Le soleil brillait haut depuis quelques temps. Il devait être aux alentours de deux heures de l'après-midi. La lumière inondait la pièce. Elle s'écoulait lentement mais fut de plus en plus forte, de plus en plus intense.

Elle ne dormit pas longtemps. Ce qui ne dérangea pas à la fermeture, fut une nuisance à l'ouverture. Ses paupières se soulevèrent pour finalement retomber. Alors elle attendit que le temps passe, qu'il vienne pour elle et l'emporte. Pourtant rien ne vint, et la nuisance persista.

Finalement, elle ouvrit les yeux une seconde fois. Son regard tomba irrémédiablement sur un fond bleu. Ses lèvres s'étirèrent mollement. Elle aimait observer le ciel, cet étendu bleu que rien ne pouvait atteindre. Elle savait qu'on ne touchait jamais le ciel, qu'on le traversait mais jamais on ne l'effleurait.

Son esprit se perdit à la contemplation. Le temps s'écoula et bientôt la lumière se fit moins présente. Le bleu se mélangea au rouge, un astre prit la place de l'autre. Le regard fixe, le spectacle fut hypnotique.

Pourtant loin de l'éblouissement son regard s'embua. Une fois de plus le bleu intouchable fut atteint. Les couleurs se mélangèrent, se dégradèrent et la nuit tomba. L'acte fut joué une fois plus. Elle ne put rien y faire, et la larme coula.

Un temps passa puis une porte s'ouvrit. On aurait pu croire la pièce vide. Cependant l'intrus sut, elle n'avait pas bougé depuis son retour. Alors, doucement comme par peur de l'effrayer, il prit place sur le lit. Il s'assit dos à la fenêtre, face à la porte entrouverte. Il le fit sans un bruit, le seul qui perça le silence fut sa voix :

- La Rocher et son équipage ont été retrouvé décapités ce matin au port. Elle, parce qu'inéluctablement ce fut une femme, l'avait annoncé sans intérêt. Elle se devait de ne pas en avoir. Pourtant sa voix s'atténua à ses derniers mots. Peut-être qu'en y ajoutant un lieu, une date, cela lui sembla un peu plus concret.

Elle sentit son amie se retourner. Cette dernière se mit sur le dos. Son regard dévia. Il décrocha de cette nuit sans saveur pour s'arrêter au plafond. Avait-il plus de réponse à lui offrir ?

L'idée qu'aucune étoile ne pourrait lui apporter ce qu'un plafond, un crochet et une corde pourraient la fit doucement sourire. Puis une seconde larme coula, rejoignant lentement le parcours de la première. Non, même cela n'avait pas la capacité d'apaiser ses maux.

Tout compte fait, elle reprit sa position initiale. Son regard retomba sur ce ciel noir et constellé d'étoiles. A ses côtés, son compère souffla. Celle-ci aurait aimé quitter la pièce, la laisser à ses tourments. Pourtant cette fois-là elle n'en eut pas la force. Il est parfois bien plus dur de fermer les yeux que de faire face. Alors dans un élan de courage, elle lui demanda :

- Pourquoi ?

La réponse n'était pas simple. La femme y réfléchit longtemps. Les minutes s'écoulèrent. Ce fut la première fois qu'elle tenta d'y mettre des mots. Elle avait depuis longtemps fermé son cœur à toutes questions.

- Au début j'avais l'impression de servir à quelque chose, débuta-t-elle hésitante. J'avais besoin d'argent, et je servais la communauté. Son ton se voulu comique. Cependant son amie n'était pas dupe.

Elle se recroquevilla sur elle-même. Elle avait honte de ses actes. Pourtant ce ne furent pas les remords qui lui écrasèrent la poitrine mais bien le poids du jugement, du regard des autres sur sa personne, qui l'étouffait un peu plus chaque jour.

- Tu sais, continua-t-elle en se détendant peu à peu, comme-ci les mots pouvaient lui apporter rédemption. Ou bien fut-ce son amitié envers sa camarade qui la libérait ? Je ne m'en suis jamais souciée de ce qu'on pouvait dire de moi. Dans le fond, même le diable est incapable d'entraver la liberté d'un homme. Ils sont libres de penser ce qu'ils veulent. Elle se tourna et se retrouva sur le dos. Une étrange mélancolie illumina son regard.

Elle souleva son bras d'une lenteur absolue. Son corps semblait n'en avoir plus la force. Une fois paume vers le ciel elle ferma son poing. Puis elle le ramena à elle, et l'observa longuement. Las son poing retomba sur les couvertures.

-Pourtant je… Je me sens mal, j'ai l'impression d'être ce monstre qu'ils décrivent. Sa voix se brisa, et elle ferma les yeux. Elle avait mal, son cœur était piétiné.

Son amie n'avait pas bougé. Elle était restée silencieuse. Elle avait le regard fixe sur la seule échappatoire, et seule source de lumière de la pièce. Cette porte qu'elle avait scrupuleusement laissé entrouverte, comme-ci à tout moment elle en aurait besoin. Pourtant les remords firent baisser ce dernier. Elle ne regardait plus que ses pieds. Elle avait honte. Honte d'avoir fuis, d'avoir pris la solution présumée « facile ».

Elle aussi s'était rangée du côté de ceux qui la traitaient de monstre. Elle les comprenait mieux que ce qu'elle aurait voulu. Elle aussi fut pirate. Elle aussi aurait fini sans tête, il fût un temps.

Pourtant, à bien des égards, son amie n'avait commis aucune faute. Ces bandits méritaient ce qu'ils leur étaient arrivés. Lorsque l'on faute, il faut être prêt à en payer les conséquences. Elle n'eut été que le bourreau de ces hommes.

Son amie était perdue. Celle-ci avait entamé un périple dont elle ne voyait plus le bout. Cependant, elle, elle en connaissait la destination et cela depuis le début. Ainsi, et peut-être par connaissance de cause, elle avait patienté. Elle l'avait vu sombrer et n'avait rien fait pour la retenir. Embuée par ses propres émotions, son regard s'était détourné.

Alors ce jour-là, elle mit de côtés ses sentiments. Elle joua pour la première fois depuis si longtemps son rôle d'amie, de guide :

- Pourquoi avoir continué ?

- C'était comme un devoir, comme-ci je me devais de le faire. Le pire c'est peut-être que j'en tirais une certaine satisfaction. Sa voix n'avait plus d'intonation. Elle exprimait à voix haute, ce que son esprit s'était efforcé à fuir. Elle, qui côtoyait des hors-la-loi depuis toujours, qui était née parmi eux, avait fini par en massacrer plus de trois cents.

- Et si tu devenais marine ?

Il n'eut aucune hésitation dans sa voix. Elle savait où elle devait en venir, que le doute ne lui était pas permis. Ainsi fait, elle sortit. Elle prit, enfin, la tangente. La femme n'afficha aucun remord. Elle avait joué son rôle. Même si en bonne amie elle aurait sûrement dû rester. Elle n'en avait plus la force.

La jeune femme se retrouva, une fois de plus, seule dans la pénombre. Elle se sentit perdue, indécise. Cependant, pour une fois, son regard brilla. Il ne portait plus de voile. Il n'était plus résigné, contrit. Au contraire on pouvait y lire son incompréhension. Cette simple question en avait soulevé plusieurs, et celle qui persista fut « et pourquoi pas ? ».


Hey ! Il ne se passe pas grand-chose dans ce chapitre, je vous l'accorde. De plus les descriptions de paysage, ce n'est pas franchement mon truc.

Oui, je suis ce genre de lecteur à toujours skip les descriptions. D'ailleurs je ne lis pas non plus les notes d'auteur ni de début, ni de fin de chapitre (mais qu'est-ce que tu fais encore là alors cher lecteur ?). En revanche, j'aime bien les petites infos sur la suite (genre les petites mises en bouche). Alors en voici quelques unes.

Les prochains chapitres seront plus longs, je n'écris qu'à la troisième personne, l'intrigue ne met pas cinq ans à se mettre en place et l'action non plus.

Enfin pour l'info réellement objective (parce qu'entre nous il n'y a que vous pour juger si oui ou non je prend mon temps) : je publierais surtout pendant les prochaines vacances scolaires :D