Chapitre 3
10 Septembre 1996
C'était presque devenu une habitude, une très très étrange habitude, certes, mais une habitude quand même. Tous les soirs, elle partait réviser à la bibliothèque, et tous les soirs, Malfoy la rejoignait à sa table. Ils ne se parlaient pas. Ils révisaient. De temps en temps, Hermione l'observait de sous ses cils. Était-ce par méfiance, comme une gazelle vérifierait qu'aucun lion n'était sur le point de se jeter sur elle, où bien par curiosité ? Surement un savant mélange des deux. Après tout, il était curieux de voir un fils de Mangemort, s'installer de son plein gré et, semblait-il, sans arrières pensées, à la table d'une Sang de Bourbe. Son étonnement était donc tout légitime, surtout quand on repensait aux spéculations d'Harry quant au potentiel ralliement de Malfoy dans les rangs de Voldemort. Spéculations farfelues selon elle.
Ce soir-là quelque chose changea. Il arriva comme à son habitude mais s'installa bien en face d'elle, et étendit ses longues jambes. Elles effleurèrent les siennes et elle eut un sursaut imperceptible. Relevant légèrement son visage, elle tenta de voir sa réaction entre les mèches indisciplinées qui s'évadaient de son chignon. Il était égal à lui-même, et sortait ses affaires sans que rien ne transparaisse. Elle l'étudia un peu plus longuement. Il avait bien grandi durant l'été, sa carrure s'était élargie. Il avait cependant le dos vouté et semblait fatigué. Elle s'étonna de ne pas l'avoir remarqué avant. Elle se mordilla la lèvre inferieur, signe de sa nervosité.
- Accouches Granger, tu me déconcentres.
Elle sursauta. Il l'avait de nouveau prise au dépourvu, sa tête étant restée penchée sur ses notes de cours. Comment faisait-il ?
- Non mais ce n'est pas possible ça ! Tu es un ninja ou quoi Malfoy ?
Cette fois-ci sa tête se redressa et il daigna la gratifier d'un sourcil relevé.
- Un quoi ?
Elle soupira en levant les yeux au ciel.
- Un truc moldu laisse tomber.
Un silence. Elle s'était replongée dans sa lecture, quand le son de la voix de son homologue la fit de nouveau sursauter.
- Et donc ?
Elle émit un couinement suraigu. Le rire étouffé de Malfoy la fit de nouveau lever la tête et gonfler ses joues d'agacement.
- On dirait une petite souris. Une petite souris de bibliothèque.
- Je ne suis PAS une petite souris.
Certes sa réplique n'égalait pas le niveau de celle d'une enfant de cinq ans, mais elle ressentie une étrange fierté à entendre le blond rire ainsi. Fierté qui l'a fit se sentir étrange, surtout que ses jambes étaient toujours collées aux siennes. Elle se senti rougir. Par merlin, il fallait qu'elle se calme. Elle n'était certainement pas une de ces jeunes écervelées, bégayantes et rougissantes, aux hormones disproportionnées. Elle prit une inspiration et leva son menton d'un air digne.
- Bien, comme ma présence semble déclencher ton hilarité et ainsi te distraire de tes révisions, laisse-moi te débarrasser de ma présence.
- Oh ne t'inquiètes pas Granger, elle viendra bien assez vite…
Son rire s'était définitivement tari et il la regardait maintenant avec une indifférence glacée. Elle fut choquée et quelque peu effrayée de ses paroles et se hâta de sortir de la bibliothèque.
16 Septembre 1996
Elle n'était pas retournée à la bibliothèque. Elle ne l'avouerait jamais à voix haute - plutôt mourir- mais elle avait été un peu effrayée par le dernier sous-entendu de Malfoy. Elle avait pourtant pensé, à tort, que leur relation s'était adoucie. Oh certes elle n'était pas délirante au point d'arguer qu'il puisse l'apprécier, mais plus qu'il avait appris à la tolérer, allant même jusqu'à profiter de son sérieux pour étudier de manière efficace. Leur dernier échange lui avait laissé un sentiment étrange. Désormais, elle avait pris une nouvelle habitude, celle de travailler en salle commune. Malheureusement pour elle, ses nouveaux camarades ne lui permettaient pas d'étudier dans le calme dont elle avait besoin pour être au maximum de ses capacités. Mais c'était moins dangereux. Ce soir-là pourtant, elle n'en pu plus d'entendre les rires tonitruants des élèves en train de s'amuser à la bataille explosive, ou les conversations enjouées au coin du feu. Ses affaires sous le bras, elle se dirigea vers une des alcôves de fenêtre non loin de la salle de métamorphose. Elle savait qu'elle y serait tranquille, et de là, elle avait une vue imprenable sur le Parc et le lac de Poudlard.
Le soleil commençait lentement à décliner et Hermione sentit sa tête dodeliner dangereusement. La fatigue des derniers jours pesait sur son corps et elle lutta pour garder les yeux ouverts. Elle s'accorda une pause, ayant légèrement rattrapé son retard sur ses révisions. Elle admira un instant les trainées d'or qui se reflétaient sur la surface du lac, ainsi que sur les multitudes de brins d'herbes. Son regard tomba alors sur une mer de mercure et elle eut un sursaut avant de rougir et de détourner violemment la tête, la replongeant dans son manuel de potions. Pourquoi Malfoy la regardait ? "Non, se morigéna-t-elle. Il ne la regardait pas, elle spécifiquement. Il regardait en direction du château." Elle souffla un bon coup, il fallait qu'elle apprenne à se détendre et qu'elle mette de côté sa paranoïa.
- Granger.
Elle sursauta de nouveau. Il allait vraiment falloir qu'il arrête de la surprendre ainsi, où elle mourrait d'une crise cardiaque avant d'atteindre sa majorité. Peut-être était-ce ce qu'il souhaitait après tout. Dans tous les cas il était rapide et elle, pas si parano que ça. Elle se saisit discrètement de sa baguette posée sous ses jambes repliées. Il valait mieux se prémunir en ses temps troubles, et malgré les moments paisibles à la bibliothèque, elle n'oubliait pas ses insultes et ses menaces à peine voilées. Elle n'était pas sotte. Le jeune homme souffla, il s'était adossé au mur à ses côtés et regardait face à lui. Ainsi, il n'avait pas l'air d'être en train d'échanger avec elle. ON ne voudrait pas qu'il est l'air de faire ami-ami avec une Sang de Bourbe.
- Tu ne viens plus à la bibliothèque.
- Quel sens inné de l'observation, Malfoy. Lui répondit elle, ironique.
Était-il sérieux ? Un silence s'en suivit et elle n'allait pas l'aider à le briser. Que faisait-il là d'ailleurs ? Elle n'avait pas envie de le voir. Elle avait déjà suffisamment à faire entre, Harry qui se découvrait une passion pour son manuel de potion - manuel écrit par un « prince » dont on ignorait tout, mais elle était apparemment, une nouvelle fois, la seule à avoir un minimum de jugeotte - et le sort de confusion qu'elle avait jeté à McLaggen deux jours plus tôt - et pour lequel elle risquait une retenu. Peut-être même l'expulsion ! Il fallait qu'elle respire. Elle jeta un regard courroucé au blond qui n'avait toujours pas daigné ouvrir la bouche.
- Qu'est-ce que tu veux exactement Malfoy ?
Il sembla hésiter. Se retournant finalement dans sa direction, il la scanna de son regard en fusion. Ses yeux s'arrêtèrent sur sa baguette, qu'il fixa quelques secondes de trop.
- Je te fais peur ?
- Dans tes rêves !
Il releva un sourcil circonspect.
- Pourquoi agrippes-tu ta baguette avec temps de soin alors ?
Elle sera les mâchoires.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Que tu reviennes à la bibliothèque.
- Quoi…
Avait-elle bien entendu ? Malfoy avait il prit un coup sur la tête depuis le début de l'année ? D'abord il l'insultait copieusement à la fin de l'été chez Mme Guipire et maintenant quoi ? Il voulait qu'elle soit en quelque sorte une… partenaire de révisions ? C'était à ne plus rien y comprendre, pourtant aux vu des évènements à venir, mieux valait enterrer la hache de guerre quand l'occasion se présentait. C'était peut-être un de ces moments. Si elle ne pouvait profiter d'une proposition de statu quo, à défaut de paix, n'était-ce pas elle qui était à blâmer ? Elle soupira et lâcha du bout des lèvres.
- Bien… Mais sache que ça ne veut pas dire que je te fais confiance ou quelque chose de la sorte.
- Je n'en attendais pas moins de toi Granger.
Son habituel sourire narquois avait repris sa place et ses yeux avaient désormais la couleur du plomb fondu.
6 Juillet 1998
Hermione se mordilla nerveusement la lèvre. Il allait vraiment falloir qu'elle stoppe ce tic ennuyeux où elle finirait par ne plus avoir de lèvres du tout. Elle appréhendait un peu. Ron lui avait proposé de l'accompagner à un entrainement de Quidditch. Elle savait évidemment qu'il n'allait pas juste s'agir de cela - il n'avait même pas prit son balai. Non, il en profiterait pour avoir une conversation au sujet des dernières péripéties en date. Ron avait étonnement gagné en maturité depuis la fin de la guerre, bien qu'il conservât son tempérament boudeur et colérique, il savait désormais le maitriser un peu mieux et surtout, avoir des conversations civilisées et constructives. En temps normal, elle en aurait été ravie, mais voilà, elle ne se sentait pas d'affronter la suite des évènements. Son courage Gryffondor s'était, sommes toutes, évaporé.
Quand ils arrivèrent à l'autre bout du jardin, la jeune fille se félicita d'avoir enfilé ses bottes en caoutchoucs et un gros sweat à capuche. Il avait plu averse toute la matinée, et elle n'avait pas besoin de choper la crève en plus de tout le reste. Ron se retourna d'un coup sans prévenir, si bien qu'elle manqua de peu de le percuter de plein fouet. Elle loucha un peu sur son visage et recula de quelques pas. Le rouquin se dandina d'un pied à l'autre.
- Hermione, commença-t-il hésitant. Je… je, voilà, j'aimerais comprendre. Je veux dire… Non mais pourquoi cette sale fouine !
Il avait craché les derniers mots. La jeune femme ferma les yeux et soupira. Par quoi commencer ?
- Ecoutes, ce n'était pas prévu…
- Encore heureux, marmonna le Weasley.
- Ron, soupira-t-elle. C'est déjà difficile pour moi, si tu m'interromps je… je ne vais pas y arriver.
- Parce que pour moi ça ne l'est pas peut-être, difficile !
Il avait élevé le ton désormais et elle ferma les yeux douloureusement. Elle eut un nouveau soupir où se mêla un début de sanglot. Il fallait qu'elle arrive à contrôler ses hormones, la situation n'avancerait pas si elle se transformait en fontaine chaque fois qu'elle devait interagir avec quelqu'un.
- Bien sûr que si, Ron. J'en ai conscience. Je sais que tout est de ma faute mais, … ce que je veux dire c'est que jamais je n'aurais pensé que les choses puissent évoluer ainsi. Ce n'était pas grand-chose au début, une sorte d'habitude à se retrouver ensemble pour réviser à la bibliothèque.
Ron parut décontenancé.
- A la bibliothèque mais, … depuis… depuis combien de temps ça dure ?
Elle hésita à répondre. De toute façon elle savait qu'il serait blessé, pourquoi mentir.
- Notre relation a commencé à être plus…
Elle hésita sur le mot.
- Amicale, au début de la sixième année, … Mais elle a vraiment changé après les vacances de noël.
- Depuis si longtemps…
Il ne criait plus désormais. Il avait juste l'air abattu. Un long silence fit place à sa révélation. Ron semblait comme figé sur place et il regardait l'horizon avec un regard vide. Toutes substances semblaient l'avoir quitté. Elle s'en voulu, fait assez courant ses derniers temps. Elle resserra ses bras autour de son corps, comme un rempart inconscient au sentiment de tenaillement qui s'emparait d'elle. Elle espérait juste pouvoir réparer les choses. Elle aurait temps voulu revenir à l'époque insouciante de Poudlard, quand son cœur ne dirigeait pas encore une partie de son cerveau.
- Tu l'aimes ?
Il avait demandé ça de manière résignée. Elle ne répondit pas, son silence le fit pour elle et elle baissa la tête. Elle ne voulait pas affronter son regard blessé. Il soupira. C'était dur. Dur de faire tant de peine à quelqu'un qu'elle aimait si fort.
- Est-ce que… est ce que tu m'as aimé, au moins un tout petit peu ?
Elle releva la tête d'un coup et ne put, cette fois, empêcher la cascade de larmes de dévaler ses joues.
- Oh Ron, si tu savais. Bien sûr ! Je n'ai fait que ça toute notre scolarité. Je t'ai attendue si longtemps.
Quelque chose sembla s'allumer dans son regard. Une étincelle… d'espoir ?
- Peut-être qu'il n'est pas trop tard Mione !
Elle ne fut pas sûr de la conduite à adopter, si bien qu'elle préféra garder le silence. Ron lui, semblait comme empreint d'une illumination, ou bien était-ce du soulagement ?
- Je sais que… tu es dans une situation un peu particulière mais je… on aurait peut-être pu essayer ?
- Essayer quoi Ron ?
- D'être ensemble !
Elle sursauta. Voulait-il vraiment d'elle, malgré ce qu'il s'était passé, malgré qu'elle porte le bébé de celui qu'il devait exécrer le plus, maintenant que Voldemort avait disparu ? Elle hésita.
- Je… je ne sais pas Ron.
- Tu m'aimes ?
- Oui, bien sûr ! Là n'est pas la question.
L'aimait-elle encore de cette manière-là cela dit ? Elle n'en était plus certaine.
- Alors essayons Hermione. J'aimerais vraiment, tu me dois bien ça.
Elle en resta pantoise. Elle le regarda, lui et ses yeux trop brillants, et un « oui » à peine audible franchit la barrière de ses lèvres.
