Chapitre 7 : Harry

Lorsqu'Harry ouvrit les yeux ce matin-là, c'était comme s'il était dans un cocon de douceur et de joie.

Son regard se posa immédiatement sur le jeune homme encore endormi à ses côtés et son cœur se gonfla de tendresse. Draco avait été génial. Lorsque le développement de leur relation n'était encore qu'un fantasme, Harry s'était un peu imaginé ce que ça pourrait être. Il avait songé qu'il faudrait tenir un cap ferme, devoir reconvaincre Draco sans arrêt, accepter de faire un pas en avant et deux en arrière. Et voilà que son hôte l'avait complètement pris à revers : il avait non seulement pris des initiatives mais surtout, il s'était montré si doux et si ouvert que pour un peu, il aurait pu lui arracher des larmes.

Du coup, au lieu de devoir jouer la comédie du type qui sait parfaitement ce qu'il fait et veux, Harry avait tout simplement ouvert les vannes. Il avait juste été lui-même, il avait dit ce qui lui passait par la tête sans jouer le moindre rôle. Il avait ri parce que Draco était drôle et non pas pour lui être agréable. Il lui avait parlé de Charlie, bon sang … C'était vraiment, vraiment pas prévu. C'était juste sorti comme ça. Il n'en avait jamais parlé à aucun de ses amants. Seule Hermione était un courant.

Et là, encore endormi et le visage détendu, Draco était vraiment adorable. Harry passa trois doigts dans ses cheveux blonds. Qui aurait jamais cru que ça pourrait tourner ainsi entre eux ? Personne et c'était tant mieux. Harry était ravi à l'idée de garder Draco tout pour lui, au moins pour encore un petit moment.

Les yeux de l'autre homme se mirent à papillonner puis finirent par s'ouvrir. Il cligna plusieurs fois les yeux, l'air d'abord surpris puis éberlué, avant de finalement s'apaiser.

-Hey, lui dit doucement Harry.

Pour toute réponse Draco l'embrassa.

-Ton haleine matinale est affreuse, grogna l'ancien Serpentard.

Harry pouffa de rire.

-C'est toi aussi qui veut coucher avec un mourant hein …

Le visage de Draco se ferma. Eh bien oui, ça ne lui plaisait pas. Mais il allait falloir qu'il s'y fasse, même si Harry devait lui répéter cinquante fois par jour.

-Tu me gonfles, grogna le blond et il l'embrassant de plus belle.

-Ça m'en a tout l'air oui …

Une jolie lumière de début d'hiver entrait par la fenêtre et la pièce était encore délicieusement chaude. Harry se sentit d'humeur entreprenante. Il glissa doucement une main sous la chemise en flanelle de son partenaire qui se figea.

-J'arrête ? proposa-t-il en suspendant son geste.

Draco secoua vigoureusement la tête.

-Je t'ai surpris, comprit Harry. Désolé.

-C'est moi, souffla Draco d'une voix très basse. Continue. S'il te plait.

-Ok. Je peux t'enlever ta chemise ?

Cette fois-ci, un hochement de tête. Harry l'aida à passer le vêtement par-dessus sa tête et resta un moment à contempler cette longue étendue de peau blanche, à peine enlaidie par la cicatrice qu'il lui avait lui-même causé. C'était à prévoir : il eut immédiatement envie d'embrasser cette cicatrice et ne s'en priva pas. Draco ferma les yeux.

-Tu es vraiment beau, lui dit Harry. J'ai très envie de toi.

L'autre gémit.

Harry descendit tout doucement ses mains jusqu'à son pantalon en flanelle et s'amusa à jouer avec l'élastique. Le regard de Draco se fit soudain suppliant alors Harry plongea doucement la main, passant les barrières de tissus jusqu'à trouver ce qu'il cherchait.

Draco gémit de plus belle. Dans un geste involontaire, il tendit le bassin vers Harry qui imprima de lents mouvements de va et vient, les yeux fixés sur le visage de son amant, attentif au plus infime changement de réaction. Il voulait qu'il aime, qu'il se sente bien. Que tout cela lui donne un goût de reviens-y.

Quand ce fut fini, Harry tendit la main vers la table de nuit derrière lui pour attraper sa baguette et lança un sort pour les nettoyer tous les deux. Draco protesta vaguement au sujet de la bêtise de dépenser sa cartouche du jour pour ça mais Harry le coupa net :

-J'ai pas l'intention de bouger d'ici de la journée, ni de faire quoi que ce soit d'autre que de te faire jouir, parler avec toi et dormir contre toi. À la limite, je tolère de me lever pour du thé.

-Je n'osais pas le suggérer.

Harry éclata de rire et amorça un geste pour se redresser mais Draco le retint à deux mains.

-Hep hep hep ! Où tu sauves comme ça ?

-Tu ne voulais pas du thé ?

-Dans ton programme, tu as cité d'autres trucs qui m'avaient l'air encore plus sympas !

Harry rit de plus belle et l'embrassa.

-Je peux te rendre la pareille ? lui souffla doucement Draco a l'oreille.

-Carrément ! Avec joie !

Harry lui prit les mains, les embrassa puis les lui rendit.

Draco se révéla un amant attentif. Un peu plus tard, ils se serrèrent l'un contre l'autre, entièrement nus et Harry ne se souvint pas avoir jamais été aussi satisfait qu'en cet instant.

Demain, ces connards de Restaurateurs, la mort ou peut-être même Hermione et ses foutus plans viendraient les séparer. En attendant, Harry avait Draco tout à lui et c'était tout simplement glorieux.

-Je n'arrive pas à croire que j'ai pu te prendre jadis pour un modèle de froideur, lui dit-il.

-Je l'étais.

-C'est le feu sous la glace.

Draco secoua la tête.

-Je ne savais pas que c'était là, avoua-t-il. Je pense qu'il s'en est fallu d'un cheveu pour que je ne le sache jamais.

-Qu'est-ce qui t'a décidé ? demanda Harry. J'ai senti qu'à un moment tu as cédé hier quand on était dans la cuisine. Tu avais l'air tellement mort de peur … Et puis d'un coup, tu as lâché prise.

Draco hocha la tête.

-Ça faisait des jours que j'avais envie de te toucher, lui confia-t-il. Des espèces d'élans spontanés. Je savais que ce n'était qu'une question de temps avant que j'échoue à en contrôler un. Je m'étais dit que … Eh bien disons que je te faisais suffisamment confiance pour ne pas m'éventrer sur place.

Harry secoua vigoureusement la tête, désapprobateur.

-Je n'avais pas vraiment peur. Hier dans la cuisine, je veux dire. J'étais plus stupéfait que je ne l'ai jamais été de ma vie. Pas un seul instant, pas un seul, j'aurais pu croire que ce … cette attirance pouvait être réciproque. Ça ne m'a jamais effleuré l'esprit. Alors … euh mon cerveau a eu un loupé. Je croyais que j'étais en train de …

-Rêver ? suggéra Harry.

-Hum. Ou de délirer.

-Tu sais que pour te raccrocher au réel, tu touches ta marque ? lui dit Harry en tendant la main vers son avant-bras. Est-ce que ça te fait mal si je te touche là ?

-Absolument pas.

Harry posa la main sur l'hideux tatouage, laissant ses doigts s'insinuer entre les lignes d'encre pour caresser la peau encore nue qui émergeait çà et là.

-Comment est-ce possible que ça ne te dégoûte pas ?

Les yeux de l'ancien Mangemort étaient écarquillés.

-C'est rien qu'un tatouage, mon vieux. Une fois j'ai couché avec un type qui avait le visage de son ex sur toute l'épaule.

Draco ne put s'empêcher de ricaner.

-Où tu es allé le chercher celui-là ?

-Dans un bar gay moldu, lui répondit joyeusement Harry.

-Tu plaisantes ?

Harry secoua la tête.

-Ça existe réellement ?

-Je t'assure !

-Et euh … tu fais comment ? Tu rentres et tous les gens qui sont là sont euh …

-Gays, oui. C'est pas un gros mot, tu sais.

-Ce n'est pas vraiment dans mon vocabulaire, dit Draco non pas avec ses airs de snobinard mais plutôt comme s'il le regrettait sincèrement.

-Hier, souffla Harry en le prenant dans ses bras et en l'incitant à poser sa tête sur son épaule, tu m'as dit que ton père avait deviné.

La nuque de Draco se crispa mais il haussa les épaules.

-Qu'est-ce qu'il t'a dit ? Tu n'es pas obligé d'en parler hein, si tu n'as pas envie mais …

Draco haussa de nouveau les épaules.

-Je ne m'en souviens plus très bien, expliqua-t-il. Ce n'était pas très différent de d'habitude : tiens ton rang, ne nous fait pas honte, un Malfoy ne s'abaissera jamais à ça, etc. Ce sont des choses que j'entendais tout le temps mais …

Il ferma les yeux.

-Je ne sais pas, quand il m'a pris entre quatre yeux pour me les dire à propos de ça, c'est comme si … comme s'il m'avait condamné, tu vois ? Je ne serais jamais normal. J'ai senti que je serais toute ma vie un menteur, rien qu'un masque. Je n'aurais jamais le droit de …

-D'être pleinement toi-même ? suggéra Harry.

-J'imagine.

-Tu avais quel âge ?

-Je ne sais plus … quelque chose comme 14 ans ?

Harry se souvint de la virulence de Draco. Sa colère froide, son envie de faire mal.

-Je me souviens de toi à l'époque. Et je suis désolé, lui souffla-t-il en le serrant contre lui. Vraiment, vraiment désolé.

-Arrête, c'est moi. J'étais vraiment un sale petit con, tout particulièrement avec toi.

-T'étais comme un animal blessé.

Draco hocha doucement la tête.

-J'ai réalisé hier … Qu'en réalité, tu as toujours été un objet de désir interdit pour moi. Et je pense que je te haïssais en grande partie pour ça.

Harry se pencha pour l'embrasser et le sentit sourire tout contre sa bouche.

-D'habitude, c'est pas vraiment comme ça qu'on réagit à la haine, Potter.

Harry sourit à son tour.

-Honnêtement, j'ai connu des haines bien plus dévastatrices que la tienne, mon cher.

-Hum. Tu m'étonnes.

Il regarda de nouveau sa marque.

-Je me suis toujours demandé, souffla Harry. Est-ce que ça fait mal ?

-De recevoir la marque ? Terriblement, oui. Ça fait partie du folklore, je suppose. C'est comme … Il ferma les yeux pour réfléchir. Comme si on t'apposait une grande plaque de fer bouillonnante sur la peau. Je pensais que mon bras serait brûlé et couvert de cloques. Mais non. Et c'est d'autant plus bizarre… d'avoir si mal mais que ta peau n'en porte aucune trace.

Harry voyait ce qu'il voulait dire.

Draco se retourna sur le ventre et approcha la main de la cicatrice que Harry portait au front.

-Je peux ? s'enquit-il.

-Bien sûr.

-Je me rappelle … des fois, elle te faisait mal.

-Plus maintenant, Draco, lui sourit Harry. Ça au moins, c'est un problème définitivement réglé.

Draco dessina doucement les bords de la profonde écorchure, du bout des doigts. Son visage était sérieux et concentré et Harry ne put s'en empêcher : il tendit le menton et les lèvres pour lui embrasser l'arrière du poignet. L'autre homme lâcha un petit rire surpris.

Puis ils plongèrent l'un dans le regard de l'autre et Harry y lut très clairement le désir qu'avait Draco de lui. Il aurait menti s'il avait prétendu que ça ne le flattait pas profondément. Bien sûr, qu'il avait envie d'être désiré. Peut-être de lui plus que tout autre … Finalement, quand il était ado, il lui avait toujours laissé le pouvoir de le mettre hors de lui parce que le regard de Draco comptait. Il était incapable de s'expliquer pourquoi mais il comptait.

Là, sous les yeux gris brûlants de cet homme intelligent, beau et délicat, il se sentait rayonner comme un chat au soleil.

-Guide-moi, lâcha Draco de sa voix rauque, celle qu'Harry commençait à connaître, celle qu'il avait quand les derniers restes de vernis social sautaient.

L'ancien Gryffondor lui sourit et hocha la tête.

-J'ai envie de ta bouche sur moi, lui dit-il. Là. Il guida les mains de son amant vers ses tétons.

Draco s'exécuta immédiatement et pris l'un des petits bouts de chair dans sa bouche.

-Tu peux sucer ? lui proposa Harry.

L'autre s'exécuta immédiatement et Harry commença à ruer du bassin. Draco changea pour s'occuper de l'autre téton et Harry l'incita à faire rouler le délaissé entre ses doigts.

Draco ouvrit les yeux pour le dévisager sans pour autant délaisser son ouvrage et Harry avait tellement, tellement envie de lui.

-Tu … est-ce que tu voudrais prendre mon sexe dans ta bouche ?

Draco rougit violemment mais hocha la tête.

-T'es pas … commença Harry mais Draco l'interrompit en levant la main.

Il suça une dernière fois le téton qu'il tenait entre ses lèvres puis le relâcha, provoquant un bruit de bouche obscène qui les fit rire tous les deux.

-Je ne croyais pas, lui dit Draco en lui caressant la joue, puis l'épaule. Qu'on rirait autant. J'ai jamais autant ri de ma vie en fait.

-C'est parce que je suis en vrai petit boute-en-train, plaisanta Harry avec un sourire.

-Tssss !

Draco frotta son nez à celui de Harry qui en profita pour l'embrasser.

Puis le blond commença doucement à descendre et Harry écarta les jambes.

-Ça va ? s'enquit Harry une fois que Draco se retrouva le visage face à son entrejambe.

Il savait que ça pouvait être vraiment flippant la première fois.

-Oui, dit Draco d'une voix étonnamment calme. Qu'est-ce qu'il faut que je sache avant ?

Harry aima son pragmatisme.

-C'est littéralement bourré de terminaisons nerveuses alors il ne faut pas y mettre les dents, ça fait mal.

-Ok !

-N'essaie pas d'aller trop loin, tu vas t'étouffer ou te donner envie de vomir.

-Hum.

-Et sinon … eh bien, c'est un peu comme une sucette en fait.

-Une grosse sucette alors.

-Tu me flattes !

Draco eut un rire incrédule.

-C'est toi qui donnes le tempo, d'accord ? lui souffla Harry. Mais prends le temps. Tu vas sentir ce qui me plaît, en écoutant ma respiration, en sentant comment je bouge. Mais n'oublie pas que tu n'es obligé à rien, dès que tu as envie d'arrêter …

À la surprise d'Harry, Draco évacua cela d'un geste impatient de la main.

-Je sais ça, Potter. Ne te flatte pas de réussir à me forcer à faire quoi que ce soit.

Harry eut un petit sourire à son tour. Il était un peu fébrile. Il n'avait pas beaucoup de désir depuis qu'il était malade, cela faisait une éternité qu'il n'avait rien fait. Par contre, ce matin, il désirait vraiment Draco et cela était décuplé par le fait qu'il savait que ça ne reviendrait pas forcément avant un moment.

Sans prévenir, Draco plongea et Harry se sentit partir. C'était forcément un peu maladroit mais il compensa en y mettant tout son cœur. En jouissant dans sa bouche, Harry en pleura de plaisir.

Il se retrouva dans les bras de son amant, collés l'un contre l'autre des pieds à la tête.

-Je te fais la même après si tu veux, proposa Harry. À moins que tu aies envie de … tu sais, venir en moi.

Draco le dévisagea.

-En fait, dit-il d'un ton lent, je crois que j'ai plutôt envie que ce soit toi qui viennes en moi.

-Oh.

-Enfin si ça te tente …

-Carrément oui, souffla Harry encore un peu incrédule. Mais euh pas tout de suite parce que là… Eh bien j'ai plus de jus. Sans mauvais jeu de mots.

Draco se tordit de rire.

-Je croyais qu'on avait toute la journée ?

-Et toute la nuit ! On n'aura jamais aussi bien utilisé notre temps.

Draco ricana et secoua la tête.

Ils somnolèrent un peu et puis Draco se leva pour aller remettre deux bûches dans l'âtre.

Harry se redressa en position assise pour profiter du spectacle de cet homme nu comme au jour de sa naissance, en train d'agiter un tisonnier dans l'âtre jusqu'à ce que les flammes repartent.

Son corps était bouillant lorsqu'il revient se blottir contre Harry qui poussa un soupir d'aise.

-Je peux te poser une question ? s'enquit Draco.

Harry se souvint de Dumbledore lui répondant « Tu viens de le faire, Harry mais tu peux recommencer ». Mais il n'allait pas jouer au plus malin avec Draco, surtout qu'il n'était vraiment pas sûr de gagner. Alors il se contenta de lui sourire et de lui répondre d'un :

-Bien sûr.

-Pourquoi est-ce que tu es venu te planquer ici ? Je veux dire, pourquoi ici parmi toutes les autres possibilités qui s'offraient à toi ?

-Eh bien, il n'y avait honnêtement pas tant de possibilités qui s'offraient à moi, Draco, lui avoua très sincèrement Harry. Le plus simple aurait été de trouver refuge dans le monde moldu, squatter une maison vide ou quelque chose comme ça. Mais je n'ai pas assez de magie pour pouvoir me faire suffisamment discret et c'est toujours faire courir un risque aux innocents se trouvant dans un rayon de 300 mètres qui se retrouveraient pulvérisés si … Enfin tu vois.

-Mais vous avez bien encore des alliés dans notre monde, enfin tu ne vas quand même pas me faire croire …

-Tu connais l'Ordre du Phénix, j'imagine ?

-Potter. J'ai mangé pendant un an à la table du Seigneur des Ténèbres. Évidemment, oui je connais l'Ordre du Phénix.

-Il en existe une troisième génération, depuis cinq ans. J'imagine que tu l'avais deviné.

-Eh bien honnêtement je commençais sérieusement à en douter…

-Ils ont décidé de nous lâcher, lui expliqua Harry. Trop compliqué, trop « politique », trop exposé de continuer à assurer notre protection à Hermione et moi. Ils ont mis l'accent sur d'autres priorités.

-T'es pas sérieux là ?

-Si, si.

-Ils ont perdu la tête ? Ils ont quoi au juste comme autres priorités ?

-Sauver les meubles, je suppose … Je pense que c'est surtout qu'ils se sont dit qu'on est vraiment un cas désespéré. Nous défendre leur prend trop d'énergie.

-Mais attends, et le symbole ?! s'emporta Draco. Qu'est-ce qui existe de plus dictatorial, de plus tyrannique que de désigner des victimes comme des bourreaux et de leur faire la chasse jusqu'à les éradiquer de la surface de la Terre ? Si tu cautionnes ça, autant rejoindre directement ceux que tu prétends combattre. Ils ont perdu la bataille idéologique, ils n'arriveront jamais à rien !

Harry ne put lutter contre la furieuse envie qu'il avait de lui rouler une pelle et y céda tout à fait. Draco le dévisagea, surpris.

-Eh bien oui, dit Harry d'un ton détaché en haussant les épaules, quelqu'un qui pense aussi bien, ça m'excite.

-À se demander pourquoi tu n'as pas sauté sur Granger plutôt que sur la rouquine quand on était à Poudlard, grommela Draco.

Harry le dévisagea très sérieusement, pesant le pour et le contre et puis …

-Tu te rappelles, l'autre soir, quand je t'ai expliqué que j'étais mourant, je t'ai raconté que V. avait mis quelque chose de lui en moi. Quelque chose qu'il a supprimé en me lançant cet Avada.

Draco hocha la tête, il se souvenait.

-Eh bien je ne peux m'empêcher de me demander … Si ce n'est pas ce quelque chose qui désirait Ginny et pas moi. Il m'a fallu longtemps pour l'admettre mais maintenant ça me semble assez clair : dès le lendemain de la bataille de Poudlard, ça avait disparu. Ce n'était pas immédiatement clair pour moi parce que je l'appréciais toujours mais je n'avais plus envie d'ÊTRE avec elle, tu vois la nuance ?

Nouvel hochement de la tête.

-C'est assez terrifiant, non ? conclut Harry.

-Ce qui me parait terrifiant personnellement, c'est que tu aies eu envie de coucher avec cette fille, grogna Draco.

Harry ricana.

.

.

Un peu plus tard, Harry était allé faire du thé. Il revint avec deux mugs et en tendit un à Draco qui se redressa immédiatement pour le saisir et se plaça en position assise, les chevilles délicatement croisés comme s'il était dans un salon de la haute.

Harry resta figé à le contempler. Il sentit 1) qu'il bandait et 2) qu'il avait sévèrement envie de se fondre dans le corps de cet homme. Qu'il aimait tout chez lui.

-Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Draco.

Ça devait faire plusieurs dizaines de secondes que Harry était figé sur place.

-Rien, dit Harry en se décidant à contourner le lit pour pouvoir grimper dedans. Enfin si, j'ai monstrueusement envie de toi.

-Envie de moi comment ? s'enquit Draco sur le ton de la conversation.

Bon sang, il allait le rendre fou.

-Comme dans : « mon corps dans ton corps ».

-Ça sonne bien.

Il posa son mug à moitié plein sur sa table de chevet.

-T'es sûr ? s'enquit Harry.

Draco lui roula une galoche pour toute réponse.

-Potter, tu veux que je te supplie ? Tu crois que tu vas aimer ça ?

-Non, avoua très honnêtement Harry. Mon truc à moi, ce serait plutôt de t'attacher, si tu veux tout savoir.

-Oh. D'accord.

La spontanéité de cet homme au lit, vraiment c'était de l'ordre du sublime.

-T'es sérieux ?

-Hum, hum. Il y a une histoire de se soumettre, non ? Enfin je veux dire, dans cet acte-là ?

-Je ne sais pas, tu peux voir ça aussi comme un accueil. C'est toi qui m'accueille en toi.

-Je suppose que ça peut être les deux à la fois. Un accueil soumis.

-Oui, j'imagine.

-Et les deux me vont.

-C'est pas vraiment … conventionnel pour une première fois.

Draco croisa les bras contre sa poitrine.

-Je ne veux pas que tu me traites comme une pucelle effarouchée de 16 ans. Si je fais quelque chose, je le fais à fond. Et si c'est ton délire, c'est que ça doit être bien.

Harry le dévisagea, incrédule.

-Jusqu'ici, ça a toujours été bien, se justifia Draco en haussant les épaules.

Harry lut le non verbal qui s'étalait sous ses yeux en cet instant : la volonté de Draco de faire jeu égal avec lui malgré son inexpérience.

-Ok, souffla-t-il, admiratif. On va faire comme ça. Tu as une ceinture, une cravate ou un truc comme ça ici ?

Une lueur amusée s'alluma dans l'œil de Draco. Il se leva pour aller fouiller dans une commode située près de la fenêtre. Au bout de quelques dizaines de secondes, il poussa un "Ah !" satisfait et brandit … une cravate au motif rayé vert et gris. Celle de son uniforme de Serpentard.

Harry éclata de rire et ils se dévisagèrent, complices.

-Viens, lui dit Harry et Draco s'exécuta. Avant de se rallonger près de son amant, il lui remit solennellement la cravate. Honnêtement, en cet instant, Harry ne voyait pas comment il ne pourrait jamais désirer quelqu'un d'autre que Draco.

-Le but, c'est que tu n'aies pas mal, lui dit-il en l'incitant à se tourner sur le ventre. Il y a un sort pour ça, tu m'autorises ? Il n'est vraiment pas très compliqué, ça m'est souvent arrivé de lancer en informulé.

Pour toute réponse, Draco tourna la tête, ses cheveux blonds s'étalèrent sur l'oreiller et il jeta un regard à Harry qui disait "Fais ce que tu veux de moi".

C'était un jeu bien sûr. Sa bouche avait pris un pli ironique. De toute façon, Harry n'aurait pas toléré une soumission autre que par jeu. Mais quand même, putain de bordel. Il était incroyable, ce garçon. Incroyable.

Harry lui lança le sort, puis parsema son dos et ses épaules de baisers, avant de remonter jusqu'à ses poignets qu'il réunit pour les lever au-dessus de la tête de Draco.

-Tu sais ce qu'on va faire ? souffla-t-il. On va se trouver un safeword.

-C'est-à-dire ?

Harry était con, il aurait dû y penser avant.

-Un mot, le plus éloigné possible d'un contexte sexuel. Un truc que tu ne dirais jamais en baisant, quelques soient les circonstances.

-Genre "Novembre" ?

-Ha ha ha, oui c'est très bien "Novembre". Si quoi que ce soit te déplaît, si t'as besoin d'arrêter, tu le prononces. N'attends pas, la raison n'a pas besoin d'être objective. Et euh … si tu n'es plus dans le mood, c'est hyper important pour moi qu'on arrête tout de suite. Ok ?

-Ok. Draco souriait à nouveau. Attache-moi maintenant, Harry, poursuivît-il.

Le susnommé déglutit et s'empressa de s'exécuter. Ce corps si pâle, si jeune et volontairement soumis à sa merci, c'était objectivement l'instant le plus érotique qu'il ait jamais vécu.

Tout en parsemant sa nuque de baisers, il lui fit écarter les cuisses pour s'insinuer entre. Sous ses doigts, le corps de Draco tremblait légèrement. Comme s'il sentait son hésitation, Draco tourna de nouveau la tête, la faisant passer en dessous de ses poignets tendus, pour dévisager Harry.

Son regard brûlant lui dit "Qu'est-ce que tu attends ?". À se demander qui était vraiment dominé ici … Alors Harry l'attrapa par la taille avec fermeté, posa son menton sur son épaule et s'insinua doucement en lui. Il eut un long gémissement, Harry aurait été bien incapable de dire de quelle bouche il sortait. C'était si puissant, d'être proche de lui au point de partager son corps. Draco accueillait ses mouvements avec souplesse. Les mains sur ses hanches, Harry lui montra comment accompagner ses coups de rein. Bien vite, ils criaient tous les deux. Après ça, ce fut rapide. Harry prit appui sur ses genoux pour libérer une de ses mains afin de faire jouir Draco. Ce dernier, la tête posée sur ses bras tendu, gémit sans retenue avant de se libérer dans un râle. Harry le suivit dans la seconde.

-Oh c'était glorieux, bordel ! souffla-t-il en détachant les poignets de son amant avant d'embrasser ses cheveux puis de se laisser retomber en sueur sur le matelas.

-Ton obsession pour la gloire me semble même suspecte à moi, grinça Draco en venant s'étendre près de lui. Tu ne serais pas un peu Serpentard sur les bords ?

-Ah ça mon vieux, si tu savais, rigola Harry en jouant avec la cravate qu'il faisait passer entre ses doigts.

Draco se redressa sur un coude et le dévisagea avec insistance.

-Tu crois vraiment que tu vas t'en sortir comme ça, Potter ?!

Harry ricana et roula sur lui-même pour venir se coller contre le torse de son amant.

-C'est ok ? s'enquit-il.

-Quoi donc ?

-Que je te colle comme ça ? Certaines personnes ont besoin d'air après …

-J'ai toute l'air qu'il me faut. Donc tu vas rester exactement où tu es et m'en dire plus sur tes rapports avec Serpentard !

Pour l'embêter, Harry s'amusa à le taquiner avec le bout de la cravate. Tout à coup, sans prévenir, Draco la lui prit des mains, retourna Harry sur le dos d'une pression du genou et monta à califourchon sur lui. Harry déglutit alors que Draco plongea son regard dans le sien. Harry se sentit fondre de désir.

-Je t'ai déjà dit que tu es beau ?

-Une fois ou deux. Je t'autorise à continuer ceci dit.

Harry éclata de rire.

-Pendant la cérémonie de la répartition, débuta-t-il. La nôtre, je veux dire. Je me souviens que le Choixpeau a à peine effleuré ta tête avant de t'envoyer à Serpentard. Est-ce qu'il t'a dit quelque chose ? À l'oreille ?

Toujours à califourchon sur lui, Draco le dévisagea, très sérieux puis hocha la tête.

-« Ce n'est pas une fatalité ». C'est ce qu'il m'a dit.

Harry se figea et ils se regardèrent.

-Wahou ! C'est … lourd, souffla Harry.

-Je ne l'avais jamais dit à personne, lui avoua Draco.

Harry hocha la tête. Il comprenait.

-Comment tu l'as interprété ?

-Je ne sais pas, honnêtement. Je n'en ai jamais tiré de conclusions, en tout cas pas consciemment. Mais j'y ai plusieurs fois repensé.

-J'imagine qu'il a voulu te dire que tu avais toujours les rênes de ton destin, même si tu avais la sensation inverse.

-Probablement. Étymologiquement, c'est ça en tout cas. Fatum en latin c'est le destin. Et jusqu'à très récemment, je t'aurais dit que c'était un non-sens absolu s'agissant de mon existence mais là …

De sa main droite, celle de la Marque, il caressa le visage de Harry, dessinant les contours de sa mâchoire, remontant jusqu'à sa cicatrice avant de se perdre dans ses cheveux.

-Ce qu'on vient de faire, lui souffla Harry. C'est une prise de pouvoir absolue. Certainement pas l'un sur l'autre mais sur tout le reste : les conventions sociales, la bienséance, notre éducation, notre pudeur, notre besoin de contrôle. On s'est accordé une carte blanche pour être nous-mêmes. Et tu te sens toujours Serpentard ?

Draco eut un petit sourire en coin.

-Plus que jamais. Et toi ?

Il était malin. Très bien : Harry allait lui dire.

-D'accord, souffla-t-il. Moi, le Choixpeau m'a soufflé à l'oreille qu'il voyait en moi de l'ambition et un désir de faire mes preuves. Et que Serpentard m'aiderait sur le chemin de la gloire. Et effectivement, faire l'amour avec un Serpentard m'a paru absolument glorieux. Il lui fit un clin d'œil.

Il fit mine de lui reprendre la cravate. Draco la lui laissa sans même paraître s'en rendre compte. Il avait l'air sidéré.

-T'es sérieux ?

-Complètement. Je viens de te répéter mot pour mot ce qu'il m'a dit.

-Mais euh … Pourquoi tu as atterri à…

-Eh bien parce que je lui ai demandé ! J'ai pensé très fort « Pas à Serpentard ! Pas à Serpentard ! ».

Draco eut l'air sincèrement vexé et ce fut au tour d'Harry de lui caresser doucement le visage.

-Je ne savais pas que c'était possible, souffla-t-il. D'influencer le choix du Choixpeau.

-Moi non plus, dit gaiement Harry. C'est pour ça que je l'ai fait !

-Tu as cet art incroyable de transformer la naïveté en vertu !

Harry éclata de rire.

-T'imagine, ce que ça aurait été, souffla-t-il, de partager un dortoir ? Toute cette frustration sexuelle tragiquement non assumée pendant des années et des années dans la même pièce …

Draco écarquilla les yeux.

-Je crois pas qu'on y aurait survécu, dit-il très sérieusement.

-Mais si ! rit Harry. Toi et moi, on a survécu à bien pire que ça !