- Nous sommes en l'an 1501, soit un an après l'exécution de Gold Roger. Depuis une vague de piraterie s'est abattue sur le monde. L'homme se leva et mima une vague avec son bras. De sa bouche il émit un bruit étrange, qu'il voulut sûrement d'eau. Un acte en soulevant un autre, continua-t-il en se rasseyant, le Gouvernement se mit activement à la poursuite de la piraterie. Cependant leur seule force étant insuffisante, on assista alors à l'ascension d'un vieux métier : les chasseurs de pirates. Conta l'homme à son camarade.

Ce dernier s'échauffa un peu. Il n'était peut-être que 15h. L'heure du Ricard n'avait, éventuellement, plus d'heure en ce dimanche pour ces deux compères. Mais il n'allait sûrement pas se laisser traiter pour plus bête qu'il ne l'était.

- Oui et ? Tout cela je le sais déjà. Bougonna-t-il finalement.

- Eh ben… Il se perdit dans une intense réflexion. Je sais plus. On parlait de quoi ? Admit l'homme un peu penaud. Il avait du mal à suivre le fil de ses pensées. L'alcool montait, les chaleurs aussi.

- Roooh mais tu me parlais de chasseur de prime. S'emporta son compère en empoignant rageusement son verre.

- Ah oui ! Eh bien moi, S'écria-t-il en se désignant du pouce. Son vis-à-vis fronça du nez, qu'allait-il encore sortir comme bourde ?

- J'trouve que cet homme sans tête, il a la classe ! Clama le bougre. Cette fois ce fut les sourcils de son compère qui se rapprochèrent.

Puis d'un ton plus bas, il avoua : J'me sens un peu en sécurité avec lui dans les parages.

Enfin de compte la dispute éclata. Ce qui semblait être un semblant de débat, finit en combat d'ivrogne. Le bar se retrouva sens dessus dessous. Une simple phrase avait presque déclenché une émeute.

Beaucoup de controverses existaient autour des chasseurs de prime. Certains furent pour, d'autres contre. Toutefois, à l'égard de « l'homme sans tête », il en eut moins. Cet être bien qu'impressionnant effrayait la population. Il décapitait des hommes et était payé pour. Alors, dans un sens, on se mit à le voir comme un monstre.

Une jeune femme sortit du bar. Prendre pour argent comptant les mots d'un ivrogne fut-elle une bonne idée ? Elle n'en savait rien, et ne s'en souciait guère. Ses paroles lui avaient réchauffé le cœur. C'est tout ce qui comptait. Son visage se tourna vers cet étendu bleu inatteignable, intouchable. Prise d'un vent nouveau, la tête dans les nuages, elle entreprit sa marche.

Bientôt elle aperçut un édifice, connu sous le nom de base de la Marine. Elle y pénétra, le cœur léger. A l'entente du tintement de porte, un sourire se dessina sur ses lèvres. Ce fut le regard pétillant qu'elle annonça de but en blanc : J'aimerais intégrer la marine.

La secrétaire releva à peine le regard, puis lui tendit un formulaire. La jeune femme fronça des sourcils.

En tant que matelot. Précisa-t-elle. La secrétaire s'abstint de commentaire et lui présenta le formulaire adéquat. Chacun était libre de mener sa barque comme il le voulait.

La jeune femme pris place sur un siège de l'accueil. Ce fut peut-être le siège qu'elle eut choisit, qui piqua la curiosité de l'employée, ou probablement la raison de sa venue. Toutefois elle se mit discrètement à détailler cette étrangère.

Grande, se dit-elle en premier. Elle devait avoisiner les deux mètres. Une peau d'albâtre admira-t-elle. Dont elle aurait mieux fait de prendre soin, continua-t-elle. En effet, en s'attardant un peu, on put aisément distinguer de nombreuses cicatrices parsemant de longs et robustes membres. Elle s'étonna alors de sa musculature. Finalement elle l'avait peut-être mérité son formulaire.

Son regard remonta jusqu'au visage de l'inconnue. Elle avait des traits plutôt fins, sans pour autant sortir de l'ordinaire. Ses yeux noisettes ressortent bien avec son blond champ de blé, complimenta l'employée. Cependant elle aurait été plus jolie avec des cheveux longs, conclut-elle en replongeant dans son travail.

L'intéressée ne remarqua guère les regards sur elle. Sa concentration fut totale. Elle se devait de répondre à ce casse-tête. Mais elle eut beau réfléchir, son esprit n'y trouva aucune solution. Les informations demandées n'étaient pas bien compliquées, néanmoins le problème fut tout autre. Se devait-elle d'être honnête ? Est-ce qu'un jour ces dites informations ne se retourneront-ils pas contre elle ?

Elle médita un certain temps sur la question. La méfiance est mère de sûreté admit-elle. La secrétaire la tira de ses réflexions :

- Nous fermons dans moins d'une heure. Daigna-t-elle l'informer. Si au départ sa curiosité fut piquée, elle fut bien vite remplacée par un mélange de méfiance et de malaise.

Il émanait quelque chose d'étrange autour de cette inconnue. Si on le lui demandait, elle aurait été dans l'incapacité de définir le pourquoi du comment. En revanche elle aurait affirmé la chose suivante : normalement, et elle aurait insisté sur le normalement, ce formulaire ne méritait pas tant d'attention.

En effet l'inconnue était assise depuis bien quatre heures désormais. Elle n'avait pas bougé, fixant éperdument le formulaire, si bien qu'on aurait pu la confondre avec les meubles. Pourtant l'employée n'avait pas réussi à faire abstraction de sa présence. Plus le temps s'écoula, et plus la situation lui apparut comme curieuse et déplacée. Y voyait-elle une sorte de sorcellerie se cachant derrière ce bout de papier ?

Peut-être fussent simplement les similitudes qu'elle attribua à « l'homme sans tête », qui perturbèrent ce petit bout de femme. Il n'y avait peut-être rien d'anormal chez cette dame, concéda-t-elle non sans mal. L'employée abandonna ses réflexions, sur Grand Line tout peut arriver.

- J'ai terminé. Annonça l'étrangère, affichant d'un grand sourire la blancheur de ses dents. Le formulaire posait sous le nez de la secrétaire.

-Votre ancien métier fut… Vagabond ? L'employée était interloquée. L'inconnue n'avait rien d'une exploratrice. Sa petite robe d'été et ses sandales ne constituaient en rien une tenue d'excursion. Cependant l'habit ne fait pas le moine.

-Vous vous nommez Athéna. Elle s'arrêta peu sûre de ses mots. Elle relit une fois de plus la ligne. Non, elle ne s'était pas trompée. Il y avait bien écrit son nom. Elle releva doucement le regard. Ses sourcils se froncèrent. Elle doutait, elle ne voulait pas y croire.

L'inconnue, qui se nommait désormais Athéna, sourit doucement. Ses yeux s'illuminèrent d'une étonnante lueur. Dans d'autres circonstances, on l'aurait peut-être comparé à un enfant fier de sa bêtise. Néanmoins aux yeux de l'employée, elle n'apparut que bien plus étrange. Si, après mûres réflexions, elle avait pu passer outre sa méfiance maintenant elle en était sûre, cette femme n'avait rien de normale.

Athéna se mit à douter de son travail. Le casse-tête était peut-être plus complexe qu'elle ne l'aurait cru. Elle ne sut comment interpréter les expressions de l'employée. Elle s'impatienta : Je peux m'en aller ? Finit-elle par demander.

-Oui, tout est en ordre. Vous recevrez une réponse d'ici une à deux semaines. Elle accompagna sa réponse d'un vague mouvement de la main, son esprit s'égarant ailleurs. Elle ferma les yeux. Elle plongea un peu plus dans les songes de ce dernier. Finalement elle les rouvrit. Son regard tomba sur ce bout de papier. Comme si le destin en voulut ainsi, elle y lut en premier son nom.

L'employée ne remarqua ni le départ de l'un, ni l'entrée de l'autre. L'air devint plus léger. La température augmenta de quelques degrés. Imperceptiblement le vent s'arrêta de souffler, puis il reprit son court. L'un releva son regard, l'autre l'abaissa, pourtant ils ne s'aperçurent pas.

- Vous êtes payée à rêvasser ?

Sa voix claqua, impérieuse et sans appel. L'employée se redressa alarmée. Les bourdes étaient à éviter devant cet homme. Il était connu pour son intransigeance. Se retrouver dans son collimateur ne signifiait rien de bon. Elle s'empressa de répondre :

- Non, Monsieur, en bredouillant. Son regard l'incendia, elle baissa la tête.

Fier de représenter ce qu'il s'évertuait à être, cet homme marchait la tête haute. Alors, oui, normalement il serait passé sans lui accorder ne serait-ce qu'un regard en plus. Son temps lui était précieux.

Pourtant, par une étrange intuition qu'il n'aurait pu expliquer, ce jour-là : il lui accorda ce regard en plus. Irrémédiablement sa curiosité fut piquée. Il fronça des sourcils, la femme en trembla.

- Qu'est-ce ? Il n'avait pas besoin de plus pour se faire comprendre.

- Un formulaire d'inscription, Monsieur. Elle n'osa en dire d'avantage, alors elle le lui tendit. Parfois les actes ont plus de signification que les mots.

- Athéna Fylampère. Lut-il. Le même nom que cet « homme sans tête », Sacha Fylampère. Conclut-il.

Ses sourcils s'éloignèrent. Il se peut qu'en fin de compte, sa venue n'eusse pas été si dénuée de sens. Le visage moins tendu de son supérieur renforça le malaise du petit bout de femme. Si cet homme ne servait pas la justice, elle aurait pu le confondre avec un monstre. Il en portait bien des attributs.

Ω

Le formulaire prit moins d'une semaine à remonter la hiérarchie. Il atterrit un jeudi sur le bureau du commandant de la base. Ce dernier tamponna son autorisation, sans même en regarder le contenu. Si le service d'information de la marine n'y avait rien vu d'alarmant, pas besoin d'y prêter plus de son temps.

Ainsi « l'homme sans tête » entra dans la Marine.

Ω

Athéna reçut sa lettre d'admission et une convocation le lendemain. Ce ne fut qu'à la deuxième lecture qu'elle en comprit la portée. Elle était officiellement membre de la Marine. Elle ne sut si son cœur trembla d'appréhension ou s'il se réjouissait de la nouvelle. Cependant, elle y vit une raison de faire la fête.

Déterminée et bourse en main, elle se dirigea vers l'établissement de son amie. Le vendredi cette dernière y travaillait en tant que serveuse. Sifflotante elle entra dans le bar. Athéna aimait s'amuser, et plus on est de fous plus on rit. Elle prit place et commanda une bière. Elle patienta, son amie aurait bientôt fini son service.

La tête perdue dans les étoiles, les clopes s'enchaînèrent. Elle fumait à intervalle régulier. Remarquant la fin de son paquet, une heure après avoir fini la dernière, elle fronça des sourcils. Combien de temps s'était écoulé ? Elle observa la salle. Si elle avait pu entrevoir du monde à son arrivée, ce ne fut plus le cas à cet instant.

A pas lent elle se dirigea vers le barman et propriétaire des lieux. Il lui sourit un peu tristement. Elle ne formula aucune demande. Il lui répondit sans en avoir besoin : Elle est déjà partie. Athéna était une habituée, Charlotte son employée. Parfois il ne suffit d'aucun mot pour comprendre.

Elle lui adressa un signe de tête, signifiant sûrement un merci et un au revoir, puis elle s'en alla. Ses pieds la guidèrent d'eux mêmes. Pour une fois son regard ne décollait pas du sol, une douce mélancolie s'installa.

Elle la trouva assise au bord de l'eau, la mer lui caressant la pointe des pieds. Elle s'arrêta derrière elle, face à la mer. Elle la surplomba de toute sa hauteur, son ombre l'engloutissait presque. Charlotte releva le visage, leurs regards se croisèrent. Athéna ne parla pas. Ce fut Charlotte qui rompit le silence, son regard se perdant dans les abysses d'une mer sans fond : Tu es une marine maintenant. Ce n'était pas une question.

- J'ai été heureuse d'être ton amie. Confia-t-elle. Tu as tes défauts comme tes qualités. Elle sembla presque nostalgique. Mais tu es avant tout une bonne personne. Tu imagines donc bien le choc que cela a pu être, lorsque j'ai su que tu étais cet « homme sans tête ». Un rire sans joie secoua alors ses épaules.

Charlotte se releva. Elle se tint debout face à Athéna, dos à la mer. Puis j'ai compris, continua-t-elle en s'avançant d'un pas, tu es quelqu'un de bien Athéna. La fraîcheur de la nuit se fit sentir. Pourtant aucune n'en frémit.

- Rien ne peut justifierles actes que j'ai commis. Sa voix ne fut qu'un murmure, que le vent s'empressa d'emporter. Charlotte s'avança d'un pas de plus.

-Je suis désolée mon amie. Je ne pourrais pas faire la fête avec toi ni ce soir, ni les prochains soirs. Un doux chagrin déforma les traits de Charlotte. L'appréhension laissait place aux regrets.

- Pourquoi ? Répondit Athéna, son regard se voulant sévère. Charlotte y lut son tourment. Elle aurait aimé ne pas la blesser. Un vent passa et une vague s'abattit.

- Je reprend la mer demain. Avoua-t-elle à demi mot. Athéna ne comprit pas, n'est-ce pas une raison de plus de trinquer ? Son regard se renfrogna un peu plus, elle voulut prendre la parole mais Charlotte la coupa.

- En tant que pirate.

Ses derniers mots provoquèrent un froid. Charlotte n'eut pas la force de rester. Elle sut que son amie ne pourrait qu'accepter son choix. Athéna se retrouva seule face à la mer. Les vagues s'échouaient toujours, tandis que la Lune continuait à briller.

Elle n'aima pas la mer. Elle n'aima pas la nuit. Ce soir-là, Athéna perdit sa seule amie.


HEEEEY ! Un chapitre plus long, sans pour autant plus d'action : Je sais. Mais ne vous en faites pas, la suite risque d'être fort intéressante ;)

Joyeux Noël ! Bonne fêtes à vous, en espérant vous revoir pour le prochain chapitre ! :D