Aaaah, je suis tellement tellement navrée ! Je sais, je vous avais promis la suite hier au plus tard mais j'ai comme qui dirait… sous-estimé le temps que j'avais (grossière erreur !). D'autant plus que j'ai écrit beaucoup plus que je n'aurais imaginé dans un premier temps. Je pense que ça fait très longtemps qu'un de mes chapitres n'a pas été aussi long… Je me suis laissé porter par mon imagination et tadaaa !
En tout cas, merci pour vos nombreuses réactions qui m'ont fait chaud au cœur. Je prends tellement de plaisir à vous voir apprécier mes écrits, ça me donne encore plus envie de continuer.
J'espère malgré mon retard que vous ne serez pas déçus. Je m'excuse d'avance si j'ai quelque peu franchi la ligne « gnan-gnan », « amoureux transis ». Mais bon, LA MAGIE DE NOËL !
Sur ce, je vous laisse à votre lecture… Et avec un petit peu de retard, je vous souhaite un Joyeux Noël !
Les jours avaient filé à une vitesse, laissant à Hélène et son équipe tout juste le temps de boucler l'enquête avant le 24 décembre, au grand bonheur de Balthazar !
Il s'était creusé la tête durant des nuits entières, essayant de mettre en place le plan parfait. Il avait imaginé tous les scénarios possibles, s'était attardé sur tous les imprévus qui pouvaient avoir lieu et avait trouvé à chacun d'entre eux un plan B, anticipant toutes les excuses qu'elle risquait fortement de lui sortir pour échapper à son invitation. Il voulait que tout fonctionne sans accroches.
Balthazar était excité comme une puce, et avait eu du mal à tenir en place toute la journée, rendant presque fous Eddy et Fatim à l'IML. Ils avaient certes l'habitude de ses frasques loufoques, mais aujourd'hui il y avait eu quelque chose de différent dans son comportement, une subtilité sur laquelle les deux jeunes légistes n'avaient pas réussi à mettre le doigt.
Comme cadeau de Noël un peu en avance, Balthazar avait décidé de libérer les deux jeunes quelques heures plus tôt, les laissant penser qu'il ne s'agissait là que d'un acte de pure bonté de sa part. En vérité, cela lui laisser tout le temps de se préparer pour ce soir…
Lorsque la nuit tomba et que les rues de Paris s'étaient alors tapies dans l'obscurité, il devenait de plus en plus anxieux. Pourtant, Raphaël Balthazar n'était jamais anxieux, pas quand il s'agissait de séduire une femme. Mais cette fois-ci, il ne s'agissait pas de n'importe quelle femme, c'était son Hélène. La flic passionnée au tempérament de feu, la maman attentionnée, parfois stricte mais toujours juste et la femme magnifique et captivante qu'elle était. Bon Dieu, qu'est-ce qu'il était fou d'elle. Elle n'avait même pas la moindre idée de l'effet qu'elle pouvait avoir sur les hommes, et sur lui… il avait bien l'intention de le lui montrer ce soir.
Après avoir tout préparé minutieusement, rejoué la scène encore et encore dans sa tête, il chevaucha le volant de sa nouvelle BMW Z8 en direction de la banlieue Parisienne, dans un état frôlant l'euphorie.
Il arriva plus vite qu'il ne l'aurait cru, et se retrouvait maintenant en face de sa maison. Le quartier était plongé dans un calme absolu, et il pouvait deviner de la lumière au travers d'une des fenêtres de la bâtisse. Elle était chez elle, c'était déjà un bon début.
Alors qu'il se retrouva debout face à la porte d'entrée, il se sentit soudainement idiot et eut un élan de doutes qui le paralysa. Et si elle l'envoyait bouler ? Si elle ne voulait pas de sa compagnie ? Ressaisis-toi, Raph. Tu gères. Après tout, c'est vrai… il n'y avait aucune raison que les choses se passent mal. Reste fidèle à toi-même, tout ira bien.
Une fois son petit boost de confiance en soi terminé, il se décida à sonner. Il attendit, patiemment, sentant son cœur battre ardemment dans sa poitrine et ses mains devenir de plus en plus moites malgré le froid cinglant de cette soirée d'hiver.
Son rythme cardiaque s'accélérait tandis qu'il commençait à entendre du mouvement derrière la porte, puis enfin sa silhouette apparut au travers des carreaux brouillés.
Lorsqu'Hélène ouvrit la porte, le spectacle qui s'offrit alors à elle la déstabilisa complètement et la laissa presque sans voix.
« Mais qu'est-ce que vous- »
« Ho, ho, ho ! »
Raphaël Balthazar, l'étudiant ayant fini major de sa promo, le médecin légiste le plus réputé de tout Paris se trouvait là, sur le porche de sa maison un 24 décembre au soir, feignant une piètre imitation du Père Noël, une fausse barbe accrochée à son menton, un bonnet de Noël sur la tête et un gros sac rouge sur son épaule.
« Balthazar, c'est quoi ce délire ? »
« Ce n'est pas Balthazar, c'est le Père Noël ! » Ajouta-t-il, toujours avec sa grosse voix. Hélène ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Décidemment, il ne changerait jamais.
« J'ai passé l'âge vous savez… »
Elle voulut paraître agacée, mais elle ne put retenir son sourire amusé.
« Un de mes petits lutins m'a dit que vous seriez seule ce soir, et quelle chance vous avez… ! J'étais libre aussi, du coup, je me suis dit que ça serait con de passer Noël chacun dans son coin. »
Balthazar avait repris sa voix normale, et s'était lancé dans son opération persuasion. Hélène soupira et pencha sa tête légèrement sur le côté. Elle devina alors qu'il s'était probablement souvenu de sa petite discussion avec Delgado l'autre jour et qu'il avait sûrement eu pitié d'elle de la savoir toute seule un jour de fête. Son premier instinct fut alors de le repousser, comme à son habitude et au grand dam de Balthazar, qui ne se découragea pas pour autant.
Elle se pencha vers lui, un léger sourire au coin des lèvres.
« Vous direz à vos petits lutins que je me porte très bien toute seule. »
« Oh, allez. C'est pas comme si vous aviez mieux à faire que de passer une soirée en ma compagnie. » Dit-il en se débarrassant de son bonnet et de sa fausse barbe pour laisser apparaître son sourire charmeur.
Hélène secoua la tête, souriant bêtement.
« Vous êtes incorrigible. Mais vraiment, vous sentez pas obligé de faire ça. »
Raphaël arbora un air faussement confus sur le visage.
« Ah non mais attendez, je pense qu'on s'est pas bien compris. »
Il s'avança de quelques mètres, monta la marche du perron.
« Je vous laisse pas le choix, Capitaine. » dit-il fièrement, tandis qu'il se fraya un chemin entre Hélène et la porte d'entrée, sans demander son reste. Elle l'observa ébahie, sans comprendre ce qu'il se passait.
« Nan mais, Balthazar ! »
Hélène n'en croyait pas ses yeux. Elle ferma la porte et le suivit rapidement à l'intérieur.
« Je ne suis même pas présentable, j'ai l'air ridicule et- »
Balthazar s'arrêta net et se tourna à son tour si brusquement qu'elle manqua de lui rentrer dedans. Il plongea son regard dans le sien, avant de laisser ses yeux descendre le long de son corps. Elle n'était pas vêtue de manière festive, certes, mais il la préférait nettement comme ça, habillée de manière décontractée et belle au naturel.
Elle avait troqué son jean et sa chemise, son apparat de travail, contre un pull en laine légèrement trop grand pour elle qui laissait apercevoir le haut d'une de ses épaules et un pantalon de yoga gris qui lui épousait parfaitement les jambes.
Pieds nus et les cheveux détachés, elle paraissait tel un petit oiseau fragile, si bien qu'il dût repousser ce besoin soudain de la prendre dans ses bras.
Il la regarda avec un air si malicieux, qu'elle pouvait sentir ses joues se réchauffer. Il ne manquerait plus qu'elle ne pique un fard devant lui !
« Vous êtes très jolie comme ça, Hélène. »
Bon sang, qu'est-ce qu'il avait le don pour la mettre mal à l'aise.
Ils restèrent plantés là encore quelques instants, leurs regards intensément accrochés. Balthazar sentit alors que les choses risquaient de rapidement déraper de son côté s'il ne mettait pas fin à ce petit échange. Il se racla alors la gorge et décida de changer de sujet.
« Je vais vous préparer un de ces repas, vous m'en direz des nouvelles ! » Il s'exclama, enthousiaste, tandis qu'il se dirigea vers la cuisine.
Perplexe, Hélène le regarda pénétrer dans son intimité, sans broncher.
« Nan mais allez-y, faites comme chez vous. » Marmonna-t-elle sur un ton légèrement ironique.
Elle avait une nouvelle fois céder à ses idées rocambolesques. Il avait gagné, encore une fois. Et le voilà maintenant prenant ses marques dans son espace personnel.
Elle était encore confuse de ce qu'il venait de se produire. Elle n'avait pas du tout prévu de passer le soir du réveillon en compagnie de Balthazar et rien que l'idée de passer quelques heures avec lui, juste tous les deux, dans un environnement quelque peu intimiste la rendit soudainement nerveuse.
Elle aurait probablement beaucoup de mal à garder un semblant de contrôle. Elle était consciente que les choses risquaient alors de prendre une toute autre tournure, dès ce soir. Leur attirance était indéniablement encore plus forte qu'auparavant. Mais après l'histoire de Maya, elle s'était empêchée de ne serait-ce qu'imaginer quelque chose de plus fort que de l'ordre de l'amitié avec lui. Les choses étaient bien trop chaotiques et fragiles pour tenter de commencer une nouvelle histoire. Elle ne voulait pas que leur amour se construise sur des bases aussi peu stables.
Il s'était souvenu des mots qu'elle avait eu à son égard, et elle n'avait pas tenté de faire semblant ou de les minimiser. Elle l'aimait, elle lui avait avoué. Seulement, ils étaient bien conscients qu'il leur faudrait du temps à tous les deux pour se reconstruire. Alors Hélène avait acquiescé, lui avait fait comprendre qu'elle serait là, et l'attendrait le temps nécessaire.
Mais tandis que les mois défilèrent, elle s'était de nouveau éloignée de lui sur le plan sentimental, comme si elle avait tenté de se protéger pour ne plus souffrir comme elle avait souffert. Comme une sale habitude dont on n'arrivait pas à se débarrasser, elle s'était repliée sur elle-même, s'interdisant tout rapprochement avec son légiste préféré.
La vérité était qu'elle était terrifiée à l'idée de baisser la garde face à lui. Elle s'était tellement blindée avec toutes les péripéties par lesquels il l'avait fait passer, qu'elle n'arrivait plus à lâcher prise. Elle avait peur du degré d'intensité de ses sentiments, de l'amour dévorant qu'elle lui portait, un amour qu'elle n'avait jamais vraiment ressenti pour aucun autre homme, pas même le père de ses enfants.
« Nan mais Capitaine, c'est quoi ça ? »
Elle fut soudainement sortie hors de ses pensées par les cris de Balthazar, provenant de sa cuisine. Elle le rejoignit, le trouvant face au plan de travail central, un air horrifié sur le visage. Elle comprit vite en voyant son plateau-télé qu'elle avait préparé il y a peu, que la nourriture industrielle qui s'y trouvait était sans doute la cause de son effarement.
« C'est… euh, c'est ce que j'avais prévu de manger avant que vous n'arriviez. » Avoua-t-elle.
« Non mais là, c'est un affront à la cuisine gastronomique ! Je suis arrivé juste à temps pour épargner à vos papilles gustative cette horreur. »
« C'est pas si terrible que ça, arrêtez. »
« Vous savez ça existe la vraie nourriture. On en trouve dans les supermarchés, c'est les grands magasins là avec plein d'aliments dans- »
« Vous allez être comme ça toute la soirée ? Non parce que si c'est ça dites-le moi, que je prenne directement une aspirine. » Hélène se moqua gentiment.
Balthazar grimaça et leva les mains en l'air en signe de renoncement. Hélène soupira agacée, croisant les bras sur sa poitrine.
Il savait qu'il pouvait être très agaçant parfois, mais il prenait un malin plaisir, à la limite du sadisme, à jouer avec ses nerfs. C'était d'autant plus jouissif lorsqu'elle marchait dans son petit jeu.
Elle prit une profonde inspiration et se força à faire descendre la pression.
« Et sinon, qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? »
Elle fit le tour du comptoir et commença à y chipoter au sac rouge velours que Balthazar avait déposé à côté de lui.
« Hop hop hop, interdiction de toucher ! » Il donna une légère tape sur le haut de sa main. Cette réaction l'intrigua encore plus mais elle se laissa faire quand il l'attrapa par les épaules et la fit tourner sur elle-même. Il pencha sa tête au plus près de son oreille, elle pouvait sentir son parfum lui chatouillait les narines et son souffle chaud contre sa peau.
« Ce soir, vous ne faites rien. »
Il lui fit faire le tour du comptoir et l'installa sur un des tabourets hauts de l'autre côté, elle se laissa diriger comme une poupée de chiffon et il prit ensuite le verre de vin qui jonchait non loin de son plateau-télé.
« Je m'occupe de tout et vous, profitez. »
Il lui tendit le verre. Lorsqu'elle le prit, ses doigts effleurèrent ceux de Balthazar, qui lui offrit alors un de ces sourires qui auraient pu la faire vaciller sur le champ si elle n'était pas déjà assise.
Elle ne répondit rien, et à la place amena le verre à sa bouche, puis but une gorgée du vin rouge qu'elle s'était servie tout à l'heure, tentant à tout prix de calmer les papillons qui s'affolaient dans le creux de son bas ventre.
Le reste de la soirée se déroula sans encombre. Hélène n'avait pas levé le petit doigt, comme Balthazar lui avait ordonné, l'aiguillant seulement lorsqu'il cherchait tel ou tel ustensile de cuisine. Ils avaient passé une bonne partie à discuter de tout et de rien, à se chamailler gentiment autour de la préparation du repas que Balthazar avait pris en main.
Il lui avait expliqué chaque étape, pourquoi telle épice allait mieux avec tel ingrédient, quelle cuisson était la plus adaptée selon la texture qu'on recherchait. Il fallait l'avouer, elle n'avait pas compris la moitié de ce qu'il lui avait dit mais elle n'avait jamais montré une once de lassitude face à son monologue culinaire. Du reste, elle avait eu un sourire naïf placardé sur son visage tout du long.
Elle était fascinée par la manière dont il était passionné dans chacune des choses qu'il entreprenait. Si elle était un minimum honnête avec elle-même, si elle n'avait pas compris la plupart de ses explications, c'était car elle avait été beaucoup plus concentrée dans sa gestuelle que dans ses paroles. C'était évident, Balthazar dégageait un tel charisme que peu de femmes lui résistaient. On ne pouvait être qu'irrémédiablement attiré vers lui.
Le voir s'affairer dans sa cuisine, prendre possession de l'espace comme s'il avait toujours vécu ici, lui avait provoqué une espèce de sentiment assez curieux de bien-être et de plénitude. Elle se surprit alors à se perdre dans ses pensées, imaginant toutes ses soirées semblables à celle-ci, l'espace d'un court instant et cela ne lui déplaisait le moins du monde.
Une fois le repas terminé, ils s'étaient installés dans la salle à manger avant de s'installer dans le salon. Balthazar venait de finir de ranger grossièrement la vaisselle sale dans la cuisine avant de venir la rejoindre, deux verres de vin dans les mains.
Hélène était assise sur le côté, un genou replié sous elle, accoudé au dossier du canapé. Elle murmura un léger merci quand Balthazar lui tendit son verre. Il se laissa tomber doucement à ses côtés, imitant sa position.
« Vous aviez tout prévu, pas vrai ? » Elle lui demanda, un air satisfait sur le visage.
« Le contraire vous aurez forcément étonné. » Balthazar avait perdu son insolence du début de soirée, et montrait maintenant un côté beaucoup plus humble et posé.
« Merci, vraiment. C'était délicieux. »
« Je vous avais dit qu'un jour je vous ferais découvrir mes talents culinaires. » Il plaisanta, mais cela n'eut pas l'effet escompté. Il réalisa alors l'impact de ses paroles en voyant le sourire s'effacer petit à petit sur le visage d'Hélène.
La dernière fois qu'elle avait loupé de peu cette occasion, c'était le soir où Maya était revenu dans sa vie. Au vu de l'expression qu'elle arborait sur son visage, Balthazar sut qu'il était trop tard pour rattraper ses mots. Elle baissa les yeux sur son verre qu'elle tenait entre ses mains, tandis qu'un silence s'imposa dans la pièce.
« Je suis vraiment désolé. Je voulais pas- »
« Vous en faites pas. » Elle le coupa. « C'est derrière nous tout ça, hein ? »
Elle lui sourit tristement malgré tout. Balthazar la regarda tendrement. Il admirait son côté toujours optimiste et le fait qu'elle tentait toujours de voir le verre à moitié plein. C'était l'une des nombreuses qualités qu'il appréciait chez elle.
« Ouais, vous avez raison… »
Son regard resta intensément posé sur elle, un sourire pensif aux lèvres.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Hélène lui demanda alors, amusée.
Balthazar haussa nonchalamment une épaule.
« Je me disais juste que j'avais de la chance de passer cette soirée avec vous. »
« J'avoue, c'était pas une si mauvaise idée finalement. » Hélène apporta son verre à la bouche et prit une gorgée, dissimulant ainsi son sourire malicieux.
« Vous savez, tous mes plans ne sont pas systématiquement des plans foireux. J'aurais pensé que depuis le temps vous vous seriez rendu compte qu'il y avait un esprit très brillant qui se cachait là-dedans. » Il plaisanta, tapotant son index contre son front.
« Ça, c'est vous qui le dites. » Elle haussa ses sourcils.
« C'est pas très gentil de dire ça, Capitaine. Je vous rappelle que j'ai quand même passé une partie de la soirée à cuisiner pour vous ! »
« Non, c'est vrai. Vous avez raison. »
Tandis qu'Hélène s'avoua vaincue sur ce point, Balthazar arbora un air fièrement jouissif sur le visage.
« Vous trouvez sur le seuil de ma porte tout à l'heure était une agréable surprise. » Elle ajouta, quelque peu timide.
« En parlant de surprise, j'ai encore un petit quelque chose pour vous. »
Balthazar attrapa son verre et se pencha vers la table basse pour le déposer à côté du sien, avant de se lever du canapé face à une Hélène complètement déroutée.
« Comment ça ? » Elle fronça les sourcils.
« Fermez les yeux. »
Balthazar lui sourit doucement, une lueur espiègle dans le regard tandis qu'il sortit de la pièce.
« Attendez, vous allez où ? »
« Fermez les yeux, je vous dis ! » Insista-t-il.
Hélène leva les yeux au ciel mais finit tout de même par se résilier, et ferma alors ses yeux.
« Honnêtement, je me méfie avec vous… »
Elle pouvait entendre du remue-ménage depuis la cuisine. Ce qu'elle ne pouvait pas voir, c'est qu'il était en train de farfouiller dans le fameux sac rouge qu'il avait apporté avec lui tout à l'heure, à la recherche d'un bien très précieux.
Au bout de quelques secondes, qui parurent très long à son goût, il revint dans la pièce et s'installa de nouveau à ses côtés.
« Faites-moi confiance. » Il attendit quelques instants avant d'ajouter, « ouvrez les yeux. »
Hélène ouvrit doucement les yeux. Elle fut d'abord légèrement déstabilisée par la proximité entre eux, Balthazar s'était assis beaucoup plus près d'elle que la dernière fois. Mais son regard tomba rapidement sur la boîte rouge qu'il tenait dans sa main.
« Joyeux Noël, Hélène. »
Elle resta bouche bée face à cette attention, et ses yeux firent quelques allers et retours entre la boîte et Balthazar.
« C'est… vraiment, je… » Balbutia-t-elle, incapable d'aligner deux mots censés.
« Allez-y, ouvrez-la. »
Elle la prit alors d'une main presque tremblante, et souleva le couvercle délicatement. Balthazar avait son regard ancré sur son visage, attendant nerveusement de voir sa réaction mais elle resta de marbre pendant de très longues secondes, les yeux rivés sur le contenu qu'elle venait de découvrir.
Il commença alors à se dire que cela avait été une mauvaise idée. Peut-être en avait-il trop fait ? Il était conscient que ce cadeau était de la pure folie mais il avait quand même pris le risque, quitte à se prendre le pire râteau de sa vie.
« Vous ne dites rien, ça ne vous plaît pas ? » Demanda-t-il alors presque hésitant, son sourire à moitié effacé avait laissé place à un air inquiet.
Hélène entre-ouvrit les lèvres, et finit enfin par relever la tête. Il aperçut alors que ses yeux étaient devenus soudainement très humides.
« Si, si… hum, je… c'est sublime, mais c'est trop. Je peux pas accepter. »
Soulagé de savoir que son manque de réaction n'était finalement que de la simple gêne, il lui sourit de nouveau.
« Bien sûr que si. »
Sans bouger, elle le regarda sortir le bijou hors de l'écrin.
« Tenez, laissez-moi vous le mettre. »
Il se leva du canapé, prit la boîte de sa main et la posa sur le côté. Elle l'imita presque machinalement et se leva à son tour, se trouvant une nouvelle fois nez à nez avec lui.
Balthazar ouvrit l'attache et présenta le fin collier devant elle.
« Tournez-vous. »
Elle s'exécuta, et se tourna doucement dos à lui. Tandis qu'il passa délicatement le collier par-dessus sa tête et ensuite autour de son cou, elle attrapa ses cheveux et les positionna sur le côté afin de libérer sa nuque.
Ses mouvements étaient d'une douceur telle qu'elle n'osa pas bouger. Quand il eut enfin fermé l'attache, elle posa ses doigts sur le petit diamant qui ornait la chaîne argentée.
Ils n'avaient pas bougé d'un centimètre, leurs corps si près l'un de l'autre qu'ils pouvaient presque se toucher. Balthazar posa ses mains sur ses épaules, doucement, par peur de la brusquer. Quand il ne la sentit pas se figer sous son toucher, il approcha son visage du sien et plongea son nez dans sa chevelure blonde. Il devina le doux parfum du lait d'amande, mélangé à celui de beurre de karité de son gel douche avec lequel elle s'était probablement douchée il y a quelques heures. Il tenta alors vainement de réprimer l'image de sa silhouette entièrement nue.
Sentir sa main sur son épaule dénudée, au contact direct de sa peau avait eu pour effet de faire tomber les derniers remparts qu'Hélène avait si difficilement tenté de maintenir tout le long de la soirée. Elle ferma les yeux lorsqu'elle sentit sa main écartée quelques mèches de cheveux sur le côté. Et ne résista pas quand il déposa un chaste baiser juste derrière son oreille, penchant même la tête légèrement pour lui faciliter l'accès.
Son souffle chaud dans sa nuque lui faisait parcourir des centaines de frissons partout dans le corps, tandis qu'il continua d'embrasser délicatement sa peau jusqu'à atteindre son épaule.
« Balthazar… » souffla-t-elle.
Elle tenta malgré tout de reprendre le contrôle et tourna sa tête légèrement vers lui, bien qu'il lui fût impossible de le voir.
Sa main glissa le long de son bras et attrapa la sienne, il s'écarta d'elle presque à contre cœur mais pour un court instant seulement, avant de l'attirer vers lui au milieu de la pièce.
« Dansez avec moi. »
« Oh, non, non, je suis plus en état pour ça, Balthazar. » Elle rechigna dans un premier temps. Elle était bouleversée par leur soudaine intimité et les verres de vin qu'elle s'était enfilés durant la soirée ne l'aidaient pas.
« Mais si allez, venez. Je vous tiens. »
Il se tourna vers elle et l'attira tout contre lui. Son bras glissa autour de sa fine taille, tandis qu'elle glissa une de ses mains derrière son épaule. Il attrapa son autre main dans la sienne. Balthazar commença alors à balancer leurs corps doucement, presque imperceptiblement au rythme d'une musique silencieuse.
Elle se laissa guider, sentant son étreinte se resserra presque possessivement. Leurs visages s'effleurèrent presque, et Balthazar ramena leurs mains jointes entre leurs deux corps, tandis que son autre main s'égara un peu plus bas sur la chute de ses reins.
Tout doucement, il la sentit peu à peu se détendre dans ses bras. Leur intimité était telle qu'une tension palpable s'était installée dans la pièce.
Hélène, qui était restée silencieuse jusqu'ici, pencha sa tête légèrement en arrière pour plonger son regard dans le sien. Elle observa un instant l'homme qui avait déboulé dans sa vie, sans crier gare, il y avait presque 3 ans et demi maintenant. Elle avait arrêté de compter le nombre de fois où il l'avait mis hors d'elle, où elle aurait été prête à l'envoyer en prison ou à le tuer de ses propres mains. Pourtant, à chaque fois qu'elle posait ses yeux sur lui, elle ne pouvait s'empêcher de sentir son cœur se réchauffer dans sa poitrine et son ventre se tordre de désir.
« Vous êtes vraiment unique en votre genre, Raphaël Balthazar. » Lui sourit-elle doucement.
Les yeux du beau brun ténébreux glissèrent alors sur ses lèvres rosées.
« Vous êtes pas mal non plus, Capitaine Bach… Bien que légèrement autoritaire sur les bords. »
Hélène le poussa aussitôt au niveau de sa poitrine, amusée.
« Et violente, en plus ! » Ajouta-t-il dans un mouvement de recul, prenant un air faussement blessé.
« Mais c'est pas possible, vous avez le don pour toujours tout gâcher, vous ! »
Il ne put réprimer un rire enfantin, tout en la ramenant contre lui de nouveau. Il glissa son visage le long du sien.
« Admettez-le… vous aimez quand je vous rends folle comme ça. » Lui murmura-t-il d'une voix suave au creux de l'oreille.
Il ne pouvait pas voir son expression, mais il devina facilement ses yeux se lever au ciel pour la énième fois de la soirée.
« Peut-être… » Avoua-t-elle à demi-mot.
Alors qu'il recula légèrement sa tête en arrière pour se retrouver face à elle, elle passa ses bras autour de son cou. Son visage était soudainement devenu plus grave et elle put apercevoir une lueur dans ses yeux. Elle fut troublée par l'intensité de son regard. D'autant plus qu'ils avaient arrêtés de se balancer, restant alors figés l'un contre l'autre au beau milieu de son salon.
« Je crois que je vous l'ai jamais vraiment dit… » Il baissa alors les yeux, presque honteusement.
« Merci d'avoir été là pour moi, pendant tout ce temps. Je sais que ça a pas été facile pour vous et que… j'ai pas toujours été correct avec vous. »
Il prit une légère inspiration, comme s'il tentait de trouver les mots justes. Hélène resta silencieuse, attendant patiemment qu'il termine ce qu'il avait à dire. Il releva les yeux et replongea son regard dans le sien.
« La vérité c'est que… Je sais pas ce que j'aurais fait sans toi. »
Il avait ramené son front contre le sien. Ils étaient si proches qu'elle pouvait sentir son souffle s'entremêler au sien.
« J'en ai assez de faire semblant. Je suis fou amoureux de toi, Hélène. Depuis le jour où j'ai posé les yeux sur toi, j'ai su que j'étais foutu. »
Dans un dernier élan de tendresse, Hélène posa sa main le long de son visage, effaçant délicatement la larme qui s'était échappée inopinément de ses yeux. Elle s'approcha au plus près de lui, dissipant ainsi l'infime distance qui les séparait encore.
Ses lèvres effleurèrent les siennes, hésitant d'abord puis plus fermement. Balthazar répondit immédiatement à son baiser et l'approfondit en passant une main dans sa nuque, entremêlant ses doigts au passage dans ses boucles dorées. Ils avaient rêvé de ce moment tant de fois depuis qu'ils avaient failli mourir d'hypothermie ce fameux soir où ils s'étaient faits enfermés dans une chambre froide d'un casino de Paris.
Sa bouche affamée se fondit dans la sienne, tandis qu'il glissa sa main sous son pull et remonta le long de sa colonne vertébrale. Le bout de sa langue effleura ses lèvres, dans une légère pression comme pour demander l'autorisation. Elle l'accueillit sans résistance, un gémissement presque inaudible s'échappa alors de sa gorge.
Enfin, ils avaient cédé à la tension qui les avait lentement étouffés depuis des mois, voire des années. Leurs cerveaux avaient dégagé alors une quantité astronomique d'ocytocines, dopamines et autres hormones du bonheur en tout genre. Leur monde avait explosé en un éclat de lumière et avait noyé leurs corps dans une traînée de flammes brûlantes.
Malgré qu'elle soit là, dans ses bras, leurs bouches dansant l'une contre l'autre, sa langue entremêlée à la sienne, Balthazar ne pouvait réprimer ce sentiment avide d'en vouloir encore plus. Il sentait sa poitrine se serrer, son cœur était sur le point d'exploser tellement il l'aimait si fort à cet instant précis. Alors il laissa ses mains glisser un peu partout le long de son corps, à la recherche de la moindre parcelle de peau pour essayer de taire cet insatiable désir.
Malheureusement, le manque d'air se voulait de plus en plus insistant et ils finirent par se séparer dans un dernier baiser, non sans rester collés l'un à l'autre.
A bout de souffle, ils se sourirent et se contemplèrent silencieusement.
Il ne fallut pas longtemps avant que leur rythme cardiaque atteigne de nouveau un seuil correct.
Hélène ne put s'empêcher de passer ses doigts au travers de la chevelure frisée de l'homme qui se trouvait face à elle.
« Il va falloir que je me creuse la tête pour aussi t'offrir un cadeau du coup. »
« Pas la peine. » Il l'enserra davantage dans ses bras et nicha sa tête dans le creux de son cou, puis déposa un tendre baiser juste en-dessous de sa mâchoire avant de se reculer. « Mon plus beau cadeau c'est toi. »
Elle sourit contre ses lèvres, tandis qu'il l'embrassa alors une nouvelle fois, scellant leur amour en cette nuit de Noël.
The end.
