Note d'auteur.
Hello, joyeux Noël ! Eh oui, une suite pour cette histoire, simplement parce que j'avais envie et j'ai tous les pouvoirs =)
Ici, il y a donc : du fluff, du fluff, du fluff et du fluff. Du Iwaoi, aussi, car je les adore, et du Bokuaka c'est gratuit.
J'ai écrit cette histoire pendant le nano (oui, décidément, quelle productivité, j'espère le refaire l'année prochaine parce que whaou) et elle fait presque 10k ! J'en suis plutôt contente, c'est cute et léger et j'aime les trucs comme ça =)
Bonne lecture, kiss
I gave you my heart (spécial 2020)
Daishou était pourtant toujours le premier à dire : « si vous voulez donner gratuitement l'un de vos organes le plus précieux, alors allez demander une faveur à Oikawa ça reviendra au même ». Ce petit enfoiré saisissait toujours la moindre chance pour transformer une petite dette de rien du tout en affaire d'état, et si la mémoire de Suguru était bonne (elle l'était) alors la dernière fois qu'Ushijima lui avait demandé de lui garder son chat pour trois jours, il s'était retrouvé la semaine suivante à servir de panneau publicitaire humain pour la boite dans laquelle Oikawa travaillait.
C'était honteux, et même si Akaashi Keiji était toujours le premier à dire que les affaires étaient les affaires, il avait tout de même légèrement grimacé en apercevant ce pauvre Ushijima faire ainsi le trottoir en costume de panda.
Donc, Daishou savait à quoi s'attendre : il était rentré de lui-même dans la tanière d'un fauve affamé, et le grand sourire d'Oikawa Tooru lui donnait à présent l'envie de fuir. Et de lui mettre son poing dans la tronche Oikawa faisait toujours ressortir le pire en chacun.
Mais il ne fuit pas, non. Car même s'il n'en avait pas l'air, Daishou était un garçon courageux et droit dans ses pompes, qui savait quand abandonner et quand continuer. Et aujourd'hui n'était pas un jour de fuite, il l'avait décidé en se levant le matin.
Un frisson lui remonta le long du dos tandis qu'il s'exclama :
— Ne me regarde pas comme ça, espèce de malade. Je te préviens je ne ferais pas la catin sur un trottoir pour tes beaux yeux !
Iwaizumi, presque allongé sur le canapé d'en face, soupira gravement. Il étendit ses jambes jusqu'à les poser sur les genoux d'Oikawa, et remonta sa capuche en se couchant contre l'accoudoir. Ses yeux étaient fixés sur la Switch qu'il tenait entre les mains et le message était clair : ce n'était pas ses affaires.
Oikawa Tooru sourit de toutes ses dents et pointa Daishou du doigt.
— Tu es celui qui vient me déranger un dimanche pour une faveur, je te rappelle. Alors ne prends pas ce ton avec moi, jeune homme.
Daishou grimaça. Il détestait quand Oikawa avait raison, et malheureusement cela arrivait bien plus souvent que ce que sa fierté acceptait d'avouer. Pour le principe, il fronça le nez et détourna le regard.
Il était effectivement arrivé chez lui quinze minutes plus tôt dans l'espoir de vendre son âme au diable, mais à présent il se demandait très sérieusement si une petite réduction n'était pas possible. Oikawa était devenu ami avec Ushijima depuis le temps, certes, mais Daishou était encore plus proche de lui, non ? Ne méritait-il pas un petit discount sur les intérêts ?
Il déglutit. Même avec ses cheveux décoiffés du matin et son jogging taché, Oikawa restait Oikawa, et cet imbécile avait non seulement de l'autorité mais aussi des contacts.
Pour son projet, Daishou avait besoin de tout ça, il avait besoin de lui.
Tout en se raclant la gorge, il essaya :
— Nous sommes amis depuis quoi ? Des années...
— Je m'en fous, Daishou. Ne me sors pas un vieux monologue de responsable commercial sinon tu dégages de chez moi par le balcon.
Il faisait froid, dehors. Et Daishou avait enlevé son manteau dans l'entrée. Pourquoi y avait-il un balcon dans une maison, déjà ? C'était stupide.
Iwaizumi bailla. Son regard fut attiré par sa mine fatiguée et ses doigts qui pianotaient sur sa console. Daishou fronça les sourcils. Et si...
— Iwaizumi ?
— Non. Je m'en fous. Je ne suis pas là. Ne me parle pas.
Bien. Le message était clair : Daishou se tourna à nouveau vers Oikawa Tooru et inspira profondément. Parfois, il fallait se jeter du haut de l'immeuble. Ou du haut du pont. Quelque chose qui y ressemblait, en tout cas. Une expression comme ça devait bien exister, non ?
— Bien. Qu'est-ce que tu veux, espèce de charognard.
— Tu es malpoli.
— Et toi tu es censé être mon ami. Tu es censé dire « oh mais bien sûr Daishou, si ça compte tellement pour toi alors je t'aiderai avec plaisir, après tout c'est à ça que servent les amis ». Tu es censé m'aider avec gentillesse et bienveillance.
Mais Oikawa haussa un sourcil et ses lèvres s'étirèrent en un rictus très déplaisant.
— Oh ? Alors comme ça, ça compte tellement pour toi. Trop mignon.
Daishou rougit.
— Enfoiré. J'aurais ta peau, un jour.
— Hmm ?
— Je veux dire : que puis-je faire en échange de cette si gentille faveur ?
Daishou commençait à avoir les mains moites : c'était dangereux. Il ne voulait être être vendu sur le marché noir déguisé en panda, ou encore perdre l'un de ses reins. Il avait déjà des problèmes de vessie, alors si en plus il perdait l'un de ses reins il allait être condamné à la couche à perpétuité.
Mais sa détermination ne pouvait flancher maintenant. Il fallait qu'il le fasse : il était un gars bien (ou à peu près bien, dans les grandes lignes, quoi).
— Tu sais ce que je veux, Daishou chéri.
Il écarquilla les yeux.
— Non... pitié.
— Si tu veux que j'exauce ton souhait, alors tu n'as pas le choix.
— Tu veux pas prendre un de mes reins, plutôt ? Je préfère encore la couche à ça.
Oikawa fronça les sourcils.
— Je vais faire comme si ce que tu disais avait un sens et ne pas commenter. Daishou, dépose les armes.
Daishou serra les poings. Oikawa Tooru était un être diabolique et mesquin, Suguru lui était beaucoup trop bon et gentil pour sa survie. Il finit par soupirer, vaincu.
— T'as gagné. Je vais le faire.
— C'est vrai ?
Il hocha la tête. Iwaizumi bougea un peu en fronçant les sourcils devant l'écran de sa console.
— Je vais... me sacrifier.
— Bon garçon.
Oikawa lui tendit la main, et Daishou fit un pacte avec le diable en la lui serrant à contre cœur.
— Peut-être..., souffla-t-il. Peut-être que cette année ça ira ?
— Ouais, t'as le droit d'y croire. Le nouvel an, c'est toujours le plus gros bordel de l'année. (Il sourit largement). Et cette fois ça se passera chez toi. J'ai hâte de voir ça. Très bon choix.
Ce n'était pas un très bon choix du tout. Trop d'alcool, trop de musique, et trop de tout : l'année derrière ils s'étaient tous retrouvés à courir dans les rues du village de Bokuto et Keiji, poursuivis par un sanglier qui avait défoncé leur portail. L'année passée, des témoins de Jehova étaient entrés par la cave de Mika pour les coincer dans son propre salon. Encore avant, il y avait eu l'appareil à raclette qui avait pris feu, qu'ils avaient mis dans la poubelle, puis balancé le tout par la fenêtre. Ils avaient terminé chez les flics.
En un sens : la soirée du nouvel an était maudite, et plus personne ne voulait en être l'hôte.
— Espèce de démon, siffla Daishou en pensant à son magnifique tapis.
Mais Oikawa haussa les épaules. Son air satisfait donna envie à Daishou de sauter de lui-même par le balcon.
Iwaizumi soupira.
— C'est bon, vous avez fini ? Je peux retourner me coucher ?
— Eh bien, mon cher ami Daishou. Tu connais le chemin jusqu'à la porte. J'ai hâte de te revoir à Noël.
Cinq minutes à peine plus tard, Daishou Suguru était jeté sur le palier. Il avait encore tous ses organes et n'avait pas été prostitué en tenue d'animal, mais il ne put s'empêcher de frissonner d'horreur.
Conversation de groupe
[Oikawa Iwaizumi Kuroo Daishou : Mika Yachi Ushijima Akaashi Kenma Bokuto Hinata]
[19H21] Oikawa
Bonsoir à toutes et à tous !
J'espère que vous frétillez d'impatience à l'instant même où je vous parle en vous demandant « Mais pourquoi le grand Oikawa Tooru nous envoie-t-il un message ? » Patience, mes enfants, je vais vous le dire. Voyez-vous, vous me manquez tous terriblement. Je sais, vous pouvez pleurer de joie en lisant ça, je ne vous en voudrais pas. C'est bien normal. Donc, j'ai pensé à vous en ce moment, et je me dis que notre petit groupe n'a pas eu beaucoup d'occasions de se réunir ces derniers temps. Et en réfléchissant en tête à tête avec moi même, je me suis dit : ça ne ferait pas super longtemps qu'on a pas fêté Noël ensemble ?
La réponse ? Si !
Ça fait des lustres.
Alors voilà, je vous invite tous à passer le réveillon dans le chalet de montagne de ma grand-mère, qu'elle a gentiment accepté de me laisser tout simplement parce que je suis son petit-fils préféré. N'hésitez pas à décommander si vous êtes déjà pris, je risquerais d'être vraiment blessé si l'un de vous refuse.
Nous ferons le tirage au sort pour le père-Noël secret la semaine proche : que le sort vous soit favorable !
Je vous embrasse, vous trouverez l'adresse juste en dessous.
Allongé dans le canapé, les yeux rivés sur le film, Oikawa sentit à peine la tête d'Hajime se poser paresseusement sur son épaule. Blotti sous la couverture épaisse qu'il avait ramené depuis leur chambre, il toucha du bout des doigts la boulotte encore tiède qu'ils avaient placé entre eux tandis que les crédits défilaient à l'écran.
Un bâillement lui arracha la mâchoire, et il cligna plusieurs fois des yeux. En tournant la tête, un sourire un peu attendri lui échappa et il dégagea son autre bras pour poser sa main contre la joue d'Iwaizumi. Presque immédiatement, ce dernier fronça les sourcils et ouvrit les yeux.
Il marmonna :
— … froides, 'tain.
Oikawa rit légèrement.
— Désolé, elle était du mauvais côté.
Il n'était pas forcément très tard, mais ils avaient mangé pour quatre et s'étaient levé tôt : passer leur dimanche comme des larves ne leur réussissait pas, mais ils n'avaient même pas eu le courage d'aller faire un footing en se levant.
À présent, Oikawa avait bien envie d'aller regarder la TV dans leur chambre, bien au chaud sous leur couette. Il posa sa joue sur les cheveux d'Hajime.
La pub passa rapidement, et finalement un nouveau film de Noël fut annoncé. Dans le silence de leur salon, alors que la nuit était tombée depuis longtemps, Oikawa lança un petit regard à Iwaizumi qui n'avait pas encore bougé.
— Hey, Iwa-chan ?
Ce dernier lui renvoya un « mmmh » un peu étouffé. Il tira sur la couverture, de sorte à ce que ses pieds soient également couverts. Oikawa passa son bras autour de ses épaules, l'air de rien.
— Tu m'en veux pas trop, pour Noël ?
Il vit ses sourcils se froncer. Aucune réponse ne lui parvint pendant de longues secondes, puis finalement une voix rocailleuse :
— Pourquoi ?
— Et bien, tu sais... parce qu'on est pas que tous les deux.
Il eut envie de le serrer un peu plus contre lui, mais Hajime se dégagea légèrement et haussa les épaules.
— C'est pas grave. Ça fait du bien d'être avec les autres de temps en temps. En plus, Daishou avait l'air de le vouloir vraiment, alors...
Le film qui s'afficha ensuite à la TV, Oikawa fut certain de l'avoir déjà vu.
— Ouais. Je crois que c'est parce que ça va faire trois ans qu'ils sont à nouveau ensemble. Tu sais, depuis le Noël qu'on avait fait tous ensemble. C'était cool, d'ailleurs.
— Ouais, c'était cool.
Hajime était déjà en train de se rendormir. Il lui caressa un peu les cheveux.
— Je m'en fiche, souffla-t-il. Tant que je le fais avec toi, ça me va.
Oikawa rougit un peu. Ses yeux passèrent de l'écran de la TV jusqu'au visage de son meilleur ami, mais ce dernier respirait à nouveau lourdement, les yeux clos.
Tout en se raclant la gorge, il décida que le canapé serait bon pour encore un film de plus.
Akaashi Keiji passa la porte de sa petite maison en se disant que ça y est, il venait de finalement perdre ses orteils. Ses dents claquaient si forts qu'il mit de longues minutes à retirer ses chaussures, et lorsque le moment d'enlever son manteau arriva, il resta immobile dans l'entrée.
Ses yeux se fermèrent, il ne bougea pas pendant de longues secondes, puis un sursaut le réveilla alors qu'une main se posait sur son épaule. Le visage de Bokuto était extrêmement proche.
— Bonsoir, lui dit-il joyeusement et Keiji sourit.
— Bonsoir, répondit-il, même s'il était pratiquement certain de s'être endormi debout.
À quand remontait sa dernière nuit ? Quand avait-il dormi pour la dernière fois ? Il pensait sincèrement que le métier d'éditeur de mangas aurait dû être accompagné d'un avertissement en lettres rouges. Et d'un entretien psychologique, pour être certain que la première semaine n'allait pas tout simplement achever l'étudiant plein d'espoir qui se présenterait devant la porte.
Lui avait survécu à sa première semaine, et aux autres. Ou alors, il n'était plus qu'un fantôme qui marchait et qui dormait dans son sas d'entrée.
Un soupir passa ses lèvres quand Bokuto lui retira son manteau avec soin. Son corps à lui était toujours brûlant, alors il se laissa tomber en avant. Les épais bras du joueur pro l'entourèrent et il soupira encore une fois. C'était à peu près ses seuls capacités à présent : soupirer et frissonner.
— T'as froid ? J'ai vu que les températures étaient devenues négatives.
Akaashi hocha lentement la tête.
— Je sais ce qu'il te faut, annonça Bokuto.
Il le prit comme une poupée, et déplaça Keiji jusqu'au salon. Ce dernier fut certain de s'endormir une ou deux fois pendant le trajet qui ne dura que quelques secondes, et quand finalement Bokuto le posa avec soin sur le canapé avant de l'enrouler dans un plaid, il fit ce qu'il savait faire de mieux. Il soupira.
— Merci, dit-il.
Sa voix ne ressemblait plus à grand chose, mais il s'en ficha. La couverture était épaisse et douce, et il se laissa couler lentement dans le canapé jusqu'à ce qu'on lui mette un bol chaud entre les doigts.
— Il est tard, mais je me suis dit que t'aurais faim. J'ai fait une soupe. Et c'est mangeable, j'ai vérifié.
Les lèvres de Keiji plongèrent presque dedans, et le liquide un peu épais le réchauffa le l'intérieur. Il renifla, car c'était vraiment gentil.
— Merci, répéta-t-il.
— De rien.
Bokuto fut à côté de lui l'instant d'après, et Akaashi se laissa aller dans ses bras jusqu'à ce que son bol de soupe soit vide. La TV était allumé, le chauffage devait être à fond car son nez et ses orteils le piquaient, et sa chemise n'était pas vraiment confortable. Mais la sensation était parfaite, alors il ne bougea pas.
— T'as l'air fatigué.
Il entendit la moue dans la voix de Bokuto, et se contenta de hocher la tête.
— Je vais dormir jusqu'à l'année prochaine. Au moins.
— T'es en vacances ce soir, non ?
C'était vrai. Oui, ses merveilleuses vacances. Il y était enfin, mais rien que d'y penser Keiji se mit à saliver. Il se racla la gorge, et renifla à nouveau.
— Toi aussi ?
— Ouais. On va pouvoir faire plein de trucs. Au fait, ma mère te passe le bonjour.
— Tu lui as parlé ?
— Je l'ai eu au téléphone tout à l'heure.
Akaashi sourit, et s'allongea encore plus.
— Tu l'as appelé pour la recette de la soupe ?
— Comment tu... euh. Je veux dire, pas du tout. Je suis un grand garçon.
— J'en doute pas. Pas une seconde.
La mère de Kotaro considérait tous ses enfants comme les petits bijoux de sa vie : elle les avait très bien éduqués sur certains points, mais avait presque toujours agit comme une mère poule. Pas de cuisine, pas de repassage : c'était un miracle qu'elle ne s'évanouisse pas chaque fois que Bokuto commençait un match.
Il entrait sur le terrain, et la plupart du temps ses deux sœurs se mettaient à pleurer.
— Elle va bien ?
Maintenant que son nez commençait à se réchauffer, Akaashi sentait la douce odeur du shampoing derrière lui : son dos était posément calé contre la poitrine de Kotaro tandis que ce dernier remontait la couverture sur eux. Ses cheveux étaient humides, et Keiji devait certainement sentir la fatigue et la sueur.
Il n'arriva même pas à s'en inquiéter.
— Elle t'embrasse. Elle m'a dit « tu diras bien à Keiji que la prochaine fois il ne pourra pas s'échapper, je vais le remplumer un peu moi ce petit ». Quelque chose comme ça.
— Elle m'en veut ?
— Pourquoi elle t'en voudrait ? Elle t'adore. Mes sœurs aussi t'adorent. Elles sont un peu déçues qu'on fasse pas Noël tous ensemble mais je leur ai promis qu'on irait manger là-bas en janvier. Ça te dérange pas ?
— Jamais.
Et c'était vrai. La mère de Bokuto lui avait tricoté des pulls, préparé des plats pour le boulot, offert son propre livre de cuisine, et ajouté sur la conversation de groupe Messenger « Bokuto's family » crée quatre ans plus tôt.
Keiji adorait cette femme.
— Tant mieux. C'était soit ça, soit elle débarquait ici.
Un sourire lui échappa, et Bokuto lui fit un bisou sur la joue. Sans vraiment de raison, mais Akaashi fut content. Il ferma les yeux.
— J'aime bien les fêtes avec ta famille, avoua-t-il.
Les bras de Bokuto se resserrèrent un peu autour de lui. Keiji renifla.
— Les fêtes avec les amis, c'est sympa aussi. C'était bien la dernière fois.
— En plus à la montagne y'aura encore plus de neige. Je suis jamais allé à la montagne.
C'était honnête et un peu maladroit : Akaashi y était souvent allé, avant. Une fois ses parents séparés, c'était comme si le mot famille n'existait plus, et les vacances avaient disparu.
— Tu pourras me rendre un service ?
— Oui ?
— Je vais aller prendre une douche. En attendant, envoie un message à Oikawa et dis-lui que s'il n'y a pas assez d'alcool, ça va mal aller.
Le rire de Bokuto résonna à son oreille, et Keiji trouva enfin de courage de se redresser. Il se sentait toujours aussi fatigué, mais l'envie de se glisser dans un pyjama propre en sentant bon le gel douche à la noix de coco était plus forte.
Il emporta la couverture avec lui, et traîna des pieds jusqu'au couloir.
Les roues de la voiture glissèrent encore deux ou trois fois sur la route avant que Daishou ne serre le frein à main sur le parking presque vide. Tous les deux blancs comme des linges, ils déglutirent et se lancèrent un regard alors que le moteur se coupait.
— Me regarde pas comme ça, dit Daishou en récupérant ses clés et un sac à dos. Je pensais pas avoir besoin des pneus hiver, cette année.
— C'est pas obligatoire, les pneus hiver ?
Comme aucun d'eux n'en savait rien, ils haussèrent les épaules. Dehors il faisait très froid et la différence de température avec l'intérieur de l'habitacle fit frissonner Kuroo. Il étudia le paysage du regard quelques secondes, et sentit un sourire fleurir sur ses lèvres. C'était joli, entièrement blanc et de là où ils étaient on pouvait faire face à la vallée toute entière. De l'autre côté, près des pistes de ski, de nombreuses personnes faisaient la queue près des télésièges du leur, il n'y avait pas un chat et Kuroo fit les gros yeux aux petites cabines censées les conduire jusqu'en haut, au village où se trouvait le chalet.
Quand il se tourna pour faire le tour de la voiture et aller ouvrir le coffre, Daishou avait son téléphone à l'oreille.
— Oui maman, je t'entends très bien.
Kuroo grimaça. S'il y avait bien une chose qu'il était content de ne pas affronter ce soir, c'était bien la mère de Daishou. Elle ramenait un homme différent à chaque fête un peu officielle, et la dernière fois il avait failli finir noyé dans les toilettes entre l'entrée et le plat pour s'être gouré de prénom. Maurice, Phillipe, Tanaka, Rodolph ? Ça se ressemblait.
En tout cas une chose était sûre, Suguru et sa sœur tenaient leur caractère de cochon de la même personne : cette femme était une sorcière. Une sorcière qui adorait Noël, les chatons, et faire chier ses enfants.
— Maman, écoute... oui... oui... oui, je vois...
Il lui lança un regard implorant, et Kuroo haussa les épaules en articulant « pourquoi t'as décroché, abruti ». Un vent balaya le parking. Il remarqua la présence de la voiture d'Oikawa, celle de Mika, celle de Bokuto, et celle d'Ushijima. Kenma et Hinata n'avaient pas l'air d'être arrivés. Au moins ils n'étaient pas les derniers, ce qui était étonnant vu comment leur voiture s'était transformée en traîneau au milieu de la montée.
— Non, maman... oui, je suis un fils ignoble... oui, Kuroo aussi est désolé...
Il soupira discrètement, et Kuroo pouffa. Décidant que Daishou était décidément dans une situation horrible et qu'il avait tout d'un prince son cheval blanc, il déclara un peu fort :
— Whaou, on arrive presque en haut de la montagne ! Je me demande s'il y a du réseau là haut.
Il remua les sourcils, pour être certain de s'être bien fait comprendre, et Daishou haussa les siens avec une expression qui voulait dire « oh, oui. Pas con ».
— Oh, maman ? Tu m'entends ? Moi pas du tout. Mince, on arrive en haut de la montagne, ça doit être pour ça. Dommage, je t'embrasse !
Il raccrocha, un air satisfait sur le visage, puis essuya de la sueur imaginaire sur son front. Il fixa son téléphone quelques secondes, puis finalement le rangea dans sa poche : il avait dû se demander si le laisser dans la voiture pour en être débarrassé était une bonne idée, avant de comprendre que se faire briser une vitre et voler un téléphone le soir de Noël ne serait vraiment pas cool.
Daishou fit donc le tour de la voiture pour le rejoindre, et ils l'ouvrirent pour attraper leurs deux sacs de sport. Ils ne restaient qu'une nuit ou deux, en fonction de leur état de demain, mais on n'était jamais trop prudent. Une année Hinata avait tellement vomi qu'ils s'étaient presque tous retrouvés en slip dans le salon.
— Elle nous en veut encore ?
— Tu rigoles ? Cette vieille peau nous en reparlera jusqu'à sa mort. Annuler Noël avec elle, c'est comme signer une dette à vie.
Sans que Kuroo ne sache pourquoi, Daishou grimaça à ses mots.
— Putain, on se les gèle. Heureusement que j'ai fourré nos bottes dans la voiture au dernier moment.
Pour une fois, Kuroo fut bien d'accord avec lui : il attrapa sa paire et s'assit presque dans le coffre pour pouvoir les enfiler. Les siennes étaient rondes et noires, et celles de Daishou étaient en accord avec sa nouvelle couleur de cheveux, d'un vert un peu plus sombre que d'habitude.
Une fois parés, ils refermèrent la voiture et s'éloignèrent vers les cabines. Le vieil homme caché dans un coin manqua de les faire s'évanouir tous les deux quand il grogna :
— Vous parlez tellement fort qu'on vous entend sûrement de l'autre côté de la vallée.
Dans un réflexe parfaitement humain, Kuroo couina et fit un bon pour venir se cacher derrière Daishou. Ce dernier soupira largement.
— Désolé, monsieur. On pensait être seuls.
— Vous pensiez que les œufs étaient automatiques ?
— Euh, oui ?
— Bah non.
Il croisa ses bras sur son manteau de pêcheur, perché sur son tabouret.
— Vous êtes les amis du petit Tooru ?
Ils échangèrent un regard, et Kuroo articula « petit Tooru ? » tandis que Daishou haussait les épaules. Il hocha la tête.
— Euh, oui. C'est ça. Le petit Tooru. Parfaitement.
Ils restèrent immobile dans l'entrée de la petite cabane, jusqu'à ce que le vieil homme soupire.
— Pauvre garçon, il est pourtant si gentil. Ses fréquentations laissent à désirer.
Leurs sourcils se froncèrent si fort et si vite que l'homme ne put s'empêcher de les regarder de haut en bas. Il s'arrêta sur la coiffure de Kuroo et sur le pantalon flashy de Daishou.
— J'imagine qu'on y peut rien. Allez-y, montez.
Aucun d'eux ne se fit prier : leurs sacs sur l'épaule, ils traversèrent le petit hangar pour monter dans la première cabine disponible. Juste avant de grimper à son tour, Daishou grogna :
— Si j'avais cru vivre assez longtemps pour que ce soit moi la mauvaise fréquentation par rapport à Oikawa Tooru, je me serais jeté tout seul de son balcon. J'espère que ce vieux vient pas de nous foutre la poisse : j'ai toujours le vertige alors si on reste bloqué en route je fais une crise de nerf.
Kuroo leva les yeux au ciel, et le tira sur le siège en plastique pour qu'il se taise enfin. Quand la machine se remit en route, le tout trembla un coup avant qu'ils ne se mettent en route. Au loin, la montagne se faisait se plus en plus haute et de plus en plus blanche tandis que les larges fils se perdaient dans les arbres.
Le ciel gris les avala.
Le village dans lequel ils arrivèrent était presque plongé dans la nuit alors même qu'il faisait encore à peu près jour dans la vallée. La montre de Kuroo annonça dix-huit heures tandis qu'ils sortaient du hangar : la porte de la cabine s'était ouverte toute seule arrivée à destination, et ils avaient sauté en marche en voyant que rien ne s'arrêtait. À la sortie, ils repérèrent un petit chemin étroit, qu'ils décidèrent de remonter jusqu'à atteindre un plateau.
Sous leurs pieds, la neige craquait délicieusement et Kuroo résista presque cent mètres avant de déposer son sac (qui fit un bruit aigu de bouteilles en verre) par terre et de se pencher pour faire une boule de neige à mains nues.
Dix minutes plus tard, ils étaient tous les essoufflés et trempés, et ce fut Daishou qui abandonna en premier. D'un coup de menton, il invita Kuroo à la suivre tandis qu'il s'avançait au milieu de l'unique petite rue. Il devait y avoir une dizaine de grands chalets en bois, pas plus, et certains semblaient déserts tandis que chez d'autres les lumières étaient allumés.
Après un coup d'œil à son téléphone, Kuroo pointa celui du fond du doigt.
— Il a dit que c'était celui-là.
Daishou haussa les épaules, bien trop crevé par leurs conneries et par la route pour mettre en doute son affirmation. Ils remontèrent ensemble la large rue enneigée, tandis que tout s'assombrissait de plus en plus.
En arrivant devant les petits escaliers en bois qui menaient à la porte d'entrée, Daishou ne put s'empêcher de siffler :
— Merde, il est vraiment riche, alors.
— Je pensais encore qu'il se foutait de nous, je crois.
Daishou hocha la tête. Il repensa à son pauvre appartement, qu'il partageait la plupart du temps avec l'idiot à côté de lui, et serra la mâchoire : Oikawa ne pouvait-il pas utiliser ce superbe bâtiment à chaque fois ? Pourquoi découvraient-ils tous cette information maintenant, après des années à s'entasser dans de petites pièces pour se réunir le temps d'une soirée.
— Je rêve où ce truc a trois étages ? murmura Kuroo.
— Au moins ça veut dire que y'a peu de chance qu'on dorme près d'Ushijima.
Kuroo fut bien d'accord : s'il se retrouvait à moins de dix mètres de lui, il partait dormir dans la baignoire.
— J'ose même pas sonner.
— Tu penses qu'on s'est trompé ?
— Vu les ombres que je vois à la fenêtre, y'a peu de chance.
Au bout de plusieurs longues secondes où ils fixèrent le chalet avec de grands yeux impressionnés, Kuroo finit par bomber le torse. Il monta les marches, Daishou sur ses talons. Toquer trois fois, se reculer d'un pas, attendre, entendre les pas précipités.
Il fut étonné de voir Hinata lui ouvrir la porte, car la voiture de Kenma ne se trouvait pas en bas. S'étaient-ils incrustés avec quelqu'un pour l'aller ?
— Oh, c'est vous !
Il leur sourit.
— Je suis content de vous voir.
— Nous aussi on est content.
Kuroo tendit son poing, et ils firent un check. Apparemment, Hinata trouvait que ce genre de chose était la preuve ultime de l'amitié entre hommes, et Kuroo avait trouvé ça tellement mignon (comme tout le monde, personne n'avait résisté) qu'il le faisait à chaque fois qu'ils se croisaient.
Le regard de Shoyo dévia jusqu'à son sac, puis jusqu'à Daishou. Il lui sourit aussi.
— Oh, Daishou.
Ce dernier commença à transpirer. Car si le petit rouquin était là, alors ça voulait dire...
— Kenma va être ravi de te voir ! Entrez, on fait un jeu dans la cuisine. Quand je suis parti, Mika venait de mettre du liquide vaisselle dans la bouche d'Oikawa.
Dix-neuf heures trente sonna au moment où Kuroo se penchait vers Daishou pour lui murmurer :
— Putain mais en fait Oikawa est pas simplement riche, il est vraiment pété de thunes.
Un immense salon, trois canapés, et une gigantesque TV écran plat : Daishou se demanda avec ironie ce qui pouvait bien lui faire dire ça. À côté d'eux, recroquevillées dans le fauteuil le plus proche de l'écran, Mika et Yachi mangeaient le plus gros bol de gâteau apéro en reniflant bruyamment.
C'était Mika qui avait insisté pour regarder un film aussi tôt, car apparemment Oikawa l'avait privé d'un super marathon dans un cinéma, alors elle lui avait donné deux choix : Disney ou comédies romantiques. Apparemment, Oikawa se sentait prêt à assassiner le premier qui commencerait à chanter la moindre musique de la célèbre franchise d'animation, c'était pourquoi ils se retrouvaient tous devant le grand écran en prenant l'apéritif, pendant que le repas chauffait dans le four.
Ils avaient fait un effort cette fois-ci : les pizzas venaient de chez le traiteur.
Dans un coin de la pièce, Shoyo n'avait toujours pas quitté le sapin. En voyant que la crèche possédait un pont électrique et un train qui faisait le tour de l'immense tronc (c'était un sapin, ça ? Oikawa avait ramené celui de la foret derrière le chalet, c'était impossible autrement), il ne voulait plus le quitter. Kenma avait tiré un gros fauteuil moelleux pour s'asseoir non loin de lui et pouvoir lui passer de temps à autre des chips et des cacahuètes. Apparemment, il régulait sa consommation d'alcool depuis leur dernière fête tous ensemble. Le vomi, les slips, cette histoire-là.
Akaashi, lui, sifflait déjà son troisième verre.
Tout paraissait étrangement normal, si bien que, serrés ainsi dans le coin de leur canapé, ils commencèrent à se détendre. Kuroo passa son bras autour du cou de Daishou, et ce dernier se mis à regarder le film.
C'était très nul, s'il pouvait le dire ainsi sans se risquer à énerver Mika : la fille était insupportable, et son expérience le força à murmurer à l'oreille de Kuroo :
— Dix balles que le mec à un cancer.
— Je paris pas, c'est évident qu'il a un cancer. Ces films sont tous pareils.
La fille s'intéressait au mec un peu bizarre de l'école, et hop tout à coup ils s'embarquaient dans une petite aventure sympathique où elle se rendait compte que la vie ce n'était pas que les cours et que c'était plus cool que ça. À la fin, pourtant, l'un des deux mourrait. C'était ainsi, la dure loi des comédies romantiques faites pour lâcher une ou deux larmes.
Yachi les fusilla du regard, et Kuroo se fit tout petit.
— J'ai soif, grogna-t-il.
— Moi aussi. Mais y'a le cerbère devant les bières.
Akaashi les avait mise au frigo dès que Kuroo les avait sorti de son sac, et gardait depuis la glacière sous la main. À ses cotés, Bokuto semblait passionné par le film pire encore, Ushijima ne clignait même pas des yeux.
— La vodka ?
— Mika.
— Le rhum ?
Kuroo chercha la bouteille du regard. Il grimaça.
— Ça va pas te plaire.
— Oh, pardonnez moi mais Daishou aurait-il soif ?
La voix de Kenma lui donna presque envie de s'évanouir. S'il comptabilisait tous les choses que le meilleur ami de Kuroo lui avait fait subir, alors il se demandait encore comment il pouvait être toujours en vie. Le poil à gratter, cela n'avait été que le premier d'une longue liste : avait suivi les crevettes périmées, le tabasco dans les pattes, le sucre à la place du sel, une petite pique pas sympa sur l'une de ses vidéos, la moindre occasion de lui faire une croche pied, et bien sûr une terrible réputation auprès de la mère de Kuroo.
Shoyo pensait toujours que Kenma adorait en vérité Daishou, puisqu'il en parlait tout le temps, mais personne n'avait eu le courage de lui dire la vérité. Kenma le prenait dans ses bras, dans ces moments là, et lui tapotait la tête en lui disant « ne change jamais Shoyo ». Bon, depuis le temps il avait pris du muscle et avait un peu grandi, mais il était pratiquement resté le même.
Donc, Daishou couina quand le regard de Kenma se posa sur lui de l'autre côté de la pièce.
— Non. Pas du tout. Je suis un vrai chameau, aucun problème.
Il allait mourir s'il ne buvait pas rapidement un truc, mais c'était un problème pour le Daishou de plus tard. Là tout de suite, Kenma plissa les yeux et sembla considérer la possibilité de glisser de l'arsenic dans un verre, vite fait.
— Si tu le dis, finit-il par dire.
Il se tourna vers Shoyo qui activait encore une fois le petit train du sapin. Daishou soupira. Puis il se tourna légèrement vers Kuroo, et ils s'échangèrent un regard.
Je vais pas supporter ça toute ma vie, je te préviens, articula Daishou.
Kuroo remua les sourcils.
Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? T'as déjà essayé de convaincre Kenma que quelqu'un n'était pas un diabolique petit enfoiré ? Surtout si ce quelqu'un c'est toi.
Daishou grogna.
T'insinues un truc, là ?
Kuroo leva les yeux au ciel.
J'insinue rien c'est toi qui me répète tous les jours que t'es fier d'être un enfoiré diabolique.
Cela lui coûtait de l'admettre, mais Kuroo avait raison. Daishou croisa les bras sur sa poitrine et bouda un peu, car s'il avait bien compris sa situation alors il devrait attendre la fin du film pour espérer toucher à la moindre goutte d'alcool.
En se retournant vers la TV, il croisa le regard de Kenma. Ce dernier passa discrètement son pouce sous sa gorge, lui promettant mille souffrances : Daishou fit de son mieux pour ne pas se mettre à le supplier de le laisser tranquille.
La cuisine était à l'image du reste du chalet : immense et propre comme un sou neuf. D'un œil avisé, Iwaizumi sortit légèrement les deux premières pizzas du four, mais décida qu'elles n'étaient pas encore assez cuites. Il remit le tout à l'intérieur, puis se redressa.
S'appuyant sur le plan de travail, Kuroo lança un regard désabusé en direction de la porte qui menait au couloir. Même de là où ils étaient, ils entendaient tous les deux parfaitement les voix d'Akaashi et d'Oikawa qui s'affrontaient sur un karaoké. Apparemment la question n'était plus de savoir qui connaissait le mieux les paroles, mais plutôt qui hurlait le plus fort.
Le rire de Mika battait tout de même toute concurrence.
— Tout le monde s'amuse, remarqua Iwaizumi dans son dos. C'est bien.
Un peu pompette (ils avaient réuni à subtiliser une bouteille à Kenma, et avaient avec Daishou échangé quelques shots) (ils ne savaient toujours pas ce qu'ils avaient avalé, mais en tout cas c'était corsé) Kuroo hocha la tête. Car c'était vrai.
Le film s'était terminé exactement comme ils l'avaient prédit, et ils avaient presque aussitôt poussé la table pour commencer à boire et à danser. Ils s'étaient battu, comme d'habitude, pour le téléphone qui contrôlait la musique, et avait fait des jeux sur la vieille Wii qui traînait à côté du meuble TV. Finalement, il était à présent presque vingt-trois heures et ils n'avaient pas encore mangé.
Le rire de Mika battu encore toute concurrence : d'après les jurons, Oikawa venait de s'éclater sur le sol.
— Je pensais qu'on referait plus de Noël ensemble. On est tous trop vieux maintenant.
— Moi non plus. Mais Oikawa a toujours le chic pour... nous réunir.
En un sens, ça aussi c'était vrai : c'était souvent lui qui envoyait le premier message, qui prenait des nouvelles, qui insistait pour les soirées. Ça valait toujours la peine, même s'il faisait l'inaccessible.
— Pas faux. Ça fait du bien.
Dans son dos, Iwaizumi ouvrit à nouveau le four, puis le referma. La musique changea, et cette fois ce fut Bokuto qui chanta (Kuroo mit quelque secondes avant de comprendre que la voix qu'il entendait avec lui était celle de Daishou).
— Je crois qu'il est encore plus pété que moi. Un jour faudra qu'Akaashi nous dise son secret pour boire autant mais jamais vomir. Ce mec est pire qu'un tonneau.
— Kuroo.
Le ton d'Iwaizumi le força à se retourner. Ce dernier avait les bras croisé et regardait par la fenêtre. Il neigeait.
— Je vais te dire un truc. Simplement parce que j'ai envie de le dire à quelqu'un, et que tu es là. D'accord ?
Il hocha lentement la tête.
— Si c'est ta manière de me rappeler que je suis un piètre ami, ça marche bien...
— Tais-toi.
— Oui, d'accord.
Kuroo attendit sagement. Iwaizumi le fixa longuement avant de soupirer.
— Je vais bientôt emmener Oikawa à l'étranger. Pour ses prochaines vacances.
— Oh. Chouette.
C'était le cas, c'était chouette : une bonne surprise, et Oikawa adorait les surprises de ce genre. Les anniversaires surprises, les visites surprises. Ces trucs-là.
Kuroo hocha lentement la tête.
— Il sera content. Surtout si c'est avec toi.
— Je vais lui demander de m'épouser.
— Oui, tu vas lui demander...
Sa voix mourut, et Kuroo eut l'impression de dé-saouler en quelques secondes. Ses yeux s'écarquillèrent lentement tandis qu'Iwaizumi posait son doigt sur ses lèvres pour lui dire de se taire.
— Et je suis censé garder le secret ? Je suis nul pour les secrets ! Pourquoi tu m'as dit ça à moi, merde.
C'était simple : il devait juste arriver devant Oikawa et ne pas tout lui balancer dans la seconde comme la petite balance qu'il était.
— Kuroo, du calme. C'est pas si compliqué.
Iwaizumi s'agenouilla devant le four, et cette fois sortit réellement les pizzas. Elles paraissaient parfaites, alors il les mit dans des plats et en tandis un à Kuroo. Ce dernier le regardait avec une expression étrange.
— Pourquoi tu fais cette tête ? C'est bon, ta semi-panique de trois secondes et demi est passée ?
— Non, je...
La dernière fois qu'il avait voulu faire une telle chose, il s'était fait quitter. Une bague, un instant précis : repenser à ce moment lui donnait parfois encore envie de pleurer un peu. Puis il se retournait dans le lit, attrapait Daishou et le serrait un peu trop fort.
En général, ce dernier lui mettait un coup dans le genou et lui disait d'arrêter ses conneries.
— T'es courageux, dit-il.
Iwaizumi haussa un sourcil.
— Pas tant que ça. Je connais déjà sa réponse.
Iwaizumi Hajime et Oikawa Tooru ne leur ressemblaient pas du tout : ils ne ressemblaient à personne, en vérité. Bien sûr qu'il n'avait aucune hésitation, c'était logique. Ces deux-là étaient faits pour être ensemble.
Kuroo sourit, et prit la pizza.
— Allons-y, dit-il. J'ai la dalle.
Il commença à marcher vers la porte ouverte de la cuisine, mais s'arrêta en plein milieu. Quand il se retourna, il leva simplement son pouce vers Iwaizumi, puis tendit le poing pour que ce dernier le frappe.
Cette fois, il put enfin sortir.
Daishou ne savait plus vraiment ce qui s'était passé après le « je n'ai jamais » mais apparemment une heure s'était écoulée. Cela avait commencé presque normalement, avec des « je n'ai jamais couché avec quelqu'un dans la pièce » qui avait fait boire tout le monde (ils s'étaient tous retourné vers Ushijima qui avait haussé les épaules. Personne n'était en état de mener l'enquête) puis ils avaient enchaîné avec des choses de plus en plus précises. Finalement, alors que Shoyo commençait à devenir vert, ils avaient décidé de laisser la dernière phrase à Kenma.
Ce dernier l'avait regardé droit dans les yeux en affirmant : « Je n'ai jamais largué mon mec pour une raison débile avant de me remettre avec ». Ça avait été le coup fatal, et ils étaient cette fois tous retourné vers Daishou qui avait avalé le fond de la bouteille.
Quand il ouvrit les yeux, il était allongé sur le tapis, à côté de la table basse. Kuroo lui caressait les cheveux tout en discutant très sérieusement avec Ushijima d'une pièce de théâtre de trois heures à laquelle ils avaient apparemment assisté tous les deux.
Daishou décida de faire comme si de rien n'était quelques secondes encore, jusqu'à ce que Shoyo (qui apparemment allait mieux) ne s'exclame :
— Il est minuit ! C'est l'heure des cadeaux !
Mika avait dû lui faire des couettes à un moment ou à un autre. Daishou redressa, et Kuroo lui envoya un petit regard inquiet. Auquel Daishou répondit par :
— Je suis pété.
Kuroo hocha lentement la tête.
— Moi aussi.
Ils s'assirent presque correctement, et observèrent Shoyo qui couraient rapidement un peu partout. Oikawa, qui était allongé sur tout un canapé, leva son verre dans sa direction :
— Ne perdons pas les bonnes habitudes : tu peux les distribuer.
Apparemment, cela fut suffisant pour son bonheur car Hinata sourit jusqu'aux oreilles et hocha vivement la tête. Daishou regarda le sapin illuminé, et vit qu'on avait placé à ses pieds des dizaines de petits paquets.
Le premier qu'il trouva fut pour Kenma. Un nouveau jeu pour sa Switch, et Kuroo lui fit un petit coucou. Ensuite il y eut Oikawa et son bon pour un massage dans un institut, Mika et sa nouvelle palette de maquillage, Yachi et sa robe à motifs de fraises, Ushijima et son pass annuel à la salle de théâtre...
Kuroo reçut un kit de cravate qui le rendit absolument ravi (Daishou ne l'était pas du tout, en revanche : ces choses étaient affreuses). Quand ce fut finalement son tour, il déchira le paquet en regardant Kenma en coin. Si le père Noël secret l'avait une fois encore désigné, alors ce truc pouvait tout à fait lui sauter au visage.
À la TV, des bêtisiers passaient depuis déjà un moment. Parfois, l'éclat de rire d'Akaashi sortait du bruit de fond habituel, et si au départ ils s'étaient tous regardé comme si la fin du monde était proche, à présent ils ne faisaient même plus attention.
— Oh, laissa échapper Suguru.
Il regarda le joli collier qui se trouvait dans la boite noire, puis leva immédiatement les yeux vers Mika. Cette dernière lui fit le « v » de la victoire avant de choper une part de pizza froide pour mordre dedans.
L'ouverture des cadeaux passa très vite, et bientôt ils se retrouvèrent à écarter la table pour danser à nouveau dans le grand salon. Les chalets étaient assez espacés entre eux, alors le fond fut mis à fond. Daishou but encore un peu plus, et vit Kuroo se siffler la moitié d'une bouteille pour éviter de discuter avec Oikawa. Il accourut presque vers lui en disant :
— Je dois protéger un secret et j'ai juste envie de prendre un micro pour le hurler au monde : fais moi penser à autre chose.
Daishou le regarda avec des yeux ronds, immobile au milieu du dancefloor, puis fit la première chose qui lui passa par la tête. Il lui attrapa l'arrière de la tête pour venir coller leurs lèvres : un baiser un peu hésitant et maladroit, qui avait décidément un goût d'alcool un peu trop prononcé. L'effet fut immédiat, en revanche, car la tête Kuroo fut vide et il sourit contre ses lèvres.
Il murmura :
— Qu'est-ce que je suis content...
Puis la musique reprit et il se mit à danser en s'éloignant. Daishou le regarda partir vers Bokuto qui tentait des figures de breakdance sur le tapis. À côté, accoudés à la table basse, Akaashi semblait avoir proposé un concours de shots à Ushijima.
Daishou entendit presque très clairement ce dernier dire « Attention, je tiens plutôt bien l'alcool » et Keiji répondre « J'espère bien ».
Un sourire aux lèvres, il se laissa aller.
Trente minutes plus tard, Akaashi Keiji se bidonnait devant les bêtisiers et Ushijima ronflait dans sa chambre.
Oikawa sortit de la salle de bain trente minutes après y être entré. Il avait voulu faire vite, simplement pour se débarrasser de l'impression de puer l'alcool, mais avait au final fixé ses pieds pendant dix minutes sans bouger. L'eau lui avait fait du bien, ses cheveux étaient trempés, et quand il arriva dans l'obscurité de la chambre qu'il partageait avec Hajime, il laissa la porte de la salle de bain ouverte.
La serviette qui entourait sa tête tomba au sol, il marcha en baillant jusqu'au lit et se glissa entre les trois couches de couvertures.
Iwaizumi était allongé là, silencieux.
— Je suis crevé, soupira-t-il. Et encore complètement bourré.
— T'as vomi ?
— Oui. Avant ma douche. Mais ne le dit à personne.
Hajime ricana et posa son téléphone sur la table de nuit avant de se retourner. Ses bras entourèrent Oikawa qui se rapprocha en se tortillant.
— Tes cheveux vont tremper l'oreiller.
— Désolé.
Mais il semblait s'en foutre largement car sa main caressa affectueusement ses mèches humides.
Oikawa soupira avec un soupir joyeux et fatigué. La terre tanguait terriblement, encore plus dans cette position.
— Désolé d'être aussi pété, murmura-t-il. Je me suis laissé avoir par Kei-chan. C'était plus fort que moi.
— Tu sais bien qu'il faut pas le défier. Je l'ai jamais vu perdre : les fêtes étudiantes l'ont forgé à la dure.
Tooru rit un peu, et essaya de passer une couverture sous ses pieds. Leurs draps sentaient bons, et Hajime était chaud tout contre lui.
— Tu t'es amusé quand même ? demanda-t-il, le nez dans son t-shirt de pyjama.
Le souffle d'Iwaizumi tombait sur son front.
— Oui. C'était bien.
— Tant mieux. Moi aussi.
Il avait tellement envie de dormir : ses paupières se fermèrent presque toutes seules.
— Demain soir, on aura le chalet juste pour nous deux. On pourra faire Noël à nouveau.
— Ça me parait bien. Je t'ai pas encore offert ton cadeau.
— Moi non plus.
Il avait envie d'être toujours ainsi, de toujours avoir cette incroyable sensation de plaisir au fond de son estomac. Oikawa inspira, expira, et la seconde d'après il respirait lourdement.
Dehors, la neige venait de s'arrêter.
Ce qui réveilla Kuroo au beau milieu de la nuit (enfin, si le soleil n'était pas encore levé cela voulait dire qu'il n'était pas endormi depuis si longtemps que ça) ce fut la main de Suguru qui lui secoua l'épaule.
Sa voix, toute proche de son oreille, lui souffla à plusieurs reprises :
— Kuroo. Kuroo. Kuroo, réveille-toi. Kuroo.
Quand il finit par abandonner et se retourner vers Daishou qui attendait en tailleur, parfaitement habillé sur leur lit, il ne put retenir un soupir.
— Pourquoi est-ce que j'étais certain que tu allais faire ça ?
— Je ne suis pas quelqu'un de prévisible, se défendit-il immédiatement.
— Non, bien sûr que non.
Kuroo roula sur le côté, dans l'espoir de se rendormir, mais Daishou recommença à le secouer.
— Qu'est-ce qui se passe ? dit-il en ouvrant les yeux en grand, bien conscient qu'il ne pourrait à présent pas se rendormir tout de suite.
Daishou hésita. Sa bouche se tordit légèrement, il détourna le regard, et finalement avoua du bout des lèvres :
— Tu veux pas aller te promener un peu dans la neige... ?
À moitié redressé, Kuroo l'étudia attentivement. Daishou était décoiffé, avait remis son manteau et un leggings, et s'était équipé d'une épaisse paire de chaussettes.
Il pencha la tête sur le coté, avant d'acquiescer.
— D'accord, dit-il.
— C'est vrai ?
— Ouais.
Il dégagea les couvertures pour balancer ses jambes hors du lit, et ne grimaça même pas face à l'horloge qui lui annonça « 6H07 ». Kuroo s'étira et fit craquer sa nuque.
— Je suis crevé et j'ai carrément la gerbe, mais t'as l'air tout nostalgique alors j'imagine... qu'on peut aller se rouler un peu dans la neige si t'insistes.
Il crut que Suguru allait lui renvoyer une réplique bien sentie, n'importe laquelle, mais Kuroo n'eut le droit qu'à un petit hochement de tête satisfait.
— Super, dit-il.
Kuroo se leva, jeta un coup d'œil au simple caleçon qu'il portait, puis se tourna vers Daishou qui attendait sagement sur le lit.
— Tu peux aller me sortir un verre d'eau à la cuisine ? Ou une bouteille entière en fait, j'ai super soif. Je te rejoins en bas.
— Ça marche.
Il sortit sans un mot de plus, et cette fois Kuroo fronça largement les sourcils. Ils ne se disputaient pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre non plus, mais c'était quand même rare de le voir céder aussi vite. Avec un long regard en direction de la porte que Daishou venait de refermer, Kuroo enfila un jogging et un t-shirt, puis dénicha ses chaussettes près de son sac de sport.
Ils firent le tour du village désert presque deux fois avant que Daishou ne se décide à briser le silence. Kuroo s'était contenté de faire chaque pas à ses cotés et de lui prendre la main avec un regard interrogateur, mais Suguru n'avait pas voulu lâcher le moindre mot.
Quand il le fit enfin, il pila presque au milieu du petit chemin qui longeait une pente pleine de neige. Sa main broya presque celle de Kuroo.
Il dit :
— La dernière fois... on s'est fait bouffer de la neige.
Comme cela sembla être la fin de sa phrase, Kuroo fronça les sourcils.
— Je t'aime et tout, mais si on pouvait éviter de recommencer ça serait cool. La température est pas tout à faire la même, et je suis vraiment crevé. Bon, après si vraiment tu veux avaler un peu de neige, je peux...
— Je pensais pas pouvoir être aussi heureux. J'avais peur qu'on réussisse par à redevenir comme avant. J'avais peur d'avoir tout gâché.
Le sourire de Kuroo s'envola presque immédiatement, et Daishou lâcha sa main pour s'avancer un peu.
— A ta place, je m'aurais jamais pardonné aussi vite. Mais tu m'en as même pas fait baver. J'ai même pas eu à essayer de te draguer à nouveau ou quoi : t'as direct recommencé à squatter mon appart' sitôt de retour en ville, et j'avais l'impression que c'était...
Il déglutit.
— Que c'était exactement comme avant.
Quand il se retourna en inspirant très fort, Kuroo le regardait avec des yeux presque effrayés. Suguru fronça les sourcils.
— Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Il paraissait presque coupé dans son élan.
— Pourquoi toi tu parles comme ça. Je te préviens si tu m'annonces maintenant que t'as un cancer ou que tu me quittes, je vais pas t'épargner mes larmes. Je vais chialer comme une lavette, et ça sera très gênant pour nous deux.
Daishou l'observa un instant, la bouche ouverte, puis tout à coup son visage se froissa et il éclata de rire : sa voix se répercuta autour d'eux comme un écho. Il se laissa tomber dans la neige à côté, qui était si penchée que cela agit comme un véritable siège glacé.
Il rit encore un moment, moment pendant lequel Kuroo le fixa comme s'il était finalement devenu fou. Suguru avoua presque à bout de souffle :
— Merde, je t'aime vraiment...
Il essuya une larme imaginaire au coin de son œil, et leva la main pour que Kuroo vienne la prendre. Ce qu'il fit presque immédiatement, car Daishou n'était que rarement aussi honnête. Il entrecroisa leurs doigts en se plantant juste devant lui.
Suguru leva la tête.
— Kenma m'a dit que la fois où je t'ai quitté, à Noël, tu allais... m'offrir une bague.
Kuroo écarquilla lentement les yeux. Ça, il ne lui avait jamais dit. Même si les choses s'étaient arrangées, même si tout allait mieux, cela ne réparait pas tout à fait le fait que Kuroo était toujours blessé, et qu'il avait sa fierté.
En détournant le regard, il soupira.
— Il n'aurait pas dû te dire ça.
— J'aurais préféré ne pas le savoir, c'est clair. Je me suis senti mal pendant au moins une semaine après.
Mais les doigts de Daishou se resserrèrent autour des siens, alors Kuroo le regarda à nouveau. Il souriait doucement.
— J'aurais sûrement pas eu les couilles de te laisser partir si t'avais parlé en premier.
— Ça change quoi, maintenant ? On s'en fiche.
— Je m'en fiche pas, moi.
— Je vais pas te la donner maintenant.
— C'est pas ce que je voulais dire.
Sa main libre alla farfouiller dans la poche de son manteau, puis il rapprocha la main de Kuroo en tirant dessus. À hauteur de son nez, il lui enfila un anneau argenté à l'annulaire, puis l'embrassa rapidement.
Les yeux rivés sur ses doigts, Suguru n'osa même pas relever la tête. Kuroo lui s'était entièrement figé. Un coup de vent balaya le plateau, et il se remit tout à coup à neiger : pas de bourrasque comme tout à l'heure, mais de gros flocons tout de même.
Tout en se raclant la gorge, Daishou se releva et passa devant Kuroo regardant le sol. Il avait fait ce pourquoi il avait demandé à Oikawa de les réunir tous ensemble à nouveau pour Noël, à présent ils pouvaient tous les deux retourner dormir.
Seulement Kuroo resta planté dans le sol, et leurs mains étaient toujours jointes.
— Kuroo, c'est toi qui a dit qu'il faisait froid alors...
Un énorme reniflement attira son attention.
— Me dis pas que tu...
— Je t'ai dit que j'allais chialer comme une lavette. Tu joues à quoi ? Tu pensais que j'allais juste te dire « ah ouais, merci pour la bague maintenant on peut retourner dormir » ?
Les joues un peu rouges, Suguru le vit se rapprocher rapidement : Kuroo lâcha sa main et l'entoura de ses bras. Il se serra si fort qu'il dut tapoter son épaule pour pouvoir respirer correctement.
— Je retire ce que j'ai dit, souffla Kuroo à son oreille. Je vais te donner la mienne.
— T'es pas obligé...
Il renfila à nouveau, et Daishou n'eut même pas la force de trouver cela dégoûtant.
— Tu t'es senti obligé, toi ? Parce que t'as eu pitié ?
— Quoi ? Non ! Elle était depuis des mois dans la...
Il se tut à temps, mais Kuroo devait l'avoir entendu car il enfuit sa tête dans son cou encore plus.
— Je suis encore bourré et tu joues avec mes émotions.
— J'aurais pas eu les couilles de le faire dans une autre situation.
— Ouais, ça m'étonne pas.
Mais ça ne parut pas le déranger. Kuroo le tenait comme s'il ne comptait plus jamais le lâcher, et même si Daishou se prenait le vent et la neige dans la figure, il s'en ficha largement.
— J'ai froid, dit-il.
— Moi aussi.
Kuroo renifla à nouveau, mais cette fois il le sentit sourire contre sa peau.
— Je vais sauter l'étape où je te jette dans la neige et passer directement à ça...
Il s'écarta au moment où Daishou fronçait les sourcils, et posa sa bouche sur la sienne. Ses joues étaient humides, il sentit le froid de la bague contre sa peau, et le temps s'arrêta un instant.
Quand il reprit, quelques instants plus part, ils étaient souriants et à bout de souffle.
— Bon, cette fois on rentre. J'ai le cul trempé et on va chopper la crève.
Quand ils repassèrent par le salon en laissant leurs bottes dans l'entrée, Kuroo haussa un sourcil en voyant Mika et Yachi dans le canapé.
La TV était allumée et diffusait les dessins animés du matin, et elles mangeaient des céréales dans un bol fumant. Blotties sous un épais plaid, Yachi semblait de pas les avoir remarqué tant elle dodelinait de la tête. Ses paupières se fermaient toutes seules, mais elle trouva la force de tout de même plonger à nouveau sa culière dans le lait pour la porter ensuite à sa bouche.
En les voyant, Mika posa son doigt sur ses lèvres et leur fit signe de dégager.
En réponse, Kuroo leva sa main gauche devant son visage avec un grand sourire.
Mika écarquilla les yeux.
Daishou entraîna Kuroo à l'étage en levant les yeux au ciel.
Des bisous !
