Oikawa raccrocha après deux heures entières d'appel, qu'il avait passées à livrer des dossiers sur Kuroo et à dire à quel point les deux "allaient bien ensemble", "que Kuroo était vraiment un homme à marier" et qu'il "préparait déjà leur mariage". Heureusement, cette torture prit fin quand Iwaizumi, le super copain de Tooru, réclama un chocolat chaud – le pauvre étant tombé malade, Oikawa était littéralement aux petits soins avec lui.

–Je n'arrive pas à déterminer si ton pote est un gars génial ou un psychopathe, lâcha Daishou en baillant et s'étirant.

–Les deux, crois-moi.

–C'est pas trop dur au quotidien ? ricana le vert.

–Oh, j'ai l'habitude depuis le lycée. Pour être honnête j'ai un peu tout fait avec lui, répondit Kuroo, en se grattant la nuque.

–Vous vous connaissez depuis longtemps ? demanda son ami, semblant, pour une fois, réellement intéressé.

–Hm, depuis le lycée. J'ai commencé à flirter avec lui en seconde, comme le courant passait bien on est sorti un peu ensemble en première, deux semaines pendant lesquelles on a baisé comme des détraqués, et on s'est rendu compte que c'était juste de l'amitié donc on est devenu meilleurs amis. Il a un peu été toutes mes premières fois, tu vois ? résuma-t-il à la limite de mourir de rire à cause de la tête de Daishou qui était, à son avis, hilarante.

–Des grands malades, jura Daishou les joues rouges, après s'être remis de son choque. Des putains de fous.

–On prend tous les types de compliments, plaisanta Kuroo.

Suguru pouffa à son tour et décida qu'il était temps pour lui de rentrer. Il se dirigea sans plus de cérémonie vers la porte.

–Au final, je l'ai pas vue, ta collection de pulls moches.

–Tu pourras revenir un autre jour pour que je te la montre, répondit Tetsurou.

–C'est une invitation ?, fit le vert, avec un sourire en coin, essayant tant bien que mal de cacher ses petites rougeurs dues à la gêne.

–Prend le comme tu veux, sourit de nouveau le brun.

Daishou siffla, et pressa un peu plus le pas, son coeur battant beaucoup trop vite pour que cela soit normal.

–Au fait... osa Kuroo. Le pull te va bien.

Le jeune homme aux cheveux verts quitta la chambre le plus vite possible.

Ça sonne grave gay là, nan ?

–Kuroo, j'ai besoin de toi cinq minutes, s'il-te-plaît.

L'arrivée de Mika dans sa chambre le fit sursauter violemment, alors qu'il travaillait sur sa double page – qu'il avait finie, ou presque, par ailleurs. Il posa sa main sur son cœur, prit une pose dramatique, et s'exclama :

–Tu veux me tuer ?!

–Peut-être, répondit la châtain en haussant les épaules, alors que la mâchoire du brun se décrochait théâtralement. Tu savais que y'avait des feux d'artifices le 24, cette année ?

–Non. Tu viens de me l'apprendre. Mais c'est pas comme si on était déjà le 20.

Yamaka fit la moue.

–Tu comptes inviter quelqu'un ?

–Parce qu'il faut inviter quelqu'un en plus ? ricana-t-il en tapant les derniers mots au clavier sur son ordinateur.

–Non, mais tu pourrais en profiter pour te déclarer à quelqu'un. Genre le mec qui squatte calmement ta chambre pendant que vous discutez avec ton meilleur ami depuis plusieurs jours.

Mika prit place sur le lit de Kuroo alors que ce dernier, choqué, s'arrêta brusquement d'écrire. Il tourna lentement la tête vers la jeune fille.

–Attend, attend, attend. De quoi tu parles, là ? bégaya-t-il, le rouge aux joues. Et puis comment tu sais tout ça ?

–Je parle évidemment de Daishou, lâcha Mila comme si c'était une évidence – ça l'était. Et j'ai mes sources.

–Je ne suis pas amoureux de Daishou ! s'étrangla Tetsurou, rouge pivoine jusque dans la nuque.

–Ça ne sert à rien de te voiler la face, tenta-t-elle de le résonner. Je te jure Kuroo, je sais que tu le sais aussi.

Son affirmation fut suivie d'un silence pesant et long. Elle attendait que le jeune homme dise quelque chose, mais apparemment il ne pouvait, ou voulait, rien dire. Elle enchaîna :

–Daishou pourrait être heureux avec toi. Il ne s'est jamais rapproché de quelqu'un aussi rapidement qu'avec toi, et je suis presque sûre qu'il t'aime aussi. Si tu n'avais pas été là, il n'aurait pas acheté ce pull qui lui fait de l'oeil depuis des années. Si vous saviez comment vous rayonnez quand vous êtes tous les deux ! Et puis vous habitez tous les deux à New-York ! Vous pourrez facilement vous revoir. Ce que j'essaie de te dire Kuroo, c'est que tu dois foncer maintenant, Daishou est une perle et tu le sais aussi bien que moi.

Elle se tut, lui laissant le temps de digérer. Il était rouge, le coeur battant dans la poitrine, et se sentait comme une lycéenne transie d'amour en pensant à son crush. Il voulait bien l'avouer, il aimait... bien Daishou. Plus que de raison. Ils n'avaient beau faire que de se battre, Kuroo savait que cela traduisait de l'affection. Il avait passé le meilleur mois de décembre de sa vie grâce au vert, il n'avait jamais été aussi heureux. Et s'il l'invitait aux feux d'artifice... Il passerait sûrement le meilleur des Noël.

C'était niais, mais c'était la vérité. Il y avait quelque chose entre eux.

–Ouais, répondit-il, en se tripotant nerveusement les doigts. Ouai, je lui demanderai.

Elle lui sourit.

Il neigeait dehors, pour la première fois en milieu de journée. Le village avait beau être recouvert de blanc presque tous les jours d'hiver, il ne neigeait que la nuit (toute la nuit en général, sauf quelques fois où le ciel ne semblait pas décidé à faire tomber les flocons), tôt le matin ou tard le soir vers dix-huit heures, quand le Soleil s'était déjà couché depuis un moment. Étrangement, la météo donna à Kuroo l'envie de sortir, de faire une boule, et de l'envoyer sans aucune raison sur Daishou – il n'avait rien fait pour une fois, si ce n'était de monopoliser ses pensées.

Vous l'excuserez, mais quand il ne pouvait même pas se débarrasser du sourire de cette vipère de malheur quand il parlait à Marvill au téléphone, qu'elle montait dans des aigus pas possibles parce qu'il lui faisait répéter cinquante fois la même chose car il avait la tête ailleurs, il avait de quoi être agacé – bien qu'il ne pourrait jamais être assez fort pour vraiment lui en vouloir, surtout que c'était lui qui était tombé amoureux.

Aujourd'hui, deux jours après sa discussion avec Mika, il n'avait toujours pas passé le pas pour inviter Daishou. C'était à peine s'il arrivait à dormir la nuit, il passait des heures à imaginer les pires scénarios possibles. Il y avait peu de chance pour que cela arrive, il n'était pas aveugle – pas totalement – et devait bien admettre que sa relation avec Daishou était passée d en très peu de temps, sans faire d'effort, comme si tout était absolument naturel. Il ne manquait que d'accomplir l'étape Z, dans l'image qu'il se donnait dans la tête.

Il ne savait pas trop de quoi il avait peur. Daishou n'était pas autant un chien qu'il ne le pensait au début, oui, il pouvait être sympa et même gentil. Il habitait dans la même ville que lui, avec un peu de chance leur maison n'étaient pas si loin d'une de l'autre, ils s'étaient rencontrés par hasard dans un village paumé surnommé « le village du papa Noël », à la sortie d'une confiserie, parce qu'il s'extasiait pour une sucette à la fraise et Oikawa approuvait (encourageait très fortement) leur relation.

Il ne lui manquait rien si ce n'était que du courage et sûrement une ou deux pilules magiques pour diminuer sa fierté – parce qu'il en avait une, aussi étonnant que cela puisse paraître.

Il avait parlé de cette petite histoire à littéralement tout son entourage, que ce soit Tooru, Yaku, un des serveurs du réfectoire, Akaashi si ses souvenirs étaient bons, Daichi et même Marvill avait presque pu profiter de son récit digne des comédies romantiques de Noël, mais encore heureusement pour lui Kuroo savait se retenir.

Il doutait beaucoup sur le fait que Mika ait su tenir sa langue, mais de toute façon même si elle en avait parlé à Daishou, ce dernier ne lui avait posé aucune question. Soit, comme lui, il n'avait pas le courage de lui en parler (peu probable), soit il le faisait mariner, soit c'était à cause de sa fierté, soit, et bien il n'avait pas les mêmes sentiments que lui.

Dans tous les cas, ça le travaillait, et parfois, il n'arrivait même plus à regarder Suguru dans les yeux.

Il soupira et décida d'envoyer ses articles et les photos de Sawamura à Yaku, pour qu'il puisse enfin finaliser la mise en page et qu'il puisse enfin aller se reposer chez lui. Il ignora un appel entrant d'Oikawa, trop épuisé mentalement pour avoir ne serait-ce qu'un peu de race.

Laissant un énième soupir passer ses lèvres – la chose qu'il savait sûrement le mieux faire depuis quelques jours –, il attrapa son cher bonnet, ses gants et ses chaussures, sortit de sa chambre sans même penser à la fermer derrière lui, puis ouvrit la porte en face de lui comme si de rien n'était.

Daishou était allongé dans son lit, vêtu uniquement de son pull oversize – très certainement son préféré –, et visiblement il ne s'attendait pas à voir Kuroo apparaître dans sa chambre, surtout alors avec son habit qui lui couvrait à peine les fesses et avec son caleçon n'aidait pas plus.

Le brun s'en fichait un peu, il avait déjà vu pire – genre Oikawa – et il n'était pas là pour ça. Alors que Daishou, rouge de la tête au pied, mourrait de gêne, il le fixa intensément dans les yeux, sérieux, et prit la parole après un petit moment de silence.

–Le 24. Je t'invite à aller voir les feux d'artifices avec moi.

Daishou se figea. Il n'eut même pas le temps de dire qu'il était d'accord, par réflexe, que Tetsurou avait déjà déserté la pièce.

De nouveau seul, il remarqua qu'il avait retenu sa respiration, alors il expira tout d'un coup. Le feu de son visage n'avait paz diminué, il peinait encore à comprendre ce qu'il venait tout juste de se passer.

–J'ai jamais vu une manière aussi étrange d'inviter quelqu'un, fit remarquer Mika, qui cherchait, pendant tout ce temps, quelque chose dans le placard. T'as de la chance qu'il vienne de le faire, j'allais justement t'obliger à l'inviter.

–Tu penses que..? bégaya Suguru.

–Oui. Plus qu'à espérer qu'il ne neige pas le 24.

Il hocha la tête.

Il venait sûrement de trouver le meilleur spot du coin pour voir le feu d'artifice. Il avait demandé de l'aide à la première personne qu'il avait croisé, c'était le gérant de la confiserie. Il lui avait bien indiqué le chemin, le sourire en coin, les yeux d'un vieux vert plissés de malice. Du coup, Kuroo faisait du repérage.

Il considérait cette sortie comme un date, il voulait que tout soit parfait pour se déclarer à Daishou. Il allait prévoir de la nourriture, une sorte de banc fait avec un tronc d'arbre, des couvertures et des chocolats chauds.

Dans sa tête, cela allait soit être l'un des plus beaux jours de sa vie, soit l'un des pires. À croire qu'il était vraiment complètement mordu de Suguru.

Il inspira et expira l'air froid du mois de décembre, comme pour se donner du courage, les yeux rivés vers les reliefs montagneux et les forêts au loin. Il se rendit compte que la nuit allait bientôt tomber, le ciel prenait déjà ses couleurs du crépuscule.

La vue était peut-être un peu moins belle que le sourire sincère que Daishou lui adressait parfois. Et au moins aussi rare. Mais elle était bien là, elle était réelle.