Sawamura Daichi, le photographe professionnel envoyé par Yaku, était arrivé deux jours après la grande bataille de boules de neige. Kuroo avait recroisé plusieurs fois Daishou, et celui-ci était redevenu normal. Enfin, normal, il faisait ses remarques à la con, mais Kuroo sentait bien qu'ils étaient un peu plus que des ennemis. Ou du moins, c'est ce qu'il aimerait se dire.

Fait gaffe vieux, se reprit-il mentalement, pour se concentrer sur sa conversation avec Sawamura, qui ne semblait lui-même pas très concentré sur ses propres paroles.

Ils étaient tous les deux assis au réfectoire de l'auberge et discutaient des photos qu'il faudrait prendre. Puisque Kuroo avait déjà beaucoup travaillé, cela facilitait grandement l'échange, même si les deux garçons semblaient tous les deux dissipés.

–Donc on prendra une photo de la peinture pour un article exclusif ? demanda Sawamura.

–Si Daishou est d'accord, oui. J'y ai pensé pendant la nuit, affirma le brun, sérieux.

Du côté de Daichi, ce dernier ne semblait pas apte à arrêter de lui sourire. C'était un grand sourire bienveillant, qu'il lui offrait tout en tripotant son appareil photo entre ses doigts. Les traits de son visage montraient aussi un peu de nervosité.

–Bon et bien, je crois qu'on est fixé, je vais retourner travailler sur mes articles, sourit le brun en se levant, avant de déposer l'argent de sa boisson sur ma table. Merci beaucoup, on se rappelle plus tard pour arranger les détails ?

–Oui... Oui, sans problème, répondit le photographe sans savoir que répondre d'autre.

Le grand brun lui fit un signe de la main et tourna les talons, pour ensuite sortir du réfectoire, alors que Sawamura lui, le regardait partir, incapable de faire le moindre mouvement, comme happé.

Il sursauta quand il sentit une petite main tapoter son épaule.

–He, je te conseille de ne pas tomber pour cette idiot, lui fit Mika avec un regard désolé, alors que celui du jeune homme s'écarquillait. Je suis presque sûre qu'il aura quelqu'un avant la fin du mois, et c'est mon intuition féminine qui parle.

Il hocha simplement la tête, et dirigea une dernière fois ses yeux là où il avait aperçut son nouveau collègue pour la dernière fois.

Mika, en repartant vers son bureau, porta son attention sur Daishou, assis devant un ordinateur dans un coin de la cafet', et sourit en pensant qu'il y avait peut-être une chance pour que son meilleur ami croit en l'amour une bonne fois pour toutes.

Kuroo aurait dû passé l'après-midi à bosser, encore et toujours, sur ses articles, qui commençaient à prendre forme, et surtout, appeler Oikawa qu'il n'avait pas vu en visio depuis deux jours – croyez-le ou non, pour le châtain, c'était long, et encore plus pour Kuroo qui devait alors supporter les "c'est quand que tu m'appelles ?" par messages toutes les heures – mais malheureusement pour lui, Mika semblait avoir d'autres plans pour lui, et Daishou par la même occasion.

–Aller les gars, ça va être amusant ! répéta la jeune fille pour la cinquième fois depuis moins de dix minutes.

Elle commençait à sortir ses grands airs de chiot battu et de son côté, Kuroo allait bientôt céder. Et il aurait déjà abandonné si Daishou ne résistait pas autant.

–J'ai dit; je ne veux pas faire le marché de Noël. Et surtout pas avec Kuroo !

–Qu'est-ce que j'ai fait encore ? soupira le brun, blasé.

–Rien, j'ai juste pas envie d'être avec toi, là, tout de suite, sourit Daishou.

Le sourire de ce mec, c'était quelque chose.

–C'est méchant, bouda le journaliste.

–Mais je veux faire le marché de Noël ! s'exclama Mika, boudeuse.

–Vas-y seule, ou avec Kuroo, ou avec Yachi, mais pas avec moi, bye, tenta Daishou pour fuir la sortie.

–J'ai du travail... chuchota Kuroo, tentant de s'éclipser.

Mika gonfla les joues et retint les deux jeunes hommes avec force.

–Si vous venez avec moi, je vous offre la friandise de votre choix dans les stands, marmonna-t-elle dans sa barbe pour les faire abdiquer.

Leçon numéro une, le chantage, ça marchait super bien sur Daishou, surtout quand il avait l'impression que c'était lui qui tenait les rênes.

–Marché conclu. Je reste avec vous pendant deux heures, pas plus, siffla Daishou.

–N'accepte pas à ma place espèce de malade ! s'écria le brun outré.

–Super, on y va ! s'écria Yamaka, toute heureuse d'avoir gagné cette bataille – même si le vert pensait le contraire.

Ce dernier avait un sourire satisfait au coin des lèvres. Derrière eux, Kuroo suivait à pas lents, découragé.

Pourquoi moi..?

Le marché de Noël avait lieu tous les ans, pendant une à deux semaines, durant lesquelles les artisans de la région venaient étaler sur les stands leur marchandises, pour les vendre à des prix exorbitants aux villageois, et surtout, aux naïfs touristes qui n'hésitaient pas à déplumer leur portefeuille en pensant faire des affaires en or.

C'était aussi l'occasion parfaite pour faire des sorties en famille ou entre amis, sortir de ses couettes et enfiler une moumoute, histoire de se dire début janvier qu'on avait pas passé le mois de décembre à regarder des téléfilms de Noël – même si ce programme-là ne déplaisait à personne. Mais au village, personne n'oubliait de faire son petit tour annuel.

Et certainement pas à Mika, friande des belles sorties.

–On commence par quoi ? Je connais un stand de casse-noisette tenu par une amie, j'aimerais lui en acheter un, dit la châtain à Kuroo, toute enjouée.

–Tu en achètes tous les ans, Mika... lui fit remarquer Daishou en faisant mine d'être exaspéré.

–J'ai promis à Kiyoko de lui en acheter un chaque année, et puis j'en fais une collection ! elle s'exclama sans se lasser de son sourire. Et je deviendrai millionnaire, en les revendant plus tard, quand elle aura gagné en célébrité...

Kuroo, qui ne comprenait décidément rien, aujourd'hui, haussa simplement les épaules.

–Drôle d'investissement...

Il était vraiment tombé sur des personnes étranges, il ne savait pas exactement si c'était une bonne ou une mauvaise chose, à ce stade. La jeune femme prit les rênes du petit groupe, marchant d'un pas vif dans la grande rue, où presque tous les stands avaient été installés. Il ne leur fallut que quelques minutes, pour trouver le stand de cette Kiyoko, même si à cette heure, le marché était littéralement noir de monde – ce qui déplaisait grandement à Daishou.

–On aurait pas pu y aller en fin d'après-midi, plutôt ? grogna-t-il en sentant un petit chien se coller à sa jambe.

–Non, j'ai d'autres projets pour après, annonça-t-elle calmement, faisant soupirer les garçons. Kiyoko !

La jeune femme derrière l'étendoir releva le regard vers eux, et un sourire illumina son visage.

–Mika ! Je pensais pas te voir dès le premier jour ! sourit la brune aux lunettes, comme entourée d'un halo de pureté et de douceur qui aveugla Daishou et Kuroo. Oh, qui est-ce ?

Elle désignait le brun du menton.

–Kuroo Tetsurou, journaliste et ami de ces gens, enchanté, se présenta-t-il.

Daishou tiqua et ricana au mot « ami », offrant même un coup de coude au plus grand, qui l'ignora délibérément.

–Kiyoko Shimizu, enchantée aussi.

–Oh, et, Yachi est là ? s'exclama Mika.

–Je suis là-, uh, fit une petite blonde, trébuchant sur une pierre juste devant eux.

Elle se releva immédiatement, le rouge aux joues, avant de s'excuser un demi million de fois. Mika la prit juste dans ses bras pour lui faire un immense câlin qui étouffa presque la jeune fille rouge écrevisse.

Ça sent l'amour ici !

Kiyoko émit un petit rire et Daishou regardait presque Yachi, qui était la petite amie de Yamaka, avec compassion – presque. Mika discuta un peu plus avec Kiyoko, acheta son casse-noisette, décida qu'elle ferait le tour du marché avec Yachi, décréta que les jeunes hommes étaient libres jusqu'à quinze heures, partit sans demander l'avis de personne en compagnie de la petite blonde, et ce en moins de cinq minutes, laissant derrière elle un Suguru énervé et un Kuro deux fois plus paumé.

–La garce, maugréa le vert, qui commençait à avoir froid dans son simple pull gris clair.

–Hm, soupira Kuroo. Pourquoi tu mets pas autre chose au dessus de ton pull ? Tu grelottes comme je sais pas quoi.

–J'étais pas censé sortir de ma chambre cet aprem, abruti.

–Moi non-plus, pourtant je suis bien habillé !

–T'es juste un gros frileux.

Ils recommencèrent à se chamailler, malgré tout de bonne humeur, et décidèrent d'un accord commun de donner un coup d'oeil vite-fait à quelques stand avant de rentrer au chaud dans l'auberge. Le vert affirma qu'il avait besoin d'un nouveau tricot, alors ils allèrent en premier voir un vendeur qui en proposait.

–Essaie celui-là, proposa Kuroo avec un sourire en coin, montrant à Daishou un grand pull-robe oversize noir, pensant pouvoir le gêner.

–T'es con, y'a pas de cabine, et je connais ma taille abruti.

Le brun fut décontenancé une seconde, avant qu'un petit sourire prenne place au coin de sa bouche.

–C'est confortable ces merdes, ajouta Daishou, toujours en fixant le pull.

–J'avoue, mais y'en aura jamais un à ma taille ici, t'as de la chance d'être petit, le taquina le brun en relevant le menton, pour se donner l'air encore plus grand que ce qu'il ne l'était déjà.

–La ferme, monsieur grande-perche, railla le peintre.

Kuroo partit regarder d'autres pulls – ces vieux pulls vraiment moches, aux imprimés de Noël, ceux qu'il adorait au plus profond de lui. Daishou continuait de regarder avec insistance l'habit tout de noir. Tetsurou glissa un autre regard vers lui, et lui dit :

–Si tu le veux tant que ça, achète-le.

Le vert se tourna vers lui, plus que surpris, les joues un peu rouges. Il vérifia que le vendeur était occupé avec un autre client, puis se lança, semblant résolu.

–Il faut que je trouve un prétexte.

–Pas besoin de prétexte, le coupa Kuroo.

Daishou le fixait, de plus en plus étonné. Finalement, les traits de son visage se détendirent, et il se permit un véritable petit sourire.

–T'as raison.

–J'ai toujours raison, le corrigea le brun, fier de lui.

–Ça m'étonnerait vraiment.

Ils ricanèrent un peu, et Daishou appela le vendeur après avoir pris la plus grande taille du pull. Pendant ce temps, Kuroo décida d'acheter un gros pull rouge et vert, avec un sapin dessus. Porteur de pulls moches un jour, porteur de pull moches toujours, comme le disait le dicton qu'il venait d'inventer.

Ils décidèrent de s'arrêter là pour aujourd'hui, le jeune homme aux cheveux verts commençant vraiment à avoir froid, ils rentrèrent donc à l'auberge en attendant quinze heures, quand Mika aura décidé de revenir pour ses fichus plans.

–À toute à l'heure, je suppose, salua le brun, se réfugiant déjà dans sa chambre.

–Ouai, à toute', répondit Daishou, restant un peu pantois.

En allumant son ordinateur, Kuroo vérifia l'heure. Treize heures et quart, il avait le temps de se relaxer un peu. Il décida de mettre son tout nouveau pull, prit une photo l'envoya à Oikawa. « Encore un de tes vieux pulls moches ? Tu vaux mieux que ça Tetsu-chan ! Mais bon, ça te va bien, donc au final c'est pas si mal ! » avait répondu Oikawa quelques minutes plus tard, faisant sourire le brun.

De son côté, Daishou enfila son pull-robe dès qu'il fut débarrassé de ses autres vêtements. S'allongeant dans son lit, il remercia Kuroo dans sa tête, car il savait qu'il n'aurait jamais osé l'acheter s'il n'avait pas été là.

Cet abruti de chat n'était pas si insupportable que ça, au final.