Dernier OS de cette fanfic ! J'espère qu'elle vous aura plu tout du long, ça été chouette pour moi de l'écrire.
Texte écrit dans le cadre du défi Noël à rebours, limité à 5000 mots et sur le thème Compagnie.
J'avais hâte d'écrire ce chapitre qui est au final le plus long... Ils ont pris leur temps !
Et c'est ainsi que nous laissons Saix et Xion vivre leur petite vie. Bonne lecture !
21 ans
Le salon est rempli d'invités. Entre la famille et les amis, le salon de Cloud et Aerith déborde presque. Saix fait le tour de la pièce pour dire bonjour à tout le monde, il est arrivé il y a une demi-heure en même temps que Barret et Marlene qui ont bien voulu le prendre en chemin.
- Saix, ça alors ! Ça fait un bail !
Demyx n'a pas vraiment changé. Ses cheveux sont plus longs, il n'a pas dû se les teindre récemment car on voit que ses racines sont foncées. Mais il a ce grand sourire chaleureux et l'air nonchalant que le bleu lui a toujours connu.
- Ça te va hyper bien le bleu ! J'avais à peu près cette couleur quand j'étais au lycée, peut-être un peu plus clair ? Heureusement que j'étais jeune parce que aujourd'hui ça m'irait absolument pas ! Mais sur toi c'est méga cool !
Demyx et ses anecdotes. A l'entendre on dirait qu'il a vécu plusieurs vies. Saix l'écoute attentivement. Le blond est de la même branche qu'Axel, se sont des charmeurs. Ils donnent envie de rester auprès d'eux jusqu'à ce qu'ils n'aient plus d'histoires à raconter.
- Et ton pote là... Alex ?
- Axel.
- Ouais, c'est ça ! Il va bien ?
- Très bien. Il travaille et on a emménagé ensemble cette année.
- Ah ouais, vous faites une coloc ?
- Non.
Il a décidé qu'il ne voulait pas se cacher. Qu'il avait trop longtemps couru après ce bonheur pour mentir à son sujet. Il est gay et il le dit haut et fort. Même si moins fort que le roux.
- Oh je vois ! Bravo ! J'étais sûr que ça allait arriver !
Saix fronce les sourcils. Ça, il ne s'y attendait pas. Personne n'a pu les lire, même pas Larxene. Et pourtant, elle les a plus vus ses dernières années que n'importe qui dans sa vie. Une sonnerie de téléphone le coupe avant qu'il ne pose sa question.
- Oups ! Désolé faut que j'aille répondre, sinon il va me casser les oreilles jusqu'à l'année prochaine !
Et le voilà qui s'éloigne, avec un retentissant "Oui mon chéri à moi que j'aime ?!" que toute la maisonnée a dû entendre. Personne ne se retourne, il faut croire que tout le monde savait, sauf Saix. Maintenant il comprend mieux comment Demyx a pu comprendre ce qu'il se jouait entre lui et Axel. Les personnes queer se sentent entre elles.
- Saix, je peux te demander un coup de main s'il te plaît ?
Aerith a un petit sourire contrit. Elle l'entraîne dans la cuisine et le voilà soudainement à gambader entre les convives à servir du vin aux gens et à poser des petits fours et des chips ici et là. Ce petit manège dure un moment, surtout qu'il n'y a pas de vrais repas, juste du grignotage ; le but étant de tenir jusqu'à minuit pour s'offrir des cadeaux. Il n'y a plus d'enfants pour croire au Père Noël, plus besoin de faire semblant. Il n'est pas encore vingt-deux heures et Saix a la tête sur le point d'exploser et la vessie pleine. En se faisant discret, il grimpe à l'étage où personne n'ose vraiment aller. Il se dit qu'avec un peu de chance, les toilettes seront libres.
Il y a une lumière au milieu du couloir. Carrée et blanche, comme un écran. Il se rapproche et, en effet, il s'agit bien d'une lumière émanant de l'écran d'une Switch. Xion est concentrée sur son jeu et ne lui jette pas un seul coup d'œil.
Saix n'ose plus avancer. Il n'a pas vu la gamine depuis trois ans, elle a donc 15 ans désormais. Elle parait toujours petite. Ses cheveux bruns coupés à la garçonne ne cache pas son visage et ses yeux bleus suivent le personnage sur l'écran de sa console. Il s'agit bel et bien de sa petite sœur.
Le bleu n'arrive pas à bouger. Il ne sait ni quoi dire ni quoi faire. Car oui, que dit-on à sa sœur alors qu'on ne lui a jamais accordé d'intérêt ? Lorsqu'il repense à ces années passés, la honte lui dévore l'estomac. Il a passé les première années de sa vie à la haïr et lui pourrir la vie pour ensuite l'ignorer comme si elle n'était qu'un bibelot sur un meuble. Il ne s'est jamais excusé, ne lui a jamais donné une seule marque d'affection. Il n'a jamais répondu à ses mails malgré les tentatives de la jeune fille pour le joindre. Il est le pire frère que l'Histoire ait connu.
Il devrait lui demander pardon. S'agenouiller devant elle et lui présenter les excuses qu'il lui doit. Accepter sa haine, sa colère, sa tristesse. Tout ce qu'elle voudra bien lui donner. Et tout ce qu'elle refusera de lui accorder.
- Tu veux de la compagnie ?
C'est bien la pire phrase qu'il pourrait lui sortir. Trois ans sans se voir, une vie à ne pas se parler et les premiers mots qu'il lui adresse réellement, c'est ça ? Il a très envie de suivre l'impulsion qui lui ordonne de se jeter par la fenêtre.
Elle hausse les épaules sans même lui jeter un coup d'œil. C'est le soir de Noël, il y a son père, sa belle-mère, son amie Marlène et toute sa famille en bas et pourtant elle est ici. En fouillant dans sa mémoire il se rend compte qu'il ne l'a pas vu une seule fois de la soirée. Elle porte un jean lambda et un pull noir qui contraste avec la jolie tenue de tous les invités. Elle n'a jamais eu l'intention de se mêler à eux.
Hésitant, il s'assoit à côté d'elle. Il ne peut pas la laisser seule ici. Parce que... Après tout... Il ne peut juste pas la laisser là... Après 21 ans, peut-être qu'enfin il se sent une âme de grand-frère.
Sur la console, un petit bonhomme blond se balade dans une plaine. Le jeu est plutôt joli, il y a même des animaux. Soudain, un énorme monstre sort de nulle part et fonce sur le personnage. Une bagarre s'enchaîne et sa sœur en sort vainqueuse. Il n'y a pas une once de joie sur son visage, juste de la concentration.
- Bravo ! C'était impressionnant !
Si Axel pouvait le voir... Sa voix est si fausse que même lui peut l'entendre. Mais sa sœur tourne la tête pour le regarder d'un air méfiant. Il lui offre un sourire hésitant, ne sachant pas trop quoi ajouter.
- C'est juste un Linel banal. Il est pas si fort.
- ... Mais il ne t'a même pas touché !
Elle renifle et essuie son nez sur sa manche.
- Normal, je suis forte sur ce jeu.
Sa voix est petite, rauque. Comme si elle fumait. Ou comme si elle ne parlait pas souvent. Il se souvient de l'époque où il ne savait pas si elle avait des amis. Le sentiment le frappe de nouveau à la poitrine, il espère vraiment qu'elle a des personnes à qui elle peut parler, qu'il ne l'a pas laissé seule au monde.
- Et c'est quoi le but du jeu ?
- Y en a pas.
Il fronce les sourcils.
- Comment ça ?
- Y a une quête principale oui, aller détruire Ganon et sauver Zelda mais tu peux aussi l'ignorer et faire ta vie.
- Ah mais c'est un jeu Zelda !
Au regard qu'elle lui lance, il doit vraiment passer pour l'idiot de service.
- T'es pas calé en jeu toi.
- Non, c'est clair...
Il ose un petit rire d'autodérision mais elle ne le suit pas sur ce terrain là. Pas encore.
- Tu vas descendre à un moment ?
- Ouais, pour les cadeaux. Puis j'irai me coucher.
- Il faudrait que tu manges aussi...
- Pas faim.
Il tente d'analyser son corps mais ses vêtements sont en réalité trop grands pour elle. Il a un flash-back d'Hayner qui s'habillait comme ça pour disparaître avant d'enfin se trouver une place auprès de Pence et Olette au lycée. Et un autre d'Aqua, de ses membres fins si fins, des inquiétudes de Terra et de sa jambe qui s'est cassée une fois parce qu'elle était tombée de trop haut pour ses os si frêles. Il ne peut pas s'empêcher de s'inquiéter et de s'en vouloir en même temps. Il a peur pour elle mais de quel droit ressent-il ce sentiment, lui qui l'a tant fait souffrir ?
- Ça te va bien tes cheveux bleus.
Sa réflexion le tire de ses pensées. Sa main, par habitude, attrape une longue mèche bleuté. Il oublie parfois que ce n'est pas sa couleur naturelle et que certaines personnes ne l'ont jamais vu comme ça.
- Merci...
Il ne trouve rien d'autres à répondre, et sa vessie commence à se faire on ne peut plus pressante. Il s'excuse et passe rapidement aux WC. Il a peur qu'elle soit partie lorsqu'il sortira. Aurait-il une autre chance d'avoir une conversation tranquille avec sa sœur s'il laisse passer celle-là ? Il préfère ne pas tenter le diable, et son courage nouvellement acquis. Mais non, Xion n'a pas bougé lorsqu'il retourne dans le couloir. Toujours en train de jouer.
Il se rassoit à côté d'elle et cherche quelque chose à dire. Demander des nouvelles de sa mère ? Elle doit savoir qu'il l'appelle de temps en temps, et puis ça fait un peu fils ingrat. Lui demander ses centres d'intérêts, qui sont ses amis, ce qu'elle aime dans la vie ? Là ça fait vraiment grand-frère ingrat et même s'il sait que c'est le cas, il n'est pas sûr de vraiment supporter cette étiquette.
Xion pose soudainement sa console et se tourne vers lui.
- Tu veux quoi ?
Il ouvre la bouche, la referme. Que veut-il ? Demander pardon, faire amende honorable, être un bon grand-frère pour se racheter de toutes ces années. La protéger. La réalisation le heurte. Il veut la protéger elle qui semble si seule, si fragile, si menue. A cause de lui.
- T'en avais rien à faire de moi jusque là alors pourquoi soudainement tu me parles ? Pourquoi tu t'intéresses à moi ? Qu'est-ce tu veux ?
Elle est méfiante, sur ses gardes, comme un animal sauvage. Elle doit avoir peur aussi, il lui a fait tant de mal. Il ne peut pas lui en vouloir, et il lui doit la vérité.
- J'essaie de trouver un moyen de m'excuser et de me rattraper.
Ça semble la déstabiliser, alors il inspire un coup et il continue.
- Je sais que je te dois des excuses. Une tonne d'excuses. Je sais que je t'ai fait du mal. Je sais que j'ai été le pire grand-frère que l'humanité ait jamais connu. Je sais que tu me déteste sûrement et je comprends. J'ai été horrible, un monstre, je ne pense que ce que je t'ai fait soit pardonnable mais...
Il fait une pause, examine ses yeux bleus, son visages fin, son air enfantin.
- Tu mérites mieux qu'une famille qui s'en fiche que tu sois seule dans un couloir sombre à jouer à un jeu vidéo.
Un silence suit sa déclaration. Puis un éclat apparaît dans son regard, gonfle. Les flammes de la colère lèche ses iris et elle se redresse.
- Pourquoi maintenant ? Pourquoi tu reviens après trois ans ? T'as eu pitié ?
Il ne sait pas trop pourquoi. Axel lui avait proposé de venir encore fêter Noël chez lui et il avait accepté. Mais il avait reçu un message de son père l'informant que la fête se ferait chez lui cette année et qu'il était invité, comme toujours. Il s'est souvenu de la dernière fois qu'il y était allé. Il s'est souvenu d'Aerith, de Barret, de Marlene, de Demyx. De sa mère qu'il n'a pas vu depuis longtemps aussi. Il a eu envie de les revoir, de leur parler, de retenter sa chance dans cette famille qui a continué à l'attendre. C'est pour ça qu'il est venu, mais c'est si dur à expliquer en quelques mots. Il peut juste dire ce qu'il ressent, car ça reste la vérité d'une certaine manière.
- Je ne suis pas revenu spécifiquement pour toi. Je me suis juste senti prêt à renouer et à accepter que la famille me manquait et que je l'aimais.
Tout ça c'est la faute d'Axel. A force de lui dire "je t'aime" ces mots n'ont désormais plus aucune difficulté à franchir ses lèvres lorsqu'il veut être sincère.
- Je t'ai vu par hasard et je me suis dit qu'il était temps que je vienne m'excuser. Que cette histoire dure depuis des années-
- Ah parce que c'est ma faute peut-être ?!
Elle mord pour se protéger. Mais Saix a rencontré Vanitas et depuis, les morsures des autres lui semblent plus acceptables.
- Non. Absolument pas. Rien n'est de faute Xion, absolument rien.
Il voit ses yeux se remplir de larmes, sa bouche se pincer. Elle vacille, détourne la tête. Les sentiments l'envahissent et ils sont trop forts. Il réalise qu'elle a sûrement rêver d'entendre ces mots toute sa vie. Il a passé son temps à lui mettre tous les problèmes du monde sur le dos, elle a sûrement dû fini par y croire. Même si ce n'est pas vrai.
- Je suis le seul coupable dans cette histoire, tu n'as rien à te reprocher.
Elle commence à pleurer, de grosses gouttes d'eau qui dévalent son visage au ralenti. Elle tremble et ses petites mains forment des poings. Elle cherche à contenir la tempête de sentiments qui la traverse. Il aimerait pourvoir faire plus mais il n'arrive pas à tendre le bras pour l'atteindre. Alors il continue de parler.
- Je suis désolé de t'avoir blâmer toutes ces années. Je suis désolé de t'avoir laisser seule tout ce temps. Je suis désolé de n'avoir jamais attrapé la main que tu me tendais. Je suis désolé d'avoir été un si mauvais grand-frère.
Il s'arrête là parce que des sanglots commencent à franchir ses lèvres et qu'il ne veut pas trop lui en mettre sur les épaules. Il attend patiemment qu'elle se calme et qu'elle retrouve la force de continuer cette discussion. Il fouille dans ses poches à la recherche d'un mouchoir et en trouve un qui n'a pas l'air d'avoir été utilisé. Il le lui tend et elle l'attrape pour s'essuyer le visage. Elle se tourne vers lui, les lèvres tremblantes.
- Je... C'est pas... Je peux pas te pardonner de suite...
Chaque mot semble lui demander un effort considérable. Il se penche pour être sûr de mieux l'entendre.
- Mais je... je veux bien... toi et moi... je veux bien qu'on essaie... si tu veux...
Il est tellement, tellement soulagé. Il avait si peur qu'elle le rejette, qu'il ait été trop cruel et qu'elle ne lui permette pas d'essayer de se rattraper. Alors savoir qu'elle veut bien essayer, ça lui fait tant de bien et il n'arrive pas à s'empêcher de lui offrir un sourire. Un petit sourire sûrement un peu cassé. Mais elle lui répond, avec le même sourire de travers. Quinze ans avant de remarquer qu'ils sourient de la même manière.
- Ça te dit de venir en bas ? Il faut que tu manges un peu et il vaut mieux que tu boives.
- Tu veux que je descendes comme ça ?
Et elle pointe du doigts ses vêtements froissés, son visage rouges et chiffonnés. On risque de se jeter sur lui en voyant la gamine dans cet état.
- Tu peux peut-être aller te passer de l'eau sur le visage avant ? Mais sinon c'est pas comme si Cloud était mieux habillé tu sais.
Elle hoche la tête et se relève en se tenant au mur. Il fait de même, ses jambes sont toutes engourdies d'être resté au sol si longtemps. Celles de Xion ne doivent pas être mieux. Il l'attend pendant qu'elle passe à la salle de bain.
- Il faudrait que tu m'expliques pourquoi tu l'appelles par son prénom parfois. Pareil pour maman.
Son visage est plein de gouttes et ses cheveux sont mouillés, elle n'a pas fait les choses à moitié. Il réfléchit à sa réponse pendant qu'elle ramasse sa console et la glisse sous son pull.
- C'est dur parfois de les appeler papa et maman. C'est plus simple de mettre de la distance entre eux et moi.
Elle le regarde quelques secondes, analysant ses paroles avant de hausser les épaules. Qui sait si elle comprend ou non. Il y a encore beaucoup de choses à expliquer, beaucoup de sentiments à déballer. Ils ont un long retard à rattraper l'un sur l'autre.
- On y va ?
- Yep.
Et ensemble, ils descendent les escaliers pour rejoindre la fête de Noël.
