HELLOOOO oui c'est moi la bouffonne en retard pour ce secret santa édition 2020 avec mes magnifiques Aeliheart974, CATHARSIS, Bxkanx et Partizion :D OUI j'ai écrit la moitié de cet OS hier (le jour du rendu) car OUI ici on fait tout à la dernière minute (ce qui est faux parce qu'en vrai j'ai juste changé de piste au dernier moment ptdr je me fait influencer par une certaine personne que je ne citerais pas)

Pour ce secret santa j'ai choisi les prompts "coronavirus" (oui c'est de mauvais goût mais ça m'a fait rire pendant 1000 ans en voyant le truc) et un peu uni UA du coup (disons que c'est un os qui dévie un peu du canon et qui se déroule juste après le lycée). En vérité j'ai commencé par écrire 25k sur le thème Percy Jackson UA (ce qui m'a fait retomber dans un monde parallèle) avant d'abandonner en réalisant que j'aurais jamais le temps de finir à temps. Et aussi parce que c'était un peu angsty quand même. Bref, prochainement, un kuroshou/sakuatsu avec des demi-dieux hihihi

Voilà donc un petit sakuatsu (avec en bonus du iwaoi) de dernière minute, j'espère que ça vous plaira (en particulier à la personne en question :D) ENJOY

warning : confinement, cycle de sommeil questionnable, mention de Satan, Atsumu est un peu fou, mention de mauvais vins, présence d'Oikawa

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C'est Sakusa qui a l'idée, mais elle vient en réalité d'Atsumu, qui s'est montré suffisamment malin pour évoquer la chose de façon assez subtile pour faire croire à Sakusa que tout ça ne vient que de lui — car Sakusa n'aime pas qu'on lui impose quoi que ce soit, et s'il est conscient qu'une idée vient d'Atsumu, qu'elle soit bonne ou mauvaise, il y a de grandes chances pour qu'il la rejette sans même l'écouter jusqu'au bout. Bref, au final, c'est Atsumu qui a l'idée. Mais si on y réfléchit bien, peut-être que Sakusa l'a eue en premier et a fait croire à Atsumu qu'elle venait de lui qui a pensé faire croire à Sakusa qu'elle venait de lui. Atsumu non plus n'aime pas qu'on lui impose quoi que ce soit.

C'est un peu tordu. Et peu importe qui a eu l'idée. Même si Atsumu trouve que c'est un détail qui a son importance. Celui qui a eu l'idée est de toute évidence le gagnant de toute cette histoire. S'il y a une chose qu'il aime, c'est gagner. Mais il ne saura probablement jamais : il n'y a pas de preuve, si ce n'est des versions plus ou moins modifiées par eux-mêmes.

[18:54] omi-omi : Miya. Qu'est-ce que tu as fait avec les meubles. Remets-les immédiatement à leur place ou je le fais moi-même.

Atsumu se met à bâiller. Peu importe qui a eu l'idée, vraiment. Ils sont tous les deux perdants. Lui, parce qu'il est voué à faire des blagues (pourtant très élaborées) au public le plus malveillant du Japon, et Sakusa, parce qu'il vit dans la peur constante de voir ses propres meubles changer de place.

[18:55] Moi : fais le toi-même ? c'est une menace ?

[18:55] omi-omi : C'est une menace car si une nouvelle organisation de l'espace s'impose, tu peux être sûr que certains objets stratégiques se verront disparaître.

Atsumu imagine que c'est sa façon à lui de dire qu'il lui piquera tous ses Mikados. Il s'en indigne fortement.

[18:56] Moi : j'ai craché dans ton thé l'autre jour

[18:56] omi-omi : Tant mieux pour toi. Je ne l'ai pas bu. Sache que je ne bois jamais un breuvage ayant échappé à ma surveillance ne serait-ce qu'une seconde.

Atsumu décide de lâcher son portable, qu'il regarde tomber par terre sans sourciller. Ce n'est pas un portable particulièrement résistant, mais il ne s'est jusqu'ici pas même fissuré, alors c'est sans risque. Probablement. Il ramène la couette sur lui et étouffe un nouveau bâillement. Il entend des raclements de la pièce voisine ; probablement Sakusa qui s'attaque à sa nouvelle organisation de l'espace. Atsumu n'en a en réalité pas grand-chose à faire.

Il passe cinq minutes à essayer de dormir, puis est réveillé par la sonnerie de son portable, toujours par terre au milieu de paquets de gâteaux à moitié vides. C'est la sonnerie d'Osamu. Il décide de laisser le portable sonner trois fois. Osamu, qui sait pertinemment qu'Atsumu met au moins trois sonneries avant de décrocher (et qu'il le fait dans l'unique but de décourager ses adversaires), ne se laisse pas décourager et appelle encore. Alors Atsumu décroche.

Ce n'est même pas important. Il est question de canapé ruiné (à cause des chats) et de pique-nique avec les voisins. Osamu explique que leurs parents ont installé un escabeau dans le jardin, et que leurs voisins ont fait de même, et qu'ils s'observent depuis par-dessus les palissades en buvant du saké hors de prix qu'ils n'ont pas eu l'occasion de boire autrement. Osamu explique aussi qu'il s'est incrusté uniquement pour leur prendre un peu de saké, puis se barrer, et Atsumu l'accuse d'avoir des vues sur la voisine (celle qui a leur âge et qui a quatre fois cassé la fenêtre de leur chambre en jouant au baseball), mais il sait que c'est faux parce qu'Osamu sort secrètement avec Suna (même s'il le cache affreusement mal). Osamu tente de lui faire comprendre qu'il n'est pas intéressé par la voisine sans évoquer Suna, et Atsumu sait pertinemment qu'il ment mais ne dit rien, encore un peu vexé par le fait que son frère ne lui ait jamais dit qu'il sortait avec Suna, qui est aussi son pote.

Quand ils en viennent à la situation d'Atsumu, ce dernier ne développe pas plus que ça. Il ne dit pas que Sakusa et lui en sont au stade où ils s'insultent par SMS depuis des pièces voisines. Il n'évoque ni le cracha dans le thé, ni son nouveau passe-temps, qui est d'empiler des meubles afin de réaliser des œuvres d'art dignes des musées les plus prestigieux. Mais Osamu a l'air de le deviner.

— Si tu veux rentrer à la maison… commence-t-il d'un ton incertain.

Atsumu éclate de rire.

— Et avoir maman sur le dos ? Non merci. Elle serait capable de me forcer à suivre mes cours.

Il peut presque entendre le haussement d'épaules de son frère.

— Ne t'inquiète pas pour moi, ajoute Atsumu (tout en ayant conscience qu'Osamu ne lui dit probablement pas de revenir parce qu'il s'inquiète réellement pour lui, mais plus parce qu'il n'a plus personne à torturer psychologiquement et s'ennuie certainement. Mais ça ne fait rien. Osamu est autorisé à être un enfoiré dans la mesure où il leur fournit de la nourriture de bonne qualité. Sans ses talents culinaires, il ne serait plus que Satan mal déguisé en humain). Le voisin du dessous m'a prêté au moins dix DVD que je ne compte pas lui rendre. Je suis occupé.

Il ne précise pas qu'il a cassé le lecteur DVD de Sakusa il y a deux jours. Il a peur que ce dernier l'entendre à travers les murs. C'est une information qui doit pour le moment rester secrète, dans son propre intérêt.

— Super, répond Osamu avec l'énergie d'une statue de pierre. Pas la peine de t'inquiéter pour moi non plus, vu que ça t'intéresse. Je vais très bien.

Atsumu bâille encore.

— Ça ne m'intéresse pas, mais merci pour l'info.

— Je raccroche. On me propose plus de saké. Ne te laisse pas tuer par Sakusa dans ton sommeil.

Il raccroche avant de laisser à Atsumu le temps de lui faire comprendre que Sakusa n'est pas la pire menace dans cet appartement.

Atsumu réalise qu'il n'est plus fatigué du tout. Il sort de sa chambre pour mesurer l'ampleur des dégâts. Il avait raison : Sakusa lui a bien piqué ses Mikados.

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Quand leurs cours passent en distanciel, et c'est là que tout commence, Atsumu fait indirectement comprendre à Sakusa qu'il cherche un endroit où se loger le temps que la crise sanitaire passe, et qu'il tient à rester sur Tokyo car rentrer chez lui voudrait dire être obligé de vivre selon un protocole strict et trop saint d'esprit pour lui. Tout le monde sait qu'il est tout sauf saint d'esprit et que Sakusa ne l'est pas plus que lui. Sakusa le regarde longuement et ne lui parle pas pendant peut-être vingt-quatre heures. Puis il lui envoie un message pour lui proposer de loger chez lui le temps que tout cela passe.

C'est un geste assez incroyable de sa part. Connaissant Sakusa, il doit déjà voir le monde comme une terre fissurée et périmée. Cette histoire de virus ne l'a pas plus surpris que si on lui avait annoncé qu'Atsumu avait encore laissé périmer la moitié des produits frais que sa grand-mère lui avait envoyés, quelques semaines plus tôt (ce qui est vrai).

Pour Sakusa, l'arrivée d'un virus est tout à fait naturelle. Elle s'inscrit l'ordre des choses inexplicables mais attendues de l'univers, une liste de trente-six pages que vous pouvez sûrement retrouver sur son blog.

À ce stade, le printemps est à deux pas de chez eux. Atsumu, qui souffre d'une pathologie non répertoriée qu'il a personnellement renommée obsession maladive pour les personnes qui ne peuvent pas le supporter plus de deux secondes mais qui ont de belles mains, cherche juste un moyen de savoir s'il est amoureux de Sakusa Kiyoomi ou s'il s'est juste fait avoir par l'éclat de ses ongles. Sakusa a de beaux ongles et de belles mains, mais ses poignets sont absolument répugnants. Ça n'a pas d'importance, car l'obsession d'Atsumu s'arrête aux mains.

Il ne sait pas ce qu'il a fait de bien (ou de mal) dans sa vie pour que Sakusa le laisse emménager chez lui. Ils sont alors tous les deux étudiants dans la même université et fréquentent le même club de volley, même si Sakusa l'a quitté pendant quelques mois avant de revenir, en paix avec l'idée que le volley fera toujours partie de sa vie. Atsumu savait déjà tout cela, naturellement. Que le volley ferait partie de sa vie à lui et de celle de Sakusa. Toute personne ayant vu Sakusa jouer peut en déduire la même chose.

— Pourquoi tu me laisses loger chez toi ? demande Atsumu.

Sakusa le regarde durement.

— Tu es celui qui a insisté sur le fait que tu cherchais un logement dans le coin.

C'est vrai. Mais ça ne répond pas à la question.

— Ça ne répond pas à la question, dit Atsumu en fronçant les sourcils.

Il aimerait avoir une réponse convaincante, si possible, car il est alors chargé de deux énormes valises et d'un sac à dos moche qui a forcément appartenu à Osamu (Atsumu n'achèterait jamais quelque chose d'aussi laid).

— Tu es un crétin qui as rendu son appartement en pensant rentrer chez lui avant de changer dramatiquement d'avis, réplique froidement Sakusa. Que veux-tu que je te dise ?

— Merci, dit Atsumu, mais encore une fois, ça n'explique pas pourquoi tu veux bien me laisser dormir chez toi.

— Est-ce que ça a vraiment de l'importance ? demande Sakusa.

Il plisse dangereusement les yeux, et Atsumu sait d'expérience que c'est une mauvaise chose, car c'est habituellement l'expression qu'il porte quand il pense avoir vu un insecte dans une pièce fermée, ou quand il soupçonne quelqu'un de porter la même tenue depuis au moins trois jours.

— Ça en a. Je n'ai pas envie de me faire virer du jour au lendemain.

— Sois sans crainte. Si je te vire, je le ferais savoir au préalable. Disons trois ou quatre jours, ce qui laissera largement le temps à ton frère de venir te chercher en voiture, car contrairement à toi, il a son permis.

Oui, Omi, se retient de répondre Atsumu, c'est vrai. C'est vrai, tu as connu le mauvais jumeau. Celui qui ne sait pas conduire. Celui qui ne met pas d'adoucissant dans ses lessives. Mais tu as aussi connu le jumeau qui n'est pas la réincarnation de Satan. Estime-toi heureux.

— C'est très gentil de ta part, répond-il à la place, optant pour un sourire qu'il réserve pour ses fans qu'il n'aime même pas.

Sakusa ne lui propose pas de l'aider à porter ses bagages dans les escaliers, et se contente de le regarder galérer sans un mot. Devant sa porte, au troisième étage, il s'arrête brusquement et force Atsumu à se laver les mains au gel avant de sortir ses clés et de les faire entrer.

Atsumu n'est jamais allé chez Sakusa. Comme tous les gens qui ont parlé au moins une fois avec lui, il pensait encore jusqu'ici qu'il vivait dans un bunker, quelques dizaines de mètres sous terre. Mais les gens sont pleins de surprises. L'appartement de Sakusa est propre mais ne ressemble même pas à la planque d'un tueur en série : il n'y a pas de gants partout ou de de bidons d'eau de javel, pas même d'étagère dramatiquement éclairée juste pour les produits ménagers. Ses meubles sont normaux, sa cuisine est normale, et il y a même une trace de brûlure sur le papier peint.

Sakusa ne lui souhaite pas la bienvenue ni rien. Il lui indique qu'il peut dormir dans la chambre inoccupée. Atsumu veut savoir s'il est riche, mais Sakusa ne semble pas disposé à répondre.

Atsumu va s'installer.

— Tu pourrais me remercier, Omi. Je ne viens que parce que je sais que tu ne survivrais pas seul à une épidémie mondiale. Au final, c'est pour ça que tu m'as laissé venir, hein ? Pour ne pas devenir complètement fou.

— Installe-toi, Miya. Et je te prie de contenir ta curiosité. Ma patience a des limites.

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Les règles de Sakusa sont simples : toujours frapper avant d'entrer, ne jamais manger autre part qu'aux endroits faits pour (qui à vrai dire varient de l'un à l'autre), se laver tous les jours selon un protocole précis, ne sortir que par stricte nécessité. Ce sont là les règles explicites. Les règles implicites sont plus strictes, et veulent sûrement qu'Atsumu ne prononce plus le moindre mot de toute son existence.

Atsumu, qui n'est pas un enfoiré au point de faire exprès de ramener un virus chez la personne qui l'a accueilli, tente de jouer le jeu. Mais il lui faut deux jours avant de sortir en douce vers une heure du matin, dans l'optique d'aller courir un peu pour rester un peu en forme. Il ne passe même pas la porte de l'immeuble — en passant par le deuxième étage, il entend de la musique, et pris de curiosité, frappe à la porte. Un type au brushing impressionnant qui aurait probablement sa place sur un magazine fashion réputé lui ouvre.

— Tu es Miya Atsumu, dit le type sans sourciller.

Atsumu reste un moment immobile, mais finit par admettre qu'à une heure du matin, quand vous n'êtes pas sorti de votre chambre depuis quarante-huit heures, il est tout à fait possible que votre existence se mue en quelque chose d'aussi absurde que, disons, un de ces films hongkongais où le protagoniste est un Élu destiné à sauver la terre entière. Le type au brushing est peut-être un vieux sage secrètement âgé de cinq cent mille ans. C'est le temps qu'il faut pour une maîtrise capillaire aussi proche de la perfection.

— Je n'ai aucune idée de qui tu es, admet Atsumu. Mais je suis ton homme.

Son interlocuteur pose une main sur sa poitrine en prenant air tout à fait scandalisé.

Mon homme ? Je n'ai qu'un homme dans ma vie et c'est Iwa, alors tu peux aller te faire—

Il est interrompu par un autre type, qui le tire en arrière pour prendre sa place. Un rire échappe à Atsumu. Il connaît celui-ci.

— Miya, le salue-t-il d'un air fatigué.

— Hajime ! s'exclame Atsumu.

— C'est Iwaizumi pour toi ! s'exclame le type au brushing.

Mais Atsumu n'écoute pas et s'invite, et continue à appeler Iwaizumi par son prénom.

L'autre type s'appelle Oikawa, et possède comme seuls traits de personnalité son attirance pour Iwaizumi et le fait qu'il devrait être en Argentine en ce moment même. Atsumu, qui ne possède comme seuls traits de personnalité que le fait qu'il soit un enfoiré et son amour pour le volley, le déteste immédiatement. Personne à part lui n'a le droit de se plaindre de ne pas jouer au volley, parce que personne n'aime plus le volley que lui. Alors les autres peuvent bien prendre sur eux, Argentine ou pas.

Iwaizumi ne se plaint quasiment pas, ce qui fait de lui un humain assez respectable pour qu'Atsumu accepte de parler normalement avec lui. Ils ont joué un peu ensemble à l'université, mais Iwaizumi ne souhaite pas passer pro. À part le volley, il aime les vieux films de monstres et les nouilles ultra épicées que personne d'autre n'arrive à avaler sans s'évanouir.

— Je ne savais pas que tu habitais là, dit Atsumu.

— Je savais pas pour toi non plus. Sakusa a laissé quelqu'un rester plus de cinq minutes chez lui ? Tu dois l'avoir menacé d'une façon sacrément efficace.

— Non, je suis juste irrésistible, soupire Atsumu. Mais pas sûr que ça suffise à le convaincre plus d'une semaine.

Oikawa leur sert un vin blanc dégueulasse qui a été débouché depuis trop longtemps. Prenant pitié pour Atsumu, Iwaizumi commence à lui expliquer qu'il faut y aller mollo avec Sakusa, mais qu'Atsumu n'a pas besoin de changer toute sa personnalité pour se rendre plus appréciable (Oikawa renifle dédaigneusement à ces mots), une bonne maîtrise de soi devrait suffire.

— Ce n'est pas que je suis incapable de montrer la moindre gentillesse, dit Atsumu (une affirmation qui serait immédiatement démentie par Osamu). Mais j'oublie de me montrer correct, tu vois ? J'oublie que c'est une option. Je réagis par réflexe.

— Tu n'utilises pas ton cerveau, traduit Oikawa.

Atsumu termine d'une traite son verre de vin dégueulasse.

— Trouve un moyen de t'en rappeler, dit Iwaizumi avec un haussement d'épaules.

Il part dans une explication qu'Atsumu n'écoute que d'une oreille. Il est question de post-it. Il demande à Iwaizumi de répéter.

— Quand il a réalisé Huit et demi, on dit que Fellini a collé un post-it au-dessus de sa caméra sur lequel il aurait écrit « rappelle-toi que tu fais un film drôle », reprend Iwaizumi. Tu peux faire la même chose, mais en écrivant « rappelle-toi d'être sympa ».

C'est une idée stupide, mais à cette heure et après avoir vidé un verre de vin dégueulasse, elle paraît formidable. Quand il rentre finalement, une bonne heure plus tard, Atsumu l'écrit sur un post-it qu'il place juste au-dessus de son lit, sur un spot où son regard revient souvent.

Il se réveille en début d'après-midi. Sakusa lui a laissé du thé. Il est difficile d'imaginer Sakusa cracher dans quoi que ce soit, mais Atsumu se méfie quand même ; il ne boit pas le thé et se décide finalement à sortir pour s'acheter des nouveaux Mikados.

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Finalement, le printemps arrive, jeune et incertain et presque beau dans un vide apocalyptique qu'Atsumu n'a le plaisir d'observer que lorsqu'il part acheter des Mikados. Sinon, il l'observe de loin, à travers la fenêtre. Il n'y a pas grand-chose d'autre à faire, pour tout dire. Il observe aussi les voisins se crier dessus sans même chercher à se faire discrets. Puis il en parle avec Sakusa, qui n'a rien d'autre à faire non plus. Ils se mettent d'accord sur l'absurdité de la dispute des voisins et Atsumu commence à penser qu'il est vraiment amoureux de lui et lui propose de regarder un film d'Iwaizumi, mais il se rappelle qu'il a pété son lecteur DVD et trouve une excuse pour retourner dans sa chambre.

Sakusa finit par le découvrir. Qu'il a cassé son lecteur DVD, pas qu'il est amoureux. Sakusa ne peut jamais savoir qu'il est amoureux ou il le virera à coup sûr. Mais l'histoire du lecteur manque de provoquer la même situation. Il force Atsumu à en acheter un nouveau en prononçant seulement cinq mots.

Après ça, ils se mettent à passer plus de temps ensemble, ce qui est une bonne chose car Atsumu commence alors à devenir un peu fou. Il a définitivement abandonné ses cours et se réveille à une heure qui n'est jamais de près ou de loin la même. Il a l'impression de se réveiller dans un univers différent à chaque fois. La réalité semble fragile à ce point.

Sakusa est étonnement patient. Il doit être devenu un peu fou lui aussi, sauf que sa folie se manifeste dans l'ordre et non le chaos. Il n'y a qu'à voir l'état de ses plats : ils deviennent de plus en plus sophistiqués et variés. Si on veut comparer, Atsumu suit une courbe inverse. La seule chose qu'il arrive désormais à préparer est une omelette avec du ketchup dessus.

— C'est dégoûtant, lui fait savoir Sakusa.

— Ça a le goût de mon enfance, répond Atsumu.

— D'où ma remarque.

— Wow. Que tu t'en prennes à moi, Omi, je comprends. Mais à mon enfance ?

— L'idée d'une famille entière de Miya me donne des frissons, admet Sakusa. Mais je m'excuse pour tes parents. Ce sont probablement de bonnes personnes, même si leur éducation est questionnable.

L'idée d'une bonne personne selon les critères de Sakusa est un peu floue. Atsumu pense au fait que sa mère utilise une seule éponge pour faire la vaisselle, laver la table et essuyer les plaques, et se figure qu'elle ne doit définitivement pas être une bonne personne. Il n'a pas tous les détails, mais connaissant Sakusa, le nombre d'éponges que possède une personne doit fortement jouer dans son habilité à se montrer bonne ou mauvaise.

— Mon frère est Satan, déclare alors Atsumu.

C'est la première fois qu'il en parle à quelqu'un d'autre. Il se demande pourquoi il a attendu si longtemps.

— Bien sûr, répond Sakusa en lui jetant un regard dégoûté.

— Il fallait bien que j'en parle à quelqu'un. Le secret me ronge de l'intérieur. Imagine vivre avec Satan.

— Oh, j'imagine très bien.

Sakusa lui cède une part de nouilles sautées.

— Pense à autre chose que ton enfance, lui dit-il avant de s'éclipser sans explication.

Les nouilles sont délicieuses. Atsumu ne supporte pas les gens qui cuisinent mieux que lui parce qu'il ne peut pas entièrement les détester. De toute façon, il a avec Sakusa passé ce stade depuis longtemps, même s'il le déteste encore un peu. Au point de s'infliger un confinement avec lui. Au point de repenser à son visage à toute heure. Au point de se poser des questions idiotes et niaises tout droit sorties de magazines pour gosses de douze ans.

Dans un éclair de lucidité, Atsumu se rappelle d'être gentil.

— Merci ! s'écrie-t-il.

Mais il reste sans réponse. Sakusa ne l'a probablement pas entendu.

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[04:54] Moi : j'ai besoin de connaître l'histoire derrière la tâche de brûlure dans ta cuisine

[04:54] Moi : raconte-la-moi

[04:56] omi-omi-omi : J'ai voulu me débarrasser d'un cafard et ça n'a pas bien tourné. Cela n'arrivera plus, car j'ai pris mes précautions. Va dormir, Miya.

[04:57] Moi : POURQUOI TU ES DEBOUT À CETTE HEURE

[04:58] omi-omi-omi : J'ai dû oublier de te bloquer. Tes messages m'ont réveillé.

[04: 58] Moi : rien que pour ça, je rajoute un omi à ton contact

[04:58] omi-omi-omi-omi : Comment ça ?

[04:59] Moi : ce sont les règles

[04:59] omi-omi-omi-omi : Quelles règles ? Je croyais que tu aimais vivre « libre comme l'air » (ce qui n'est en réalité une excuse stupide pour ne pas prendre de douche tous les jours).

[04:59] Moi : alors là… ça mérite plus de omi

[05:00] omi-omi-omi-omi-omi-omi-omi : Stop.

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Savoir que Sakusa a un jour accidentellement foutu le feu à sa cuisine en souhaitant éliminer un cafard est une information assez conséquente. Atsumu ne sait pas quoi en faire. Il décide finalement de ne rien en faire : après tout, il est probable que personne n'en ait rien à branler. Les premiers jours, il est méfiant (il est certain de s'être déjà fait traiter de cafard dans le passé, mais ne se rappelle plus par qui), mais il décide finalement qu'il s'en fiche. Que Sakusa lui foute feu, s'il en a envie. Atsumu n'a pas peur du feu ou de quoi que ce soit. Il n'a peur de rien qui ne vient pas directement de lui. Sauf de Sakusa. De ce qui vient de lui en rapport avec Sakusa, pas de Sakusa lui-même.

Ils regardent A Touch of Zen ensemble mais Atsumu dort la moitié du film. Il a le temps d'entendre le personnage principal dire je prie pour être protégé du désordre du monde, et de voir Sakusa hocher la tête, silencieux. Un bref coup d'œil lui indique que ses yeux à lui sont brillants et un peu endormis également. À ce stade, Atsumu ne regarde plus du tout le film. Il s'endort.

Quand il se réveille, le protagoniste rit à la folie et Sakusa est aussi endormi. Il penche dangereusement vers son épaule, alors Atsumu ne fait rien pour l'en empêcher. La présence de sa peau, chaude, à quelques centimètres, se fait ressentir. Le visage tombe en premier, et Atsumu déglutit. Il est amoureux. Il est forcément amoureux. Personne ne peut être heureux de laisser quelqu'un lui dormir dessus à moins d'être amoureux, pense-t-il, il y a forcément un sens derrière tout ça. Son visage baigne alors dans un doux halo coloré, les lèvres fendues par une respiration lente et régulière, les points de beauté comme les contours d'une carte illisible. C'est ça le pire. Si la moitié du temps il est caché par un masque ou une tête d'enterré, Sakusa quelqu'un d'incroyablement attirant. Atsumu trouve d'ailleurs ça un peu stupide. Il ne comprend pas où est l'intérêt. Sakusa n'a rien à faire de cette beauté ; d'autres gens en profiteraient plus.

— Omi ? appelle-t-il doucement.

Un bruit d'étoffe lui répond.

— Omi ? répète-t-il plus bas, car il soudainement moins sûr de vouloir le réveiller.

— Le film, répond ce dernier d'une voix endormie. Concentre-toi.

Son visage ne quitte toujours pas son épaule. Atsumu prend une grande inspiration.

— J'ai rien suivi à ce putain de film.

Sakusa ne répond pas.

— Hey. Tu veux faire autre chose ? Tu veux aller faire chier Oikawa ? Qu'est-ce que tu fais à une heure du mat', toi ? Du ménage ? Ne me demande pas de faire du ménage, il y a des limites.

Sakusa pousse un long soupir directement contre sa peau. Maintenant, c'est un peu injuste. S'il doit vivre selon les stupides règles de Sakusa, il faudrait au moins que lui suive aussi les règles d'Atsumu. Comme par exemple ne pas faire ça.

— Depuis quand tu dors sur les gens ? Tu comptes me dormir dessus toute la nuit ? C'est pour ça que tu m'as laissé emménager, avoue.

À ces mots, Sakusa se relève. Ses yeux lancent des éclairs. Atsumu sourit car il reconnaît là bien Sakusa et sa capacité à se montrer irrité vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais de toutes les choses qui ont le don d'énerver Sakusa, Atsumu sait qu'il est le plus efficace. Cette pensée le remplit d'une joie soudaine.

— Tu m'as dit de contenir ma curiosité quand je suis arrivé, dit-il.

Sakusa bâille.

— Et tu ne m'as toujours pas dit pourquoi tu me laissais dormir chez toi.

— Parce que j'avais besoin d'un coussin, grommelle Sakusa.

Atsumu se figure qu'il doit être particulièrement fatigué pour se laisser aller à l'humour. Mais cette réponse ne satisfait pas Atsumu. C'était un gosse curieux. On le lui a toujours dit. Osamu n'étant pas mieux, ils étaient de vrais démons. Peut-être y a-t-il deux Satan dans le vrai monde. Atsumu se souvient avoir démonté des machines à café et s'être épuisé la gorge à force de questions.

— Admettons que je suis le désordre du monde, reprend Atsumu.

— Ça n'a aucun sens.

— Je suis l'accumulation de tout le désordre qui existe dans ce monde, reprend Atsumu. Qu'est-ce qui explique ma présence chez toi ?

— Nous sommes amis, répond Sakusa, visiblement pris de court.

— Mais encore ?

— Encore quoi ? Il te faut une raison de plus ?

Pour moi oui, veut dire Atsumu. Il n'y a pas de limites à son envie d'être spécial. Il est près de minuit. À cette heure-ci, il n'a pas le temps pour les réponses insatisfaisantes.

Atsumu se rapproche. Les enfants curieux et les adultes curieux peuvent le faire, à la recherche de vérité. On dit qu'on peut la trouver dans le regard des gens, mais rien n'est moins sûr. Sakusa possède un regard de vague noire. Ses joues sont rouges. La lumière est trop faible pour en être absolument sûr. Atsumu se rapproche encore un peu.

Il n'a plus envie de contenir sa curiosité.

— C'est parce que j'ai des sentiments pour toi, lâche alors Sakusa.

Atsumu s'immobilise.

Quoi ?

— Tu m'as entendu, ne me forces pas à me répéter.

— C'est une blague ?

— Oui, Miya, parce que je suis le roi de l'humour.

Malgré lui, Atsumu recule.

— Comment est-ce que tu peux avoir des sentiments pour moi ? Je croyais que j'étais ton ennemi naturel ?

Les yeux de Sakusa glissent au sol. Il semble déjà regretter ses mots. Il n'a pas l'air amoureux du tout, juste amer. Atsumu est encore trop abasourdi pour penser à lui laisser un peu de répit. Les choses ne sont pas censées fonctionner ainsi — il n'est même pas sûr de ce qu'il veut. Si on suit l'ordre logique, il faudrait qu'il trouve ses réponses avant de chercher celles de Sakusa.

— Eh bien, ce sont des choses qui arrivent, rétorque sèchement Sakusa. Comme les invasions de cafards. On a beau employer les grands moyens, les résultats ne suivent pas nécessairement. Et parfois, on prend des décisions stupides.

— Attends, de quelles décisions stupides tu parles, là ? De brûler le mur de la cuisine ou de m'inviter ?

Sakusa se lèvre sans répondre.

— Tu es sûr que tu ne mens pas ? demande Atsumu.

— Qu'est-ce que j'aurais à y gagner ?

Sa voix n'est plus qu'un murmure. Le film est encore en train de passer. C'est une scène de baston. Il n'a pas tout suivi, mais il semble à Atsumu qu'elle a duré très longtemps. Une longue, longue scène de baston, qui prendrait peut-être la moitié du film.

— Si tu mens, dit Atsumu, si tu mens, tu me dois six mille yens.

Sakusa lui jette un regard noir et ferme la porte de sa chambre derrière lui.

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— Je n'ai pas été très sympa avec lui, admet Atsumu.

— Ah ouais ? C'est fou, on s'en fiche, non ? répond Oikawa. Iwa, il reste du vin ?

Ses cheveux sont encore mouillés, ce qui veut dire qu'il n'a pas eu le temps d'effectuer son fameux brushing. Atsumu a beau le détester, il n'est pas fou. Il veut voir l'homme en action. Sa coupe commence à le fatiguer.

— Les post-its n'ont pas aidé ? demande Iwaizumi, qui revient de la cuisine avec une bouteille déjà entamée.

Ils se servent et le vin n'est pas très bon. Oikawa crache la moitié de son verre au visage d'Atsumu et ne s'excuse même pas, puis va chercher une nouvelle bouteille. Elle n'est pas meilleure que l'autre.

— Quels post-its ? demande Atsumu.

— Les post-its— tu sais, pour te rappeler d'être gentil, fait Iwaizumi en plissant des yeux.

— Je sais même plus de quoi tu parles, dit Atsumu avec un haussement d'épaules.

Iwaizumi soupire, puis entreprend de terminer d'une traite son verre. C'est une action qui mérite sa récompense, avec un vin aussi affreux. Atsumu se demande pourquoi il vient encore.

— Ça ne fait rien, reprend Iwaizumi, quelques minutes plus tard. Huit et demi n'était même pas un film drôle. Cette technique n'a jamais marché pour moi non plus.

Oikawa glousse et se retourne vers lui avec un sourire en coin, lui caresse la joue avec une tendresse un peu folle, qui rend Atsumu presque malade de jalousie alors qu'il n'éprouve rien ni pour l'un ni pour l'autre.

— Tu cherches encore à faire plaisir aux gens, même aux pauvres bouffons comme lui, hein ? demande Oikawa. Je dois admettre que c'est très séduisant. Je ne ferais jamais ça, personnellement. Tu vas me manquer, quand je vais enfin pouvoir partir en Argentine.

Iwaizumi répond par une phrase qui ne ressemble même pas à une phrase, et la conversation n'avance plus vraiment à partir de là.

À la fin de la soirée, les cheveux d'Oikawa sont secs et ont pris une forme légère et gracieuse. Il n'y avait pas même besoin de brushing, au final. Il y en a qui ont de la chance.

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— Je n'ai pas été très sympa avec lui, admet Atsumu pour la seconde fois, au téléphone avec Osamu pendant son footing.

Une chaleur de fantôme grossit les rues. Atsumu aime parler en courant, même si ce n'est pas conseillé. Sinon, il ne fera que penser à ce qu'il aurait dû faire ou ne pas faire. Ça le rend fou. Ce fichu enfermement le rend déjà assez fou comme ça.

— Je vais être honnête, répond son frère.

— Je ne m'attends pas à ce que tu me mentes pour me rassurer, grimace Atsumu.

— Je m'y attendais un peu, dit alors Osamu.

— Hein ? Tu rigoles ?

— Je veux dire, Sakusa est bizarre, pas vrai ? Il fonctionne— bizarrement.

— Je crois que ce confinement a un drôle d'effet sur ton champ lexical, dit Atsumu.

— Bref, je sentais qu'il y avait quelque chose, au lycée.

Atsumu a passé le lycée à se demander s'il était amoureux de Kita sans jamais trouver de réponse, alors il n'a jamais remarqué.

— Mais tu es tellement égocentrique que ton manque d'observation n'étonne personne, soupire Osamu.

Et il a tort. Atsumu est bon observateur. Au volley—

— Et ne parle pas du volley, reprend Osamu. Tu remarques les choses les plus folles dans une équipe et ignores les signes les plus évidents en dehors de ça. Bon, ce n'était pas évident, mais quand même. Tu n'es pas amoureux de lui, toi ? Je croyais.

Atsumu a la gorge sèche. Il commence à s'essouffler. L'air chaud lui monte à la tête, et il est si peu sorti, dernièrement, que le moindre contact avec le monde extérieur lui laisse une impression d'irréalité.

— Quand tu dis que je ne remarque pas les choses les plus évidentes—

— Je ne parle pas de Kita, dit Osamu. Désolé de te l'apprendre.

— Hey ! Je parlais pas de ça !

— Tu parles de toi, alors ? Tu ne sais jamais pour toi, c'est ça ?

— C'est compliqué à dire. Omi est beau gosse et j'ai souvent envie de l'embrasser.

— Ugh, je vais raccrocher—

— Attend ! L'autre jour, j'étais persuadé que j'étais amoureux, mais ensuite— j'en sais rien. Je crois que je n'ai pas très bien réagi.

— Sans blague.

Après une courte pause, Osamu reprend :

— Tout n'est pas évident comme le volley.

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Eh bien, tout devrait être évident comme le volley, voilà. Voilà le genre de règles qu'Atsumu a. Si ce n'est pas évident comme le volley, ça ne fonctionne pas. Mais alors peu de choses peuvent fonctionner. Aucune, à vrai dire.

Il a une autre information : Sakusa n'a pas tout de suite vu le volley comme étant une évidence, mais pourtant c'en était une. Ça crève les yeux. Alors les choses peuvent ne pas être évidentes. Parfois. D'une façon ridicule et un peu naze.

Atsumu est curieux, donc. Il passe vingt-quatre heures à éviter Sakusa, puis lui propose un film dont il ne retient même pas le titre et craque en plein milieu. Il ne lui faut que ça pour se retrouver coincé entre un coussin du canapé et le visage de Sakusa, qui l'embrasse à pleine bouche, dans un silence bourdonnant, l'air piquant et gonflé comme celui d'une salle dans la pénombre. À défaut d'y comprendre quelque chose, Atsumu sait faire la part entre ce qui est agréable et ce qui ne l'est pas ; et c'est agréable. Sakusa possède une retenue particulière qui vous donne envie de le pousser à bout ; et Atsumu possède une autre règle sur les choses agréables — c'est qu'on ne fait rien pour y mettre fin.

Quand le film se termine, Sakusa s'écarte de lui juste pour refermer l'écran de l'ordinateur, et l'obscurité se fait quasiment totale. Atsumu commence à imaginer des expressions et des sons, et se figure qu'il est, encore une fois, dévoré par la folie. Que Sakusa laisse quelqu'un toucher sa bouche ou ses dents ou la chose enfouie au fin fond de ses pensées semble absurde. Le bruit que font ses baisers est absurde, et la chaleur soudaine de sa peau l'est également. Il n'y a rien de plus vulnérable que cette façon de se taire et d'espérer — et Atsumu n'y croit toujours pas. Sakusa est sculpté dans la pierre la plus froide. Ce n'est même pas une vraie personne. Dont Atsumu est forcément un peu amoureux, évidence ou non.

— Je dois aller dormir, murmure Sakusa contre son cou. J'ai cours demain matin.

Atsumu laisse échapper un rire essoufflé. Comme s'il allait le laisser partir. On ne met pas si abruptement fin aux choses agréables.

Mais c'est mal connaître Sakusa. Quand Sakusa dit que c'est fini, ce n'est pas une façon de demander à ce qu'on le retienne. Quand Sakusa dit que c'est fini, ça l'est dans la seconde qui suit. Et alors il n'y a plus bouche ni chaleur ni vulnérabilité. Atsumu est seul sur le canapé et, il faut bien l'avouer, sacrément vexé.

Il va se coucher mais ne rêve pas.

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— Tu es un idiot, lui dit Satan.

— Et toi tu es Satan, répond Atsumu.

— Allons. Je suis juste ton frère. Te tourmenter fait partie du contrat. Tu as probablement signé le même.

Atsumu ne s'en souvient pas, mais c'est sûrement arrivé à un très jeune âge.

— Vous vous êtes tous mis d'accord pour faire de ma vie un enfer, dit Atsumu.

— Tu viens de m'expliquer que tu avais embrassé Sakusa il y a deux jours avant de ne plus lui adresser la parole, reprend Satan. J'en conclus donc que tu es stupide. C'est un simple constat.

— Il ne m'a pas parlé non plus !

— Écoute, je m'en fiche un peu.

— Eh bien ne me fais pas la morale, alors !

Connaissant son frère et Suna, il est certain qu'ils ont dû tourner autour du pot pendant trois cents ans avant de faire quoi que ce soit à propos d'eux. Mais Atsumu ne pourra probablement jamais en parler à Osamu parce qu'il n'est pas censé savoir ! C'est ridicule. Il sera probablement prévenu à la toute dernière minute. Genre, la veille de leur mariage.

— Va lui parler, soupire Satan. Et arrête d'aller boire chez les voisins d'en dessous si leur vin est si mauvais.

Atsumu ne veut pas répondre à ça.

— Ok, dit-il, pense à Stairway to Heaven.

— Ne change pas de sujet.

— Je ne change pas de sujet ! Pense à Stairway to Heaven. Sérieusement.

Il attend un instant et reprend :

— Ok, donc. La chanson dure huit minutes et deux secondes.

— C'est ce que t'as fait au lieu d'aller parler à Sakusa ? Apprendre le timing de toutes les chansons que tu écoutes ? soupire son frère. Désolé, mais c'est un peu navrant.

— Oui, bon. La chanson fait huit minutes et deux secondes. C'est un peu long. Et la partie la plus intéressante met un peu de temps à arriver.

— Si tu le dis.

— Mais on ne va pas juste— passer à cette partie spécifique sans écouter le reste, pas vrai ? C'est la montée qui est belle. Les huit minutes et deux secondes complètes.

— Tsumu, si c'est une façon de dire que tu trouves que les choses avec Sakusa avancent trop vite—

— Il n'y a pas eu de période de flirt ou de moment d'agonie profonde ! s'exclame Atsumu. Je n'ai même pas eu le temps d'avoir envie de tenter quoi que ce soit ! Peut-être une ou deux fois !

— Tu dis ça parce que tu es habitué à être à l'agonie sans rien faire. Ce qui est stupide.

— Arrête de parler de Kita !

— Et puis vous avez eu des moments de flirt. Vous n'arrêtez pas de vous chercher depuis le lycée.

Atsumu prend une grande inspiration.

— MAIS JE N'EN AVAIS PAS CONSCIENCE ! ÇA NE COMPTE PAS !

— Je te promets que je vais raccrocher…

— Ouais, c'est ça, raccroche, fait Atsumu.

De toute façon, Sakusa va rentrer d'un moment à l'autre de ses courses, et il ne veut surtout pas que Sakusa entende ne serait-ce qu'un mot de cette conversation.

— Ok, répond Satan, avant de raccrocher.

Avec ça, Satan est de retour aux enfers et Atsumu de retour à sa solitude morne. C'est ça, sa période d'agonie. Il ouvre la fenêtre et observe les personnes masquées traverser la rue. Il y en a peu, alors le jeu n'est pas drôle. Il a fait un rêve, cette nuit. Les rues ressemblaient à l'intérieur d'une trompette géante et il n'arrivait plus à y courir. Un son qui l'angoissait terriblement faisait trembler le monde entier ; et il observait son reflet tordu sur les murs dorés. Fatigué, il voulait rentrer, mais Sakusa lui avait confisqué ses clés. Il toquait à la porte fermée mais personne ne lui répondait. Il restait dehors et tenait sa tête entre ses mains pour l'empêcher d'exploser.

Atsumu soupire. Il entend les bruits des clés dans la serrure. Sakusa rentre.

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Les effets de la solitude sont assez destructeurs chez Atsumu. La folie en fait partie. L'irritation également. Dans un moment de lucidité, il se dit que Sakusa est tout le temps irrité parce qu'il approche peu de personnes. Mais peut-être que ça n'a rien à voir.

Quatre jours passent sans qu'il échange le moindre mot avec Sakusa et, alors que lui-même n'a fait aucun effort pour changer la situation, le fait que Sakusa l'évite tout autant le rend si exaspéré qu'il n'a plus du tout envie de lui adresser la parole. À ce stade, Atsumu ne sait pas s'il tire sa colère de sa proximité avec Sakusa, le fait de comprendre sa présence partout par des bruits, des images, des indices disposés partout dans l'appartement, ou de son absence de parole. Il doit exister un équilibre juste quelque part. Atsumu se prépare une omelette au ketchup et Sakusa rentre dans la pièce de vie à ce moment. Il ne dit rien mais Atsumu sent qu'il s'apprête à faire une remarque.

C'est plus fort que lui, il craque. Il s'énerve. Il ne veut pas entendre sa fichue remarque ou ses fichus reproches. Il s'en fiche. Il veut sortir et voir du monde et se demande s'il est amoureux. Il ne peut tout bonnement pas être amoureux dans ses conditions (il ne parle pas de cette partie), et à force de ne fréquenter que Sakusa pendant des journées entières (il ne le dit pas mais le pense si fort qu'il attend de Sakusa qu'il comprenne tout seul), il se met à imaginer des choses.

Sakusa lui dit de sortir.

Dehors, l'air est encore chaud, encore dégoulinant, fatiguant. Atsumu n'a jamais aimé porter de masque à cette période de l'année.

Il est encore en colère quand il entre dans l'épicerie, mais il ne l'est plus quand il s'arrête au rayon des boissons. Il y fait plus frais. Il ne doit parler de cette dispute à personne car ils sont déjà tous persuadés qu'Atsumu est un enfoiré et il en a assez. Ça n'a pas été un problème jusque là, mais il y a des limites.

Il sort son portable.

[14:09] Moi : ne me vire pas de chez toi il y a 474634 personnes malades dehors et je vais probablement mourir si je ne rentre pas au plus tôt

[14:09] Moi : je t'apporte quelque chose à boire stv

Atsumu va payer avant de recevoir la réponse de Sakusa. Peut-être que passer du temps avec quelqu'un finit par vous envahir de pensées inhabituelles, mais c'est précisément ce qu'il attendait. Il a accepté de venir pour ça, après tout. Avoir une réponse dans l'extrême.

Si Atsumu n'aime pas Sakusa, il peut aimer n'importe qui. Il fixe la caissière pendant trente secondes et se dit qu'elle est très jolie et qu'il pourrait facilement être un peu amoureux d'elle. Elle lui propose un sac. Sa voix est jolie. Mais Atsumu l'oublie avant même de lui dire au revoir et en conclu que s'il n'aime pas la jolie caissière à la jolie voix, il doit aimer Sakusa. C'est l'un ou l'autre, vraiment.

Il sort son portable.

[14:14] omi-omi-omi-omi-omi-omi-omi-omi-omi-omi-omi-omi : Ok.

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Quand Atsumu rentre, il ne trouve pas Sakusa en train de l'attendre sur le canapé, alors il ouvre la porte de sa chambre sans frapper.

— TU ME DOIS SIX MILLE YENS, crie Atsumu.

Sakusa est assis à son bureau. Il lève les yeux du bouquin placé devant lui, bien à plat au centre du meuble, parallèle à ses côtés.

— Non, je ne te dois rien du tout. Et en fait, si quelqu'un doit quelque chose, c'est toi.

— Pourquoi, tu veux te faire payer pour ta prestation de l'autre jour ? demande Atsumu. C'est payant, de t'embrasser, maintenant ? T'aurais pu prévenir.

Les joues de Sakusa foncent légèrement, mais il ne tombe pas dans le piège. Il se lève d'un geste rapide et s'approche sans laisser déborder la moindre émotion. Atsumu, par réflexe, recule d'un pas.

— Ferme-la, Miya. Si tu veux savoir, tu me dois un stock de sauces et de papier toilette. Mais si tu veux parler du baiser, parlons-en.

Atsumu attend. Il déglutit.

— Et mes sentiments n'ont pas changé, au passage, reprend Sakusa. Ce qui est assez étonnant, si on prend en compte les deux dernières conversations que nous avons eues. Mais rassure-toi, si tu continues à faire ton connard comme ça, ce sera probablement terminé très rapidement.

— Tu as une drôle façon de montrer ton—

— Franchement, Miya, ferme-la. Je n'ai pas envie de t'entendre te plaindre. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? C'est ton problème, si tu regrettes de m'avoir embrassé. Je ne t'ai rien demandé. Et si ça peut te rassurer, je pense que cette situation fait plus de mal à moi qu'à toi.

Atsumu repense au baiser et réalise qu'il a oublié qui a embrassé qui en premier. Puis il abandonne l'idée d'argumenter face à la lueur blessée qu'il trouve sur le visage de Sakusa. Son cœur se serre et les mots restent au fond de sa gorge un instant.

— Le mieux serait probablement que tu partes, continue Sakusa, d'un ton détaché et habituel qui doit lui servir de façade. La situation semble compromise.

Sa façon de dire la situation est compromise ressemble à sa façon de dire la situation est compromise quand il réalise qu'Atsumu utilise un déodorant périmé. Atsumu se figure qu'il n'aura jamais l'heureuse tendresse d'Oikawa quand il regarde Iwaizumi. Il réalise également qu'il s'en fiche un peu. Il ne veut juste pas de cette expression.

— Ou alors, commence-t-il d'un ton incertain.

Non. Il se reprend. La caissière, Sakusa.

— Ou alors tu me laisses t'embrasser et on arrête de se prendre la tête, reprend Atsumu.

Sakusa hausse un sourcil.

— Ma bouche est en bon état, continue Atsumu. Tu as pu le constater toi-même.

Pour un effet plus dramatique, il sort une bouteille de gel de sa poche et s'en tartine les mains.

— Voilà, comme ça, dit-il. Sexy et propre.

— Miya, dit Sakusa.

— Omi ?

— Si c'est une blague—

— Oh, allez. C'est pas mon genre.

Mais Sakusa ne bouge pas. Il ne répond pas à l'invitation d'Atsumu, et garde son expression blessée. Atsumu en vient à la conclusion qu'il a grillé des étapes.

— Je suis allé à l'épicerie et je n'étais pas du tout amoureux de la caissière, explique-t-il alors.

Ça n'a pas l'air très convaincant. Sakusa fronce les sourcils. Atsumu décide de reprendre depuis le début.

— Ok, dit-il, pense à Stairway to Heaven.

Cette explication-là n'a pas non plus l'air de fonctionner. À ce stade, Atsumu est fatigué des explications. Il soupire. La fenêtre de Sakusa est ouverte et un air de fanfare leur parvient. Atsumu repense à son rêve et aux murs dorés. Il en a presque mal à la tête.

— Tu sais pourquoi j'ai emménagé avec toi ? demande-t-il alors.

— Pour éviter d'avoir à suivre tes cours, rester sur Tokyo, et pour ne pas partager ton repas avec Satan, cite Sakusa.

— Pour— oui, il y a de ça, mais essentiellement pour mettre au point un autre truc. En rapport avec toi.

— Et donc ?

— Et donc j'en ai conclu que c'était une terrible méthode, parce que cette situation me fait perdre la tête, mais aussi que j'avais étonnamment toujours envie de t'embrasser et peut-être de t'emmener dans un endroit sympathique, un de ces jours.

Sakusa plisse les yeux. C'en est trop. Atsumu se retient de s'écrouler de frustration. Que faut-il donc dire pour qu'il comprenne ? Il n'est pas sûr de pouvoir faire plus explicite que ça.

— M'emmener dans un endroit sympa ? J'espère que tu es au courant que c'est fortement déconseillé dans la situation actuelle, l'accuse Sakusa. Et je suis sûr que tes goûts sont terribles. Si un endroit sympa fait référence à ce lieu immonde où on achète du liquide spécial et où les gens inscrivent des dictons communistes sur les portes des toilettes…

— Omi, nous en avons déjà parlé. Ça s'appelle un bar.

— Dans tous les cas, en plein milieu d'une pandémie mondiale—

Laissant échapper un lourd soupir, Atsumu s'avance et lui attrape le visage. Sakusa frémit à peine. Pendant un court instant, il reste sévère et dur comme la pierre froide où on l'a sculpté. Puis avec lenteur, il amène une main sur la main d'Atsumu. Ce geste seul provoque une série de réactions mécaniques à l'intérieur du corps d'Atsumu. Son cœur se met à battre à toute vitesse.

— Tu ne mens pas, n'est-ce pas ? demande Sakusa.

Comment a-t-il seulement pu croire qu'il n'était pas amoureux ? Atsumu met tout sur le compte de la folie. Il secoue la tête, sentant un sourire en coin se glisser sur son visage.

— Si tu mens tu me dois six mille yens, ajoute Sakusa, juste avant de se pencher et de déposer ses lèvres sur les siennes.

Atsumu s'applique à ne pas laisser son sourire faire obstacle au baiser, et offre à Sakusa sa plus belle confession.

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— LA TECHNIQUE DES POST-ITS N'A JAMAIS MARCHÉE, fait Oikawa.

— Quelle technique des post-its, grimace Atsumu.

— LES POST-ITS COLLENT MAL. C'EST POUR ÇA.

— Si tu n'arrêtes pas de crier je te vire de chez moi, se lamente Iwaizumi.

— Pour me laisser vivre avec ce torchon ? s'exclame Oikawa en désignant Atsumu. C'EST CRUEL !

Atsumu ne lui fait pas savoir que ça n'arriverait jamais et boit une autre gorgée du mauvais vin du soir.

— Mon frère m'a envoyé une bonne bouteille de blanc, dit-il. Je pensais l'emmener ici pour vous apprendre ce que c'est. Mais j'ai changé d'avis et je l'ai bue avec Omi. Enfin, lui n'a pas beaucoup bu. Il m'a raconté une histoire incompréhensible sur des rats dans des camions de livraison.

— Mais enfin, Atsumu, sourit Oikawa. Qu'est-ce que tu crois qu'on fait de nos bonnes bouteilles ?

Atsumu sourit de plus belle. Ils en sont donc à ce stade-là. Il lève son verre.

— Aux choses inexplicables mais attendues de l'univers, dit-il.

Oikawa trinque sans même demander ce qu'il veut dire par là. Finalement, c'est Iwaizumi qui prend la parole le premier.

— Au fait, pourquoi est-ce que tu as volontairement voulu habituer avec un type qui compare les marques d'aspirateurs sur quechoisir-org ?

De la part d'un type qui sort avec un autre type qui compare les marques d'après-shampoing sur quechoisir-org, c'est assez mal placé. Atsumu hausse les épaules.

— Je crois que c'est à cause de ses ongles, explique-t-il.

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fin.

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VOILÀ. Sachez que j'ai testé la technique des post-its en écrivant l'OS Percy Jackson justement. Le but c'était de me rappeler de pas faire un truc trop angst. Ben mon post-it s'est décollé et j'ai quand même fait un truc un peu angst. En même temps yo c'est Percy Jackson ? Même si on veut nous faire croire que c'est marrant en vrai c'est déprimant. Bref on peut en déduire de tout ça que Fellini est un menteur.

Du coup cet OS était pour Partizion (CŒUR SUR TOI MA BELLE), ce qui est fun parce que c'est aussi elle qui m'a eue pour le secret santa ET elle m'a aussi fait un sakuatsu ? bitch its called true love. J'espère que tu as aimé ! C'était en tout cas très fun à écrire même si c'était un peu chaotique !

N'hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez lu, ça me fait toujours énormément plaisir ! Je mets parfois du temps à répondre SORRY, mais ça me fait toujours chaud au cœur.

Des bisous, j'ai peut-être pas l'air très active mais je continue à écrire et j'ai des trucs en cours (dont un projet avec Aeli hihihi je dis rien de plus mais c'est pour bientôt...) ! À PLUS