Chapitre 5.
Ce soir-là, Snape revient à ses quartiers avec, non pas une pile de parchemins, mais un exemplaire du livre des sorts de Miranda Fauconette. Hermione, qui avait encore les cheveux mouillés de sa précédente douche, n'avait osé y croire lorsqu'elle l'avait eu devant elle.
« Comment avez-vous su que je voulais le lire ? s'émerveilla-t-elle.
_ Je n'ai eu qu'à vous le demander. Ou plutôt à le demander à Hermione Granger numéro deux, qui a gardé le livre des potions de Zygmunt Brudge pour elle.
_ Merci Severus, je m'ennuyais tellement ici ! »
Snape n'osa tiquer sur l'emploi de son prénom et se contenta de la laisser s'asseoir sur son canapé. Mais ses cheveux dégoulinaient d'eau, alors il lui lança un sort de chauffage rapide avant qu'elle n'entache tout le sofa.
Hermione voulu le réprimander vivement, mais fronça les sourcils lorsqu'elle se toucha les cheveux.
Ses boucles… elles étaient aussi belles que comme quand il habitait son corps !
« Alors c'est ça ! C'est comme ça que vous faisiez !
_ Faisais quoi ?
_ Laissez tomber. »
Hermione fut tellement heureuse que Snape ne l'entendît plus durant deux jours entiers, le nez fourré dans son livre.
Il avait eu… un peu pitié d'elle, devait-il l'avouer. La jeune femme tournait en rond comme un lion en cage, alors après qu'elle ait dévoilé le prochain incident que préparait Drago, il s'était dit que lui rendre la pareille était un minimum. Et puis, elle restait une véritable énigme !
Souvent, elle n'osait en dévoiler trop, trop vite sur l'avenir qui les attendait. Peut-être avait-elle peur de s'emmêler les pinceaux ? Toujours est-il qu'il était de plus en plus intrigué, en particulier sur son évolution, leur évolution. Hermione Granger avait fait preuve d'une familiarité particulière avec lui. Cette histoire de corps échangés dans le plus grand secret était une chose, mais elle n'expliquait pas tout.
Snape soupira alors de lassitude, assis derrière son bureau. L'hiver approchait, et avec cela l'incident de ce collier également. Il en avait discuté longuement avec la jeune femme et avait conclu qu'ils attendraient avant de confronter Drago. Snape peinait à se faire à l'idée que désormais, il n'était plus seul dans cette mission. Cela l'allégeait tout de même d'un certain poids. Mais cette proximité…
Ce matin encore, il s'était levé avec uniquement un caleçon sur le dos et ses chaussons trainant sur le sol pour se rendre à sa salle de bain.
Lorsqu'il l'avait ouverte, il l'avait vu, là, en train de se brosser les dents, uniquement vêtue de son t-shirt qui lui cachait à peine les fesses. Il l'avait salué d'un grognement avant de ne pas s'encombrer et de rentrer dans la pièce afin de chercher sa baguette. Hermione l'avait récupéré et la lui avait tendu après l'avoir récupéré au bord de son lavabo. Il avait alors de nouveau marmonné un merci avant de lui faire remarquer cette trace de dentifrice qu'elle avait sur le coin de la bouche.
« Professeur ?
_ Oui ? »
Snape leva un visage surpris par Hermione Granger numéro une du nom, qui venait de l'interrompre dans sa réflexion alors que le cours était terminé.
« Slughorn dit que ma préparation sur l'Amortencia n'est pas assez parfumé, grogna-t-elle en lui tendant un flacon. Je ne suis pas d'accord.
_ Hermione, je vous ai déjà dis que je n'enseignais plus cette matière.
_ Mais… »
La jeune femme soupira. Force était d'admettre qu'elle s'en sortait beaucoup mieux lorsqu'il l'était.
« Bien, finit-elle par abdiquer.
_ Attendez. »
Snape afficha une mine ennuyée avant de tendre sa main. Timidement, Hermione lui donna une fiole, rempli d'un liquide rose nacré.
« Cette potion est dangereuse, marmonna-t-il.
_ Je sais.
_ Sa couleur ne me paraît néanmoins pas suspecte. »
Snape ôta le bouchon de liège retenant le liquide, et y passa son nez. Il était habitué à ce que cette potion ne lui provoque plus aucun effet depuis des années.
« C'est… étrange.
_ Qu'est-ce qui est étrange ? demanda-t-elle, un peu envoutée par les effluves qui venaient jusqu'à elle.
_ Ça sent… laissa-t-il trainer en fronçant les sourcils. »
Hermione s'approcha de la fiole sans s'en rendre compte elle aussi. Elle fit un pas et se pencha, avec une extrême lenteur, comme ensorcelée par son contenu.
« Ça sent… les…
_ Parchemins neufs, compléta-t-elle.
_ Oui, et la…
_ Bibliothèque, mais aussi, rougit la jeune femme.
_ Le dentifrice à la menthe. »
Hermione leva un regard un peu surpris vers le sorcier, qui ne parvint à cacher sa gêne. Ils avaient sensiblement senti la même chose, et heureusement que Snape avait évoqué cette histoire de dentifrice car elle aurait bien été à deux doigts de dire une chose… bizarre.
Snape s'empressa de fermer le bouchon de la fiole, et c'est alors que tout deux réalisèrent leur promiscuité, Hermione penchée sur le bureau de son professeur, son visage à deux centimètres du sien. Elle se recula d'un coup, rougissant de confusion.
« Cette préparation me paraît… convenable, conclut-il, mal à l'aise. »
Snape lui rendit alors sa potion, les mains un peu tremblantes.
« Slughorn doit être jaloux, balança-t-il sans réfléchir. »
Hermione émit une faible expiration mi surprise, mi amusée.
« Mais pourquoi l'avoir préparé maintenant ? Elle n'est prévu qu'en fin de programme.
_ Je voulais m'avancer.
_ Oh. Cela confirme donc ma thèse de la jalousie. »
Cette fois, Hermione sourit plus franchement.
« N'avez-vous donc pas d'autres passe-temps que vos devoirs ? demanda-t-il, sans sarcasme, étrangement.
_ Pas vraiment… Enfin, si… mais…
_ Que sont-ils dans ce cas ? »
Hermione ouvrit la bouche, toujours aussi stupéfiée. Il la nommait par son prénom depuis des semaines, lui demandait son bouquin favori, la rassurait, s'inquiétait même pour ses résultats et maintenant, s'intéressait à ses loisirs. C'était… singulier, mais appréciable. Après toutes ces histoires de prince de sang mêlé, et de Ron qui continuait de bouder dans son coin…
« Vous allez vous moquer de moi, marmonna-t-elle en finissant par s'asseoir en face de lui.
_ Mais non, gronda-t-il en levant les yeux au ciel. »
Devant le regard appuyé de la jeune femme, Snape lâcha sa plume.
« Bon, peut-être un peu… Si vous me dites que c'est du tricot. »
Hermione rit de nouveau, mais Minerva entra dans la pièce en toute discrétion. Elle devait demander une espèce de liste d'ingrédients à son collègue si ronchon que son remplaçant n'osait même pas le faire lui-même. Mais la sorcière se figea face au spectacle devant elle.
Une Hermione Granger amusée face à un Severus Snape accoudé à son bureau, et qui ne cachait nullement un sourire enchanté lui aussi.
« Bien, je feuillette de vieux exemplaires de la Gazette du Sorcier.
_ Vraiment ? Pourquoi ?
_ Je ne sais pas, je suppose que c'est pour me replonger dans un univers que je n'ai jamais connu. Je suis même tombée sur votre déclaration de naissance la dernière fois.
_ Dites-moi qu'il n'y avait pas de photo, par pitié.
_ Oh si si, il y en avait une, glissa-t-elle avec malice.
_ Oh non, soupira Snape en fermant les yeux.
_ Vous aviez déjà plein de cheveux noirs, et un visage tout joufflu, craqua-t-elle se retenant de pincer ses joues.
_ Oh bon sang, mais Miss Granger ! s'emporta-t-il. Vous l'avez gardé ?
_ Bien sur que non, je n'aurais jamais fait un truc pareil.
_ Après tout ce que je vous fais subir ? Je vais commencer à croire que vous êtes trop bonne pour ce monde de brutes.
_ N'importe quoi.
_ Enfin, je me contenterais d'être un connard pour deux.
_ Vous le faites déjà. »
Snape fusilla la jeune femme du regard… mais Hermione rit de nouveau avant que Snape ne lui se penche pour lui frapper gentiment le bras. Minerva continua de les observer, éberluée, et aucun des deux ne remarqua même sa présence.
« Alors c'est à ça que vous passez vos journées ? Lire de vieux journaux, enquiquiner mes cours et faire vos devoirs.
_ Oh non, je m'occupe aussi de mon chat et j'ai des plantes un peu partout.
_ Des plantes ?
_ Des bonsaïs.
_ Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
_ Ce sont des petits arbres japonais qu'on taille, il faut de la patience et de la minutie pour… »
Soudain, la directrice des Gryffondor se racla la gorge. Alors, Snape redressa un visage un peu surpris vers sa collègue, et Hermione se retourna, le feu aux joues.
« Pardon, se précipita-t-elle. Je… je dois y aller. Merci professeur. »
Snape lui adressa un mouvement de tête timide avant de se tourner vers Minerva qui l'observait d'un air ahuri.
« Quoi ?
_ Tu flirtais, s'insurgea la sorcière.
_ Je te demande pardon ? Mais tu as perdu la tête Minerva ?
_ Alors tu discute avec elle. Et ça, c'est grave. Tu ne fais pas ça, trancha McGonagall.
_ Quoi, parler avec mes étudiantes ? Désolé de ne pas être un salaud sur 100% de mon temps.
_ Oh, je t'en prie, souleva la vieille sorcière en grognant.
_ Qu'est-ce que tu veux ?
_ La liste des ingrédients que tu donne à Hagrid chaque semestre pour qu'il aille les chercher dans la forêt.
_ Horace n'aurait pas pu te fournir ça ?
_ En vérité, c'est lui qui m'envoie. »
Snape marmonna dans sa barbe, avant de sortir ses notes et de lui tendre un vieux papier.
« Au risque de me répéter, je n'enseigne plus les potions.
_ Au risque de me répéter, les relations entre professeurs et élèves sont interdites.
_ Tu veux savoir ce qui devrait aussi être interdit Minerva ?
_ Sans façon.
_ Que tu ferme un peu ta grande… »
La vieille sorcière s'éclipsa sans laisser son collègue finir son injure, et c'était sans doute tant mieux pour ses saintes oreilles. Snape serra les poings en s'empressant de sortir de là, se rendant d'un pas déterminé vers la cabane d'Hagrid.
Il était drôlement remonté. Non mais de quoi se mêlait cette Minerva de malheur ?
Et puis, lui ? Flirter ? Il lui manquait une case ou quoi. Même s'il l'avait voulu, il n'aurait même pas su comment s'y prendre.
Snape toqua à la porte du gardien qui l'ouvrit timidement. Il avait reconnu à sa manière de taper que c'était le redouté professeur de potions qui se trouvait derrière.
« Hagrid, j'ai besoin de vos services.
_ Oui ? demanda le gardien, intrigué.
_ Est-ce que vous connaissez les bonsaïs ?
_ Les « bonsaïs » ?
_ Oui, les bonsaïs. Il m'en faudrait un. Ou deux.
_ Comme c'est amusant, Mademoiselle Granger m'a fait exactement la même demande l'année dernière.
_ Amusant, oui, grinça Snape.
_ Je vous répondrais malheureusement la même chose à savoir que les arbres de la forêt interdite sont un peu trop grands pour faire des bébés, se moqua gentiment le semi géant. »
Snape grogna, puis retourna vers ses quartiers d'un pas vif. Il fallait croire que tout le monde s'était donné le mot pour l'emmerder.
Lorsqu'il ouvrit la porte, comme à son habitude, il fit face à Hermione qui tournait en rond comme une lionne enfermée.
Snape était ponctuel. Et cette demi heure de retard l'avait mise sur les nerfs. Un tas de scénarios lui étaient passés par la tête, le plus probant ayant été sa mort qu'elle n'aurait pas réussi à éviter de nouveau.
Mais quand les gongs de la porte grincèrent, elle se stoppa. Ses yeux s'étaient d'emblée humidifiés.
« Je déteste Minerva, je déteste cette école, je déteste Hagrid et je vous déteste, accusa-t-il en se débarrassant de sa cape. »
Hermione, sans réfléchir, bondit sur lui et l'enlaça avec force. Les yeux du maître des cachots s'arrondirent d'effroi avant qu'il ne se tende.
« J'ignorais que vous faire part de mes sentiments de haine provoquerait chez vous ce genre de réaction.
_ Vous êtes en retard !
_ Oh, vous êtes donc juste reconnaissante car j'apporte le repas.
_ Arrêtez de faire l'idiot, j'ai eu peur.
_ Peur ? Pour quoi faire ? »
Hermione redressa juste un peu sa tête pour le fusiller du regard.
« La peur, ça ne se commande pas je vous signale.
_ Vous savez tout de mon rôle de mangemort, des réunions, de Voldemort et du reste. C'est de cela dont vous devriez être effrayée.
_ Où étiez-vous ?
_ Avec vous. Enfin, avec votre double, pour être plus exact. »
Hermione grogna, et se détacha brutalement de l'étreinte dans laquelle elle avait prise son ancien professeur. Enfin, si tant est que cette version ait pu l'être un jour.
Elle prit place sur le sofa, et ramena ses genoux contre elle, lança un incendio dans l'âtre de la cheminée d'un air si furieux que son sort créa un feu énorme.
« Dire que je vous attendais, et vous, à la place, vous avez préféré discuter…
_ Avec vous, compléta Snape, un brin amusé.
_ Vous savez très bien de quoi je veux parler. »
Snape soupira dramatiquement en levant les yeux au ciel.
« Ils avaient de la mousse au chocolat dans les cuisines, clama-t-il en ignorant son côté boudeur.
_ Je m'en fiche, grogna-t-elle.
_ Quoi, vous ? Vous foutre du chocolat ? Vous m'en direz tant.
_ Laissez-moi tranquille, je n'ai pas faim.
_ Bien, grinça Snape. »
Le sorcier déposa le sac en papier craft sur la table, et se rendit dans sa chambre dont il claqua la porte.
Non mais pour qui se prenait-elle ? Il s'était décarcassé pour elle ! Il avait tout fait cet après midi afin de trouver de quoi l'occuper, et il la supportait, nuit et jour ! Le sorcier se mit ainsi à tourner en rond, enragé.
Jamais il n'avait cohabité avec quelqu'un, jamais il n'avait eu à penser à un autre individu que lui-même. Ce que cette Granger lui demandait était de l'ordre du supplice, pour lui qui était si solitaire. Et c'était ainsi qu'elle le remerciait ?!
L'estomac du maître des cachots criait famine, mais il choisi de l'ignorer. Il avait prit la sale habitude de manger en sa compagnie, mais il n'avait même pas envie de l'apercevoir ou de l'entendre, il en avait eu pour son compte.
Alors, Snape se défit de ses vêtements en vue de se coucher. Il entra dans son lit, mais il était bien trop tôt. Alors, il remua sur place, encore et encore. Il tenta de lire un livre, sans succès. C'est au bout de près d'une heure qu'il sortit de ses draps, plus en colère que jamais.
Cette Gryffondor de malheur lui avait bousillé la soirée.
« Vous savez quoi ? clama-t-il en sortant de sa chambre, uniquement vêtu de son caleçon, comme il en avait pris la sale habitude. Aujourd'hui, les astres eux-mêmes se sont alignés pour m'emmerder, et vous faites parti de cette constellation. J'ignore si demain sera un jour nouveau, mais je refuse de me laisser crever de faim pour votre bon plaisir ! »
Hermione, qui avait les jambes étalées sur la table basse, le nez plongé dans un bouquin, releva les sourcils, à la fois consternée et blasée. Elle le suivit du regard, en train de traverser ses appartements pour se chercher un sandwich au fromage, et leva les yeux au ciel.
« Je déteste les toasts au fromage de toute façon.
_ Je sais ! s'emporta-t-il. Je vous avais pris la fricassée de poulet à la place, mais pauvre idiote que vous êtes, vous avez préféré me faire une crise existentielle.
_ Je n'ai pas fais de crise existentielle, nia-t-elle.
_ Vous êtes littéralement jalouse de vous-même, posez-vous des questions, trancha-t-il en rebroussant chemin jusqu'à sa chambre, sésame en main. »
Hermione ne se laissa pas démonter. Agacée, elle se leva d'un bond et suivit son professeur jusque là.
Snape arrondit le regard face à cette intrusion, l'éniéme du nom.
« Comment ça je suis « jalouse » ? Je ne vous permets pas !
_ Partez de ma chambre, gronda-t-il en serrant les dents.
_ Vous êtes arrivé avec une demi heure de retard, plancha-t-elle sur sa position, et vous me reprochez d'être inquiète ? Je n'ai pourtant pas souvenir de vous avoir retenu un jour aussi longtemps !
_ Oh, peut-être n'en avez-vous aucun parce que cette réalité n'est pas la votre ? Peut-être parce que mon Hermione Granger m'est moins insupportable que vous ! »
A l'instant où Snape prononça ces mots horribles, il sut qu'il avait fait une bien belle erreur. Il vit le regard de la jeune femme changer. Elle était blessée. Il l'avait blessé. Mais sa foutue fierté n'en démordais pas. Snape continuait de se tenir fièrement face à Hermione, le regard embrumé mais pourtant, bel et bien plus en rage que jamais.
« Bien, vous avez gagné, souffla-t-elle. »
Snape plissa les yeux en la voyant repartir. Il l'observa en train de se rhabiller à la va-vite, enfilant son t-shirt et son jean qui lui donnaient une allure débraillée.
Elle n'allait pas sortir de toute façon, elle ne le pouvait pas.
Mais il la vit bel et bien partir de ses quartiers en claquant la porte.
Alors, Snape grogna un instant.
Bon débarras, songea-t-il…
Mais au fil des secondes, Snape réalisa l'horreur de la situation.
Hermione était partie. Il ne pouvait pas la laisser se sauver dans ce monde qui n'était pas le sien, dans ce Poudlard, avec son double qui traînait dieu sait où. Mais enfin, ce n'était plus son problème après tout…
Merde, comment allait-il se débrouiller sans elle ? Sans ses conseils, sans ses aiguillages sur la suite ?
Non. Il fallait qu'il la rattrape, et le plus vite possible.
xXx
Snape descendit les escaliers de ses quartiers à grandes enjambées, à deux doigts de se casser la figure. Il avait enfilé un pantalon à la hâte un peu trop large, sa chemise était à moitié sortie de celui-ci et il manqua la dernière marche qui le fit atterri en bas avec un peu trop de rudesse.
Mais il n'en tint pas compte et releva la tête pour la voir au bout du couloir, partir dieu sait où.
« Hermione ! appela-t-il en se relevant à la hâte. »
Snape courut alors, se tenant le pantalon qui descendait au fil des secondes.
Hermione quant à elle, pris une profonde inspiration de soulagement.
Cela faisait des semaines qu'elle n'était pas sorti de cette pièce, et elle commençait à en devenir folle. Mais soudain, ses bras se firent agripper par une poigne assez forte.
« Hermione, rentrez, lui dicta-t-il.
_ Rentrer où ? grinça-t-elle en se défaisant de sa prise. Vous avez du être bien content que je m'en aille ! Vous n'êtes pas le Severus Snape de mon monde, vous non plus. Ça vous va ? Alors allez retrouver « votre » Hermione.
_ Je sais que je ne le suis pas, mais j'ai besoin de vous. »
Hermione grogna avant de tenter de repartir, agacée. Mais il la rattrapa de nouveau.
« Laissez-moi passer, s'agaça-t-elle.
_ Non.
_ Tant pis, je le ferais quand même. »
La jeune femme tenta de le pousser sur le côté, plus énervée encore par sa réponse, mais Snape l'en empêcha et s'imposa face à elle.
« A quoi vous jouez ?! Laissez-moi tranquille ! Vous ne vouliez même pas de moi à la base !
_ Les choses ont changées !
_ Absolument pas ! Vous préférez votre version, j'aurais du me douter que m'incruster dans ce monde ferait de moi un parasite, une pâle copie, rien de plus.
_ Ne dites pas de sottises enfin, vous êtes la même Hermione.
_ Non, c'est faux ! Cette Hermione là se fiche de votre sort, pas moi !
_ Je suis certain qu'elle ne s'en fiche pas. »
La sorcière sentit le peu de self control qu'elle avait s'évaporer de son esprit comme par magie. Elle fulmina littéralement, avant de pousser son professeur sur le côté, décidée à partir de ce foutu château et de s'en aller, dieu sait où, trouver une autre solution, ou suivre Snape de loin histoire qu'il ne se fasse pas bêtement tué.
« Où est-ce que vous allez ? souffla Snape en parlant plus fort.
_ J'en sais rien, loin de ce château, et loin de vous ! »
Snape soupira en se tenant l'arête du nez. Il finit par boutonner son pantalon convenablement et à la rattraper, pour la dernière fois parce qu'il devait avouer qu'il en avait franchement marre de ce petit manège.
« Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise au juste ? Si je vous balance que votre double est une élève comme une autre, vous allez vous vexer. Si je vous dis qu'elle m'est peut-être un peu moins insupportable depuis votre arrivée, vous allez vous vexer. Mettez-vous à ma place deux minutes !
_ Cette Hermione-là ne sait pas ce que je sais, elle n'a pas vécu ce que j'ai vécu, elle ne vous aide pas, elle ne vous supporte pas, elle ne vous attends pas avec impatience, elle ne mange pas avec vous tous les soirs ! Elle ne fait que suivre vos cours !
_ Vous avez été cette Hermione, vous l'êtes encore. Comprenez que ce n'est pas simple pour moi de conjuguer avec vous deux, pour moi, vous êtes la seule et unique personne. Le jour, vous êtes mon élève, et après, et bien, vous êtes… laissa-t-il traîner sans parvenir à qualifier la nature de leur relation.
_ Un passe temps.
_ Non.
_ Votre animal de compagnie alors, et un journal sur des faits potentiels que vous allez consulter quand vous en avez besoin. Elle compte, pas moi, la preuve.
_ Vous comptez, se contenta-t-il de nier.
_ Prouvez-le.
_ J'étais parti chercher un bonsaï car votre double m'a dit que c'était son passe-temps, c'est pour cela que je suis en retard.
_ Mon double, mon double, encore et toujours elle ! s'emporta-t-elle. Vous n'avez qu'à vous marier avec elle si c'est si simple !
_ Hermione, soupira-t-il.
_ Qu'est-ce qu'elle a de plus que moi, mmmh ?
_ Oh hé bien, je pense que pour commencer, elle ne me taperait aucune crise de jalousie quelconque, se moqua-t-il gentiment. »
Hermione grogna en croisant les bras devant elle.
« Rentrons, lui dit-il en lui tendant sa main. Ce sera bientôt les vacances, je suis sûre que nous pourrons sortir durant cette période. Et je vous promets de ne pas vous rendre dingue d'ici là. Ça vous va ?
_ Je ne sais pas, souffla-t-elle.
_ Je me suis fais à votre présence vous savez ? Je ne m'imagine plus rentrer chez moi sans discuter d'à quel point j'ai envie de tuer tout le monde, et ça, quoique vous en disiez, je ne le ferais jamais avec elle, pas plus que je ne mangerais ou ne jouerais aux échecs.
_ Je déteste les échecs version sorcier, marmonna-t-elle.
_ Qui a parlé de la version sorcier ? »
Hermione finit par sourire. Un peu. Elle lui prit cette main tendue, avant de le suivre jusqu'à ses quartiers. Dieu merci, personne ne les avaient vu.
« Savez-vous que dans ma réalité, Neville nous a surpris et a fait parti de notre secret ?
_ Vraiment ? Et il a réussi à faire ça sans se pisser dessus ? »
La jeune femme rit un peu avant de rentrer de nouveau dans les chauds quartiers du maître des potions. A leur arrivée, le sorcier disposa la nourriture sur la table et la réchauffa d'un coup de baguette. Il tendit un bol à la jeune femme, rempli de sauce et de poulet. Elle l'accepta en rougissant, de honte sans doute.
« Rester enfermée ici me rends sans doute un peu folle.
_ Oh oui, folle à un point où vous m'avez dit que je devrais me marier avec vous. »
Hermione sourit avant de baisser la tête. Ils mangèrent ainsi en silence, avant que Snape ne sorte de table afin de chercher un jeu d'échec qu'il avait quelque part dans sa bibliothèque.
« Je n'ose pas imaginer la tronche qu'aurait tiré Minerva en nous voyant nous crêper le chignon tout à l'heure au beau milieu de ce couloir, dit-il au loin, elle m'a déjà sorti une aberration tout à l'heure, ça n'aurait fait que confirmer ses doutes.
_ Quels doutes ? demanda la jeune femme innocemment, ramenant la vaisselle sale dans le sac en papier kraft habituel qu'utilisait Snape.
_ Elle a dit que je flirtais avec vous. »
Les yeux d'Hermione s'arrondirent comme deux soucoupes avant qu'elle ne devienne si rouge qu'elle s'enfonça dans son siège.
« C'est ridicule, murmura-t-il en disposant le jeu d'échec devant eux ainsi que les pièces.
_ Si vous le dites…
_ Bien sûr que je le dis, j'ai une éthique. Vous êtes mon élève voyons.
_ Non. Enfin, pas moi, releva-t-elle avec timidité. »
Snape cligna un peu des paupières en relevant son visage vers la jeune femme. Puis, il se secoua la tête, un peu décontenancé.
« Oui, c'est vrai, chuchota-t-il. Mais ça n'est pas… enfin, ça n'a pas de sens.
_ Pourquoi, je ne vous attire pas ? »
Snape fronça les sourcils avant de se figer. Il se trouvait à côté d'elle, en train de disposer les pièces blanches de son jeu.
« C'est une drôle de question que vous me posez.
_ C'est une drôle de réponse que vous me donnez, continua Hermione.
_ L'attirance n'est pas le sujet.
_ Pourtant, que je sache, ça commence par là, non ?
_ Rien ne commence, trancha-t-il.
_Nous ne faisons que discuter relaxez-vous. Et puis, je suis juste intriguée car votre premier argument a été celui de mon statut d'élève.
_ Bien sur que ça l'est, jamais je ne pourrais entreprendre ce genre de choses avec une étudiante de cette école voyons.
_ Et c'est pour ça que je vais ai rappelé que je ne l'étais pas, lâcha fièrement Hermione.
_ Vous avez vraiment réponse à tout n'est-ce pas ? »
Hermione lui envoya un sourire malicieux en guise de réponse. Alors, Snape se plaça en face d'elle, et avança son premier pion. C'est ainsi que le jeu débuta, dans le silence d'abord… Mais il ne pouvait en rester là.
« Pourquoi est-ce que ce que m'a raconté Minerva n'a pas l'air de vous déranger au juste ? demanda-t-il en marmonnant, les yeux rivés sur le jeu pour éviter de la regarder.
_ Parce que ça me flatte.
_ Ça vous flatte ? répéta Snape, éberlué en osant enfin darder son regard sur son visage.
_ Je ne vous ai jamais vu flirter avec quel que femme que ce soit, alors oui, l'idée que vous puissiez le faire avec moi me… plait, finit-elle par avouer en prenant la tour du sorcier qui semblait distrait.
_ Vous… vous êtes dingue, balbutia-t-il en avançant son cavalier qui se fit prendre dans l'immédiat.
_ Pourquoi ? Vous êtes un homme, et je suis une femme, souffla-t-elle.
_ Albus aussi est un homme, Hagrid également et Flitwick, ainsi que bons nombre de vos camarades. Vous voulez aussi qu'ils flirtent avec vous ?
_ Oh ça non, ricana-t-elle. Pourquoi, ça vous dérangerait ?
_ Quoi, que ce nain vous fasse du gringue ? A moins que vous parliez du géant ?
_ Un de mes camarades, corrigea-t-elle, amusée.
_ Monsieur Weasley et vous semblez bien vous entendre.
_ Oui, nous étions de bons amis, déclara-t-elle. Mais je ne suis pas aussi séduite par l'idée qu'il me drague. »
Snape fit tomber le pion qu'il venait de prendre à la jeune femme et elle tenta de cacher tant bien que mal, un sourire bien plus amusé encore. Elle le déstabilisait.
Il faut dire qu'elle en avait douté à son arrivée. Après tout, cette histoire avec lui s'était tissée suite à cet incident et elle ignorait dans le fond, s'il se serait passé quoi que ce soit sans cet élément. Ce qui était sur, c'était que de son côté, ses aprioris étaient bien trop forts à l'époque et son statut de professeur si présent dans sa tête qu'il lui était inenvisageable de le voir autrement que comme son enseignant.
Mais elle, savait désormais qui il était vraiment.
« Etre draguée par la « chasse souris des cachots » comme s'amusent à me surnommer vos camarades. Vous avez vraiment de drôles d'idées vous savez ?
_ Vous vous souvenez de Viktor Krum ?
_ Bien sûr, c'était l'adversaire de Potter durant cette maudite année de la coupe de feu. Seigneur, je n'ai jamais été aussi stressé qu'à cette période !
_ Beaucoup de filles le comparait à un corbeau. Il avait le teint cireux, il était mince avec un nez très proéminent. Sans compter sur ses cheveux noirs.
_ Je peux savoir ce que vous essayez de me dire ? s'agaça-t-il.
_ Oh, moi ? Rien. »
Snape grogna. Il avait perdu.
Il s'affala dans son siège et darda ses iris sur la jeune femme devant lui. Celle-ci l'observait bien étrangement, avec un peu trop de malice dans le regard. Elle avait cet espèce de rictus sur le coin des lèvres, et Snape ne remarqua que maintenant qu'elle n'avait plus son pull sur le dos. Le sorcier se racla alors la gorge afin de ne pas dévier ses yeux sur son décolleté.
« Je vais y aller, se précipita-t-il.
_ Quoi, déjà ? minauda Hermione en se levant. Mais on vient à peine de commencer.
_ Fatigué, marmonna-t-il. »
Il lui fallait une réponse. Hermione se leva d'un bond, mais Snape fit mine de ne pas la voir.
« Au fait, vous n'avez pas répondu à ma question, tenta-t-elle de le retenir.
_ Laquelle, soupira-t-il.
_ Est-ce que je vous plais ? »
Snape grogna en s'activant autour d'elle, brassant plus du vent qu'autre chose. Puis, il finit par l'observer du coin de l'oeil, la toisant de haut en bas alors qu'elle semblait dans l'attente.
« Bonne nuit, Miss Granger, se déroba-t-il.
_ Hermione, corrigea-t-elle. Moi, c'est Hermione, vous vous souvenez ?
_ Oh. Oui. Oui, Hermione.
_A demain, Severus, lui glissa-t-elle. »
Lorsqu'il balaya sa main dans le vide en guise de réponse avant de se sauver dans son antre, Hermione ricana un peu.
Oh que si, elle lui plaisait.
Merci à toi le guest pour ta dernière review ! Dis-moi, il y a pourtant pas mal de Snamione très sympa, n'hésite pas à jeter un coup d'oeil dans mes favoris. Perso j'ai un petit faible pour le philtre d'Aphrodélirium, Sursis, les jardins de Mithridate, a magic gift...
Chka, tu es une vilaine, j'étais fatiguée, je voulais dire que je lisais tes reviews avec attention (et non assiduité, ça m'apprendra à poster à des heures impossibles en pleine nuit). Sache que j'adore les reviews qui font des km de long ça me ravie mdr Je te rassure, que tu ai pu pensé que Hermione puisse se suicider était tout à fait volontaire de ma part, et sans vouloir te spoiler, tu n'as pas fini d'être surprise !
