Chapitre 6 : Draco
Draco avait les yeux fermés et il sentait tout. Chaque contact. Les mains de Potter : l'une sur son bras, l'autre sur sa cuisse. La sensation du torse de l'autre homme, de son ventre, contre son propre dos. Chacune de ses respirations se répercutait à la fois sur sa nuque où il sentait son souffle et dans le bas de son dos qui percevait les mouvements infimes du ventre d'Harry qui se gonflait et se dégonflait.
L'ancien Gryffondor posa son menton contre l'épaule de Draco et ce dernier eut une conscience aiguë de ce nouveau poids qui se répercutait sur son sternum.
Un peu plus tôt, Potter avait demandé « Ça te plaît ? » et Draco avait été pris au dépourvu. L'incrédulité occupait 200% de ses neurones depuis le premier contact qu'avait amorcé l'autre homme. Comment voulait-il qu'il y ait de la place là-dedans pour quoi que ce soit d'autre ? Nan mais franchement ?
Mais tout de suite après, Potter avait parlé d'arrêter et subitement, il y avait eu de la place pour autre chose : la panique. Draco ne voulait pas. Il pressentait déjà combien il aurait froid. Combien il se sentirait vide, si Potter se barrait. Ça allait très vite devenir un problème, cette histoire…
Il n'avait cependant pas eu le temps de s'y pencher plus en profondeur parce qu'Harry avait repris ses lèvres et plus rien, absolument plus rien d'autre n'existait. Le cerveau de Draco tout à coup devenait vide, comme aspiré par les lèvres gercées de ce fou furieux qui lui soutenait mordicus que tout allait bien et que tout ceci était tout à fait normal.
Sans que Draco en ait vraiment conscience, ils bougèrent et il se retrouva assis avec Potter à califourchon au-dessus de lui. Les deux mains de Potter lui entouraient les joues, tandis que lui-même avait agrippé si fort le pull de l'autre qu'il était surpris que la laine n'ait pas encore cédé sous ses doigts. Assez brusquement, les mains de Potter le quittèrent et il le ressentit immédiatement : le froid. Pas longtemps cela dit parce qu'Harry lui attrapa les mains puis l'incita à lâcher son pull pour aller les glisser en dessous.
Draco en hoqueta de surprise. Il n'avait jamais touché la peau nue de quelqu'un d'autre. Comment aurait-il pu savoir que ce serait aussi agréable ? Cette surface chaude et infinie sous ses doigts dont il sentait le grain réagir à son toucher. Potter avait interrompu leur baiser pour le regarder et Draco le dévisagea à son tour. Cela lui permit de découvrir qu'il pouvait suivre ses propres gestes sur le visage de l'autre homme. S'il le touchait du bout des doigts, il souriait. S'il y allait du plat de la main, il fermait les yeux. S'il effleurait sans le vouloir une cicatrice qu'il avait là, il fronçait le nez.
-Comment … voulut-il savoir.
-Un Rictusempra, il y a quelques années.
Potter rouvrit les yeux, dévisagea de nouveau Draco et avança une main timide vers son ventre.
-Tu m'arrêtes si tu n'aimes pas.
Et il se faufila sous la chemise de Draco, caressant son ventre et remontant vers sa poitrine jusqu'à trouver la cicatrice qu'il avait lui-même causé. Il posa son front contre celui de Draco qui se sentait perdre pied, comme s'il venait de descendre deux bièraubeurres à jeun. Ce n'était pas désagréable parce qu'il savait qu'il ne craignait rien. D'ailleurs, il n'appréhendait rien non plus. En cet instant, il semblait que rien de ce que Potter aurait pu proposer n'aurait souffert d'un refus.
-Draco, commença l'autre à voix basse comme s'il allait lui confier un secret. Est-ce que tu as déjà …
Il recula de quelques centimètres, sans retirer ses mains du torse de Draco qui s'en trouva plutôt content.
-Tu as déjà couché avec quelqu'un ?
Draco secoua la tête. Il ne lui dit pas que c'était la première fois qu'il touchait quelqu'un, aussi loin que remontaient ses souvenirs. Il n'avait pas peur que Potter se fiche de lui. C'est juste que cela n'avait pas vraiment d'importance en fait. On lui avait dit de ne pas le faire, de ne pas s'avilir, salir le nom, ternir la réputation, décevoir, faire honte, incarner la déviance. Il avait juste obéi.
-Même avec des filles ?
Draco eut un frisson à cette perspective. Potter dut le percevoir parce qu'il lui adressa un sourire amusé.
-Je savais qu'il faudrait bien, tenta-t-il de lui expliquer. Mais il y a eu l'heureuse époque où j'étais encore trop jeune pour avoir à m'en préoccuper et juste après …
Il laissa planer un silence.
-Juste après ton père s'est retrouvé en prison et tu as reçu la marque.
Draco hocha plusieurs fois la tête. Mais ça non plus, ça n'avait plus vraiment d'importance. Il y avait juste une chose que Potter aurait peut-être envie de savoir :
-Je m'étais dit … Il ferma les yeux pour réfléchir. Que peut-être, lorsque j'aurais mon propre chez-moi tu sais … Je pourrais chercher des moyens de … Enfin je ne sais pas trop. C'est quelque chose que j'ai enterré très loin, depuis très longtemps, c'est difficile de …
-Mettre des mots dessus ? suggéra Potter.
Draco hocha de nouveau la tête. Et ce qu'il lut sur le visage de l'autre homme. Cette compréhension absolue. Cette implication dans ce qu'essayait de lui dire Draco. Cette empathie. Il sentit confusément que c'était important. Que Potter lui donnait là plus que l'accès à sa peau, à ses lèvres, à ses bras. Quelque chose qu'on n'avait jamais fait avec lui. À part sa mère peut-être, il y a bien longtemps.
Il sentit que ce que cet homme lui donnait là, c'était précieux. Et qu'au lieu d'un simple don, peut-être que ça pourrait être un partage.
-Et toi ? souffla-t-il. Tu as déjà … ?
-Oui.
-Avec … avec un homme ?
-Les deux.
Draco hocha la tête pour emmagasiner l'information.
-C'est comme ça que tu as su que …
-Que je suis gay ? Non, je l'ai vaguement compris avant même le moindre contact avec un autre mec.
Harry alla chercher son regard en baissant un peu la tête et l'attrapa avec le sien.
-Pour te dire la vérité, la première fois, ça a été assez horrible en fait.
Draco sentit son sang se glacer. Pour lui, la sexualité c'était de l'ordre de « on verra plus tard » : on verra quand je serai plus vieux, on verra si je survis, on verra dans une autre vie peut-être. Donc c'était une perspective lointaine, aussi vaste et effrayante que le monde moldu finalement.
-Pour … pourquoi ? bredouilla-t-il.
Il n'arrivait pas à imaginer comment Potter à qui tout réussissait toujours sans effort, comment le garçon qui les avait conduit hors d'une salle en flamme sur un balais volant et qui avait défait le Seigneur des Ténèbres dans la même soirée, avait pu tolérer du « pas terrible » ?
Les deux n'allaient pas ensemble.
Et puis, il repensa à l'homme transi de froid, une nuit dans la cuisine quand il lui avait lâché sur le ton de la conversation qu'il pensait qu'il lui restait moins de 4 ans à vivre. A celui qui lui avait demandé un soir d'allumer le feu dans sa chambre parce qu'il était dans un tel état d'épuisement qu'il en était incapable. À l'homme qu'il avait réveillé pas plus tard qu'hier, après qu'il soit tombé endormi en plein milieu de l'après-midi. Il y avait de la vulnérabilité chez Potter. Une vulnérabilité qui était profondément familière à Draco parce qu'il savait qu'il portait la même. La différence c'est que Potter acceptait la sienne et laissait même autrui en être témoin. Se pourrait-il que quelqu'un ait perçu cela il y a longtemps, avant même que l'affaiblissement lié à sa maladie ne vienne l'exacerber ? Draco en conçut une froide colère. Nan mais dans quoi cette andouille était-il encore aller se fourrer ?
-J'étais vraiment jeune, commença Potter. Pas tant en âge qu'en maturité. Je ne connaissais rien à rien, je ne me comprenais pas moi-même. L'été juste après la bataille de Poudlard, Charlie le frère de Ginny nous a reçu en vacances en Roumanie où il vivait. Les conditions étaient spartiates, les dragonniers de la réserve où il bossait vivaient tous dans des cabanes un peu comme celles d'Hagrid. Donc on était les uns sur les autres. Ça a été un double révélateur : je ne pouvais plus ignorer que je n'aimais plus la sœur, tout comme j'étais forcé d'admettre que le regard que je portais sur le corps du frère n'était pas que de la pure curiosité…
Bon sang, encore ces foutus Weasley…
-Rentrés en Angleterre, j'ai rompu avec Ginny. Ça a été terrible, je te passe les détails mais ça a vraiment été long et pénible. Arrive Noël et Mrs Weasley, dans sa grande mansuétude, m'invite quand même pour le repas de famille. J'y vais à contrecœur mais refuser, serait faire insulte non seulement à mon ex belle-mère mais aussi à Ron qui était encore mon meilleur ami. Charlie était là aussi. Je n'ai pas pu en détacher mon regard. Et je sentais … je l'avais déjà senti durant l'été mais là c'était plus fort. Je sentais d'une manière instinctive qu'il était réceptif, que ce n'était pas juste moi qui me faisais mon petit délire dans mon coin, que lui aussi ça le remuait.
« Moi aussi, je le sens. Ce courant entre nous » avait dit Potter tout à l'heure et Draco avait senti son cœur battre tellement fort dans sa poitrine qu'il s'était demandé s'il n'allait pas faire un malaise ou un truc comme ça.
-Finalement, poursuivit Potter, la soirée se termine vers 2 heures du matin et je résiste à l'insistance de Mrs Weasley qui veut me faire dormir sur place, je rentre chez moi. Je me couche, j'essaie de trouver le sommeil mais j'ai trop de trucs en tête, je suis hyper agité. Je finis quand même par commencer à somnoler et je suis réveillé par le « crac ! » d'un transplanage.
Son imitation plus vraie que nature du bruit caractéristique fit sursauter Draco.
-Excuse-moi ! Harry lui sourit et l'embrassa. Draco se sentit fondre, bien qu'une sorte d'angoisse eût brusquement remplacé l'agacement qu'il ressentait à entendre parler de foutus Weasley qui retournaient la tête de Potter. Il pressentit que la suite allait être difficile à entendre.
-C'était Charlie, reprit Harry. Il … il a à peine parlé en fait. Je ne sais pas ce qui lui a pris … Peut-être qu'il a reproduit ce qu'il avait lui-même connu. Ou alors il était furax que je le mette involontairement dans cette position vis à vis de sa petite sœur mais …
Harry déglutit et Draco se tendit, très inquiet de ce qui allait suivre.
-Je ne connaissais rien à rien vraiment, souffla l'ancien Gryffondor. Il m'a rejoint dans mon lit, il m'a saisi à la taille des deux mains, m'a retourné, a écarté ce que je portais et il m'a … enfin il m'a violé quoi.
Draco sentit un froid glacial se reprendre en lui. Une forme d'urgence inutile, comme s'il était témoin d'une catastrophe et ne pouvait strictement rien faire pour l'empêcher.
-Je ne me suis pas défendu, expliqua très calmement Potter. En fait, ça m'a pris un temps infini pour comprendre que ce qui s'est joué ce soir-là était d'une violence immense et que je n'étais pas responsable. Pendant super longtemps, j'étais dans le déni total, je prétendais que ce n'était rien du tout, que peut-être ça se passait toujours comme ça. Et puis … quand j'ai compris que non, qu'il avait vraiment déconné, je m'en suis voulu en fait. J'avais qu'à me défendre au lieu de me laisser faire comme un connard. Mais je … j'étais totalement sidéré. Comme je te disais, je ne connaissais rien, je ne savais pas que ce n'était pas censé être violent comme ça. Je le désirais vraiment, tout s'est complètement mélangé dans ma tête.
-Tu … tu as eu mal ?
-Très.
-Oh Potter…
Draco le saisit dans ses bras, l'attirant contre sa propre poitrine et couvrant son dos de ses bras repliés, comme s'il voulait le protéger a posteriori. Sans savoir pourquoi, quelques images lui traversèrent l'esprit, brèves et intenses comme des flashs : Potter et ses yeux figés de choc lorsque Draco l'avait surpris à l'épier dans le Poudlard Express et lui avait lancé un Petrificus et un bon coup de pied dans la tronche, son regard déterminé lorsqu'il avait fait demi-tour dans la salle sur demande en flammes pour revenir le chercher et la force de sa poigne lorsqu'il l'avait hissé sur son balai. Ses airs de pantin désarticulé dans les bras d'Hagrid quand il s'était fait passer pour mort pour prendre le Seigneur des Ténèbres par ruse. Potter ne méritait pas ça. Personne probablement, mais lui moins que tout autre. C'est ce que lui hurlait son cerveau : comment était-ce possible que lui, le héros, le bon par excellence, s'en prenne finalement plus dans la gueule que Draco lui-même ?
-Je suis vraiment désolé, je …
Harry lui embrassa la tempe. Et soudain, le sentir aussi ouvert et aussi doux avec lui, cela lui parut miraculeux. Draco à sa place n'aurait plus jamais laissé qui que ce soit l'approcher à moins d'un mètre.
-Je ne te l'ai pas dit pour que tu te sentes mal pour moi, Draco, lui dit-il très sérieusement. Mais parce que j'ai l'impression qu'il y a du désir entre nous et que je pense que c'est bien que tu saches. Que c'est comme ça que ça a débuté pour moi et que même si je crois être passé au-dessus eh bien … ça reste constitutif de ma sexualité, j'imagine.
Draco hocha la tête.
-Comment tu as fait ? demanda-t-il et lui-même entendit l'incrédulité dans sa voix. Pour passer au-dessus ? Comment tu fais là pour … pour supporter que …
Harry secoua la tête.
-Ne t'inquiète pas. Je suis là parce que j'ai envie. Il l'embrassa dans le cou et un profond frisson saisit Draco par surprise. Je suis content de chaque contact qu'on a partagé, de chaque réaction que j'ai vu naître en toi et j'espère que pour toi c'est pareil. Je crois que … je crois que ce qu'il m'a fait ce soir-là c'était l'expression d'une profonde colère, un peu envers moi mais surtout envers lui-même. Je ne sais pas, je l'ai perçu instinctivement et immédiatement. Donc j'ai fait barrage. J'ai décidé que ça ne passerait pas en moi. C'est sa rage, qu'il se démerde avec. Et c'est pour ça que pour moi c'est aussi important. De dire. Que oui, je suis gay. Que non, ce n'est pas sale, ni honteux. Je ne pense pas qu'il m'ait fait ça parce que c'est un pervers mais parce qu'il a honte, tu comprends ?
Draco hocha de nouveau la tête.
-Il mériterait de payer pour ça, murmura-t-il.
Harry hocha fermement la tête.
-Oui. Il y a quelques années je lui ai écrit pour lui dire que si jamais j'apprenais qu'il avait fait la même chose à quelqu'un d'autre, je ne le louperais pas. Et tu sais ce qu'il m'a répondu ?
Draco sera les poings dans son dos et secoua la tête en s'efforçant de garder un visage neutre.
-Que si j'en parlais à qui que ce soit, ça rejaillirait autant sur moi que sur lui. En fait, je lui parlais de viol et lui m'a répondu pour me parler de « sexualité déviante ». Potter utilisa des guillemets avec ses doigts. Je crois qu'il n'a même pas réalisé en fait … La gravité de ce qu'il a fait. Peut-être qu'on lui a fait la même chose. Peut-être que dans son univers ça se passe toujours comme ça.
-C'est pour ça que tu m'as demandé, comprit Draco. Si j'avais déjà eu des relations sexuelles.
-Bah oui. Je voudrais savoir comment tu te situes. Si chez toi aussi, il y a une violence intégrée.
-Je ne crois pas, souffla Draco. Enfin, l'idée de te faire mal me paraît délirante mais peut-être… Il déglutit. Peut-être que si tu ne m'avais rien dit … J'aurais pu sans le vouloir.
À sa grande surprise, Harry lui sourit.
-J'ai appris de mes erreurs. Je te le dirai, c'est promis. Et toi pareil, deal ?
-Deal, souffla Draco.
Harry l'embrassa pour sceller l'accord.
Draco ferma les yeux et enfouit une main dans les cheveux de Potter.
-T'es courageux, foutu Gryffondor … lui souffla-t-il.
Harry éclata de rire.
-Pourquoi ?
Draco rouvrit les yeux et le dévisagea, incrédule.
-Euh beaucoup de personnes ont été violentes envers toi dans ta vie et moi, j'en fais clairement partie. Putain, j'ai failli te tuer ou te faire tuer plusieurs fois ! À ta place, jamais mais alors jamais je … Enfin, moi je sais que tu es bon. Que tu ne me feras jamais de mal. Mais toi, comment tu …
-Draco, l'interrompit calmement Harry. Le passé est le passé, ok ? Ce qui compte c'est qui tu es maintenant. Et aussi qui je suis moi maintenant. Et quand je te vois, je vois quelque de bien. Tu es têtu comme une mule, par moment tu es vraiment imbuvable d'ailleurs mais tu … Tu es intègre. Et je crois que pour de multiples raisons, nos visions du monde qui étaient si opposées à l'adolescence se sont rejointes en partie aujourd'hui. Ça me plaît. La personne que tu es aujourd'hui me plaît. Je n'ai absolument aucune crainte, je te jure. Enfin si, j'ai peur de te brusquer, c'est à peu près tout.
Draco secoua la tête, toujours incrédule et Harry l'embrassa.
-Franchement mec, poursuivit-il, c'est pas miraculeux qu'on soit là ? En train de prendre soin l'un de l'autre, de nous mettre à nu (peut-être même pas seulement métaphoriquement) - il lui fit un clin d'œil. Sérieux, c'est pas la plus belle histoire de réconciliation que t'aies jamais entendue ?
Draco secoua la tête. Ah Potter et sa tendance à la béatitude…
.
Ce furent finalement leurs estomacs qui vinrent remettre un peu de normalité dans cette matinée complètement hors du temps et du monde.
Draco fut le premier à se trahir avec un gargouillis sonore. Harry eut un petit rire et sauta sur ses pieds. Draco ne l'avait jamais vu manifester autant d'énergie.
-Je vais faire une tourte ! décréta le cuisiner.
Sans trop y réfléchir, Draco le suivit jusqu'à la cuisine où il s'attabla tandis qu'Harry versait de la farine, de l'eau et du sel dans un saladier avant de remuer le tout avec entrain.
-Je peux t'aider, Potter ? s'enquit Draco.
Le susnommé eut un petit sourire taquin, celui qui depuis des jours, donnait furieusement envie à Draco de l'embrasser.
-Je crois qu'au vu de ce qu'il se passe entre nous, il est peut-être temps de laisser tomber les noms de famille, non ? Tu peux laver les champignons et les couper en morceaux si tu veux !
-Jamais ! fit mine de se scandaliser Draco en attrapant docilement les champignons que Potter avait été cueillir hier dans la forêt - et fallait-il que Draco lui fasse confiance pour ne pas craindre de se faire empoisonner. Comment tu veux que je t'appelle, sérieusement ?
-Euh … Harry ?
Ils échangèrent un regard hilare. L'un comme l'autre s'amusaient beaucoup.
-Peuh ! grogna Draco. J'aurais l'impression d'être un de tes énièmes admirateurs.
Harry éclata d'un grand rire qui lui donna une telle quinte de toux que Draco dut aller lui taper dans le dos.
-Des admirateurs, ha ha ha ! Tu me fais mourir de rire ! jeta Harry entre deux toux. Tu veux dire ceux qui collectionnent les affiches avec ma tête et un grand « Wanted Dead or Alive » au travers ?
-T'es pas sérieux ?
-Je suis le principal suspect d'une dizaine de meurtres, je ne sais pas à quoi tu …
-Quoi ? le coupa Draco.
-Rassure-moi, t'as entendu parler du … enfin de ce qui s'est passé à Poudlard il y a euh … trois ans.
-Oui, oui … dit lentement Draco. Mais attends, tu ne vas pas me faire croire que …
-Bah si. Hermione et moi étions les premiers sur les lieux.
-Et alors ?
-L'occasion était trop belle, Draco…
-C'est du délire ! Enfin, du pur délire ! Toi, parmi tous les autres … Je ne comprends même pas comment c'est possible !
Ça expliquait - au moins en partie - leur isolement à Granger et lui. Enfin quand même … Qui pouvait sérieusement croire que Potter, le parangon de vertu, pouvait être coupable de ce qu'on ne pouvait que qualifier de massacre ?! En plus, il y avait de grands amis à lui dans le lot …
-Je pense que la différence entre toi et l'écrasante majorité de nos concitoyens sorciers, c'est que tu ne lis pas la Gazette du sorcier.
-Ce torchon ? Nan mais sérieusement, qui croit encore à une seule ligne de ce truc ?
-La plupart des gens, en vrai.
-Ça me sidère. Non mais vraiment.
Harry lui lança un sourire triste.
-Potter … souffla Draco. Ça a dû être horrible. Je sais ce que c'est … enfin, ce … ce genre de scène.
Ils échangèrent un regard et Harry hocha doucement la tête.
-Pendant des mois, il n'y avait plus que ça en moi, lui avoua-t-il en détournant la tête. L'horreur sans nom et la rage absolue.
Draco comprenait. Du moins pour l'horreur sans nom. Il comprenait viscéralement.
Il ne sût pas comment lui dire, étonnement tout ce qui lui vient, fut de l'enlacer dans le dos. Harry posa doucement son saladier pour s'accrocher aux bras que Draco avait passé autour de lui.
-Le pire … souffla-t-il, c'est que je vais sûrement mourir avec cette tache sur mon nom … Bon je ne doute pas que je finirai par être réhabilité mais ce sera trop tard.
Draco se crispa.
-Arrête avec ça, grogna-t-il.
Harry réussit la prouesse de se retourner dans l'étreinte pour faire face à Draco et planter ses yeux verts dans les siens.
-Draco, dit-il. Sérieux. Il faut accepter l'idée.
-Non.
-Arrête …
-Non ! Toi, arrête ! Je sais que tu en as terriblement chié, plus que moi et jamais je n'aurais cru … Mais tu ne vas pas abandonner maintenant, Potter !
-Tu sais … souffla doucement l'autre homme en lui caressant la joue. Comme je te disais hier, je suis allé jusqu'à V. pour qu'il me tue. Je ne pensais pas en réchapper. Tout ça n'est qu'un rab heureusement pas toujours désagréable !
Il lui sourit.
-T'as peut-être envie d'accepter l'idée mais pas moi, persista Draco. Il y a forcément un moyen.
L'autre homme haussa les épaules, embrassa Draco d'un baiser léger comme une plume et se mit sur la pointe des pieds pour lui chuchoter à l'oreille :
-Handsome, c'est bien si tu ne veux vraiment pas m'appeler Harry.
Et il se remit à touiller sa mixture, l'air de rien.
Draco faillit s'en étouffer de rire.
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Après le repas, Harry décida de se lancer dans une de ses préparations culinaires alambiquée dont Draco aurait été bien hypocrite de se plaindre. Il en profita plutôt pour faire un tour dans la bibliothèque du manoir. Elle était au premier étage où il n'avait pas mis les pieds depuis des mois - excepté le jour où il avait vaguement désigné une chambre à son cher invité…
En passant devant la chambre qui avait été celle de sa mère avant qu'elle ne se lance dans un exil volontaire, Draco eut un coup au cœur. En règle générale, il essayait d'éviter de penser à elle. A son regard, juste avant qu'elle n'attrape le Portoloin qui l'avait emmenée en Argentine. Apparemment la destination la plus lointaine qu'elle ait trouvée. Elle lui envoyait tous les mois un billet laconique auquel Draco répondait avec plus de laconisme encore, quand il trouvait l'énergie. Tout à coup, il fut pris de l'envie de s'asseoir devant le secrétaire où il l'avait si souvent vu installée et de tout lui déballer. Il caressa un instant l'idée puis haussa les épaules. Elle était bien où elle était. Du moins, il l'espérait pour elle.
En se plantant à l'instinct devant une des rangées d'ouvrages, une pensée lui traversa l'esprit. À quel point, la certitude - jamais exprimée mais néanmoins présente - d'être déviant avait-elle influencé sa manière d'être au monde ? Il ne s'était jamais senti aligné, sur la même longueur d'onde, avec qui que ce soit depuis qu'il avait dépassé la petite enfance. Jamais jusqu'à ces instants qu'il venait d'avoir avec Potter. Bon sang, c'était complètement fou quand on y pensait. Est-ce qu'il le haïssait tellement quand il était gamin parce qu'il le désirait inconsciemment et avait repoussé automatiquement ce qui ne lui aurait valu que la désapprobation générale ? Peut-être. Il ne pouvait en être sûr. Il avait mis une telle distance émotionnelle avec son adolescence qu'il n'avait plus que des souvenirs froids et strictement factuels de cette période. Il était incapable d'y associer la moindre émotion. Comme si c'était arrivé à quelqu'un d'autre.
Mais franchement : quelle était la probabilité dans tout ça que Potter lui aussi … Est-ce que Draco possédait une sorte de radar ou un truc comme ça, qui lui avait fait deviner à son insu ? Parce qu'en vérité, s'il devait être parfaitement honnête avec lui-même (exercice fort pénible …), il lui fallait le reconnaître. Ça avait toujours été Potter. Celui qui suscitait chez lui les émotions les plus fortes : une jalousie exacerbée, une envie de lui faire mal, de le soumettre à sa volonté ? L'expression d'un désir inavouable et donc violent ? Putain, il n'était pas mieux que ce sale bâtard de Weasley…
Draco serra le poing à s'en exploser les phalanges. Peut-être que ce serait ça son premier sort lorsqu'on lui rendrait enfin sa foutue magie ! Un bon sort de découpe bien placé, ça aiderait peut-être à apprendre le consentement à ce connard de rouquin, non ?
Il saisit deux ou trois livres aux titres prometteurs et les emmena jusqu'à la table d'étude au milieu de la pièce. Mais à peine assis, il se releva, saisi par le froid polaire qui régnait dans la pièce. Il n'avait pas envie de faire un feu ici. Ce serait bien plus intelligent de descendre des livres et de s'installer dans « leur » salon à Potter et lui plutôt que de s'esquinter à monter des bûches jusqu'ici.
Il rajouta 4 autres titres et redescendit avec sa pile en équilibre précaire.
-Tu as décidé de te remettre à la magie noire ? lui lança ce foutu Potter tandis qu'il passait devant la cuisine avec son fardeau.
-Ha ha ha, tu es hilarant, j'espère que tu le sais.
Harry ricana pour toute réponse et Draco le laissa à ses fourneaux.
Il remit une bûche dans l'âtre, se cala dans la chauffeuse et se plongea dans sa lecture. Il ne releva la tête que lorsque Potter mît un pied dans le salon, une tasse de thé dans chaque main.
Draco accueillit la sienne avec une joie non dissimulée.
-Tu as fini ta préparation ? s'enquit-il.
-Ça cuit, lui annonça Harry.
-C'est la surprise du chef ou tu acceptes de partager avec la classe ?
-Pudding au chocolat !
-Miam !
-Mais il y a une condition pour toi ! lança l'autre homme, d'un ton taquin.
Draco s'attendait au pire. Il avait raison.
-Je dois t'appeler Harry pendant une journée entière, c'est ça ?
L'autre lui fit un clin d'œil pour toute réponse. Quelle créature insupportable…
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Le soir venu, gavé de restes de tourte et de chocolat, Draco commença à bailler dès 10 heures du soir. Il faut dire qu'il était plongé depuis des heures et des heures dans d'obscurs traités sur les malédictions, son cerveau n'avait plus l'habitude d'être autant sollicité.
Harry planta son regard dans le sien.
-J'ai envie de dormir avec toi.
Draco sentit son cœur filer à toute vitesse dans ses chaussettes. Il n'y avait pas pensé jusque-là. Mais à l'idée de s'endormir contre le corps de l'autre homme, d'être dans ses bras ou de le tenir dans les siens, une sensation de bien-être se diffusa à toute vitesse en lui.
-Moi aussi, répondit-il et sa voix sonna rauque, même à ses propres oreilles.
-J'ai pas forcément envie de quoi que ce soit de … sexuel ce soir, c'est ok pour toi ? demanda Harry en lui jetant un regard par en-dessous.
-C'est même ok si tu n'en as jamais envie, lui dit très sincèrement Draco. J'ai pu m'en passer pendant 26 ans et ça ne m'a pas manqué plus que ça en vrai.
-Mais tu as envie ? s'enquit Potter. D'essayer je veux dire ?
Draco hocha la tête.
-Je suis curieux, j'avoue.
-Et moi, vraiment curieux de te découvrir.
-Peut-être demain ? suggéra Draco. Si on est partant tous les deux.
Harry l'embrassa.
-Merci pour ta compréhension …
-Arrête ! grogna Draco en le sentant fragile tout à coup. Ce que je veux moi c'est qu'on partage … enfin …
Potter lui renvoya un regard doux.
-Je sais. C'est vraiment bien. C'est pour ça que je veux dormir avec toi. On va être tellement bien …
Et c'était tout à fait vrai. Ils se décidèrent rapidement pour la chambre de Draco. D'abord, ce fut étrange, de le précéder dans la pièce, tous deux vêtus de leurs pyjamas. Ils avaient échangé un regard … Et puis Draco s'était dirigé vers le lit d'un pas décidé et l'avait ouvert largement, puis il s'était dirigé vers le feu pour créer une petite flambée qui les tiendrait bien au chaud jusqu'au lendemain. Ceci fait, il était revenu vers le lit pour constater que Potter y était déjà. Il lui écarta la couette en une invitation et Draco le rejoignit et se colla contre lui. Leurs corps s'étaient déjà habitués l'un à l'autre et c'est tout naturellement qu'ils se coulèrent l'un contre l'autre.
-Bonne nuit, Handsome lui souffla Draco à l'oreille et Harry fut secoué d'un long fou rire silencieux.
En partageant à moitié son hilarité, content de sa connerie, Draco se demanda tout à coup comment Potter pouvait songer un seul instant qu'il allait le regarder mourir sans rien faire. Nan mais sérieusement, il était cinglé ou quoi ?
