L'après-midi passa en recherche et espionnage pour repérer l'entrée de l'allée sorcière. Elles firent chou-blanc mais collectionnèrent les fous rires. Notamment, lorsqu'Akatcheta était allé, l'air de rien, dans des toilettes publiques d'hommes, persuadé qu'il y avait, si ce n'est l'entrée principale, une deuxième entrée ici. En effet, elle avait observé que des hommes entraient en grand nombre mais n'en ressortait pas. Elle hésita, mais décida qu'après tant de jours de travail acharné, elle pouvait bien rire un peu. Elle avait donc pris sous son bras une Mayeka blême comme une morte et était rentrée d'un pas conquérant dans les toilettes. Elle s'arrêta devant la porte toisant les hommes qui la regardaient, surpris. Ils affichaient des yeux exorbités, des bouches grandes ouvertes et s'étaient tous stoppé dans leur geste. Bloqué dans l'entrée à cause de tout ce monde agglutiné à l'intérieur, incapable de faire semblant d'aller se laver les mains pour observer où ces hommes disparaissaient au final, ne sachant pas vraiment comment s'y prendre, Aka ressentit soudain une forte gêne. La tête haute et le port droit tout de même, malgré des joues rougissantes au fur et à mesure des secondes et balayant la salle du regard, elle nota tous ces hommes qui faisaient la queue devant les toilettes et pas devant les urinoirs. Elle ne trouva alors rien de mieux que de dire avant de s'enfuir :
« Je vous souhaite un bon travail et un fort soulagement. » Puis elle s'enfuit, traînant une Mayé abasourdit, les yeux ronds fixant sa meilleure amie.
Elles se mirent à courir dans la rue, le diable au corps. Elles s'arrêtèrent dans un coin, légèrement essoufflé pour Aka, le souffle court pour Mayé. Cette dernière dégagea sa main de la poigne de son amie qui passait les mains sur son visage, rouge tomate.
« Mais qu'est-ce qu'il t'a pris, bon sang !
- Je…. Aka mit une main sous son menton, une autre sur ses hanches et réfléchies. J'en sais rien ! » Finit-elle par s'écrier, les yeux ronds de surprises, comme si elle venait de découvrir ce qu'elle avait fait. Les deux femmes éclatèrent alors de rire, se remémorant les têtes embarrassées et étonnées des hommes. En se retournant, frottant ses yeux humides d'avoir trop rit, Akatcheta vit avec horreur le même manège se reproduire dans les toilettes des femmes. Elle se maudit de ne pas les avoir vu avant, et de n'y avoir pas pensé, puis d'un ton rageur mais amusé, tonna :
« Alors la non ! Je dis non ! C'est quoi ces manières ! N'ont-ils aucun sens communs ?! Il est hors de question que je rentre une autre fois dans ma vie dans des toilettes ! Viens Mayé ! Nous allons trouver un endroit plus convenable pour passer ! »
Elle attrapa la main de son amie hilare et la tira à sa suite comme une enfant.
Le reste des jours passa plus calmement. Elles observaient plus et agissaient moins sur un coup de tête. Cette activité remplissait de joie Aka qui avait toujours adoré se poser dans un endroit, et simplement observer. Regarder les personnes se parler, leurs expressions, leurs comportements, regarder la vie qui courrait en tout sens dans ces rues qui semblaient ne jamais désemplir. Elle se sentait bien. Plus calme et sereine que quand elle s'était fait alpaguer et attaquer de toute pars, par les esprits de personnes non-magiques, tuer par ce fou. Elle huma l'air et se tourna vers son amie qui buvait lentement son café. Une semaine et demie s'était passé depuis qu'elles avaient décidé d'arpenter les rues de Londres à la recherche des sorciers. Et cela faisait deux jours qu'elles avaient repéré le Chaudron Baveur. Elles étaient passé presque sans le voir. Le lacet de la botte de Mayeka s'était défait et elle s'était simplement penché pour le nouer. S'arrêtant et observant les alentour distraitement pour attendre son amie, Aka était tombé sur l'enseigne miteuse de ce bar.
« Je crois qu'on a trouvé notre champion. Déclara Mayeka. Cela fait 5 heures que l'homme au manteau gris n'est pas ressorti. Même si c'est un homme porté sur la boisson, je trouve que 5 heures, c'est quand même beaucoup.
- Tu as raison. Et même s'il était venu retrouver d'autres personnes pour s'amuser, regarde, fit-elle en désignant un groupe de cinq, tous habillé de longue robe sorcière, ils ne prennent même pas la peine de passé inaperçu.
Mayeka regarda surprise les personnes passer devant eux.
- J'espère pour toi qu'ils sont plus intelligents pour leur médecine que pour se fondre dans la masse ! » Rigola Aka en regardant en coin son amie qui se renfrogna quelque peu.
Le lendemain de leur petite pause au café en face du fameux Chaudron Baveur, Aka et Mayeka entrèrent dans ce repaire de sorcier. Le gérant leur jeta un regard méfiant. Ne reconnaissant pas ces têtes, il faillit leur demander de partir, disant qu'il était complet, mais perçu au dernier moment leur magie. Soudain intéressé et curieux, il alla les voir lorsqu'elles s'installèrent au bar et leur demanda ce qu'elles souhaitaient. La réponse fut rapide et immédiate de la part de la plus fine des deux : deux whiskys Pur Feu. Il haussa un sourcil. Ces deux femmes avaient l'air menu et il s'étonna qu'elles boire du whisky. M'enfin bon. Qui était-il pour juger ? Il les leur donna et alla servir d'autres clients.
Akatcheta observa le dos légèrement voûté de l'homme qui les avait servis et reporta son attention sur son verre. Elle souffla alors à son amie :
« Merci. Comment as-tu su quoi prendre ?
- J'ai surpris une conversation en rentrant.
- Mmm. Il faudrait que je fasse plus attention à ce qu'il se dit au lieu de regarder leur physionomie.
- Oui tu devrais, oui.
Mayeka jeta un regard sur sa droite et vis un groupe les regarder fixement. Elle se rapprocha de son amie qui tentait d'avaler la monstruosité liquide qu'on lui avait servie.
- Ont-ils besoin de nous regarder ainsi ? Geignit Mayé.
- Ils n'ont jamais vu nos têtes. Arrête donc de les fixer toi aussi ! » La réprimanda Aka.
Elles burent, ou essayèrent, leurs verres pendant quelques instants avant de voir une adolescente rousse aux yeux verts, arriver en trombe et demander rapidement s'il n'y avait pas une deuxième sortie. Le gérant lui montra alors de la main une petite porte menant à l'arrière-cour. La fille, qui devait avoir 16 ou 17 ans, ne se fit pas prier et, regardant sa montre, se dirigea à pas rapide vers la porte indiquée. Akatcheta sourit et remercia cette fille en pensée. Elle attendit quelques minutes cependant, sirotant son verre, les yeux dans le vague. Elle regrettait vraiment à ce moment-là, le rhum de son pays. Son amie, elle, avait définitivement décidé d'arrêter de boire ce breuvage, pas vraiment ravie d'avaler de l'alcool et ayant peur de ses effets. Mayé jouait distraitement avec son verre quand, soupirant fortement, Akatcheta sortit une montre à gousset, que Mayé ne lui avait jamais vue. Aka fit semblant de regarder l'heure et annonça à son amie, assez fort pour être entendu des autres à côté d'elles.
« Il est temps d'y aller ma chère. Nous allons être en retard si nous traînons encore. » Jouant le jeu de rôles de son amie, Mayé hocha la tête, affichant un air résigné et comme un parfait ensemble, elles se levèrent. Aka demanda mot pour mot ce que la rousse avait demandé et elles se dirigèrent vers l'arrière-cour. Mais elles furent confrontées à un problème de taille. Un mur. Un mur de brique leur faisait face. Et à part des poubelles dans un coin, il n'y avait rien d'autre.
« C'est un cul-de-sac. Il n'y a rien ici. Dit Mayeka.
- Il doit y avoir une illusion quelque part. Ou alors nous pouvons passer au travers avec la bonne formule. Comme pour nos arbres de passage.
- Eh bien nous ne l'avons pas cette formule. Nous ne pouvons décemment pas rester ici à tout explorer et on ne peut pas demander au gérant ! Imagine que l'on se trompe, nous aurions l'air de quoi ?
- Doucement Mayé. Laisse-moi réfléchir.» Annonça Aka qui avait perçu le stress dans la voix de son amie.
Elle fit glisser ses doigts d'une blancheur laiteuse sur les briques rouges. Il devait y avoir un moyen. Se dit-elle. Un moyen de cacher sois une porte qui mène à un autre pub, soit une allée. Et quoi de mieux pour cacher tout ça qu'un mur ? Seulement comment le faire tomber ce mur ? Soudain, elles entendirent la porte derrière elles s'ouvrir et Aka se tourna violemment vers son amie, réfléchissant à toute allure pour trouver quelque chose qui puisse expliquer pourquoi elles étaient plantées là sans rien faire.
« Comment oses-tu annoncer de telles choses ?!
- Je… Fit Mayeka, surprise au possible.
- Je ne veux rien entendre ! Ce sont les ordres de mère et tu n'as pas ton mot à dire !»
Un raclement de gorge fit se retourner Akatcheta qui tomba nez à nez avec une femme d'environ la quarantaine. Son regard bleu acier transperça Aka de sa dureté. Elle nota chez la femme son air sévère que venait accentuer son chignon serré et ses lèvres pincées. Derrière elle se trouvait deux garçons, un était habillé à la mode non-magique. Sa chemise froissée ressortait de son pantalon, ses cheveux mi-long, noirs et frisés étaient en bataille, et il regardait avec curiosité les deux jeunes femmes devant lui. Le deuxième, visiblement plus jeune, habillé à la mode sorcière sans un pli qui dépassait, les regardait avec dédain.
Une famille se dit Aka, au vu de la ressemblance de certains traits et aux couleurs identiques des yeux et des cheveux. Elle s'effaça, reculant de deux pas pour laisser place à la femme et s'excusa en baissant les yeux. Elle n'avait pas pour habitude de montrer autant de révérence, mais elle voulait entrer dans cette allée sorcière et il semblait que c'était la meilleure chose à faire pour que la femme lui montre le chemin. Elle eut raison, puisque la femme passa devant elle, droite comme un i, sortit une baguette de sa manche et se mit à taper sur quelques briques. Il fallut toute la volonté de Mayeka pour ne pas afficher un air de surprise devant les briques qui se déplacèrent. Akatcheta, elle, resta de marbre. Devant eux, une allée animée se matérialisa. La famille s'avança. Aka allait leur emboîter le pas, après avoir remercié la femme de leur avoir ouvert, quand cette dernière se retourna, et fixa sur Mayeka un regard dur et méprisant.
« Vous devriez, rester à votre place mademoiselle et obéir. Sachez faire honneur à votre rang. Il s'agit bien de fiançailles n'est-ce pas ? Dit-elle en se tournant vers Aka qui eut juste le temps de se recomposer à peu près. Elle bégaya avant de décider qu'il valait mieux suivre l'étrange manège de la femme qui la transperçait de ses yeux froids.
- Oui madame mais comment vous….
- Je sais observer mesdemoiselles. Cingla-t-elle. Puis se retournant encore une fois vers Mayé.
- Vous ne savez pas à quel point cela peut être épuisant d'avoir un enfant désobéissant qui trahit son sang. Elle lança un regard des plus mauvais vers son plus vieux fils. Vous m'avez l'air d'être une jeune femme qui peut encore faire preuve d'un peu de bon sens. Et heureusement que votre sœur garde à l'esprit l'honneur de sa famille. Obéissez et mariez-vous à l'homme que vos parents ont choisi.
Ses mots claquèrent et elle leur tourna le dos continuant sa route. Les deux jeunes femmes restèrent planter là, ahuris par ce qui venait de se passer. Elles l'entendirent menacer son plus vieux fils à voix basse.
- Il… Il vient de se passer quoi là ? Bégaya Mayeka.
- Apparemment tu vas te marier et nous sommes sœurs.
- Comment a-t-elle pu s'imaginer ça ?
Ne l'écoutant pas, Akatcheta se tourna vers son amie et lui lança, en colère :
- Tu vas te marier et tu ne me l'as pas dit ?! A moi ? Ta propre sœur ?! Comment oses-tu me mettre à l'écart de ta vie ?!
Mayeka regarda sans broncher les yeux embués de larmes d'Aka.
- Moi… Moi qui ai toujours tout fait pour toi ! J'étais là quand tu faisais des cauchemars, quand papa te grondait, quand tu faisais tes devoirs…
Sa voix vibrait de douleur mais aucune larme ne dévalaient ses joues. Pourtant elle continuait sa tirade, leur inventant une vie de deux sœurs qu'elle n'avait pas eues.
- Tu as fini ? Demanda calmement Maye. Tu te donnes en spectacle.
La tirade s'arrêta net. Et Aka reprit sur un ton neutre.
- Ce serait plus amusant si tu rentrais dans le jeu.
- Non merci, tu fais ça très bien toute seule.
Elles avancèrent un peu, puis soudain :
- Il s'appelle comment ?
- Oh par pitié Aka ! S'écria Mayé.
- C'est Rimlan ?
- Je t'en prie !
- Ostelon ?
- Aka. Sérieusement ? Moi avec lui ? Tu rigoles ?
- Oui. C'est vrai que ce n'est pas très bien réfléchi comme proposition.
- Arrête tout de suite ce jeu idiot. Nous devons trouver un hôpital ou un laboratoire. Mais avant ça, nous devons trouver comment nous présenter sans trop en dire et sans qu'ils pensent que nous ayons de mauvaises intentions.
Un silence lui répondit. Mayé fut soulager. Mais cela fut de courte durée car une exclamation retentit à ces oreilles.
- C'est Nokomis !
- Aka ! C'est une femme !
- Seulement la moitié du temps. Oulala ! Tu n'as pas voulu choisir alors tu as pris les deux avantages sans les inconvénients. Maline.
- Aka ! » Cria Mayé en signe d'avertissement. Son amie la regardait, moqueuse.
Tandis que les deux amies se disputaient, Mme Walburga Black marchait en traînant son aîné par le col et s'engouffra dans une ruelle afin d'appeler Kreatur pour qu'il fasse transplaner directement Sirius dans leur manoir. Elle repensa aux deux jeunes femmes et se dit qu'elle avait vraiment fait preuve de bonté. Elle avait réussi à éviter à une famille inconnue un scandale. En effet, elle se retenait de lancer un impardonnable sur son fils aîné, qui avait décidé de ne pas se montrer digne de sa maison en arborant ces immondes vêtements Moldus, quand elle se trouva nez à nez avec ces deux femmes, en âge de se marier, qui se disputaient. La plus jeune tripotait son annulaire gauche anxieusement. Et Mme Walburga compris alors, grâce à la situation et aux paroles échangées, que la petite devait se fiancer mais le refusait. Walburga ne courait pas, mais savait que l'heure défilait. Elle avait rendez-vous avec les Malfoy. Il fallait faire rentrer son fils immédiatement à la maison avant que quelqu'un ne le voit ainsi. Elle maudit Merlin de lui avoir donné un fils si buté. Celui-là, elle en était sûre, sera vraiment difficile à remettre sur le droit chemin.
