Bonjour !
Je reviens cette fois-ci avec une mini fic (qui de base n'aurait dû n'être qu'un os…) sur DGM et qui est dédiée à une très bonne amie, j'ai nommé Takkaori. Encore joyeux anniversaire ma belle ! J'espère que ce premier chapitre te plaira et saura te donner envie pour la suite :3
J'essaierai de poster la suite au plus vite. Sur ce, je vous laisse découvrir ce premier chapitre.
Bonne lecture !
Kanda, pestait contre son maître. Celui-ci avait estimé que la forêt qui entourait le lac au loin était un magnifique paysage qu'il fallait absolument immortaliser. L'adulte s'était donc arrêté et avait sorti ses pinceaux au grand désespoir de l'enfant. Ce dernier était âgé de douze ans et malgré son jeune âge, il était en mesure de faire des missions pour l'Ordre seul. En effet, le petit exorciste avait été pris sous l'aile de Froi Tiedoll deux ans auparavant, l'homme lui avait enseigné son savoir durant l'année qui s'était ensuite écoulée avant de le laisser voler de ses propres ailes.
Enfin, ça c'était la version officielle et utopique en laquelle Kanda voulait croire. Malheureusement pour lui, le maréchal avait la fibre paternelle et se sentait obligé de parfois l'embarquer avec lui entre deux passages à la Congrégation pour s'assurer de son épanouissement. Tch ! Il lui en foutrait de l'épanouissement ! Cependant, le trentenaire étant borné et déterminé, bien plus que lui il se retrouvait donc parfois -souvent- entrainé dans cette situation qu'il jugeait fâcheuse.
Et comme d'habitude, l'artiste faisait parler ses talents, allongeant le temps de leur labeur ainsi que le calvaire du préadolescent. Parfois, il se demandait ce qui le retenait de découper ce vieux sénile en rondelle. Mais à chaque fois qu'il y pensait, la voix moralisatrice de Marie lui revenait en tête. S'il essayait, il aurait l'Ordre Noir sur le dos prêt à le traquer à chaque recoin du monde pour l'exécuter et il ne pouvait clairement pas mourir, pas encore. De plus, le souvenir de Komui, leur nouvel Grand Intendant fraîchement arrivé, venait également s'ajouter. Comment un gamin qui maitrisait l'innocence depuis deux ans pourrait-il tuer l'un des meilleurs exorcistes existants ? Le tout accompagné d'un rire et d'un air niais qui l'insupporta automatiquement.
Revenant au présent, ses souvenirs liés au bigleux lui mettaient encore plus les nerfs à vif, il râla contre son maître pour le faire bouger. Tiedoll porta alors un regard amusé sur son disciple qui voulait clairement dire « Mon Yûyû est si mignon quand il fait un caprice », heureusement pour lui, il se contenta de lui demander de patienter un peu. Le brun savait ce que voulait dire patienter un peu, ils en avaient pour plusieurs heures. Soufflant comme un bœuf, il choisit de partir devant. Avec un peu de chance, il arriverait à trouver le problème pour lequel ils étaient sollicités, botter le cul des Akumas s'il y en avait et récupérer une probable innocence avant que l'autre n'ait terminé son tableau. En clair, une mission avec Tiedoll mais accomplie sans lui. Une véritable aubaine dans une situation merdique à souhait.
C'est donc un peu plus ragaillardi que le japonais débarqua dans la ville anglaise. À première vue, tout semblait parfaitement normal, les rues étaient animées par les habitants, chacun menant sa petite vie sans se préoccuper d'une quelconque menace. Le garçon resta tout de même sur ses gardes, aucun moyen n'existait pour déceler un humain d'un Akuma, il pouvait se faire attaquer à tout moment. Zyeutant les faits et gestes des personnes qu'il croisait, il se rendit vite compte d'une chose : la majorité des gens qu'il croisait semblait heureux. Que quelques-uns aient un sourire idiot collé au visage, il voulait bien, mais presque tous ? Un peu décontenancé, il laissa ses oreilles trainer quand un enfant et sa mère passèrent à côté de lui.
« Tu as aimé le spectacle, chéri ? » Demanda la femme.
« Oui, c'était génial ! Le monsieur arrivait à marcher sur le gros ballon et il y avait même un garçon sur ses épaules !
_ En effet, il était très adroit.
_ C'est quoi adroit maman ?
_Eh bien, c'est… »
Ayant dépassé le duo, il n'en entendit pas plus et de toute manière ça ne concernait plus son affaire. Un monsieur, un garçon et un gros ballon donc. Des Akumas de niveau deux auraient pu se faire passer pour des artistes de rue afin d'appâter les humains mais ils ne les auraient pas laissés partir comme ça. Préférant laisser cette histoire de côté, il écouta d'autres bribes d'information que laissèrent échapper les passants. Cependant, il dut vite se rendre à l'évidence, le spectacle qui devait se jouer plus loin était le sujet principal des discussions et de la gaité environnante. Blasé d'avance, le sabreur prit la direction inverse des joyeux citoyens. Après tout, chaque piste devait être examinée. On leur avait dit qu'un groupe d'Akumas avait migré près de la ville donc chaque détail, même le plus anodin, devait être passé au peigne fin. L'une des rares choses sensées que ne lui ait jamais apprises son maître.
Son inspection commença alors par la grande place où se trouvait toujours un certain attroupement. Jouant des coudes, il réussit à se faufiler entre les spectateurs et à atteindre le premier rang. Là se trouvait comme l'avait dit le petit garçon, un homme sur un ballon gigantesque. Il s'agissait d'un clown au vu de son maquillage et de sa tenue. Ce dernier jonglait avec trois massues tout en faisant rouler son support d'un bout à l'autre de sa scène improvisée. L'équilibriste ne montrait aucun signe de difficulté, il riait même durant son tour. À le voir ainsi, on aurait pu croire que la discipline était simple et à la portée de tous.
L'attention de l'exorciste fut cependant détournée par un enfant. Châtain-roux et sûrement plus jeune que lui, il ramassait quelques pièces dans un haut-de-forme. Quand il passa devant lui, il remarqua qu'il portait une énorme moufle sur la main gauche. Kanda haussa un sourcil, n'avait-il pas assez d'argent pour s'acheter la deuxième ? Et puis le mois d'avril leur accordait un climat relativement doux, il n'y avait pas besoin de se couvrir autant. Le brun en vint alors à la conclusion que l'enfant cachait quelque chose sous le vêtement. Ses yeux bleus ne le quittèrent pas alors qu'il continuait à faire le tour du public.
Quand il eut terminé, il déposa le couvre-chef à terre bien en évidence devant le clown puis il tourna le dos à l'assemblée. L'acrobate arrêta de jongler à ce moment, attrapant ses trois massues dans une main. L'enfant prit alors une inspiration et s'élança. Arrivé à portée de l'adulte, le plus petit sauta. Et le brun pouvait dire qu'il avait de la force dans les jambes vu que d'un bond, il réussit à monter sur le ballon qui faisait sa taille. En revanche, il serait assurément tombé si son partenaire ne l'avait pas intercepté et stabilisé entre ses bras. Cet instant ne dura que quelques secondes, à peine avait-il rejoint l'autre sur sa balle géante, qu'il se faisait porter et déposer sur les épaules du plus grand. Une fois bien installé, le clown reprit ses jongleries tandis que l'enfant faisait des signes de main depuis son perchoir, un grand sourire collé aux lèvres.
Une fois la pirouette finie, les spectateurs applaudir de tout leur saoul, impressionné par leur adresse. Certains allèrent même rajouter d'autres sous dans le chapeau. Le kendoka resta de marbre. L'air d'imbéciles heureux qu'avaient les deux artistes lui tapait sur le système. Et il n'était pas particulièrement friand de ce genre d'attraction. Se grattant l'arrière de la tête, il s'éloigna de la foule, au final ça ne concernait pas la raison de sa venue.
Aucun autre événement notable n'arriva tout au long de la journée. Kanda avait arpenté la ville en long et en large mais rien ne laissait penser que les sbires du Comte avaient quoique ce soit à faire ici. Il n'y avait pas une activité surnaturelle ou inhabituelle. Il commençait à se demander si l'Ordre ne s'était pas trompé en les envoyant ici. Soupirant, il se mit en marche vers l'unique auberge de la ville. La nuit était tombée et Tiedoll ne tarderait plus à arriver aussi.
La bâtisse ne comportait qu'un étage mais s'étendait sur la largeur. Dans une si petite commune, un bâtiment plus grand n'aurait été qu'une perte d'espace. En entrant à l'intérieur il tomba sur une salle de restauration, néanmoins à cette heure-ci, la nourriture était peu présente sur les tables et l'alcool coulait à flots. Il allait se diriger vers le comptoir pour se réserver une chambre quand une voix qu'il reconnaissait de loin l'apostropha.
« Yûyuuuuuu ! Te voilà enfin ! »
Le maréchal était présent et il se dirigeait vers lui en agitant ses bras au-dessus de sa tête, pas discret pour un sou. Qu'est-ce que Marie avait dit déjà pour un homicide sur un porteur d'Innocence déjà ?
« J'étais si inquiet pour toi ! Tu es parti sans rien dire et tu as vu à quelle heure tu rentres ?
_ Aux dernières nouvelles, je peux parfaitement me débrouiller seul. Et si vous n'étiez pas resté peindre au milieu de nulle part, je ne serai pas parti sans vous !
_ Je suis si soulagé que tu ailles bien ! » S'exclama Tiedoll en ignorant la verve de son disciple.
Kanda senti une veine ressortir au niveau de sa tempe. Voilà qu'il en pleurait presque, il détestait ce genre de traitement, il n'avait absolument pas besoin d'être materné.
« Bon, ça suffit maintenant ! » Explosa-t-il.
« Mais Yûy-
_ Non ! »
L'adulte renifla bruyamment mais finit par se taire au plus grand soulagement de son élève. D'un regard circulaire, Kanda eut la désagréable surprise de voir que la salle les observait. En même temps, un homme censé être mature qui interpelle bruyamment un enfant et pleurs devant lui, ça se faisait vite remarquer. Encore plus si le dit-enfant râlait après l'autre, lui fermant le clapet au passage. D'ailleurs, c'était à noter dans le calendrier, le peu de fois où il avait eu gain de cause auprès du maréchal se comptaient sur les doigts d'une main.
« Je suis tout de même content de t'avoir retrouvé. Il fait nuit dehors après tout. »
Le plus jeune grogna. Il avait visiblement parlé trop vite, voilà qu'il revenait à la charge. Le plus vieux ajouta ensuite :
« Il faut que je te présente à mes compagnons de table. Je les ai rencontrés en te cherchant. »
Le brun leva les yeux au ciel. De mieux en mieux, voilà qu'il avait demandé à des inconnus s'ils l'avait vu. Pire qu'un petit garçon perdu. Contractant la mâchoire, il fit un effort monstre pour emboîter le pas à son ancien tuteur, qui n'avait pas attendu son approbation pour repartir d'où il venait. Kanda n'avait pas envie de rencontrer du monde, il voulait en finir avec cette foutue mission. Il dut obtempérer cependant, afin d'éviter que le frisé ne le suive jusqu'à sa chambre et ne l'abreuve de propos moralistes sur les bienfaits de la sociabilité.
Arrivés à ladite table, il croisa un regard doré, il fut un peu étonné par la couleur, mais il s'en accommoda vite, ce n'était pas la première bizarrerie qu'il voyait. L'homme aux yeux peu communs avait les cheveux bruns ramenés en arrière, une barbe de trois jours et un sourire poli au visage. Kanda sut dès lors qu'il était probablement le genre d'individu à toujours rester de bonne humeur quoi qu'il advienne, précisément le type de personne qu'il détestait. Quel intérêt à rire quand tout s'amuse à vous mettre plus bas que terre ? Et le garçon savait d'instinct que la vie n'avait pas été tendre avec lui, une sorte de sixième sens le lui disait. Et s'il y avait une chose en laquelle le brun faisait confiance les yeux fermés, c'était bien son instinct.
« Yû, je te présente Mana et Allen. Et voici Yû, le garçon dont je vous ai parlé. » Présenta Tiedoll.
Surpris par l'appellation d'un second prénom, le jeune exorciste se rendit compte de la présence d'une tierce personne. Celle-ci était cachée derrière le dénommé Mana à s'empiffrer comme un porc. Il haussa un sourcil en se demandant comment un garçon au si petit corps pouvait avaler trois fois son poids au moins. Puis le plus jeune leva la tête vers lui et Kanda sentit son deuxième sourcil se lever. Il reconnaissait le gamin de tout à l'heure. Il lança un regard à l'adulte qui l'accompagnait.
« Donc vous êtes le clown de tout à l'heure ?
_ Oh ! » Mana ne parut pas se formuler du manque de politesse du japonais. « Tu as vu notre numéro ? Ça t'a plu ? »
Pas vraiment. Il se contenta de hausser les épaules en réponse. Sa réaction fit visiblement rire l'autre homme qui se contenta d'ajouter :
« Tout le monde ne peut pas aimer, ne t'inquiète pas pour ça.
_ C'est pas pour autant qu'il est obligé d'être si désagréable ! »
Le dernier de leur quatuor venait de s'exprimer et il n'était visiblement pas content de la manière dont il répondait à son tuteur.
« Allons, allons Allen ce n'est pas grave. » Tempéra le pierrot.
« Toi aussi Yû ! Il ne faut pas être aussi impoli ! » Moralisa Tiedoll.
Kanda roula des yeux avant de se retirer vers le comptoir. Il n'avait rien mangé de la journée et il crevait la dalle. Malheureusement, en Angleterre, ils ne faisaient pas de nourriture asiatique. Il dût donc dire adieu à ses sobas et se contenter de repas occidentaux. Il nota mentalement, d'en prendre dès son retour de mission, un nouveau cuisinier était récemment arrivé à l'Ordre, Jerry s'il se souvenait bien, et il fallait dire qu'auparavant, il n'avait jamais été aussi satisfait gustativement parlant.
Son plat dans les mains, il était retourné s'assoir avec le groupe. Les deux adultes discutaient tous les deux, ils semblaient vouloir faire un peu plus connaissance. L'autre enfant le regarda s'installer face à lui. L'un comme l'autre, ils mangèrent en silence et ça allait parfaitement à Kanda. Cette ambiance était tout de même bizarre pour lui, il avait vu le plus jeune rire et respirer la joie de vivre quelques heures plus tôt mais à présent, celui-ci était renfrogné et semblait moins avenant. D'une certaine manière, ça eut le mérite d'étirer les lèvres du préadolescent. Visiblement, s'il n'y avait plus personne pour le regarder, le masque tombait. Se sentant étudier, Allen releva la tête de sa pitance et aperçu le rictus de son homologue. Il fronça les sourcils.
« Quoi ?
_ Quoi, quoi ?
_ Pourquoi tu souris en me regardant ?
_ Je ne souris pas. »
Et ce n'était pas faux, dès que l'anglais avait ouvert la bouche, le visage de du brun était redevenu aussi froid qu'une porte de prison.
« Tu souriais ! Tu te moquais de moi ?! »
Kanda n'entendait plus les adultes converser à côté, preuve qu'ils suivaient leur échange, prêt à les arrêter si ça dégénérait de nouveau.
« En même temps, il y a de quoi.
_ Pardon ?!
_ Tu manges comme un porc ! »
Ce n'était pas la raison initiale de son tic, car il refusait définitivement d'appeler ça un sourire, mais sa façon de manger restait à désirer et c'était la seule chose qu'il pouvait garder à l'esprit en voyant un postillon voler sur la table entre eux, lorsqu'il avait haussé la voix. Le plus petit des deux plissa les yeux.
« Et on en parle de tes manières ?
_ Quoi, mes manières ?
_ Tu ne réponds même pas aux questions qu'on te pose. Sans parler de ton manque de politesse. »
On aurait pu voir des éclairs voler entre eux. Et leurs chamailleries, bien loin d'impressionner leurs accompagnants, les amusaient grandement.
« Vous vous entendez bien on dirait ! » S'exclama joyeusement Tiedoll.
« BIEN SÛR QUE NON ! » Répondirent en chœur les mineurs.
« Vous réagissez pareil tous les deux et comme on dit, qui se ressemble s'assemble ! » Renchérit Mana.
« Et puis quoi encore ! » Contrèrent, encore une fois ensembles, les enfants.
Ces derniers se fusillèrent du regard, reprochant intérieurement à l'autre d'être le responsable de cette situation grotesque. Pourtant aucun d'eux n'osa ajouter quoi que ce soit, les adultes s'en amuseraient beaucoup trop. Le repas se poursuivit donc sans plus de cris, uniquement bercé par le récit de Mana, contant leur voyage dans tout le pays en tant que clowns itinérants. En contrepartie, Tiedoll racontait deux-trois anecdotes qui lui étaient arrivées dans son tour du monde. Bien entendu, il n'explicita rien sur son travail. Ce n'était pas quelque chose à garder absolument secret mais il n'y avait pas non plus lieu à faire paniquer la population avec une guerre aux proportions énormes qui se jouait dans l'ombre. La conversation restait alors légère et joyeuse.
« Et donc, tu as quel âge ? »
Le brun lança une œillade surprise à son voisin d'en face, il n'aurait pas cru qu'il chercherait à tailler bavette avec lui. Mais à bien y regarder, il semblait surtout s'ennuyer à mourir maintenant qu'il avait fini de manger. Et pour dire vrai, Kanda ne savait pas ce qui était le plus surprenant, qu'il lui parle ou qu'il ait réussi à finir une vingtaine d'assiettes… À sa connaissance, il n'y avait que la maréchale Cloud qui était capable d'un tel exploit. Bien que là, on parlait d'une femme adulte. Et surtout d'une porteuse d'innocence de type symbiotique.
L'épéiste fronça les sourcils, est-ce que cet avorton pourrait être… ? Son attention se porta alors sur son bras gauche toujours couvert. C'était effectivement suspect. Se reconcentrant sur le visage de son homologue, il vit que celui-ci s'était renfrogné, visiblement mécontent qu'il l'ignore. Le plus âgé décida alors de mettre sa fierté un peu de côté et de lui répondre. Il avait peut-être trouvé l'origine de sa mission.
« J'ai douze ans… et toi ? » Demanda-t-il de mauvaise grâce.
« Neuf. »
L'échange s'arrêta là. L'un comme l'autre voulant clairement se trouver partout sauf ici. Le japonais se força à briser le silence qui s'installait.
« Elle a quoi ta main ? »
Allen s'était tendu avant de recouvrir sa moufle de son autre bras. Il sembla se perdre quelques instants dans le vague et Kanda pensait qu'il ne lui répondait jamais mais il finit par rouvrir la bouche.
« J'ai eu un accident quand j'étais plus jeune et disons que… mon bras n'est pas… très beau à voir. Donc je le cache. »
Soit il disait la vérité, soit il était capable de mentir ouvertement droit dans les yeux. Dans les deux cas, ça n'arrangeait pas le brun. Il tenta d'insister tout de même :
« Ça fait con si tu n'en as qu'une seule. »
Le tact n'avait jamais été son fort et ce n'était pas comme s'il comptait un jour améliorer cette facette de lui. Allen le fusilla des yeux avant de répondre plus sèchement :
« L'autre je la mets qu'en hiver, j'ai déjà assez chaud avec une.
_ Si t'as chaud tu devrais juste la virer et emmerder les autres. »
Le plus jeune eut l'air surpris. Ses grands écarquillés le lui prouvaient. Après quelques secondes de silence, il sortit de son état de léthargie et dit avec un léger sourire :
« C'est ce que tu ferais à ma place ? Même si ton bras… est vraiment moche ?
_ Le jour où je vivrai ma vie selon ce que pensent les autres de moi, je couperai mes cheveux. »
Pour une raison qui échappa à Yû, le plus petit explosa de rire.
« Tu devrais plutôt dire que tu te rases la tête ! En disant que tu te les coupes juste, tu pourrais t'en tirer en taillant juste les pointes !
_ Sauf que j'aurai jamais besoin de raser ou de couper le moindre centimètre, vu que je fais ce que je veux.
_ Si tu le dis. »
L'expression d'Allen était rieuse et un brin joueuse. Le contraire de tout à l'heure. Apparemment, il avait gagné des points et était remonté dans son estime. Enfin, pour ce que ça pouvait faire à l'exorciste. De sa vision périphérique, il arrivait à capter les expressions réjouies des deux adultes, visiblement très contents de les voir discuter. Ils ne dirent cependant rien de plus. De toute manière s'ils avaient osé la moindre réflexion, Kanda ne serait pas resté aussi passif que jusqu'à présent et se serait fait un plaisir de sortir Mugen.
Leurs estomacs remplis, le groupe décida de se séparer pour aller se coucher. Le préadolescent avait renoncé à voir sous le gant, il avait plus ou moins compris que le plus jeune n'avait pas eu une enfance facile. La thèse du bras accidenté était donc plausible. Le lendemain matin, Tiedoll avait appelé la Congrégation, malgré son attitude gâteuse il n'était pas l'un des meilleurs exorcistes pour rien. Celui-ci avait également remarqué le manque d'activité de leurs ennemis. Leurs supérieurs avaient donc décidé de les envoyer autour de la ville pour s'assurer que tout allait vraiment bien. Il n'était pas exclu que les Akumas se soient contentés de passer juste au moment où quelqu'un regardait. Cette personne en aurait parlé autour d'elle, propageant des rumeurs et tel un effet domino, l'information serait remontée jusqu'à l'Ordre.
Il était certes important d'assurer l'élimination de ces monstres, ça faisait partie du job après tout, mais il n'y avait aucun intérêt à garder des exorcistes mobilisés au même endroit. D'autant plus, si rien n'indiquait qu'une innocence était dans les environs. Or, il n'y avait pas eu une activité paranormale ici et la veille, Kanda avait arpenté la ville dans ses moindres recoins sans se faire attaquer. Son manteau étant une cible géante, qui aurait dû faire sortir au moins une de ces abominations.
Avant de quitter l'auberge, ils avaient croisé leurs compagnons de table d'un soir et le maréchal avait insisté pour leur dire au revoir. Son élève l'avait suivi en rechignant. Apparemment le père et son fils comptaient rester encore quelques jours avant de repartir eux aussi. Les plus âgés s'échangeaient leurs derniers mots en se serrant la main, tandis que les plus jeunes restaient dans leur coin. Allen fut le premier à s'avancer vers son aîné.
« Vous allez où avec ton père du coup ?
_ C'est pas mon père ! » Rétorqua le brun en élevant la voix.
Le clown en devenir haussa un sourcil, pas plus perturbé que ça par l'agacement de l'épéiste. Juste surpris par la négation.
« Dans ce cas, il est quoi pour toi ?
_ Mon maître.
_ Ton maître ? Et il t'apprend quoi ?
_ Actuellement plus grand-chose. »
Voyant que le plus grand n'en dirait pas plus, l'autre se contenta d'acquiescer. Puis ils attendirent l'un à côté de l'autre que leur compagnon respectif en finisse. Ce ne fut pas bien long. Ils étaient sur le point de se séparer définitivement quand le roux ajouta finalement :
« On se reverra peut-être un jour Yû !
_ Ne m'appelle pas par mon prénom, minus !
_ Je ne suis pas un minus ! Je m'appelle Allen ! »
Et pour appuyer ses dires, il lui tira la langue tel le gamin qu'il était. Ça lui fit bizarre. Pendant un instant l'image d'un garçon brun avec une cicatrice sur le nez s'était superposé à celui de l'autre enfant. Allen lui rappelait Alma. Ils avaient ce même côté immature sur les bords. Kanda se secoua la tête pour éloigner tout souvenir douloureux. Quand il se redressa, il ne put que voir les silhouettes du père et du fils s'éloigner.
« Ton ami va te manquer ?
_ Tch ! C'est pas mon ami ! Je lui aurai jamais parlé si vous aviez choisi une autre table. »
Le maréchal se contenta de sourire alors qu'il se mettait également en route. Le brun lui emboîta le pas en silence. Ce n'était pas son ami. Kanda Yû n'avait qu'un seul ami, et il l'avait tué de ses propres mains. De mauvaise humeur à présent, il enfourna ses mains dans ses poches. Son esprit divagua encore un peu sur le « minus » comme il l'avait appelé précédemment avant de décider purement et simplement de l'oublier. De toute manière, ils ne se reverraient jamais.
Et voilà pour cette première partie. Il devrait y avoir encore au maximum 6 chapitres, peut-être moins si j'arrive à condenser un peu xD. En ce qui concerne le rythme de parution je n'en ai pas, mais je tâcherai de faire au plus vite !
Bref, j'espère que ça vous aura plus et à toi encore plus ma petite Takka !
À la prochaine !
