Le ruban
Tu sentais un satin lisse sous le bout de tes doigts, et lorsque tu saisis l'objet dans ta main et le retiras du chapeau, tu n'étais pas surprise de voir un ruban bleu pâle se balancer de chaque côté de ta main. C'était une belle couleur hivernale et sa matière était très fine, et il te fallait un moment pour trouver le nom de son propriétaire.
"Nickolaï." Dis-tu de manière hésitante, ne sachant pas si tu étais vraiment heureuse du partenaire que tu avais choisi. Il était indéniable que c'était un homme extrêmement beau, mais il possédait de si mauvais défauts qu'on ne pouvait pas dire lesquels l'emportaient sur les autres. Ce jeu commençait à te donner la migraine.
Il y a eu un bruit de mépris absolu quelque part dans la foule, suivi de quelques propos acerbes en russe, avant que Nickolaï n'émergea enfin de la mer de visages, les mains enfoncées dans les poches de sa veste doublée de fourrure et les yeux évitant ton regard. Il n'avait certainement pas l'air très heureux, bien que la raison de cette attitude te soit encore inconnue. Tu fis un pas timide vers le maigre biélorusse et tu essayas de t'adresser directement à lui, mais il fit comme si tu n'étais pas là.
"Hey Arlovsky, tu comptes rester planté là toute la journée?" Dis-tu en plaisantant, en lui tapant légèrement sur l'épaule et en ajoutant un petit rire pour vraiment souligner le côté joueur de la phrase, et même si tu avais le sentiment que tu allais le regretter, tu l'as quand même fait. Les yeux bleu foncé de Nickolaï se sont soudainement figés sur les tiens avec un fort regard de haine et de vengeance comme tu n'en avais jamais vu. Tes yeux se sont écarquillés sous le choc et ta bouche se referma si fort que tes lèvres devinrent blanches. Tu décidas de surveiller ta langue pendant toute la durée du jeu.
Tu étais si bouleversée par son regard que tu ne t'étais pas rendu compte qu'il était déjà parti jusqu'à ce que tu sois poussée vers le placard par la foule. Prenant un moment de plus pour te repérer, tu avais fait le reste du chemin jusqu'au placard sans aide. C'était comme si un million d'années-lumière s'étaient écoulées avant que ta main ne saisisse enfin la clinche de la porte et que tu te retrouves dans le placard. Il faisait plus sombre que ce à quoi tu t'attendais et tes yeux mirent quelques secondes à s'adapter, mais tu pouvais enfin voir cette forme vague de Nickolaï allongé sur le sol, les bras croisés derrière la tête, et qui ronflait très faiblement. Ton nez se plissait spontanément et tu étais plus qu'un peu contrariée.
"Yo sac à merde." Dis-tu les dents serrées, ta voix sortant de ta gorge comme un sifflement de serpent. D'après ce que tu pouvais voir (ce qui n'était pas grand-chose), l'homme n'avait même pas réagi à ton insulte, ce qui n'aidait vraiment pas à calmer ta colère. Nickolaï ne pouvait pas s'attendait à être attaqué avant que ton pied ne frappe sa cage thoracique, ce qui avait provoqué une violente colère chez lui. Tu l'écoutais triomphalement pendant qu'il crachait et grognait en russe des phrases de haine et s'éloignait de ta silhouette, probablement pour éviter une autre attaque.
"Pourquoi as-tu fait ça, stupide fille?" Gronda-t-il, sa voix étant beaucoup plus calme qu'auparavant. Tu te rendis compte que tu étais assez bête pour ce que tu as fait, surtout que tu cherchais à éviter de marcher sur des œufs pour ne pas te retrouver dans une situation exactement comme celle-là, mais tu ne pouvais pas non plus t'empêcher de te sentir putain de fière.
"Y a-t-il une raison pour que tu m'ignores?" Nickolaï toussa sans humour à la suite de ta remarque, se tenant debout de manière à pouvoir te faire face directement.
"Ne réponds pas à ma question par une autre question."
"Pourquoi pas?"
Le Biélorusse émit un grognement inquiétant et te saisit par les épaules, sa prise étant si serrée que tu sentais ta poitrine commencer à s'affaisser sur elle-même. Tu luttais et te tortillais mais tu ne parvenais pas à te libérer de son emprise et, malgré tous tes efforts, tu ne pouvais émettre qu'un couinement car tes poumons étaient pratiquement écrasés.
"Tu te crois drôle, putain!" Grogna Nickolaï, son accent devenant beaucoup plus fort avec sa haine grandissante. "Si tu voulais vraiment faire cette absurdité de baiser dans un placard, tu n'avais qu'à le dire au lieu de me donner un coup de pied dans les côtes."
Tu te foutais de sa gueule aussi bruyamment et sarcastiquement que tu pouvais faire. "Ouais, parce que je suis sûre que tu m'aurais écoutée. Tu sais, être amoureux de ta cinglée de sœur et tout." Maintenant que tu y songeas, peut-être que les deux sont vraiment faits l'un pour l'autre puisqu'ils ont tous les deux perdu la tête.
Tu sentais ses ongles s'enfoncer dans la chair de tes bras et tu grimaças légèrement. Tu devines que ce n'était probablement pas une bonne idée d'amener Anya dans la conversation, mais tu ne pouvais vraiment pas contrôler les mots qui sortaient de ta bouche.
"Peu importe, fais ce que tu veux." Marmonna-t-il froidement avant de te pousser violemment contre la porte, assez fort pour faire claquer les charnières, mais sans comparer avec ce qui suivit peu après. Avant que tu ne puisses dire "aïe", Nickolaï t'embrassa le bras, suçant doucement tous les endroits qui te faisaient frissonner. Ses dents ratissaient parfois les parties les moins charnues de ton corps pendant qu'il se déplaçait vers ton cou, provoquant une sensation qui faisait se recourber tes orteils et te donnait une sensation de plénitude dans ta tête. Tes mains ont instinctivement rejoint son cou, mais il les repoussa avec agressivité.
"Nyet." Grogna-t-il, retirant ses lèvres de ta clavicule pour parler. "C'est ce que tu veux, pas ce que je veux. Ce qui veut dire que je décide de ce qui se fera et de ce qui ne se fera pas." Tu étais un peu rebutée par cela, ton esprit sortant de sa joyeuse brume pour analyser la malveillance derrière ses mots mais avant que tu puisses dire quoi que ce soit, sa bouche était sur la tienne et sa langue chaude se déchaîna avec force contre la tienne, et tu fus de retour au pays des merveilles. Tes yeux se sont fermés et ta tête bascula vers l'arrière et tu te laissas aller à tous ces mouvements et à toutes ces touches que Nickolaï te donnait. Ses lèvres étaient légèrement gercées et chatouillaient un peu quand elles recouvraient les tiennes, ses mains étaient étrangement miséricordieuses quand elles traçaient des cercles dans le bas de ton dos, et son torse était accueillant et agréable quand ses respirations et ses battements de cœur se synchronisaient avec les tiens.
Soudainement, tu tombas en arrière et tu te retrouvais à plat ventre avec un craquement douloureux, Nickolaï étant encore à fond dans ses gestes répétitifs. Tu regardais curieusement la foule se rassembler autour de vous et tu essayas de te dégager de ton partenaire trop lourd, mais il semblait toujours avoir une affaire inachevée avec toi, ses mains explorant toujours ton corps et sa bouche suçant contre ton cou.
"Mec, tu fous quoi, putain?" Marmonnas-tu embarrassée en posant tes paumes sur les épaules de Nickolaï et essayant de le repousser. Il accepta finalement de se retirer de ta poitrine tout en restant à cheval sur tes hanches.
"Wow, _! Je ne savais pas que tu pouvais être si méchante!" Cria Nickolaï, attirant l'attention des spectateurs. Il te fait grâce d'un regard qui semblait dire "tu me l'as demandé". Il se tenait maintenant complètement debout, lissant son col et recoiffant ses cheveux pour donner l'impression qu'il ne s'était pas passé grand-chose dans le placard. Tu le regardas et il te répondit avec un sourire sournois et un scintillement malicieux dans ses yeux de saphir. "Sonne-moi plus tard et montre-moi la technique que tu as utilisée."
Ton visage se mit à rougir fortement. Bafouillant, tu essayais de trouver une réponse intelligente, mais tu trébuchas sur ta propre langue et passas pour une idiote. Tu regardas Nickolaï s'éloigner vers Anya, ce à quoi tu aurais été stupide de ne pas t'y attendre. Assise, tu saisis la main tendue d'Alfred et tu te relevas en soupirant et en marmonnant que tu allais étrangler ce connard de biélorusse.
Alfred se pencha près de ton visage, de sorte que ses lèvres touchèrent pratiquement ton oreille. "Hey, tu penses que tu pourrais aussi me montrer cette technique?" Murmura-t-il, son souffle chaud contre ton cou. Tu te reculas et tu ris.
"Tu peux aller te faire foutre, Alfred." Répondis-tu, provoquant un mélange de déception et de joie à travers ses traits. En te détournant de lui, tu te fraya un chemin à travers la foule dans la honte, tandis que les autres fêtards bavardaient comme à leur habitude lorsque ce genre de chose se produisait. Tu réussis à jeter un coup d'œil à l'endroit où se tenait Nickolaï, mais il était trop occupé à discuter avec sa sœur pour le remarquer. Quoi que tu pensais, au diable ce vacarme, je me casse. Tu n'avais pas vraiment imaginé que sept minutes dans un placard avec Nickolaï allaient bien se dérouler, mais ça n'avait guère d'importance. Au moins, tu avais pu garder son joli ruban.
