Chapitre 4 :

19 Septembre 1996 :

Elle avait passé une assez bonne journée. En botanique, elle avait eu le plaisir de se retrouver à côté de Neville et de noter, avec ravissement, que le jeune homme semblait être un fin connaisseur des plantes magiques. Elle avait ainsi pu ajouter des anecdotes, transmise par son camarade, au puit de science qu'elle avait déjà acquis en la matière. C'est d'un pas guilleret – elle aurait presque pu siffloter- qu'elle se dirigeait désormais vers sa salle commune où Harry et Ron devaient y disputer une de leurs nombreuses parties de batailles explosives – pour changer. Pourtant ce fut un silence qui l'accueillit quand elle franchit le portrait de la grosse dame. Entrant précautionneusement, elle ne s'attendit pas aux étincelles lumineuses sortant d'un coup de toutes les baguettes présentes.

- Joyeux anniversaire Hermione !

Tous ces amis étaient réunis et la regardaient avec un grand sourire. Elle éclata d'un rire joyeux et leur sauta dans les bras sans se faire prier. Puis elle vit Ginny s'avancer vers elle et lui tendre un petit paquet rouge brique. Quand elle en sortie un déshabillé en soie noire, ses joues devinrent aussi rouges que le papier qui avait servit à emballer le sulfureux cadeau. C'était « pour l'aider à sortir sa tête des livres ». Elle remercia la rouquine dans un bafouillement qui la fit rire. Ce fut ensuite Neville qui lui remit un papier bleu nuit maladroitement emballé. Elle eut le plaisir d'y découvrir un présent tout simple, un exemplaire de « Mandragore et manticore, tout savoir sur les plantes humanoïde ». Enfin, Ron et Harry lui présentèrent une simple boite en carton de dix centimètres de cotés environ.

- Désolé, on n'a pas trouvé de quoi l'emballer. Lui expliqua Harry penaud. C'est de nous deux.

En l'ouvrant, Hermione tomba avec ravissement sur un petit bracelet en argent, sertit de deux pendentifs, l'un en forme de livre et l'autre tout rond avec, gravé en toute simplicité, la première lettre de son prénom. Elle leur sourit avec douceur avant de leur embrasser la joue à chacun.

- Merci les garçons, c'est très délicat.

Elle eut le plaisir de voir Ron rougir jusqu'aux oreilles alors qu'elle attachait son nouveau bijou à son poignet.

8 Juillet 1998 :

Harry venait juste de se réinstaller au Square Grimaud. Seul. Il avait prétendu avoir besoin de se retrouver un peu isolé pour pouvoir se remettre en phase avec lui-même et aussi – c'est ce que soupçonnait Hermione- pouvoir s'éloigner un peu de Mme Weasley, qui, avec les pertes subies durant la guerre, était devenu encore plus mère poule – quand elle ne fondait pas en larmes s'en crier gare. Et bien que cela fut d'une légitimité sans faille, Hermione appréhendait d'être la seule non-Weasley au Terrier. Aujourd'hui la jeune fille avait prévu d'apporter au survivant les fiches de révisions dont elle lui avait parlé et de s'éloigner à son tour, l'espace de quelques heures, de l'ambiance étrange qui régnait chez les rouquins.

Elle frappa trois coups, ses feuilles bien serrées sous le bras, regardant de chaque coté de la rue. Si la guerre était finie, la méfiance et la crainte qui en découlait ne s'était pas encore évaporée et elle craignait à tout moment de voir débarquer des rafleurs, prêt à l'emmener de nouveau se faire torturer par Bellatrix Lestrange. Elle gratta inconsciemment la cicatrice sur son avant-bras, trépignant sur place. Mais que faisait Harry ? Elle s'apprêtait à réitérer ses coups, quand la porte s'ouvrit d'un coup, la faisant sursauter et hurler à pleins poumons. La vieille dame qui promenait son chien dans la rue la regarda avec les yeux ronds, avant de poursuivre son chemin en pestant contre la jeunesse délurée. En baissant les yeux, elle tomba sur Kreattur qui la regardait en maugréant. Elle suivit le petit être fripé, jusqu'au salon où l'attendait Harry.

- Ah Hermione tu es là. Je commençais déjà à regretter le bruit du Terrier. Je ne me souvenais plus à quel point le silence pouvait être angoissant.

- Oui, surtout quand on est seul… La guerre laisse des traces malheureusement.

- Oui, j'ai cru entendre ça. Je sais que Kreattur n'est pas le plus beau des elfes mais quand même, le pauvre a dû être vexé.

Sa réplique fut suivie d'un rire. Si elle fit d'abord semblant d'être fâchée devant sa remarque, elle rejoignit l'hilarité de son meilleur ami. Ils rirent ensemble ainsi durant ce qui sembla une éternité. Cela faisait tellement de bien.

- Oh Harry, nos plaisanteries et notre insouciance me manque terriblement.

- Ils sont toujours là Mione, il suffit juste de les retrouver.

- Peut-être, oui…

Un silence apaisant s'installa. Elle observa autour d'elle et remarqua ainsi quelques changements. Harry avait acheté un nouveau le canapé ainsi qu'une vraie table basse. Une petite télévision trônait dans un coin de la pièce.

- Tu as fait des achats ?

- Oui, j'avais envi de changement. Passer à autre chose.

Elle hocha la tête. Elle comprenait.

- Tu veux un thé ? Lui proposa le brun. Pour nous donner un peu de courage avant d'entamer le pavé que tu viens de m'apporter.

Elle rit un peu et accepta. Il était tellement facile de le retrouver. Harry avait cette facilité à simplifier les choses. Quand tout deux furent installés, il se mirent à réviser. Hermione travaillait les cours de médicomagie – elle intègrerait le programme de révisions à la rentrée, le temps pour elle d'accoucher - tandis que Harry commençait enfin à voir ceux pour l'école d'Auror. Bientôt, deux heures furent passées ainsi. Le jeune homme décida qu'ils avaient bien mérité une pause, c'est à cette occasion qu'il osa enfin aborder le sujet.

- Hermione, Ron m'a dit que vous étiez ensemble. C'est vrai ?

- S'il te l'a dit, pourquoi me demandes tu ?

Peut être que son ton n'était pas le meilleur, à mi-chemin entre l'agacement et la bouderie. Harry souffla.

- Tu n'as pas l'air plus ravie que ça… Je me trompe ?

Ce fut à son tour à elle de souffler.

- Je… je ne sais pas quoi en penser. Je ne sais pas si je l'aime encore… de cette façon. C'est… tout va si vite et…

- Et tu as encore des sentiments pour Malfoy, je me trompe ?

Elle renversa sa tête en arrière. Les larmes lui montèrent aux yeux, encore. Elle s'étonna qu'ils ne soient pas encore sortis de leurs orbites à force de pleurer.

- Oui, avoua-t-elle à mi-mot. Ça ne… ça ne fait pas assez longtemps. Ça me passera.

Harry souffla plus fort, d'exaspération cette fois ci.

- Oui, sauf que tu vas avoir son bébé. Personne n'en parle mais il va bien falloir s'y mettre. Il n'est pas au courant, n'est-ce pas ?

Elle se mordit les lèvres et détourna les yeux.

- Comment le serait-il ? Et de toute façon je n'en vois pas l'intérêt.

Le survivant ouvrit de grands yeux estomaqués.

- Parce que c'est son enfant aussi Hermione !

- Oui, un Sang-mêlé ! Et pas un Sang-Pur Harry !

Elle avait crié. Cela paraissait tellement évident. Jamais il ne l'accepterait.

- Qu'il va avoir après avoir couché avec une Née-moldue ! Et pas qu'une fois de ce que j'ai compris ! Peut être qu'il se fiche du Sang à présent ?

Il avait haussé le ton aussi. Elle eut un rire désabusé.

- Oui, bien sûr, c'est pour ça qu'il m'a laissé tomber… qu'il n'est pas venu me voir sur le champ de bataille ou même après… qu'il va épouser une Sang-Pure…

Sa voix se brisa. Ce n'était pas elle qui se tiendrait à ses coté à l'autel.

- Non Harry… Il reste un Sang-Pur… il n'a jamais été question d'amour… pas pour lui…

Elle sentit des bras l'encercler et se laissa aller à cette étreinte réconfortante.

- Tu restes avec Ron alors ?

- Oui, je dois essayer, je lui dois bien ça.

- Tu ne lui dois rien du tout Hermione. Mais je comprends, après tout tu l'as aimé si longtemps lui aussi.

Un nouveau silence s'imposa, durant lequel on entendit seulement Kreattur, qui s'affairait dans la cuisine.

- Je ne sais pas si tu as vu l'actualité ? Tenta Harry.

- Je ne regarde plus trop la Gazette.

- Oui… Les procès vont débuter.

- Ah…

Chaque partisan de Voldemort allait devoir passer devant le Magenmagot pour y être juger. Bien sûr, il allait y passer aussi.

- J'ai prévu d'aller témoigner…

Il hésita, laissant sa phrase en suspens. Le cœur d'Hermione en fit autant.

- Pour Malfoy et sa mère, en leur faveur.

Elle compta à partir de dix à l'envers et prit une grande inspiration.

- Merci.

Il l'a serrée plus fort contre lui et ils restèrent ainsi jusque tard dans la nuit.

19 Septembre 1996

Elle venait à peine de quitter les garçons en salle commune. Garçons qui l'avaient supplié de ne pas aller réviser aujourd'hui, mais c'était plus fort qu'elle. Elle leur avait bien demandé s'ils voulaient se joindre à elle, mais la réponse n'avait guère été très étonnante. Cela dit, après réflexion, elle se dit que ce n'était pas plus mal, Malfoy devant surement y être. Elle pressa le pas, sans trop se l'expliquer.

Le Serpentard était déjà là, attablé à leur endroit habituel, entre deux rangées de manuels sur les arts anciens. Il la salua - habitude qu'il avait instauré depuis ses excuses. Elle lui répondit d'un ton plus enjoué que d'habitude, ce qui fit relever un sourcil au blond.

- De bonne humeur Granger ?

- Pourquoi ne le serais-je pas Malfoy ?

Elle lui fit un grand sourire et commença à déballer ses affaires. Il l'observa quelques instants sans rien dire avant d'hausser une épaule et de se replonger dans ses parchemins. Elle ne savait pas exactement ce qu'il cherchait, mais beaucoup des manuels qui passaient entre ses mains provenaient de la réserve et parlaient assurément de magie noire. Ce qui était sûr, c'est qu'il devait s'agir du fameux objet provenant de chez Barjow et Beurk. Mais pour l'heure elle ne voulait pas se soucier de ça. Elle voulait garder sa journée au beau fixe. Ce fut donc presque avec délectation qu'elle se plongea dans son devoir de métamorphose. Elle avait déjà écrit 40 cm quand elle sentit sa manche être relevée légèrement. Elle récupéra son poignet en rougissant, les yeux agrandit par la surprise, fixés sur Malfoy.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- C'est nouveau ?

- Quoi ?

Elle le regarda comme s'il venait de lui pousser une deuxième tête. Mais de quoi parlait il ?

- Ton bracelet… c'est nouveau ?

Elle baissa les yeux sur le bijou que venaient de lui offrir ses deux meilleurs amis. Malfoy était du genre à remarquer ce genre de détails ? Finalement ce n'était pas si surprenant, ce devait être un des prérequis de l'éducation Sang-Pur, « afin de pouvoir en jouer en société », ce dit-elle ironiquement.

- Oui, il se trouve que c'est mon cadeau d'anniversaire… de la part de Harry et Ron.

Elle sentit ses joues rougir. Elle aurait secrètement voulu qu'il ne s'agisse que de celui du rouquin. Le Serpentard fronça les sourcils avant de lui sourire moqueusement.

- Et lequel des deux pouilleux à l'honneur d'avoir attiré l'attention de miss-je-sais-tout ?

Comme elle ne répondit pas tout de suite, surprise, il poursuivit, de plus en plus méchamment.

- C'est le balafré ? Tu t'es dis qu'avoir un héros au rabais serait mieux que de finir vieille fille, ou bien est-ce le pouilleux ?

- Je… non… je…

- La belette alors ? Tu rêves d'avoir une belle et grande famille de rouquins moches et pauvres, Granger ?

- Ne parle pas comme ça de…

- Sérieux Granger ?

Il explosa de rire. Mais c'était un rire cruel et moqueur.

- C'est vrai qu'il faut bien être un traite à son sang, pour oser s'acoquiner à une Sang de Bourbe comme toi !

Elle vit rouge. Quel vil connard prétentieux. Elle sentit poindre des larmes d'aigreurs.

- Je pensais que tu avais gagné soudainement en maturité Malfoy, mais je vois que tu restes un petit con raciste. Je ne sais pas ce que tu cherches exactement, mais il va falloir choisir. Sois, tu me tolères, soit non, mais je ne continuerais pas à être ton punching-ball ! Sur ce, merci beaucoup d'avoir gâché mon anniversaire !

Elle le planta là, sans regarder en arrière.

20 Septembre 1996

Elle était en retard en cours de métamorphose. C'était de la faute de cette fichu fouine. Leur confrontation de la veille l'avait plongée dans une sorte de frustration énervée – pourquoi devait-il toujours finir par être désagréable ? Elle n'avait pu s'endormir. Sauf qu'en se réveillant, elle était seule, et le cours avait commencé depuis déjà cinq bonnes minutes. Elle tâcha de reprendre son souffle – il fallait qu'elle commence à faire du sport - avant de frapper discrètement à la porte de la classe du professeur MacGonagall. Celle-ci lui ordonna d'entrer d'un air pincé. Elle s'excusa du bout des lèvres et s'aperçu avec effroi que la seule place de libre était au coté de Malfoy. Elle y déposa ses affaires à contre cœur et évita son regard, déterminée à lui transmettre son mécontentement. Le cours était déjà bien avancé quand elle sentie le blond se pencher vers elle.

- Alors Granger, on est en retard en classe maintenant ?

Elle l'ignora avec un talent digne d'un grand maitre. Elle n'était clairement pas d'humeur. Il n'insista pas et elle continua de noter fébrilement le flot continu de savoir que leur transmettait la vieille sorcière. C'est là qu'elle le senti, un frôlement sur sa main, comme une caresse. Elle baissa les yeux pour voir son voisin de table venir capturer délicatement sa main, pour y insérer un morceau de parchemin froissé. Puis il retira ses doigts et n'eut plus aucune interaction de quelque nature que ce soit. Hermione, elle garda le poing fermé tout du long. Ce ne fut qu'une fois seule dans les couloirs qu'elle se décida enfin à desserrer les poings. Une seule ligne s'alignait à l'encre bleu, à la calligraphie impeccable.

« Tu avais raison.»

Elle sentie son cœur avoir un raté.