Chapitre 8 : Draco

Draco sortit tout doucement du sommeil. Il avait bien dormi. On aurait pu croire que pour une personnalité aussi solitaire que lui, partager son lit serait pénible. En fait, pas du tout. Comme un chat, il recherchait instinctivement la source de chaleur. Il avait tendance à se coller à son amant, à squatter son côté du lit. Tout Saint-Potter qu'il était, l'autre homme se laissait docilement faire. Vraiment, c'était trop facile d'exploiter un tel parangon de vertu.

L'absence d'Harry avait dû le réveiller mais il savait qu'il n'était pas loin : il l'entendait préparer le thé dans la cuisine. C'était devenu un rituel entre eux : le premier qui se réveillait leur amenait le thé au lit.

-C'est facile de s'y habituer, lança Draco à l'autre homme quand il entra dans la chambre avec un plateau.

Harry pencha la tête sur le côté avec un air interrogateur :

-À quoi ?

Pour toute réponse, Draco lui désigna son plateau d'un signe de la main. Pour une raison inconnue, cela amusa beaucoup Potter.

-Dans une autre vie, lui dit-il en lui tendant une tasse avant de s'installer à côté de lui et de s'emparer de l'autre, je me serais bien vu comme ton esclave dévoué.

Draco manqua de s'étrangler avec sa gorgée d'Earl Grey.

-Je vois tout à fait le tableau, continua Potter imperturbable : toi, grand noble froid et impénétrable et moi, petit sous-fifre insignifiant, entièrement dévoué à ton bien-être alors que tu ne m'accordes même pas un regard …

Draco le dévisagea, complètement incrédule. Mais où allait-il chercher ça ?!

Harry rit devant l'expression de son amant.

-Ça ne t'arrive pas de te demander ? Quel rôle on aurait eu à jouer si on était né à d'autres époques ?

Draco secoua la tête. Il avait déjà suffisamment à faire avec l'époque actuelle.

-Et ça ne t'aurait vraiment pas plu que je sois ton petit serviteur tout dévoué ? le taquina Potter.

-Et toi ? s'enquit Draco. Monsieur « C'est trop injuste ! », tu crois que ça t'aurait plus ?

-Touché ! sourit Harry. Tu as raison. Tu aurais certainement fini avec une révolte sur les bras.

-Tu aurais remonté la maison entière contre moi ! Vous vous seriez emparé du manoir au cri de :« Vive la révolution du petit peuple ! ».

Harry explosa de rire.

-Je t'imagine très bien en train de protester avec ta perruque toute de travers : « Mais voyons, c'est insensé ! Cela fonctionne ainsi depuis que le monde est monde ! » plaisanta-t-il en imitant un ton pompeux.

Draco le dévisagea très sérieusement.

-C'est ce qu'on te disait ? Quand tu plaidais pour la levée du secret magique ?

Harry eut un sourire triste.

-Entre autres. On me traitait de terroriste aussi.

-Quoi ?!

Harry lui caressa le visage de sa main libre, apparemment ému par son indignation.

-Maintenant, « terroriste » et « pro-moldu » sont presque devenu des synonymes. La Gazette les utilise indifféremment, en tout cas.

Draco écarquilla les yeux.

Ça devait être tellement horrible pour Granger et lui. D'avoir tant sacrifié dans la bataille et de voir finalement toutes leurs victoires renversées, d'être des témoins impuissants de la régression à l'œuvre.

-Tu crois que ça te vient d'où ? Ton côté révolutionnaire ? lui demanda finalement Draco, sincèrement curieux.

Harry parut réfléchir.

-Je me souviens, s'efforçât de l'aider Draco, une fois on discutait de V. et de la première fois où tu l'as affronté je crois.

-Quand j'avais 12 ans, oui.

Seigneur … Draco se rappelait d'Harry à cet âge-là. Il revoyait ses propres souvenirs avec un regard d'adulte. Il avait envie de prendre ce gamin maigrichon sous le bras et de l'emmener loin de la violence du monde. Pourquoi personne n'avait jamais fait ça ?

-Tu disais que tu as su instinctivement qu'il mentait, lui dit-il. J'ai l'impression que tu l'as toujours eu. Cet instinct. Ce qui est bien, ce qui est mal. Ça a l'air évident chez toi.

-Et toi, ça t'est venu comment ? voulut savoir Harry.

Draco se troubla.

-Tu … tu trouves que j'ai un bon instinct ?

-Évidemment.

-Je … euh merci. C'est … c'est important pour moi.

Harry lui sourit doucement.

-Ah oui ?

-J'ai conscience que ce sont en partie mes choix qui m'ont presque tué. Qui m'ont emmené dans une déchéance pire que la mort. Je ne veux jamais revivre ça. Toi, tu n'aurais jamais …

Harry secoua vigoureusement la tête.

-Non, non. Non, dit-il très fermement. Il faut comparer ce qui est comparable, Draco. On part de deux univers fondamentalement différents. Déjà, tu as été un enfant aimé. Forcément, ça brouille les pistes. Je n'imagine même pas le temps que ça peut prendre, de finir par réussir à se dire « Je les aime mais ils ont tort ».

Draco haussa les épaules.

-Je ne sais pas, souffla-t-il. Je ne suis pas sûr que mon père m'aime réellement. Ou alors juste comme une espèce de prolongation de lui-même. D'une version rêvée de lui, en plus. C'est intenable, lâcha-t-il dans un murmure.

Harry lui caressa le visage.

-Je comprends. Ça doit être super lourd à porter.

-Je vais te dire un truc… Un truc que j'ai dit un jour à ma mère dans un moment de colère. Elle n'a jamais pu le digérer. Peut-être que tu vas me regarder différemment après ça. Mais tant pis. J'aurais préféré que mon père meurt. Qu'il soit condamné à la prison à vie. Je ne veux pas le revoir, jamais. Ça me rend malade rien que d'y penser. Son regard sur moi. Son dégoût. Je ne peux plus.

Il jeta un regard furtif à son amant. Ce dernier posa sa tasse et, à la surprise de Draco, vint se blottir contre son torse.

-Je comprends, tu as le droit. Ce n'est pas parce que c'est ton père que tu es obligé de l'aimer. Tu ne dois amour et respect qu'à ceux et celles qui le méritent. Et on s'en fout de qui ils sont.

Draco déglutit brutalement.

-Il y a des parents qui frappent, qui affament, qui tuent, qui violent, poursuivit Harry. Et il faudrait les aimer quand même, juste sous prétexte qu'ils ont contribué à notre venue au monde ? C'est débile. Mon oncle et ma tante m'ont gardé sous leur toit pendant 10 ans et crois-moi, je n'ai pas une once de respect et encore moins d'amour pour eux.

-Ah bon ? souffla Draco. Ils … ils …

-Ils étaient maltraitants, ouais.

Harry haussa les épaules et Draco n'osa pas insister. Encore un nouveau fossé qui apparaissait entre l'image qu'il avait de Potter jadis et la réalité. Harry, dans toute sa complexité d'homme, était un héros et ça, vous ne pourrez jamais en enlever la conviction à Draco. Mais il était aussi plein de colère. De doutes. De chagrins. Et chaque nouvelle nuance de gris que l'ancien Serpentard découvrait chez son Gryffondor préféré ne faisait que d'avantage l'attacher à lui.

-Pourquoi on s'est mis à parler de trucs super sérieux, encore une fois ? lâcha finalement Harry sur le ton de l'ironie.

-C'est toi qui a commencé avec tes histoires de moi grand seigneur et toi faible serviteur.

-Ah oui ! rigola Harry. J'essayais - fort peu subtilement il me semblait - de te suggérer un scénario. Un jeu sexuel, quoi ! précisa-t-il devant l'incompréhension évidente de Draco. C'est gravement tombé à plat.

Draco se sentit virer cramoisi.

-Ah … oh !

-Oui, « oh », souffla Harry en relevant son visage vers Draco.

Il avait toujours la tête posée contre son torse, ce qui faisait que le Serpentard dut baisser la nuque vers lui. Une fois ce mouvement fait, il ne restait plus qu'une dizaine de centimètres avant de pouvoir atteindre les lèvres d'Harry des siennes. Il les franchit sans plus se poser de question.

Ça faisait une dizaine de jours qu'ils avaient aboli toute barrière entre eux et maintenant Draco savait. Il avait acquis cet instinct là aussi. Il savait lire le regard d'Harry, le pli de sa bouche. Il savait exactement quand l'autre était ok pour un baiser ou plus. Honnêtement, les feux étaient globalement toujours au vert donc c'était facile.

Cette fois encore, il ne s'était pas trompé : son geste fut accueilli avec grand enthousiasme. Finalement, Harry se redressa et inversa leurs positions : s'appuyant sur les épaules de Draco, il lui mordilla les lèvres. Puis, de sa langue, il l'incita à ouvrir les lèvres et les dents. Il amena un goût de thé dans sa bouche et un autre goût … Attendez !

Draco s'arracha à la caresse, scandalisé :

-T'as mangé un biscuit à l'orange !

Harry ricana.

-Splendide déduction, Sherlock Holmes !

-Joue pas à ça avec moi, Potter ! Depuis quand tu manges en traitre sans m'en apporter ?!

Harry rit de plus belle.

-Votre altesse va lever son cul de son plumard et aller se chercher elle-même son précieux biscuit ! dit-il en imitant une ridicule révérence.

Draco le fit taire en reprenant leur baiser.

-Finalement, j'ai une meilleure idée pour le goûter, dit-il. Oui, Potter, c'est un sous-entendu sexuel.

Harry eut un petit sourire.

-C'est fou ce que tu apprends vite !

Malgré l'ironie, Draco ne put s'empêcher d'être sensible au compliment.

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Certains jours, la tentation de rester au lit était plus forte que tout et il y avait globalement peu de raisons de la combattre. Mais d'autres jours comme celui-ci, après la sieste, leurs cerveaux leur réclamaient un peu de challenge.

-Tu as un plateau d'échec ici ? s'enquit Harry.

L'idée plut à Draco. Il était sûr qu'il devait bien y avoir un plateau quelque part mais sans savoir où. Il fallut donc explorer. Ils le firent ensemble. Draco était sûr que Potter savait. Qu'au fond, il avait un peu peur de cette maison. Des fantômes derrière les portes et de la poussière d'os sous les tapis. Alors Harry déploya des trésors de jovialité, qu'il avait l'art de tirer de nulle part. Il réussit la prouesse de plaisanter, sans faire remonter les terreurs récentes ou les rancœurs anciennes.

Ils eurent un véritable fou rire lorsqu'ils tombèrent sur le portrait d'un vague ancêtre quasiment inconnu de Draco.

-Oh merde ! s'exclama Harry. Le sosie de Gilderoy !

Draco pencha la tête sur le côté. C'est vrai qu'on pouvait considérer qu'il y avait une ressemblance : même couleur de cheveux, même forme de visage et surtout même air d'auto-suffisance.

-Oh mais mon cher, il faut lire mon dernier essai Surfer avec les Scrouts à pétards, vous y trouverez toutes les réponses sur la vie, l'univers et le reste ! se mit à déclamer Harry d'une voix de fausset. D'ailleurs, j'y ai glissé très subtilement une indication sur le lieu où je range mes sous-vêtements …

Toujours dans son personnage, Harry fit un clin d'œil fort peu subtil à un Draco, hilare.

-Je suis sûr qu'il est gay, reprit Harry avec sa voix normale. Tout ce truc avec ses admiratrices, c'est clairement une couverture.

-Super, grogna Draco. Comme rôle-modèle, on a donc : le vieux-fou qui t'a envoyé au casse-pipe dès l'âge de 12 ans, son cher et tendre fou sanguinaire, l'autre fils de chien de Weasley et un imbécile notoire avec un pois chiche à la place du cerveau …

-Hum, concéda Harry en levant les yeux au ciel. Ça ne donne pas envie.

-Mais toi, tu donnes envie, lui dit très sérieusement Draco.

Harry prit cela pour du badinage :

-Toi aussi, chéri, le taquina-t-il avec un clin d'œil lourdement appuyé.

-Scandaleux ! s'exclama le portrait.

Les deux amants échangèrent un coup d'œil … puis explosèrent de rire et changèrent de pièce au pas de course.

Merde, pensa Draco en regardant Harry mettre timidement une tête dans une pièce et la ressortir aussi vite avec une grimace. Il ne pourrait plus jamais marcher dans le manoir sans penser à lui. Pourrait-il seulement y vivre sans lui ?

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Aujourd'hui allait être un jour morne. Draco l'avait senti dès le réveil. Harry avait mis énormément de temps à émerger et Draco commençait à le savoir : généralement c'était mauvais signe.

Le maître des lieux était allé se débarbouiller et lorsqu'il sortit de la salle d'eau, c'était pour trouver un Harry tout vaseux, attablé à la cuisine devant la théière que Draco y avait laissé à son intention.

Il ne savait pas quoi lui dire. « Ça va ? » aurait été ridicule : à l'évidence, non, ça n'allait pas. « Où tu as mal ? » lui paraissait une entrée en matière un peu trop frontale. Alors comme souvent, il choisit la voie du silence : il ne dit rien, approcha une chaise de celle d'Harry, s'assit et lui passa doucement une main dans le dos. Un léger sourire éclaira le visage embrouillé de l'autre homme et c'était déjà ça de gagné. Finalement, Harry posa sa tête contre l'épaule de Draco qui bloqua un instant sa respiration avant de se rendre compte que c'était ridicule.

-J'me sens pas bien, souffla finalement Harry.

-Je sais, lui murmura Draco en lui caressa les cheveux. Tu veux une infusion de mûres ?

Harry en avait trouvé par milliers dans des buissons au milieu des bois, lors de ses séances de cueillette de champignons. Il les avait ramenées dans l'intention d'en faire des tartes mais Draco avait reconnu les petits fruits pour leurs propriétés : lutte contre les maux de tête, de gorge et de ventre ou comment faire d'une pierre trois coups. En plus, Harry aimait bien le petit goût sucré de l'infusion.

Draco se leva pour se rendre dans le garde-manger attenant à la cuisine. Harry y avait entreposé ses récoltes sur lesquelles il avait jeté un sort de stase bien pratique. Il était plus que clair que la présence de l'autre homme sous ce toit avait révolutionné la façon dont on s'y alimentait. Draco n'y avait jamais prêté attention jusqu'alors. Avant l'arrivée d'Harry, il estimait que quand on avait faim, il fallait manger, qu'importe quoi, pourvu que ce soit comestible. Et puis Harry avait débarqué, exigé qu'on aille à la « supérette », avait parlé de l'importance des produits bio (Draco n'était toujours pas sûr d'avoir saisi la subtilité), du fait qu'il fallait manger frais et varié. Au début, Draco l'avait considéré avec scepticisme. Mais Harry s'était mis au fourneau et l'ancien Serpentard n'avait pu que constater qu'il avait raison. Déjà, manger était redevenu un plaisir. Il avait oublié que c'était possible. Et petit à petit, il avait remarqué qu'il dormait mieux. Qu'il n'avait plus faim ou mal au ventre à des moments incongrus. Qu'il avait plus d'énergie que jamais. Et quelque part, c'était frustrant, d'être là à péter la forme alors que malgré tous ses efforts à lui, Harry allait toujours mal.

Il balança une douzaine de mûres dans une casserole, les recouvrit d'eau et mit le tout à bouillir sur la gazinière.

Harry était toujours assis devant la table.

-Tu veux retourner te recoucher ? s'enquit Draco.

L'autre homme secoua la tête. Quand il avait une nausée persistante, rester allongé lui était particulièrement pénible. Au vu de son teint verdâtre, ça devait être le cas aujourd'hui.

-Fauteuil alors ? proposa le maître de maison.

Harry hocha la tête.

-Tu m'appelles quand ça se met à bouillir ? Je vais faire une flambée dans le salon.

Ça aussi, c'était une chose qu'il avait apprise : le froid empirait les choses. Le corps déjà affaibli d'Harry n'avait pas l'énergie suffisante pour lutter contre une température de 12 degrés de moins que la température corporelle normale d'un humain. Ça l'épuisait. Draco ne lésinait plus sur le bois maintenant. Il se disait qu'au pire, ils pourraient demander à Granger de leur faire livrer du bois déjà coupé. Harry lui avait dit que ça se faisait. Si un jour on lui avait dit qu'il accepterait de laisser sa survie reposer sur le bon vouloir de cette bêcheuse …

Mais Harry vouait une confiance sans borne à cette fille. Plus qu'une sœur pour lui, elle était son alter-égo, lui avait-il confié un jour lors d'une conversation sur l'oreiller. « Deux cavales et deux champs de bataille ensemble, elle et moi. On est comme les deux faces d'une même pièce ». Il avait dit cela sans aucune vanité, simplement sur le ton de l'évidence. Draco l'avait jalousé, un peu. Lui aussi aurait aimé développer ce genre de relations avec quelqu'un. D'avoir une épaule sur laquelle se reposer. Et alors que cette pensée lui traversait l'esprit, Harry lui avait souri et l'évidence avait atteint Draco. Ah.

Il tisonna avec vigueur les buches pour que le feu prenne bien. Il venait de poser son tison contre le mur près de la cheminée lorsqu'il entendit la voix morne d'Harry l'appeler depuis la cuisine.

En effet, l'eau bouillait. Il s'empressa d'éteindre le feu et de verser le liquide coloré ainsi obtenu dans une bouilloire propre, en retenant les fruits désormais racornis et décolorés avec une cuillère. Il posa la nouvelle théière brulante sur la table, à côté de l'ancienne déjà refroidie. Puis il se tourna vers Harry et lui tendit le bras :

-Venez, cher ami.

Il avait pris un ton pompeux pour l'amuser. À nouveau, un petit sourire ourla les lèvres pâles de l'ancien Gryffondor.

-Lord Malfoy, dit-il en se mettant péniblement debout.

-Oui, lord Potter ?

Le susnommé ricana doucement.

-Vous êtes honnêtement le plus bel homme que je connaisse.

C'était pour rire, bien sûr. Mais cela filait toujours un coup au cœur à Draco. Il n'en montra rien, préférant entrer dans son jeu :

-Vous oubliez le lord Goyle, mon cher ami.

Un gloussement s'échappa des lèvres d'Harry.

-Sans compter le lord MacMillan, renchérit-il.

Les yeux vides de Draco durent le trahir, Harry se fit un devoir de lui rafraîchir la mémoire :

-Mais si ! Un Poufsouffle de notre année.

-Peuh ! fut la seule réaction de Draco.

Un Poufsouffle, non mais vraiment !

-Y en a des biens, lui dit Harry alors Draco s'assurait qu'il était bien installé dans son fauteuil et lui apportait une couverture.

-Ah ouais ? le taquina Draco. Vas-y, trouve m'en un seul dont je me souvienne seulement !

-C'est de la triche, tu vas faire semblant de ne pas te souvenir ! Quand tu sors ton masque à la Malfoy, je n'arrive jamais à savoir ce qui se trame vraiment là-dedans !

Ah oui ? Intéressant. Draco avait toujours peur que ses émotions soient un livre ouvert. En fait, si on en croyait Harry, c'était plutôt l'inverse.

-Promis, promis, dit-il en levant les mains paumes à la verticale, je joue franc jeu.

-Mouais. Bon, ok. Facile : Cédric Diggory.

-Il était à Poufsouffle lui ?

-Oh arrête un peu, Draco ! Tu étais le président de son fan club !

Draco se troubla. Il prit le prétexte d'aller chercher la théière de mûres pour se soustraire un instant au regard d'Harry. Ça lui était souvent pénible quand ils parlaient ensemble de leurs souvenirs de Poudlard.

Néanmoins, il décida de ne pas éluder. Ça aussi, c'était quelque chose qu'il avait appris d'Harry. Son amant fonçait toujours dans le tas, que ce soit au milieu d'une bataille ou d'une conversation de salon. Parce qu'il était téméraire mais aussi parce qu'il ne supportait pas les problèmes en suspens et les questions sans réponse. Draco avait une personnalité beaucoup plus fuyante … Mais il se soignait.

-C'est faux, dit-il en mettant une tasse bien chaude dans les mains d'Harry qui le dévisagea avec étonnement. Je n'étais PAS DU TOUT président du fan club de Diggory. En vrai, ses petits copains de Poufsouffle n'avaient pas très envie de nous y accueillir. Ils avaient très bien compris qu'on était là contre toi et non pas pour Diggory.

Harry haussa un sourcil ironique.

-Mais tu as été incroyable, lui souffla Draco sans le regarder.

-Comment ça ?

-Lors de la première tâche. Tu as été … je ne sais pas, j'ai pas les mots. Je me souviens que j'étais sidéré.

Harry lui sourit doucement. Encore une fois, Draco mesura les multiples facettes de cet homme : c'était la même personne qui avait volé comme un Dieu pour piquer un œuf à une dragonne de dix mètres de haut et qui se tenait là, tout tassé sous son plaid à souffler sur son infusion.

-Faut croire que je suis doué pour mater du dragon, lâcha-t-il avec un petit sourire.

Draco en resta bouche-bée.