Chapitre 10 : Draco

Le truc auquel Draco avait le plus de mal à s'habituer depuis dix jours, ce n'était étonnamment pas le corps inerte de son amant dans un lit d'hôpital ou même l'accent yankee de son nouvel entourage. Non, c'était la chaleur. Il faisait chaud partout : à l'hôpital tout comme dans l'immense maison où Hermione habitait et où elle lui avait donné une chambre.

À se demander si ces cinglés d'Américains ne chauffaient pas aussi leurs rues !

Dès qu'il arrivait à l'hôpital, Draco attrapait des suées. Un ami d'Hermione lui avait donné tout un carton de fringues plus moches les unes que les autres : des sweats à capuches, des jeans et de foutus caleçons … Franchement ! Draco ne savait pas ce qui était pire. Les jeans le serraient de partout. Les sweats en matière synthétique s'harmonisaient particulièrement mal avec les coups de chauds qu'il prenait sans arrêt. Mais il ne pouvait décemment pas se balader éternellement dans les vieilles fringues qu'il portait quand Potter et lui avaient fui …

Bien sûr, il y avait plus grave qu'un chauffage trop élevé et des pulls inconfortables. Mais confronté à l'angoisse et à l'attente interminable, le cerveau de Draco avait cette tendance à s'arrêter sur des détails qu'il exacerbait pour les faire passer du stade d' « ennuyeux » à celui de « contrariants » voire carrément à « bonnes raisons de se foutre en rogne ».

De son côté, Granger se voulait confiante. Harry n'avait pas exagéré : le culte qu'elle vouait aux sorciers américains était sans limite. Le matin de l'attaque, Harry avait reçu une lettre d'elle et sa lecture avait eu l'air de le contrarier. Draco n'avait pas osé demander à la Gryffondor ce qu'elle avait bien pu y écrire. Mais ce n'était certainement pas de mauvaises nouvelles de son intégration américaine : elle se débrouillait fort bien, à en juger par le nombre de relations qu'elle avait réussi à tisser dans ce pays.

Dix jours plus tôt, Draco était sorti d'une cheminée qui s'avérera celle du bureau de Granger. Il tenait dans ses bras le corps inerte d'Harry. Draco était convaincu qu'il était mort. L'ancien Serpentard était dans un grand état de choc. Granger les avait immédiatement emmenés à hôpital où Harry était actuellement soigné.

C'était éprouvant ce qu'ils avaient fait. Le réseau de cheminettes n'est pas fait pour voyager d'un pays à un autre et encore moins pour traverser l'océan. Ça leur avait pris presque une heure à être ballotés dans tous les sens et à se prendre des shots de magie de malade dans la tronche. Assez rapidement, Potter s'était évanoui. Draco avait alors fait la première chose à laquelle il avait pensé : lui lancer un Protego. D'après les guérisseurs du Grand New York Hospital - ici on les appelait des « medics » - c'était uniquement grâce à ce réflexe qu'Harry était encore en vie.

On avait demandé à Draco de maintenir le sort jusqu'à ce que l'état de Potter soit stabilisé. Il se souviendrait longtemps de la douceur avec laquelle l'un des medics qui s'affairaient autour d'eux lui avait finalement dit :

-Vous pouvez lever le sort.

Épuisé, terrorisé et terrifié à l'idée de mal faire, d'avoir mal compris, Draco l'avait dévisagé les yeux écarquillés.

Le medic avait alors délicatement posé la main sur le bras de Draco, raidi par l'effort déployé pour maintenir le sort.

-Vous avez fait tout ce qu'il fallait. Vous lui avez sauvé la vie. Vous pouvez lever le bouclier maintenant, d'accord ? On va bien s'occuper de lui.

Draco s'était donc exécuté.

Granger n'était pas loin et lorsqu'elle s'était approchée, Draco s'était attendu à ce qu'elle lui colle une beigne, lui hurle dessus et l'accuse de meurtre et de mangemoritude. Au lieu de cela, elle l'avait serré dans ses bras en pleurnichant :

-Merci ! Merci Draco ! Mon dieu, tu as dû avoir si peur !

Les medics les avaient gentiment fichus hors de la pièce en leur demandant de les laisser travailler maintenant. Hermione avait donc entraîné Draco jusqu'à une sorte de salon d'attente à la déco la plus laide qu'il ait jamais vu. Elle lui avait offert un café. Puis lui avait expliqué que dès son arrivée ici, elle avait mis en place la liaison de cheminettes qui venait à la fois de leur sauver la vie et de manquer de les tuer, sans même en parler à Harry. « Juste au cas où. ». Elle n'avait pas la moindre idée de comment les Restaurateurs avaient pu connaître la planque d'Harry mais elle comptait bien le découvrir.

Finalement, un medic était venu les voir pour leur expliquer qu'Harry avait été plongé dans un sommeil artificiel le temps de permettre à son corps de se régénérer. Il avait promis que « Ça irait ». Pour avoir tenu contre lui pendant des dizaines d'interminables minutes un corps si raide qu'il lui avait semblé mort, Draco ne pouvait s'empêcher d'être sceptique.

À sa grande surprise, le medic s'était approché de lui avec un « À nous maintenant ! ». Et avant que Draco n'ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il était entraîné dans une salle d'examen pour un check-up complet. Apparemment il était en bonne forme mais on avait quand même décidé de le garder en observation pour la nuit.

-Tout ira bien, lui avait promis Granger. Je viens te chercher demain pour le petit-déjeuner !

Elle avait tenu parole et s'était pointée en compagnie du propriétaire des sweats à capuches. Elle lui avait présenté Draco comme « l'ami d'Harry ». Son petit air entendu avait immédiatement fait comprendre à Draco qu'elle savait. Pour Potter et lui. Bon sang, même par courrier ce maudit Gryffondor était incapable de tenir sa langue … Mais l'américain avait chaleureusement serré la main de Draco en affirmant combien il était ravi de faire sa connaissance.

Alors que … on venait de lui dire à demi-mots que Draco était un inverti.

Il avait alors entendu la voix d'Harry, comme s'il était présent avec eux dans la pièce, dire « Il n'y a rien de mal à ça. Il n'y a rien qui ne va pas chez toi, d'accord ? Tu aimes les mecs, les plantes et le temps sec. La belle affaire. C'est une histoire de goûts, ça ne regarde que toi ». Il se souvenait des mots exacts.

Ils lui tournaient encore en tête tandis qu'Hermione l'avait amené en transplanage d'escorte jusqu'à sa gigantesque cuisine. Ils y avaient pris un petit-déjeuner en compagnie de l'amerloque avant que celui-ci ne refile ses horribles fripes à Draco.

Ils n'ont aucun problème avec ça, avait brusquement réalisé Draco, hébété. Jusqu'alors, il n'avait écouté les mots rassurants de Potter que d'une vague oreille, persuadé qu'ils n'étaient que le reflet de son idéalisme.

Puis Hermione et lui étaient retournés à l'hôpital et Draco avait enfin pu revoir Harry, après l'avoir abandonné à son corps défendant la veille. Il était installé dans une grande chambre d'hôpital lumineuse. On leur avait dit qu'ils pouvaient rester là autant qu'ils voulaient.

Draco était resté debout comme un idiot à un mètre du lit, ne pouvant détacher son regard de l'autre homme. Il était moins pâle, moins exsangue que la veille. Mais Draco n'en demandait même pas tant. Potter était vivant. Il avait été pris d'une profonde envie de pleurer. Comme cela ne lui était pas arrivé depuis bien longtemps.

Pour lui laisser de l'air, la meilleure amie d'Harry s'était dirigée vers le fond de la pièce où se trouvaient une table et une chaise et s'était mise à écrire une note qu'elle avait ensuite confié au conduit de cheminée. Décidément, on pouvait en faire des trucs dans ce pays avec les cheminées…

Durant l'après-midi, plusieurs autres amerloques avaient défilé dans la chambre d'Harry. Et Granger avait répété son manège pour leur présenter Draco. Ces gens lui avaient souri en lui adressant des vœux de prompt rétablissement pour Harry. Comme si c'était sa tendre épouse, quoi ! Hébété, Draco n'avait absolument pas su quoi répondre. Alors il avait hoché la tête et n'avait rien dit.

Le soir, ils étaient retournés dans le palace de Granger. Elle leur avait fait du thé et avait suggéré à Draco « d'essayer un sort ». Totalement incrédule, ce dernier avait saisi sa baguette et brusquement, il avait eu l'impression d'entendre à nouveau la question débile de Potter, ce jour où ils étaient allés au ravitaillement, juste avant de se sauter dessus, et où Draco était d'une humeur de dogue : « Quel sera le premier sort que tu lanceras ? ». Draco avait réalisé qu'il n'en savait toujours fichtre rien. Et qu'il avait de nouveau envie de pleurer par-dessus le marché. Formidable.

Granger s'était levé et avait posé sa main sur la sienne, le faisant sursauter.

-Il ira bien, lui avait-elle dit. Il faut avoir confiance.

Bon sang, s'était dit Draco, elle pratique la legimencie maintenant et personne n'a songé à me prévenir ?

Il avait caressé un instant l'idée de se lancer Occlumens. Mais cela aurait été mesquin. Oui, il n'avait pas envie de son premier sort soit mesquin.

Regardant autour de lui dans le salon de Granger, ses yeux étaient tombés sur un tourne-disque flambant neuf. Draco avait alors agité sa baguette en un mouvement circulaire en lançant « Revolverus ! ». Un sort de l'invention d'Hermione elle-même, il le savait.

Et docilement, le tourne disque s'était mis à fonctionner, diffusant un air de guitare puis une voix que Draco avait l'impression de connaître mais une chanson qui lui était jusqu'alors inconnue :

Remember

Now

Be here now

The past was …

Be here now

La meilleure amie d'Harry lui avait lancé un grand sourire chaleureux. Visiblement pas étonnée le moins du monde qu'il sache ce qu'était un tourne-disque et connaisse la méthode qu'elle avait elle-même inventé pour s'en servir.

-Ma peine n'a pas lieu ici, avait soufflé Draco.

Elle avait hoché la tête.

-La justice sorcière est nationale, avait-elle expliqué, mettant des mots sur ce que Draco avait pressenti. Ta magie n'est plus bridée ici.

Il aurait dû être euphorique, transplaner quelque part très loin et disparaître pour toujours. Au lieu de ça, il était resté exactement là où il était. Il n'avait rien fait d'autre de ses journées que de rendre visite à Potter et s'inquiéter pour Potter. À tel point que le 4e jour, il avait oublié sa baguette dans sa chambre à coucher, tel un foutu Pouffsouffle de première année.

Dans les faits, il n'en avait pas besoin. Hermione l'emmenait avec elle à l'hôpital en transplanage d'escorte et ils attendaient, attendaient, attendaient. Elle, calme et sereine, plongée dans un journal ou un livre et lui, accroché à la main d'Harry (de toute façon, au point où il en était …) ou tournant en rond comme un lion en cage.

Régulièrement, Hermione disparaissait une heure, deux heures ou des demi-journées complètes, au grès des gens qui venaient la saluer depuis la vitre de la porte de la chambre d'hôpital.

Le dixième jour, elle revint d'un de ses rendez-vous l'air particulièrement excitée. Elle tenait deux canettes de soda, elle en offrit une à Draco et lui proposa de trinquer avec elle.

-Euh… en quel honneur ? grogna-t-il.

Elle coula un regard vers l'endormi.

-Je voudrais qu'il soit en mesure d'entendre ça !

Elle était euphorique en fait, réalisa Draco.

-Mais on lui racontera ! décida la jeune femme. Le MACUSA vient d'élire sa nouvelle cheffe : Vivian Louis, une pro-divulgation revendiquée. L'une des premières mesures de son programme est de mettre en place un plan de cessation du secret, main dans la main avec les autorités moldues du pays.

Draco avait eu le temps de se faire à l'idée : pour tromper l'attente, il avait lu plusieurs canards américains qu'Hermione avait laissé traîner dans la chambre, probablement à son intention. Elle lisait évidemment des journaux dont l'idéologie était proche de la sienne mais ils avaient néanmoins donné à Draco une idée assez objective de la situation politique du pays dans lequel il séjournait. Pro-divulgations et pro-secrets se menaient depuis des mois une lutte acharnée à l'occasion d'une campagne électorale menée à l'Américaine : discours flamboyants, meetings réunissant des dizaines de milliers de sorciers et incessantes piques assassines par médias interposés.

-Di Fiore a reconnu sa défaite ? s'enquit Draco en acceptant de trinquer avec Granger à même la canette.

Leonard Di Fiore était le principal opposant de Vivian Louis. Un conservateur, fervent partisan du secret, rigide et droit comme la justice. Sur les photos que Draco avait vu dans les journaux, la dureté du regard de cet homme lui avait un peu rappelé celle de son propre père.

Hermione lui jeta un regard appréciateur.

-Oui. Et puis il a annoncé son retrait de la vie publique.

-Eh beh !

-Ce n'est pas tout, dit-elle avec l'air du chat qui a mangé une souris. Vivian va annoncer la composition de son gouvernement dans la soirée. Tu as devant toi la nouvelle ministre des Affaires étrangères !

Draco en resta bouche-bée.

-Oui, je sais ce que tu te dis. Mais non, il ne faut pas avoir la nationalité américaine, disposer de pouvoirs magiques suffit. Et quant aux accusations de meurtres aggravés qui pèsent sur Harry et moi, la communauté sorcière internationale s'est déjà prononcée en les qualifiant de « poursuites menées sans une once de preuves laissant soupçonner de graves persécutions politiques ». Dès qu'Harry ira mieux, on révèlera l'attaque que vous avez subi tous les deux et je vais travailler activement à ce que la communauté internationale sorcière retire tout soutien aux Restaurateurs. On va les avoir, Draco !

Elle lui sourit de toutes ses dents.

La stupéfaction de Draco était teintée d'admiration : être allé si loin en à peine deux mois, c'était l'expression d'un véritable génie politique. Il savait déjà que cette fille était une acharnée du travail mais il ignorait qu'elle était aussi fine stratège. Mais surtout, il fallait bien avouer qu'il était tout simplement sidéré qu'elle l'inclût LUI dans son triomphe : « On va les avoir ». Comme s'ils s'étaient battus ensemble depuis des années, comme s'ils étaient amis. Comme si Draco ne l'avait pas à de multiples reprises traitée de « Sang de Bourbe », comme si elle ne lui avait pas un jour collé son poing dans la figure quand ils avaient 13 ans. Comme si elle n'avait pas menacé de le tuer s'il arrivait quoi que ce soit à Potter alors que Draco l'avait ramené … dans l'état où il était actuellement.

Mais Hermione se contenta de lui sourire, comme si elle lisait à nouveau son trouble et le rassura d'un simple :

-Il ira bien.

Encore une fois bien sûr, elle eut raison. Plus tard, Draco repenserait à ce qu'Harry lui avait dit, sur son impression que la jeune femme avait toujours au moins trois coups d'avance sur tout le monde.

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Dans les fantasmagories de Draco, lorsqu'Harry ouvrirait les yeux, il serait là, prêt à lui balancer une vanne sur sa tendance à l'excès de sommeil.

Mais c'était négliger son talent pour ne jamais faire ce qu'on attendait de lui. Il ouvrit donc les yeux au beau milieu de la nuit du 11e jour, vers 4h du matin, alors que Draco était au fond de son lit.

L'information mit du temps à leur parvenir. Hermione et lui débarquèrent donc en fanfare dans la zone de transplanage de l'hôpital alors que la matinée était déjà avancée.

Lorsqu'ils se pointèrent dans la chambre d'Harry, la medic qui s'occupait de son cas était avec lui.

-Oh Ms Granger et Mr Malfoy ! s'exclama-t-elle d'un ton joyeux en leur faisant signe d'entrer alors qu'Hermione s'était arrêté la main sur la poignée, indécise. Je pense que c'est bien que vous assistiez à cette discussion. Mais je vois laisse d'abord deux minutes à vos retrouvailles !

Hermione s'était en effet jetée sur Harry pour le serrer dans une étreinte à l'en étouffer. Il l'enlaça, lui frotta gentiment le dos, répondit plusieurs fois « oui » aux questions qu'elle lui posait, tout en s'arrangeant pour attraper le regard de Draco et lui faire un clin d'œil.

Le cœur au bord des lèvres, Draco s'approcha de cet homme qu'il avait tant veillé, de ce corps qu'il connaissait par cœur et qui hébergeait un esprit qui s'accordait si étonnement bien avec le sien.

Hermione se redressa et s'écarta en s'essuyant les yeux - autant pour sa belle confiance en elle. Draco s'avança, soudain intimidé. Que fallait-il faire ? Il lui avait fait un clin d'œil donc il se souvenait de … d'eux. Mais est-ce que …

Harry interrompit tout net ses hésitations en lui tendant les bras. Ce n'était apparemment pas un appel auquel Draco pouvait résister, même devant témoins, alors il plongea.

-Mon amour, tu vas bien ? lui chuchota Harry à l'oreille.

Draco hocha la tête, trop ému et à la fois trop incrédule pour être capable de sortir le moindre mot. Puis il se redressa et éprouva le besoin de toucher sa marque pour se convaincre qu'il ne rêvait pas, ce qui fit sourire Harry. Il n'avait pas du tout la tête de quelqu'un qu'on a dû placer dix jours dans un état de sommeil magique. Ses joues étaient roses, ses cheveux en bataille et ses lunettes légèrement de travers. On aurait pu croire qu'il venait de se réveiller d'un petit somme au pied de la cheminée.

Draco finit par s'écarter et la medic décida que le temps des effusions était fini parce qu'elle se planta devant le lit. Harry eut visiblement du mal à détacher ses yeux de Draco pour les reporter sur elle.

-Comment je vous disais, reprit-elle, Mr Malfoy ici présent a sauvé votre vie en vous lançant ce Protego. Je ne doute pas que cette fuite par cheminettes était la seule option qui s'offrait à vous dans une situation de danger absolu … Elle tourna un instant la tête pour regarder Hermione. Mais un tel déferlement anormal de magie, c'était bien plus que ce que votre corps était capable de supporter.

Harry hocha la tête.

-Je sais, dit-il. On s'est mis d'accord. Il regarda sa meilleure amie à son tour. Je préférais mourir libre qu'entre les mains de ces gens. Croyez-moi, ils ne me voulaient aucun bien…

-Je vous crois sans peine. Je crois même qu'à part deux notables exceptions - elle regarda tour à tour Draco puis Hermione - pas grand monde ne vous voulait du bien en Grande-Bretagne. Du moins, j'ai honte pour mes homologues guérisseurs britanniques. Mr Malfoy ici présent m'a décrit ce qu'il avait mis en place avant votre arrivée ici pour tenter de soulager vos maux et j'ai demandé à ce qu'on poursuive la plupart de ses traitements. Ceci dit, il m'a très justement fait remarquer que faute de comprendre ce qui vous arrivait, il n'avait pu agir que sur les symptômes et non sur la cause.

Harry tourna la tête pour regarder Draco et lui sourit.

C'était si étrange, songea l'objet de cette attention. Il était exactement le même lorsqu'ils étaient en présence d'autrui que lorsqu'ils étaient seuls. Bien sûr, il avait entendu les mots de Harry sur sa volonté d'assumer totalement son homosexualité. C'était déjà dingue aux yeux de Draco mais il y avait encore un monde entre ça et assumer par-dessus le marché qu'il couchait avec un ancien Mangemort. On aurait pu rétorquer que ces histoires de Mangemorts avaient moins de gravité aux yeux des américains. Mais Draco était absolument convaincu que Potter se serait comporté exactement pareil devant une guérisseuse britannique. Cet homme ne cesserait jamais de le surprendre.

-Mr Potter, dit très solennellement la medic, j'ai mis mes meilleurs équipiers sur le coup et je pense que nous avons compris. Ms Granger et vous avez en partie raison dans vos suppositions. Nous pensons effectivement que l'Avada Kedavra que vous avez reçu i ans est responsable de votre état actuel. Mais nous pensons aussi que Mr Malfoy a raison : un sortilège n'a pas de conscience et ne peut continuer à agir si longtemps après avoir été lancé, surtout s'il n'est pas conçu ainsi. A fortiori quand son auteur n'est plus de ce monde.

Draco buvait du petit lait.

-En fait, selon nous, Mr Potter, le problème c'est votre magie. Chez nous tous, qui sommes nés sorciers et sorcières, la magie est intrinsèquement liée au fonctionnement de notre corps. Lorsque la magie disparait en nous, nous mourrons. C'est le principe même de l'Avada : il supprime instantanément toute magie en sa victime, provoquant sa mort immédiate. Nous pensons que votre magie a été irrémédiablement altérée par ce sort que vous avez reçu et que le symptôme principal du mal qui vous ronge est la diminution de vos capacités magiques et non vos troubles physiques. C'est parce que vous perdez votre magie que votre corps se détériore, et non l'inverse.

Suspendu aux lèvres de la medic américaine, le visage plus sérieux que Draco ne l'avait jamais vu, Harry ressemblait à un prisonnier attendant sa condamnation à mort. Mais Draco, lui, pressentait déjà ce qui allait suivre. Tout à coup, il se sentit léger, merveilleusement léger !

-La bonne nouvelle, Mr Potter, si nous avons raison - et j'en suis sûre à au moins 95% - c'est que ça se soigne ! Il existe une multitude de traitements pour restaurer la magie et nous avons déjà commencé à vous en administrer. Je vous le dis en vous regardant droit dans les yeux : Harry, vous n'allez pas mourir. Du moins pas tout de suite et sûrement pas sous ma responsabilité !

La stupéfaction s'imprima sur le visage du jeune homme. Et immédiatement après, il explosa en larmes.

Hermione se précipita vers lui. Elle pleurait, elle aussi. Et Draco également s'aperçût-il en se touchant les joues qu'il fut surpris de trouver humides.

-Je ne suis pas en train de vous dire que nous allons vous guérir définitivement, reprit leur sauveuse en leur souriant, l'air émue. Vous resterez sous traitement toute votre vie. Mais vous aurez une vie normale à part ça. Une vie que j'espère longue et bien remplie !

Le moment aurait été parfait pour un « Tu vois Potter, je te l'avais dit ! » mais Draco était trop ému pour jubiler.

.

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Hermione dut partir vaquer à ses occupations de premier jour en tant que ministre des Affaires étrangères. « Hein ? Quoi ?! Tu déconnes ?! » s'était exclamé Harry quand elle lui avait annoncé son triomphe.

Les deux amants se retrouvèrent donc seuls.

Harry avait l'air plus en forme que Draco ne l'avait jamais vu. Il se leva facilement de son lit, fit quelques pas dans la pièce et puis finalement, vint enlacer Draco qui le regardait depuis l'autre bout de la pièce, une fesse posée sur la table qui traînait toujours là.

-Il semble que la solution se trouvait donc chez le fameux oncle Sam, lui dit-il.

-C'est énervant, non ?

-Carrément. Mais depuis le temps, je devrais savoir qu'Hermione a toujours raison … soupira Potter.

Draco le fusilla du regard.

-Et toi aussi, mon vieux, toi aussi ! le cajola Harry.

Et il l'entraîna dans un profond baiser.

-N'empêche, je suis vraiment désolé pour le manoir, reprit le brun quelques minutes plus tard, après qu'ils aient retrouvé une contenance. Une chambre d'hôpital ouverte à tous les vents se prêtait très mal à certains genres de retrouvailles …

-Pourquoi ? s'étonna Draco.

-Euh … ils ont dû le démonter pierre par pierre. Et ta serre, ah la la …

Il se mordillait la lèvre, l'air profondément angoissé et Draco ne put faire autrement que de le serrer dans ses bras.

-Harry, lui chuchota-t-il a l'oreille.

Il ne put rien lui dire de plus, l'émotion bloquait les mots dans sa gorge. Ceux que son cerveau parvenait à former lui paraissaient niais et idiots, pas à la hauteur.

Mais Harry parut comprendre. Il lui sourit doucement et lui prit la main. Ils finirent tous les deux assis sur le lit et Draco repensa soudain à quelque chose :

-Tu avais remarqué qu'il y en avait une autre ? De serre, je veux dire.

-Oui bien sûr, répondit Harry en le regardant avec étonnement. Mais tu ne t'en servais pas, non ?

-En fait, c'était une roseraie, lui expliqua Draco. Elle était à ma mère, mon père l'avait faite spécialement bâtir pour elle en cadeau de mariage. C'était son joyau. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je la revois au milieu de ses roses.

Harry l'écoutait, silencieux et attentif comme un élève sage et Draco pensa soudain à une chanson qui ressemblait à quelque chose comme :

Maybe I'm amazed the way I love you all the time

Maybe I'm a lonely man who was in the middle of something

That he couldn't really undersand

Amazed. Stupéfait ouais, songea Draco. Il repensa aussi à cette crainte du froid qu'il avait pressenti dès le premier jour si jamais Potter venait à disparaître du paysage.

Peut-être que c'était ça qui l'avait tellement énervé ici ces dix derniers jours, songea-t-il. La chaleur artificielle qui entrait en conflit avec la glace en lui. Depuis qu'il avait vu Harry avec les yeux ouverts, il ne ressentait plus aucun inconfort thermique. Il l'enlaça et lui embrassa le sommet du crâne.

-Ils ont dû la détruire aussi … souffla Harry en blottissant sa tête contre l'épaule de Draco. La roseraie de ta mère. Je suis vraiment désolé, Draco !

-Non, l'interrompit ce dernier. Attends, laisse-moi finir. Je n'y mettais jamais les pieds parce que ma tante Bellatrix y a mis le feu il y 9 ans. Il n'en restait que des cendres. Je ne supportais pas de voir ça. Tout comme je ne supportais pas d'aller aux sous-sols du manoir, ni dans la grande salle à manger où…

Un profond frisson d'effroi l'interrompit.

-Ce que j'essaie de te dire, c'est que je m'en fous. Mais putain, Harry, si tu savais ce que je m'en fous du manoir ! Cette bicoque, c'était une horreur ambulante ! Tout ce qui compte … Il le dévisagea et leurs regards s'attrapèrent et se gardèrent. Longtemps.

-Et je suis tellement … reprit finalement Draco en s'en voulant de son discours haché et s'efforçant de faire un effort. Tellement heureux, lâcha-t-il. Que tu ailles bien. Et de savoir que … bon sang, que tu IRAS bien !

Harry lui adressa un sourire rayonnant. Comme s'il avait oublié l'espace d'un instant et qu'il redécouvrait la bonne nouvelle.

-Je n'en reviens toujours pas, lui avoua-t-il.

-Je t'avais dit qu'il y avait une solution !

Harry éclata de rire.

-Tu avais raison, mon amour.

Draco sentit qu'il rougissait jusqu'à la pointe de ses oreilles et fixa ses pieds.

-Ça te gêne ? demanda Harry d'une voix très douce.

-Non, souffla Draco avec le filet de voix qu'il réussit à faire sortir. Non pas du tout, reprit-il avec plus d'assurance en relevant la tête pour le regarder. En fait, c'est juste que ça m'émeut plus que je ne saurais le dire.

Harry le prit dans ses bras et le serra contre lui.

-Franchement, c'est de l'ordre du miracle, non ? souffla-t-il contre les cheveux de Draco. Nous deux, je veux dire. Qu'on ait survécu, qu'on soit libres et qu'on se soit trouvé par-dessus le marché !

« Maybe I'm amazed » pensa Draco.

-Je crois … souffla-t-il, que c'est l'inverse en fait. C'est parce qu'on s'est trouvé qu'on a survécu et qu'on est libres désormais.