Chapitre 17 : Arrivée imminente
- J'en ai ras le bol, souffla Law avec mauvaise humeur.
Chaque fois qu'il se déplaçait c'était la même chose : il montait à peine quelques marches et il se retrouvait à l'agonie. Ses jambes étaient lourdes, son dos douloureux et il était essoufflé au moindre effort. Plus le terme de la grossesse approchait, plus il avait l'impression d'être une baleine tentant de se déplacer sur la terre ferme.
- Et si tu pouvais arrêter de me donner des coups, je t'en serais reconnaissant, lança-t-il ensuite à son ventre.
- Arrête de faire des misères à ton papa, petite démone, fit une voix derrière lui.
Luffy venait d'apparaître, un sourire amusé aux lèvres.
- Courage. Dans quelques semaines, tu riras de tout ça, ajouta-t-il à l'intention de son amant.
- J'ai de sérieux doutes. C'est insupportable… Si ça continue, je vais rester cloîtré dans ma chambre et je n'en sortirai plus jusqu'au terme.
- Je pourrais t'y tenir compagnie, répondit Luffy avec un sourire lubrique avant de déposer un baiser sur ses lèvres.
- Je n'ai pas envie de plaisanter, marmonna Law en recommençant à gravir les marches, une main sur son ventre et une sur la rambarde pour s'aider à monter. Je préférais encore les nausées…
- J'ai une solution mais tu ne risques pas d'apprécier, reprit Luffy en lui emboîtant le pas.
- À ce stade, je suis prêt à essayer tout ce que tu pourrais me proposer.
Il sut instantanément qu'il allait regretter ces paroles lorsque le rire de son compagnon retentit. Sans perdre un instant, celui-ci glissa un bras sous ses genoux et l'autre dans son dos et le souleva de terre comme un prince avec sa princesse.
- Luffy ! s'exclama Law en s'accrochant à son cou pour maintenir son équilibre. Repose-moi tout de suite !
- Je n'ai fait qu'exaucer ton souhait.
- Si tu me fais tomber, tu risques de blesser le bébé.
- Jamais je ne ferai ça et tu le sais, rétorqua-t-il. Tu es simplement blessé dans ton orgueil.
Law plissa les lèvres, contrarié, en lui jetant un regard mauvais.
- Pourquoi ça te dérange autant ? Qu'est-ce qui te retient ?
- Ce n'est pas si simple, grogna Law.
- Ça peut l'être, si tu le veux, déclara l'autre avec un sourire en coin. Aucun de nos compagnons ne prendra ça pour une faiblesse de ta part vu l'avancement de ta grossesse mais, si ça peut t'arranger, dis-leur que je ne t'ai pas laissé le choix, ajouta Luffy en lui adressant un clin d'œil complice. Ça n'étonnera personne.
- Serais-tu plus intelligent que tu n'en as l'air ? demanda Law en lui glissant un regard mi-intrigué mi-provocateur.
- Je suis un pirate. Je fais ce que j'ai envie de faire sans me soucier des autres, se contenta-t-il avec sourire mystérieux. Parfois, ça a du bon.
C'est ainsi que les deux amants pénétrèrent dans le réfectoire, où la plupart de leurs subordonnés étaient déjà attablés. Sans la moindre gène, contrairement à son précieux fardeau, Luffy traversa la pièce et le déposa sur une chaise de libre.
- Et voilà, lui lança-t-il avec un clin d'œil. Tu es libre.
Il s'assit lui-même à côté, visiblement fier de lui.
- Le premier qui fera un commentaire finira au fond de l'eau, prévint le futur père en dardant d'un regard polaire quiconque avait eu le malheur d'esquisser un sourire.
Même enceinte jusqu'aux yeux, Law parvenait à être effrayant. En fait, c'était encore pire qu'à l'ordinaire, car c'était la réaction qu'il adoptait chaque fois que Luffy exposait un peu trop leur relation à son goût, soit la majorité du temps. Elle dissuadait autant les commentaires scabreux que ravissait son équipage, heureux de le voir de nouveau agir naturellement au milieu de toute cette invraisemblable suite d'événements. Du moins, la plupart du temps car, aujourd'hui, Law avisa que Bepo, assis juste en face, semblait triste.
- Il y a un problème ? lui demanda-t-il lorsqu'il croisa son regard.
L'ours dédaigna d'un signe de tête mais ses yeux le trahissaient. Le capitaine fronça les sourcils et se releva immédiatement.
- Où vas-tu ? Tu n'as pas encore mangé ! protesta Chopper.
- J'ai une affaire à régler d'abord, rétorqua-t-il d'une voix tranchante. Bepo, tu viens avec moi.
L'ours ne songea pas un instant à discuter et le suivit docilement hors du réfectoire. Law le conduisit sur le pont supérieur du sous-marin et se tourna vers lui, les bras croisés.
- Dis-moi ce qui ne va pas, ordonna-t-il.
- Il n'y a rien, je t'assure.
- Je n'aime pas les mensonges. Tu devrais le savoir.
L'ours baissa les yeux, restant silencieux.
- Quand tu es entré dans les bras de Luffy... Ça m'a fait bizarre. Je suis content que tout aille bien entre vous mais c'est étrange de te voir aussi proche de quelqu'un.
Law comprit le problème. Touché, il esquissa un petit sourire et posa sa main sur l'avant-bras de son second.
- J'aurais toujours besoin de toi à mes côtés, Bepo.
- C'est vrai ? demanda l'ours en levant vers lui un regard humide.
- Ni Luffy, ni mon enfant ne changeront ça.
- … Permission de te faire un câlin ?
- Accordée.
Bepo ne perdit pas un instant et le serra contre lui avec une joie évidente. Law ferma les yeux, enfouissant sa tête dans sa fourrure avec un soupir de bonheur. Depuis toutes ses années, l'ours était à ses côtés, veillait sur lui, qu'il soit ou non d'accord, et il n'avait aucune envie que les choses changent.
- Vous êtes trop mignons.
Law se sépara de Bepo et jeta un regard glacial à Zoro qui était sorti dont ne sait où et les contemplait d'un air moqueur.
- Bepo ?
L'ours hocha la tête et se dirigea vers le bretteur. Celui-ci fronça les sourcils mais, avant qu'il n'ait eu le temps de réagir, l'ours le saisit par le col de son tee-shirt et le balança par-dessus bord.
- Merci, Bepo, sourit Law en regardant l'homme remonter à la surface de l'eau, pestant et râlant.
- À tes ordres, Capitaine, répondit son second avec bonne humeur.
- Hey ! Aidez-moi à remonter ! hurla Zoro.
- La prochaine fois, tu tiendras ta langue, chasseur de pirates, répliqua Law. Sinon, tu risques de ne pas la conserver très longtemps.
Savourant sa petite victoire, il s'éloigna, son ami sur les talons.
Quelques minutes plus tard, alors qu'il déjeunait tranquillement en compagnie des autres, Zoro fit irruption dans réfectoire, trempé jusqu'aux os.
- Law ! rugit-il.
- Oh ! intervint Sanji, une louche à la main, en l'empêchant de rentrer à l'intérieur. Tu vas mettre de l'eau partout, stupide tête d'algue !
- Laisse-moi passer, cuistot de mes deux ! J'ai un compte à régler !
- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? lui demanda Luffy alors que bon nombre de regards se posaient sur l'aîné des capitaines qui observait la scène avec l'air détaché d'une personne non concernée. Qu'est-ce que tu veux à Torao et pourquoi tu es trempé ?
- Law m'a foutu à la flotte et s'en est allé comme si de rien était, voilà pourquoi !
Des rires retentirent tout autour d'eux.
- C'est vrai ? demanda Luffy en se tournant vers son amant.
- Absolument pas, répondit le capitaine avec un désintérêt à peine feint.
Ce n'était pas faux : factuellement, c'était Bepo qui l'avait fait mis à l'eau et non lui.
- Pourquoi tu racontes n'importe quoi ? reprit Luffy en reportant son attention sur son ami.
- Tu ne vas pas le croire quand même ? s'exclama Zoro.
- Bah si. Il n'a aucune raison de mentir.
Il ne songeait pas un instant à remettre en cause les déclarations de son amant. Celui-ci adressa un regard moqueur au sabreur qui commença à regretter les moments où Luffy réfléchissait un peu trop pour son bien. C'était plus simple de gérer un capitaine moins crédule.
- Pfff, j'abandonne, grogna-t-il.
Il retira son tee-shirt trempé avant de s'asseoir parmi eux, sous le regard peu à même de Sanji.
- Il pourrait tenter de lui faire avaler des couleuvres que Luffy lui dirait amen, marmonna Zoro en levant les yeux au ciel.
- Laisse-le s'amuser, lui répondit Chopper avec un sourire. Il ne fait rien de mal. En plus, je suis sur que Luffy trouverais ça bon !
- Tu es de quel côté, toi ?
- De celui de Law, pouffa Usopp en passant un bras autour du petit cou de son ami. Qui aurait cru que tu t'attacherais autant à lui ?
Le petit renne rougit furieusement mais ne répondit pas.
- Dis-toi que, dans quelques semaines, il passera ses journées et ses nuits à s'occuper d'un nourrisson, ajouta Penguin. Tu seras tranquille et tu pourras râler autant que tu veux. À tes risques et périls, évidemment.
- Pas faux. Cette môme me vengera bien assez tôt, soupira Zoro, incapable de réprimer un sourire.
Comme tous les autres, et même s'il n'avait aucune affinité avec les enfants, lui aussi attendait avec impatience la naissance du bébé. Il était curieux de découvrir quel genre de petit monstre pouvait naître d'un mélange entre Law et son capitaine. C'était à coup sûr quelque chose qu'il dont il devait être témoin.
Les deux équipages s'étaient mis à préparer l'arrivée du bébé avec application. Ikkaku et Robin avaient investi dans de la laine et du tissu et passaient de longs moments à confectionner des vêtements « adorables » et « à croquer ». Franky et Penguin s'étaient associés pour confectionner des meubles simples mais pratiques dont ils auraient besoin : berceau, tables à langer, baignoire minuscule, chaise haute… Certains, comme Usopp, avaient commencé à confectionner des jouets tandis que d'autres, comme Nami, préféraient dépenser leur argent pour acheter des affaires dignes de ce noms. Quand Zoro avait lui avait d'ailleurs fait remarquer sa générosité inattendue, la navigatrice l'avait envoyé valser contre un mur sous un éclat de rire général. Tout le monde semblait si heureux que Law ne songea même pas à les arrêter malgré leurs réserves déjà pleines de bric-à-brac.
- Dire qu'elle n'est pas encore née, se désola le capitaine avec un sourire désabusé alors que Nami et Robin venaient de lui donner une panoplie de dix-sept animaux en peluche pour garnir le futur berceau.
- Ta fille va être la plus gâtée des enfants, pouffa Bepo.
- Sans doute trop. Au moins, tout sera prêt quand elle arrivera, acquiesça le futur père.
- Quand est prévue sa naissance exactement ? demanda Usopp assis près d'eux avec Brook.
- Difficile à prévoir. Il me reste à première vue un mois de grossesse mais, étant donné sa croissance, cela pourrait être aujourd'hui ou bien dans trois semaines. Comme nous ne savons pas si des signaux biologiques m'alerteront le moment venu, Chopper et moi la surveillons attentivement. Au moindre doute, nous interviendrons.
- Tout se passera bien, lui assura le sniper avec un sourire rassurant.
Law lui adressa un petit signe de tête mais, lui, n'en était pas convaincu.
Il redoutait l'heure où elle viendrait au monde. Le déroulement de sa césarienne et la bonne santé de son enfant le préoccupaient, mais il était littéralement obnubilé par l'idée qu'il ne parviendrait pas à l'élever correctement. Bien sûr, il ne serait pas seul mais cela le terrifiait néanmoins.
- Tu seras un excellent père, arrête de t'en faire, lui répétait Luffy chaque fois qu'il le surprenait plongé dans ses sombres pensées. Ce n'est pas un bébé qui va te faire plier, si ?
- Inculquer des connaissances et des valeurs morales à un enfant, ce n'est pas la même chose que défaire un Grand Corsaire ou un Empereur.
- Effectivement, c'est moins dangereux ! pouffa Luffy.
Il prit ensuite sa main dans la sienne et lui glissa un regard tendre tandis que l'autre levait les yeux au ciel, exaspéré de ne pas être pris au sérieux.
- Tu verras bien le moment venu. J'ai été élevé par des bandits, un grand-père qui me frappait sur la tête chaque fois que je disais un mot de travers et je ne te raconte pas comment Ace et Sabo m'ont martyrisé, mais, au final, je n'ai pas trop mal tourné. Et puis, je serai là pour t'aider !
- Ça aussi, ça m'inquiète, le taquina Law. Davy Jones seul sait toutes les bêtises que tu pourrais lui apprendre…
- Mais non, je serai un père exemplaire ! Nami et Ikkaku m'ont déjà fait une liste de toutes les choses à ne pas faire devant elle avant qu'elle ne soit grande !
Law secoua la tête, sceptique.
- Si jamais tu…
Une intense douleur dans son ventre l'interrompit. La main crispée sur son abdomen, il n'eut d'autre choix que de se plier en deux pour tenter de l'enrayer.
- Torao ! Ça va ? s'affola Luffy en passant un bras dans son dos lui servir d'appui.
- Bordel, souffla son amant quelques secondes plus tard, alors que son visage se détendait. Qu'est-ce que c'était que ce truc... ?
- C'est passé ?
- Je crois, murmura Law en tentant de prendre sa respiration.
- Tu devrais aller voir Chopper.
- C'est sans doute à cause du stress, ce n'est rien. Où est-ce que… ?
Mais une fois de plus, une douleur le coupa.
- Ok, ça ne va pas aller, conclut-il en hochant la tête pour tenter de remettre de l'ordre dans ses idées.
Aussitôt, Luffy le souleva de terre.
- Chopper ! hurla-t-il en se mettant à courir vers l'infirmerie.
Sur le chemin, ils croisèrent beaucoup de leurs compagnons, alertés pas ses cris.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Bepo, les yeux écarquillés.
Mais aucun des deux ne lui répondit : une nouvelle douleur venait d'arracher un terrible gémissement à Law et Luffy était tout simplement trop inquiet pour écouter qui que ce soit d'autre que son précieux trésor qu'il tenait entre ses bras.
- Chopper !
- Luffy, gémit Law.
- Tiens bon. On est presque arrivé !
Il ouvrit la porte de l'infirmerie d'un coup de pied et s'empressa d'allonger son compagnon sur la table d'auscultation. Chopper apparut au même moment, le souffle court.
- Je suis là ! Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il en se précipitant aux côtés de Law.
- Des douleurs très rapprochées. Comme des coups de poignard, souffla celui-ci. Ça doit être…
- Des contractions ! s'exclama Chopper, paralysé par la surprise. Quand est-ce que ça a commencé ?
- Il y a quelques instants. C'est…
Il attrapa la main de Luffy, qui fut immédiatement broyée sous le coup d'un nouveau pic de souffrance.
- C'est de pire en pire ! finit ce dernier à sa place, grimaçant à cause de la pression exercée. C'est le bébé ? Il arrive ? Maintenant ?
Lui aussi commençait sérieusement à paniquer.
- Une femme n'accouche pas en quelques minutes. Il se passe généralement plusieurs heures entre les premières contractions et l'accouchement, tenta de raisonner Law avant qu'une nouvelle contraction ne lui coupe le souffle.
- Sauf que tu n'es pas une femme, rétorqua Chopper en revenant subitement à la réalité, et que ton enfant ne peut en aucun cas sortir seul. Il faut t'opérer d'urgence !
Le renne redoutait ce moment : c'était un spécialiste des plantes, pas de la chirurgie. Law et lui avaient souvent discuté de la césarienne, et il avait tenté de retenir tout ce que son aîné lui avait enseigné mais, à cet instant, il avait l'impression de tout avoir oublié, de ne plus savoir quoi faire. Même s'il avait déjà pratiqué des opérations risquées, il aurait souhaité ne jamais avoir à le faire sur l'un de ses proches. Sans compter qu'il y avait plus d'une seule vie en jeu.
- Ça va aller, lui lança Law d'une voix tremblante.
L'encouragement était autant pour lui que pour sa propre personne.
- On va y arriver, approuva le renne en serrant les poings et en commençant à préparer les lieux. Luffy, va me chercher Penguin et Shachi.
Il avait été convenu que les deux amis assisteraient à l'opération afin d'aider Chopper. Les deux pirates étaient souvent présents lors des actes chirurgicaux pratiqués par leur capitaine et avaient acquis bon nombre de connaissances médicales qui pourraient s'avérer utiles si le petit renne avait besoin de mains supplémentaires. Ils avaient promis qu'ils ne seraient pas perturbés par l'idée de voir leur supérieur se faire ouvrir le ventre devant eux et, même si personne ne les avait cru, ils avaient décidé d'accepter leur aide.
- Penguin ! Shachi ! Ramenez-vous ! hurla le petit capitaine, bien décidé à ne pas quitter le chevet de Law.
Les deux médecins grimacèrent mais n'eurent pas le temps de se plaindre car les concernés ouvrirent la porte la seconde suivante. Leurs regards se posèrent sur Luffy, puis sur Law, avant qu'ils ne comprennent et ne se mettent immédiatement à préparer la pièce pour l'intervention.
- Putain, jura de nouveau Law alors qu'une nouvelle contraction s'emparait de lui.
- Il faut que tu respires.
Law jeta un regard meurtrier à Luffy et celui-ci décida de garder ses conseils pour lui.
- Je vais te faire l'anesthésie, l'informa Chopper.
Luffy fixa avec frayeur l'aiguille que son ami allait enfoncer dans le bras de son amant. Vu la capacité de son corps à le débarrasser de toute substance étrangère, les bonnes comme les mauvaises, ils avaient décidé d'opter pour une anesthésie générale avec une dose d'anesthésiant difficilement calculée par le patient.
- Chopper, appela Law alors que sa vue de brouillait.
Le renne cessa un moment de s'agiter et s'approcha. Law agrippa la blouse qu'il avait passé à la hâte.
- Si tu as un choix à faire, ce sera elle. C'est compris ?
- Compris.
Ses yeux se fermèrent et il sombra dans les ténèbres du sommeil.
