Chapitre 11 : Harry
-Pas un seul sort, d'aucune sorte, on est bien d'accord, Harry ?!
C'était à cette condition que Harry put sortir de l'hôpital trois jours après son réveil. Il ne devait cette bonne fortune qu'à l'imminence de Noël que sa medic rechignait à le laisser passer dans sa chambre d'hôpital.
Elle ignorait que pour Harry cette chambre était le plus beau des palaces. Il s'était bien gardé de lui dire. L'appel du dehors restait immense. Donc il avait tout promis, amusé par la familiarité de cette guérisseuse à l'américaine qui l'appelait par son prénom et scellait des accords d'un check de la main.
On était le 23 décembre. Harry avait interdiction formelle de transplaner ou d'utiliser la cheminette mais ce n'était visiblement pas un problème quand votre meilleure amie était ministre des Affaires étrangères.
Une luxueuse berline dont le chauffeur était coiffé d'une casquette à l'effigie du grand « M » du MACUSA les attendait à la sortie de l'hôpital.
Harry glissa sa main dans celle de Draco qui n'était jamais monté dans une voiture et devint vert dès le premier virage. Hermione était montée à l'avant et papotait joyeusement avec le chauffeur qui lui déballa complaisamment sa vie : il avait deux enfants, son épouse travaillait aussi pour le MACUSA, elle était animatrice radio, pour les fêtes toute la petite famille devait se rendre dans la famille de Madame, au Salvador. Ils partaient demain.
Fasciné, Harry écoutait ce dialogue d'une oreille, tout en observant les rues new-yorkaises éclairées de mille feux par des décorations de Noël et des feux de signalisation. Il y avait des gens partout : ils faisaient la queue par centaine aux passages piétons, remontaient les trottoirs à pas pressés. Certains portaient des bonnets de père Noël et la plupart étaient chargés de divers paquets.
Finalement, la voiture tourna plusieurs fois jusqu'à parvenir dans un quartier à l'aspect aussi cossu que résidentiel. Enfin, elle stationna devant une maison à la façade blanche flanquée de deux colonnes et deux balcons en fer forgé, l'un au rez-de-chaussée et l'autre au premier étage.
-J'en ai pour dix minutes, Stan, dit joyeusement Hermione en ouvrant sa portière.
-Pas de soucis, madame la ministre !
-Euh … merci, monsieur, dit poliment Harry.
-Pas de quoi, mon gars, ravi d'avoir fait votre connaissance ! répondit le chauffeur en englobant Harry et Draco du regard.
Ils imitèrent Hermione et descendirent sur le trottoir. La jeune femme était déjà en train de déverrouiller une épaisse porte d'entrée peinte en noir.
Harry ne put retenir un sifflement d'admiration en pénétrant dans un vaste hall d'entrée qu'Hermione éclaira en appuyant sur un interrupteur.
-Bienvenu dans mon humble demeure, dit-elle avec ironie.
-C'est incroyable … souffla Harry.
-Attends, t'as encore rien vu ! Draco, tu lui fais faire le tour ? Il faut que je passe ma robe de soirée. Elle monta quatre à quatre la volée d'escaliers qui menait vers un couloir. Montre-lui la salle de bain en dernier ! lança-t-elle par-dessus son épaule.
Draco dévisagea Harry qui ricana.
-Elle sait que j'ai de hautes attentes, expliqua-t-il à son amant.
-En matière de salle de bain ?
-Tout à fait.
Draco fit la moue et Harry sut avec certitude qu'il pensait à la salle d'eau qu'ils utilisaient tous les deux au manoir : une triste pièce sans fenêtre, aux murs gris où un lavabo ébréché crachait de l'eau glaciale.
Harry lui reprit la main et avança le long du couloir. Draco le suivit avant de prendre finalement la tête. Il lui montra une première pièce : c'était une immense cuisine équipée dernier cri. Un peu à l'image de celle qu'Harry avait fantasmée quand il s'était imaginé combien il serait doux de se laisser convaincre par Hermione d'émigrer aux États-Unis. Ils passèrent ensuite dans une pièce à vivre digne d'un catalogue de design d'intérieur : splendide parquet au sol, grande table en pin prête à accueillir 6 ou 8 convives, canapé en tissu à l'air moelleux.
-Regarde, lui Draco.
Sortant sa baguette de la poche de son jean - qu'il portait d'ailleurs particulièrement bien - il l'agita dans un sort informulé. Immédiatement, le tourne disque situé juste à côté du joli canapé se mit en marche :
-Is this the real life? Is this just fantasy? demandèrent les voix de Freddy Mercury et de ses trois acolytes dans une parfaite harmonie.
Harry sourit. Parfaite bande-son de sa vie, non ?
Et puis brusquement la connexion se fit dans son cerveau. Il se tourna d'un bloc vers Draco qui lui souriait, taquin.
-Tu … tu …
Draco lui répondit d'un clin d'œil. Harry se jeta à son cou.
-Mais c'est génial ! Oh mon Dieu ! Comment vous avez fait ?!
-On n'a rien fait du tout, rit Draco en le serrant contre lui, un bras passé autour de sa taille. Ma peine n'a pas lieu ici. Pour reprendre les mots d'Hermione : « la justice sorcière est nationale ».
-Oh. Mais oui, bien sûr …
-On n'y retourna jamais, non ? lui demanda doucement Draco.
C'était une question mais qui semblait en même temps relever de l'évidence.
-J'en sais rien, avoua Harry. Maintenant qu'on a toute la vie devant nous, sérieusement, qui sait ?
Draco sourit.
-Tu ne sais pas ce que … commença-t-il mais il fut interrompu par Hermione qui débarqua dans un tourbillon de froufrous.
Harry, plus habitué à la voir en jeans déchirés et baskets crottées, écarquilla les yeux.
-Ouais, je sais, je sais ! dit-elle en levant les yeux au ciel. Mais c'est le Noël du MACUSA : toute la presse sera là, c'est tout un tralala…
-Genre, lâcha Harry circonspect, tu es allée dans un magasin et tu as acheté … ça ?
Elle éclata de rire.
-Non c'est ma styliste qui l'a choisie. Oui, je sais.
Ils échangèrent le plus incrédule des regards.
-Moi, je te trouve très élégante, intervint Draco.
-Oh merci, Draco ! Tu es adorable.
Harry observa son amant et sa meilleure amie. Il n'était pas étonné de la cordialité qu'affichaient ces deux-là. On partait de loin certes mais Harry avait confiance en l'intelligence sociale d'Hermione et en la bonne éducation de Draco. Mais il sentait que ce n'était pas juste de la politesse. Il avait dû se passer un truc entre eux. Quelque chose de l'ordre d'un début de confiance ?
Clairement, c'était Noël.
Hermione planta un baiser sur la joue d'Harry.
-Surtout ne soyez pas sages ! leur dit-elle joyeusement. Maintenant, tu peux lui montrer la salle de bain, dit-elle à Draco. Bonne soirée !
Et elle sortit dans un joyeux bruit de talons.
-Tu sais quoi ? lui dit Draco après un instant de silence. Je crois que je l'aime bien, Granger, en fait.
Harry lui renvoya un haussement de sourcil.
-Ah oui ?
-Un génie dans le corps d'une midinette.
Harry explosa de rire.
-Une midinette ?! C'est parce que tu n'es pas parti en cavale avec elle !
-Je corrige : un génie fou-furieux dans le corps d'une midinette.
Harry pouffa.
-Elle est intéressante. On ne sait jamais où l'attendre.
-Ah ça …
-J'aime bien, lâcha Draco contre toute attente.
-Comme ça, Monsieur aime qu'on le surprenne ? susurra Harry avec un regard entendu.
-C'est ça, c'est ça, dit Draco en lui prenant la main. Maintenant tu viens, Potter.
-On va voir la salle de bain ? s'enquit Harry de son ton le plus faussement naïf.
Draco fit semblant d'être exaspéré et l'entraîna à sa suite.
Effectivement, c'était le clou du spectacle. Déjà, la chambre d'ami était chouette : meublée principalement d'un grand lit deux places surmonté d'une guirlande lumineuse multicolore, avec de jolies petites tables de chevet de part et d'autre et, en face de la fenêtre, une penderie. Dans le fond de la pièce, une porte menait vers une salle de bain privative. Harry en resta bouche-bée. La pièce était occupée au centre par un bassin dans lequel pouvaient tenir aisément six personnes. Au-dessus du bassin, le toit était constitué de plaques amovibles. Draco agita sa baguette plusieurs fois et le ciel étoilé apparu au-dessus de leurs têtes tandis qu'une bulle de chaleur les maintenait au chaud. Encore un coup de baguette et de multiples jets se déclenchèrent dans le bassin qui se remplit rapidement d'une eau bullonnante.
-Alors, ça te plait ?
Draco souriait de son rare sourire franc : celui qui illuminait son visage et faisait briller ses yeux gris. Dans des moments comme celui-ci, l'évidence s'imposait à Harry avec force : il était complètement amoureux de cet homme.
-Je crois que c'est un des plus beaux jours de ma vie, affirma-t-il.
Draco éclata de rire. Il fit passer son sweat à capuche par-dessus sa tête et se débarrassa de ses jean et caleçon dans un même mouvement. Entièrement nu, il fut le premier à pénétrer dans le bassin tandis qu'Harry profitait allègrement du spectacle.
-Tu viens ? offrit Draco.
Il y avait quelque chose du fantasme éveillé dans cette scène. Si Harry avait été Draco, il se serait saisi de la marque des Ténèbres à pleine main.
Il retira à son tour son propre sweat - mais où Hermione était-elle allée se fournir en vêtements, bon sang ? Était-ce la styliste du MACUSA qui tenait à faire passer Harry et Draco pour de parfaits américains moyens ?
Le jean y passa à son tour, ainsi que son propre caleçon et ses chaussettes. Comme Draco, il avait abandonné ses baskets dans le hall d'entrée.
Draco s'était installé confortablement dans le bassin et contemplait à son tour le spectacle en se mordillant la lèvre inférieure.
-C'est encore comme ça que je te préfère, lui dit-il.
-À poil ?
-Hum. Tu as déjà repris du volume. Viens me voir.
Harry s'avança, presque euphorique en sentant le contact des bulles d'eau sur ses jambes. Dès qu'il fut assez prêt de lui, Draco lui toucha le ventre, le dos, les épaules en un geste qui tenait plus de la palpation que de la caresse. Puis, l'attrapant par la taille, il le fit asseoir sur ses genoux.
Harry saisit l'autre homme par la nuque et prit ses lèvres des siennes. Draco répondit immédiatement avec enthousiasme. Pour augmenter le contact entre eux, Harry se rapprocha de lui et dans la manœuvre, leurs sexes se touchèrent. Draco émit un long et profond gémissement follement érotique directement dans la bouche d'Harry qui sentit tous ses sens s'enflammer.
-Ça fait trop longtemps, souffla-t-il contre la bouche de Draco avant de parcourir sa bouche de baisers. Ça t'a manqué ?
Draco grogna pour toute réponse, ce qui fit rire Harry.
-Tu sais quoi, Potter ? souffla le Serpentard tandis qu'Harry s'amusait à le mordiller tout autour d'un de ses tétons. J'en ai rêvé. TOUTES. LES. PUTAINS. DE. NUITS.
Ils relevèrent tous les deux la tête. Draco était mortellement sérieux, son regard le disait clairement.
-Franchement, t'as vu ce que t'as fait de moi … soupira-t-il en reposant sa nuque sur le rebord du bassin.
-Un homme parfaitement comblé sexuellement ? suggéra Harry, taquin.
-Ah si ce n'était que ça !
Harry gloussa. Puis se décida finalement à prendre un téton dans sa bouche. Draco, la respiration courte, plongea son bras droit sous l'eau, tâtonna un peu et finit par trouver ce qu'il cherchait là.
Ce fut au tour d'Harry de gémir : Draco avait choisi de donner un rythme rapide à sa caresse.
-À ce rythme, je ne vais pas tenir longtemps, souffla-t-il.
-C'est le plan ! Comme ça, juste après, quand tu seras tout mou et détenu, je viens en toi. T'es partant ?
Harry écarquilla les yeux. Ils ne l'avaient encore jamais fait comme ça. Non pas qu'Harry lui-même ne soit pas partant mais il sentait que Draco avait une réticence. Ils n'en avaient jamais clairement parlé.
-Oh oui. Oui, grave.
Draco lui offrit à nouveau son sourire lumineux et Harry remonta pour aller le cueillir de ses propres lèvres. Ils ne rompirent ce baiser que lorsque Harry fourra sa tête contre le creux de l'épaule de Draco alors qu'il jouissait dans sa main.
Draco l'embrassa doucement sur le sommet du crâne. Puis Harry le sentit s'étirer en arrière et releva la tête, surpris. En fait, Draco tâtonnait derrière lui à la recherche de sa baguette.
-Je me suis renseigné, lui dit-il lorsqu'il l'eut attrapée.
Il avait le rouge aux joues. Harry le trouva adorable.
-Ah oui ?
-Entraîné même en réalité, avoua Draco, les yeux baissés.
-C'est vrai ? C'est … c'est super délicat de ta part.
-Tu trouves ?
-Carrément.
-Tu m'autorises alors ? Tu avais raison, ce n'est vraiment pas un sort difficile.
-Je suis tout à toi.
Draco leva les yeux au ciel mais Harry était tout à fait sérieux.
Il prononça le sort à haute voix et Harry sentit en lui la sensation familière et désagréable d'humidité.
-Tu viens ? s'enquit-il.
-Si c'est ok pour toi.
-Tellement.
Ils se sourirent. Tout en lui caressant le visage d'une main, Harry prit appui sur l'épaule de Draco de l'autre. Il remonta un peu sa position et regardant entre les bulles pour se diriger. Draco l'aida de sa main.
-Oh bordel ! souffla Harry.
Ça lui prit quelques instants pour s'habituer à la sensation. Draco attendit, immobile, ses grands yeux sérieux accrochés au visage d'Harry.
-C'est bon, dit finalement Harry qui prit appui sur ses propres genoux et commença à bouger.
Draco renversa immédiatement la tête en arrière, lui laissant un accès à sa gorge. L'appel était trop tentant. Il gémissait sans aucune retenue, il était superbement beau et Harry était tellement, tellement heureux.
Il ne fallut pas beaucoup de va et vient pour qu'il sente Draco se répandre en lui.
Après, une fois qu'Harry se fut dégagé, ils se contentèrent de rester assis, côte à côte, leurs regards respectifs perdus dans la voute céleste.
-Mon Dieu, je crois que c'est Sirius … souffla Harry.
-L'homme ou l'étoile ?
Harry lui avait parlé de son parrain, un jour où ils discutaient de leur plus grande déconvenue. Harry avait alors raconté à son amant la soirée merveilleuse où il avait cru qu'il allait partir vivre avec Sirius et quitter les Dursley pour toujours.
-Si j'étais poète, je te dirais les deux.
-Ça voudrait dire qu'il vient de nous regarder forniquer. Quelle poésie, vraiment.
Hilare, Harry le poussa du coude.
-Il en aurait pensé quoi, tu crois ? s'enquit Draco.
-Bah j'imagine que même de là-haut, ça devait avoir l'air de ce que c'était : une sacrée bonne baise.
-Oh Potter ! se scandalisa Draco.
Harry rit de plus belle.
-Je veux dire de toi et moi, tu crois qu'il en aurait pensé quoi ?
Harry haussa les épaules.
-J'en sais rien. Les sorciers sont si réacs ! Alors quelqu'un de sa génération …
-Tu en es un, je te signale.
-Hum ?
-De sorcier. Tu en es un.
-Ah !
Harry sourit.
-D'une certaine manière.
Draco se redressa vigoureusement.
-Alors là, non ! Tu ne vas pas aller là-dedans, je te le défends ! Il y a des traitements pour restaurer la magie, Harry. Et puis même …
Harry leva une main apaisante entre eux.
-Draco. Tu es un amour. Merci. Mais je ne parlais pas de ça. Je ne pensais pas du tout à ça. C'est juste … le fait d'avoir grandi parmi les moldus. Hermione pourrait te dire la même chose, je pense. D'une certaine manière, tes anciens copains Mangemorts marquent un point quand ils disent qu'on ne sera jamais de vrais sorciers.
Draco grinça bruyamment des dents.
-Socialement, je veux dire, Draco. Ça fait de nous des êtres à part. Jamais totalement intégrés. Hermione nous appelle des transfuges.
-Tu es un sorcier, bouda Draco en croisant les bras sur sa poitrine. Un sorcier incroyable en plus. Quand tu volais, Harry, je te jure …
Flatté, Harry lui caressa la joue.
-C'est vrai ? On volera ensemble si tu veux, quand je pourrai de nouveau !
Draco cligna des yeux en un assentiment.
-Mais ce dont je te parle n'a rien à voir avec un quelconque talent, une quelconque puissance. C'est une question de la place qu'on tient. Dans la société sorcière. Je pense que tu peux comprendre ça, toi aussi. Pense à la différence de statut que tu as pu ressentir, entre le moment où tu étais le fils du riche et influent Lucius Malfoy et quand tu as été jugé en tant que Mangemort.
Draco se figea. D'abord son regard se fit fixe et puis tout à coup, il tourna la tête pour croiser celui d'Harry. Il avait compris.
-Tu t'es senti ostracisé. C'est normal : tu l'étais. Ta peine était une peine spécialement faite pour ça, j'en ai peur. T'exclure. Te montrer que tu ne fais plus partie de la communauté.
Draco hocha lentement la tête.
-C'est ça qu'on ressent quand on … quand on est né-moldu ?
-D'une façon moins puissante, bien sûr. Pour toi, ça a été terriblement violent. Mais il y a quelque chose de ça, oui.
Draco renversa la tête en arrière jusqu'à poser de nouveau sa nuque sur le rebord du bassin.
-Je suis désolé de ça.
-Je sais, lui sourit Harry. C'est bon, Draco, tu n'incarnes pas les sangs-purs intolérants à toi tout seul. Je dirai même plus : je doute qu'ils veuillent encore de toi parmi eux.
Draco ricana.
-Sans blague ! Il compta sur ses doigts : un lâche, un traitre, un fuyard ! Et inverti par-dessus le marché.
-Et fier de l'être ! affirma Harry.
Draco le dévisagea, un sourire en coin.
-Tu sais, débuta-t-il, quand tu étais dans le coma. Je crois que j'ai commencé à comprendre. Tu as raison : ce n'est pas une tare.
-Bien sûr que non.
-On peut euh … vivre comme ça. Et les gens … Les gens d'ici. On dirait qu'ils s'en foutent.
-Il y a eu des luttes, tu sais. Les moldus. Ceux de la génération de nos parents. Ils ont lutté sévèrement pour leurs droits. Nos droits. Le simple droit à une vie paisible, à être protégé comme tout le monde. Et ici … Enfin tu as remarqué, la frontière entre moldus et sorciers est beaucoup plus poreuse. Les sorciers américains vivent vraiment parmi les moldus. Discrètement, mais activement. Ils ont évolué en même temps qu'eux.
Draco hocha la tête.
-Je n'ai pas envie de retourner en Angleterre, lui avoua-t-il.
-Moi non plus. Franchement quand tu vois ça !
D'un ample geste, Harry désigna la luxueuse salle de bain.
-Tu es si matérialiste, Potter …
Harry éclata de rire.
-Et tu sais, reprit Draco en le regardant très sérieusement, ta medic. Elle m'a fait une proposition.
Harry le dévisagea.
-C'est-à-dire ?
-Il semble qu'elle ait été impressionnée par ce que j'ai mis en place pour essayer de te soigner quand on était au manoir. Elle ne sait pas que j'ai travaillé sans magie. Je ne lui ai pas dit. Elle m'a offert un job.
-Wahou ! S'exclama Harry, fou de joie. Mais c'est trop génial ! Qu'est-ce que tu lui as répondu ?
-Que je voulais bien faire un essai. Je n'ai jamais vraiment travaillé, je ne sais pas si …
Harry prit les deux mains de l'autre homme dans les siennes.
-C'est génial ! répéta-t-il. Tu vas tellement les impressionner, ils ne pourront plus se passer de toi !
.
.
Lorsqu'Harry émergea le lendemain matin, il était encore tôt. Draco dormait paisiblement à côté de lui, dans le confortable lit de la jolie chambre américaine. Harry eut besoin de cligner plusieurs fois des yeux avant que son cerveau n'accepte l'évidence : oui, ils avaient survécu ; non, ils n'étaient plus au manoir. Tout irait bien. Harry allait vivre, ce qui pour l'instant consistait l'intégralité de ses projets d'avenir. Et Draco avait déjà l'air de virer pro-américain … Comme quoi, les miracles existaient en ce bas monde.
Trop euphorique pour seulement songer à se rendormir, Harry s'extirpa du lit avec des gestes doux pour ne pas déranger son amant. On était la veille de Noël, Draco pouvait dormir aussi longtemps qu'il en avait besoin et même rester en pyjama le reste du temps.
Il faisait bon dans la chambre. Une chaleur douce et confortable. Harry ne ressentit pas le moindre inconfort en marchant pieds nus.
À sa grande surprise, la cuisine dans laquelle il se rendit pour se faire un thé n'était pas vide : une Hermione encore en tenue de soirée l'y avait précédée.
-Sacrée nuit ? s'enquit Harry.
-Je te retourne la question.
-Le JA-CU-ZZI ! articula silencieusement Harry et son amie pouffa de rire.
-C'était censé être ma chambre, lui apprit-elle. Mais dès que j'ai vu la bête, c'était évident que c'était pour toi.
Il rit à son tour.
-Attends, c'est quoi ce machin ? s'étonna Harry en se retrouvant devant une sorte de bouilloire mutante couverte de boutons.
-Oh, elle est connectée ! lui expliqua Hermione en se précipitant pour lui montrer comment l'utiliser.
-Connectée à quoi ?
-À internet, Harry.
-Hein ? Mais pour quoi faire ?
Hermione eut un petit rire.
-Je sais, c'est très déconcertant. Crois-moi, le jour où internet tombe en panne dans ce pays, il n'y aura à peu près que toi, moi et Draco qui seront capables de survivre !
-J'allais dire que ça pourrait être notre plan pour conquérir le pays, mais visiblement, tu n'as pas eu besoin de ça !
Ils échangèrent un regard, moitié triomphant, moitié incrédule.
-On dirait un conte, je te jure, lui dit Hermione. J'ai contacté la bonne personne, qui m'a présenté les bonnes personnes … Et de fils en aiguille…
-Tu m'avais dit que tu t'étais rapprochée d'un parti politique mais je n'aurais jamais cru …
-Mais moi non plus, tu penses bien ! Je veux dire, on sait comment ça s'est passé chez nous …
Ils échangèrent de nouveau un regard.
-Mais ici, ils se sont organisés. Depuis longtemps. Moldus et sorciers vivent en harmonie, évidemment ça a aidé. Ces idées qui nous ont transformés en « terroristes extrémistes » en Grande-Bretagne, ici elles sont passées. C'est fascinant, je te jure. Je pense que quand j'en aurais fini avec mon mandat, j'écrirai un livre.
Elle le ferait, Harry en était convaincu.
-Et c'est comment ? s'enquit-il. L'exercice du pouvoir ?
-Dur à dire : ça fait 5 jours. Pour l'instant, j'ai - elle compta sur ses doigts - répondu à des interviews, sourit pour les photos, rencontré mes collaborateurs et euh …
-Fais la fête, suggéra Harry en désignant la tulle froissée de la robe de la jeune femme.
-Ouais, giga teuf. Vivian sait célébrer ce genre de victoire comme il se doit …
Ils échangèrent un énième regard.
-Je veux leur mettre la misère à ces salopards de Restaurateurs, Harry, lui dit-elle finalement, le regard devenu dur. Je vais attendre le moment où ils ne me craindront plus, où ils auront fini par croire que je suis trop flippée ou trop idiote … Et je vais les frapper en plein cœur. Ils ne s'en remettront pas.
Harry hocha la tête.
-Je vais t'aider. Tout ce qu'il faudra. Ça vaut quelque chose, le nom d'Harry Potter ici ?
-Oh oui.
-Très bien. Utilisons-le sans vergogne.
Elle hocha très sérieusement la tête.
-On va se les faire.
La bouilloire émit un bip sonore et Harry sursauta.
-Euh … souffla-t-il. Tu crois qu'il y a un magasin où … on pourrait trouver une bonne vieille bouilloire qui siffle poliment ?
Elle sourit.
-Promis, on s'y penche sérieusement après Noël.
-D'ailleurs, c'est quoi le programme ? s'enquit Harry. Est-ce qu'il faut qu'on fasse des courses ou des trucs comme ça ? Enfin, tu es peut-être trop fatiguée pour …
-T'inquiète, sourit Hermione. C'est toi qui sors de l'hôpital et qui dois te reposer !
-Nan mais en vrai, je pète la forme. Mais comme jamais. Je ne me souviens pas m'être réveillé aussi bien depuis …
Il fouilla dans sa mémoire. Longtemps. Sans succès.
-Je me suis dit qu'on pouvait se faire un réveillon tranquille, souffla la jeune femme. Ne serait-ce que parce que je vais probablement dormir jusqu'à une heure avancée de l'après-midi…
-Tu m'étonnes !
-Et puis, j'ai une visioconférence avec mes parents en début de soirée.
-Sérieusement ? C'est génial !
Lorsque les choses avaient commencé à sentir mauvais, bien avant le massacre de Poudlard, Hermione avait eu le nez creux et avait renvoyé ses parents en Australie où ils avaient déjà trouvé un refuge forcé pendant la chasse aux Horcruxes. Les Granger y étaient toujours.
-Oui, hein ? On essaie de s'organiser pour qu'ils viennent pour Nouvel An.
-Trop bien !
Elle lui sourit de toutes ses dents.
-Et pour demain, poursuivit-elle, je me suis dit que ça vous ferait surement plaisir d'aller vous promener dans Central Park. Il a neigé cette nuit. Ça va être super joli. Et euh… j'ai proposé à Luis de se joindre à nous.
Harry lui envoya une petite moue curieuse.
-Luis, hein ? Le propriétaire des sweats à capuche ?
Elle rit.
-Entre autres.
Elle lui fit un clin d'œil.
-J'ai trop hâte de le rencontrer, sourit Harry.
.
.
Hermione n'avait pas menti : Central Park était magnifique sous la neige. En compagnie du fameux Luis, ils se baladèrent tranquillement le long des allées. Le lieu avait tout d'un décor de film de Noël avec ses lampadaires en fer forgé, ses arbres chargés de neige et ses petits New Yorkais en pleine courses de luges. Ils avaient à peine commencé leur balade qu'il se remit à neiger. Discrètement, Draco conjura un large parapluie qu'il brandit au-dessus de leurs têtes à Harry et lui. Hermione qui marchait en tête, fit de même pour Luis et elle. Elle se retourna un instant pour leur lancer un regard de pure satisfaction.
Harry toucha doucement le dos de Draco couvert d'un beau manteau en laine qu'Hermione lui avait offert la veille.
-Je peux ? s'enquit-il.
Draco, l'air ému, hocha silencieusement la tête. Alors Harry l'enlaça de son bras gauche et plongea sa main dans la poche de Draco. Très vite, une main gantée vint le rejoindre et entrelaça leurs doigts.
De nouveau, Hermione se retourna et leur sourit de toutes ses dents avant que Luis ne réclame son attention en lui pointant une direction du doigt.
Suivant le chemin proposé par l'ami d'Hermione, ils parvinrent au bord d'un petit lac. L'eau n'était pas encore gelée et des canards y flottaient paisiblement. Entouré d'arbres enneigés avec, en toile de fond, le ciel blanc de neige, l'endroit était magnifique.
-C'est presque aussi joli que Poudlard, souffla Hermione alors qu'ils s'étaient arrêtés pour profiter de la vue.
Dans la poche de Draco, ses doigts serrèrent plus fort ceux d'Harry.
-Presque ?! fit semblant de se scandaliser Luis. Je ne vois pas ce qu'il vous faut, madame la ministre. Ah ! vous les Britanniques, vous êtes si chauvins !
Elle eut un petit rire ironique.
-Je te demande pardon ? Franchement, c'est l'hôpital qui se moque de la charité ! Rappelle-moi au juste, combien de fois tu as quitté les États-Unis dans ta vie ?
Pendant que le premier couple se chamaillait joyeusement, l'autre marchait paisiblement, les écoutant d'une oreille et profitant simplement de l'instant.
-Le parc du manoir était aussi vraiment joli sous la neige, glissa Harry à Draco.
-J'aurais payé cher pour y faire une bataille de boules de neige avec toi.
-Oh ? Ça peut s'arranger, ça !
Harry se baissa, tassa à la hâte une poignée de neige et l'envoya pile dans la nuque d'Hermione d'un tir précis.
-Hé ! protesta-t-elle en se retournant vivement.
Voyant l'air taquin de Harry, elle comprit :
-Oh alors c'est comme ça ? Très bien ! Tu vas voir ce que tu vas voir, Potter !
Très vite, Luis, Draco et quelques passants se joignirent à la bataille. Ils finirent tous hilares et évidemment trempés. Luis les conduisit jusque dans un coin tranquille où ils purent s'appliquer rapidement des sorts de séchage. Puis, il les emmena de l'autre côté du lac, là où se trouvait d'après lui « le meilleur cafetier du parc ».
Trois thés et un café à emporter plus tard, ils poursuivirent leur balade. Les duos s'étaient mélangés : Draco et Hermione s'étaient lancé dans un débat animé sur un obscur point de l'histoire sorcière britannique. Harry et Luis se sourirent.
-Comment tu te sens ? s'enquit l'ami d'Hermione.
-Super bien, vraiment. Plus en forme que depuis des années. C'est vraiment sympa de faire ta connaissance, Luis.
Le susnommé lui sourit gentiment.
-Si Hermione ne m'avait pas prévenu que tu es mal à l'aise avec tout ce qui touche à la célébrité, je te répondrai que pour moi c'est un honneur.
-Oh, tu peux le dire, plaisanta Harry. Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas entendu ce genre de discours, ça m'aurait presque manqué !
-Elle m'a raconté, un peu, dit Luis en baissant la voix. Tout ce que vous avez vécu. On ne s'était pas vu depuis la fac, elle et moi, j'ai l'impression que toute une vie s'est écoulée pour vous entre temps !
-C'est un peu ça, admit Harry.
-Tandis qu'ici, j'étais tranquille en train de mener ma petite carrière, avec aucun autre souci que de ne pas trop m'empâter ni me faire piquer une promotion … C'est assez terrifiant.
Harry eut un petit hochement de tête.
-Hermione ne m'a pas dit, tu fais quoi dans la vie au fait ?
-Je suis avocat.
-Oh. Tu travailles parmi les moldus alors ?
-Non, non. Pour un cabinet sorcier.
Harry ouvrit grand les yeux. Les sorciers britanniques n'avaient toujours pas jugé utiles de se doter d'avocats.
Luis regarda le dos de Draco qui faisait des grands gestes pour essayer d'expliquer son point de vue à Hermione.
-Ici, la peine qu'il a subie : on qualifie ça de traitement inhumain et dégradant. Même si ça venait à se savoir, ça ne viendrait à l'idée de personne de tenter de transposer sa condamnation ici. Je pense que le consensus serait total pour dire qu'il a le droit au pardon pour ses erreurs de jeunesse.
Sans le savoir, il enleva ainsi un grand poids du cœur d'Harry.
-Enfin, tout ça pour te dire : vous pouvez vous construire tranquillement une vie ici. Je te garantis que ça se passera bien.
Il lui posa une main amicale sur l'avant-bras.
-Je ne sais pas quoi te dire … souffla Harry. Je ne m'attendais pas à autant de … Enfin, tout le monde a été tellement adorable avec moi !
Luis lui sourit.
-Tu verras, il y a aussi de gros connards dans la communauté. Hermione a déjà eu à frayer avec quelques-uns ! Mais rien qui soit de nature à l'arrêter. Ni toi non plus, j'en suis sûr.
Il lui sourit.
-Harry ! appela Hermione devant eux. Il faut que tu tranches !
-Oh la la, marmonna ce susnommé.
Luis ricana.
Il s'avéra bien vite que la discorde entre Draco et Hermione portait sur l'interprétation d'une obscure bataille entre sorciers et gobelins du XVIe siècle. N'ayant jamais suivi le moindre cours d'Histoire de la Magie en entier, Harry ne s'avéra d'aucun secours. Heureusement, Luis était force de proposition :
-Et si on s'arrêtait à la bibliothèque avant de rentrer ?
Les yeux d'Hermione ET de Draco brillèrent.
