Épilogue : Feu de Joie

Malgré l'instance du Gouvernement Mondial et les pressions exercées sur les médias pour que cette affaire soit le moins médiatisée possible, des images de la destruction de New Marine Ford avaient fuitées dans les journaux et avaient rapidement fait le tour du monde entier.

Elle avait provoqué une vague de terreur un peu partout parmi les habitants ainsi qu'une montée de la défiance populaire envers la Marine. Comment les soldats pouvaient-ils protéger efficacement la population s'ils ne parvenaient même pas à faire plier des pirates devant les magistrales portes du quartier général dont ils s'enorgueillissaient ?

La Marine avait répliqué en diffusant des centaines de spots de propagandes et en médiatisant chaque petite arrestation pour rétablir sa réputation. Il fallait dire qu'un tel étalage de puissance avait inspiré beaucoup de pirates en herbe qui s'étaient alors lancés sur les mers du globe, les tenant bien occupés. Mais leurs colères et leur frustration ne connaissaient pas de limite : en moins de dix ans, les pirates leur avaient assené deux défaites humiliantes et, dans chacun des cas, ils n'avaient pas pu laver leur honneur. En effet, malgré les primes aux montants colossales qui avaient été mises sur les têtes de ces maudits hors-la-loi, personne n'avait eu le cran de s'en prendre à eux. Même ceux qui n'étaient pas connus jusqu'ici bénéficiaient de cette immunité générée par la peur. Après tout, qui était assez fou pour risquer de s'en prendre aux alliés de Trafalgar Law et de Monkey D. Luffy ?

En six mois, les deux dangereux pirates n'avaient pas donné le moindre signe de vie, s'étant littéralement volatilisés dans la nature. Contrairement à ce qu'il se produisait d'ordinaire, aucun n'osa ne serait-ce que murmurer qu'ils aient pu perdre la vie sur Grande Line. Suite à la Première Guerre au Sommet, le Chapeau de Paille avait déjà disparu pendant deux ans avant de réapparaître subitement, bien plus puissant qu'avant. Quant au Chirurgien de la Mort, il était d'avis général que le voir était plus sécurisant que d'ignorer où il se trouvait, même si aucune des deux options n'était une bonne nouvelle. Son absence n'était que la promesse d'un coup d'éclat spectaculaire.

Oui, ils étaient assurément vivants.

- Où crois-tu qu'ils sont ces garnements ? demanda Garp à Sengoku.

Les deux vieux amis et quelques autres soldats étaient parvenus à réchapper du massacre de New Marine Ford. Law ne leur avait pas dit ce qu'il préparait mais il avait semé quelques sous-entendus que les deux anciens avaient décryptés et qui leur avaient fait comprendre qu'ils avaient intérêt à trouver un moyen de s'échapper rapidement après lui avoir rendu son enfant.

- Ils reviendront bien assez vite mettre la pagaille, répondit l'ancien commandant. Je ne me fais aucun souci pour eux.

C'est alors que des cris retentirent depuis l'intérieur de la maison où ils s'étaient installés.

- Qu'est-ce qu'il se passe encore ? On ne peut pas les laisser seuls cinq minutes... soupira Garp.

La porte s'ouvrit à la volée et Hermep, passé leur rendre visite avec son ami de toujours, apparut sur le seuil.

- Venez voir, vite ! lança le blond.

Intrigués, les deux aînés le suivirent allèrent rejoindre Kobby au salon.

- Le programme s'est coupé et….

Kobby ne finit pas sa phrase, les yeux rivés sur la télévision.

À leur grande surprise, Law était nettement reconnaissable à l'écran. Couvert de sang, son nodachi sur l'épaule, il arborait un sourire qui fit frémir tous les téléspectateurs de par le monde. Son visage était légèrement plongé dans l'obscurité par une lumière orangée en contrechamp, ce qui renforçait l'impression de terreur tranquille qu'il dégageait. Il resta silencieux quelques secondes, comme pour laisser à tous le temps de se remettre de leur surprise.

- Bonjour à toutes et à tous. Vous vous demandez sans doute ce que tout cela signifie, mais ne vous inquiétez pas, vous allez vite comprendre. Je serai simple et concis, afin que chacun d'entre vous puisse me comprendre. Il y a quelque temps, le Gouvernement Mondial m'a provoqué. Vous n'êtes pas sans savoir comment cela s'est terminé...

Ses yeux brillaient d'un plaisir évident alors que les images-chocs de ce qu'il restait de New Marine Ford revenaient en mémoire de tous ceux qui le regardaient.

- Néanmoins, je tenais à mettre les choses au clair, reprit-il avec légèreté, secouant doucement la tête comme s'il savait avoir affaire à des enfants peu réfléchis.

D'un geste, il ordonna à son cameraman de reculer, laissant entrevoir ce qui se trouvait derrière lui.

Rougeoyant au milieu d'un ciel assombri par la cendre et la fumée, un gigantesque incendie battait son plein. Crépitantes et insatiables, des flammes hautes de plusieurs mètres ravageaient une immense bâtisse aux tuiles d'émeraudes et aux murs autrefois immaculés. La structure, déjà fragilisée, montrait des signes de faiblesse et une partie du toit s'effondra, laissant s'échapper une nouvelle gerbe de braises écarlates.

- Mesdames et Messieurs, bienvenue à Marie Joie, annonça théâtralement Law, ouvrant ses bras comme une invitation amicale.

De nouveau il garda le silence, allant jusqu'à pousser le vice à tourner le dos à la caméra pour observer le spectacle incandescent. Au bout d'un moment, il se retourna de nouveau vers l'objectif.

- Ne craignez rien, tous les esclaves sont sains et saufs.

Il eut un petit rire.

- Je ne peux pas en dire autant des Dragons Célestes.

Il fit quelques pas sur le côté, comme un professeur en pleine conférence attendant que ses élèves ne prennent des notes.

- Il y a peu de choses auxquelles je tiens en ce bas monde, reprit-il de sa voix grave et posée, et il se trouve que le Gouvernement Mondial sait de quoi il s'agit. Ou plutôt, de qui il s'agit.

Il fit un signe à quelqu'un sur le côté. Luffy apparut dans le champ de la caméra, un bébé dans les bras et la main d'une fillette rousse dans la sienne. Ils vinrent se placer aux côtés Law et fixèrent la caméra avec une confiance évidente. Puis, l'équipage des Pirates du Heart vint se placer à leur droite et l'équipage des Chapeaux de Paille à leur gauche avant que les deux ne se mélangent.

Après un long plan large et silencieux les deux équipages qui n'en formaient plus qu'un seul, l'image de la caméra se centra sur les deux capitaines et les enfants. Le sourire de Law se tordit jusqu'à devenir un rictus purement malveillant.

- À tous ceux qui s'aviseraient un jour de s'en prendre à ma famille, je vous dis ceci : il ne m'a fallu que six mois pour trouver comment détruire l'endroit le mieux gardé de cette planète. Pensez-vous réellement pouvoir m'échapper ? Pouvoir nous échapper ?

Il secoua la tête, amusé par l'absurdité de cette éventualité.

- Je vous laisse y réfléchir, en espérant que vous ferez le bon choix.

Il allait se détourner quand son visage s'éclaira, comme s'il s'était souvenu d'un élément très important à annoncer. Son expression se fit mutine, joyeuse.

- Oh, Messieurs et Mesdames de l'Armée Révolutionnaire… Je crois que vous avez perdu notre petit pari.

Il adressa un clin d'œil à l'écran – un geste au combien troublant et effrayant – et la transmission fut coupée.

Un long silence suivit la coupure. Aucun des anciens agents de la Marine n'osa bouger le moindre cil pendant une longue minute. Puis, Garp explosa d'un rire gras et bruyant, faisant sursauter les plus jeunes.

- Ces gamins ! Ils ne sont pas croyables !