Chapitre 5 : Harry

Hier était un très mauvais jour au niveau respiratoire. Tu sais, quand ça craque de partout et que je suis essoufflé pour un rien. Et là, il a sorti comme de nulle part un de ses remèdes maison. Et je te jure que le soulagement a été immédiat. Je te vois d'ici plisser le nez et me tenir tout un discours sur l'effet placebo ou je ne sais trop quoi. Peut-être, ma chère, peut-être. Et j'ai envie de te dire : et alors ? Je me sens vraiment mieux. J'ai moins de douleurs, mes mouvements sont plus fluides, je ne tombe plus de fatigue pour un rien. Et apparemment, Draco Malfoy est la seule personne capable d'accomplir ce miracle. J'ai envie d'en profiter un peu. J'entends tes arguments. Mais je ne pense pas être en danger immédiat ici. Est-ce qu'on peut en reparler plus tard ?

Harry posa sa plume et relut le dernier paragraphe de sa lettre à sa meilleure amie. Il bottait en touche et la faisait tourner en bourrique depuis plus d'une semaine, il était temps qu'il lui fournisse un petit début d'explication sur son obsession à faire la sourde oreille devant l'insistance grandissante de la jeune femme à le faire venir aux États-Unis.

Si elle n'était pas complètement idiote - bien sûr qu'elle ne l'était pas - elle lirait entre les lignes et comprendrait aisément le réel motif qui se cachait devant l'instance d'Harry à continuer à partager quelques pièces décrépites dans une maison froide avec son ancien meilleur ennemi…

Dans le fond, ce qu'Harry avait envie de lui écrire c'était : « Je vais mourir, laisse-moi kiffer un peu, ok ? »

Après tout, c'était elle qui avait eu l'idée de le faire venir ici au départ…

Elle devait s'y attendre en fait, réalisa soudain Harry dans un de ces moments d'épiphanie qu'il traversait souvent, ceux où il comprenait enfin le plan d'Hermione trois plombes après qu'elle l'ait mis en place …

La jeune femme n'avait-elle pas toujours insisté sur combien Harry était obsédé par Draco Malfoy quand ils étaient à Poudlard ? En sixième année, mon dieu … Harry avait passé plus de temps à épier le Serpentard qu'à penser à sa petite copine. Pauvre Ginny, aïe aïe aïe …

Il imagina Hermione lire les lignes qu'il venait d'écrire et n'être pas dupe une seule seconde. Il sourit et ajouta : « Et oui, promis je te raconterai. »

Il savait qu'elle comprendrait le message. Personne n'était dupe dans l'histoire. Pas même Draco au fond.

Harry repensa à la conversation qu'ils avaient eu hier, au coin du feu. À l'intensité avec laquelle il avait eu envie de le tenir dans ses bras lorsque l'autre homme avait annoncé tout de go qu'il n'avait plus rien contre la levée du secret magique.

Donc c'est ça maintenant qui te fait bander ? se demanda Harry. Des positions politiques concordantes ?

Il ricana tout seul. Il était déjà tellement vieux avant l'heure. Pas étonnant que le cercueil soit si proche …

En réalité, ce n'était pas QUE ça, même si clairement s'il n'y avait pas tout ce foutu passif entre eux, hier il lui aurait directement roulé une pelle. S'il était d'accord évidemment. Et ça eh bien … ça restait à voir.

Harry compta mentalement tous les signes qui, s'ils venaient de qui que soit d'autre que Draco Malfoy, n'auraient pas laissé le moindre doute sur les intentions de leur auteur. Son acharnement à essayer de le soigner. Sa manière de le regarder du coin de l'œil. L'intensité de ces regards. Sa prévenance, même quand il était d'une humeur massacrante. Sa difficulté parfois à soutenir le regard d'Harry …

Bon.

Tout ça c'était bien joli, certes.

Un peu plus tôt, Harry avait songé que Draco n'était pas dupe. En fait, il n'en savait rien. Quel était le degré de conscience de l'autre homme sur ce qui était en train de se tramer entre eux ? Et puis surtout, quel était son degré d'acceptation vis à vis de cela ?

Harry se souviendrait toute sa vie de la première fois qu'il avait entendu parler d'un couple gay sorcier. Chez les moldus, c'était facile, il avait souvent entendu l'oncle Vernon vitupérer des insultes devant l'écran de télé, du genre « tout ça à cause de ces sales pédales du gouvernement ». A l'âge de 11 ans, en entrant à Poudlard, il devait vaguement avoir en tête quelque part que l'homosexualité était désapprouvée et passible d'une réaction violente. Mais c'était aussi le cas de beaucoup d'autres choses. Il n'avait pas vraiment désappris, il avait juste oublié. C'était un néant absolu chez les sorciers. On n'en parlait pas. Jamais. La première fois donc, c'était bien évidemment Hermione qui avait dû se coltiner l'explication de texte. Harry s'était étonné que l'amitié entre Albus Dumbledore et Gellert Grindelwald suscite autant de grincements de dents … Après tout, Dumbledore n'était pas devin, comment aurait-il pu savoir que son pote allait devenir un fou furieux sanguinaire ?

-C'est parce que ce n'était pas seulement de l'amitié entre eux, Harry, avait lâché Hermione.

Et c'était comme si elle avait dégoupillé une grenade dans le cerveau d'Harry. Il y revenait sans cesse. Ses pensées ne tournaient plus qu'autour de ça. Donc c'était possible de … avec un autre mec. Dumbledore l'avait fait. Ça ne lui avait pas super bien réussi mais tout de même. C'était POSSIBLE. Merde alors.

Il lui avait fallu des semaines et des semaines de nœuds au cerveau pour finalement se décider à en toucher deux mots à Hermione. Qui ne s'était pas montrée surprise du tout. Mais au contraire sereine et rassurante.

Et si Harry n'avait pas bénéficié de l'intelligence et de l'ouverture d'esprit de sa meilleure amie ? S'il était resté seul avec ses questions en boucle ? Même avant le virage pour le moins conservateur qu'avait pris le monde sorcier britannique ces dernières années, il n'y avait toujours rien à signaler de ce côté-là. Où était les gens en couple avec quelqu'un du même genre chez les sorciers ? Allô, il y a quelqu'un ? Ils étaient forcément quelque part. Dans leurs placards. Harry avait déjà passé 10 ans dans le sien. Franchement, ça suffisait.

Et s'il s'était confié à quelqu'un d'autre ? Ron par exemple, à tout hasard. Si cette autre personne ne s'était pas montrée à la hauteur ? Avait eu des mots blessants ? Comment Harry l'aurait-il vécu ? Mal, évidemment. Probablement que ces mots-là seraient restés en lui pour toujours.

Harry soupira. En fait, plus il y pensait, moins il voyait de scénarii possibles où Draco Malfoy serait en paix avec un désir homosexuel. Au mieux, il l'avait refoulé aux tréfonds de sa conscience. Au pire, il savait très bien et se haïssait pour cela. Peut-être qu'il pensait être seul au monde. Peut-être - et ce serait terrible - pensait-il qu'Harry serait capable de lui faire du mal s'il le découvrait.

Plus il y réfléchissait, plus Harry voyait qu'une approche frontale (genre grosse galoche par surprise) risquait d'être une mauvaise idée. Une très, très mauvaise idée. Et là encore, il mesurerait à quel point il avait vieilli. Peut-être pour une fois était-ce un bien. Avait-il enfin retenu la leçon selon laquelle foncer dans le tas et se poser des questions plus tard s'avère rarement une bonne idée ? Comme quoi, chaque être humain dispose d'une marge de progrès …

Harry n'eut même pas besoin d'en passer par la traditionnelle méthode de son adolescence. Celle qui avait largement fait ses preuves et qui consistait en une simple question « Que ferait Hermione ? ». Non. Il savait déjà ce qu'il fallait faire : instaurer un dialogue. Ça tombait bien, il était particulièrement doué dans cet exercice. Ha ha ha.

Discuter de cela avec Draco Malfoy et espérer que ça ne tourne pas au pugilat. Franchement … fallait-il être optimiste !

Harry caressa un instant l'idée de ne rien faire du tout. Rester dans le statut quo actuel. Ne pas se mouiller.

Non.

Déjà c'était trop éloigné de sa nature profonde. Quel que soit le risque, quelle que soit la merde qu'il risquait de se prendre, il fallait qu'il y aille. Il fallait qu'il en ait le cœur net.

Et puis surtout … il pensa à Draco. Pas à Malfoy, l'épouvanteur de son adolescence, insupportable et toujours là quand il ne fallait pas. Mais à Draco. Cet homme calme et taciturne. Sa manière d'hausser un sourcil quand Harry disait un truc qui l'énervait. Sa nuque bien droite lorsqu'il marchait devant lui dans la cour du manoir, dans la forêt ou au supermarché. Ses élans de spontanéité qui semblaient le surprendre lui-même. Le rouge qui lui montait si facilement aux joues. Son enthousiasme si flatteur devant n'importe quel plat qu'Harry pouvait cuisiner.

Et Harry sut très clairement. Que ça en valait la peine. Qu'il fallait le faire.

Il cacheta la lettre pour Hermione après l'avoir signé et sortit de sa chambre.

Draco était dans la cuisine en train de fouiller dans un placard. La bouilloire se mit à siffler depuis la gazinière, Harry la retira machinalement et éteignit le feu.

-Il n'y a plus d'Earl Grey, regretta tout haut Draco.

-Je vais l'ajouter à la liste pour la prochaine virée de courses.

-Tu veux quoi à la place ?

-Tu nous refais un peu de tisane Pluie de novembre ?

Draco sourit. La météo ce matin était encore plus exécrable que la veille.

-Je peux t'emprunter un hibou ? demanda Harry.

Ce n'était qu'une question rhétorique et polie. Draco lui avait dès le début donné un libre accès à la volière du manoir.

D'ailleurs, il ne s'embarrassa même pas d'une réponse qui était évidente pour tous les deux.

-Comment va Granger ? s'enquit plutôt le maître de maison. Toujours aussi pro-États-Unis ?

C'était un détail qu'Harry lui avait révélé il y a quelques jours. Il n'en revenait toujours pas d'à quel point c'était facile de parler avec Draco sur tant et tant de sujets. Peut-être qu'au final …

En traversant la cour vers la volière, la tête rentrée dans les épaules pour se protéger de la pluie, Harry se dit que ce serait bien peut-être de lui parler dans la serre. Probablement l'endroit où son hôte se sentait le mieux, où il serait le plus détendu, non ?

Un mug de tisane l'attendait à son retour, après qu'il se soit ébroué comme un chien dans l'arrière cuisine.

-Vraiment Potter … ronchonna Draco. Tu es incapable de traverser une seule journée sans te comporter comme un enfant de 5 ans ?

Harry lui sourit de toutes ses dents.

-Pardonne-moi de ne pas avoir reçu une inébranlable éducation de parfait sang-pur.

-C'est pas une question de pureté mais de savoir se tenir.

Harry releva ses manches. Une bonne petite joute verbale, voilà de quoi se mettre en forme dès le matin !

-Et pourquoi faudrait-il savoir se tenir ? s'enquit-il. On est que tous les deux, non ?

Harry s'attendait à ce que Draco lui rétorque vertement quelque chose comme « eh oui malheureusement » mais l'autre ne dit rien du tout. Il était complètement figé, comprit Harry en le regardant du coin de l'œil.

Ce n'est qu'au bout de plusieurs secondes qu'il réalisa le potentiel double sens que pouvait renfermer ses paroles. Il ne l'avait même pas fait exprès, sérieusement !

Autant pour le grand et beau dialogue prévu dans la serre. Harry sentit que c'était le moment.

Il tendit la main et la posa sur celle de l'autre homme. Il caressa ses doigts en un toucher léger comme l'air. Draco était figé telle une statue de sel, le regard rivé sur le mur d'en face, toute couleur ayant déserté son visage.

-Écoute, lui dit Harry le plus doucement et gentiment qu'il put. Tout va bien. Tout est okay, d'accord ? Draco. Hé, Draco, regarde-moi.

L'autre homme finit par obéir, tournant sa face blême millimètres par millimètres, jusqu'à rencontrer le regard de Harry qui lui sourit.

-Moi aussi, je le sens, lui dit-il. Le courant entre nous.

Draco avait toujours l'air aussi effrayé et Harry voulait avant tout le rassurer.

-Je veux juste que tu saches que tout est okay, répéta-t-il. Si toi aussi tu as envie de m'embrasser ou de me prendre dans tes bras, j'en serai ravi. Mais si je me suis trompé et que ça ne te dit rien, il n'y a aucun problème. On n'est que tous les deux, rien n'a besoin d'être un problème.

Draco ouvrit et ferma plusieurs fois la bouche, comme un poisson hors de l'eau.

-T'es pas obligé de dire quoi que ce soit, lui dit Harry. Juste, maintenant tu sais que tu me plais et tu en fais ce que tu veux.

Deux yeux gris ahuris rencontrèrent les siens et Harry dut lutter contre une envie dévorante de lui caresser le visage.

En un geste apparemment compulsif, Draco se tata plusieurs fois l'avant-bras. Celui où il portait sa marque. Comme il avait toujours cet air halluciné, Harry supposa que c'était sa manière à lui de se pincer pour vérifier qu'il ne rêvait pas. Peut-être que dans ses rêves, son bras redevenait lisse. Harry fut soudain pris d'une envie de trouver une solution pour le débarrasser de ce stigmate. Dans une autre vie, peut-être…

Histoire de lui laisser de l'air, Harry s'empara de son mug de tisane et se mit à le boire. Fallait-il parler d'autre chose ? Quitter la pièce pour le laisser un peu tranquille ?

-Je … je … bredouilla Draco.

Ah. Apparemment, c'était monté au cerveau.

-Je ne suis pas une femme, lâcha finalement l'ancien Mangemort.

-Sans blague.

Mais Harry se reprit. De toute évidence, l'autre était très sérieux.

-Tant mieux. Ou tant pis, c'est à toi de me dire. Si tu l'étais, j'aurais clairement beaucoup moins envie de t'embrasser.

Draco lui renvoya un regard de franche incrédulité.

-Tu euh… tu …

-Je suis gay, Draco, oui. Si le monde était moins merdique et mon temps sur cette terre moins compté, je pense l'un de mes objectifs serait de le dire à absolument tout le monde. Que pas un seul sorcier ni une seule sorcière dans ce foutu pays n'ignore que je suis on ne peut plus gay. Ça ne change rien à qui je suis et en même temps, c'est une part de moi que l'on ne devrait pas ignorer si on veut vraiment me connaître.

Draco le dévisagea de longues secondes en silence.

-Tu le sais depuis quand ? souffla-t-il finalement.

-L'été après la bataille de Poudlard. Et toi ?

Draco déglutit brutalement. Détourna le regard pour se mettre à fixer ses pieds. Et rougit jusqu'aux yeux.

Harry lui prit la main. Après tout, foutu pour foutu …

Draco considéra un long moment ces deux paumes l'une sur l'autre. Puis très, très lentement, millimètres par millimètres, il bougea ses doigts jusqu'à les enlacer à ceux d'Harry qui lui sourit. L'autre homme exhala un profond soupir. Très profond. Du genre de ceux qui viennent des tréfonds de l'âme.

-C'est okay, lui répéta Harry.

De nouveau, ils se regardèrent. Et puis tout à coup, à la surprise d'Harry, Draco fondit sur lui. Leurs bouches se heurtèrent, deux mains saisirent presque de concert la nuque opposée. Ils se goûtèrent avec frénésie, leurs nez s'écrasant l'un contre l'autre, sans que ni l'un ni l'autre n'y prête la moindre attention. La main d'Harry s'égara dans des cheveux soyeux. Il gémit de contentement.

Ce fut Draco qui rompit le baiser pour le dévisager. Il avait de nouveau l'air complètement incrédule. Et aussi vaguement inquiet.

-Je ne vais pas te frapper, lui dit Harry qui avait l'impression de lire les pensées de l'autre homme défiler sur son visage. Mais genre, jamais. Franchement, pense plutôt à tous les trucs plus intéressants que je peux te faire avec mes mains, d'accord ?

Draco en resta bouche bée. Harry en profita pour reprendre d'autorité ses lèvres. Il essaya de rendre ce deuxième baiser plus lent, plus sensuel. Draco avait de jolies lèvres pleines, un bonheur à embrasser.

Finalement, le manque d'air les sépara. Harry put enfin caresser le visage de l'autre homme comme il en avait envie : ses pommettes saillantes, les cernes sous ses yeux, son nez un tout petit peu de traviole, son large front blanc, ses lèvres charnues. Draco leva vers lui un visage empreint d'une telle expression de fragilité qu'Harry en fut ému presque aux larmes.

-Tu veux qu'on parle ? lui proposa-t-il.

Draco hocha doucement la tête.

-Dans le petit salon ? offrit Harry. Tu fais du feu et je refais du thé ?

Nouvelle approbation. Harry lui fit un dernier smack rapide et s'éloigna de lui à contre cœur. Mais il voulait lui laisser l'opportunité de se remettre les idées en place s'il en avait besoin.

Un peu plus de 5 minute plus tard, lorsqu'il pénétra dans le salon avec deux mugs fumants, Draco était encore agenouillé devant l'âtre qu'il finissait d'activer. Harry rapprocha deux fauteuils du feu.

Lorsque Draco jugea le brasier à son goût et se releva, Harry lui offrit un des mugs et un énième sourire dont il était sûr qu'il devait sembler un peu niais. Tant pis. Franchement, un peu de niaiserie ne pourrait pas faire de mal dans leurs vies, à l'un comme l'autre.

-Tu es vraiment très beau, lui dit-il.

C'était une joie de ne plus avoir à tenir sa langue et à se surveiller tout le temps. Il commençait à en avoir plus que ras-le-bol.

La mâchoire de Draco s'en décrocha presque et Harry rit.

-J'ai un côté très démonstratif, surtout tu me le dis si ça te gêne.

-Je … je ne crois pas, non. Enfin que ça me gêne, je veux dire. C'est juste que euh … je n'aurais jamais cru entendre un jour ça dans ta bouche.

Harry éclata de rire.

-Tout le monde doit tout le temps te le dire, non ?

-Tu vois beaucoup de monde ici, Potter ?

Harry secoua la tête, amusé.

-Tout le monde devait te le dire du temps de Poudlard, je veux dire.

Draco secoua la tête.

-Non. À part quelques filles de Serpentard qui espéraient devenir une nouvelle Mrs Malfoy.

Harry haussa un sourcil amusé.

Ils restèrent un moment silencieux, puis finalement Harry attaqua simplement par un :

-Ça va ?

Draco hocha la tête.

-Tu y pensais depuis longtemps ? s'enquit Harry.

-Un moment.

-Tu croyais que je réagirai comment ?

-Certainement pas comme ça ! lui avoua Draco en écarquillant comiquement les yeux.

-Tu veux venir dans mes bras ? offrit Harry en les lui ouvrant. La chauffeuse dans laquelle il était installé était largement assez grande pour eux deux.

Draco eut de nouveau l'air ahuri. Puis il hocha lentement, presque douloureusement la tête.

-Eh bah viens, lui dit Harry.

L'autre s'exécuta, se glissant dans les bras d'Harry qui entremêla leurs jambes. On aurait pu croire qu'ils avaient fait ça toutes leurs vies. Harry lui embrassa les cheveux et les tempes.

-Moi aussi, j'y pensais depuis un moment. Mais je n'étais pas sûr que tu sois prêt. Ni totalement que tu sois d'accord, d'ailleurs !

-Comment peut-on être sûr de ça ? souffla Draco.

-Eh bien j'imagine qu'il suffit de demander ! dit joyeusement Harry. Par exemple, est-ce que je peux t'embrasser la nuque ? J'adore ta nuque.

Draco se figea. Puis tourna la tête pour dévisager Harry qui lui sourit. Enfin, il se tâta de nouveau l'avant-bras.

-Je … je … Oui d'accord.

Harry ne se le fit pas dire deux fois et embrassa la peau blanche et fine entre le col de son pull et le début de ses cheveux blonds. Draco fut traversé d'un profond frisson.

-Est-ce que tu l'avais déjà dit à quelqu'un ? lui demanda doucement Harry en lui frottant les épaules dans un geste réconfortant.

Draco secoua la tête.

-Mon … mon père le sait, souffla-t-il. Je suppose qu'il a deviné.

-Comment il a réagi ?

-Mal, lâcha l'ancien Mangemort d'une voix sinistre.

Harry l'embrassa dans les cheveux et il vit que Draco fermait les yeux pour profiter de la caresse.

-Je suis sincèrement désolé, Draco.

L'autre homme haussa les épaules dans un geste d'impuissance.

-Est-ce que tu croyais que tu étais seul au monde ? À avoir ce genre de désirs, je veux dire.

L'autre homme se retourna brutalement pour le dévisager, les yeux écarquillés.

-Comment tu le sais ?

-J'ai deviné. C'est tellement tabou, tellement caché chez les sorciers. Enfin ça a dû être terrible pour toi de te construire sans modèle.

-Tu en connais d'autres ? souffla Draco.

-Ouais. Dumbledore par exemple.

-T'es sérieux ?

-Mais oui. Et Charlie Weasley, le frère de Ron et Ginny. C'est avec lui que j'ai euh … eh bien « viré ma cuti » j'imagine. Et d'après Hermione, aux États-Unis, il y a plein de sorciers ouvertement gays et de sorcière ouvertement lesbiennes.

Draco tourna une énième fois la tête pour lui faire partager un regard incrédule. Harry en profita pour l'embrasser puis pour poser son front contre celui de l'autre homme.

-C'est complètement fou, murmura ce dernier.

Harry eut un petit rire.

-Oui ! Mais ça te plaît ?

-Je … euh… j'ai du mal à faire le tri.

-Tu veux qu'on arrête ?

-Non !

La protestation venait de toute évidence du fond du cœur et Harry sourit.

-Draco, s'il y a quoi que ce soit qui te met mal à l'aise, si d'un coup c'est trop, si tu n'as plus envie, c'est okay, d'accord ? Je ne me fâcherai pas. C'est ton corps, c'est uniquement toi qui décides.

L'autre homme le dévisagea. Puis hocha très lentement la tête comme s'il était encore en train d'emmagasiner des informations.

-Un truc qui est okay aussi, et je te le dis très fermement, c'est cette attirance entre nous. Je veux que tu m'écoutes et tu te graves ça dans le crâne : ce n'est pas sale, ce n'est pas contre-nature, on ne fait rien de mal. Draco, regarde-moi.

Le susnommé s'exécuta, les yeux écarquillés.

-Il n'y a rien de mal à ça. Il n'y a rien qui ne va pas chez toi, d'accord ? Tu aimes les mecs, les plantes et le temps sec. La belle affaire. C'est une histoire de goûts, ça ne regarde que toi.

Très lentement, Draco hocha la tête. La graine était plantée, maintenant il fallait qu'elle sème.

Harry lui embrassa de nouveau la nuque, puis les cheveux et les tempes.

-Tout ira bien, lui souffla-t-il à l'oreille avant de l'embrasser légèrement pour ne pas l'assourdir.