Petit message :
A Katymyny : Bonjour ! Ton petit message m'a fait très plaisir ! Je comprends que tu finisses tes autres histoires avant de lire celle-ci ! L'avantage c'est que j'aurais peut-être le temps de bien avancer avant que tu la lise complètement et ainsi tu pourras avoir pleins de chapitres ! Pour ce qui concerne mon profil un peu vide, je suis nouvelle sur ce site et j'ai encore un peu de mal à m'y faire, mais ça va se remplir. Pour mon pseudo il me vient tout simplement de mon surnom, donné par ma famille. Et j'adore le tiens !
J'espère vraiment que l'histoire continuera à te plaire ! En attendant ta prochaine visite, je te souhaite de passer du bon temps dans tes lectures !
XOXO !
oOo
Retour à l'histoire :
Après leur moment de « jeu », les deux amies flânèrent quelque peu dans cette allée si animée et si différente des chemins de leur village. Ici pas d'échoppe à ciel ouvert, pas de magasin dont la façade principale n'était fermée que par un rideau savamment tissé à la main, pas d'animaux qui traînaient de-ci de-là. Mais des vitrines plus magnifiques les unes que les autres pour attirer l'œil, ou bien plus discrètes, mais qui attirent quand même, étant une tâche plus terne au milieu de bâtiments bariolés. Elles étaient époustouflées, chaque fois qu'elles allaient en ville, par la grandeur des bâtiments. Par leur stature imposante, comme d'énormes rochers qui les surplombaient. Il était rare, en effet, que leurs maisons fassent deux étages. Et encore plus rare, qu'elles soient fabriquées en brique. Beaucoup trop compliqué à déplacer lorsqu'on faisait migrer la communauté pour ne pas éveiller les soupçons des non-magique. Mais ici, tout était fixé. Les sorciers s'étaient installés et avaient réussis à fonder une ville magnifique se dirent les deux femmes. Autour d'elles les passants flânaient, faisaient léviter à bout de baguette des colis visuellement assez lourds, en discutant joyeusement. Certains faisaient rétrécir des paquets pour les mettre dans leur poche, d'autres réchauffaient d'un mouvement fluide leur tasse de thé ou café lorsqu'ils étaient attablé depuis trop longtemps dans un restaurant. Ici, un adolescent aux lunettes rondes fit apparaître un bouquet de fleurs d'un moulinet du bras pour l'offrir à la demoiselle rousse de tout à l'heure, qui faisait manifestement semblant, pour une obscure raison, de ne pas en vouloir. Les deux filles qui l'entouraient, elles, visiblement ravies du geste, piaillaient, criant presque, à tel point c'était mignon. Là, un commerçant nettoyait sa devanture à coup de lame d'eau jaillissant de sa baguette. Au fur et à mesure de leur parcours, les visages des deux amies perdirent un peu de leur joie. Dans les deux têtes, était apparu un autre problème que celui de faire accepter Mayeka comme consultante ou apprentie dans un hôpital ou un laboratoire. Mayeka marchait, sa main reposant à l'intérieur du coude plié d'Akatcheta quand elle entendit celle-ci murmurer une incantation complexe, si bas, que seul Mayeka entendit. Puis, reprenant plus haut et s'adressant dans leur langue natale à son amie :
" - Nous ne passerons jamais inaperçus si nous n'avons pas nous aussi un bout de bois.
- Il me semble qu'ils appellent ça une baguette.
- Oui… Peut-être.
Un silence s'étendit tandis que les deux jeunes femmes réfléchissaient.
- C'est quand même fou, repris Aka, que le Grand-Chef nous envoie en Angleterre, qu'il pense à nous mettre en garde contre ce dingue mais qu'il ne nous informe pas que les sorciers utilisent des baguettes magiques pour leurs sorts.
- On n'était pas vraiment censé être là…. Nota Maye.
- Le Grand-Chef n'est-il pas censé tout savoir ?
- Il n'est qu'humain.
- Ou alors il s'amuse à nous envoyer dans des situations impossibles. Grogna Aka.
- Tu vois le mal partout. Soupira Maye.
- Pas le « mal », juste des « pièges ». Ce n'est pas pareil. Rétorqua Aka comme si elle parlait à une enfant. Elle utilisait toujours ce ton lorsqu'elle essayait de se justifier alors qu'elle savait que Maye avait, si ce n'est totalement, à moitié raison.
Elles s'assirent sur un banc et observèrent en silence les personnes passer dans un camaïeu de style et de couleur. Un moment passa, sans que l'une ou l'autre n'émette de sons ou ne fasse un geste, quand Maye posa la question qui les taraudait depuis qu'elles s'étaient aperçues qu'il leur fallait une baguette.
- Est-ce que…. Est-ce que tu penses que l'on peut en acheter une ?
Akatcheta jeta un regard à son bras droit.
- Je ne sais pas. Ca aura surement des répercussions.
- Tu penses que ça rendra notre magie instable ou que ça nous rendra plus faibles ?
- Plus faible, je ne sais pas… Mais…. Akatcheta relava discrètement le gant qu'elle portait pour jeter un coup d'œil à son poignet.
Là, elle observa le tatouage complexe d'encre noire, verte, orange et rouge. Il était composé de nombreuses boucles, ligne, symboles et ancienne rune, l'ensemble formant une manchette sophistiquée dont certains traits en partaient pour se perdre à l'intérieur de son pouce. De temps à autre, on pouvait observer la présence de minuscules pierres, comme faisant intégralement partie du tatouage ou de sa peau, tant elles étaient fusionnées à cette dernière. Cette magnifique manchette scintillait de temps à autre, plus ou moins fort, et clignotait plus ou moins rapidement, en fonction des battements de cœur de sa propriétaire. Akatcheta replaça rapidement le tissu dessus et plaqua sa main sur son poignet afin d'en sentir les rugosités. Elle avait la désagréable sensation de ne plus sentir les pierres depuis qu'elle réfléchissait à la possibilité d'obtenir une baguette magique. Comme si elle les trahissait. Comme si elle se trahissait et que sa magie partait déjà pour la punir.
Voyant qu'elle était partie dans ses pensées un peu trop longtemps, elle s'éclaircit la gorge et continua :
- Mais j'ai plutôt peur de la réaction pierre/baguette.
- C'est-à-dire ?
- Je ne sais pas… Je ne sais pas exactement comment est construit, ni ce qu'est une baguette. Mais j'imagine qu'elles ont une certaine puissance puisque les sorciers doivent les utiliser pour faire de la magie. Comme un vecteur qui permettrait de diriger son pouvoir ou un amplificateur. Et je ne pense pas qu'un amplificateur serait particulièrement conseillé avec nos pierres.
Mayeka prit quelques secondes pour assimiler ce que disait son amie avant qu'un hoquet de surprise ne s'échappe de ses lèvres.
- Tu… Tu crois que… Bégaya-t-elle, que cela va créer une explosion ?
- Ça ou ça nous videra complètement ou partiellement de notre magie. Ce qui fait que sois nous mourons, sois nous devenons non-magique, sois nous aurions toujours besoin d'une baguette pour effectuer nos sors. Et franchement, lança-t-elle plus haut et avec un ton sec, je ne me vois pas finir ma vie en faisant des moulinets à chaque fois que je veux faire quelque chose ! Elle fit un signe de tête en direction des passants.
Une mère nettoyait le vêtement sali de son bambin après un repas en murmurant une incantation et en effectuant un mouvement de baguette. Un homme accrochait une pancarte annonçant des prix plus faibles sur une certaine gamme à sa devanture, pointant la plaque de bois de sa baguette d'un air concentré.
- Quelle perte de temps ! S'exclama Aka.
Maye ne répondit pas tout de suite, semblant réfléchir à la réflexion d'Aka.
- Nous aussi, nous avons besoin d'incantations. Nous avons même besoin de nos grimoires, de danse et de dessiner des runes.
- Seulement pour les sorts les plus puissants. Au quotidien non. Et pas non plus pour les sors de bases.
- Et bien peut-être sont-ils plus rapides pour leurs sorts puissants. Il doit y avoir des inconvénients et des avantages dans les deux cas. Comme en tout.
Akatcheta grogna une réponse inintelligible, pas convaincu du tout.
Un silence s'abattit sur elles. Lourd et pesant. Il entraînait surtout chez la plus petite des deux femmes un dilemme : elle devait, elle voulait ramener de nouvelles compétences en médecine. Mais c'était un énorme risque. Si elle perdait du pouvoir, elle ne pourrait plus refermer les plaies, anesthésié les corps… Mais elle aurait les connaissances. Elle pourrait les transmettre et, à condition d'avoir encore de la magie, de ne pas être gravement handicapé ou bien morte, elle serait peut-être capable de faire autre chose avec sa baguette. Des sors ou des techniques qu'elle ne pourrait pas sans. Elle serra le poing qui portait ses pierres. Elle ferma les yeux, pris une grande respiration. Elle avait pris sa décision.
- Je…
- On va rentrer. La coupa Akatcheta.
- Heu… oui, si tu veux. Mais j'allais d….
- Des bêtises. La coupa encore une fois Akatcheta. Elle parlait d'un ton calme mais ou transparaissait un léger ordre. Tu allais dire des bêtises. Je te connais. Quand il s'agit de sauver des gens, tu ferais n'importe quoi. Et la plupart du temps, tu ne réfléchis pas assez et tu te mets dans des situations pas possibles.
Fronçant les sourcils et fusillant Aka du regard, Mayé râla :
- Tiens ça me rappelle quelqu'un !
- Tant pis… Ou tant mieux. Rétorqua Aka. Au moins, tu penses à moi. Rentrons, reposons-nous et nous en reparlerons demain. Elle se leva du banc et se retourna, tendant une main vers Mayé.
- Non. Trancha cette dernière.
- T'es sérieuse ? Aka laissa tomber son bras.
- Oui. Tu veux qu'on rentre seulement pour que je n'y pense plus. Pour m'éloigner du monde des sorciers. Parce que sans baguette, nous n'allons pas pouvoir revenir.
Une bataille de regard noir s'ensuivit. Finalement, Aka lâcha un long soupir avant de se rassoir d'un mouvement brusque et colérique.
- Il est hors de question que toi ou moi achetions une baguette. Nous ne connaissons pas les effets que ça pourrait avoir. Nous pourrions tout faire exploser. Et tuer certains passants." Finit-elle en jetant un regard en coin à Mayeka.
Cette dernière savait qu'elle était plus ou moins manipulée en entendant l'argument de son amie. Mais le fait était qu'elle n'avait pas tout à fait tord. Et Mayé ne pourrait jamais se pardonner d'avoir attenté à la vie de quelqu'un, surtout pour une excuse aussi mauvaise que « J'en avais besoin pour étudier votre médecine ». Elle soupira à son tour et un autre silence s'abattit dans lequel les deux femmes observaient les bouts de bois des passants. Akatcheta ne réfléchissait plus. Elle se contentait de laisser divaguer son esprit en attendant que la raison de son amie lui revienne. Les risques étant trop grands, les connaissances de Mayé déjà importante. Elle pouvait bien faire des tests et entamer des recherches elle-même ! Même si elle considérait ça comme une perte de temps. Car selon ses propres mots : « Perdre du temps à tester des remèdes que d'autre ont déjà trouvé, c'est d'autant plus de morts et de souffrances que je pourrais éviter ».
La plus petite de ce groupe de deux, elle, réfléchissait à plein régime. Pas question d'abandonner alors qu'ils étaient si proches de peut-être découvrir de nouveaux remèdes ! Elle murmurait des débuts de phrases, des mots lancés sans s'en rendre compte au fur et à mesure qu'elle montait des plans et qu'elle les abandonnait pour x ou y raison. Akatcheta se retint de passer une main lasse sur son visage. Ça allait être long pour qu'elle abandonne !
Soudain, une vraie phrase sortit des lèvres de Mayeka, à peine audible, comme un secret inavouable.
" - A condition que le chemin ne s'ouvre pas seulement grâce à la magie des baguettes mais à la magie tout court… Oui… Ça pourrait marcher.
Akatcheta fixait son amie d'un regard curieux, néanmoins prête à trouver toutes les failles du plan qu'elle avait manifestement trouvé.
- J'ai une idée ! S'exclama sans surprise Mayeka.
- Nous n'avons pas forcément besoin d'une vraie baguette. Il faut juste que les sorciers pensent que s'en est une vraie !
Akatcheta fronça les sourcils mais laissa son amie continuer. Cette dernière se leva, emportée par son idée.
- Nous pouvons en fabriquer une, continua-t-elle plus bas en se penchant vers Aka, et nous pourrions nous entrainer à jeter des sors afin de faire croire qu'ils sortent de nos baguettes !
- Ca pourrait marcher réfléchit Aka. Mais ils prononcent des formules et font des mouvements.
- Pas tout le temps pour les formules. Et il suffira de les observer pour reproduire leurs gestes et leurs paroles.
- Ca me semble difficile si nous n'avons pas de personne qui nous montre vraiment comment faire.
- Mais non ! Nous les observerons. Nous avons tout notre temps. Il faudra noter les formules et les gestes. On n'a pas besoin d'être très précises. Je ne pense pas que les sorciers, qui utilisent chaque jours leur baguette, fasse très attention à comment ils la bougent. Ce doit être instinctif. Alors je ne pense pas qu'ils soient très attentifs aux gestes des autres adultes, tant que les sors marchent et qu'on a la bonne formule, s'il y en a.
- Et pour rentrer ici ?
- Cette dame n'a pas prononcé un mot quand elle a ouvert le passage. C'est peut-être juste le contact, la sensation de quelque chose de magique qui l'ouvre. Et bien sûr, le code des pierres.
- Notre baguette n'aura aucune magie. Si tu as raison, et j'en doute, nous devrions les toucher à la main.
- Dans ce cas il faudra passer sans que personne ne soit là. Ça peut marcher Aka ! S'exclama Mayé voulant vraiment convaincre son amie.
Cette dernière soupira.
- Tu seras dans l'hôpital, ou dans un laboratoire. Dans le feu de l'action. Tu ne connaitras même pas toutes les formules ni tous les sorts ou tous les mouvements qu'ils utilisent. Es-tu vraiment sûr que tu seras capable de mimer la bonne chose au bon moment, en te concentrant pour que ton sort n'apparaisse qu'après la baguette, alors que quelqu'un t'appellera à l'aide ? Qu'il souffrira ? Que tu devras faire vite pour lui sauver la vie ?
Mayeka riva un regard déterminé dans les yeux inquiets d'Akatcheta.
- Oui. J'apprendrais sur le tas. Je peux le faire. "
Finalement, sans un mot, et soupirant en passant une main anxieuse dans ses cheveux, consciente que maintenant qu'elle avait un plan, elle ne pourrait jamais raisonner son amie, Akatcheta se leva. Elle passa sa main dans le coude que Mayeka lui tendait et ensemble, elles marchèrent encore un peu, évaluant discrètement la forme et la taille des baguettes des passants. Akatcheta leva le sortilège, qu'elle avait placé sur elles deux, lorsqu'il sembla évident qu'elles ne reparleraient pas ici de baguette. Ce sort avait permis aux passants de complètement ignorer la discussion, quelque peut étrange pour des sorciers, des deux femmes. Pour les promeneurs, elles parlaient de sujets inintéressants, qui changeaient selon la personne qui passait. Ainsi pour les uns, elles avaient parlé chiffons, pour d'autres du beau temps, pour d'autres encore de leurs familles respectives.
A peine rentrer chez elles, Mayeka entreprit d'aller chercher des morceaux de bois dans lequel taillé leur baguette, entraînant de force avec elle une Akatcheta qui se demandait vraiment si elle devait suivre son amie dans cette entreprise plus qu'hasardeuse ou bien l'assommer et repartir le plus vite possible au village. Elle envisageait les différentes situations qui pourrait se présenter. D'abord, Mayeka serait emprisonné, puis interroger. Avec plus ou moins de dureté étant donné qu'elles auraient aussi des faux papiers. Ensuite, même si elle ne parlait pas, elle subirait forcément certains tests, pour savoir pourquoi elle n'avait pas besoin de baguette. Et dans tous les cas, elle attirerait l'attention, si ce n'est sur le village, si elle pouvait par miracle garder son existence secrète, sur elle. Et là, ce serait le début de si grands ennuis qu'Akatcheta avait du mal à en envisager tous les aboutissants. Parce que, même si elle avait confiance dans les capacités de Mayeka, qui avait déjà prouvé maintes fois à quel point son talent pouvait relever du génie, elle savait bien, elle, que lorsque les situations étaient stressantes, lorsque le cœur résonnait aux oreilles et que tout se faisait à l'instinct, penser à envoyer le sort de la baguette et pas de la main, en faisant bien attention à effectuer le mouvement et à dire la bonne formule, si tant est qu'on s'en souvienne, n'était pas franchement la priorité. Elle voyait de très loin la situation arriver où Mayé soignerait quelqu'un en vitesse sans utiliser une seule fois sa baguette. Elle en était là dans ses réflexions quand elle se rendit compte qu'elles étaient en pleine forêt et que Mayé étudiait dans tous les sens les branches des arbres alentour en lui parlant. Akatcheta lui répondait-elle ?
Se rendant bien compte que son amie lui répondait des monosyllabes depuis longtemps et que ces onomatopées tombaient toujours à côté de la plaque, Mayé avait décidé de parler dans le vide pour combler le silence en attendant qu'Aka revienne de là ou son esprit était. Un silence répondit à une de ses questions rhétoriques et Mayé sut qu'Akatcheta était enfin là. Elle se retourna alors, et, au vu de l'expression un peu perdue et inquiète de son amie, elle sourit de manière rassurante.
" - Ça va bien se passer. Je t'assure.
Un soufflement lui répondit.
- Je vais faire très attention. Et puis, je ne suis censé être qu'apprentie. Ils ne vont pas me laisser gérer de grosse intervention. J'aurais tout le temps de me poser pour les imiter.
- Comme si tu allais les laisser t'écarter des grosses interventions. Grogna Aka.
- Je n'irais demander un poste que lorsqu'on sera sûre que toi et moi sommes capables de passer inaperçu. Je ne prendrais pas de risque. Je te le promets.
Akatcheta soupira assez fortement en lançant un regard noir à son amie.
- Je te ferais pas changer d'avis hein ?
- Non en effet.
Aka baissa la tête, ferma les yeux et lorsqu'elle releva son regard vers Mayé, elle affichait un regard déterminé.
- Bon. Quels bouts de bois tu comptes prendre ? Quitte à me trimbaler avec un bidule parfaitement inutile à longueur de journée, autant qu'il soit esthétique. "
Mayeka lui renvoya un sourire flamboyant et recommença son inspection avec son amie.
oOo
Il faisait nuit quand les deux femmes rentrèrent dans leur chambre d'hôtel. Le gérant avait veillé un moment pour pouvoir les voir rentrer et discuter avec elles. Mais, emporté par la fatigue, il avait dû se résoudre à aller se coucher. C'est donc dans un hall vide que les femmes pénétrèrent. Elles gravirent en silence l'escalier, qui grinça tellement qu'Akatcheta se demanda pourquoi elles faisaient attention à ne pas parler trop fort pour ne pas réveiller le propriétaire. Mayeka s'affala sur le lit à peine la porte de leur chambre refermée. Jamais elle n'aurait pensé qu'Akatcheta serait si difficile dans le choix du bois pour sa baguette. Rien n'avait semblé prendre grâce à ses yeux. Pas assez joli, trop rigide, trop souple, trop cassant, trop clair… Toutes les excuses étaient bonnes ! Mayé s'allongea sur le lit et regarda le plafond tandis qu'Aka étalait les morceaux de bois sur la commode. Morceaux qui étaient tellement nombreux qu'elle dû en mettre par terre. Pour faire des tests de taille. Au cas où il y aurait des ratés. Mayé ferma les yeux, heureuse. Pour une raison ou une autre, elle se sentait soulager. Elle allait enfin avancer.
Akatcheta lui jeta un coup d'œil en enlevant son manteau et ses gants. Mayé avait l'air claqué. Aka regarda ensuite les bois de toutes les couleurs entassés et elle fronça les sourcils. Au début, elle avait voulu, dans un espoir vain et un plan digne d'enfants, se venger un peu des idées dangereuses de Mayé et la fatiguer pour lui faire abandonner son projet. Mais maintenant, elle avait presque envie de se lancer à sa suite. Les sorciers l'intriguaient. Leur façon de faire de la magie était vraiment bizarre. Et puis, encore plus étrange, c'était que, malgré leur proximité avec le monde non-magique, dans leur style vestimentaire et dans leurs outils (plumes, chaudrons, parchemins,…), tout avait l'air de dater. Comme s'ils étaient resté bloqués un siècle en arrière. Même son peuple semblait plus avancé. Alors qu'elle-même venait d'un village reculé, où les gens avaient tellement peur de se faire repérer que les excursions chez les non-magiques dans l'année se comptaient sur les doigts d'une main ! Mais peut-être était-elle médisante. Peut-être était-ce simplement un style qu'ils se donnaient. Elle avait envie de les étudier plus en détails. De les analyser.
Elle s'allongea ce soir-là en pensant que si le plan de Mayé marchait, elles allaient enfin découvrir de nouvelles choses. Peut-être trouverait-elle des âmes de sorciers errants, avec lesquels discuter et accélérer son analyse. Elle se disait juste que si ce n'était pas un effet de style, s'ils étaient vraiment engoncés dans une technologie et des pensées datant du siècle dernier, Mayeka allait être bien déçus ! Et elle s'endormit, un sourire aux lèvres en imaginant la tête décomposée de Mayé, devant quelqu'un qui lui demanderait de faire une saignée à un patient.
