JOYEUX NOËL!

Alors, le forum de l'Éclaireuse a organisé un etit calendrier de l'avant hebdomadaire. Un thème par semaine, et vue que c'est mon anniversaire et que j'ai clairement le droit de me faire plaisir, j'ai écrit cette petite histoire de Noël un peu triste avec une interprétation (autorisée j'espère) du thème "Compagnie".

J'avais énormément d'idées, mais celle-ci était la plus Christmas Friendly, outre le fait que c'est une histoire que 'ai toujours eu envie d'écrire, mais sans être une fanfiction sans jamais oser. C'était donc une bonne excuse.

Bref, outre le thème qui devait (plus ou moins) être respecté, il y avait aussi une limite de 5000 mots, qui est ici normalement respectée.

Dernière chose, j'ai choisi Terra et Aqua parce que j'en avais la possibilité et qu'ils méritent de l'amour, mais j'ai écris cette histoire avec une relation purement platonique en tête... Je crois quand même qu'ils sont plus ou moins âmes sœurs, ici.

Toutefois, C'est assez flou, volontairement, donc interprétez ça comme vous voulez.

Je vous aime.


Il avait les yeux clairs de ceux qui n'ont jamais grandi. Son visage était peut-être fatigué et âgé, mais ne vous-y trompez pas, il n'avait jamais perdu son âme d'enfant et son corps massif sentait la cannelle et le chocolat chaud.

Oh, comme Terra aimait la gaieté des chansons de Noël dans les rues froides. Comme il adorait l'humidité frigide et le doux son du froissement de la neige sous ses pieds.

Mais, quand, enfin, le mois de décembre arrivait, rien n'importait plus de joie à Terra que le bois dans ses mains robustes.

N'importe qui voyant Terra vous dirait qu'au vu de son imposante carrure, de son corps immense couvert de muscles, il travaillait sûrement dans la sécurité, ou quelque chose de similaire.

Mais si vous avez un brin de sagesse, alors vous aurez la bonne idée de demander plutôt aux enfants du quartier. Eux, avec des sourires si larges que le soleil lui-même en pâlirait d'envie, eh bien, eux, vous diraient que le géant brun fabriquait les meilleurs jouets du monde et que son chocolat chaud était encore meilleur que celui de leur mère.

Parce que les enfants en savent bien plus que les adultes. Et ça, Terra en a bien conscience.

Alors, lorsqu'il ouvre sa boutique, ce vieil vieil atelier hérité de son grand-père, qui semble tout droit venir d'un autre temps, avec son bois massif, son toit un tout petit trop pentu, sa porte décorée de nœuds celtiques tressés, ses fenêtres minuscules qui filtrent les rayons du soleil les plus chauds et les plus jolis…

Bref, lorsqu'il ouvre sa boutique, il s'assure toujours que son atelier est bien éclairé, ouvert, qu'il y a des bonbons et des pâtisseries à disposition, il vérifie que les jouets qu'il propose sont les plus jolis, les plus doux, les plus amusants possibles.

Oh, bien sûr, il sait bien que son vieil atelier, aussi charmant soit-il, et ses jouets en bois ne font pas le poids face aux technologies qui ont depuis longtemps, maintenant, envahi Twilight Town.

Mais, les quartiers anciens de la ville du couchant sont suffisamment cozy, suffisamment petits et vieillots pour que le chaleureux atelier y soit à sa place.

Cet après-midi-là, les rayons du soleil inondent la encore le bois massif de sa petite cahute.

Dans les rues, les enfants jouent et crient avec excitation, se vautrent joyeusement dans la neige, parfois sous les couinements inquiets de leurs mères, ou sous leurs rires tout aussi joyeux.

Le cœur rempli d'amour, et un sourire rayonnant aux lèvres, Terra prépare plus de chocolat et s'emmitoufle dans une couverture et sort pour en offrir aux mères refroidies et fatiguées.

Elle ne détestait pas Noël. Pas vraiment.

Elle n'aimait pas particulièrement la musique ni les enfants qui étaient décidément trop contents, mais elle aimait le vin chaud et les lumières qui éclairaient la ville. Elle ne voyait qu'elles quand elle sortait tard de son gratte-ciel.

Ce soir-là, la neige avait couvert Twilight Town d'un épais manteau blanc, et elle avait l'impression que son humidité était venue s'incruster jusque dans ses bottes en cuir.

Il était très – trop – tard. Les lumières de Noël, qu'elle aimait tant, éclairaient les rues, amenant un peu de chaleur à la froideur de la lune.

Les rues sinueuses de Twilight Town étaient presque vides, et Aqua n'avait qu'une seule envie : rentrer dans son appartement miteux et se servir un whisky pour oublier, un peu, sa solitude.

Parce que, oui, elle était prête à l'admettre, elle se sentait seule.

Elle n'était jamais vraiment seule, mais peu importe la compagnie qui l'entourait, la solitude finissait par la dévorer.

Pendant cette période de fêtes, elle entendait parfois la voix de sa mère, dans le fond de sa tête, lui répétant qu'elle était jeune et jolie, que sa carrière ne devrait pas passer en premier, et qu'elle devrait peut-être songer à se poser, à trouver quelqu'un afin de ne plus être seule.

Oh, Aqua savait qu'elle était une jolie femme. Elle n'était pas aveugle au point d'ignorer complètement le regard de certains de ses collègues, ou de certains inconnus…

Mais, et c'était ce qu'elle répétait à sa mère, elle n'avait pas encore trouvé quelqu'un qui lui faisait ressentir…. Quoique ce soit, vraiment.

Elle poussa un profond soupir, emplissant ses poumons de l'air humide et frigide de l'hiver.

Et merde, perdue dans ses pensées, elle s'était aussi perdue dans les rues.

Elle ne reconnaissait pas l'étroitesse de ces rues, ni la couleur plus chaude du pavé.

Dans l'obscurité, elle voit une étrange petite maisonnette, trop ancienne, trop étrange pour être à Twilight Town.

Une petite maison de compte de fée qui paraissait étrangère dans la petite ville.

Mais, la lumière y était allumée, une lumière chaleureuse, comme une bougie à la flamme tremblante au beau milieu d'une tempête.

Aqua restait interdite.

Elle n'était pas vraiment du genre à aller frapper à la porte d'un inconnu. Et puis, ce n'est pas comme si Twilight Town était une ville dangereuse, même aussi tard la nuit.

Elle n'avait décidément aucune raison de vouloir entrer dans cette maisonnette de compte de fée. Google Map pouvait très bien la guider jusqu'au pas de la porte de son appartement.

Mais, Aqua se sentait si, si seule… Elle ne pouvait pas se mentir. Elle désirait de la compagnie ce soir. D'un tout petit peu de chaleur humaine que ne lui apporterait pas son appartement vide et minuscule.

Alors, avant même qu'elle ne puisse s'en empêcher ni d'ailleurs s'en rendre compte, la neige crissait sous ses bottes et elle sentait la délicatesse rugueuse de la porte en chêne sous ses phalanges.

L'homme qui lui ouvrit la porte était immense. Aucun autre adjectif ne vient à l'esprit de la jeune femme. C'était une énorme armoire à glace, et malgré elle, elle sentit un frisson d'angoisse parcourir sa colonne vertébrale.

Mais la surprise éclairait le regard de cet homme d'étoiles, comme une brume sous les rayons du soleil, et aussi vite qu'elle était arrivée, la surprise disparut de son visage et fut remplacée par un éblouissant sourire.

Aqua était incapable de réagir, elle était comme figée sur place. Cet homme l'attirait. Pas comme un amant, loin de là, mais comme la chaleur du soleil attire les sourires des enfants et la glace à la cerise.

Elle avait envie de lui raconter toutes les pensées qui avaient traversé sa tête depuis qu'elle a marché pour la première fois. Elle voulait lui dire tout de ces soucis, même les plus insignifiants, et elle voulait qu'il l'écoute et la rassure comme un ami ou un confident aimant.

Elle n'en fit rien, bien sûr. Elle se contenta donc de baisser les yeux, laissant un léger embarras l'envahir.

Avant qu'elle n'eût le temps de s'excuser prestement avant de s'enfuir comme une voleuse, la voix douce et chaude de l'inconnu l'interrompit.

"Vous devez être frigorifiée, mon pauvre trésor!"

Sa voix était basse, comme un baryton, mais elle était aussi douce que la lumière du printemps sur les dernières neiges.

Avant qu'Aqua n'ait pu réagir, une main grande est rugueuse enveloppait son épaule et la tirait dans l'étrange logis.

L'intérieur y était magique.

La maison semblait venir d'un autre temps. Tout y était en bois et en pierre, chaud et accueillant comme l'étreinte chaleureuse d'une mère. Des jouets en bois, de tout évidence faits à la main et avec le plus grand soin décorait la grande cheminée où crépitait un feu douillet.

Aqua sentit le froid humide et triste de décembre disparaître petit à petit, alors que la douce chaleur du feu réchauffait et détendait son corps.

L'inconnu l'enroula dans une couverture duveteuse et l'installa dans un grand fauteuil en cuir au coin du feu, et, comme si toutes ses forces combatives l'avaient quittée, Aqua se laissa faire dans un silence confortable.

Il passa dans ce qu'elle devina être la cuisine et revint quelques minutes plus tard avec un vin chaud et épicé qu'il déposa entre les mains encore fraîches de la jeune femme.

Elle serra la tasse en céramique, appréciant avec un sourire rare la chaleur qui s'en échappait et se diffusait dans ses doigts.

Elle en but quelques gorgées, savourant le goût sucré du miel, des agrumes et des épices.

"Merci" laissa-t-elle échapper avec une petite voix.

L'immense homme, installé dans le fauteuil d'en face, les coudes en appui sur ses cuisses, lui offrit un nouveau sourire éblouissant.

"Je vous en prie, mademoiselle." Sa voix profonde réchauffa un peu plus le cœur de la jeune femme. "Je n'ai pas pour habitude de refuser si charmante compagnie.."

Aqua aurait rougi, mais plutôt, un immense sourire, presque enfantin, étirait ses lèvres.

Elle se sentait comme une petite fille, flattée de l'attention de son adulte préféré. Elle se surprit à observer cet homme d'un peu plus près.

Il devait avoir vingt ou peut-être trente ans de plus qu'elle. Il était brun, avec des cheveux assez longs, parsemé de cheveux blancs.

Ses yeux étaient d'un bleu foncé qui rappelait les nuits étoilées.

Il n'inspirait que calme et sérénité, ce qui rendit Aqua bien incapable de se rappeler pourquoi elle avait seulement voulu fuir.

Elle s'enfonça un peu plus confortablement dans le fauteuil, s'enveloppant un peu plus étroitement dans la couverture et portant une nouvelle fois la lourde tasse à ses lèvres.

Et puis, avant qu'elle ne puisse s'en empêcher, elle se mit à parler.

Elle parlait de tout. De sa mère, qui l'épuisait en essayant à tout prix de la caser, elle parlait de son travail, qu'elle n'aimait pas plus que ça mais qui payait les factures, elle parlait du froid et du silence et de l'humidité et, enfin, elle parvint à parler de sa solitude.

Elle pleurait, et elle ne pouvait plus s'arrêter de parler, et sans même qu'elle ne s'en aperçoive, son cœur s'allégeait.

"Oh, Trésor."

Il venait de se lever et s'accroupissait maintenant devant elle, prenant ses mains, si minuscules, dans les siennes, immenses.

"On n'est jamais plus seul que dans une foule."

Il avait un sourire doux, attendri sur le visage, son regard était plein de compréhension et d'une forme d'amour indicible, l'amour qu'on porte au monde entier, et à Noël et aux enfants.

Et Aqua éclata en sanglots et jeta ses bras autour du cou de cet inconnu.

Elle se dit, dans un coin de sa tête confus par les larmes, que c'est le genre d'homme qu'elle voudrait aimer. Quelqu'un qui l'aimerait et la protégerait comme si elle était la chose la plus précieuse au monde.

Des bras puissants l'entourèrent, et elle se sentit en sécurité comme elle ne l'avait jamais été.

L'épaule large épongeait ses larmes et une main calleuse et si grande caressait tendrement ses cheveux.

Lorsqu'elle se calma enfin, il s'écarta d'elle, juste un peu, et caressa sa joue.

"Vous méritez quelqu'un qui vous aime et vous protège, parce que vous êtes la chose la plus précieuse au monde. Mais, ma chère, chère Aqua, commencez par vous aimer, d'abord, et je vous promets que le reste suivra."

Un nouvelle larme solitaire roule sur la joue pleine de la jeune femme. Elle voulait lui demander 'pourquoi ça ne pourrait pas être vous?", mais elle n'avait pas le courage d'être rejetée ce soir.

Alors elle le regardait dans les yeux, son propre regard plein d'envie, de désir pour l'amour apparemment infini de cet homme.

Et, dans un souffle, lui demande son nom.

Elle n'eut qu'un sourire en guise de réponse. Il se redressa, embrassa son front et lui dit qu'elle devrait dormir, il est tard.

Aqua n'a pas le temps de répondre que ses yeux se ferment lentement. Son dernier regard avant de sombrer dans les bras de Morphée est pour le visage de cet inconnu.

Cette nuit-là, Aqua dormait mieux qu'elle avait dormi depuis son enfance.

Elle se réveille dans son propre lit, bordée comme une enfant, et sur sa table de chevet, une note sur laquelle un petit paquet soigneusement emballé l'attend.

D'une main tremblante, elle se saisit du paquet et l'ouvre délicatement.

À l'intérieur, un pendentif en forme d'étoile, il est en argent et en son centre repose une jolie pierre bleue, polie et brillante de mille feux.

Comme les yeux de son inconnu.

Elle prend le petit morceau de papier jauni qui accompagnait le présent, et le lit une quinzaine de fois, peut-être, en une demie minute.

"Je suis sérieux, Aqua.

Aime toi toi-même d'abord.

Et ne passe plus jamais Noël seule. Ma porte te sera ouverte.

A l'année prochaine.

Terra"

Aqua pleure.

La solitude et le froid l'envahissent.

Elle s'habille rapidement et surgit hors de son appartement, parcourt les rues pour retrouver son inconnu, son Terra.

Mais… Mais c'est comme s'il avait disparu.

La charmante petite maison qui lui sert d'atelier, qui sent bon la cannelle et le frêne a disparu, comme si elle n'avait jamais existé. Elle interroge quelques habitants du quartier qui lui répondent tous que ce lopin de terre a toujours été vide, qu'elle a dû l'imaginer.

Alors elle se tient, debout, dans la neige, là où se trouvait son havre de paix, quelques heures auparavant, et elle pleure.

Elle pleure pour un ami, si précieux, qu'elle ne connaîtra jamais ni n'oubliera.

Et, dans la foule, malgré la compagnie passive des passants profitant de l'ambiance des fêtes, Aqua est seule.


J'espère que ça vous aura plu!

Joyeuses fêtes, restez safe.

Je vous adore.

~paopu.