Les lunettes (Partie 1)

Tu pouvais dire ce que tu allais sortir du chapeau avant même d'avoir vu l'objet. Les verres ronds et froids et les bras métalliques fragiles l'avaient trahi facilement. La seule chose qui te préoccupait était de savoir à qui elles appartenaient. Beaucoup de pays portaient une paire de lunettes d'aviateur semblables à celles que tu retournais sans cesse dans tes mains, mais tu ne savais pas qui les avait déposées. Elles semblaient assez vieilles et avaient été plusieurs fois brisées par l'usure, comme en témoignaient les petites bandes de papier collant de hockey qui soutenaient le métal cassé du nez et qui permettaient tout juste de garder les lunettes en place. Les verres étaient griffés et couverts d'empreintes de doigts, mais tu étais presque certaine qu'elles étaient là avant qu'elles ne soient mises dans le chapeau et remué avec les autres objets. Alfred toussa impatiemment à côté de toi et tu levas les yeux en silence.

"Um, les lunettes de quelqu'un?" Croassas-tu, en brandissant les lunettes pour que tout le monde puisse les voir. Il eut des murmures dans la foule et quelques personnes qui se mirent à chercher le propriétaire des aviatrices, mais personne ne s'avança pour les réclamer.

Alfred se gratta la tête et la fit pencher sur le côté dans la confusion, puis décida de prendre les choses en main en les arrachant de tes mains et en les examinant. "Oh." Riat-il légèrement. "Je crois que je sais à qui elles appartiennent."

Les mots d'Alfred te submergèrent de soulagement, alors que tu pensais qu'on t'avait posé un lapin et que tu regardais attentivement Alfred se frayer un chemin à travers la foule, en le suivant de près.

Un peu plus loin, un corps en uniforme se prélassait sur un divan, une main reposant sur le visage de la personne et l'autre étant suspendue mollement au bord du coussin du divan. Sa veste rouge et élégante était usée et rapiécée de la même façon que les aviatrices, avec quelques déchirures et des fils perdus ici et là, et tu ne fus pas surprise de voir ses boucles blondes et dorées se rassembler en une courte queue de cheval désordonnée.

"Yo, Mattie!" Cria Alfred en secouant l'épaule de l'homme endormi qui semblait tout sauf heureux d'être tiré de son sommeil. En fait, tout le monde était stupéfait lorsqu'un de ses points frappa Alfred en plein visage, le faisant reculer et maintenant sa mâchoire alors qu'il regardait Matthew en état de choc. "Uh, Je pense qu'il est de mauvaise humeur, alors peut-être qu'on devrait le laisser tranquille..." Marmonna Alfred alors qu'il ouvrait la bouche et tentait de repositionner sa mâchoire, une petite goutte de sang coulant du coin de sa bouche lors du brusque mouvement.

En serrant les poings le long de ton corps, tu t'approchas de Matthew et l'attrapas par les épaulettes de sa veste extravagante mais mal entretenue, et tu l'arrachas de ses épaules. Il était beaucoup plus léger que ce à quoi tu t'attendais, et maintenant ton visage était à quelques centimètres du sien, qui avait l'air presque parfaitement paisible si ce n'était la mine renfrognée de ses sourcils et des cernes sous ses yeux. Merde, peut-être qu'Alfred avait raison, on devrait le laisser dormir, pensas-tu au passage, mais c'était déjà un peu trop tard. Les yeux de Matthew se plissèrent et tu sentis son regard violet profond envahir ton corps en guise de menace.

Toute cette adrénaline et cette colère que tu avais en quelque sorte accumulées à la vue d'Alfred se faisant frapper sans raison se sont soudainement évanouies et tu eus l'impression que ta bouche était pleine de sable. Tu avais la gorge sèche et tu t'efforçais de trouver tes mots, et tout ce que le Canadien faisait, c'était te fixer, ses sourcils se rapprochant à chaque seconde que tu perdais à essayer de trouver quelque chose à dire.

"D-D'où tu sors, pour frapper les gens sans raison?" Crachas-tu avec agacement, alors que l'homme bâillait et dépoussiérait les manches de sa veste comme s'il n'y avait pas une femme qui le tenait par le col et lui criait dessus. Il tourna son regard vers toi pendant un instant, puis bailla de façon nonchalante.

"Alfred sait qu'il ne faut pas me déranger quand je dors." Répondis Matthew de manière monotone. "Il a eu ce qu'il méritait, si tu veux mon avis."

"Je ne demandais pas!" Marmonnas-tu à voix haute, sentant ton visage s'échauffer d'irritation.

Matthew ricana, un son vide et sans joie. "En fait, mon petit cul, tu l'as demandé." Et avec cela, il déposa ses mains sur les tiennes tandis qu'elles agrippaient encore le tissu de sa veste et qu'il les dégageait sans difficulté. Il les a toutefois tenus dans ses mains pendant un moment, avant de les lâcher sans ménagement à tes côtés pendant qu'il te contournait et se dirigeait vers le placard sans avoir à s'excuser auprès de son frère jumeau qui éloignait les gens qui s'entassaient autour de lui avec des mouchoirs et des glaçons.

En marchant vers tes sept minutes en enfer avec Matthew, tu as senti une main s'agripper à la tienne doucement, et tu te retournas pour voir un Alfred inquiet qui te regardait avec des yeux innocents d'un bleu océan. Sa joue droite commençait déjà à montrer des signes de violentes ecchymoses et ses lèvres étaient fendues, saignantes et gonflées, mais il a quand même réussi à dire. "Es-tu sûre que c'est une bonne idée?"

Tu souris doucement et tu récupéras ta main, haussant les épaules aussi nonchalamment que possible. " J'ai sept minutes pour faire part à Matthew ma façon de penser et c'est ce que j'ai l'intention de faire." Alfred ne dit rien en réponse, se contentant de te regarder te diriger vers la porte du placard, chaque pas devenant plus difficile que le précédent alors que tu pesais le pour et le contre pour entrer dans le petit placard étroit avec un Matthew énervé.

Finalement, ta main trouva la surface lisse en laiton de la clinche de la porte et tu poussas la porte ouverte, la fermant doucement derrière toi et te plongeant dans l'obscurité totale.

"Tu sais qu'Alfred peut encaisser les coups, n'est-ce pas?" Vint la voix de Matthew de ta gauche. Tu te tournas pour faire face à la voix, mais quand tu tendis la main dans l'obscurité, tu ne sentis rien. "Nous sommes tout le temps confronté à des situations difficiles, il n'y a vraiment pas besoin d'être aussi protecteur envers lui."

Tu secouas la tête et tu soupiras. "Tu ne piges rien, n'est-ce pas? Il ne s'agit pas de savoir s'il peut "encaisser un coup" ou non, mais de savoir pourquoi tu l'as agressé sans raison et sans avertissement." Sifflas-tu, grinçant des dents de colère. Si tu pouvais juste trouver cet imbécile, tu prendrais les choses en main.

"Je n'ai pas dormi depuis deux putains de jours, alors je pense qu'il l'a en quelque sorte mérité." Répondit-il, en marmonnant sombrement et en se déplaçant juste assez pour que le tissu de sa veste bruisse contre la moquette. Tu avais écouté attentivement et maintenant tu savais qu'il était en fait assis par terre. Tranquillement, tu t'agenouillas et tu tendis ton bras dans l'espoir de le saisir, et tu réussis à t'emparer d'un bout de tissu, bien que ce soit un peu différent de la veste rugueuse et déchirée que tu avais serrée dans tes poings plus tôt. "Whoa là tigresse, je comprends que je suis super attirant mais tu ne crois pas que tu vas un peu trop vite?"

Tu clignas des yeux, complètement confuse, mais ton visage devint rouge de honte et de colère. L'une des mains rugueuses et calleuses de Matthew glissa et se posa sur la tienne là où elle était encore agrippée à ses vêtements. "Tu tiens mon entrejambe, non pas que ça ne me dérange, mais je crois qu'il y a une meilleure façon de procéder." Murmura Matthew, sa voix étant un peu moins agressive. Instinctivement, après avoir entendu où ta main avait choisi de s'agripper, tu essayas de l'enlever et, à ta grande surprise, Matthew te laissa faire.

"À quoi penses-tu exactement?" Lui demandas-tu de façon méfiante en essuyant ta main sur le devant de ton haut. Tu étais toujours en colère et tu voulais toujours lui montrer qui est le patron, mais le fait qu'il n'essayait pas de te dominer était bien, alors tu lui donnas une chance.

"Et si nous faisions une sorte de petite compétition." Dit Matthew, sa voix devenant beaucoup plus douce et son sourire ironique était évident dans ses paroles. "Nous allons jouer à ce jeu des sept minutes au paradis comme il se doit, mais le premier qui gémit doit faire tout ce que le gagnant lui demande."

Tu pris un moment pour y réfléchir à la proposition de Matt, qui malgré la situation et le contexte semblait être une bonne idée. "Intéressant. Donc si je gagne, tu devras t'excuser auprès d'Alfred et l'aider à soigner ses blessures." Ds-tu avec un sourire, sachant que Matthew voudrait tout faire sauf s'excuser.

Matthew rit à gorge déployée. "D'accord, d'accord, très bien. Mais si je gagne, tu devras t'excuser auprès de moi et je t'emmènerai dîner."

Tu voulais protester, tu voulais ramper de l'autre côté du placard et refuser, mais alors tu n'aurais jamais pu prouver que tu étais meilleur que lui et lui faire dire pardon à son frère. C'est la seule façon de lui faire prendre conscience de ce qu'il est et de le ridiculiser, tu étais donc prête à prendre le risque, quel que soit l'enjeu. "D'accord." Répondis-tu sèchement, sentant ton cœur battre plus fort.

Il y eut un bruissement de tissu et tu pouvais sentir Matthew se déplacer vers toi. Tu tressaillis quand tu sentis sa main te prendre le menton et t'inclinant la tête en arrière, si légèrement, et si doucement que tu faillis ne pas croire que c'était Matt.

"Si nous voulons faire les choses correctement, il vaut mieux y aller doucement au début." Ronronna-t-il contre ta joue. Tu te sentais un peu étourdi et tu t'en voulais déjà car tu sentais la chaleur monter.

"Ouais, parce que j'ai l'intention d'utiliser toutes mes cartes, donc je crois que je vais te donner une longueur d'avance."

"Mmm, tu ferais ça pour moi?" Te taquina-t-il, frottant ses lèvres sur les tiennes, te faisant expirer fortement par le nez alors que tu essayais de te retenir. Dieu que tu aimerais ne pas être aussi têtu et compétitif.

"Non, je fais ça pour Alfred." Crachas-tu en te penchant vers l'avant et en pressant ta paume droite contre le torse de Matt, le repoussant doucement et ressentant de la gratitude lorsqu'il s'exécute. Et maintenant, tu étais à quatre pattes au-dessus de lui, les cheveux tombants et recouvrant vos deux visages, ses mains posées fermement sur chacune de tes cuisses.

"Quoi qu'il en soit, je peux toujours en profiter, peu importe qui finit par gagner." Ricana-t-il en plaisantant, suscitant un grognement assez horrible de ta part alors que tu baissais la tête de sorte que vos visages soient à quelques centimètres l'un de l'autre.

"Mon Dieu, tu ne la fermes jamais?" Demandas-tu sincèrement, avant de le couper brutalement avec tes lèvres plaquées sur les siennes.

C'était un baiser étonnamment doux et tu sentais tes yeux se fermer pendant qu'il frottait ses pouces en rond sur ton jean, ce qui détendait ton corps autrefois tendu et créait en toi un faux sentiment de sécurité. Sans mentir, tu n'avais pas embrassé quelqu'un comme ça depuis longtemps et même si ton esprit était encore bouleversé par la scène précédente avec Alfred, il fallut beaucoup plus de retenue que tu ne l'avais prévu pour t'empêcher de faire du bruit. Tu savais que la règle était "pas de gémissement", mais tu n'allais pas prendre de risques en laissant échapper un seul soupir de peur que Matt ne l'utilise pour mettre fin au jeu et prétendre avoir gagné. Et il était hors de question qu'il gagne, pas sous ta surveillance.

Tu t'enfonças un peu plus dans l'étreinte, passant tes mains autour de son cou pour le tirer vers tes lèvres et laissant tes hanches s'abaisser momentanément et les presser contre les siennes, ce qui fit couper légèrement le souffle du Canadien à son tour. Il répondit en faisant glisser ses mains lentement et avec appétit de tes cuisses jusqu'à tes hanches, laissant ses pouces glisser doucement sur le creux de ton bassin et se faufilant sous ton tee-shirt, s'arrêtant une seconde pour te demander s'il pouvait aller plus loin. Et tu Ie laissas faire parce que pourquoi pas? Et alors que ses doigts passaient légèrement sur ton abdomen et ta cage thoracique, tu ripostas d'un cran en prenant sa lèvre inférieure entre tes dents, ce qui le fit haleter inaudiblement et lui fit enfoncer ses ongles dans la peau délicate située juste sous tes côtes.

"Merde." Marmonna-t-il à voix basse, prenant un moment pour reprendre son souffle et continuer. "Si j'avais su que ce serait aussi difficile, je ne l'aurais jamais proposé-ngh." Au moment où il finissait, tu le coupas de nouveau. Tu n'étais pas là pour discuter sans rien faire. C'était une compétition et ton seul but était de le faire craquer sous la pression. Tu avais donc fait monter la tension, une fois de plus, en détachant tes lèvres des siennes et en suivant lentement la ligne de sa mâchoire et de son cou, en mordant, en suçant et en essayant tout ce que tu pouvais pour le faire craquer, mais il tenait bon. Ses mains avaient trouvé le moyen de sortir de ton pull et d'atteindre le bas de ton dos, et il tira vers le haut en même temps que tu descendais, en tirant ton pull sans grand effort. Néanmoins, tu continuas, même si ton haut avait été jeté et que tu avais un peu trop froid, mais alors que tes lèvres effleuraient chaque bouton argenté de sa veste, tu en décrochas un jusqu'à ce que finalement sa veste ait été arrachée et que sa poitrine nue soit complètement libérée du tissu étouffant de la veste.

"Tu veux que j'arrête? Parce que tout ce que tu as à faire, c'est de dire le mot." Ronronnas-tu, en passant tes ongles sur ses muscles pour accentuer ton point de vue. Tu le tenais exactement là où tu le voulais, et tu espérais qu'il céderait avant que tu ne sois obligé de faire quelque chose de radical. Il a juste ri, et tu sentais sa poitrine gronder sous toi.

"Tu dois faire beaucoup plus que ça pour obtenir une réaction de ma part."

Bien, il n'y avait pas grand-chose que tu pouvais faire. Tes lèvres descendirent juste sous son nombril et son ventre trembla à cause de ce contact soudain. Tu glissas ta langue sur le reste de son ventre jusqu'à ce que tu atteignes le point de non-retour, la limite de son pantalon. Ton cœur rata un battement et tu réfléchissais honnêtement à la question de savoir si tu devais continuer ou non, mais tu étais déjà arrivé jusque-là et tu n'allais pas reculer maintenant. Tes mains descendirent sous sa ceinture et se posèrent doucement sur le tissu noir rugueux de son pantalon, te demandant comment tu devais procéder à cette délicate manipulation. Tu soupiras, tout ton corps tremblait d'impatience alors que tu prenais le bouton rayé de son pantalon entre tes dents et que tu le défaisais. Le corps de Matthew se tendit lorsqu'il réalisa ce que tu faisais, même si tu ne savais pas si c'était par excitation ou par anxiété. Et tu continuas, l'anticipation grandissant dans ta poitrine au point de croire que tu allais craquer, alors que tu baissais un peu la tête et que tu pris sa fermeture éclair dans ta bouche, la tirant lentement vers le bas pour prolonger le moment. Et puis son pantalon fut descendu jusqu'aux genoux et tout ce que tu devais affronter, c'était son caleçon, ce qui te faisait mal au ventre. Peu à peu, tes doigts se sont approchés et se sont accrochés à l'élastique de son sous-vêtement et tu commenças à le tirer vers le bas, avalant la boule dans ta gorge et te préparant au plus gros pari de ces sept minutes.

Et puis on toqua à la porte avec force, ce qui provoqua un écho, et vous fit sursauter et regardant vers l'origine du son. Quelqu'un appela de derrière la porte en bois, mais les mots t'échappèrent, et la porte s'ouvrit d'un coup, juste assez pour que tu puisses voir Matthew allongé, les bras croisés derrière la tête et les yeux fermés, comme s'il dormait. Une nouvelle colère grandit en toi et tu te relevas, sans même prendre la peine de ramasser ton pull, avant de sortir en trombe du placard et de pousser la personne qui se tenait près de la porte. Quel connard!

"Hey!" Te parvint une voix familière derrière toi, accompagnée de pas lourds et vifs. Tu te retournas pour lui faire face, et tu vis Matthew qui te souriait triomphalement avec sa veste jetée sur ses épaules et ton pull dans ses bras. "Tu as oublié ça." rit-il en te le lançant. Tu roulas des yeux et tu jetas un coup d'œil à Alfred, qui te renvoyait une fois de plus un sentiment d'inquiétude. En revenant à Matthew, tu soupiras.

"Bon, je suppose que c'est une égalité." Marmonnas-tu par défaite, en te sentant mal qu'Alfred n'obtienne pas les excuses que tu espérais. Matt haussa les épaules, puis sa tourna vers son frère.

"En toute honnêteté, j'allais m'excuser quel que soit le résultat, c'était juste amusant de te voir devenir si compétitive." Dit-il avec un sourire, un vrai beau sourire qui te prit au dépourvu. "Je ne sais pas ce qu'il en est pour toi, mais ça ne me déplairait vraiment pas de t'inviter à dîner, et mon offre tient toujours."

"Je..." Murmuras-tu, ne sachant pas trop quoi répondre. "Je te donne une chance, je crois. Mais que Dieu me vienne en aide, si jamais tu portes à nouveau la main sur Alfred, je te punirai." Le prévins-tu, en le dévisageant aussi méchamment que possible.

"J'ai hâte d'y être." Répondit-il avec un sourire en coin.