Chapitre 3 : La famille s'agrandit
Le jour suivant, Law décida d'annoncer l'étrange nouvelle et sa décision à son équipage. Il ne voulait ni ne pouvait leur cacher un secret de cette importance. De toute manière, dans quelques semaines, sa grossesse deviendrait impossible à dissimuler.
Leur réaction fut prévisible : les yeux s'écarquillèrent, les mâchoires s'ouvrirent, mais pas un ne pipa mot. Ils n'étaient pas du genre à remettre en cause les déclarations de leur capitaine et si plus d'un avait envie d'exploser de rire devant cette annonce rocambolesque, ils avaient durement conscience que jamais il ne leur mentirait, en particulier sur un sujet qui le touchait d'aussi près.
Débuta ensuite un flot de questions incessant durant lequel Law fit appel à sa patience pour répondre de son mieux même si, la plupart du temps, il devait se contenter de déclarer qu'il ne savait pas ce qui adviendrait.
Lorsque fut abordé le sujet du risque que représentait la grossesse pour sa vie, l'inquiétude qui l'enveloppa soudainement fit battre son cœur. Chacun tenait à lui manifester ses propres peurs quant à son éventuelle mort et à le supplier de reconsidérer la question une fois de plus, arguant qu'ils seraient totalement perdus sans lui. D'un seul coup, il venait de perdre son statut de capitaine au profit de celui de l'enfant chéri qu'il leur fallait protéger à tout prix.
- Merci à tous pour votre sollicitude mais j'ai pris ma décision, les coupa-t-il en douceur. Je ne reviendrai pas dessus. Si je suis en mesure de survire jusque-là, je mènerai cette grossesse à terme.
Un long silence s'en suivit avant que les pirates ne se concertent à voix basse. Law les laissa faire sans chercher à se mêler de leurs discussions. Finalement, ce fut Ikkaku qui se fit porte-parole de ses camarades :
- Si c'est ce que tu veux, tu peux compter sur nous. On sera tous là pour te soutenir.
Law leur offrit un sourire tendre. Il voyait bien que cela coûtait beaucoup à son équipage, d'autant plus qu'il ne leur laissait pas vraiment le temps de méditer la nouvelle. Ils s'inquiétaient pour lui et choisissaient néanmoins de lui faire confiance, une preuve de loyauté qu'il n'oublierait jamais.
- Par contre, reprit Penguin, est-ce que tu pourras gérer l'équipage et ta grossesse en parallèle ? Ça risque de te fatiguer et tu dois faire attention à ta santé...
- Je serai sans doute amené à compter davantage sur vous pour certaines tâches, concéda Law avec une légère grimace.
Alors que beaucoup promettaient de répondre à n'importe laquelle de ses demandes et faisaient déjà des plans pour alléger ses responsabilités, Law secoua la tête.
- Pour le moment, les choses continueront comme d'habitude. Nous verrons plus tard.
- Peut-on demander qui est le deuxième père ? demanda Shachi d'une petite voix.
- Non.
- Donc, logiquement, tu ne penses pas l'impliquer dans ta grossesse ? reprit l'homme, heureux d'avoir eu une raison valable de poser une question aussi indiscrète.
- Je n'ai pas encore décidé. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
Une nouvelle vague de questionnement s'éleva. Law n'était pas du genre à enchaîner les coups d'un soir mais chacun savait qu'il ne se privait pas de s'amuser non plus. En revanche, aucun ne savait vraiment quel genre de partenaires il avait. Seul Bepo en avait une idée un peu plus précise, même s'il n'avait jamais abordé le sujet avec lui.
- Il faut organiser une fête ! décréta soudain quelqu'un, coupant court à ce sujet embarrassant.
- Oh, oui ! Une grande fête pour célébrer la nouvelle ! appuya Ikkaku en sautillant.
Sous le regard amusé de Law, tous se mirent à s'agiter et à discuter avec enthousiasme.
Une dizaine de minutes plus tard, Law s'éclipsa pour retourner à sa chambre. Cette confrontation l'avait plus fatiguée qu'il ne l'avait envisagé et, avec un peu de chance, le sommeil accepterait de lui donner quelques heures de paix. Cependant, il fut rattrapé en chemin par Bepo.
- Maintenant que tout est dit, il va falloir que nous te trouvions un médecin, déclara celui-ci.
- Je suis médecin. Je peux très bien suivre ma grossesse tout seul.
- Tu ne peux pas être objectif avec ce sujet et, dans ce cas, c'est la santé du bébé qui en pâtirait.
Law plissa le nez.
- Tu veux que je fasse quoi ? Que je passe une petite annonce : ''Homme enceinte, recherche gynécologue. Attention, pirates impliqués'' ?
- Capitaine… gémit l'ours.
Celui-ci ravala le fiel qui lui montait aux lèvres et soupira pour se calmer.
- Nous pourrions demander à Chopper, le médecin des Chapeaux de Paille ? proposa Bepo. Nous savons que nous pouvons lui faire confiance.
Il ne manqua pas le froncement des sourcils de son interlocuteur. Cela confirmait ses soupçons.
- Est-ce que Luffy est le père de ton enfant ?
Law détourna les yeux. Il n'avait pas vraiment envie de discuter de ses aventures sexuelles avec son meilleur ami.
- Je suis désolé, murmura Bepo. Je ne demande pas ça pour te juger. Je veux juste essayer de comprendre la situation...
- C'est une possibilité, effectivement, lâcha Law à contrecœur.
Bepo retint un sourire tendre devant son air gêné. Depuis le jour où les deux équipages s'étaient rencontrés, sur l'archipel des Sabaody, l'ours avait bien remarqué l'alchimie qui courrait entre les deux capitaines. Luffy affectionnait Law depuis le premier jour, n'hésitant à pas à conclure avec lui une folle alliance contre l'avis de son propre équipage, et Law n'avait pas tergiversé avant de se rendre à Marine Ford pour lui sauver la vie, alors même qu'il le connaissait à peine. Un jour ou l'autre, un rapprochement plus qu'amical lui avait toujours paru évident. Apparemment, il ne s'était pas trompé.
- Et si ce n'est pas lui ?
- Je ne sais pas qui des deux je préférerais, marmonna Law, plus pour lui-même que pour son second. Un taré affamé ou un taré tout court ?
Bepo se mordit la lèvre. Il avait une idée de l'identité du deuxième amant de son meilleur ami mais, effectivement, il préférait ne pas envisager que l'enfant puisse être de lui. Dans un cas comme dans l'autre, mieux valait que le bébé hérite en priorité des gènes du médecin.
- Nous chercherons quelqu'un d'autre si tu préfères.
- Il n'y a pas beaucoup de possibilités, répliqua sombrement Law. Cependant, les secrets ne restent pas longtemps secrets avec les Chapeaux de Paille.
Bepo comprit le problème.
- Ils n'ont pas besoin d'avoir les détails. Cependant, un jour où l'autre, ton enfant voudra savoir qui est son deuxième père et, en fonction de ton choix, pourquoi celui-ci n'était pas avec lui durant son enfance.
- Ce n'est pas l'heure de trancher cette question.
Comprenant que la discussion était close, Bepo souhaita la bonne nuit à son capitaine et le laissa s'en aller.
Le lendemain matin, une atmosphère joyeuse enveloppa Law dès qu'il pénétra dans le réfectoire. Un peu troublé, il rendit leurs salutations à ses hommes avant de s'asseoir près de Bepo. Aussitôt, le cuisinier s'empressa de venir le servir, un immense sourire aux lèvres.
- Bon appétit, Capitaine !
Law considéra son assiette, beaucoup plus garnie qu'à l'ordinaire, d'un œil sceptique.
- Tu m'expliques ?
- Je n'ai pas oublié que tu as sauté plusieurs repas, déclara son cuisinier avec sérieux. Tu manges pour deux maintenant, alors on va devoir faire attention à ton alimentation pour que tu ne manques de rien.
- Donc tu comptes m'engraisser ?
- Si tu lui sers cette quantité à chaque fois, il va finir obèse en un rien de temps, approuva Penguin avec un rire amusé.
- D'accord. J'ai peut-être abusé, mais j'ai quand même raison !
Law leva les yeux au ciel et commença à manger après avoir écarté plus de la moitié de la portion servie.
Après son repas, Law débuta sa ronde quotidienne. Cependant, il remarqua bien vite que quelque chose n'était pas comme d'habitude. Outre, le fait que tous ses hommes souhaitaient absolument qu'ils fassent un point assis et non debout, certains avaient des comportements vraiment étranges.
Il s'approchait de la salle des machines quand il vit la tête de Penguin en sortir. Lorsqu'il le vit, le mécanicien s'empressa de sortir de la pièce et de refermer la porte derrière lui.
- Capitaine, déjà là ?
- Il y a un problème ? demanda-t-il, méfiant, en constatant qu'il n'avait pas l'intention de le laisser passer.
- J'ai eu un petit soucis avec le moteur. Rien de grave, s'empressa d'ajouter le mécanicien. J'ai réparé ce qui clochait et tout va bien. On aura besoin de racheter quelques pièces la prochaine fois qu'on fera escale au cas où, mais il n'y a strictement aucune raison de s'en faire.
- Dans ce cas, pourquoi m'empêches-tu d'entrer ?
- Il y a eu quelques émanations de fumée, expliqua le pirate.
Law croisa les bras.
- Nous avons un système de ventilation prévu pour régler ce genre de choses.
- Oui mais tant que l'air n'a pas été assaini, ce n'est pas bon pour toi de respirer ça.
- Ouvre-moi cette porte. Tout de suite.
Penguin songea à protester mais le regard noir de son supérieur l'en dissuada. Sans un mot, il consentit à obéir.
En sortant, et alors qu'il poursuivait sa route, il tomba sur Clione qui faisait le ménage dans le couloir. Au moment où il le dépassait, l'homme s'exclama :
- Attention !
Law s'arrêta et haussa un sourcil interrogateur.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je viens de laver. Tu pourrais glisser ! répondit Clione.
- Je n'ai jamais glissé depuis que ce sous-marin a pris la mer. Tu peux me dire pourquoi ça changerait ? demanda le capitaine avec un brin de mauvaise humeur.
- Imagine que ça arrive et que tu te blesses ! Le bébé pourrait être touché.
Law émit un soupir exaspéré. Encore avec ça ?
- Room.
Il déploya sa sphère et se téléporta de l'autre côté de la zone fraîchement humide.
- Satisfait ? demanda-t-il avec froideur.
- Oui, Capitaine, répondit l'autre avec un soulagement évident. Fais attention.
Celui-ci leva les yeux au ciel et poursuivit sa route.
Ce petit manège dura toute la journée durant, épuisant petit à petit sa réserve de patience. Lorsqu'au dîner, Shachi lui servit encore une trop grande portion de nourriture – alors même que Law lui avait encore fait remarqué le midi que c'était inapproprié - il craqua.
- Ça suffit, gronda-t-il en repoussant son assiette.
Tout le monde cessa de manger et porta son attention sur lui. Irrité, il se leva pour que tous puissent le voir et balaya l'assistance du regard.
- Écoutez-moi très attentivement.
- Capitaine, ce n'est pas… tenta Bepo.
Mais Law leva le doigt dans sa direction pour le faire taire. L'ours se tut avec une petite grimace.
- C'est touchant de vous voir vous inquiéter pour moi et mon bébé mais arrêtez, ordonna le gradé d'une voix sèche. Je suis parfaitement à même de me débrouiller tout seul et je n'ai pas besoin que vous surveilliez le moindre de mes gestes pour vous assurer que rien de potentiellement dangereux, y compris un simple sol mouillé…
Il darda du regard Clione qui baissa les yeux et se recroquevilla légèrement sur lui-même, coupable d'être ainsi pointé.
- … ne croise ma route. Ce n'est pas parce que je suis enceinte que je compte changer ma manière d'agir. Si vous continuez à me couver, les choses vont mal se passer entre nous.
- Mais on s'inquiète pour toi, protesta Ikkaku, vivement approuvée par les autres. Tu ne peux pas nous en empêcher !
Le visage de Law se fit de glace.
- Le prochain qui me traitera comme une petite chose fragile finira comme appât pour un monstre marin, est-ce bien clair ?
- Oui, Capitaine, répondirent-ils, la mort dans l'âme.
Malgré sa réaction, Law avait bien entendu son équipage et ne comptait pas ignorer leur inquiétude. Afin de leur offrir un peu de sérénité, et à lui aussi par la même occasion, même s'il préférait ne pas se l'avouer, il décida à contacter les Chapeaux de Paille pour demander l'aide de leur petit médecin. De toute manière, ceux-ci finiraient par apprendre sa grossesse tôt ou tard. Il demanda donc à Ikkaku de les joindre par escargophone afin de convenir d'un rendez-vous. Après quelques sonneries, quelqu'un décrocha et se mit à hurler dans l'appareil.
- Ici Monkey D. Luffy et je suis le Roi des Pirates ! Qui c'est ?
Ikkaku retint un soupir : il était totalement impossible pour elle de discuter avec le remuant capitaine. Luffy réclamait systématiquement de parler à Law et n'écoutait rien tant que celui-ci n'avait pas accédé à sa demande ou tant que l'un des membres de son équipage ne lui avait pas arraché de force le petit appareil de communication. La jeune femme laissa sa place à son supérieur, resté près d'elle.
- Quelqu'un qui regrette déjà d'avoir appelé.
Il y eut un instant de silence avant que la voix tonitruante de son homologue ne retentisse de nouveau, lui vrillant les oreilles.
- Torao !
