva son pouce et commença à caresser le long de ta lèvre inférieure, ses yeux cherchant avidement ton visage. S'il essayait de jouer avec ton cœur, tu t'étais promis de lui infliger une punition appropriée dès que vous sortiriez du placard. Il se comportait presque comme Francis avec ce regard séduisant qu'il arborait et la façon dont il mordillait légèrement sa lèvre, comme s'il anticipait le meilleur scénario possible pour s'en sortir C'était un peu pour le moins déconcertant. Tu avais cru auparavant que les plaisanteries amusantes et espiègles étaient sa façon de flirter, particulièrement vis-à-vis de son attitude envers Elizabeta. Mais peut-être n'avait-il jamais pensé à Elizabeta de cette façon. C'est peut-être ainsi qu'il agit vraiment quand il essaie d'être romantique, mais cela peut aussi être l'inverse. Tu commenças à être sérieusement confuse à propos de toutes ces pensées contradictoires qui te traversaient l'esprit et qui commençaient à te donner un affreux mal de tête.
" Gil, qu'est-ce qui ne va pas? Pourquoi es-tu si sentimental tout d'un coup?" Réussis-tu à dire avec un petit rire à la fin. Tu avais essayé de la jouer amicalement, de sorte que s'il faisait vraiment une stupide farce, il n'aurait pas la satisfaction de te voir mordre à l'hameçon. Mais aussi subtilement intéressée, de sorte que s'il était sérieux, qu'il ne penserait pas immédiatement que tu n'as pas de sentiments pour lui. Il baissa les yeux, le scintillement joyeux disparut, remplacé par un vide qui provoqua une sensation de brûlure dans ton cœur. "Gil..."
"T- Tout va bien! Pourquoi est-ce que ça n'irait pas? Tu ne te sens pas bien, ou mes sentiments sont-ils à sens unique?" Hurla-t-il, sa colère l'amena à saisir ton poignet avec une forte pression. "I-ich liebe dich, _, pourquoi ne peux-tu pas le voir?" Souffla-t-il de manière presque inaudible.
Bien que ton vocabulaire allemand soit limité, tu avais pu comprendre ce qu'il avait dit, un "oh" silencieux se forma sur tes lèvres. Tu sentis ses lèvres se fondre doucement avec les tiennes, une sensation de picotement parcouru ta peau tout en affaiblissant tes jambes, mais tu fus trop surprise par sa déclaration antérieure pour réagir. Son mouvement ralentit quand il sentit que quelque chose te tracassait et il s'éloigna, te laissant avec le sentiment qu'une partie de toi manquait.
" Hey, ce n'est pas grave si tu ne m'aimes pas en retour, je comprendrais tout à fait. Je veux dire, je suis habitué à être seul de toute façon." dit-il en grimaçant, la douleur étant flagrante dans sa voix.
Enfin capable de formuler une phrase correcte, tu prononças rapidement, "Gil, Ich liebe Dich auch."
Ce fut calme pendant quelques instants, juste assez pour toi de voir apparaître un sourire rayonnant sur son visage. Il ria, sa poitrine grondant contre la tienne. " Tu devrais travailler ton allemand, birdy, parce que c'était terrible."
Tu ne t'es même pas soucié de savoir si tu l'avais bien prononcé, tellement tu étais submergé par l'émotion. Tu eus l'impression que ton cœur allait éclater dans ta poitrine et tes glandes surrénales semblaient fonctionner à plein régime, faisant monter ton excitation de façon exponentielle. Serrant tes poings sur le tissu rugueux et trop étriqué de sa chemise, tu ramenas son visage vers le tien et l'embrassas avec plus de passion que tu n'aurais jamais cru capable de donner. Tu reculas à contrecœur, haletant faiblement en essayant de reprendre ton souffle, tu attendais que Gil dise quelque chose, n'importe quoi. Tu voulais juste entendre sa voix.
" Tu as besoin de réviser ton allemand, mais tu as de bonnes connaissances en français, non?" dit-il, se moquant à moitié de Francis avec un pitoyable accent français. Pour la deuxième fois cette nuit, tu roulas des yeux sur un autre mauvais jeu de mots.
" Et quel genre de français serait-ce, monsieur?" Répondis-tu en plaisantant.
" Ce genre." Répondit Gil d'une voix rauque en prenant ton visage dans ses mains et en pressant ses lèvres contre les tiennes une troisième fois, puis en frottant le bout de sa langue contre la tienne. Il avait le goût de la bière et de bonbons, un mélange alléchant qui te poussas à explorer sa bouche aussi, tu le désirais.
Pris dans l'instant, tu n'avais pas remarqué la porte ouverte jusqu'à ce que le flash d'un appareil photo te fit rompre l'étreinte passionnée, tu sifflas et te frottas les yeux avec colère.
La main de Gil avait saisi la tienne et l'avait serrée de manière rassurante alors que vous sortiez tous les deux de la pièce, ignorant les regards indiscrets des autres nations qui bavardaient sur ce qui c'était passé derrière la porte fermée. Sans doute ont-ils entendu ce que vous aviez dit. Mais aucun d'entre eux n'avait d'importance tant que ta main était unie à la sienne.
