Le reste de l'après-midi, Mika leur avait proposé de faire des gâteaux. Si au début, tout le monde suivait la recette à la lettre, la préparation avait vite dégénéré et il y avait eu de la farine partout. Ils s'étaient bien amusés, même si les sablés qui devaient être à l'heure actuelle en train de cuire seraient sans aucun doute immangeables.
Cela faisait longtemps que Kuroo ne s'était pas senti aussi bien. Il avait l'impression de retomber en enfance, il y avait cette douce chaleur qui enveloppait son coeur constamment ces deux derniers jours.
Il était heureux d'avoir été choisi par madame Marvill pour cette double page, c'était sans doute ce qu'il lui était arrivé de mieux depuis des années. D'ailleurs, Daishou avait accepté qu'il parle de sa peinture dans un de ses articles, car soit-disant cela lui ferait de la pub. Il soupira d'aise, entre ses couvertures chaudes. Oui, il était heureux comme ça.
—
Quelques jours plus tard, alors que Kuroo avait beaucoup avancé dans son travail, notamment avec Sawamura, le petit groupe avait décidé d'aller faire de la luge au parc du village – un grand parc au centre, où il y avait une énorme pente. Généralement, c'était les petits enfants qui aimaient bien y aller, mais l'enthousiasme de Mika avait convaincu tout le monde, même Daishou, aussi incroyable que cela puisse paraître.
Kuroo descendit les escaliers menant au rez-de-chaussée habillé d'au moins trois couches de pulls, surmontées d'un manteau, d'un bonnet couvrant bien ses oreilles, d'une écharpe et de gants, sans oublier ses grosses baskets. Il ressemblait littéralement à une énorme peluche sans aucun style, Daishou se moquerait sûrement de lui, mais il préférait encore ça au froid.
Sud que l'éclat de rire du vert l'énerva au plus haut point.
–C'est quoi c'te dégaine ?!
Le brun grogna un tas d'insultes envers Suguru, mais le fou-rire du peintre s'accentua quand il trébucha sur un tapis. Même Mika ne pouvait s'empêcher de rire. Il grogna de nouveau, vexé, et décida que le sol serait l'endroit idéal pour bouder : même pas besoin de bouger.
–Euh, vous ne voulez pas vous relever ? lui demanda un homme, qui lui tendait la main.
Il releva le regard, et croisa celui de Sawamura, qui le regardait, inquiet. Il soupira et accepta la main du jeune homme – qui détournait les yeux – pour se relever. Une fois debout, il remercia Daichi, se sentant un peu honteux. Daishou et Mika avaient arrêté de rire, et les regardaient, interloqués.
–Je t'ai déjà dit de ne pas me vouvoyer, chui pas un vieux chnoque, lui rappela Kuroo en riant.
Le brun clair sourit, une petite teinte rose ornant ses joues. Un éclair traversa l'esprit du plus grand.
–Mika, Daishou, je vous présente Sawamura Daichi, le photographe avec qui je dois collaborer. Sawamura, voici Daishou Suguru et Mika Yamaka, des amis à moi, fit Kuroo.
–Tes seuls amis, rectifia le vert, mesquin.
–J'en ai d'autres sale serpent, et certainement plus que toi, rétorqua le journaliste sur le même ton.
Daichi ne savait pas trop où se mettre. Il avait déjà rencontré la jeune fille, et il était un peu gêné de la revoir, par rapport à ce qu'elle lui avait dit. Il glissa un oeil vers Daishou, qui se disputait toujours avec Kuroo, et fit directement le lien avec son discours d'il y avait quelques jours.
–On y va les gars ? s'exclama soudainement Mika.
–Ah euh, oui, lui répondit Kuroo. Tu veux venir avec nous Sawamura ?
Ce dernier mit du temps à comprendre que le jeune homme lui avait adressé la parole. Il déclina simplement l'invitation en disant qu'il était occupé, et qu'il devait d'ailleurs partir immédiatement. Il se précipita dans l'escalier par lequel Tetsurou était descendu plus tôt, l'air pressé, et les poings serrés. Mika sentit une boule se former dans sa gorge.
–On y va ? rappela Suguru avec impatience. Yachi nous attend dehors, la pauvre.
Mika oppina du menton, et rejoignit Daishou juste devant la porte. Kuroo s'y dirigea à son tour à pas lents, inquiété par la réaction de Daichi. Avait-il fait quelque chose de mal, ou le photographe était-il vraiment pressé ?
Ils sortirent pour rejoindre Yachi qui les attendait sous le préau, trois grosses luges en main.
—
Ils étaient au parc depuis un moment maintenant. Mika et Yachi avaient fait toutes les deux quelques descentes en luge, mais s'en étaient vite lassées, contrairement aux jeunes hommes qui enchaînaient les courses comme des gamins depuis une heure. Les filles étaient parties chercher de quoi grignoter, et pendant ce temps, ils étaient seuls.
Épuisés – bien qu'ils ne l'avoueraient sous aucun prétexte – ils prirent une pause au pied d'un arbre.
–Ça avance, ta double page ? questionna Daishou pour combler le silence.
–Ça roule. Et toi, ta peinture ?
–J'ai bientôt fini.
–Cool.
De nouveau, seul leur respiration se faisait entendre. Le silence avait quelque chose d'étrange. D'habitude, ils ne s'arrêtaient jamais de parler, ils ne faisaient que de se chamailler. Les moments de blanc étaient rares et gênants, et tout particulièrement celui-ci.
–Tu veux savoir un truc ? J'aime pas Noël.
Kuroo rendu un regard perdu au vert, qui avait pris la parole.
–C'est ringard. Les gosses qui croient encore à la magie pensent que c'est un viellard sur un traîneau qui vient leur apporter des cadeaux, y'a des décorations partout, les repas de famille sont relou pour ceux qui en ont, et tu dépenses trois fois plus qu'en temps normal sous prétexte que "c'est les fêtes, on peut se lâcher". Ça coûte cher, comme toutes les fêtes du calendrier.
–Un vrai grincheux, ricana le brun.
–Je t'emmerde. Mais en tout cas, ce serait pas si mal de passer le reste du mois à te faire chier, surtout le vingt-cinq. Je t'offrirai le cadeau le plus pourri qui soit, affirma Suguru en donnant un coup de coude au brun.
–Tu viens tout juste de dire que tu m'offriras un cadeau, releva Kuroo avec un sourire moqueur.
–Juste pour te faire chier j'ai dit.
–Compte sur moi pour te rendre la pareille, face de vipère.
Il se prit directement une boule de neige dans le visage. Quand son regard croisa celui du peintre, ce dernier put lire dedans « c'est la guerre ».
Une deuxième édition de la grande bataille de boules de neige eut lieu.
—
Ils rentrèrent à l'auberge vers dix-sept heures, complètement trempée et gelés. Après la bataille, que Daishou avait gagnée – Kuroo avait déclaré forfait – ils étaient partis vagabonder un peu partout dans le village, empruntant parfois plusieurs fois les mêmes rues. Ils avaient aussi déduit que Mika et que Yachi les avaient légèrement abandonnés, et étaient rentrées bien au chaud après avoir tapé la discute pendant deux heures dans un des cafés.
Les deux jeunes hommes allaient se quitter comme d'habitude, se saluant simplement avant de fermer la porte de leur chambre, mais sur le moment, Tetsurou n'en avait pas spécialement envie. Loin de lui était l'idée d'assumer qu'il pouvait peut-être bien ressentir quoi que ce soit pour Daishou – même s'il commençait sérieusement à y penser. Mais il ne pouvait juste pas affirmer qu'il n'avait pas non-plus envie de rester un peu plus avec lui.
–Hmm... Tu veux que je te montre ma collection de vieux pulls moches ? demanda-t-il maladroitement alors que Suguru avait pratiquement disparu derrière la porte en bois brun, décorée d'une couronne de Noël comme toutes les autres.
La clochette de cette dernière émit un tintement aigu lorsque le peintre s'arrêta brusquement dans son geste. Il pouffa un peu, faisant rougir les joues de Kuroo, mais comprenant les intentions de ce dernier, il hocha ensuite la tête et ne perdit pas de temps avant de rentrer dans la chambre du brun. Avec hésitation, le coeur battant dans sa poitrine, le journaliste ferma sa porte derrière lui.
D'un pas léger qui ne trahissait en aucun cas son petit stress intérieur, Daishou partit s'affaler sur le lit de Kuroo, s'étalant de tout son long dans les draps, et le jeune homme aux cheveux incoiffables n'osa même pas s'approcher du lit tellement il était gêné. Amusé de la situation, Daishou sourit vicieusement comme la vipère qu'il était.
–Hm ? Alors, cette collection ?
Kuroo faillit lui balancer ses gants qu'il venait d'enlever dans sa tronche de serpent infâme.
–Bah quoi, t'es si pressé que ça de la voir ? siffla le brun.
Ce n'était pas parce qu'il appréciait – un tout petit, petit peu – Daishou que ce dernier ne l'énervait pas, avec son vice à la con et ses expressions faciales de psychopathe.
–Si tu veux me la montrer malgré le fait que je t'insupporte c'est qu'elle doit être vraiment magnifique, poursuivit-il en plissant les yeux de malice, et Kuroo aurait presque pu croire qu'il lui tirait la langue.
Mais quel enfoiré !
–Au fait, ça te dérange pas de dégueulasser mon lit avec tes fringues toutes sales, par hasard ? fit remarquer le brun, à qui il ne restait plus qu'un pull et un pantalon, sortant un premier pull de sa valise.
–Excusez moi votre majesté, si vous me permettez de sortir de cette humble chambre j'irai me changer dans une tenue qui ne salira point ces draps qui ne vous appartiennent d'ailleurs aucunement.
Kuroo grinça des dents, les joues rouge coquelicot, et lui envoya le premier objet à sa portée – son bonnet – pour qu'il se taise.
–J'y vais, j'y vais...
Daishou sortit de la chambre et Kuroo put souffler. D'un coup, son ordinateur portable se mit à jouer sa sonnerie d'appel vidéo qu'il avait choisi en fonction de ses goûts musicaux d'il y a cinq ans – un vieux tube français des années 80', il ne savait même pas pourquoi il l'aimait tant ou comment il était tombé dessus dans un premier temps mais il continuait de penser que c'était l'idée du siècle, et ce même si son meilleur ami le regardait bizarrement à chaque fois qu'il s'ambiançait dessus.
Oh malheur, en parlant de meilleur ami...
C'était sans aucun doute Oikawa, et là, ça sentait le roussi. Pas qu'il avait honte de cette dramaqueen affamée de tous les ragots de la Terre, enfin quand-même un peu, mais dans les derniers jours, il lui avait tellement raconté sa vie depuis qu'il était ici qu'il avait sûrement laissé échapper deux trois conneries, et qu'avec Daishou qui n'allait pas tarder à revenir ça allait mal finir.
Après trente secondes, la sonnerie s'arrêta, avant de de repartir de nouveau, faisant de nouveau battre le coeur de Kuroo.
Oikawa avait définitivement mal choisi son moment pour avoir envie de lui parler.
Au bout de la troisième sonnerie, voyant que Daishou ne revenait toujours pas et que le châtain persistait, il décrocha et le visage agacé de Tooru apparut en plein écran devant ses yeux. Directement, le jeune homme croisa ses bras sur son torse et lança le regard le plus acéré qui soit à son cher meilleur qui portait un de ses pulls immondes, selon son humble avis.
–J'aurais pu être en train de crever tu sais, siffla Tooru d'un ton hautain.
Le brun soupira, se massa les tempes, vérifia qu'il était toujours seul dans sa chambre et daigna répondre à ce grand malade d'Oikawa.
–Oh pitié, ne monte pas sur tes grands chevaux comme ça.
–Je ne monte pas sur mes grands chevaux ! C'est toi qui ne prends pas au sérieux mes appels ! Je sais très bien que tu hésitais devant ton ordi comme un con, affirma Oikawa en gonflant les joues.
–Mais de quoi tu parles encore ? marmonna Kuroo. Eh, tu sais que tu ressembles à rien quand tu tires cette tronche là ?
–Vas-y, fous-toi de moi, monsieur je vis mon idylle amoureuse avec mon âme-soeur rencontrée au village magique du père Noël !
–Oh mon dieu... Bon, tu veux quoi ?
Oikawa quitta sa moue boudeuse pour un grand sourire.
–J'ai senti que c'était le meilleur moment de la journée pour t'appeler ! Et fais pas comme si t'étais pas content de me voir, c'est vexant.
Le brun leva les yeux au ciel, l'Univers se foutait vraiment de sa gueule.
Il s'arrêta de respirer quand il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir. C'était Daishou.
–Oh, joli pull oversize, commenta Oikawa après quelques secondes. Kuroo, je pensais pas qu'un jour tu aurais un ami autre que moi ayant des goûts potables en matière de pulls.
Le hasard (le destin) aurait sa peau.
