Chapitre 4.
Snape n'avait pas fermé l'oeil de la nuit.
Le professeur de potions se tournait et se retournait, perturbé par cette journée hors du commun. Il était 4h du matin et il était en train de littéralement bouillir.
Granger lui avait expliqué la nature de cet accident de potions. Ça avait du être horrible.
Il n'osait l'imaginer dans son corps, et lui dans le sien. Dieu bénissait sa dimension de lui avoir épargné une aventure pareille ! Mais il comprenait mieux pourquoi elle avait eu tant d'informations en sa possession. C'était comme s'il ne pouvait rien lui cacher, comme si elle savait tout de lui, tout de sa vie qu'il tentait tellement de garder la plus secrète possible, même au regard de Dumbledore.
Et cela le dérangeait énormément. Il vivait cet instant comme une intrusion, autant dire : extrêmement mal. Il marmonna alors dans sa barbe en se levant de son lit.
Ses yeux lui brulaient atrocement la rétine, et sa tête menaçait d'exploser, mais il décida de l'ignorer tout bonnement. Alors, le sorcier sortit de la pièce, et traina la patte jusqu'à son salon, mais se figea en cours de route. Granger était là… et il l'avait complètement oublié.
La jeune femme était allongée en position foetale dans le canapé, un tissu sur les épaules. Lorsqu'il s'y pencha, Snape fronça les sourcils.
C'était une de ses capes.
Mais… mais cette dernière reposait aussi sur sa chaise derrière lui, il le savait car il venait tout juste de passer devant. L'homme se demanda réellement pourquoi Granger était en possession d'un tel effet personnel. Alors qu'il se pencha sur elle plus encore, la jeune femme grogna et bougea un peu. Il la vit frissonner, trembler et tenter de se blottir dans ce morceau de tissu trop léger pour qu'on lui jette un sort de chaleur, surtout durant toute une nuit.
Snape soupira discrètement avant de regarder tout autour de lui.
Il vit alors sa cape d'hiver, juste là, sur le porte manteau près de la porte de sortie. Alors il s'en saisit, et la posa sur la jeune femme qui s'y enfonça sans se réveiller.
Si ça n'avait pas été le cas, s'il lui avait demandé pourquoi il venait de faire une chose pareille, nul doute qu'il lui aurait répondu qu'il ne voulait pas qu'elle tombe malade et encore moins la soigner. Mais dans le fond, la vérité était qu'elle éveillait en lui un sentiment étrange. Cette Hermione-ci le connaissait sous toutes ses coutures, tous les aspects de sa vie, et cela le déstabilisait car la seule personne a tout savoir, ou presque, en ce monde était juste Albus. Autant dire qu'il y avait mieux pour nouer une complicité que ce vieux sorcier à la fois gâteux et bien prétentieux.
Snape frissonna à son tour, et c'est ainsi qu'il venait de se rendre compte qu'il s'était pointé dans la pièce uniquement vêtu d'un caleçon. Autant dire qu'il était plus qu'heureux que Hermione ne se soit pas réveiller. Alors, sans un bruit, il s'éclipsa afin de faire une toilette sommaire et de se vêtir.
Lorsque le bruit de la douche se fit entendre, Hermione cligna plusieurs fois des yeux.
Elle était bien, mais cela n'avait pas été le cas toute la nuit. Elle avait peiné à trouver le sommeil, et ses paupières étaient encore si lourdes. Elle n'avait atteint le stade du rêve que très peu de temps avant l'apparition de ce bruit, et en se redressant, elle se rendit compte qu'elle avait simplement chaud. Alors, son regard se porta sur la cape posée sur elle, et elle réalisa qu'il y en avait deux… dont une, molletonnée.
Alors elle frissonna, non plus de froid cette fois. Cela ne pouvait être que lui qui lui avait déposé ce vêtement sur elle. Quand ? Ce matin, sûrement, quand son parfum avait envahi ses narines, quand le poids de cette couverture de fortune si lourde l'avait transporté dans une bulle d'apaisement.
Le bruit de la douche se stoppa, mais la jeune femme n'avait aucune envie de quitter ce canapé. Néanmoins, elle ne pouvait laisser Snape la cueillir du lit de nouveau, en particulier ce Snape. Hermione serra alors tout de même la cape d'hiver entre ses doigts, et la caressa pensivement…Tant que lorsque la porte de la chambre de son professeur s'ouvrit, elle sursauta en ayant totalement oublié ce qu'elle avait voulu faire à savoir : se lever, et faire comme si de rien n'était en reposant sa cape où elle était hier soir.
Alors, elle eut un réflexe, peut-être stupide après tout, à savoir de suivre la première partie de son plan et de se mettre sur les pieds d'un bond.
Ce qu'elle n'avait guère calculé était qu'elle n'avait pas enfilé de pantalon pour dormir, et qu'elle avait retiré son pull par dessus le marché. C'est ainsi que Snape se figea à son arrivée, fixant un regard éberlué sur le visage de la jeune femme avant de descendre ses yeux petit à petit, passant de son débardeur moulant jusqu'à tomber sur ses jambes, nues et sa petite culotte blanche, sobre et simple surplombée d'un petit noeud noir.
Hermione eut un instant de flottement elle aussi, mais ne se cacha pas comme elle aurait pu le faire dans d'autres circonstances. Son visage devint simplement rouge commune écrevisse, avant qu'elle ne s'excuse en bafouillant.
Snape en fit tout autant, et il fut prêt à se retourner mais Hermione le fit avant et sa machoire manqua bel et bien de se pendre en voyant cette paire de fesses devant lui. Alors, précipitamment, il se retourna, à deux doigts de l'évanouissement.
« Désolée, je dors… je veux dire, c'était pour dormir, je ne voulais pas vraiment me déshabiller, enfin, si mais, balbutia-t-elle en cherchant frénétiquement son pantalon. »
Snape déglutit. Il vit alors le jean de Granger, plié, juste sur la table en face de lui. Machinalement, il prit le vêtement et le lui tendit sans la regarder.
« Merci, marmonna-t-elle. Encore, excusez-moi encore.
_ J'aurais du vous donner ma chambre.
_ Non, non, je, la prochaine fois, je ne sais pas, peut-être que…
_ Je dois avoir de vieux vêtements, quelque part, bredouilla Snape sans réfléchir.
_ Oui, oui je veux bien, parce que, vous comprenez, je n'ai rien d'autres à me mettre et…
_ Etes-vous décente maintenant ?
_ Pardon ?
_ Puis-je me retourner ?
_ Oh. Oui. Bien sûr. »
Snape s'exécuta et Hermione se racla la gorge, mal à l'aise avant de se balancer d'un pied à l'autre avec nervosité. Maintenant qu'il la voyait, il ne pouvait que constater la saleté de ses habits. Elle avait réenfilé son pull pleins de traces de boues, et son jean marqué aux genoux.
« Je… Je vais voir si je n'ai pas quelque chose. »
Snape se secoua la tête, puis se dirigea vers sa commode, dans le couloir juxtaposant sa chambre et sa salle de bain. Il ne remarqua pas Hermione qui venait de le suivre, pieds nus. Elle était frigorifiée.
Le sorcier grogna en sortant de vieux, très vieux habits lui ayant appartenu. Il y avait un t-shirt blanc, un vieux et large pull noir, ainsi qu'un pantalon de jogging en coton dont il devait avoir eu besoin une fois ou deux pour dormir, ou à enfiler à la va vite.
Lorsqu'il se retourna, il tenta de se reculer, mais le meuble le lui empêcha.
Alors, il lui tendit vite le tas de vêtements comme s'il était empoisonné.
« Ce sera trop grand, dit-il.
_ Je m'adapterais. »
Hermione retira alors son pull par le haut, et Snape se sentit être plus livide encore. La jeune femme ne remarqua ainsi sa tête qu'une fois la sienne sortie de sous son vêtement. Alors, elle se souvient de l'effet qu'avait son corps sur celui de son professeur.
Elle le savait très bien, l'accident de potion l'avait trahi.
Ainsi, au lieu d'enfiler le pull de Snape, elle lui tendit le sien, choisissant délibérément de rester avec ce débardeur si fin sur elle, celui là même qui moulait tant sa poitrine exempt de soutien gorge.
« Vous croyez que vous pourriez trouver un elfe pouvant nettoyer ça ? demanda-t-elle d'une voix un peu trop innocente. »
Pensivement, l'homme lui répondit par l'affirmative avant de remarquer que le froid avait un effet un peu trop voyant sur ses seins et que s'il continuait comme ça, c'est son anatomie à lui qui finirait par se réveiller.
« J'ai cours, abrégea-t-il en se soustrayant de cette vue « imposée ». »
Hermione le suivit du regard, se pinçant la bouche, comme prête à s'amuser de lui et du trouble évident qu'elle lui causait.
« Oh, professeur ! »
Snape se figea, tendu. Hermione accouru vers lui, ses pas faisant sautiller un peu trop ses…
« Severus, bon sang, mais arrête, t'es devenu dingue ou quoi, pensa-t-il en levant les yeux au ciel pour les fixer sur le plafond durant deux ou trois secondes. »
Peut-être l'avait-elle fait exprès, pour cette fois-ci.
« Vous avez encore mon pull dans la main.
_ Oh…
_ Et vous oubliez vos chaussures, lança la Gryffondor en se penchant pour les saisir et les lui donner. »
Snape renifla un peu avant d'enfiler ses pompes à la hâte, ne prenant même pas la peine de s'encombrer des lacets, un peu trop pressé de s'enfuir.
« C'est drôle, nous avons déjà eu un accident de chaussures par le passé. Vous aviez enfilé les mauvaises.
_ Hilarant, lança Snape, apathique.
_ Si vous donnez mon pull, pourriez-vous aussi vous charger de mon pantalon ?
_ Miss Granger, je ne suis pas votre homme de main !
_ Oh, je vous en prie, soupira-t-elle. »
Snape la vit alors se débarrasser de ce dernier et manqua de s'évanouir, encore.
« Qu'est-ce que vous faites bon sang, tenta-t-il de l'arrêter en lui reboutonnant presque lui-même le vêtement.
_ Quoi ? Vous m'avez vu en culotte i peine cinq minutes, vous n'allez rien découvrir de plus de toute façon.
_ Granger, grogna-t-il en se pinçant l'arête du nez. »
Cette fois, Hermione ne parvint à cacher son amusement lorsqu'elle se débarrassa de son bas et qu'elle le lui tendit avec une certaine fierté. Snape s'en saisit alors en lui arrachant des mains avec un air monstrueux sur le visage.
« A tout à l'heure professeur, lui glissa-t-elle. »
Snape grogna avant de sortir de là. Hermione se retourna alors elle aussi.
« Oh, et n'oubliez pas de me ramener mon repas surtout, je ne voudrais pas trop mourir de faim, je sais que vous n'avez pas de cuisine ici. »
Snape s'apprêta à lui dire d'aller se faire voir, quand il tomba de nouveau sur ses fesses rebondies, chose qu'elle ne remarqua même pas alors qu'elle était en train de s'étirer comme un chat sortant d'une trop courte sieste.
« Je commence déjà à le regretter, marmonna-t-il. »
Hermione tourna alors un peu sa tête avant de lui lancer une espèce de sourire réconfortant, auquel il répondit par un grognement. Et, lorsqu'il partit, elle ne put s'empêcher de ricaner comme une idiote.
xXx
Histoire de s'occuper, Hermione se détendit un long moment dans la baignoire de son professeur, avant de se sécher et de s'habiller. Ces vêtements, elle ne les connaissait pas, et elle n'aurait d'ailleurs pas vraiment pu soupçonner son professeur de les posséder. Son t-shirt était si long qu'il lui arrivait jusqu'aux cuisses. Alors, elle resta ainsi un moment. Snape n'avait pas manqué de lancer son sort de chauffage sur ses quartiers, comme il avait l'habitude de faire et à présent, elle n'avait plus du tout froid, bien au contraire.
Elle le savait : ses cours étaient plus éreintants qu'il n'y paraissait. Alors, lorsque la grande horloge sonna les coups de midi, la jeune femme s'affaira à ranger un peu la bazar fait dans le salon, entre le canapé, les manuels scolaires et le reste. Elle se dépêcha d'enfiler aussi le pantalon qu'elle lui avait emprunté, réajustant d'un coup de baguette le tour de taille de ce dernier.
Elle aurait pu tout aussi bien l'accueillir affublé de son t-shirt et uniquement de celui-ci, mais elle avait franchement peur qu'il ne finisse par la dégager si elle commençait à jouer à ce petit jeu.
Snape rentra dans ses quartiers une quinzaine de minutes après, exténué, soufflant de lassitude.
« Oh, vous allez bien ? »
Snape sursauta presque. Il l'avait encore oublié.
C'était vraiment une expérience tout à fait singulière que de faire cours à sa classe, de la croiser dans les couloirs et de la retrouver quelques temps plus tard, dans ses quartiers, portant son pyjama sur le dos.
« A part que j'ai évité une catastrophe en empêchant Weasley de vous envoyer un sort cuisant, oui.
_ Que voulez-vous dire ?
_ Hé bien, vous devriez le savoir. »
Hermione fronça alors les sourcils, incertaine.
« Je ne suis plus professeur de potions, Miss Granger. C'est Slughorn qui a prit mon poste, Dumbledore m'a assigné aux défenses contre les forces du mal.
_ Vraiment ? s'émerveilla la jeune femme. Mais vous devez être ravi !»
Hermione fronça les sourcils en voyant le maître des cachots s'effondrer sur sa chaise.
« Miss Granger, je vais commencer à croire que nos deux mondes sont trop différents pour que vous puissiez m'aider dans ma réalité vous savez ?
_ C'est normal que quelques détails différent enfin. Bon. Essayez d'observer mon comportement cet après midi, voulez-vous ? Je devrais avoir cours de potions et cela risque de particulièrement m'irriter.
_ Vous adorez les potions, lâcha Snape en fronçant les sourcils.
_ J'adore être la meilleure en potions, nuance. »
Snape haussa les épaules. Elle n'avait pas franchement tord. Il matérialisa sur la table un sac en papier contenant le repas du midi préparé par les elfes.
« Vous n'avez rien pris pour vous, conclut Hermione en un grognement.
_ Non, merci, je n'ai pas faim.
_ Oh que si, vous avez faim. Seulement, vous choisissez de ne pas écouter l'appel de votre estomac, trancha-t-elle. »
Snape leva les yeux au ciel.
Il l'ignora sciemment, mais elle sortit la moitié de son repas aux portions déjà réduites et les lui donna sans possibilité de refus.
« Mangez.
_ Granger, gronda-t-il.
_ J'ai dis mangez, répéta-t-elle en un haussement de sourcil. Vous devez faire les milles pas si vous avez changé pour prendre ce poste. »
Non mais pour qui se prenait-elle ? Sa mère ?!
« Ecoutez, je fais ce que bon me semble, c'est clair ? Peut-être que le Severus Snape de votre dimension est un homme plus clément, mais sachez que moi, je ne le suis pas, cingla-t-il.
_ Clément ? Vous rigolez ou quoi, vous êtes exactement les mêmes.
_ Alors arrêtez de me materner. »
Snape venait d'approcher son visage du sien d'un air sombre et menaçant, mais Hermione se contenta de lever les yeux au ciel en ne daigna même pas reculer.
« Je ne vous materne pas, je vous connais. J'ai été dans votre corps je vous signale.
_ Grand bien m'en fasse. Personnellement, je n'en ai aucun souvenir. »
Le sorcier redirigea le repas sous le nez de la jeune femme qui afficha une mine ennuyée.
« Ecoutez, je ne vois pas ce que ça vous coute de manger au moins un petit quelque chose, soupira-t-elle. Avez-vous cours cet après midi ?
_ Non.
_ Bien. Si j'en crois le calendrier, d'ici environ 2 mois, moi, Harry et Ron nous rendrons à Pré-au-Lard. Katie Bell subira un enchantement de magie noire par un collier destiné à la base à Dumbledore. J'ignore si vous pouvez minimiser un peu cette catastrophe.
_ Un collier ? Drôle de choix pour piéger le directeur. Je suppose que je pourrais dévier le destinataire. Si l'initiative vient de Drago et en toute franchise, je pense que c'est lui, il va falloir que j'ai une sérieuse discussion avec ce garçon.
_ Bien. Mais Harry vous soupçonnera sans doute de l'aider s'il vous vois lui tourner autour.
_ Je m'en fiche. »
Hermione grogna. Elle finit par rediriger son regard vers cette soupe orangée devant elle qui dégageait des effluves de potiron.
« Je comprends mieux pourquoi vous n'en vouliez pas maintenant, vous détestez la soupe.
_ 10 point pour Gryffondor, soupira Snape. »
Hermione lui adressa un mince sourire compatissant. Elle lui tendit alors son morceau de pain, et il finit par abdiquer, accoudé sur la table, l'air pensif.
« Deux mois, marmonna-t-il. Ça risque d'être long.
_ Ne m'en parlez pas…
_ Quels sortilèges devrais-je prioriser pour la suite des événements pensez-vous ?
_ Je vous dirais bien d'accentuer l'étude sur les inferi et des informulés, on en aura besoin quand on chassera les Horcruxes. On devra être rapide.
_ J'en prends note. »
Hermione soupira en trifouillant pensivement sa cuillère.
« Au fait, est-ce que le nom de Mulciber vous évoque quelque chose ?
_ Oui, c'est un mangemort, mais nous n'avons eu que des contacts éloignés.
_ Oh, vous n'êtes pas brouillé avec lui ?
_ Non. Il n'y a dans mon cercle que Bellatrix qui continue de douter de ma sincérité, mais je suppose qu'elle ne fera rien en sachant l'existence de mon engagement envers sa soeur.
_ Bien. Car dans ma réalité, vous avez eu une altercation violente avec ce mangemort qui aurait du se dérouler d'ici deux semaines ici, mais je suppose qu'elle n'aura pas lieu.
_ Bien. »
Hermione ressentit un regain d'espoir.
Elle avait émit quelques soupçons sur l'implication de la mort de Mulciber dans le meurtre de Snape. Après tout, il avait été tué par trois sorciers qui semblaient lui en vouloir personnellement, rien n'excluait la thèse de la vengeance. Cela lui fit tout de même un pincement au coeur. Elle continuait de s'en sentir responsable malgré tout… Si seulement elle avait fait quelque chose ce soir-là.
« Je suppose que vous avez donc suivi le cursus scolaire de cette année, lâcha Snape, pensif.
_ Oui, pourquoi ? »
Le sorcier ne répondit pas et à la place, partit chercher une énorme pile de parchemins horriblement haute.
« Parce que je me suis un peu lâché sur les interrogations écrites cette semaine.
_ Merlin tout puissant, aspira Hermione. »
xXx
Les jours passaient et se ressemblaient un peu.
Bien souvent, le soir, Hermione et Snape avaient pris l'habitude de corriger les copies du jour ensemble, histoire de passer le temps. Ils avaient trouvé leurs espaces respectifs assez facilement au bout du compte. Hermione se trouvait juste en face de son professeur, le nez plongé dans les parchemins, sa plume à encre rouge notant frénétiquement chaque faute avant qu'elle ne tente les papiers à Snape qui se contentait d'assigner la note finale et bien sûr, un commentaire toujours aussi acerbe l'accompagnant.
« Je compatis vous savez, commença Hermione en constatant pas moins de 8 fautes sur 10 au parchemin de Pansy Parkinson.
_ C'est-à-dire ? demanda Snape qui venait de lâcher un T en la personne de Deam Thomas.
_ Hé bien vous avez raison : les élèves de cette école sont presque tous d'horribles cornichons. »
Snape leva un visage un peu surpris vers la jeune femme en levant un sourcil.
« Quoi ? J'ai aussi corrigé des copies quand j'étais dans votre corps, j'ai cru devenir dingue. »
Snape cacha un sourire amusé en baissant le regard sur le nouveau parchemin devant lui.
« Dire que je dois m'y recoller maintenant, marmonna-t-elle.
_ Oh je vous en prie, ça fait des années que je me les coltine, que devrais-je dire ?
_ Je comprends mieux pourquoi vous êtes si grognon maintenant.
_ Je ne suis pas grognon ! »
Hermione afficha une mine entendue à Snape qui soupira de lassitude.
Il reprit la correction de ses parchemins, mais sa tête, elle, était ailleurs.
Cette cohabitation était toujours aussi bizarre à vivre, il n'y avait pas d'autres termes. Le jour, il croisait Hermione Granger un peu partout, que ce soit dans les couloirs, la Grande Salle ou dans ses cours. Il n'y avait rien d'étrange là dedans et la plupart du temps, ils s'ignoraient royalement. Mais lorsqu'arrivait l'heure du midi, puis du soir, Snape esquivait les repas et rejoignait Granger bis dans ses quartiers. Sauf que cette fois, il faisait face à une femme un peu différente, sans vraiment l'être.
Bien sûr, elle restait Hermione Granger, cette sorcière horriblement insupportable ayant toujours réponse à tout et prête à s'inquiéter pour tout le monde. Elle avait le même physique par dessus le marché. Mais elle réchauffait la pièce à son arrivée, elle trouvait toujours de nouveaux sujets à aborder, s'inquiétait de ses douleurs, de son stress, tout en étant tout à fait à même de lui laisser de l'espace.
Histoire de rendre la différenciation un peu plus facile pour lui, il la nommait par son prénom une fois franchi le seuil de ses appartements. Cela aidait à mieux supporter la proximité supposait-il. Dans tous les cas, elle semblait cacher un certain ennui. C'était qu'elle ne pouvait pas vraiment pratiquer la magie ici, au cas où quelqu'un découvrirait que ses quartiers étaient habités. Un chaudron explosé, et le pot-aux-roses serait découvert. Mais Snape en était ennuyé.
Ainsi, il fit son cours aux Gryffondor le lendemain, l'air absent. Il leur avait de nouveau donner un contrôle, chose qu'il faisait de plus en plus régulièrement. Peut-être pour avoir de quoi occuper la jeune femme qui était en ce moment même dans ses quartiers.
Lorsque la cloche sonna, Snape se releva.
« Miss Granger ? »
Hermione se retourna, surprise. Elle intima à Ron et Harry de partir sans elle afin de rester avec Snape en fin de classe. C'était que son professeur était un peu moins exécrable avec elle depuis quelques jours, et elle en était assez soulagée. Elle mit cela sur le compte de son changement de poste qu'il avait tant attendu depuis toutes ces années.
« Oui professeur ?
_ Vous me semblez… préoccupée par vos devoirs de potions en ce moment, est-ce que tout va bien ? »
La jeune femme leva les sourcils à sa demande.
Snape… se préoccupait d'elle ?
La jeune femme cligna plusieurs fois des yeux, un peu éberluée.
« Oh, hé bien… le niveau a un peu augmenté cette année vous savez, et… le professeur Slughorn, il…
_ Il vous met en compétition, c'est cela ? gronda-t-il. »
Hermione grimaça avant de hocher la tête. Alors, Snape soupira dans le vide. Son prédécesseur avait toujours agit ainsi, et il n'aimait guère ces méthodes de travail. La compétition était saine certes, sous certaines conditions uniquement.
Snape estimait que les potions ne rentrait pas dans ce cadre, cette pratique s'avérant trop dangereuse. Et puis, il savait dans le fond, que son collègue ne faisait ça que par pur égocentrisme.
« Est-ce cela qui vous préoccupe ?
_ Un peu… répondit Hermione, n'osant parler à Snape de ce manuel qu'avait en possession Harry et qui lui donnait des instructions un peu trop pertinentes sur ses préparations.
_ Je ne suis plus professeur dans cette matière, mais cela me surprend que vous rencontriez des difficultés. Est-ce une potion en particulier ?
_ Je n'ai pas réussi à préparer de la Felix Felicis lorsque le professeur Slughorn me la demandé, marmonna-t-elle.
_ Cette potion est extrêmement difficile à préparer.
_ J'ai suivi le manuel pourtant, s'agaça la jeune femme.
_ Manuel avancé de préparation des potions, par Libatius Borage ?
_ Oui, répondit simplement Hermione en clignant des yeux.
_ Ce manuel est encore plus vieux que ma mère, lui glissa-t-il en chuchotant. »
Hermione rit sans s'en rendre compte, et arracha même un mince rictus à son enseignant. Elle se mordit la lèvre inférieure lorsque la pensée que son professeur n'était définitivement pas si horrible que cela lui traversa l'esprit.
« Que dois-je faire ? Mes résultats avec ce bouquin sont devenus vraiment moyens, lui murmura-t-elle.
_ Complétez le avec vos connaissances sur chaque ingrédients et un peu de logique. Comme ce foutu élixir d'euphorie qui donne envie de chanter. Peut-être pourriez-vous ajouter…
_ De la menthe poivrée, dirent-ils en même temps. »
Snape lui adressa un regard entendu avant que la jeune femme ne soit sur le point de sautiller de joie.
C'était pourtant… logique !
« Merci monsieur, lui dit-elle avec sincérité.
_ Miss Granger, je voulais… vous poser une question, un peu incongrue j'en conviens.
_ Oui ? demanda-t-elle en penchant la tête.
_ Quel livre n'avez-vous pas encore lu ? »
Hermione rit de nouveau, un peu plus franchement cette fois.
« Je n'en sais rien du tout, lui avoua-t-elle. Pourquoi cette question ?
_ Oh hé bien… »
Snape cligna des yeux, avant de réfléchir à toute vitesse.
« Je pense avoir feuilleter tous les foutus bouquins de cette bibliothèque et de Fleury&Bott réunis. Vous me sembliez être la bonne personne pouvant m'en conseiller d'autres, mentit-il. »
Jamais personne ne lui avait demandé de conseils littéraires. En réalité, Hermione avait d'avantage l'impression de fatiguer tout le monde autour d'elle avec ce sujet.
« Certains des seuls livres que je n'ai jamais consulté doivent provenir de la réserve, songea-t-elle. »
Snape prit une profonde inspiration, puis la jaugea. Il la connaissait maintenant, d'une certaine manière… et il pouvait affirmer que cette jeune fille n'avait rien de dangereux. Alors, il ouvrit un de ses tiroirs, et en sortit un bon d'autorisation afin de consulter cette section interdite.
Lorsqu'il le lui tendit, Hermione n'en crut pas ses yeux.
« Voudriez-vous bien me ramener celui qui vous attirera le plus ?
_ Vraiment ?
_ Oui, vraiment.
_ Un seul ? hésita-t-elle.
_ Autant que vous voudrez. »
Le sourire de la jeune femme s'agrandit.
« J'y vais de ce pas et je vous ramène ça dès la fin de la classe.
_ Merci Hermione. »
Le sorcier retourna à ses affaires, et ne vit pas les yeux de la sorcière devant lui de nouveau cligner, avant qu'un certain rougissement ne teinte la peau de son visage. Lorsqu'elle quitta sa salle de classe, à l'abri de tout regard, elle ne put s'empêcher de sourire de flatterie.
