Le cupcake
La petite babiole était un peu trop chargée à ton goût ; sa couleur rose chique et le bleu qui la caractérisaient, mais les paillettes qui la recouvraient étaient le véritable problème. Ce n'était que lorsque le parfum trop sucré de cupcakes se répandit que tu laissas échapper un petit rire. C'était vraiment un objet débile. Mignon, mais très ridicule.
"Sais-tu que tu peux l'ouvrir comme un petit coffre?"
Commença à dire Oliver, ce qui te presque fit perdre la breloque cupcake. L'homme souffla, murmurant quelque chose comme des "putain d'empoté" avant de capter ton regard et de sourire un tantinet exagéré. Tu plissas les yeux mais tu gardas le silence, prenant conscience de la délicatesse de sa main qui se resserra autour de ton épaule pendant un bref instant. "Il contient le plus merveilleux des baume à lèvres!" Ajouta-t-il, soulageant la tension qui planait dans l'air. Il - non, tout le monde - te regardait avec impatience.
En avalant la boule qui grandit dans ta gorge, tu appuyas sur le haut de la breloque avec la paume de ton pouce pour séparer le glaçage rose du papier bleu du cupcake. Le parfum du cupcake se décupla et tu dûs te retenir de tousser de peur qu'Oliver ne devienne fou. Le baume lui-même était d'un rouge-pourpre intense, un contraste étrange par rapport à l'extérieur scintillant, mais était parsemé de petits cœurs brillants et de paillettes multicolores pour équilibrer le tout. Oliver fit un bruit de satisfaction et demanda. " Vas-y, essaie-le pour moi."
Le baume était frais sur le bout de ton index quand tu l'appliquais sur ta peau (en prenant soin de ne pas salir la breloque) mais il était chaud et souple quand il entrait en contact avec tes lèvres. Désormais, tu pouvais goûter aux saveurs sucrées et écœurantes de la vanille et de la cerise, en frottant tes lèvres l'une contre l'autre pour étaler la substance collante sur ta bouche. Pour être honnête, c'était très désagréable dans tous les sens du terme.
Oliver glissa ses doigts entre les tiens et balança vos mains avec joie, son sourire de Chat du Cheshire frôlant les limites du mignon et du fou. Il y eut quelques réactions dans la foule, manifestement de la part de personnes qui ne voyaient pas la scène du même point de vue que toi. Peu importe, pensas-tu en soupirant et en menant le blond étincelant vers le placard, ce n'est pas comme si j'avais vraiment le choix.
Avec l'absence totale de lumière (à l'exception d'un petit rayon de lumière blanche sous la porte), l'aura étrange d'Oliver était étouffante, comme s'il était vraiment dans son élément lorsqu'il était enveloppé dans l'obscurité, ce qui n'aidait pas à te rassurer. Vos mains étaient encore liées lorsqu'il enroula un bras autour de ta taille et enfonça la pointe de sa petite lame, facilement dissimulable, dans le creux de ton dos. Tu étais surprise, mais tu n'étais pas vraiment choquée. Comme le Yin et le Yang, la croyance en l'harmonie universelle, les facteurs de contraste doivent être maintenus en équilibre. Dans le cas d'Oliver, une abondance de joie devait aussi être en équilibre avec une quantité similaire de malice, un peu comme la façon dont sa voix douce comme le miel murmurait dans ton cou pendant qu'il traînait la pointe de sa lame de haut en bas de ta colonne vertébrale.
". . . Par ailleurs." Tu écoutas enfin les divagations du Britannique qui murmurait dans ta mâchoire. "Tes lèvres auront un goût si délicieux, il n'y a vraiment aucune raison de ne pas le faire!"
Il mordit une fois ton menton avant d'effleurer ses dents le long de ta peau en remontant sa bouche pour rejoindre la tienne, les rejoignant en douceur par un chaste coup de bec avant que sa langue ne sorte et ne lèche le baume collant de ta lèvre inférieure. Le son de satisfaction qui suivit provoqua une grimace involontaire sur ton visage, qui heureusement passa inaperçue en raison du manque d'éclairage. La lame sur ton dos se détacha un peu et tu te sentis enfin en sécurité pour laisser sortir le souffle que tu retenais.
"Ta fausse innocence me dégoûte." Apparemment, tu te sentais un peu trop en confiance et, apparemment, tu ne retenais pas seulement ton souffle. Si tu pouvais voir Oliver en face de toi, il aurait probablement la tête penchée par curiosité et le rire satisfait qui s'ensuivit ne fit que solidifier cette idée dans ton cerveau.
Sans le poing serré dans le tissu de ton pull, tu n'aurais eu absolument aucune indication qu'Oliver était en colère ou même capable d'afficher physiquement sa colère de manière conventionnelle. Il riait encore, plus silencieusement maintenant mais assez fort pour être entendu dans le placard silencieux, ce qui ajoutait un sentiment de terreur supplémentaire aux poings serrés dans ton haut et te forçait à lever les poings. Tu as soudainement pris conscience du fait que tu ne savais pas où se trouvait la lame.
"C'est adorable, vraiment, comme si tu croyais que ça allait me toucher!" Rit-il de nouveau, la joie dégoulinante de son propos pour permettre quelque chose de plus pertinent. Quelque chose de sinistre et de menaçant et d'incroyablement pervers. " Je veux juste m'amuser, bon sang _, je veux que tu t'amuses aussi!"
Et aussi vite qu'il avait disparu, le couteau réapparaissait, cette fois-ci en s'enfonçant de façon menaçante dans la chair molle derrière ton oreille. Tu voulais répliquer, mais tu as tenu ta langue. Selon toi, il était beaucoup moins important de révéler ton opinion que de verser ton sang.
"Sois patiente avec moi, veux-tu, s'il te plaît, jolie petite cerise sur le gâteau?" Sonna-t-il d'une voix qu'on pourrait facilement confondre avec celle d'un jeune enfant. Tu pouvais presque percevoir la moue sur ses lèvres lorsqu'il l'avait dit, comme s'il avait jugé nécessaire de jouer les timides. Même si tu pouvais voir à travers sa ruse, cela ne l'avait pas empêché de maintenir son cinéma ennuyeux. Tu grognas en réponse, sentant la pression accrue de la pointe fine de la lame du couteau alors que ta gorge se gonflait pour accueillir le son et Oliver ricana.
"Parfait alors!" s'exclama-t-il en te saisissant doucement par la nuque avec sa main libre, te rapprochant de son visage jusqu'à ce que tes narines soient assaillies par les parfums de la pâtisserie et du chocolat. "Mais tu vas devoir me divertir, ce ne serait pas amusant si tu n'essayais pas maintenant, n'est-ce pas?"
L'innocuité des mots et l'amertume avec laquelle ils ont été prononcés, ce qui était en soi assez effrayant. Ajouter à cela la possibilité d'être poignardé dans un placard sombre et il ne te restait plus qu'une seule solution prévisible : accepter.
Tes doigts trouvèrent le col de la chemise de ton partenaire et tu froissas le tissu à ton poing, laissant tes ongles griffer contre sa peau alors que tu rapprochais vos poitrines l'une de l'autre. C'était audacieux, presque stupide, mais son désir était bien trop éveillé pour s'en soucier à ce stade. Vos fronts se touchèrent, vos nez se cognèrent, et finalement vos lèvres se rencontrèrent pour la première fois depuis que la porte du placard était fermée.
C'était un baiser qui ne contenait aucun message, aucun sentiment ou désir. C'était ce que c'était : fébrile, désespérant, colérique et agressif. Vos dents se heurtaient, car vous essayiez tous les deux de faire des choses différentes en même temps, de façon si désynchronisée qu'il était impossible de vous empêcher de vous opposer aux mouvements frénétiques de l'autre. Ton corps était au même niveau que le sien alors que vous vous déplaciez tous les deux à l'aveuglette dans le placard et, après avoir subi une mauvaise bosse à la tête et qu'Oliver était recouvert de manteaux, tu avais réussi à trouver un endroit adéquat sur le sol où tu pouvais continuer sans te soucier de trébucher sur une paire de chaussures égarées.
Tu poussas Oliver dans un coin en plaçant une jambe de chaque côté de son torse avant qu'il ne puisse prononcer un seul mot. Ce qui restait de ton baume à lèvres couvrait probablement le visage du Britannique, mais malgré cela, tu saisis son visage à deux mains et tu réunis à nouveau vos bouches, cette fois-ci avec un peu plus de précision et beaucoup moins de devinettes. Ses lèvres douces étaient enflées à l'endroit où tu les avais jonchées de petites morsures qui laissaient derrière elles de petites boursouflures et de petits accrocs, sur lesquels tu passais ta langue de temps en temps avec un sourire de défi. Sa langue était intrusive et glissante et avait un goût d'agrumes, mais tu l'avais quand même bien accueillie, en la laissant glisser sur tes dents et s'emmêler à la tienne d'une manière qui lui était entièrement propre et loin d'être innocente. Ses mains étaient hésitantes, saisissant, tirant et arrachant tes vêtements et tes cheveux avec, à l'occasion, une légère touche de douceur mêlée à des mouvements violents et brusques. Vous vous consacriez de moins en moins à essayer de vous battre et vous vous amusiez presque. Presque. Ce n'était pas comme si vous aviez soudainement changé d'avis après quelques instants agréables passés à vous embrasser.
Dans le feu de l'action, la porte du placard s'ouvrit. La lumière se répandit et illuminait vos formes à tous les deux, pelotonnés et essoufflés sur le sol. Tes cheveux étaient ébouriffés et tes vêtements étaient encore plus abîmés que quand tu es entrée dans le placard. Oliver n'était pas mieux, un nœud papillon bleu électrique complètement défait et suspendu négligemment sur ses épaules et son visage d'un violet étincelant, non pas que tu t'attendais à moins.
"Yeah, uh." Murmura Alfred sur le seuil de la porte, ses yeux regardant partout sauf dans votre direction. Oliver s'agita sous toi et tu t'éloignas de lui en te dépoussiérant et en te préparant à affronter la foule dehors. Alfred força un gloussement et continua. "Votre temps est écoulé. Il faut laisser une chance aux autres, okay?"
"Très bien, my boy!" Dit Oliver en tapant Alfred sur l'épaule et en sortant sur le champ sans faire tant d'efforts pour s'arranger ne serait-ce qu'un peu. Tu pouvais entendre les gens commencer à discuter à l'extérieur parce que, soyons francs, il y avait beaucoup de choses à dire. Alfred fit un geste pour que tu lui emboîtes le pas, un sourire compatissant sur son visage alors qu'il haussait les épaules.
"Les connards sont nombreux, crois-moi, je le sais." Dit-il, et tu ris un peu. C'était un sacré euphémisme, mais cela résumait bien ce que tu ressentais envers Oliver.
Alors que tu te dirigeais vers la porte pour rejoindre le reste du groupe, quelque chose d'étincelant attira ton regard. Au milieu de ce "divertissement", Oliver a dû oublier la breloque en cupcake et la jeter par terre, car elle se trouvait là, sur le côté, partiellement ouverte, et avait l'air plutôt pathétique sur la moquette du sol du placard. Tu la ramassas habilement d'une main avant de l'empocher sans qu'Alfred ne s'en aperçoive, et tu débarquas dans la pièce en bavardant et en riant. Oliver était introuvable, ce qui n'était pas un problème. Tu n'avais pas I'intention de lui rendre la babiole de toute façon.
