Chapitre 1 : Harry

Harry se retourna une énième fois, empêtré dans les draps humides de son lit à baldaquin. La chambre était si froide qu'il lui fallait parfois des heures pour trouver le sommeil. Quand bien même il y parvenait, le froid semblait déterminé à le grignoter, en commençant par ses pieds, et venait le saisir en sursaut au milieu de son sommeil.

Il soupira.

Il n'avait pas le droit de se plaindre : il avait connu des planques bien pire que celle-ci. Des nuits sans sommeil, l'oreille aux aguets et le corps saisi par le froid glacial. Si on lui avait dit jadis, quand il n'était qu'un petit gamin maigrichon et maltraité, que des années entières de sa vie d'adulte constitueraient en une cavale sans fin et sans but, à dormir dans une tente avec sa meilleure amie, il aurait sûrement trouvé l'idée géniale. Sauf qu'il faut se méfier du rocambolesque. En vrai, les aventures : ça craint.

Harry avait mal au dos. Bon, il avait mal partout en vérité mais le mal de dos était celui qui le faisait le plus souffrir. Les problèmes respiratoires qui avaient fait leur apparition l'année dernière étaient aussi particulièrement pénibles. Ils le laissaient sans force et, cela va de pair, sans défense. C'était devenu trop compliqué, trop coûteux et énergivore d'assurer sa protection. La 3e génération de l'Ordre leur avait bien fait comprendre.

Harry avait haussé les épaules tandis qu'Hermione avait essayé d'argumenter avant de crier au scandale. Tout le monde autour de la table avait alors baissé la tête, l'air piteux. Ce n'était pas de gaité de cœur qu'ils abandonnaient à son sort l'ancien sauveur devenu une charge inutile. C'était le niveau critique de la situation dans laquelle ils étaient depuis quelques mois qui contraignait l'organisation à faire des sacrifices. L'Ordre étaient composés d'hommes et de femmes pour la plupart intègres et courageux, pour qui Harry aurait volontiers donné sa vie si ça pouvait encore servir à quelque chose. Pour qui il aurait carrément mieux fait de donner sa vie, il y a huit ans de cela lors de cette fameuse bataille de Poudlard. Le début des emmerdes.

Harry remua de nouveau. Il avait si froid qu'il ne sentait plus le bout de ses orteils. Par réflexe, il toucha sa baguette posée sur une console en bois précieux placée près du lit et qui faisait office de table de nuit.

Depuis plusieurs jours, Harry se demandait comment aborder auprès du maître de maison LE sujet qui fâche : la préservation de son précieux patrimoine familial valait-elle vraiment la peine qu'ils se gèlent autant le cul ? En d'autres termes, comment convaincre un petit con de sang-pur élevé dans l'opulence et le luxe de consentir à brûler quelques-uns des meubles en noyer de ses ancêtres afin d'avoir un peu moins froid ? Harry n'avait pas encore trouvé d'angle d'attaque. La diplomatie n'avait jamais été son point fort. C'était celui d'Hermione. Mais la jeune femme, la dernière amie qu'Harry comptait en ce monde de merde, était à des milliers de kilomètres d'ici. L'un comme l'autre ne s'étaient pas séparés de gaité de cœur. Mais ils étaient d'accord sur le plan : appeler les sorciers internationaux à l'aide. Pour eux-mêmes et pour la nation britannique toute entière, au point où ils en étaient.

Harry et Hermione étaient aussi tous deux conscients que vu son état actuel, il était probable que Harry ne survive pas à l'utilisation d'un Portoloin traversant l'Atlantique. Du moins, impossible qu'il soit encore capable de fonctionner à peu près normalement après ça. Maintenant, le moindre sort basique lui demandait un effort quasi inhumain. Et laissait ce qu'Hermione surnommait ses « batteries magiques » à plat pour de longues heures. Un peu plus tôt dans la journée, Harry avait jeté plusieurs sorts pour aider son imbécile d'hôte qui s'était mis dans une position fâcheuse. La moindre magie lui était impossible avant au moins demain matin. Dommage, il aurait volontiers conjuré une foutue bouillotte bien chaude.

Après un énième soupir, il finit par écarter les couvertures molles d'humidité pour se lever. Peut-être qu'un thé bien chaud aiderait un peu ? Au point où il en était … Il traîna des pieds le long du couloir lugubre dont les tentures murales vertes semblaient noires dans la pénombre.

Ah ! Hermione et ses idées de merde … pensa fort peu charitablement Harry.

C'était à elle qu'il devait sa présence ici. Lorsqu'une lueur d'espoir s'était allumée outre-Atlantique et qu'il était devenu clair qu'il fallait y aller pour espérer parvenir à quelque chose, ils avaient décidé 1) qu'ils feraient cavaliers seuls, sans prévenir l'Ordre et 2) qu'Harry resterait en lieu sûr le temps qu'Hermione revienne. Encore fallait-il déterminer le lieu sûr en question. On ne pouvait plus vraiment faire confiance à quiconque de nos jours … Où se planquer quand on était connu de tous ? Quand on était pourchassé tel le trophée de chasse ultime par des ennemis qui ne vous voulaient vraiment pas du bien ? Et quand, en parallèle, on était tellement affaibli qu'incapable de se défendre ?

L'adage selon lequel la nuit porte conseil s'était révélé une belle arnaque. Le matin suivant, Hermione s'était réveillée avec une idée qu'elle trouvait géniale tandis qu'Harry la trouvait ignoble.

-C'est le bluff ultime ! avait-elle clamé. Personne n'ira te chercher là-bas, ni ces andouilles de l'Ordre ni …

Elle s'était interrompue d'elle-même. Il leur était impossible de prononcer tout haut le nom de leurs ennemis. Une des multiples choses qu'ils avaient gardé de leur ancien maître après qu'Harry lui ait réglé son compte. Ces salopards de Mangemorts avaient d'abord disparu de la surface de la Terre, juste le temps d'endormir la méfiance générale pour revenir plus vicieux, plus acharnés et plus haineux que jamais.

-Ce truc du coup de bluff, tu sais ce que ça me rappelle ? avait tenté de contrer Harry. L'idée de Sirius de faire de Pettigrew le gardien du secret de mes parents …

Hermione avait levé les yeux au ciel.

-Tout de suite les grands mots !

-Mais non ! La comparaison est parfaitement valable ! Toi, ma meilleure amie, tu me jettes la tête la première dans la gueule du loup, exactement comme Sirius avec mon père.

-Arrête un peu ! Malfoy ne pourra rien te faire : il purge toujours sa peine d'interdiction d'exercer la magie.

Effectivement. Pendant la période de lune de miel qui avait suivi la bataille de Poudlard, les sorciers d'Angleterre avaient cru pouvoir démarrer un vrai processus de reconstruction et d'avancées démocratiques. Une des mesures phares avait été les procès des quelques Mangemorts qui avaient été capturés durant la bataille. Après qu'un Harry alors en pleine forme et plein de confiance en l'avenir (hahaha la bonne blague !) ait témoigné à leurs procès, Narcissa Malfoy avait été libérée sans charge retenue comme elle et Draco s'en était tiré avec une interdiction d'exercer la magie pendant 10 ans. Seuls les sorts défensifs lui étaient autorisés. Lucius Malfoy pour sa part avait écopé de 15 ans à Azkaban.

Harry et Hermione savaient que Narcissa avait rapidement quitté le Royaume-Uni après cela. Il était aussi de notoriété commune que Draco vivait depuis seul au manoir. Traître pour les uns, salaud opportuniste pour les autres, son cas faisait consensus dans les deux camps : un mépris unanime. C'est précieusement ce mépris qui faisait du manoir Malfoy la planque ultime aux yeux d'Hermione. Personne n'irait y chercher le Sauveur.

Une fois à court de protestations, Harry avait boudé mais n'avait pas été fichu d'imaginer un meilleur plan. Tout ce qui lui était venu en tête était le 4 Privet Drive mais à tout prendre, il préférait encore la compagnie de Malfoy à celle de l'oncle Vernon et de la tante Petunia.

Alors un beau matin, sans prévenir (il valait mieux ne pas lui laisser l'opportunité de refuser), Harry et Hermione s'étaient pointés devant les grilles du manoir et avaient demandé … eh bien oui : l'asile politique. Et à la stupéfaction d'Harry, Malfoy avait accepté sans trop faire d'histoires, une fois la surprise passée.

C'était comme ça qu'il s'était retrouvé dans cette baraque de films d'horreur, celle qui avait hébergé Voldemort, celle où Harry l'avait un jour vu ordonner à Nagini de dévorer vivante une femme, celle où Bellatrix Lestrange avait torturé Hermione. Quand il passait devant le salon situé juste après l'escalier, Harry entendait encore raisonner les cris de la jeune femme. Les portes de ce salon étaient résolument closes maintenant, comme la plupart des autres pièces. Livré à lui-même sans magie, seul (les anciens elfes de maison des Malfoy étaient morts durant « l'occupation »), Draco vivotait dans 3 - 4 pièces qu'il s'arrangeait pour maintenir à peu près en état. Le reste du manoir était laissé à l'abandon. Bien sûr, ce connard s'était fait un plaisir d'attribuer à Harry une chambre à l'autre bout de la baraque. On était en novembre. Certaines nuits comme celle-ci, il faisait si humide et si froid que Harry en venait à regretter amèrement la tente qui abritait la majeure partie de leur cavale à Hermione et lui depuis des années.

Parvenu à la cuisine, il se sentit déjà un peu mieux. Draco avait fait cuire des haricots blancs en sauce sur la vieille gazinière pour leur repas et il restait encore un peu de chaleur résiduelle. Harry remplit la vieille bouilloire à l'aide de l'imposante pompe à eau qui trônait sous la fenêtre et alluma le gaz. Puis, il entreprit de farfouiller dans le placard où il savait que Draco rangeait les tisanes qu'il concoctait lui-même. En moins d'une dizaine de jours, Harry avait intégré presque comme siennes les règles de ce drôle de foyer.

Après avoir opté pour un mélange de feuilles de menthe poivrée et de framboisier, il se retourna pour se mettre en quête d'un mug et sursauta lorsqu'il se retrouva presque nez à nez avec son hôte.

-Tes réflexes ne sont plus ce qu'ils étaient, Potter.

-Sans blague.

Malfoy n'avait pas encore réussi à le mettre hors de lui, ce en quoi il excellait pourtant jadis, lorsqu'ils étaient ados. C'était à se demander lequel des deux avait vraiment ramolli…

En fait, Malfoy avait l'air beaucoup plus mal à l'aise que haineux quand il se trouvait en présence d'Harry. Cela n'étonnait pas l'ancien Gryffondor. La plupart des gens se comportaient de la sorte avec lui. Son teint cadavérique, son souffle court et, les mauvais jours, ses difficultés à se déplacer plongeaient les autres sorciers dans un abîme de gêne et de perplexité.

Bien sûr, ce n'était pas normal qu'il ait la forme physique d'un vieillard et que sa magie semble s'échapper inexorablement de lui comme d'un tuyau percé. Leur hypothèse, à Hermione et lui, c'était que Voldemort n'avait pas tué que son Horcruxe lorsqu'il lui avait envoyé cet Avada dans la forêt interdite. Ce n'était pas seulement la magie qui fuyait d'Harry, c'était la vie même. Cela l'avait terrifié, mis dans une rage folle, dans une tristesse abyssale. Et puis finalement, il s'y était fait. Comme au reste.

Le soir de bataille, quand il avait fait le choix de revenir, il avait opté non pas pour un futur mais pour un sursis. Il avait encore du mal à donner du sens à cela. À part ce même soir, quand il avait indiqué à Neville comment tuer Nagini puis quand il avait causé la mort de Voldemort en le prenant à son propre piège, Harry n'avait pas servi à grand-chose depuis sa résurrection manquée. Est-ce que sa vie était vraiment censée s'arrêter là ? Peut-être que c'était pour cela que depuis rien n'avait de sens.

Sans prendre la peine de lui proposer, Harry prépara un deuxième mug de tisane pour son hôte. Il était pourtant sûr que ce bâtard avait dix fois moins froid que lui, il dormait dans une pièce juste derrière la cuisine.

Malfoy considéra le mug qu'Harry posa devant lui avec un air ouvertement circonspect. L'ancien Gryffondor haussa les épaules et saisit son propre breuvage serré entre ses deux mains pour se réchauffer tandis qu'il s'appuyait contre la gazinière encore vaguement tiède.

-A propos de tout à l'heure … commença Malfoy en regardant ses pieds.

Ah oui, tout à l'heure. Parlons-en. Harry dut retenir un sourire ironique. Plus tôt dans la journée, son hôte s'était mis en tête de remettre en place le toit en verre d'une des serres du manoir qui s'était décelé, laissant entrer la pluie et le vent. Apparemment, la menace que cela représentait pour les précieuses cultures de l'ancien élève préféré de Severus Rogue était intolérable. Harry était en train de s'emmerder ferme dans un salon lorsqu'un mouvement à la fenêtre avait brusquement attiré son regard vers l'extérieur. Une chance : il n'avait eu que quelques secondes pour tirer sa baguette de sa poche et amortir magiquement la chute de Draco. Ce crétin avait glissé sur le verre et se serait écrasé au sol si Harry ne lui avait pas lancé un sort de lévitation.

« C'est levioooosa ! et pas leviosââââh ! » dit une petite Hermione dans sa tête et Harry ne put s'empêcher de sourire cette fois-ci.

-N'y pense plus, dit-il en balayant la conversation d'un geste de la main avant que son ancien ennemi n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit de plus. Je n'allais pas te laisser te rompre le cou, un mourant ça suffit dans cette baraque.

Malfoy sursauta si violemment qu'on aurait pu croire qu'Harry venait de le gifler.

-Quoi ? Quoi ?! Qu'est-ce que tu dis, Potter ?

-Je dis qu'un mourant ça suffit dans cette maison, répéta très posément Harry.

La surprise de Malfoy était sincère. Il n'avait pas compris. En même temps, comment aurait-il pu ?

Les yeux écarquillés de l'ancien Serpentard était une invitation évidente à s'expliquer. Harry s'exécuta après son énième soupir de la soirée :

-Je ne sais pas combien il me reste, mais je doute d'arriver jusqu'à mes trente ans. Ça se dégrade très vite. Aujourd'hui ça va mais tu n'as pas pu manquer de remarquer que j'ai beaucoup de mal à respirer certains jours.

Draco hocha très lentement la tête.

-Je croyais que tu avais chopé un virus ou je ne sais quoi …

Harry eut un sourire désabusé.

-Ça fait plus de cinq ans que ça dure. Au début c'était rien : de la fatigue. Et puis il y a eu les vertiges et les chutes inexpliquées. Et ensuite les douleurs osseuses et musculaires, la perte d'appétit ou l'incapacité à garder la moitié de mes repas, énuméra Harry en comptant sur ses doigts. Le manque de souffle c'est le dernier truc en date. Mais il y en aura d'autres. Le pire, soupira-t-il, ce sera quand ça commencera à toucher le cerveau …

C'était seulement sa parfaite éducation de petit bourge qui empêchait Draco d'être bouché-bée, Harry en était sûr.

-Mais tu as quoi au juste …?

-Personne ne sait, lui répondit Harry. Mon corps s'abîme à une vitesse affolante et rien, absolument aucun sort, aucune potion, incantation ou quoi qu'on puisse imaginer n'y fait quoi que ce soit. Impossible de savoir combien de temps je vais me traîner cette carcasse dysfonctionnelle mais quelque chose me dit que ce sera bientôt la fin de la galère.

-Est-ce que c'est dû à un sort de magie noire ? À une malédiction ?

Harry ne put s'empêcher de sourire. Là, concentré et l'expression… presque concernée, Malfoy avait quelque chose de très chou. Lui aussi accusait le poids des ans, l'air de rien. Son teint avait quelque chose du grisâtre de celui qui ne voit pas assez la lumière du jour. Perpétuellement cernés de noir, ses yeux paraissaient plus ronds que la normale, lui donnant l'air surpris. Il était mille fois plus sympathique à 26 ans qu'à 16, il fallait bien l'avouer.

-Je ne pense pas, répondit Harry.

Il s'interrompît un instant pour dévisager son hôte. Oh et puis après tout, qu'est-ce qu'il risquait ?

-Je pense que c'est l'Avada que je me suis pris dans la forêt interdite qui réclame ses droits.

Draco ouvrit et referma lentement la bouche à deux reprises. Comme s'il avait besoin de mâchonner cette hypothèse pour la digérer.

-Un sort ne peut rien réclamer, Potter. Il n'a pas de conscience.

Harry le lui concéda d'un signe de tête.

-Tu vois ce que je veux dire. C'est une métaphore. Ta mère a dû te raconter, supposa Harry. V. m'a lancé un Avada. Je ne me suis pas défendu ça faisait partie du plan. Je voulais qu'il me tue.

-Pourquoi ?

-Parce qu'involontairement, il m'avait marqué comme son égal. Et il fallait qu'il tue ce qu'il avait mis de lui en moi. Je ne croyais pas que j'allais survivre à l'opération. Mon hypothèse c'est que je n'ai pas vraiment survécu. J'ai juste droit à une mort lente et pénible au lieu d'être tranquille tout de suite.

Malfoy resta de longues minutes à le dévisager.

-Le truc vraiment chiant c'est que ma magie se barre aussi. Le Wingardium que je t'ai lancé tout à l'heure m'a complètement vidé. Je suis incapable de lancer un sort avant demain.

-Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? demanda finalement Draco.

Harry ricana.

-Parce que tu aurais répondu « Bien fait pour ta tronche, pauvre con » ?

Mais Draco ne mordit pas à l'hameçon comme l'espérait Harry. Il avait toujours l'air mortellement sérieux.

-S'il y a pourtant quelqu'un qui sait ce que c'est d'être privé de sa magie, c'est moi, souffla-t-il.

-Eh bien je te donne une occasion de te réjouir : toi au moins, tu vas la retrouver !

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-Vas-y, vas-y… Encore quelques centimètres ! Oh ça y est ! Ça y est tout y est, Potter !

Dans son enthousiasme, Draco brandit le poing en l'air comme un joueur de Quidditch. On ne pouvait s'empêcher de sourire devant le spectacle de cet homme d'habitude si austère manifestant une joie aussi rayonnante.

Harry avait proposé de remettre la verrière de la serre en place à l'aide de la magie. Comme il savait que Draco n'aurait jamais accepté qu'on l'aide gratuitement, il lui avait proposé un deal : un toit comme neuf contre une chambre avec une cheminée fonctionnelle.

Draco avait eu l'air surpris et … vaguement coupable ? Il n'avait probablement pas réalisé qu'Harry ne pouvait pas plus que lui utiliser la magie pour se réchauffer durant une nuit entière. Ha ! Tristes et pénibles vies que celles de quasi cracmols !

Sa part du contrat rempli, Harry s'apprêta à retourner traîner ses guêtres quelque part à l'intérieur en attendant qu'il soit l'heure de manger mais Malfoy le stoppa dans son élan :

-Tu veux venir voir l'intérieur ? offrit-il.

La curiosité était clairement au premier rang des défauts d'Harry. Il l'avait carrément élevé au rang d'art. Alors oui, évidemment il avait super envie de voir ce que Malfoy traficotait dans son royaume de verre où il disparaissait durant des demi-journées entières.

Il y avait un air presque fragile sur le visage de Malfoy lorsqu'Harry se détourna pour le rejoindre. Et l'ancien Gryffondor se surprit à sentir une étrange émotion se loger au creux de sa poitrine : il était ému par Malfoy. Voilà autre chose …

Ce sentiment persista alors qu'il se glissait dans la serre à la suite de son hôte. C'était un très beau lieu : les parois en verre étaient reliées entre elles par des éléments en fer forgé lourdement ouvragés dans un style art nouveau. Et partout, en rangées bien nettes : des plantes, certaines luxuriantes, certaines en fleurs, d'autres plus discrètes mais toutes radieuses. Harry n'osait même pas mesurer le temps que ça avait pu prendre de parvenir un pareil résultat. Un duo professeur Chourave et Neville n'aurait sûrement pas fait mieux.

Harry avança dans une allée, comme hypnotisé. Il n'avait jamais été très sensible à la botanique mais depuis qu'il était malade, il était sensible à la vie. Comme elle se frayait un chemin partout. Comme elle était parfois éclatante alors qu'elle le fuyait lui. Certaines personnes en pleine santé éprouvent une fascination pour la mort, peut-être était-ce logique qu'un mourant soit ébloui par la vie.

Il revint sur ses pas pour rejoindre Malfoy qui était toujours à l'entrée de la serre.

-C'est sublime, lui dit Harry avec la plus absolue franchise. C'est incroyable ce que tu as accompli là.

Sans la moindre magie. Juste avec son huile de coude, de la terre, des graines et de l'eau. Exceptionnel. Harry aurait aimé que Neville voit ça.

Ne pas penser à Neville. Au charnier de Poudlard et ses cadavres partout. Harry retint tant bien que mal un frisson d'horreur.

Son regard se posa sur une gigantesque feuille au vert intense, sur laquelle une petite araignée grimpait vaillamment. Cette vision lui apporta un réconfort si immédiat qu'il en était déplacé. Il eut envie de pleurer.

-Ça va ? s'enquit Malfoy.

-Je crois que j'ai besoin de m'assoir.

-Eh bien, viens.

Draco l'entraîna le long d'une allée et puis d'une autre. Jusqu'à atteindre le fond de la serre où un petit réduit lui servait à entreposer râteaux, pelles et autres sacs d'engrais. Il extirpa un tabouret pliant qu'il ouvrit d'un large geste et posa par terre. Harry s'y laissa tomber avec gratitude.

-Ne me claque pas dans les pattes, Granger a promis qu'elle me tuera.

Harry ricana. Le pire c'est qu'il était sûr que Draco n'inventait rien.

Le maître des lieux s'éloigna un instant et revint avec une longue feuille qu'il cassa en deux avant de la tendre à Harry.

-Bois la sève, offrit-il. Promis, ça ne peut pas te faire de mal.

Harry haussa les épaules. Rien ne pouvait lui faire plus de mal que son propre corps à la dérive. Enfin si, ces salopards de Mangemorts nouvelle génération lui promettaient les pires tortures s'ils lui mettaient la main dessus. Mais à part ça…

-J'aime bien quand tu dis « promis », le taquina-t-il.

Il avait dit ça sans aucune arrière-pensée vraiment, juste parce qu'il avait trouvé ça mignon dans la bouche de l'autre homme. Mais ce dernier rougit violemment.

Il n'avait pas rougi, à peine réagi en fait quand Harry avait qualifié de sublime sa grande œuvre de ces dernières années. Par contre il se troublait face à une remarque aussi anodine. Intéressant …

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Notes : vous venez de lire le premier chapitre de ce que j'appelle intérieurement le "mini Drarry" (48000 mots quand même).

Je l'ai écrit durant les nanowrimo 2021 & 2022. Il commence par une froide nuit de Novembre pour s'achever le jour de Noël. C'est pour ça que je vais publier deux chapitres par jour jusqu'au 24 décembre et terminer avec un épilogue le 25.

Un immense merci à FlynnRider qui a traqué toutes les fautes en un temps record, tout en me faisant marrer :)

Be Here Now est une chanson de George Harrison, sur l'album Living In The Material World de 1973.