Le dernier jour de printemps

Les oiseaux chantaient, les arbres dansaient.

C'était le dernier jour de printemps. Ce jour où les mallyrns se couvrent de pétales éphémères. En Doriath c'était un jour que l'on célébrait comme tous les autres. Saluant le passage dans le ciel d'Arien et de sa précieuse cargaison.

La guerre n'était qu'une rumeur. Un vague écho du reste du monde. La puissance de Melian les protégeait et les elfes, pour la plupart, ne pouvaient imaginer que le monde pouvait changer. Mais Galadriel, doté du don de clairvoyance, pouvait sentir dans le vent les changements du temps. Déjà le monde avait changé. Il ne pouvait que changer davantage encore.

Écoutant le bruissement des feuilles d'argent, Galadriel errait au milieu des arbres en fleurs se rappelant les jardins de Yavanna qu'elle avait si souvent foulé au temps de sa jeunesse. Ses pensées toutes entières étaient tournées vers la Valier et ses jardins dorés, car, malgré toute leur splendeur, les mellyrn qui poussaient à l'est de la mer n'auraient jamais la majestuosité de ceux qui poussaient en Valinor.

Et peut-être était-ce parce que son esprit était alors tourné vers la Valar ou peut-être était-ce par la tristesse qui emplissait son cœur à cet instant, mais telle une étoile scintillant dans le firmament, il lui sembla soudain apercevoir l'éclat d'un rayon de lune au milieu des feuilles dorées de l'année précédente.

Au pied du mallorn, entre ses puissantes racines, elle découvrit une chose qu'elle n'avait jamais cru possible. Une petite noix d'argent, le fruit béni de ces arbres qui, en Beleriand, ne donnait jamais de fruit. Il reposait là, avec grâce, attendant son heure.

Galadriel, voyant là un signe des changements à venir, ramassa le précieux fruit et le conserva près de son cœur.

Un jour viendrait où tous les mellyrn du monde ne seraient qu'un souvenir, mais lorsque ce jour viendrait, il y aurait toujours un fruit prêt à pousser de nouveau.